DE MARGHIEL A PI6NER0L
» les soldats qui doivent conduire à Pignerol le prisonnier » que je tous ai mandé qu'ils trouveroient à Bron , et vous » n'aurez qu'à me Faire savoir la dépense qu'ils auront faite, » afin que je vous en fasse rembourser. « Et il ajoutait le 18 avril ' : « J'ai été bien aise d'apprendre l'arrivée du pri- « sonnier que le chevalier de Saint-Martin vous a amené. » L'intention du Roi étant qu'il soit traité fort durement , il » il ne faut point lui donner de feu dans sa chambre, à » moins que le grand froid ou qu'une maladie actuelle ne » vous y oblige, et vous ne lui donnerez d'autre nourriture » qfie du pain, du vin et de l'eau, étant un fripon achevé, » qui ne sauroit être assez maltraité ni souffrir la peine qu'il » a méritée. Cependant vous pourrez lui faire entendre la » messe , en prenant garde néanmoins que cela ne lui donne » pas occasion d'être vu de personne, ni de donner de ses » nouvelles à qui que ce soit. Sa Majesté - trouve bon aussi » que vous lui donniez un bréviaire et quelques livres de n prières^. » Le prisonnier était entré dans le donjon de la façon qu'avait souhaitée le ministre, par le chemin que j'ai indiqué, qui communiquait directement avec les prisons, et évitait tout contact avec les habitants. II suffisait qu'on arrivât de nuit pour que personne au monde ne se doutât de la présence au donjon d'un nouveau malheureux.
A cette même date du 10 avril 1674, jour de l'entrée du personnage dans. la citadelle, Saint-Mars était un homme fort affairé. Le donjon , en effet , se trouvait avoir son complet de prisonniers. Fouquet et Lauzun habitaient la tour qui touchait au bâtiment central, Eustache Danger gisait dans l'une des prisons de la Tour d'en l>as, Plassot, la dame / Carrière et le bourgeois Butticaris occupaient également des chambres près des logements des officiers. Le nouveau venu fut donc installé dans la deuxième prison de la Tour d'en bas.
Du prisonnier, les nouvelles sont rares pendant cette
1 Ravaîsson, p. 177.
2 P. 308, ▼. 366, Mss. Dépôt de la guerre.
période. Louvois est à Tannée , et n'écrit guère à son g^eôlier. Les seules dépêches qui le concernent sont du 25 juillet et du 6 décembre.
Celle du 25 juillet est ainsi conçue : a Le Roi trouve bon » que vous donniez au dernier des prisonniers qui ont été « conduits à Pignerol une feuille de papier et de la cire , » pour m'écrire une fois seulement , et vous aurez soin de la » retirer pour me l'envoyer. Au surplus , vous ne négligerez » rien pour le garder avec toute l'exactitude qui vous a été to prescrite en dernier lieu ' . » Le 6 décembre , le ministre ajoute : « ... Puisque vous voyez que celui que vous avez » envoyé quérir à Lyon ne peut pas vivre, de ce que vous » aviez Tordre de lui donner, vous pourrez le mieux nourrir » que par le passé, et puisqu'il demande à se confesser, vous » pouvez le lui permettre à Noël, lui donnant le même ecclé- » siastique qui confesse M. Fouquet*.»
Le choix de cet ecclésiastique est un indice de la nature particulière de ce prisonnier, et de l'importance qu'y attache à cette date le secrétaire d'État.
Les années 1675, 1676, 1677, 1678 sont de graves années pour Louvois , toujours absent et laissant son ministère, comme je l'ai prouvé, afin d'être à même de surveiller de plus près les opérations des généraux. Il écrit peu et reçoit encore moins de lettres de Saint-Mars, sur le compte duquel il est tranquille. Il faut remarquer, du reste, qu'il y a beaucoup de lacunes dans le volume des lettres reçues de cette époque. Les sacs qui les contenaient ont sans doute disparu » ou sont peut-être enfouis dans quelque autre ministère.
En 1675, Louvois est en rapports constants avec des Carrières. Il lui demande des nouvelles de ce qui se passe dans la maison d'un pensionnaire de Hollande où Ton soupçonne que des Français sont cachés ; il lui envoie, par le même ordinaire, un mémoire de M. de Saint-Mars^.
^ p. Î15, V. 370, Dépôt de la guerre.
^ Archives nationales. Ravaisson, p. 179*
3 P. 420, 546, V. 427, Mss. Dépôt de la guerre.