‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs) d'après des documents inédits des archives de la guerre et autres dépôts publicsChapitre 137 sur 170 · DE MÂBGHIEL A PI6NER0L · texte numérisé non relu

DE MÂBGHIEL A PI6NER0L

Le 2 décembre 1675, le ministre écrit au geôlier : «J'ai » reçu avec votre lettre du 23 du mois passé les papiers qui y » étoient joints; j'ai lu ce qui étoit écrit dans le billet séparé » de votre lettre. Ce qu'il contient n'est pas une chose qui » mérite de réponse. Le Roi ne désirant pas se servir des » expédients qui y sont marqués, vous pouvez néanmoins » répondre à celui qui vous a parlé, que vous h'osezm'écrire » de pareilles choses; cependant je vous prie de ne pas » laisser de m'avertir de tout ce qu'il vous dira*. »

Ce fut là tout ce qui transpira de l'aventure. Castanieri dit Saint-Georges , Galuzio et sa femme , Dubreuil dit Samson , dit Martin , dit Louvigny , Mattioli et son valet , étaient venus occuper successivement le donjon, sans rien changer à la quiétude du prisonnier. Le silence s'était fait sur son existence , comme il s'était produit à la Bastille et à l'arrivée à Pignerol. Ses réponses d'ailleurs à M. de Besmau's, les conversations qu'il avait eues à Paris avec le ministre , avaient dû préparer ce malheureux à l'existence qu'il menait.

Le 11 mai 1681 donc , * Louvois écrivait de Versailles au commissaire des guerres de Pignerol , le sieur Duchaunoy : «La mort de M. le duc de Lesdiguières ayant fait vaquer le » gouvernement d'Exilés-, le Roi l'a donné à M. de Saint-Mars, et » comme Sa Majesté désire que deux des prisonniers qui sont » à sa garde y soient transférés pour y être avec autant de sûreté » qu'à Pignerol , l'intention de Sa Majesté est qu'avec mondit » sieur de Saint-Mars vous alliez à Exiles, pour examiner » l'état des lieux où ils pourront être enfermés , et les répa- » rations qu'il y a à faire , pouj- y rétablir une entière sûreté, » de la dépense desquelles vous m'envoyerez un mémoire, » observant que ce n'est que des logements de ces deux pri- « sonniers dont il doit faire mention , et que vous ne devez » parler en aucune manière d'eux dans ledit mémoire de i> l'état présent du logement du gouverneur d'Exilés, ou des » réparations qu'il pourra y avoir à faire*. »

1 Ravaisson , p. 182.

2 P. S05, V. 654, Mss. Dép6t de la guerre.

C'est qu'en efFet à cette ëpoque, la concorde Je Vax dît, était loin d'exister entre M. de Saint-Mars et M. le marquis d'Herlevilie, gouverneur de Pignerol. Saint-Mars, qui venait d'être nomme gouverneur de la citadelle , en remplacement de M. de Rissan , ne voulait pas admettre la suzeraineté du gouverneur général. Les deux femmes surtout ne s'entendaient guère; d'ailleurs, Pignerol et la citadelle allaient devenir un centre d'activité considérable et un lieu de concentration de troupes assez important, en vue de l'occupation de Casai et de l'extension qu'on devait donner à l'année de Piémont. L'établissement d'ouvrages nouveaux vis4i-vis du donjon, dans la redoute de Sainte-Brigitte, pour se préparer à des éventualités de défense , avait été décidé. Dans ces conditions, le donjon ne cadrait plus avec les exigences d'une prison d'Etat, aussi parfaite que celle que réclamait Louvois.

L'envoi à Exiles fut donc décidé. C'était peu agréable pour le gouverneur, qui se trouvait là plus isolé que jamais, mais au moins le secrétaire d'État pouvait être tranquille, et du côté des prisonniers et du côté du geôlier et de ses doléances continuelles. Il comptait sans son hôte : Saint-Mars n'était pas homme à demeurer une année sans quémander.

Les précautions n'en furent pas moins minutieuses, comme tout ce que faisait le ministre. C'est le 11 que Louvois écrit àDucbaunoy; le 12, il ajoute à Saint-Mars : «J'ai lu au Roi » votre lettre du 3 de ce mois, par laquelle Sa Majesté, ayant w connu l'extrême répugnance que vous avez à accepter le » commandement de la citadelle de Pignerol , a trouvé bon » de vous accorder le gouvernement d'Exilés, vacant par la » mort de M; le duc de Lesdiguières, où elle fera transporter » ceux des prisonniers qui sont à votre garde, quelle croira w assez de conséquence pour ne les pas mettre en d'autres n mains que les vôtres

» Je mande au sieur Duchaunoy d'aller visiter avec vous » les deux bâtiments d*Exiles, et d'y faire un mémoire des » réparations absolument nécessaires pour le logement des

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» deux prisonniers de la Tour d'en bas, qui sont y je crois, les » seuls qne Sa Majesté fera transférer à Exiles, Envoyes-moi » un mémoire de tous les prisonniers dont vous êtes chargé, et 9 marquez^moi à côté ce que vous saurez des raisons pour » lesquelles ils sont arrêtés. A Téçard des deux de la Tour n d'en bas, vous n'avez qu*à les marquer de ce nom, sans y » mettre autre chose.

» Le Roi s'attend que, pendant le peu de temps que vous » serez absent de la citadelle de Pi{}nerol, pour aller avec le n sieur Duchaunoy à Exiles, vous mettiez un tel ordre à la » garde de vos prisonniers qu'il n'en puisse mésarriver n d'aucun, et qu'ils n'auront pas plus de commerce avec qui » que ce soit qu'ils n'en ont eu depuis que vous en êtes » charge ' . »

Le 9 juin , le ministre adressait au geôlier les provisions de gouverneur d'Exilés : « L'intention de Sa Majesté, disait- » il , est qu'aussitôt que le lieu que vous aurez jugé propre » audit Exiles pour garder sûrement les deux prisonniers de la » Tour d'en bas sera en état de les recevoir, vous les fassiez » sortir de la citadelle de Pignerol dans une litière y et les 9 fassiez conduire sous l'escorte de votre compagnie, pour n la marche de laquelle les ordres sont ci-joints; et aussitôt après* V le départ desdits prisonniers, l'intention de Sa Majesté est » que vous alliez audit Exiles j pour prendre possession du n gouvernement y et y faire à l'avenir votre résidence. Vous n exécuterez ce que le Ror vous a ordonné , pour la subsis- » tance des susdits deux prisonniers, que Sa Majesté s'attend » que vous les garderez avec la même exactitude que vous avez nfaitjusquà présent. Ainsi, il ne me reste qu'à vous recom- » mander de me donner de temps en temps de leurs nouvelles. 7) A l'égard des hardes que vous avez du sieur MattioU, vous n n'avez qu'à les faire porter à Exiles y pour les lui pouvoir » rendre, si jamais Sa Majesté ordonnait quil fût mis en » liberté*. »

1 P. S3t, y. 684, Mss. Dépôt de la guerre, s Deiort, p. t69.

Deux jours après, il ajoutait : a Le Roi a trouvé bon de it vous accorder mille écus, tant pour lesdites réparations que » pour celles que vous jugerez à propos de fiiire à votre loge- » ment; à quoi, moyennant cela, vous prendrez soin défaire » travailler incessamment , conune si cette dépense se faisoit » à vos dépens , et lorsque la prison sera en état , l'intention M de Sa Majesté est que vous transferiez les deux prisonniers, » conformément à ce que je vous ai mandé par ma dernière « lettre, et qu'en conséquence vous remettiez en ce temps-là » au sieur de Yillebois le commandement de la citadelle de » PigneroP. »

Les ordres étaient donc explicites , et Saint-Mars pouvait écrire à l'abbé d'Estrades , en lui annonçant son départ : fc J'aurai en garde deux merles que j'ai à Pignerol , lesquels » n'ont pas d'autres noms que MM. de la Tour d'en bas. » Mattioli restera ici avec deux autres prisonniers ^ »

Il se rendit, en effet, à Exiles en compagnie de M. Duchaulioy, trouva le château et la tour de César en parfaite convenance pour recevoir les prisonniers. Il était d'aiUeurs impossible, comme on l'a vu par les plans d'Exilés et la description que j'en ai retracée, d'imaginer une prison plus sûre. On peut en conclure qu'Exiles, plus que Pignerol, plus que la Bastille, a été le véritable lieu d'internement de l'homiïie légendaire. Dans ce donjon , Saint-Mars est complètement iselé , en dehors de toute circulation , de tout lieu d'habitation et de tout contact avec une garnison particulière.

Le 12 juillet, Saint-Mars était de retour de son inspection. Il écrit tout aussitôt à Louvois pour le tranquilliser :

a Pour que l'on ne voie point les prisonniers , ils ne sorti-- » ront point de leur chambre pour entendre la messe , et pour » les tenir en plus grande sûreté, Vun de mes lieutenants cou- » chera au-dessus d'eux ^ et il y aura deux sentinelles jour et » nuit qui verront tout U tour de la tour y sans queux et les

1 Deloft, p. 271.

s Rayùmon, 25 juin 1681.

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» prisonniers se puissent voir ni par 1er y ni pas même entendre ; M ce seront des soldats de ma compagnie qui seront toujours » posés en faction aux prisonniers. Un y a qu'un confesseur qui » m'inquiète un peu ; mais si Monseigneur le juge à propos , » je leur donnerai le curé d'Exilés , qui est un homme de bien » et fort Vieux, auquel je lui pourrai défendre, de la part de » Sa Majesté , de ne point savoir quels sont ces prisonniers^ n là, ni leurs nomSj ni ce qu'ils ont été, et de ne parler jamais » d'eux en nulle maison du monde, ni de recevoir de vive » voix, ni par écrit, aucune communication ni billets. »

On ne pouvait entrer dans plus de détails, et pourtant Fimplacable ministre ne devait pas se déclarer satisfait. Saint-Mars se voyait d'ailleurs dans l'obligation de remettre le départ annoncé. Les événements précipités de Gasal, l'arrivée prochaine de Catinat qui, caché chez lui et enfermé comme faux prisonnier sous le nom de Guibert , n'allait quitter Pignerol que pour sa nouvelle résidence de Casai ; la correspondance secrète à entretenir avec le marquis de Piennes, et la maladie de Duchaunoy avaient modifié les projets primitifs. Ce fiit donc dans les premiers joars d'octobre seulement que le nouveau gouverneur, sa famille, sa compagnie et ses prisonniers abandonnèrent définitivement et sans bruit le donjon d'historique mémoire pour se rendre à Exiles. Le 15 octobre , le déplacement était accompli.

Les dépêches pour cette période d'un séjour de cinq années au fort d'Exilés sont assez nombreuses. Les voici dans leur ordre. Elles satisferont mieux l'esprit de curiosité des lecteurs que la narration la mieux arrangée.

Le 18 novembre 1681, Louvois écrivait à Saint-Mars : ce Le Roi approuve que vous choisissiez un médecin pourtrai- »' ter vos prisonniers, et que vous vous serviez du sieur Yigon »' pour les confesser une fois ^an^ »

Louvois à Saint-Mars, le 14 décembre 1681 :

« Vous pouvez faire habiller vos prisonniers , mais il faut

1 18 novembre 1681 ; p. 197, y. 659, Mm. Dépôt de la guerre.

» que les habits durent trois ou quatre ans à ces sortes de » gens-là'. »

LouYois à Saint-Mars, 31 décembre 1681 :

« J'ai expédié l'ordre nécessaire pour vous rembourser n les dépenses que vous avez faites pour vos prisonniers, et » vous le trouverez ci-joint*, w

Louvois à Saint-Mars, le 2 mars 1682 :

a Gomme il est important d'empêcher que les prisonniers » qui sont à Exiles, que l'on nommoù à Pignerol de la Tour » d'en bas , n'aient aucun commerce, le Roi m'a ordonné » de vous commander de les faire garder si sévèrement n et de prendre de telles précautions que vous puissiez répondre n à Sa Majesté qu'ils ne parleront à qui que ce soit, non-seule^ n ment de dehors, mais même de la garnison d'Exilés ; je vous >« prie de me mander de temps en temps, ce qui se passera à » leur égard *. »

D'où proviennent ce nouvel excès de sévérité et cette inquiétude subite de Louvois? Redoutait-il quelque confrontation avec les accusés de' la Chambre ardente? Je ne sais, mais Saint-Mars n'en répondait pas moins par retour du courrier , le 1 1 mars :

« J'ai reçu celle qu'il vous a plu me faire l'honneur de » m'écrire, le 27 du passé, par laquelle vous me mandez, » Monseigneur, qu'il est important que mes deux prisonniers » n'aient aucun commerce. Depuis le commencement que » Monseigneur m'a fait ce commandement-là, j'ai gardé ces » deux prisonniers qui sont à ma garde aussi sévèrement et » exactement que j'ai fait autrefois MM. Fouquetet Lauzun, » lequel ne peut se vanter d'avoir donné ni reçu de nouvelles » tant qu'il a été enfermé. Ceux-ci ne peuvent entendre parler » le monde qui passe au chemin qui est en bas de la tour où » ils sont ,• mais eux, quand ils voudroient, ne sauroient se » faire entendre ; ils peuvent voir les personnes qui seroient

1 p. 383, V. 660, Mm. Dépôt de la guerre, s P. 364, y. 661. Dépôt de la ffuerre.

' P. 36, V. 675. Dépôt de la guerre.

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> sur la montage qui est devant leurs fenêtres, mais on ne

* sauroit les voir il cause des {grilles qui sont ad-devant de » leurs chambres. J'ai deux sentinelles de ma compagnie >> nuit et jour des deux côtés de la tour , d'une distance raisonnable , qui voient obliquement la fenêtre de mes prîson-

• Diers. I) leur est consigna d'entendre si personne ne leur » parle, et s'ils ne crient point par leur fenêtre, et de faire H marcher les passants qui s'anéteroient dans le chemin ou H sur le penchant de la montagne. Ma chambre étant jointe ii V la tour, qui n'a d'autre vue que du côté de ce chemin , fait ■ que j'entends et vois tout, et même mes deux sentinelles, » qui sont toujours alertes par ce moyen-là.

» Four le dedans de la tour, je l'ai &it séparer d'une ma- 9 nière où le prêtre qui leur dit ta messe ne les peut voir, à » cause d'un tambour que j'ai fait faire, qui couvre leurs * doubles portes.

■ Les domestiques qui leur portent à manger mettent ce </iii t est de besoin aux prisonniers sur une table qui est là, et mon a lieutenant le jtrend et le porte. Personne ne leur parle que •> moi, mon ofjicier, M. Vigneron (le confesseur), et un méden cin qui est de Pragelas , à six lieues d'ici, et en ma présence. Pour leur linge et autres nécessités , mêmes précautions que ■> je faisois pour mes prisonniers du passé '. ■

' Delon, p. 179.

Qu'on veuille bien se reporter aux plans que j'ai donnes , aux descriptions que j'ai faites de ce qui se passait à Pigneroi, et l'on reconnaîtra là une identité de soins fort curieuse , qui ne laisse aucune prise à la critique.

Le ministre répond à cette dépêche , le 31 :

u J'ai reçu votre lettre du 11 de ce mois , avec le paquet y qui y était joint. Le Roi ne veut pas qu'un autre lieutenant » que celui qui a accoutumé de parler à vos prisonniers ait

commerce avec eux *

Louvois à Saint-Mars, 18 avril 1682 (de Saint-Germain) : « Le Roi ne trouve pas mauvais que vous alliez faire la t» révérence à M. le duc de Savoie auparavant son départ du » Piémont , après avoir mis ordre à la sûreté de vos prisonniers, n de manière que pendant votre absence ils ne puissent avoir 9 commerce avec personne et qu'il ne puisse mésarriver^. » Louvois à Saint-Mars (de Versailles) , 11 mai 1682 : tt Votre lettre du 2 de ce mois m'a été rendue. Je ne vois » pas d'apparence que le Roi puisse consentir que vous vous » absentiez du gouvernement que Sa Majesté a bien voulu n vous donner. Ainsi vous devez faire en sorte de mettre » ordre à vos affaires sans quitter la place où vous êtes'. » Louvois à Saint-Mars, 3 juin 1683 :

u Je crois que vous savez que les prisonniers qui sont à n votre garde ne doivent point être confessés qu'ensuite d'un » ordre du Roi , ou dans un péril imminent de mort ; c'est ce >» que vous observerez , s'il vous plait^. »

Louvois à Saint-Mars (à Versailles) , 16 avril 1684 : « Il y a longtemps que vous ne m'avez parlé de vos prison- » niers. — Je vous prie de me mander comment vous les gou- » vernez et comment ils se portent. Mandez-moi aussi ce que » vous savez de la naissance du nommé La Rivière et de l'aven- « ture par laquelle il fut mis au service de feu M. Fouquet^. >

1 Mars 1682. P. 698, v. 675. Dépôt de la guerre. S P. 251, y. 677, Mss. Dépôt de la guerre.

3 P. 231, y. 678» Mss. Dépôt de la guerre.

^ P. 25, y. 693, Mss. Dépôt de la guerre.

^ Rayaisson.

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Louvois à Saint-Mars, 2 octobre 1684 :

« Je vous prie de continuer à m'informer de ce qui se pas- » sera à l'égard de vos prisonniers'. »

Louvois à Saint-Mars, 5 janvier 1685 :

« Gomme il n'y a point d'apparence que le Roi veuille » vous donner présentement le congé que vous demandez, » vous pouvez m'écrire ce que vous avez à me dire en mar- » quant sur l'enveloppe que vous mettrez à votre lettre qu'elle » me doit être rendue en mains propres^ et sur celle-^là une » aiUre avec une adresse à l'ordinaire^, »

Louvois à Saint-Mars, 30 janvier 1685 :

« La lettre écrite de votre main le 21 de ce mois m'a été » remise. J'ai vu par ce qu'elle contient ce que vous ont dit vos » prisonniers, qui n'est d'aucune conséquence*,.. »

Louvois à Saint-Mars, 7 mars 1685 :

« J'ai reçu votre lettre du 23 du mois passé. Le Roi veut » bien que vous alliez prendre l'air dans le lieu que vous jugen rez convenable à votre santé; mais Sa Majesté vous recom- » mande de donner de si bons ordres pour la sûreté des prison- » nier s y que personne n'ait communication avec eux pendant » votre absence et qu'Un en puisse mésarriver\ »

Louvois à Saint-Mars, le 7 juin 1685 :

tt Vous pouvez me mander en détail quelle est l'intention n de celui de vos prisonniers qui veut faire son testament, » ety en mettant en dessous de votre lettre que c'est pour » m'être remise en main propre, personne ne l'ouvrira*. »

Saint-Mars à Louvois, le 23 décembre 1685 :

a Mes prisonniers sont toujours malades et dans les re- » mèdes. Du reste, ils sont dans une grande quiétude. »

Louvoie à Saint-Mars, le 10 janvier 1686 :

« Je vous envoie le billet nécessaire pour vous faire tou -

1 P. 26, V. 718, Mss. Dépôt de la gaerre.

S P. 107, y. 741, Ms8. Dépôt de la guerre.

3 P. 575, y. 74t, Mss. Dépôt de la guerre* .

* P. 127, y. 745, Mss. Dépôt de U guerre.

^ P. 89, y. 747, Mss. Dépôt de la guerre.

» cher le rembotursement de la dépense que vous avez faite » pour vos prisonniers ' . »

Louvois à Saint-Mars, le 9 janvier 1686 :

tt J'ai reçu la lettre que vous m*avez écrite le 26 du mois » passé, qui ne désire de réponse que pour vous dire que n vous auriez dû me nommer quel est celui de vos prisonniers » qui est devenu hydropique*. »

Louvois à Saint-Mars, le 3 novembre 1686 :

tt J'ai reçu votre lettre du A du mois passé. Il est juste de » faire confesser celui de vos deux prisonniers qui devient » hydropique lorsque vous verrez apparence d'une prochaîne n mort. Jusque-là il ne faut pas que lui ou son camarade » aient aucune communication'. »

Le 4 janvier ce prisonnier mourait; le 5, Saint-Mars en faisait part à Louvois, qui lui répondait le 13 :

« J'ai reçu votre lettre du 5 de ce mois, par laquelle j'ap- » prends la mort d'un de vos prisonniers*. »

Or , à ce moment même , un grand changement allait se produire dans l'existence du prisonnier restant et dans celle de Saint-Mars. J'ai dit quelles avaient été les plaintes du geôlier à propos d'Exilés et de sa santé qui s'affaiblissait de plus en plus. Elles avaient été écoutées, car le 8 janvier 1687 le ministre écrivait à Saint-Mars, deux jours avant d'avoir eu connaissance de la mort de l'un des prisonniers :

« Le Roi ayant bien voulu vous accorder le gouvernement n des îles Sainte-Marguerite, je vous en donne avis avec » plaisir , afin que vous vous teniez prêt à vous transporter tt auxdites îles lorsque vous en recevrez les ordres de Sa Ha- » jesté, de laquelle l'intention est que, aussitôt que vous en » aurez reçu vos provisions, vous alliez faire un tour auxdites tt iles, pour voir ce qu'il y a à faire pour accommoder un » lieu propre à garder sûrement les prisonniers qui sont à

> P. 224, V. 761, Mss. Dépôt de la guerre.

» P.- 107, V. 76», M8«. Dépôt de la guerre.

3 P. 23, V. 770, Mss. Dépôt de U guerre.

« P. 231, y. 779, Mss. Dépôt de la guerre.

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» Totre charge , dont vous m'enverrez un plan et mémoire, n afin que je puisse prendre l'avis de Sa Majesté pour y faire » travailler. Cependant vous retournerez à Exiles , pour » attendre les ordres de Sa Majesté nécessaires pour les y » conduire ainsi que votre compagnie. — Je crois qu'il est » inutileque je vous recommande de prendre de telles mesures » que^ pendant le temps que vous serez à aller aux îles Sainte^ r Marguerite et à en revenir , lesdits prisonniers soient gardés » de manière qu'il n'en puisse mésarriver , et qu'ils n'aient » commerce avec personne ^ . »

Le même jour, il écrivait au commis de la poste de Grenoble :

M Je vous adresse une lettre pour M. de Saint-Mars, gou- » verneur d'Exilés, que vous lui enverrez par un piéton M exprès aussitôt que vous l'aurez reçue , lequel vous chargen rez de vous en rapporter la réponse que vous me ferez tenir » par le premier ordinaire qui partira de Grenoble. »

Et le 13 il ajoutait :

« J'ai reçu votre lettre du S de ce mois, par laquelle j'ap- » prends la mort d'un de vos prisonniers. Je ne vous réponds » rien sur le désir que vous avez de changer de gouverne- » ment, parce que vous avez appris depuis que le Roi vous )» en a accordé un plus considérable que le vôtre, avec » bon air , dont je me réjouis encore avec vous , pour la part » que je prends à tout ce qui vous touche^. »

Voici la réponse du geôlier ; elle est du 20 janvier, par conséquent, c'est probablement celle qui a été rapportée par le piéton de la poste :

a Je suis pénétré de la nouvelle grâce que je viens de rece- » voir de Sa Majesté (gouvernement des îles) . Si vous m'orn donnez d'y aller dans peu, je vous supplie de permettre » que ce soit par le Piémont , à cause de la grande quantité » de neige qu'il y a d'ici à Embrun ; et à mon retour, qui i« sera le plus prompt que faire se pourra, de trouver bon que

1 P. 114, V. 779, Mstf. Dépôt de la guerre.

> P. 231, y. 779, Mas. Dépôt de la guerre.

«j'aille, chemin faisant, prendre congé de M. le duc de Sa- » voie, de qui j'ai toujours reçu mille honneurs. Je don- » nerai si bien mes ordres pour la garde de mon prisonnier » que je puis bien vous en répondre, Monseigneur, pour » son entière sûreté, et même pour l'entretien que j'ai toujours n empêché (T avoir avec mon lieutenant, à qui j'ai défendu de » lui jamais parler , ce qui s'exécute ponctuellement. Si je le » m^ne aux (les, je crois que la plus sûre voiture serait une n chaise, couverte de toile cirée, de manière qu'il auroit assez » d^air, sans que personne le pût voir ni lui parler pendant la » route, pas même les soldats que je choisirai pour être proche yi de la chaise , qui seroit moins embarrassante qu'une litière » qui peut souvent se rompre ' . »

Il est impossible de préciser plus les détails et de montrer mieux la similitude des moyens employés pour la conduite du prisonnier de la Bastille à Pignerol , de Pignerol à Exiles et d'Exilés aux lies. Louvois est satisfait, du reste, car il répond par retour du courrier :

« Je vous envoie les expéditions de gouverneur des îles » Sainte-Marguerite, et vous pouvez aller par le Piémont

V pour pouvoir faire vos compliments à M. le duc de Savoie, » et éviter les neiges qu'il y a jusqu'à Embrun. Je vous prie

V de bien examiner dans les îles ce qu'il y a à faire pour » pouvoir garder sûrement votre prisonnier, et de ne propo-

V ser que ce qui sera absolument nécessaire pour cela.

» A l'égard de la manière de transférer le prisonnier , le n Boi se remet à vous de vous servir de la chaise roulante » fermée de la manière que vous proposez , ou de toute autre » que vous jugerez à propos , pourvu que vous eti puissiez » répondre*. »

Saint-Mars quitta donc Exiles vers le 8 ou le 9 février 1687, aussitôt après avoir reçu la dépêche ministérielle, se rendit à Turin , fit visite au duc de Savoie , et repartit pour les îles Sainte-Marguerite, où il arriva le 19. II y tomba malade le

« Delon, p. 282.

2 P. 506, V. 779. Dépôt de la fîuerre.

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