AFFAIRE SARDAN
Parallèlement à ce complot de Rohan et de La Tréaumont, se préparaient en Guyenne et en Angoumois d'autres projets de révolte.
Paul Sardan, greffier de la cour des aides de Montpellier, avait été nommé receveur des tailles au Puy. Chargé d'accompagner des fonds que les états de Languedoc envoyaient à Paris, il les avait enlevés et les avait dissipés, puis s'était sauvé en Flandre, où il avait rejoint le Masque de Çer, Penautier, La Tréaumont, etc. Condamné par contumace à la peine de mort, à la fin de 1673, il concluait, trois mois après, le 20 avril 1674, un traité avec le prince d'Orange, traité par lequel il lui promettait de faire soulever quatre provinces. Le 23 juillet suivant, il était à Madrid, et sous le nom de Jean-François de Raulo , seigneur comte de Sardan, marquis de la Houssaye, signait un autre traité avec le marquis de Castel-Rodrigo \ pièce dont le gouvernement français n'eut connaissance que longtemps après. Louvois seul, par la saisie des papiers de l'Homme au masque et de l'abbé du Colombier, etc., se trouvait sur les traces du personnage. Dès le 20 mai, en effet, il écrivait à Saint-Pé'^ pour lui faire part des manœuvres d'un individu qui répondait aux noms et surnoms de marquis Dauphin, comte de Sardan, de Paul Mirande, marquis delà Honssaye,
Le 6 février de l'année suivante, le maréchal d'Albret signalait les menées d'un nommé Foncenade, et le 23 juillet M. de Pontchartrain écrivait que le fameux traité dont on commençait à soupçonner l'existence pouvait bien avoir été fabriqué par un fripon du nom de Sardan qui se tenait caché à Paris. « C'est un homme que nous voudrions bien trouver, » et duquel le Roi souhaite que vous fassiez toutes les per- « quisitions possibles. »
1 Dumont , Corps diplomatique, t. VII, p. 277.
2 P. 3, V. 379, Mss. Dépôt de la guerre.
Le 25 octobre, M. de Pomponne priait Louvois de demander au duc de Savoie l'extradition d'un nommé Claude Mermay, dit Lavigne '. Le même jour'^, il avertissait le maréchal d'Albret d'une conspiration nouvelle , l'engageait à rechercher les auteurs et particulièrement à faire arrêter un banquier de Toulouse, du nom d'Albo. De son côté, le 31 octobre, d'Aguesseau, l'intendant de Languedoc, annonçait la capture d'un gentilhomme espagnol nommé don Miguel Jean Morton, impliqué dans une conspiration contre le Roi, et la saisie faite sur lui de deux lettres adressées à madame de Grave, qui se trouvait alors aux bains deBaréges^,
A cette dépêche de d'Aguesseau, Louvois répondait par un ordre d'interroger ladite dame de Grave'', et d'enfermer l'évêque de Cadix ainsi qu'un chevalier de Malte espagnol, Antonio Salamanque, dans la citadelle de Perpignan*'. Il prévenait en même temps le maréchal d'Albret et le comte de Jonzac, gouverneur de l'Angoumois, des projets de débarquement formés par les Hollandais sur les côtes de Guyenne et de Poitou ; il envoyait enfin des troupes en quantité suffisante pour calmer l'émotion qui s'était produite dans ces provinces.
Dans le Béarnais et le pays Basque également, le gouverneur était tenu en échec, depuis 1664, par un chef de parti intelligent, nommé Audijos, sorte de brigand populaire, dont les ressources provenaient d'Espagne et des Flandres, et dont les ramifications avec les conspirateurs de Londres, Bruxelles, etc., sont flagrantes ''. Mais le fait le plus curieux à constater, c'est la liaison avec le trésorier Penautier et Sainte- Croix de cet individu aux noms multiples, qu'on appelle Paul Sardan, ce conspirateur effronté qui habita
1 P. 359, V. 375, Mss. Dépôt de la guerre.
2 P. 360, V. 375, Mss. Dépôt de la guerre.
3 P. 452, V. 375, Mss. Dépôt de la guerre.
^ P. ^5l et suivantes, v. 375 et 376, Mss. Dépôt de la guerre.
•'' V. 376 et 377, Mss. Dépôt de la guerre.
^ La F?-ance administrative, par Depping, t. III.
AFFAIRE VANENS. 301
lonf> temps Paris et sut mettre au défi toute la police de La Reynie, de Louvois et de Golbert.
TENTATIVE d'eMPOISONNEMENT DE LA REINE DE POLOGINE.
Louis XIV à la reine de Pologne :
Il Saint-Germain en Laye, le 2 décembre 16771.
w Madame ma sœur, je loue Dieu de l'heureuse découverte 1) du poison mêlé dans le sucre du café qu'on vous devoit ser- » vir; agréez qu'en vous témoignant par cette lettre de ma » main la part que je prends à cet incident, je vous conjure )' d'en profiter comme d'un avertissement du ciel, pour la « conservation de votre personne et de celle du Roi de Polo- » gne, Monsieur mon frère, et de croire que je ne samoJs » être plus sensible que je le suis à tout ce qui vous arrive, » ni avec plus d'amitié , Madame ma sœur. Votre bon » frère »
AFFAIRE VANENS.