‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 108 sur 152 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Louvois à Pignerol.

Quinze jours à peine s'étaient écoule's depuis la mort de Madame Henriette, lorsque le marquis de LouYois fit part, le 9 juillet , au commissaire des guerres de Pignerol , le sieur de Loyauté, de son intention de se rendre pour deux ou trois jours dans cette place frontière ^ Le départ était fixé du 15 au 20 septembre, mais le 10 juillet, Louvois avait déjà changé d'avis, car il écrivait à Vauban : « Devant partir » le 15 du mois prochain pour aller à Pignerol, je serai bien » aise de vous y mener et que , si ce que vous avez à faire « en Flandre peut vous permettre de vous rendre ici pour ce » temps-là, vous me ferez plaisir^. » Le lendemain, en effet^, il annonçait pour le 20 août son arrivée à Pignerol, où il logerait chez M. le comte de Falcombel, un vieil ami de son père. Il lui prescrivait également de faire étabhr des relais de Suse à Pignerol , et prévenait en même temps ^ le lieutenant de Roi, M. de Saint-Jacques, et le gouverneur de la ville, M. de la Bretonnière, d'avoir à s'entendre avec M. de Loyauté pour qu'aucun honneur ne lui fût rendu. Le même jour enfin, il envoyait à M. de Séjournant, directeur de la poste à Lyon , la curieuse dépêche suivante ^ : « Je me propose » de partir dans quelque temps d'ici pour aller à Pignerol, « et comme je serai obligé d'aller en poste de Lyon à Pigne- 5) roi, je vous prie de me faire trois selles de même façon : ') les quartiers de vache de Roussi et le siège de velours sans » or ni argent, toutes simples. Il faut que les sièges soient

"* P. 114, V. 247, Mss. Dépôt de la guerre.

4 P. 115, V. 247, Mss. Dépôt de la guerre.

5 P. 115, V. 247, Mss. Dépôt de la guerre.

UN VOYAGE MINISTERIEL AU XVIIc SIECLE. 319

» larges, longs et relevés du devant, en sorte que l'on puisse » être dessus fort à l'aise, et qu'elles soient garnies de crou- » pières, de sangles et d'étriers. Dès qu'elles seront faites, » vous les enverrez au Pont-de-Beauvoisin , chez le sieur de » La Porte, qui me les fournira au passage. » Mais du 21 au 27, les intentions du ministre changèrent une seconde fois; la date du voyage fut encore rapprochée. Le 27, en effet', Vauban recevait l'ordre de se rendre immédiatement chez le ministre, qui donnait, le 28, des instructions définitives à Séjournant, à Loyauté, à Saint-Mars, ainsi qu'à FalcombeP. Il ajoutait même àServient, notre ambassadeur à Turin : « Ensuite du commandement que j'ai reçu du Roi » d'aller visiter les fortifications de Pignerol, je fais état de » partir d'ici samedi après midi, pour arriver à Pignerol le "jeudi 7 du mois prochain, sur les quatre ou cinq heures » après midi. J'arriverai le dimanche soir à Turin pour " rendre mes respects à Son Altesse Royale. Je vous supplie » très-humblement d'agréer que je mette pied à terre chez » vous^. » Le déplacement s'exécuta comme l'avait réglé le ministre. Le samedi 3, dans la nuit, Louvois quittait Paris en compagnie de Vauban et de Nallot, son confident. Le jeudi, dans la soirée, il faisait son entrée dans Pignerol et logeait chez Falcombel , et le dimanche 10, à Turin, chez M. de Servient. Le 26, il était de retour dans la capitale. Quant à Vauban, il ne revint qu'un mois plus tard. Or, cette apparition du ministre parut plus qu'étrange à Pignerol , et fut le point de départ de bien des suppositions, car Louvois lui-même écrivait quelque temps après à Loyauté ^ : « La quantité d'affaires que j'ai eues depuis mon retour de " Pignerol m'avoit empêché de rendre compte au Roi de " tout ce que j'avois vu, et c'est pour cela que je ne vous » avois rien mandé sur ce que vous jn'aviez écrit des contes

1 P. 140, V. 247; p. 308, v. 783, Mss. Dépôt de la guerre.

3 P. 176, V. 247, Mss. Dépôt de la guerre. ^ P. 90, V. 218, Mss. Dépôt de la guerre.

Page 1