DÉPART DE LOUIS XIV ET DE LOUVOIS
riat. Ce ne seront donc plus les dépêches du jeune ministre au Père Hyacinthe qui me guideront à l'avenir, mais celles qu'il adressera à Le Tellier, à Carpatry et à Besmaus. Le l"mai, en effet, Louvois' a quitté le Louvre; le 3, il est à Pont-Sainte-Maxence, le 4, à Roye. Le 5, il arrive à Péronne, comme il l'avait annoncé. Il y reste trois jours chez son cousin de Lespine-Beauregard ; il y retrouve Carpatry et Cayte avec la fameuse cassette de Bruxelles, ainsi que l'inconnu recommandé à Drouard. Le 8 , il se rend de Péronne à Arras. Il y loge chez son agent , le Père provincial des Récollets, l'auteur de ces lettres multiples dont j'ai donné quelques extraits. Il y rencontre le gentilhomme, le sieur Lorette, le Père Allard, etc. Il paraît toutefois que l'explication fut satisfaisante et la confrontation complète , car dès le lendemain 10 , il adressait à son père une dépêche chiffrée, avec une autre pour Rome. Il envoyait en même temps au gouverneur de la Bastille le curieux billet suivant, illisible malheureusement dans quelques-unes de ses parties, et que M. Ravaisson a donné : « Monsieur, il est de la der- » nière importance que l'on continue à ne savoir point se » qu'est devenu le sieur de Froid (ou Le Froid) que le sieur » Legrain a amené à la Bastille , et qui m'a aussi prié de faire » savoir au comte de Molina qu'il étoit entre vos mains. Je )' vous prie de prendre sur cela toutes les précautions suffi- » santés et d'obtenir qu'il reste au M , où quelqu'un qu'il
» l'on n en a jamais vu de plus magnifiques, et il en part encore tous les jours » de cette ville qui ne le sont pas moins que ceux-là. Leurs Majestés partirent » lundi et allèrent dîner à Saint-Gloud et coucher à Louvres en Parisis; mardi » elles devaient coucher à Senlis et de là à Compiègne. Elles vont à petites » journées et ne seront que demain à Péronne.... »
1 Les déplacements de Louvois, pour le deuxième trimestre de 1673, furent les suivants : du l'^'' janvier 1673 au 7 mars, à Saint-Germain; fin de mars, à. Versailles; tout avril, à Saint-Germain....; le 8 mai, à Arras; le 12, à la Bassée ; le 13, à Lille ; le 15, au camp près de Gand; le 16, à Gourtray; le 25, au camp près de Gand; le l^'' juin, au camp de Liquerke; le 3^ au camp de Vossen; le 7, au camp d'Hongres; le 9, au camp de Stacken; le 10, à celui de Tongres ; le 11, devant Maëstricht. (Ce tableau a été fait au moyen de» en-tètes des dépêches du volume 304.)
« Qonnoît est aussi intime de tant de monde. Sur ce, je vous M fais savoir aussi que si vous êtes obligé à faire assister le » sieur Le Froid, vous le fassiez par quelqu'un qui n'ait pas )) d'habitude avec vous ni aucun prisonnier". »
Il y avait donc à la Bastille un prisonnier important, celai de Péronne ; il y était avant le départ de Louvois, puisque le 1 1 mai , de Besmaus lui écrit à propos de cet homme : « Je « n'ai ouï parler de rien depuis votre départ, ni vu personne
» qui puisse donner aucun soupçon ^ » Ce nom de Le Froid
ou de de Froid donné dans la dépêche n'est évidemment qu'un remplissage dans les habitudes du temps. La souricière organisée à Péronne par M. le lieutenant de Roi de Lespine- Beauregard a donc amené une capture de valeur. Or, ce n'est pas une arrestation , mais une vingtaine au moins qui ont été exécutées pendant ces six semaines, soit dans Péronne , soit aux neuf faux passages de la Somme , par les gens apostés par ordre du ministre. Voici, d'ailleurs, ces prises successives et les dépêches curieuses qui s'y rapportent :
Le 21 mars, Beauregard écrit :
« Il n'a passé personne par Péronne depuis le gentilhomme » de Silésie que j'ai arrêté et qui sera gardé sûrement à Avetti (?) » comme vous m'avez marqué »
« On amena hier un homme à pied qui avoit passé à un » desdits faux passages , qui venoit proche donc , et qui étoit 1) chargé d'un paquet pour M. le Prince et d'une lettre pour » le sieur Rochefort, valet de chambre de Son Altesse Séré- )) nissime. — Je l'ai laissé passer. Le porteur étoit vêtu de « toile, âgé de quarante ans ou environ, et disoit être en- » voyé par le seigneur de son village dont j'ai oublié le " nom\ "
Le 21 mars , ordre au sieur de Perthuis de différer encore de trois semaines l'arrestation du sieur Spontelec ^.
1 P. 78, V. 304. Dépôt de la guerre.
^ Ravaisson, p. 158.
3 P. 240, V. 360, Mss. Dépôt de la guerre.
* P. 389, V. 302. Dépôt de la guerre.
Le 26 mars, nouvelle capture, celle d'un Allemand, et nouvelle lettre de Beaurep,ard le 27 :
« J'ai arrêté hier un Allemand bienfait, âgé de vingt et un » ans, qui était sur un cheval de louage qu'il avoit pris en " deçà de Cambrai; il s'appelle Jean-Philippe Hoffmann, " fils d'un échevin de la ville d'Aschaffenhourg, entre Mayence » et Francfort , ainsi qu'il dit, et l'ai mis avec le gentilhomme » de Silésie. «
« Ce dernier arrêté n'a que quatre pistoles pour toutes cho- " ses. Il est parti de son pays il y a un an et a toujours demeuré » à Bruxelles depuis ce temps-là, où il disoit être pour appren- >' dre la langue française, et logeoit à l'enseigne de V Étoile " de Cambrai. Il est parti de Bruxelles pour aller à Paris et a » séjourné depuis quelques jours dans les villes sur le chemin. » Ce gui m'a obligé de l'arrêter , est quil n'alloit que pour se " perfectionner dans la langue française à Paris, qu'il ne con- » noissoit personne , qu'il ii'avoit de lettres de personne et qu'il « n'étoit pas gentilhomme. On a trouvé les lettres ci-jointes » sur lui, qu'il m'a dit être lettres de recommandation qu'un )) secrétaire de M. Ituriete lui a données. J'en ai ouvert deux , " et j'ai vu qu'il étoit qualifié gentilhomme et qu'il cherchoit à » entrer au château de Saint-Germain enLaye ; je l'ai encore ') questionné sur le mémoire en françois que vous verrez qu'il " avoit sur lui; il m'a dit que c'étoit une instruction qu'il » avoit prise pour servir, ayant dessein de prendre condition » s'il en trouvoit une bonne.
» Je ne crois pas qu'il soit du nombre de ceux que nous » cherchons , mais aussi , en cas pareil , je sais qu'il ne faut » rien négliger '. »
Le mêmejour^, envoi d'un prisonnier de Péronne à la Bastille; la dépêche de M. de Lespine-Beauregard est ainsi conçue :
« Monseigneur, le nommé Daniel Ferrand a été conduit, » suivant vos ordres , à la Bastille par La Ramée et six gar- » des de M. le marquis d'Hocquincourt. M. de la Case l'a
1 P. 254, V. 359. Dépôt de la guerre.
2 P. 293, V. 360. Dépôt de la guerre.
» reçu et en a donné le récépissé. Ledit La Ramée vous prie » très-humblement de vous ressouvenir de lui , pour le faire » employer sur l'Etat pour sa charge d'aide-major de cette « place, à laquelle il a droit... — Péronne, 27 mars 1673. »
Le surlendemain , dans la nuit du 28 au 29, on arrêtait également , à l'un des faux passages de la Somme , au moment où il traversait la rivière à la tète d'un groupe de cavaliers , un homme qui, amené à M. de Lespine-Beauregard, prétendit s'appeler Louis de Oldendorf. Sa taille , sa démarche , les papiers cachés dans sa selle , tout enfin le faisait coïncider avec le signalement fourni par le ministre. Aussi, le jour même, partait-il pour la Bastille sous l'escorte des mousquetaires gris envoyés à Péronne et sous la conduite de M. Legrain. Aussitôt prévenu de son arrivée chez M. de Besmaus , Louvois se rendit près du prisonnier et l'interrogea. Ou'advint-il? Ce qui est certain, c'est que, le 4, il écrivait à Buninghen , à l'évêque de Strasbourg, à l'électeur, et que le 7 avril il disait à M. de Méthelet :
«L'on a arrêté depuis quelques jours, à Péronne, un Ti homme appelé Louis de Oldendorf, qui se dit de la ville 1) de Nimègue. Il est nécessaire que vous vous informiez si ce i> qu'il dit est véritable , s'il y a des gens de ce nom dans la » ville , s'il y a quelqu'un d'absent , et depuis quel temps et » de quelle profession , et si ce sont des personnes ayant » bonne réputation '. »
De son côté, de Lespine-Beauregard écrivait le 8 au ministre" : " Je me suis donné la peine de vous écrire ce matin au » sujet de l'homme que j'ai arrêté, qui s'est trouvé chargé )) d'une somme considérable, et je vous écris la présente » pour vous dire qu'un envoyé de M. le comte de Nap- » pes est arrivé ici à midi, porteur de trois lettres ci-jointes , » dont il y en a deux de M. l'ambassadeur d'Espagne.
» Si les choses se succèdent comme je projette et comme » je l'espère, le nommé Cayte, qui partit hier, sera à Ath le
1 P. 109, V. 428. Dépôt de la guerre. ^ P. 36, V. 360. Dépôt de la guerre.
" 11 OU le 12 du courant, avec le coffre qu'il est allé quérir à » Bruxelles; il m'écrira d'Ath et ira à Anvers et ensuite M reviendra ici avec le coffre. Vous me manderez si vous » voulez qu'il le conduise jusqu'à vous , ou s'il suffira de le » faire plomber ici à la douane et en charger la première voi- » ture qui passera pour Paris ; quand j'aurai des nouvelles » que le coffre sera à Ath, je ne manquerai pas de vous en » informer ; je prie M. de Nancré de le faire escorter par six » cavaliers , et de donner des lettres de recommandation « audit Gayte pour prendre pareilles escortes dans les places " par où il passera... »
« Je n'ai point de nouvelles de celui que j'ai dépéché à » Bruxelles;, ajoute de Beauregard le 13 — J'ose vous de- » mander si ledit Oldendorf est cet exécrable que nous cher- » chons de cette abominable cabale... Le Père Hyacinthe ne » m'a encore rien fait savoir "... " Et, pour le fameux coffre, il racontait le 17 : « Celui que j'ai envoyé à Bruxelles en w a rapporté heureusement le coffre du sieur de Oldendorf, » qui n'a point été ouvert et qui est en dépôt chez M. de 11 Nancré, jusqu'à ce que mon homme soit de retour d'An- ^> vers, où il est allé pour porter la lettre dont il est chargé » de la part du sieur de Oldendorf, pour tâcher d'attirer à » la cour Ze pensionnaire de Horn. Il me reste à savoir si vous » voulez que je vous envoie ledit coffre lorsqu'il sera ici'^. » Au bas de la dépêche se lisaient ces mots, tracés de la main du ministre : « Qu il fasse venir ce coffre, afin que je l'aie vu au passage du Roi. » Mais il paraît que ce coffre n'arriva pas à temps, car, le 22^, le ministre lui écrivait encore à ce propos :
« Si le coffre que vous avez envoyé prendre à Bruxelles 5) n'étoit point venu à Péronne lorsque vous recevrez cette » lettre, il est à propos que vous l'envoyiez incessamment « chercher, afin qu'à mon passage dans la place où vous com-
1 P. 73, V. 360. Dépôt de la guerre.
2 P. 77, V. 360. Dépôt de la guerre.
3 P. 365, V. 303. Dépôt de la guerre.
» mandez, je le puisse faire ouvrir et voirce qu'il y a dedans. "
Ce ne fut donc qu'à son passage à Péronne, comme je l'ai dit , que le ministre put prendre connaissance des papiers contenus dans la cassette de Bruxelles , qu'il envoya tout aussitôt à son père par les soins de Carpatry pour les pouvoir faire déchiffrer.
Mais la liste des captures est loin d'être close. Le ministre recommande une surveillance toujours active aux faux passages. « Le 8, il est arrivé à midi, dit Beauregard, dans le » carrosse qui va de Paris à. . . , un homme de mine basse \.. » Ce malheureux avait sur lui trois cent quarante-huit pistoles ; embarrassé, effrayé, il ne sut que répondre, et fut bel et bien emprisonné et dépouillé de ses papiers. Il se disait, il est vrai , joaillier de Liège, répondre au nom de Pierre Pitiat et venir de Paris, où il logeait chez un autre joaillier nommé Louis Alvarez. Mais comment avoir tant d'argent et si basse mine? Il n'en fallait pas tant pour être enfermé. Notre homme, heureusement, en fut quitte pour dix jours d'emprisonnement. Ses papiers et les informations qu'il avait fournies avaient été envoyés à Louvois ; le tout se trouva conforme à la vérité, et le 8 le ministre ordonnait son élargissement.
Le 18 avril, paraît-il, fut un moment de grande préoccupation pour Louvois , car les ordres se succèdent rapidement ce jour-là. J'ai déjà dit que le 2 avril il avait adressé à Drouard une instruction curieuse pour l'installation future d'un prisonnier , en le priant d'être revenu le 15 ou le 16. Or, le 18, Louvois écrivait également au sieur de La Clos :
« Ces lignes sont pour vous recommander d'exécuter ponc- » tuellement ce que le sieur Drouard doit vous avoir dit de » ma part. Il faut que vous conduisiez l'homme que vous devez. > accompagner par Péronne^ Roye, Gournay , Pont-Sainte- -> Maxence, etc., afin que, si nous étions partis de Paris, je » puisse le rencontrer en un de ces lieux-là pour lui parler'. »
Le même jour , il mandait à de Lespine-Beauregard : « La
' P. 252, V. 303. Dépôt de la guerre. 2 P. 314, V. 303. Dépôt de la guerre.
» lettre que vous avez prise au comte Dannape m'a été ren-
» due Si le bourgmestre van Denagen passoit à Péronne,
» il faudroit que vous le fissiez accompagner jusqu'ici par )' quelqu'un que vous chargiez de ne le point quitter... » Vous ne devez point lever les gardes que vous avez mis sur » les passages jusqu'à ce que le Roi soit passé à Péronne . » Enfin, le 30 avril, la veille de son départ, il recommandait au goxiverneur de Douai, le sieur d'Ernemont, de ne point parler, quand le Roi serait arrivé, du voleur qu'il avait fait arrêter dans la maison du président de Saint-Waast , où il était logé. « Il est bon que jusqu'à ce temps-là vous le laissiez « en prison et gardiez ses papiers^. »
Le 1" mai, L ou vois quitte donc Paris ; le 5, il est à Péronne, où il voit les prisonniers et le contenu de la cassette ; le 8, il est à Arras ; le 16, à Courtrai. Or, le 8 mai au soir, de Lespine-Beauregard lui écrit l'importante dépêche suivante :
« Le prisonnier qui est ici arrêté au château de Péronne » a été reconnu par deux personnes, qui l'ont vu pour un " homme qui a grand commerce avec van Buninghen , ainsi )' qu'il en est lui même convenu. // n'est point de ceux qui » ont été vus ensemble au iionihre de quatre du détestable com- » plot. Comme il n'en a été vu que quatre, il pourroit être des )) six autres qui n'ont pas été vus. Il sera gardé soigneusement » jusqu'à nouveaux ordres qu'il vous plaira donner* . »
Au bas de la dépêche se trouvent ces lignes de Louvois : " Faire conduire à la Bastille par cinq ou six gardes de » M. d'Hocquincourt et adresser une lettre à M. de Besmaus M pour le faire recevoir, son nom en blanc... »
Le lendemain, de Lespine ajoutait : « Encore que ce cour- » rierne m'aitpoint apporté delettresdeM. Carpatry, et que >' je doute que ce soit de lui que vous ayez voulu me parler, » pour le faire escorter par les mousquetaires du Roi, déta-
1 P. 308, V. 303. Dépôt de la guerre.
2 P. 505, V. 303. Dépôt de la guerre.
3 P. 196^ V. 360. Dépôt de la guerre.
î) chés ici à ce sujet, étant difficile parle grand chemin qu'il a M fait de savoir le jour fixe qu'il devoit arriver à Péronne, » jugeant qu'il étoit chargé de dépêches importantes '... »
Tous ces événements pourtant ne s'étaient pas passés sans éveiller l'attention, et pour ce fait encore il faut parcourir les fameuses gazettes de Hollande. Dans le numéro du jeudi 29 avril 1673 delà Gazette d'Amsterdam, on pouvait lire l'entrefilet suivant, daté de Paris, 14 avril :
« Un capitaine de Péronne a arrêté deux Hollandais que » l'on a amenés à la Bastille, sur le portrait que l'on avoit » envoyé d'Angleterre, avec avis de se défier de deux per- » sonnes comme le portrait les dépeignoit. On les a interrogés, ') et il y en a un qui se dit d'Utrecht... "
Le récit de la Gazette n'était pas complètement exact, mais en réalité il donnait une idée assez juste de ce qui avait transpiré de cette curieuse aventure. Ce fut, du reste, tout ce qu'on en sut.
Or, que conclure de toutes les dépêches qui précèdent? C'est que :
1" Une hande de dix individus de nations diverses ont fait partie du complot ;
2° Que van Buninghen a été l'un des instigateurs de cette conspiration ; que le banquier s'appelait van Groët, d'Amsterdam, et le dépositaire des papiers, Abraham Kiffied ;
3° Que le chef de la bande est Lorrain, libellai, qu'il répond aux noms de chevalier de liifjenbach, de chevalier des Harmoises, de Louis de Oldendorf;
4" Qu'on a saisi à Bruxelles la cassette dudit Oldendorf ;
5" Qu'on a souhaité s'emparer du pensionnaire de Hollande de Horn, de van Bulen et de M. de Lisola, etc. ;
6° Qu'on a arrêté à Péronne ou auprès de Péronne un certain nombre d'individus qui sont, par ordre de date:
Au commencement de mars, un gentilhomme de Silésie, resté à Péronne ;
1 P. 197, V. 360. Dépôt de la guerre.
Le sieur Jean-Philippe Hoffmann, natif d'Aschaffenbourg, âgé de vingt et un ans, arrêté le 21 mars;
Le nommé Daniel Ferrand, habitant de Bordeaux, conduit le 27 mars à la Bastille;
Le sieur Louis de Oldendorjf, pris le 29 mars, conduit à la Bastille le 30;
Le sieur Pierre Pitiat, joaillier, saisi le 8 avril;
Un prisonnier incomiu, dont le logement est préparé par Drouard, et qui doit être dirigé sur Paris, le 18 avril;
Le bourgmestre van Denagen;
Un voleur de chez le président de Saint-Waast (à Douai);
Un dernier prisonnier conduit à la Bastille.
7" Qu'il existe à la Bastille un prisonnier que M. de Besmaus n'appellera plus que l'homme, l'homme que vous me marquez^ V homme que vous savez, qui est enfermé à la Bastille avant le départ du ministre et que ce dernier a interrogé.
La date de l'incarcération de ce prisonnier à la Bastille est indiquée; elle est, au plus tard, des premiers jours d'avril, et son arrestation près de Péronne le 28 ou le 29 mars, puisque c'est le 2 et le 4? que Louvois écrit immédiatement au Père Hyacinthe pour faire partir l'individu qui doit être confronté avec le prisonnier et le reconnaître ; et le 3 que le ministre envoie une lettre anonyme à van Buninghen.
En effet, on se rappelle que le 7, le Père provincial des Récollets écrit au ministre : « Je souhaite de tout mon » cœur pour que celui qui a été arrêté soit le détestable 1) chef... " De Lespine-Beauregard, qui a le signalement et qui l'a arrêté la nuit au passage de la Somme, au moment où il passait à cheval avec trois autres individus , a répété la même chose. Cela coïncide bien avec le départ de Bruxelles des trois complices, le 25, et celui de l'inconnu, le 27 mars. D'ailleurs, Louvois, une fois qu'il a vu la cassette à Péronne, qu'il a entendu de vive voix les rapports de Beauregard ainsi que ceux du Père Hyacinthe et du gentilhomme à Arras, n'hésite plus, et écrit à Besmaus la
curieuse dépêche que j'ai citée : « Il est de la dernière » importance que l'on continue à ne savoir point ce qu'il )) est devenu,.*... »
Mais quel est celui des trois individus arrêtés, et dont je viens de donner la liste plus haut, qui puisse concorder comme date de capture avec ce personnage?
Le gentilhomme de Silésie est resté à Avetti.
Le sieur Jean-Philippe Hoffmann est le fds d'un bourgmestre d'Aschaffenbourg ; il n'a que vingt et un ans, et, pour Beauregard lui-même, il n'a rien de concordant avec le prisonnier désigné.
Le sieur Daniel Ferrand a bien été conduit de suite à la Bastille, et M. Ravaisson même a voulu le compter parmi les prisonniers de Pignerol ; je ne comprends pas trop pourquoi, puisque l'ordre de mise en liberté du personnage existe, et qu'il a été donné aussi par M. Ravaisson'. Il est du 2 janvier 1671, et ainsi formulé:
« Vous avez à remettre au pouvoir du sieur Legrain, pré- « vôt général de la connétablie et maréchaussée de France » et de mes camps et armées, ou à l'un de ses lieutenants ou )) exempts, le nommé Ferrand, habitant de Bordeaux et prisonn nier en mon château de la Bastille, pour, suivant l'ordre que » je lui ai donné, le conduire en sûreté, jusqu'à dix lieues loin » de ma bonne ville de Paris, du côté de la ville de Bordeaux.
» Saint-Germain, 2 janvier 1674. »
Le joaillier Pierre Pitiat, arrêté le 8, a été mis en liberté le 18.
Il reste bien le prisonnier mystérieux confié à Drouard ; mais il est facile de voir, d'après les dépêches, que ce prisonnier n'aurait pu arriver à Paris que vers la fin d'avril. Or, le ministre ne compte lui parler qu'en route ; il ne concorde donc pas avec celui de M. de Besmaus. D'ailleurs, il est mis en hberté, car, le 27 mai, le ministre écrit du camp près de Gand à Carpatry : «J'ai reçu votre lettre du 21, avec ce
1 Bibliothèque nationale, Mss. Ravaisson, p. 76.
» qui y étoit joint, à laquelle je n'ai pas de réponse à faire. » Je vous dirai seulement de me faire savoir si dans la visite » qui s'est faite à Péronne, de la selle du titulaire, on n'a rien » trouvé". » Et il ajoutait le même jour : « Il faut attendre à ') la première bonne fête pour rendre au titulaire tout ce » qu'on lui a pris , c'est-à-dire qu'il faut attendre au moins » jusqu'à la mi-aoùt, et il faut rembourser à Drouardles frais " qu'il a faits pour cette exécution^, »
Ce ne peut être le prisonnier envoyé de Péronne, le 7 mai ; les dates s'y opposent. Ce ne peut être enfin le bourgmestre van Denagen qu'on fait accompagner. Il n'en reste donc qu'un, l'homme à la cassette, le correspondant du pensionnaire de Horn, le prétendu habitant de Nimègue, qui s'est donné le nom de Louis de Oldendorf, celui dont la capture, faite dans les derniers jours de mars, réjouit tant le cœur de Lespine-Beauregard, celui que le sieur Legrain a conduit à la Bastille. v
Mais évidemment Louis de Oldendorf est un faux nom, qui ne trompe pas Louvois, comme le sieur Le Froid est une fausse étiquette pour la Bastille.
Donc, après son entrevue de Péronne et d'Arras, Louvois est maître du secret ; la cassette lui a fourni bien des preuves. Carpatry l'a rapportée à Paris. C'est cette précieuse cassette que l'on retrouve chez Nallot, au moment de sa mort. Elle y a été déposée par Carpatry, elle y est reprise par lui. Seulement, comme le ministre est parti avant d'avoir pu éclaircir les détails de cette ténébreuse affaire, comme ce n'est que sur place qu'il a pu se procurer les renseignements qui lui manquaient, il laisse à Carpatry et à son père, Michel Le Tellier, le soin de faire déchiffrer des lettres qu'il a trouvées et de réunir, pour le moment de son retour, les pièces et dépositions qui doivent compléter le dossier. D'ailleurs, il y a d'autres complices à atteindre, d'autres gens à arrêter un peu partout. Malheureusement, à cette
1 P. 219, V. 304. Dépôt de la guerre.
2 P. 220, V. 304. Dépôt de la guerre.
époque de répartition des attributions des secrétaires d'Etat par grandes divisions territoriales, grâce à la difficulté des voies de communication , il était malaisé de se procurer les signalements exacts, les papiers réels des individus; les coquins ont donc beau jeu pour établir des alibis. C'est en raison de cette latitude laissée au crime que j'ai pu montrer de combien de noms certains d'entre eux, comme François Galaup et Paul Sardan, se sont affublés dans leur longue carrière d'intrigues et de crimes, sans que des ministres, même comme MM. de Colbert et Louvois, aient été en mesure de les reconnaître. On peut donc dire, avec certitude de complète vérité, qu'au point de vue moral, au point de vue de la répression des crimes, notre société du dix-neuvième siècle a fait des progrès tellement considérables, qu'en jetant les veux sur ce passé, que les panégyriques et les historiens peu consciencieux ont représenté si brillant , il y a bien du sombre à ce tableau, et qu'en résumé on peut se regarder comme heureux de n'y avoir pas vécu. Pour le temps, évidemment, le progrès était déjà considérable par rapport aux périodes précédentes. Colbert, Louvois, et Le Tellier avec ses grands jours d'Auvergne et la fin des exactions d'une noblesse impunie, devaient, pour les masses, paraître des grands hommes, ce qu'ils étaient en réalité, et faire rejaillir sur le Roi, assez intelligent pour les comprendre et les appuyer, toute la gloire de cette phase de notre histoire.
Louvois est donc parti pour suivre les opérations de l'armée et faire triompher le Roi à Maëstricht. Il ne reviendra qu'à la Toussaint. Tout ce temps , il l'emploiera à recevoir des dépositions, à se tenir au courant de ce qui se passe à Paris et de ce que fait à la Bastille le sieur Louis de Olden-
dorf, dit Le Froid, dit de Froid Il remet à son retour la
possibiUté des dernières confrontations.
Ce n'est qu'à ce moment, du reste, qu'il aura besoin des preuves qu'il accumule. Lui et son père ont en main le secret de quantité de gens et les moyens de s'en faire des amis forcés.
Le 10 mai, il écrit à Besmaus; sa lettre se croise avec celle du gouverneur :
« J'ai reçu votre lettre du 5 de ce mois, lui dit ce dernier, ') je fais humainement tous mes efforts pour suivre vos or- " dres. Je n'ai ouï parler de rien depuis votre départ, ni vu » personne qui me puisse donner aucun soupçon , et je ne » quitte pas ici un moment. Je fais observer, sur les avis que » votre bonté me donne , l'homme que vous me marquez , » et quand il voudroit me tromper, ce que j'ai peine à croire, j) on n'a pas ouï de messe dans toute la montée que vous con- » naissez, depuis votre absence. Je continue avec toute l'appli- » cation possible à vous bien obéir. L'homtne pleure souvent, » se plaint beaucoup, et ce matin il me disoit giie vous pre- » niez plaisir à désobliger un grand seigneur, qui possible vous » le rendroit. J'écoute tout; il me presse d'avertir Vambassa-
» deur ou de lui permettre d'écrire voilà tout. Quand vous
» aurez la bonté de m'ordonner quelque chose, je serai très- ». ponctuel à vous croire '. » Et en haut, de la main de Louvois : « Continuer à le faire garder à vue sévèrement, et )) m' informer de temps en temps de tout ce qu'il dira. »
Cette note fait l'objet d'une lettre du 18 mai, datée de Courtray, ainsi conçue :
« J'ai reçu votre lettre du 11 de ce mois, laquelle ne dé- » sire de réponse que pour vous prier de continuer toujours » à garder avec la même sévérité l'homme dont vous me » parlez , et à m'informer de temps en temps de tout ce qu'il » vous dira^. »
A partir de cette date, je ne retrouve plus de lettres qu'à de longs intervalles, mais elles suffisent pour indiquer la filiation. Le 4 juillet 1673, en effet, Besmaus écrit :
« Vous y auriez vu comme le lendemain que M. l'abbé » du Colombier fut mis ici, que par intelligence avec M. Nal- « lot, quoique votre ordre ne le portât pas, je ne laissai de » faire tout ce que vous m'avez ordonné par deux des vôtres.
1 P. 211, V. 360, Mss. Dépôt de la {juerre.
2 P. 142, V. 304, Mss. Dépôt de la guerre.
» J'y continuerai le plus exactement que je pourrai. Je vous » disois aussi qu'il vous demandoit permission de vous écrire » aussi bien que le sieur Ferrand. Pour celui c/iie vous savez ^ il » me tourmente sans cesse à son ordinaire, ne fait que pleu- » rer et gémir, disant, comme je vous ai déjà dit, Monsei- » gneur, que vous croyez qu'il soit à M. de Lisola , et non à 5) celui àqui il appartient'... Les affaires de la Bastille, dont wj'ai pris la liberté de vous écrire, n'ont eu aucune suite » digne de vous, et je n'ai ouï parler de rien. Celui que vous « savez a été souvent incommodé et l'est encore parfois , et me » prie sans cesse de vous écrire qu'il n'a nul commerce avec » Lisola, qu'il croit le seul auteur de sa détention.
» J'ose, Monseigneur, vous dire, en vous demandant tou- 3) jours l'honneur de votre protection , le mortel déplaisir que » j'ai que M. le comte de Beauvais se soit sauvé avec le sieur » Baudouin, par une corde de dessus la terrasse que ses amis » lui ont attachée à une ficelle qu'il a jetée par-dessus la mu- » raille des fossés du château à la faveur d'une boule de plomb » et remontée en haut et liée à la muraille, et sesdits amis » la lui tenant tendue en bas dans le pré, il s'est glissé en un » moment, quoique la chose paroisse affreuse et quasi im- » possible, et je ne saurois à qui m'en prendre qu'à Law et » au dépit que j'ai que madame sa mère me l'ait par trop de » tendresse fait ôter d'une bonne chambre où il a été long- » temps, pour le mettre dans la cour avec tous ses amis, qui » lui ont donné tous les instruments nécessaires pour percer » doucement une porte sur la terrasse la nuit, et enlever » avec une terrière une planche par où ils sont entrés sur la- « dite terrasse que j'ai toujours crue plus sûre que pas un » cachot, et où, de tout temps, le Roi a permis aux prison- » niers de se promener'^. »
Ces deux dépêches sont fort importantes; elles nous montrent qu'à la même date l'abbé du Colombier est à la Bastille. C'est cet abbé dont on s'inquiète à Rome. Quant au
1 P. 22, V. 361, Mss. Dépôt de la guerre. ' P. 369, V. 361, Mss. Dépôt de la guerre.
sieur Daniel Ferrand, puisqu'il est cité nominalement , il ne peut être confondu avec l'homme que vous savez. Pour le comte de Beauvais , la preuve de l'incarcération est utile, car elle nous montre l'intérêt qu'avait Louvois, qui était venu lui-même voir Oldendorf à la Bastille, à écrire le 10 mai à M. de Besmaus « d'obtenir qu'il reste au M..., où » queh/il'un cjiiil connoit est aussi intime de tant de monde » , Donc, l'homme que vous savez (ledit sieur Louis de Oldendorf) est lié avec le comte de Beauvais. Il le connaît, et c'est là le motif de son carcere dura, et de l'interdiction d'aller à la messe, pour qu'on ne puisse le rencontrer ni voir dans les cours. On n'a pas encore songé, paraît-il, à lui mettre un masque.
C'est là la dernière lettre que j'ai pu retrouver de Besmaus à Louvois pendant son absence. Louvois est alors au siège de Maëstricht avec toute la cour. Il a bien d'autres intérêts à surveiller ; son père d'ailleurs est à Paris pour régler les affaires urgentes .
Les seules dépêches que j'ai eues entre les mains pour cette même période sont relatives à la cassette et à son contenu. J'ai déjà raconté ce qui s'était passé à la mort de madame Nallot, il est donc inutile d'y revenir. Mais il y eut probablement échange de pièces importantes, car, le 12 mai, Carpatry écrivait à Louvois: « L'ordinaire m'a rendu ce matin
» la lettre que Je la viens de déchiffrer, et je pars dans l'in-
« stant pour l'aller faille voir à M. Le Tellier, qui est depuis » avant-hier après midi à Chaville , et lui ferai voir aussi la >) dépêche pour l'Italie que Belou m'a adressée par votre ordre » pour être envoyée par un courrier exprès ' . »
Le 2 juillet^ également, Louvois approuvait Carpatry pour tout ce qu'il avait fait, et lui ordonnait de remettre une gratification à Vimbois pour avoir trouvé le chiffre. Le 6 ^, il prescrivait une deuxième gratification de six cents livres au sieur
1 P. 216, V. 360, Mss. Dépôt de la guerre.
2 P. 28, V. 305, Mss. Dépôt de la guerre.
3 P. 69, V. 305, Mss. Dépôt de la guerre.
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de la Tixère pour une découverte du même genre. Enfin , le 26', il priait Drouard de continuer h lui adresser ses informations les plus exactes sur tout ce qui se passait relativement à l'affaire de Péronne. Malgré son éloignement de Paris, les préoccupations du jeune secrétaire d'État étaient donc constantes,
D'autres événements d'ailleurs d'une certaine gravité, et se rapportant au complot de Péronne, sont également à signaler pour cette période. Au mois de janvier 1673, avait lieu à Lyon l'arrestation du moine jacobin.
A Paris se plaidait par contumace l'affaire Brinvilliers. Le 16 mars, Lachaussée, valet de Gaudin de Sainte-Croix, avait été exécuté à la Bastille. Gastanieri, dit La Pierre, dit Saint -Georges , ne devait être arrêté à Turin que dans les derniers mois de la même année.
Le 27 mars, le receveur général du clergé de France, l'empoisonneur Pierre-Louis de Reich de Penautier, avait dû comparaître au Ghâtelet pour être renvoyé une première fois des fins de la plainte, faute de preuves, le 15 juin 1673.
Au même mois de juin , l'abbé du Colombier avait été envoyé h la Bastille, ainsi que l'homme d'affaires de ce maréchal de Luxembourg que Louvois flattait, pendant que, d'autre part, il recommandait à son ami La Vallière de l'amoindrir, autant que faire se 'pouvait, dans V esprit du Roi. C'était vers le naême temps qu'un autre confident de Louvois, le sieur Nallot, le possesseur de la fameuse cassette du prétendu sieur de Oldendorf , succombait soudainement.
A Maëstricht enfin, le sieur Caluzio était arrêté et dirigé sur le donjon de Pignerol, où il devait retrouver ses dignes émules en empoisonnement, sa femme et ses complices, Philippe Carlos et Aymé.
Avec de tels éléments d'information et de confrontation, Louvois pouvait rester tranquille loin de Paris. Son père, Michel Le Tellier, veillait ; installé au ministère , tenu au cou-
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rant de tout par Garpatry, Darbon et de La Clos, il avait en main les fils du complot et de l'intrigue de cour qui devait en être la conséquence, histoire de femme probablement, comme tout ce qui se passait à cette époque. Aussi Louvois ne devait-il pas avoir mauvaise fjrâce à remercier ce père si dévoué à ses intérêts, et surtout si habile, qui savait, à distance et sans bruit, l'aider avec un tel art à l'établissement de sa fortune. La lettre suivante, prise parmi tant d'autres identiques, l'indique suffisamment :
« Je souhaite, écrit-il à son père le 27 mai 1673, qu'il » fasse plus beau temps à Chaville qu'ici , où il fait un froid
V qui enrhume tout le monde. Je le suis beaucoup, mais « comme ce n'est que du cerveau , et que cela ne m'empêche » pas de dormir, j'espère en être quitte.
» J'ai reçu la lettre dans laquelle je vois la continuation
« des soins quil vous plaît de prendre de mes affaires. Je vous » dois déjà tant , que je ne sais comment vous remercier de tout
V ce que vous faites présentement pour moi, si ce n'est vous en » demander la continuation et vous assurer que je souhaite que » vous puissiez avoir les mêmes bontés pour les affaires qui 11 viendront d'ici, et cependant je ne vous pourrai bien persuader 5) de mon extréîne reconnoissatice ^ . »
Cette année-là, Louvois ne revient à Paris qu'à la fin de novembre, comme il l'a annoncé à son père. Evidemment, une fois dans la capitale ou à Versailles , il ne faut plus songer à trouver des traces continues des conspirateurs du printemps. Garpatry, Le Tellier et Besmaus sont aussi à Paris ; il est donc plus naturel de se parler que de s'écrire. Toutefois, par les dépêches de l'extérieur, adressées de nouveau au Père Hyacinthe et à de Lespine-Beauregard, on peut voir que Louvois s'occupe activement de confronter les coupables et d'examiner à loisir les documents et dossiers qu'on a réunis pendant son absence.
Quinze jours à peine après son arrivée, le 5 décembre;, il
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prescrit au Père Hyacintlie et îiu lieutenant de Roi dans Gourtray, M. de Pertliuis, de faire mettre en liberté un gentilhomme sujet d'Espagne, nommé Charles de Tiennes, baron d'Aisne, « dont, disait ]e ministre, M. Dufresnoy a demandé M au Roi la hberté avec assez d'empressement, ce que Sa " Majesté n'a pu refuser'. " Ce Charles de Tiennes était le fils aîné du gentilhomme qui avait servi d'agent au Révérend Père. Il est donc probable qu'il fut arrêté pour éviter les indiscrétions, laisser passer un temps suffisant, et faire comprendre au Père qu'il y avait danger à s'occuper de certaines recherches.
Le 11 janvier, de Lespine-Beauregard écrivait de Péronnc à M. de Louvois : « Le nommé Nicolas Joachim , officier » d'artillerie h Cambray, et un appelé Nicolas Mathon , de » Cambray, sont en prison à Laon. Ledit Joachim est celui !) que vous avez vu ici h votre passage, et qui persiste dans w le premier dessein où vous l'avez vu^.... » Le 16, Louvois lui répondait : « Je ne savois pas que l'homme dont vous me » parlez, qui a été conduit à Saint-Quentin, fût celui que j'ai " vu à Péronne. J'ai écrit à M. de Pradel de le faire mettre » en liberté d'une manière qui ne fasse pas soupçonner que " l'on avoit quelque considération pour lui^. » Le 2 janvier également , le ministre faisait mettre en liberté le sieur Daniel Ferrand, l'habitant de Péronne, l'une des victimes de la souricière préparée aux faux passages de la Somme. Le 1" février, il écrivait de Saint-Germain au Père Hyacinthe : « J'ai vu par vos deux lettres les derniers avis que » vous a donnés le gentilhomme ; l'on en tirera tout ce qui >' pourra être de quelque utilité au service du Roi , et il est » bon d'entretenir toujours quelque commerce avec lui^ — .»
Le 10 mars, enfin, le secrétaire d'État de la guerre adressait par un courrier extraordinaire l'ordre suivant : « Le Roi
î P. 72, V. 309, Mss. Dépôt de la f[uene.
2 P. 73, V. 4i9, Mss. Dépôt de la guerre.
^ P. 1, V. 364, Mss. Dépôt de la guerre.