‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 7 sur 152 · ORIGINE DE LA LEGENDE. SA NECESSITE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA LEGENDE. SA NECESSITE

» de deux bons doigts de. . . , et de faire un trou au milieu, de » la largeur de la bague; de remplir le surplus du trou de » colle et de mettre par-dessus, de chaque côté, deux ou » trois feuilles de papier, pkis même, un peu de carton , afin » que l'on ne sût pas le vide qu'il y a eu dans le milieu des » papiers. » Il faisait en même temps changer tout le personnel de la garnison, et il ajoutait au commissaire des guerres Loyauté ' : « La quantité d'affaires que j'ai eues » depuis mon retour de Pignerol m'avoit empêché de rendre » compte au Roi de tout ce quej'avois vu, et c'est pour cela » que je ne vous avois rien mandé sw ce cjue vous m'aviez )) écrit des contes qui s'y faisaient. »

Ces contes, on les pressent. Le ministre est parti pour Pignerol trois semaines à peine après la mort de Madame •Henriette d'Angleterre ; Fouquet et un prisonnier mystérieux sont au donjon. L'arrivée de nuit du secrétaire d'Etat, les deux voyageurs silencieux qui l'accompagnaient, les airs d'importance du commissaire des guerres Loyauté et du sieur de Saint-Mars, etc. , autorisaientlessuppositionsles plus étranges. C'est là sans doute ce fameux voyage, si inoffensif et si naturel, comme je le ferai voir plus tard, que Voltaire a voulu placer en 1680, aux îles, comme il a fait enfermer le prisonnier dit le Masque de fer en 1661, et confier cet homme au célèbre geôlier, quand Saint-Mars n'était encore que simple mousquetaire dans la même compagnie que M. d'Artagnan. De ce qui précède résulte donc ce fait certain, c'est qu'en 1703, à l'époque de la mort du prisonnier inconnu de la Bastille, l'attention était déjà éveillée sur ce point. On en avait causé en maint endroit, avec plus ou moins de certitude , en brodant naturellement sur les paroles prononcées par le geôlier lui-même pour se débarrasser des gens. Qu'on veuille bien songer d'ailleurs au personnel déjà considérable du secrétariat d'Etat de la guerre, du service des postes, de Pignerol, de Turin, d'Exilés, de Sainte-Marguerite, de la Bastille, qui avait entendu parler de M. de Saint-Mars, de

* P. 90, V. 248, Mss. Dépôt de la guerre.

Fouquet, de Lauzun, et de ce prisonnier mystérieux, et l'on comprendra que les nouveaux incarcérés de la Bastille, tels que Voltaire, Constantin de Renneville , Lagrange-Chancel et Lenglet-Dufresnoy ne devaient avoir garde de s'occuper d'un fait qui était dans la bouche de tant de gens, et qui par conséquent avait dû prendre les proportions ordinaires d'une légende. Toutefois il faut reconnaître que ces récits ne dépassaient pas le domaine des hypothèses raisonnables et ne pouvaient le faire. Les gens de cour n'attachaient pas d'importance alors à ces billevesées, qui n'avaient eu probablement créance que dans la classe inférieure de !a société. En effet, M. de Lauzun et Fouquet n'avaient-ils pas habité la sombre forteresse en même temps que le prisonnier de la Tour d'en bas? Les parents de Fouquet et les amis de Lauzun n'avaient- ils pas eu accès dans le donjon dans les derniers temps? Ils savaient parfaitement que le gouverneur gardait à vue et au secret le plus absolu plusieurs prisonniers dans la Tour d'en bas. Eusta<îhe Danger , l'un des valets de Fouquet dans les derniers temps, avait même dû raconter la manière dont il y avait été enfermé pendant huit années successives. Mais, encore une fois, tous ces personnages connaissaient heure par heure l'existence du geôlier qui demeurait audessus d'eux, et s'il y avait eu quelque chose de ce merveilleux que les imaginations surexcitées du dix-huitième siècle ont voulu faire adopter, ils n'auraient pas manqué tout d'abord d'en parler eux-mêmes, une fois hors de la célèbre forteresse.

Mais il est un fait plus grave à cette époque , c'est la situation de la France au milieu des puissances européennes, et particulièrement des puissances voismes.

Une des plus grandes fautes des gouvernements prétendus forts, et en réalité les plus faibles, c'est de vouloir imposer leurs idées à leurs sujets, et de les tuer, arrêter, emprisonner , déporter ou bannir , s'ils n'adoptent pas de bonne volonté ce qu'ils supposent être la vérité.

De cette population ainsi frappée , les faibles et les béné-

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