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2 LES niS D'AKIfAULD D'AMDUXT,
jeune Antoine cependant annonçait d'heureuses dispositions ; et ses Mémoires, qui ont été publiés en 1756, prouvent quel parti Ton aurait pu tirer de son esprit. Confié, avec le second de ses frères, Simon de Briottes, à Tabbé de Barcos ^ [1622-1631], neveu et successeur de Saint^yran, son enfance se façonna même à Taustérité de son précepteur ^, mais ne put se ployer aux rudes exigences de son père ^, L'élève se rebuta de ses études, et Robert de Théritier de son nom. Celui-ci d'ailleurs^ il faut Uen l'avouer, annonçait un esprit fougueux et léger à la fois, et ses dispositions semblaient tendre à l'épicurien plus qu'au Janséniste^.. Cela lui coûta son droit d'f^nes^e. Ce., droit, Robert le transféra dans son cœur d'al)prd, et plus tard dans sa fortune, au puîné, le sage et judicieux Simon, qui fut le marquis de Pomponne, et dont Louis XIV fit le collègue de Louvois et de Colbert. Au moment même où les tendances d'Antoine faisaient augurer qu'il ne serait pas assez régulier dans le monde pour y réussir, son père le destinait au sanctuaire ^ La famille Arnauld avait introduit déjà, ou de-
1 Mém, de Lanceiot, 1. 1, p. 364-368.
2 Mém. de Vabbé Arnauld, part i, p. 4*
S < C*est le plas ardent et le plus brusque des humains. • (Taliemant, t. II, p. 313.) — « La sage conduite [de Barcos] étoitbien nécessaire pour « tempérer un peu Thumeur ardente de mon père, qui pour Touloir nous « rendre trop sçavans, en nous tenant continuellement attachés à Tétude, « nous en aurait bien pu rebuter.» (itfem. de Vabbi Arnauld, part, i, p. 4« )
4 C'est ce que lui-même appelait avoir uii heureux tempérament. (Mém., part« II, p. 64.)
s « Mon fils, lui disait sa mère, vous sçavei les pensées que voire père « a toujours eues sur vous, et qu*il ne désespéreroit pas de vous obtenir « quelque abbaye... >• {Métu. de Vabbé Arnauld, part, i, p; 17.) Son père n'avait pas désespéré non plus, dans le principe, d'en faire un partisan du Jansénisme, si c*est lui dkwt Robert se faisait accompagner dans ses visites h Saint-Cyran, détôni au hms de l^cennes. ( Mém, ée Lancelot, U i»
GHAP. l\, S£GT. I, ART. L 3
vait introduire bientôt, dans TÉglise trop de membres destinés à la régénérer, pour que d'Andilly ne se crût pas autorisé à y aventurer un sujet douteux. Et puis, qui peut répondre des effets de la grâce? Les deux illustres sœurs de Robert, Angélique et Agnès, ces gloires de Port-Royal, n'étaient-elles pas entrées dans le cloître, qu'elles devaient réformer, l'une à sept ans, l'autre à cinq ^ ? N'y étaient-elles point entrées à la faveur d'un faux 2, pour y recevoir en morale les traditions
p. 68.) Mais Lancelot doit se tromper. (Ct Mem. de tCAndiUy sur Saint» Cyran ; Vies édif. de P, H., par Le Clerc, 1. 1, p. 34.)
1 Voir les Mém. delà M. AngéL, 1. 1, p. 8-23, 263-285; t. ii, p. 247-255, etc.
2 a II y avoit trois abus dans mon établissement en qualité d*abbesse de « Port-Royal. Le premier Tambition de M. Marion, mon grand-père, d*avoir « deux de ses fiUes abbesses. Le second de m'avoir fait faire des \œux à « neuf ans, et bénir à onze, contre toutes les loix de TÉglise. Le troisième a d'avoir fait un mensonge au pape pour avoir des bulles; car on exposa « que i^avois dix-sept ans^ ce qui étoit très faux.... » (Mém. de la M. An^ gélique^ U ii, p. 262.) « Les bulles ayant été d'abord refusées à Rome « parceque la suppliante n*éloit que novice ; on en redemanda d'autres a après sa profession, sous un autre nom, sçavoir sous le nom d'Angélique, <c qu'on lui avoit fait prendre dans la confirmation, au lieu de celui de « Jacqueline qu'elle avoit dans la première supplique. » (Besoigne, Hist, de P. R,, 1. 1, p. 5.) « Quand j'eus plus de quinze ans, feu mon père me fit un a tour d'adresse qui me causa un extrême dépit... H écrivit, comme je le jugeai par une ligne que j'en lus, une ratification de mes vœux, me la tt présenta, sans m'en avoir parlé, et me dit sur-le-champ : Ma fille, signez a ce papier. Cela étoit assez mal écrit, et je crois qu'il l'avoitfaità dessein, a afin que je n'eusse pas le tems ni le moyen de le lire. Je n'osai lui de- . a mander ce que c'étoit tant je lui portois de révérence... Je signai cet acte « crevant de dépit en moi-même... » (Mém* de la M. Angélique, t. ii, p. 259.) « Lorsque j'eus dix-sept ans, qui est l'âge qu'on avoit dit à Rome « que j'avols pour obtenir mes bulles, quoique je n'en eusse que neuf, a mon père y renvoya pour dire la vérité, en demandant pardon du men-
« songe, et obtint de nouvelles bulles » (Mém, de la M, Angélique,
û I, p. 326.) ({ On voit que les Jésuites... auraient pu rétorquer avec léa gitimes représailles sur les ruses et accommodements de conscience dont « MlVf. Arnauld et Marion ne se firent pas faute dans toute celte affaire. » (M. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. i, p. 80. } -^ Un rapprochement qu'a
& LES FUS D'ARNAUID D'AIIMEXT.
de Gal^ieUe d^Estrées ^ en reli^on les seuls enseignements de leur cordonnier 2? Angélique n* avait-elle pas
oublié M. Sainte-Beuve^ est celui-ci : Antoine Arnauld, qui a subtilisé à Rome des bulles pour ses filles, à ses filles des signatures pour se mettre en règle avec Rome» est le célèbre avocat qui en 1594 avait plaidé pour faire chasser de France les Jésuites (voir plus haut, p. 38, n. 3), et qui en 1603, écrivit son Franc et véritable discours au Roy, pour les empêcher d*y rentrer, les accusant d^avoir renarde et épié en France le moment de s'y établir à la feveur des recommandations qu'ils obtenaient de Rome ; de capter la jeunesse et de circonvenir les âmes faibles pour se faire signer des testaments. {Mém, de la Ligue, U ii, p. 146 et 157)*.. Mutato nomine de te, etc. Il est vrai que le nom est beaucoup dans* ces sortes d'affaires ; car il en est de Topinion comme de la chancellerie romaine : le nom changé, ses jugements peuvent changer.
. 1 On sait de quelle manière Henri IV introduisit Gabrielle d*Estrées à Maubuisson. (M. Sainte-Beuve, Port^Royal, t. i, p. 83.) Il y avait un an qu'elle y était enterrée (10 avril 1599. — Gallia christ,, wm, p. 936) lorsque Jacqueline y entra comme novice (25 juin 1600.— Guilbert, Mém, hist, et chron», i, i, p. 2S5). L'abbesse à qui on la confiait était Angélique d'Estrées, sœur de Gabrielle, et teHement dissolue que celle-ci cherchait à lui en foire honte (ibid,, p« 259. — Cf. Mém» de la M. Angélique, t. i, p. 110, 130), et que le roi fût obligé en 1618 de la foire enfermer aux filles pénitentes de Saint-Magloire. (Ibid,, t. ii, p. 65-69.) Aussi l'historien janséniste s*écrie-t-il dans son aigre bonne fol : c Les réflexions du lecteur me préc viendront sans doute... Henri IV installe là une intruse qu^un crime de c parenté protège, et que son dérangement -particulier met au dessus des c règles... "Eilesévêques se taisent, parcequ* aucun intérêt -pécuniaire ne les c mouvoiU,^^ (Il y a loin de cette réflexion à la préface que d'Andilly adresse aux évéques gallicans, plus haut, p. 30; mais elle se rapporte assez à la remarque que faisait Lancelot en rendant compte à Sacy de l'éducation des fils du prince de Conti : « Pour les valets de pied, j'ai vu plus d'unefois son « altesse apporter plus de précaution pour en donner àMesseigneurs... que a beaucoup d'é?êques n'en apportent pour donner un prêtre à l'Église, s (ilf^m. de Fontaine, t. ii, p. 486)... « Cette abbesse mondaine est amie du « roi, et l'est conséquemment de M. Manon, selon Vusage des favoris, « Celui-ci la charge de l'éducation et du noviciat à^ Angélique, sa petite- « fille [car Jacqueline à sa confirmation avait quitté le nom de sa patronne c pour prendre celui de l'abbesse....] Cette abbesse pour la préparer à la c chasteté la mène... où la fameuse Gabrielle se trouve avec le roi... » (Guilbert, 1. 1, p. 258.) Sur ce dernier point Guilbert se trompe; comme nous l'avons dit, Gabrielle était morte.
2 a Elle fit sa première communion sans avoir reçu aucune mstniction
CHAP. W, SECT. h ART. I. 5
hésité dans les premières fougues de sa jeunesse à fuir les murs de son couvent pour se jeter dans un asile calviniste^? Cét^tdu haut de ces murs cependant, et lorsque la jeune fille les mesurait de l'œil pour les franchir, que la grâce était descendue. — Antoine fut donc desthié à FÉglise.
Mais ce n'est point chez les mères que l'amour se méprend sur les désirs d'un fils, ou les violente ^r celle du clerc prédestiné obtint de son mari qu'il en fît un soldat[1635]^ Pauvre mère, qui était réduite à réclamer comme une faveur pour son premier-né les périls des camps en échange des dégoûts du cloître ! — Antoine fut
« convenable. II arriva seulement par hazard qu*ua pauvre savetier, voisin « du couvent [et qui raccoromodoit les souliers des religieuses, — Guiibert, c iM*p 1. 1, p. 280], lui donna un petit livre de prières, qu^elIe se mit à « lire tout le temps qui précéda sa communion. • (Besoignc, Hi»t, deP, i?., t. I, p. 6. J — c Tout scmbloit conspirer à la perle de cet enfant, et la « conduire peu à peu à être une victime dMniquilé. Im grâce la délivrera ' c cependant,», » (Guilbert, ibid,, t. i, p. 259.) — H est vrai qu'à Port-Royal les cordonniers étaient parfois des genlilsliommes (Lettres de la M, Angeligue j t II, Pv61, lettre ccccv, mars 1652; Cf. ibid,, p. 89, et le Recueil in^l2, p. 217)^ et que Ton y avait des princes pour savetiers. (Mém, de Lancelott t. i, p. 38 ; Goujct, Vie de Nicole, part, ii, p, 38 ; Hist, des Pcr^ sccui,, p. 123 et 30^.) H en était de m£me des menuisiers. (Mém, de Fontaine, t. ip, p. 352.)
^ c Je ne pouvois plus souffrir la religion [la vie du cloître] que je n'avois « jamais regardée que copime un joug insupportable. .; et ayant inclination « pour la vie d'une honnête femme mariée^ je délibérai en moi-même de A quitter Port-Royal, sans en avertir mon père et ma mère..., et me marier « quelque part. Je crus alors qu'au pis aller je scroîs en sûreté & La Ro- « ctielle, quoique je fusse bonne catholique... » (Mém, de la M. Angélique, * t. I, p. 268, et t. II, p. 255.)
2 a On a raison de dii*e qu'il n'y a rien de comparable ù la tendresse a d'une bonne mère. La mienne me reçut entre ses bras...; je fus près c d'être étouffé par $cs embrassemens. » ( Mém, de Vabbé Arnauld, part. I, p. 63.) ^/ Ibid., p. il.
un brillant mousquetaire ^ — Mais la mort de sa mère suivit de près son éloignement [1637] ^. La froideur ^ et la parcimonie de son père à son égard le ^égoûtnient du service ^. Il crut rendre celui-ci plus affectueux et plus libéral en consentant à la spoliation de sa fortune à venir. Robert, soit pour favoriser Simon, soit pour être plus facilement généreux envers Port-Royal ^ voulait se défaire de sa propriété d'Andilly. Le consentement de
^ • U follut se résoudre à commencer comme les autres, par porter le t mousquet. • {Mém, de Vabbé Arnauld, part, i, p. 80.)
3 fl n ne pouToit rien m^arriver de pis ; et je puis dire que je perdis tout, • ep la perdant G^étoit toigours une médiatrice puissante «uprès de mon « père. » (Ibid,, p. 102.)
s « Je seray très aise que mon fils [Antoine] ne vienne pas icy [à Paris] « avec vous, si ce n^est en cas que vous veniez pour quinze jours ou trois fl semaines seulement ; et à condition de ne manquer à s*en retourner avec « vous; car ce H*eit que du temps perdu, et j^aurois honte quMl s^en revinst fl à Paris lorsque tous ceux de sa profession en partent » (Lettre de d'Andilly à M. de Feuquières, gouverneur de Verdun, en date du A février 1642 ; Leît. inéd. des Feuquiéres, t i, p. 288.) Isaac de Feuquières, sous qui servait Antoine, savait sans doute aussi bien que d'AndilIy ce qu^exigeait le service. Mais il ignorait peut-être de combien peu pouvait se satisfaire la tendresse paternelle de son correspondant, quoique son propre père Af anassès de Feuquières eût pu Tédifier à cet égard : « car, dit Tabbé dans «ses Mémoires (part i, p. 92), me parlant de beaucoup de choses, « M. [Manassès] de Feuquières vint à tomber sur mon père, et sur le peu « qu'il faisoit pour moi. Il blâmoit en cela sa conduite, et me dit ces pa-
• rôles : Pour moi. Je ne prétends point agir ainsi avec mes enfans, etc. • •— n faut reconnaître toutefois que d*Andiliy était aussi jaloux de remploi du temps que le témoigne sa lettre du h février 1642 ; car on peut voir un peu plus bas, p. 7, n. 1, comment il employa cette année même, et probablement dans ce même voyage qu'il abrégeait & Tavance, et son temps et celui de son fils.
• A lind., part i, p. 56, 92, 101, 212, 280, part n, p. 2. — H faut avouer cependant que la parcimonie de Robert se portait plutôt sur ses propres
« deniers que sur ceux de Tétat : « M. Bouthilller, surintendant, écrit Antoine « (ibid,^ part, j, p. 140), me fit payer grassement [pour un voyage fait en « cour] par M. Fieubet, tous deux étant amis de mon père, »
& Voir Lettres de la M, Angélique, t iii, p. 114, lettre dcglxxxvi, du 9ilécembrcl655,
CIIàP. IV, SfiCT. f, ART. I. 7
l'alné de ses ûh lui était nécessaire; et pour Tobteoir il multipliait les promesses. « Je fus trouver mon père à u Paris, portent les Mémoires d'Antoine; il me confirma (( ses promesses, et m'oUigea de ratifier le contrat,. » qai « étoit le plus grand tort qu'il pût me faire K 11 me donna a cent pistoles, et je n'en ai jamais eu davantage ^. »
Ces cent pistoles furent le plat de lentilles de cet autre iBsau ; bientôt il reconnut que c'en était fait de son droit d'aînesse. Et cependant s'il n'avMt pas hérité de Taffiection de Bon pèl:B, il en avait reçu nœ dose d'ambition qui) pour n'être pas identique à c^e qu'aurait d& lui transmettre le sang, n'en eut pas moins de semblables résultats. L'Moée même rà Robert» voyant la régente sy ourner l'exécuticm de ses promesses, annonçait le projet de se retirer du monde [i6i3], Antoine, à qui la régence refusait un brevet d'aide^de-camp ^^ prit le parti de rem*placer sur ses épaules l'aiguillette par le petit collet, — Cela ne lui rendit point les bonnes grâces de son père.
Alors il s'exila de lui-même à l'abbajne de Saint*
^ Une note qui se trouve dans les pyiiers âe d^AndilIy prouve que la terre dont il portait le nom avait éié vendue par contrat du H (ëvrter 1649» Diaprés les Mémoires de son fils il paraîtrait qu^on avait persuadé à celui^ ci que l'aMénatîôn était consommée dès 1642. (Mém, de Vabbé Amauld, put. I, p. Sd0.||
2 <c Ce tï'Mk ^ ^Hl Att âVtre ; «n pouvoit raocuBer aa contraire fl d'être lib^l et nftme pnidig:«e. Maïs par mattieiir pour ses «nfans, H e ne l'étoit que ponr lut-mème, «t pour ses nouvelles «aiiUès, qu*e& un a autre lioonne que lui, on auroit pu nowner amours, avec assez <le raison. » ( Md., part, i, p. 6A.)
s Mém, de Vabbé Amauld, part, i, p. %63. — Ce 4i'étail pas Télo^^ae^ ment du mariage qui avait fait la vocation d'Aulne. <i J*ai toujours cru, « écrivait -il à Tâge de soixante ans [1677], que s'il y avoit une vie heureuse « sur la terre, ce doit être celle de deux personnes 4{u*un parfait rapport « 4*e8prits et d'humeurs unit pour twte la vie par ce saint lien. Mais « enfin je ne devois pas être de ces heureux* (Ibid,, p. 1S9.) .
Nicolas d'Angers, où menait alors une vie assez dissipée ' celui de ses oncles qui en était pourvu, et qui depuis, évêque d'Angers même, fut, ainsi que nous l'avons vu, l'un des quatre prélats les plus opiniâtrement dévoués à la cause du Jansénisme ^. L'ancien mousquetaire avait sans doute rêvé un cloître joyeux. Il s'éveilla au bout de cinq ans sous la crosse d'un sectaire. Ce réveil inattendu laissa sur sa physionomie quelque chose d'étrange et d'indécis» une sorte d'étonnement mêlé d'insouciance, et de joyeuseté tiraillée par le rigorisme ; le tout, empreint dans ses Mémoires, y produit les contrastes les plus piquants. A tout instant le Janséniste improvisé se trompe de langage et de chemin. Il n'arrive jusqu'à son oncle qu'en traversant les ruelles, et c'est toujours par quelques madrigaux que commencent ses actes de contrition ^.
Un instant toutefois la tristesse, une tristesse profonde, prévaut dans cette nature composite, et tout d'un coup le madrigal éclate en pleurs. Madame de Sévigné vient d'apparaître pour la première fois au semi-janséniste, « arrivant daùs le fond de son carrosse tout ou- (( vert, au milieu de Monteur son fils et de Mademoiselle
^ Mém, de Vabbé Amauld, part ii, p. 3. « Nous passions une vie fort c( douce [dans l*abba:^e de Saint-Nicolas d'Angers]. » (Voir plus haut, t. i, p. 257.) Cependant l'abbé de Saint-Nicolas avait eu d'abord la yelléilé de réformer ses religieux, et avait appelé pOur cela Saint-Cyran à Angers, où celui-ci : « en une assemblée de plusieurs ecclésiastiques et religieux, fut le a seul d'avis [sans doute avec Tabbé qiii l'avait fait venir] d'introduire les réformés. » (Recueil in-12, p. 88.)'
2 Mém. de l'abbé Amauld, part, iii; p. 79.
^ Mém. de Vabbé Amauld; Cf. part, i, p. 89, 183, 212, 232 ; part, ii, à
p. 23, 88; part, m, p. 148, etc.; et part, i, p. 236; part, ii, p. 133; part. III, p. 79, 100, etc. — (X LetU inéd, des Feuquiéres, par M. Et, Gallois, t.j, p. 178 cl 211.
« sa fille, tous trois tels que les poètes représentent Lace tone au mâlîeu du jeune Apollon et de la petite Diane; (( tant il éclattoit d'agrément et de beauté dans la mère (( et dans les enfansi Dès lors, continue le mythologi(^e « abbé, elle me fît Thonneur de me promettre deTamitié ; « et je me tiens fort glorieux d'avoir conservé jusqu'à « cette heure un don si cher et si précieux. Mais aussi «-je dois dire, à la louange^ du sexe, que f ai trouvé (( beaucoup plus de fidélité dans mes amies que dans (( mes amis, ayant été souvent trompé par ceux-ci et ne (( l'ayant jamais été par les premières. C'est même ce «-qui m'obligera de passer légèrement sur ce que j'au- « rois encore à dire de ce qui me regarde, ne pouvant me « ressouvenir, sans un renouvellement de douleur, des (( mortels déplaisirs que j'ai reçus de quelques-uns dont « je le devois le moins attendre ; et qui m' ayant gâté « l'esprit et l'humeur, m'ont rendu vieux avant le tems, « malgré un»assez heureux tempérament qui sembloit me « promettre toute autre chose. — Il n'est pas nécessaire « de fatiguer mes lecteurs par le reste d'une vie jnalheu- « reuse, traversée de mille ennuis secrets que de justes « considérations m'obligent plutôt de taire que de pua blier, et, que Dieu a sans doute permis pour me déta- (( cher des amitiés du monde, auxquelles, par mon « inclination naturelle, je ne m'attachois que trop fortece ment. J'en ai donné assez de preuves entna vie, et « ,à mon frère [Simon] plus qu'à personne, en lui douce nant presque tout mon bien pour le marier ^ M. Fou-
^ « Ce ne fut pas sans douleur [qu'au sortir de mes études] il fallut me
I ce résoudre à être séparé de mon frère [Simon]. Nous avions toujours été
<x élevés ensemble; et comme je n'avois que deux ans plus que lui, nous
avion» presque toujours été capables des mêmes çi^erciçes et des mêmes
10 IM mê D^ARNAttB l>'AlfI>I£LY.
u quet, procureur général et surintendant, dont il étoît « Tami, avolt bien proposé son mariage à M. Ladvocat, (( roatlre des comptes, lui témoignant même qu'il le « louhaitoit. Mais ce n'étoit pas assee pour un homme qui « pouToît raisonnablement aspirer à de meifleurs partis c( pour mademoiselle sa fille, si je n*eusse assuré à mon « frère ce qu'on ne lui voyoit encore qu'en espérance. Je « ne n;iB repens point de ce que j'ai fait; mais je ne le « conseillerai jamais à personne '. »
Antoine, après la mort de sa mère [1687] et ll'un oncle maternel [1649]^, avait hérité, comme aîné, et de la terre de Brîottes, dont son frète portait le nom, et de celle fle Pomponne, devenue pour son père une retraite ^de prédilection. Mais ce n'était pas assez que Tun lui dût son nom, r autre son repos ; dépouillé deBriottes comme il l'avait été d'Andilly,iî fallut encore qu'il se dessaisît de Pomponne pour doter l'heureux cadet, auquel il avait sauvé deux fois fa vie dans leur enfance ', et sur lequel reposaient maintenant, grâce à lut, les destinées de la famille. En revanche, huit ans après le mariage dé Simon [1660-1668],
« difcrtissemens ; ce i|iii ayoît fait une union entre nous telle qu'eUe âe- « vroit toujours être entre des frères... Je puis dire que de lûon côté je n^ai # liefet aranqué h TamlCié que J*a?oig pour lui On yerra dans la suite les « marques que je lui en ai données, et s'il y a r^ndu comme il devoit. » (Mém. de l'abbé Arnauldt part, i, p. 19* )
^ Ibid,, part, m, p. 62.
2 Jbid., part, ii, p. 159. « Cette terre [d^Ândilly] m'appartenoit à casse « de ma mère... Quant au bien de ma femme, volcy en quoyil consistait : a Pomponne... Briottes... la ferme deChelles... la maison de la rue Geoffroy- « Lasnier, etc.. Je me servis de Toccasion favorable de M. d*Elbène qui, « à cause du voisinage de sa terre de Villeseau, désira d'acbeter Briottes, « pour le vendre an denier trente... » (Conipte-rendu de d'AndiUy à ses enfants, 23 décembre 1652.)
» il/p'm. de l'abbé Àrnauldf part, i, p. 7.
GHÀm IV» 8EGT. î, ABT. I, H
Aotoine eut l'honneur, toujours un peu dispendieux, de tenir sur les fonts baptismaux Fune de ses nièces ^ — La perte d' Andilly lui avait du moins rapporté cent pistoles. — Et cependant il devait savoir gré h son frère de cette onéreuse distinetion. Elle ne lui avait pas ét^ dévolue sans obstacles, sans combat même, du moins à en juger par un biUet de Pomponne à son père, qui se trouve dans nos liasses sous la date du k septembre 1006, et qui fut écrit par eoméquent deux années avant que s'accomplit le baptême où Antoine devait figurer comme parrain. li Mon frère m'a mandé qu'il faisoit état de venir cette H automne à Paris pour tenir Fanchon '• J'ai à vous su|^ « plier, en ce cas, de vouloir le traiter aussi l»en que a vous auriez fait autrefois, et de ne lui rendre pas le
1 « n y avoit longtems qu^on me gardoit une de mes nièces ponr I9 or Dcmmer sur les fonts... Quand j'arrivai, je ne trouvai point mon ft^re... « Ma cootmère [belle-sœur de mon frère] étoit en Champagne... mais je « trouvai tout un monde nouveau pour moi : deux neveux et deux nièces que a je ne connaissob point... » {Mém. de CabbéArnauld, part. lu, p. 98-103.) Celle de ses nièpes que lim sur les iioots Tabbé Arnanld dut être Charlotte, plus tard religieuse professe de Malnoue, née en iâôS. — Vcii)^ la note suivante.
2 M. de Monmerqué, Mém. de Coukuiges, p. 413, n. i, pense que Tenfant désignérlci sous le Jiom de Fanchon est Félicité, depuis mariée au marquis de Torcy. Mais le Journal de Verdun, mai 1755, p. 899 (Cf. la Gazette de France, du i8 août 1696, p. 395), prouve que F^leKé naquit en 1672, c^est à dire quatre ans après le baptême où Fabbé Amauld figura comme parrain. I) ne peut être question dans la lettre de Pomponne à son père
* que de sa troisième fille (la première étant morte en 1062, et la seconde,
Unifie Emmanuelle, étant née en 1663. — Voir plus bas, chap, t, au commencement) ; cetlo troisième fille, née le 26 mars 1665, devait avoir pour
b marraine M^^^ Hébert, Tune des sœurs de M"* de Pomponne, et dut porter
d^abord le nom que lui destinait cette dame (AÊérn* de l'abbé Amauld, , part, lu, p. 99); mais M"* Charlotte Ladvocat, autre sœur de M""* de Pom-
I ponne, ayant été substituée, comme nous venons de le dire, à M*"" Hébert
libid., p. 103 \ la jeune catéchumène dut recevoir le prénom de sa marraîQ» véritablet
<( séjour de Pomponne désagréable, [de Pomponne dont « il s'était volontairement dépouillé ! ] comme il le trou- « vera sans doute si vous lui témoignez de la froideur, u Je souhaiterois qu'il se pût accommoder avec nous ; « et au lieu de joie, il n'y trouveroit que de la douleur, a si vous lui faisiez mauvais visage. Je vous supplie très (( humblement, non pas tant de vous contraindre, que « d'agir naturellement en ne gardant rien sur le cœur ^» Mais l'inflexible vieillard garda toujours envers l'alné de ses fds quelque chose sur le cœur; et Briottes luifnème, devenu, aux dépens de son frère, seigneur [1660], puis marquis [1682] ^ de Pomponne, et secrétaire d'état à l'aide de la fortune qu'il liiî devait [1671], laissa écouler trois ans sans faire tomber sur Antoine aucune des faveurs qu'il distribuait comme ministre ^ Ce n'étaient cependant ni l'afTection ni la bonne volonté qui manquaient au ministre; la suite le prouva. C'était encore moins la puissance. Qu'était-ce donc? L'explication jaillirait-elle du rapprochement de deux dates ? — Robert mourut le 27 septembre 1674 *. Un mois après, Antoine fut abbé de Chaume ^ — Rien d'ailleurs fie contredit la
1 Mém, de Coulanges, p. 4^3f n. 3. «
2 Voir La Chesnayé Desbois, Dictionm de noblesse, ▼« Pomponne,
3 On sait que les secrétaires d^état avaient, outre leur département, certains mois affectés à chacun d'eux, pendant lesquels ils expédiaient tour à tour les lettres pour tous les bienfaits, dons et bénéfices que le roi accordait dans ces mois-là. Les mois du secrétaire dMtat pour les affaires étrangères étaient mars, juillet, novembre. (Piganiol de La Force, Jntrod, à la description de la France, t. i, p. 571.)
i Mém, de l'abbé Amauld, part, ii, p. 210.
s « Au mois de novembre 1674 le roi me donna Tabbaye de Chaumes, « p!us considérable par le voisinage de Pomponne que par son revenu. » (Mém. de l'abbé Amauld, part, m, p. 175. } Nous venons de dire que Pomponne sigDBit Iw lettres de faveur en mars, en juillet, et en novembre*
triste interprétation qui naîtrait de ce rapprochement. Au contraire, la correspondance de Robert et de Pomponne aJQiite aux présomptions qui en résultent un nouveau degré de probabilité.
Le solitaire de Port-Royal avait écrit, à la demande de son fils de prédilection, ces Mémoires dont plusieurs fois déjà nous nous sommes entretenus. Il les lui avait communiqués ainsi qu'àTévêque d'Angers ^ Ce dernier avait cru devoir adresser à son frère quelques observations sur le silence qu'il y gardait au sujet d'Antoine ; et la lettré du prélat avait été envoyée à Simon. « Pour « la lettre de M. d'Angers, écrit Pomponne à son père (( le 8 janvier 1Q67, je ne suis pas seulement de son avis f< touchant mon frère, mais je vous en prie. Et tout ce « qu'Antoine a fait lorsqu'il portoit l'épée, et son chan-
D^Andilïy était mort le 27 septembre ; Pomponne avait donc profité de son premier mois de grâces en faveur de son frère. Il fit venir ce dernier chei lui immédiatement après les rigueurs de Thiver; et peut-être le plaisir qu^ent Pomponne à se réhabiliter près de son atné, peut-être aussi le bonheur fpi'éprouva Antoine à se voir réintégré dans sa famille, leur fit-il oublier trop promptement qu^ils venaient de perdre leur père ; car ce dernier était mort depuis dix mois seulement lorsque M"* de Sévigné écrit à sa fille [26 joillet 1675] : c Croiriez-vous bien que je reviens de TOpéra avec M. et • M*"» de Pomponne, et Tabbé Amauld... ? La fête se faisoit pour Tabbé fl Amauld, qui if en a pas vu dépits Urbain VIII, quMl étoit à Rome avec c M. d'Angers^ Il a^îté fort content » On le voit, les querelles du FormU'» taire n^avaient point éteint à Angers tous les souveniiis de Rome, non plus que la morale janséniste n'y avait neutralisé tous les souvenirs de TOpéra. Après cet acquit de conscience, « sur la fin du mois d'août, dit Tabbé Anci toine, je fus passer huit jours à Chaume, oU Je n'avoU point encore été, • (Mém,, part iir, p. 194*) 'L'Opéra avait eu le pas sur Tabbaye. L'abbé ne dit point qu'il fût allé visiter à Port-Royal le tombeau de son père (Voir cependant, ibid», p. 470; et dans Le Clerc, Vies édif. de P. R,, t IV, p. 109, une lettre de l'abbé Amauld en date du 11 janvier 1684, d'après laquelle il semblerait que celui-ci eut un infant le projet de se retirer k Port-Royal. ) l Mém. de Ceulanges, p. 412.
4ft £18 VBÂ 0*AIMCLD D'ANBKXY.
« gement de profesnen doit y être marqué ; comme il a est rainé de votre famille, il semble que ce sait aussi « celui dont vous devez parler davantage. Si vous des- « cendez jusqu'à nous en particulier dans ces Mémoires, « il auroit sujet de sentir vivement que vous f eussiez « oublié. Ainsi non seulement je crois absolument né- (( cessalre, mais je vous supplie encore très humble- « ment de parler de lui en une manière qui marque votre « ajnitié, et qui fesse voir un jour à vos petâts-fils qu'une « des plus grandes bénédictions d'une famille, c'est Jors- « qu'un père se loue de tous ses enfants. Avouez seule- « ment qu'il y a en cela quelque ç.essentîiaent, car je « sais bien que vous conviendrez asse? qu'il n'en faut c( point avoir. Je vous serai infiniment redevable, si vous « voulez lui ôter ce déplaisir. »
Ce noble plaidoyer du frère préféré en faveur du frère méconnu, M. de Monmerqué l'a déjà emprunté à notre dépôt ^ ainsi que les lignes suivantes, écrites par Pomponne le \h janvier 1667 : « J'ai reçu, au sujet de^ vos « Mémoires, une lettre de mon frère qui les admire, et « qui loue fort la pensée que j'ai eue devons supplier de « les écrire ; mais il me témoigne une sensible douleur <( de t oubli (qui est le mot dont il se sert, à ce qu'il dit, « pour ne rien dire de pis), avec lequ^ vqus l'y avez « traité, ayant parlé de tous nous stutres, sans vous sou- « venir de lui. Il témoigne que cette affectation pourra « peut-être étonner tous ceux qui le connoissent ; et « comme il ne doute pas que ce ne soit le F" \sic Formu- « laire?] qui en est cause, et qu'il a le cceur percé de (( l'éloignement que vous faîtes paroître pour lui, il finit
1 Mém, de CotUanges^ p. 41d.
G8AK ÏY^.fSSmt t, AVt. t 15
« par ce Ters, sprès avoir oxagépé votre vertu et fait . « voir votre colère :
« Tantœne anîmis eoetemilms ira!^
« En vérité, si je n'avoîs point déjà vu que vous l'avez
« fait*, et que j'espère que vous le ferez de même
« dans toutes les rencontres qui se présenteront de parler « de lui, je vous en supplîerois encore. Rien ne seroît « d'un plus mauvais effet, non seulement à son égard, « mais aussi à celui de mes enfants, qui ne connoîtroîent « pas assez à quel point il a plu à Dieu de vous bénir « dans votre famille ^. »
Ces deux lettres ont un terrible commentaire dans les Mémoires d'Antoine : « Mon père, dît-il, étoit né avec « d'excellentes inclinations, et bien lui en prit ; car étant (( fort ardent en toutes choses, si ses passions s'étoient « tournées au mal, il n'y auroit peut-être point eu
« d'homme qui s'y fût plus abandonné que lui ! Il
« aimoit extrêmement ses amis ; mais on peut dire que {( les nouvelles amitiés avoient toujours en lui quelque « préférence sur les anciennes ♦. Il est aisé de juger par
^ Pourquoi pas?. N'est-il pas de saintes colères? et même de saintes haines? La mère Angélique écrit à son frère d'Ândiliy : « Nos bons pères « ont toute Tespérance après Dieu, en vous. Les autres [les Jésuites?] 9 disent qu'ils vous craignent parcequ'îls ont appris que vous êtes de toute c la cour la plus assuré ami et le plus puissant ennemi. Ainsi soit-il; et c que ce soit toujours pour d'aussi justes causes. » (Lettres de la M, -4n- ^liquCf t. I, p. 24* lettre xv, du 15 août 4625.)
2 Voici l'indication des seuls passages où, à la prière de Simon, Robert a ' rétabli le souvenir d'Antoine : Mémoires d'Arn, d^Anditty, part, i, p. 65, 70, 74; part, ii, p. 101 et 158.
3 Mém. de Coulanges^ p. 414*
4 Le frère de Robert, le grand ArnaaM, lui écrivait à lui-même : « Est-ce c donc qu'on ne peut avoir qu'un seul ami, et qu'aussitôt qu'on en acquiert « un nouveau, il faut oublier tous les autres?... Que veut dire une si injuste « acception de personnes? En vérité die m'épouvante!,.. » (OEuvres du
16 LES FILS D'AIHADU) D'ANMILT.
(( là que ses enfans n'étoient pas ce qu'il admoit le
a plus... ^ »
Ces plaintes de l'un des fils de Robert, rapprochées des touchantes supplications de l'autre, légitiment suffisamment, on le voit, l'explication que nous donnons à l'apparente ingratitude du généreux Pomponne. Celui-ci craignait de surexciter les rancunes du vieillard. 11 ne voulait pas que le chevet du moribond fût confident d'une malédiction, ou d'un oubli, pour celui à qui il
doct, Awnauld, 1 1, p. 483, leUre du 24 avril 1664.) l\ faat lire toute cette curieuse ép!tre et celles qui se trouvent p. 341 et p. 556 du même recueil, pour connaître ropinion qu*avait de Robert le membre le plus éclaire de sa famille. — Voir aussi Topinioa du M» de Feuquières, couiin germain de RoberL (Mém, de l'abbé Amauld, part, h p. 93.)
1 Mém, de Cabbé Amauld^ part, i, p. 2. — Cette dernière assertion se trouve confirmée et commentée par d^Andilly lui-même dans une de ses lettres à M"« de Sablé : '
A N*avez-vous pas bien jugé... comme quoy vous pénétriez le fond de « mon cœur en exprimant mieux que je ne le pourrois faire de quelle sorte •r je préfère comme vous les sentimens de la vertu à ceux du sang et de la « nature. Je sçay qu^il ne faut manquer à rien de ce qu^elle oblige de ren- « dre aux enfans : mais je conresse n^avoir jamais pu comprendre cet « aveuglement stupide qui oste la veue de leurs deffauts, et cette passion ft brutale qui les fait aimer quoy quMls soient indignes de Tcstrc. Les véf ritallîs amis peuvent bien tenir lieu de tout : mais si les enfans n'ont '« des qualitez qui leur fassent mériter d'estre considérez comme amy, ils « ne doivent tenir lieu que d'enrans ; et qui dit enfant, ne dit pas tout. Je fl passerois bien encore plus avant en (aveur de Tamitié, si j'osois dire que A Ton peut douter si Ton aime moins un parfait amy qu'un enfant quoyque « nostre amy ; tant Tunion que la seule nature fait, me paroist eslre au « dessous de celle que la seule vertu est capable de produire. Mais admirez, i« je vous prie, comme quoy vous m'engagez insensiblement à parler de « choses que je u'avois jamais tant dcsmélées dans mon esprit; me contcn« « tant d'en avoir l'impression dans le cœur... [4 février.] »
Cette étude de psychologie morale est accompagnée dans le recueil de M">" de Sablé d'un petit traité dont- les copies sont répétées à profusion dans notre dépôt, et qui a pour titre : Que Von doit préférer son amy d sa pairie, D'Andilly faisait marcher de front dans ses affections la famille Cl la patrie. De quoi pouvaient se plaindre ses enfiinls ?
devait sa fortune ; et il ajournait sa reconnaissance. — Ce prudent et fraternel attermoiement ^ fut couronné de succès, de tout le succès, du moins, qu'il était permis d'en espérer. Nous avons sous les yeux les dernières volontés de Robert K — Il donne à Pomponne ses manuscrits (les nôtres maintenant)^ ; et ses livres, bu fils de Pomponne. — A Luzancy, le troisième de ses enfants, il lègue tous ses meubles et même l'appartement qui les contient au château de Pomponne, appartement qu'il a rendu, dit-il, fort commode pour y passer une vie retirée. (Luzancy était son compagnon de solitude.) — Quant à Antoine, voici l'article qui lé concerne :
« Comme il ne me reste, grâces à Dieu, rien de consi- « dérable dont je puisse disposer, outre les legs que j'ay « faits, et ne pouvois ne point faire, et à quoy tout ce que « j'ay .de vaisselle d'argent sera employé, avec ce que je « laisseray en argent, que je ne garde que pour cela ; il «.ne me reste qu'à dire
« Que je donne à mon fils aisné mon crucifia: de bronze. »
Son crucifix de bronze! dernier souvenir qui renfermait tout un symbole, incohérent en apparence, et tel qu'avait dû l'enfanter le cerveau d'un moribond; mais véridique et terrible, car la miséricorde y était sans entrailles. — Effrayant aveu, ou scrupule cruel, qui croyait devoir, par une compensation suprême, faire le pardon de bronze comme l'avaient été les ressentiments!
^ Antoine semble n'en avoir pas suffisamment apprécié les motifs lorsqu'il écrit dans ses Mémoires (part, i, p. 19) le passage que nous avons transcrit plus haut, t. ii, p. 9, n.' 1.
2 En date du S avril 1667 avec un codicille du 30 janvier 1669; voir aussi les quatre legs datés tous quatre du H juin 1674*
3 Voir dsui3 V Appendice, note Q*
ip LES PttJS D'^KKAIJU) é'J^Gm.Y.
Et toutefois la baiue d'ua père, uiié baîw qui dure plus d'uB demi-siècle^ nous seiubleralt quelque chose de tellement impossible, si elle était spootanée, qu'un grief même personnel et persistant ne suffirait pas» sdkm nous, à la provoquer et à T entretenir II faudrait ^icore^ à notre a^s, qu'elle fui attisée ^ une main intéressée h Or cette main, hâtons-nous de le faire remarquer à la décharge ded'Andilly, cette main inflexible qui trace au miKeu des plsdsirs dû pauvre abbé les mots de sa condamnation, il ne serait peut-être pas impossible, sinon de la surprendre, du moins de la soupçonner mystérieusement agissante»
Dans une des lettres que le généreux Pomponne écrit à d* Andilly en faveur d'Antoine : Mon frère, dit-il, ne doute pas que ce ne §oit le F[ormulai]re2 qui est cause de C oubli oà vous le laisse;^ — Une dissidence d'opinion et de coa-
1 En effet la correspondance de d^AndilIy avec Fabert, si Tamour-^iropre de celui-là n*a point voulu donner le change à celui-ci, semble témoigner d'une intermittence dans les rancunes de d'Andill^ contre Antoine. Dès le 18 novembre 1655 le solitaire écrit au futur maréchal : « De quatre fils « que Dieu m'a donnez, il y en a trois dont je ne sçauroisestre plus satisfeit « que je le suis. » (Voir plus haut, 1. 1, p. 51.) Antoine était Tun des trois qui faisaient la satisfaction de leur père. Datis une autre lettre du S8 février 1656, où il est fuestion de cehii de ses fils qall avait confié à Fidbert et dont il n'était pas satisfait (nous verrons bientôt pourquoi), d'Andilly écrit : « l\ t faut pourtant que je me console en ce que tous les frères ne peuvent pas « se ressembler, vous pouvant dire, Monsieur, dans nosire entièite oonfianee « que j'ay d'autres fils que vous jugeriez dignes, s'ils avouent l'honneur c d'estre connus de vous, d'avoir part en vostre amitié. » Enfin âans une troisième lettre ^ SI mai 4657, toujours eu parlant du pupille de Fabert: « Celuy-là estoit le seul de mes enfans dont j'estois en peine. • D'Andilly, il est vrai, ne s'était jguère mis en pdne d'Ant<Mne que pour le dépouiller,
2 La lettre autographe de Pomponne porte : U F^* et M. de Mo nteo r fné a reproduit cette abréviation, sans l'interpréter. (Mém, ée Vovénmgei^ p. 415.) Mais nous pensons que la lettre du docteur Amauldifue notts avons indiquée précédenttKnt (t. i, p. 280), et ce que lions tv«wB4tit dam 4 VérticU où nous' l'indiquons, autorise & lirç «omme mm H Uàmm ksu ^
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duite^ au sujet du Formulaire, eut» Fabbé mondain et le rigorisme de Port-Royal, dissidence que nous avions d^à soupçonnée ^ était donc venue s'ajouter aux anciens griefs de d'Àndilly, et redoubler les premières froideurs du père pour Talné de ses fils. — Mais \e Formulaire avait, dans la famille Arnauld, occasionné d'autres chutes que celle d'Antoine \ Deux sœurs de celui-ci, toutes deux religieuses à PKnrt-Royai, avaient cru devoir signer ; et si leur père, dans um premier mouvement de dépita les avait traitées de pauvres okons ^^ ces mots^ d'abord, 'm-^ diquaient plus de compassion que de colère ; puis les cou^* pables avaient bientôt obtenu leur pau*don^ — Pourquoi donc Antoine ne ful^l^amais pardonné ? — Au sein de sa famille se serait-ii trouvé quelque m^nbre influent dont il eût encouru l'animadvenûon, et dont les dispositions^ hostiles à son égard, auraient entretrau «u fait renaître l'éloignement que dès sa jeunesse il inspirait à son père? Cette supposition est la seule qui puisse pallier les torts de celui-ci. Sachons si elle jurait quelque fondement.
La famille Arnauld ne comptait alors que six mèmbif^ dont l'opinion fût de nature à influencer celle de d'An^ (Slly : l'évêque d* Angers, le docteur Arnauld et leur sœur la mère Agnès ; Pomponne et Luzancy, frères d'Antoine, et leur sœur Angélique de Saint-Jean» — Agnès, témoin de la chute de ses deux nièces, en devint l'ange consolateur ^; car dans cette grande âme, nous le reconnaîtrons plus tard, le stoïcisme chrétien était aussi
1 V«ir plot kmt, 1 1, p. 280.
2 Voir pliM bail chap. ti, sect, i, art, i, g u ^ Lettres de madame de Sévigné, té i, p» 71*
. 4 Mém. de la M. Angélique, U lU, p« 59if et plu» to^ les noteg du chap^ Ti, sect. i, art^ h$U
30 I£S FILS d'AMAULD h^AJXDWLW
îodulgient qu'inébranlable. — Angélique de Sadnt-Jeany dont la persistance avait eu plus de faste, n'en eut pas moins de charité pour ses sœurs repentantes ; et celle même charité tenta d'attirer Antoine à Port-Royal ^ — Pomponne et l'évéque d'Angers, nous le savons, intercèdent tous deux pour le proscrit. L'un lui donne un asile à son foyer, l'autre lui maintient sa place dans la famille. Ses secrets persécuteurs isto sauraient donc être que le docteur ouLuzancy. — Mais Luzancy, timide et bon, nous le verrons bientôt, est une des plus douces et des plus saintes figures de la famille Arnaidd ! Il pèche plutôt par excès de méfiance que par défaut d'aifection. Il craint l'attaque et la fuit. Il aime les siens et ne provoque personne. Ce n'est pas lui qui est l'agresseur de son frère. Son caractère du moins repousse ce soupçon, et rien ne le fait naître ni dans ses actes, ni dans ses papiers, ni dans ceux de sa famille. — Le docteur Amauld,,au contraire, mieux doué du côté de l'esprit, l'était moins bien par le cœur ^ On lui connaît plus d'antipathies que d'amitiés ; et pour savoir combien ses antipathies étaient violentes il suffit de rappeler ce qu'en dit un témoin oculaire, le marquis de Louville. Cet honnête et habile négociateur rapporte ^' admis tout enfant dans l'intérieur d'Amauld il était fort étonné, lorsque le docteur et ses amis se mettaient à parler des Jésuites, de voir soudain se gonfler les veines de leur cou ^ Des hommes
* Le Clerc, Vies édif. de P. R., t iv, p. 109.
2 Nous sommes fâché de nous trouver sur ce point en désaccord UTec M. Crétineau Joly, Hist, de la Compagnie de Jésus, t, ii, p. 518.
s « M. Arnauld, qui^ hors la théologie, avait la simplicité d*un enfant, « se mêlait volontiers aux jeux [de Louville], au point que la gravité de ces « savants personnages [Arnauld, Nicole, Desmarets] en était souvent cornft promise. C^était autant de pris sur des conversations la plupart du temps» e pleines d'amertume et de malignité « car ces Messieurs, rapporte noire
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de cette complexion et de ce caractère ne devaient pas épargner les leurs, lorsqu'ils croyaient ceux-ci contraires à leurs intérêts. Nous avons entrevu déjà, dans la biographie de Tévêque d'Angers, que le docteur crut ses intérêts lésés par l'abbé Arnauld, et qu'il ne l'épargna guère. Reprenons d'une manière plus suivie l'histoire des griefs de l'oncle contre le neveu, pour savoir quel membre de leur famille a dû le plus probablement exciter le père contre le fils.
ARTICLE II
Relations d'Antoine avec son oncle le docteur,
La première trace des relations du docteur avec l'abbé Antoine se trouve dans une lettre de l'oncle, écrite le 19 septembre lôâO, à propos de la résolution que prenait alors le neveu de renoncer aux armes pour entrer dans l'Église. «Vous avez eu raison de croire, dit Arnauld « à un correspondant inconnu, que rien ne nous pouvoit « donner tant de joie que ce que M*** avoit à nous dire. « L'intérêt de la gloire de Dieu, et celui d'une personne « qui nous est si chère, se rencontrant ensemble, il est « impossible que nous ne soyons pas touchés sensible- « ment de voir que Dieu commence à arracher d'entre « les bras du monde le reste de notre famille pour la « consacrer à son service. Mais pour vous dire le vrai, « comme on a de la peine à croire entièrement ce qu'on « désire le plus, nous attendons les suites de cette affaire
« auteur, parlaient toujours des Jésuites, et uVn parlaient jamais que la i gorge ne leur enflât, ce qui le frappait beaucoup. » {Mém, secrets de houvilie^ 1. 1, p. a.)