II
22 lb;3 Fir^ d'arnauld dandillt.
« pour en recevoir un parfait contentement ; parceque (( dans nos maximes nous n'estimons les meilleures ré- (( solutions que par la persévérance et les œuvres. Nous « espérons néanmoins que Dieu achèvera par sa grâce ce « qu'il a commencé dans cette chère âme, et qu'il ne a laissera pas son ouvrage imparfait, pourvu qu'elle ait c( soin de se présenter à lui comme un vaisseau vuide « qui n'attend que la rosée de sa grâce '•.. » Cette rosée de la grâce était sans doute celle que le docteur distillait, à l'instant même où il écrivait cette lettre, dans son traité de la Fréquente communion; et ce vaisseau vide, il espérait bien l'en emplir. La conversion du jeune abbé semblait promettre un nouvel auxiliaire au docteur dans u sa famille même. Aussi, sauf im peu de doute où se révèle une arrière-méfiance, d'ailleurs fort concevable, la lettre du docteur est pleine de bienveillance.
Mais cette bienveillance dut n'être pas de longue durée ; car après la lettre qui la révèle il s'écoule quarante années [16A3-1682] sans que la moindre allusion soit faite à l'existence de l'abbé Arnauld dans les quarante-deux volumes des Œuvres du docteur. Nous nous trompons; il s'y trouve sur Antoine un passage, un seul ^ ; et ce passage, on peut se le rappeler, car nous
1 Œuvre» du docU Amauid, t. x, p. 35, lettre xv. — Cette lettre, datée du 19 septembre 1643, mais où ne se trouTepas nommée la personne dont il y est question, ne peut se rapporter qu*à la conTersion de d^AndilIy ou à ceUe d'Antoine, son fils aîné, qui eurent lieu tontes deux en 1643. (Métn. de d'AndiUy, part, ii, p. 124 et 128 ; Mèm. de Vabbé Arnauld, part, i, p. 260) ; mais celle de d'AndilIy n^ayant eu lieu qu'après la mort de Saint-Cyran, qui arriva le 11 octobre de celte année (ibid, et tous les Nécrologes), la lettre du 19 septembre ne peut se rapporter qu'à son fils.
2 Œuvre* du doct, Arnauld^ t. i, p. 525, leUre cuxxvii, du 15 février 1665,
l'avons déjà cité ^ exprime un blâme plein d'aigreur sur sa conduite à propos de ce même Formulaire^ qui, d'après Pomponne, lui aurait une seconde fois aliéné d* Andilly. Le même fait avait donc rompu le silence glacial de r oncle, et déterminé chez le père une recrudescence de froideur; double incident dans lequel on peut croire que les dispositions de l'un ont réagi sur l'esprit de l'autre. Ce fait expliquerait même, si l'on veut, l'oubli affecté du docteur pour son neveu après 1666, époque où celui-ci avait encouru le blâme de celui-là ; mais, d'un côté, c'est précisément après cette époque que se rouvre la correspondance de ces deux personnages [1682] ; de l'autre, c'est antérieurement àcette époque, et pendant vingt-deux ans [de 1648 à 1666], que le silence du grand Amauld est le plus absolu et demeure par conséquent le plus inexplicable. — Durant ces vingt-deux années cependant, celui-ci entretenait une correspondance fort active avec d'Andilly et l'évêque d'Angers, dont l'un, en qualité de père naturel,dont rautre,à titre de père adoptif, devaient exercer une si grande influence sur le mousquetaire converti. — Mais si le nom d'Antoine est absent de la correspondance des trois frères, cela ne proviendraitîl pas de ce qu'une correspondance directe s'est établie entre l'oncle et le neveu? Si cette correspondance eût été satisfaisante pour les deux parties, d'abord elle se fût très probablement conservée. L'amour-propre de la famille et le zèle de ses partisans ne l'eussent pas laissée périr. Et puis lorsque le docteur entretient une correspondance, son habitude n'est pas d'y concentrer exclusivement les faits qui la provoquent. Ces faits suintent
^ Voir plus haut, 1. 1, p. 280«
pour ainsi dire, et pénètrent dans ses autres correspondances. Ce qu'il eût écrit à l'abbé Arnauld, il n'eût pas manqué de le répéter en partie à l'évëque d'Angers et à d' Andilly, soit pour en être secondé, soit pour en être approuvé. Nous verrons tout à l'heure que quand ses relations recommencent avec son neveu ^es pnt un écho dans plus d'un recoin de ses autres relations. — Peut-être aussi ce silence si profond et si persévérant n'est-il qu'une marque d'indifférence. Des bonnes dispositions que manifestait la lettre du 19 septembre 16A3, le docteur serait donc passé à un oubli immédiat? Lui qui recrute des auxiliaires sur tous les points de l'Europe, il aurait négligé ceux que lui offrait la nature? Cela est peu probable. — Mais s'il avait échoué à discipliner les siens, son humeur était-elle de recevoir un semblable échec sans en éprouver du ressentiment? Et, ce ressentiment conçu, était-il dans sa nature de ne point chercher à le communiquer ^ ? Ce que nous en connaissons ne le ferait pas présumer; mais comme ce point doit être mis hors de doute, si nous voulons atténuer l'odieux de la conduite de d' Andilly envers son fils, puisque nous ne pouvons le faire qu'en attribuant la persévérance de ses rigueurs aux dispositions de son
^ « On vous a tu de tout temps louer ou blâmer le même homme, seloo « que vous étiez content ou non satisfait de lui... On a loué I>esmarets Cl dans les Provinciales, D'abord Tauteur en avoit parlé avec mépris sur le « bruit qui couroit qu'il travainoit aux apologies des Jésuites. 11 vous fit « savoir [à Port-Roy alj qu'il n'y avoit point de part. Aussitôt il fut loué n comme un homme d'honneur et comme an homme d'esprit. — Tout de « bon ne vous semble-l-i! pas qu'on pourrait faire Sur ce procédé les mômes A réflexions que vous avez faites tant de fois sur le procédé des Jésuites ? « Vous les accusez de n'envisager dans les personnes que la haine ou l'a- « mour qu'on avoit pour leur Compagnie i vous deviez éviter de. leur te rcsscmb'cr. » (Racaie, Lettres d NicotCf QEuvres, U vi, p. 20.)
|f CHAP. IV, SEGT. I^ ART. U^ § L 25
frère pour ce dernier, voyons quelles lumières peut nous^ donner à ce sujet ce qui reste de la correspondance de l'oncle et du neveu. Et d'abord sachons à quelle occasion elle se renoue.
SI. l<e docteur Arnauld créancier s|ir titre
Vers 1641, époque de la mort de 4eur mère' (leur père était mort en 1619) 2, Tévêque d'Angers avait reçu du docteur, à titre de prêt, nous l'avons déjà dit, une somme pour les intérêts. de laquelle celui-ci devait peri cevoir chaque année deux cent trente-deux livres ^ En
I 1643, le docteur s'était cru obligé de se dérober aux
poursuites du pouvoir, et s'était ménagé en France une retraite d'où il ne sortit qu'au bout de vingt-cinq ans, lors de la paix de 1668 *. Durant ce laps de temps, et même quelques années après, l'abbé de Saint-Nicolas, devenu successivement ambassadeur [1645], puis évoque [1649], avait, en soignant ses intérêts, ceux de son prince, et son troupeau, perdu de vue cette misérable ^ rente de deux cent trente-deux livres ^ dont son frèrç ne
1 Le 28 février 1641. Mém, de la M. Angélique, Relation de la vie et des vertus de madame Amauld, t. m, p. 805.
2 Mém. de d'Andilly, part, i, p. 28.
3 Voir plus haut, 1. 1, p. 281.
A Quesnel, Vie d' Arnauld, p. il9;*Larrière, Vie d^ Arnauld, 1. 1, p. 65, 163, etc. ; Mém, de Fontaine, t. ii, p. 112, etc. Elait-ce Arnauld que Racine avait en vue dans sa seconde Lettre à Nicole ? (OEuvres, t. vi, p. 88.) a Commencez à faire les importants ; meUez-vous dans la tête que Ton ne a parle que de vous, et que Ton vous cherche partout pour vous arrêter, a Délogez souvent; changez de nom, etc.... »
5 a.... Six mille livres me sont dus... pour n^avoir pas élé payé pen- « dant plus de vingt-nenf ans des arrérages de ma renie. » (OEuvres du doct, Arnauld, t. ui, p. 423, lellrc dcccxlvi, du 28 janvier 1692.) Voir plus haut, t., h P* 28), u. 3 et 4*
25 Uft F1L8 D'AUACLD D'AIOHLLT.
pouvait d'ailleurs avoir grand besoin dans une captivité économique. Mais la liberté est dispendieuse, et le docteur, délivré, dut songer à l'arriéré de ses rentes. Au moment où il y songea [1671] <, la vingt-neuvième année courait, emportant son revenu comme les vingt-huit précédentes; et ce revenu seul, à n'en pas calculer les intérêts, s'élevait à la somme de six mille sept cent vingt-huit livres*. Le bruit public lui apprenait d'ailleurs que si son frère d'Angers s'était condamné à la résidence stricte des évêques de la primitive Église, il ne s'était pas condamné à leur frugalité. Pour n'être pas à la cour, le prélat résident ne s'en nourrissait pas moins bien en province^; et son neveu l'aidait à faire largement les honneurs d'une table* qui absorbait non seulement les rentes du docteur, mais un peu plus que les revenus de l'évêché. Le prélat, dont plus tard Rome aurait dû préconiser les vertus, sur l'information de son frère ^, se trouvait dès lors passablement endetté. Il est vrai qu'il n'avait pas signé le Formulaire. Mais le docteur était
* Cf. Guelfe, Retraite d*Arnauld, p. 65; Larrière, Vie d'Arnauld, t. w, p. 8d ; Œuvre» du doct. Ârnauldf L iv,p. 189, lettre vi, du 9 octobre 1681 ; p. 146, leUre ix, du 15 notembre 1682 ; p. 148, lettre x, du 12 jauTier 1688 ; t. XLU, suppL, p. 42, lettre xxix du 18 juin 16S4, etc., etc.
2 Le 18 juin 1684f le docteur dit que son frère lui a fait une obligation de plus de 6,000 livres (ibid,) ; le 14 niai 1691, il dit que sa dette doit s'élever de 5,000 à 0,000 livres (ibtd.f t. m, p. 847) ; le 28 janvier 1692, il dit qu'elle est de 6,000 {ibid , t. m, p. 428) ; le 23 octobre, le 18 et le S7 novembre 1693, la dette est de 6,700 et tant de livres [ibid,, p. 684, 695 et 699). La mémoire revenait au docteur à mesure qu'il avançait en âge. En cfTct 332 livres pendant vingt-neuf ans, font 6,728 livres, et même, il fout 1c remarquer, sans compter les intérêts des intérêts.
* Larriôre, Vie d'Àrnauld, t. ii, p. S5*
4 Ibid,, p. 83 et 84 ; QEuvre$ du doct, Àrnauld, U m, p. 187, IcUre dcciii, du 4 avril 1080 [perperam 1688].
& Voir plus Iiaut, 1. 1, p. 284.
p CHAP. IV, SECT, I, ART. li, § L 27
débidé à lui £aire signer un billet de six mille sept cent vingt-huit livres pour les arrérages de ses rentes. Dans cette vue, le créancier eut recours au neveu qu'il oubliait depuis sî longtemps, et lui écrivit une lettre qui ne
^ nous est point parvenue, mais dont il est question dans
d'autres lettres de cette correspondance'. Le neveu ré-
\ pondit à l'un de ses oncles que l'autre était pour le mo-
ment insolvable \ D'après cette réponse, au mois -de septembre 1671, le grand Arnauld partit pour Angers. Des relations offlcielles ont été publiées de ce voyage qui en font une espèce d'ovation de la part des fidèles
' de l'Église janséniste ^. Or il en existait une histoire
' manuscrite, dont les éditeurs sî féconds des documents
favorables au parti ne nous donnent qu'une analyse *, et *dont le texte hous semble avoir dû indiquer le budget dii triomphe. Mais tout ce que nous savons de ce budget, c'est que l'évoque d'Angers y contribua pour le billet de ses arrérages seulement ^. En échange, il reçut une semonce sur sa table, dont il essaya d'excuser la friandise en disant que c'était pour lui le moyen le plus eiScace d'agir sur l'esprit des Angevîns ®. Il dut fsdre valoir aussi, comme compensation, la sobriété qu'il exigeait du bas clergé.
1 Cf. Œuvres du doct, Àrnauld, U ir» p. 145, lettre ccci.x]uy, du ' S8 mat 1692, et lettre peau déjà indiquée. .
3 Ibid,^ U m, p. 423, lettre dccciliti, du 28 janvier 1692.
3 Larrière et Guelfe, ioc, ciU ; Cf. Besoigne, Vies des quatre évêq,, 1. 1, p. 299 ; Goujet, Vie de Nicole^ part, ii, p. 67, etc.
4 Relation manuscrite du voyage d* Angers^ indiquée par Larrière, Vie d^Arnauld, t, ii, p. 31, 32, etc.
s Voir les notes précédentes.
6 Larrière, Vie d'Arnauld, t. ii, p. 33 : « Ce prélat très sobre... avoil « néanmoins une assez bonne table, parcequ'il croyoit, disoi(-il, dans les a commencements devoir se servir de ce moyen pour connoitre et gagner « Messieurs les Angevins.
28 USS FILS d'abnauld d'anoiixy.
S'il tenait table ouverte, n' avait-il point fermé les cabarets ' ? Le docteur partit indemnisé, mais laissa impénitents son neveu et son frère. Tout le temps que ses rentes furent ponctuellement servies, il parait ne s'en être plus inquiété.
En 1670, la paix rompue, le grand Arnauld crut devoir s'expatrier ^. Dans son exil, par surcroît de précautions, il jugea prudent de se cacher '. Retombé dans la retraite, ses rentes lui devenaient moins nécessaires; tel parut être du moins l'avis de son frère d'Angers,* car dès le 9 octobre 1681 le docteur écrit à un abbé Jannin r tt Est-ce donc qu'il faut se résoudre ii perdre le cou- « rant de ma rente, après en avoir perdu vingt-huit ou « vingt -neuf années, pendant tout le tems que je suis « demeuré caché ? Et cependant je suis accablé de dettes. * « Peut-on, en conscience, agir de la sorte? J'ai honte « d'en écrire à M. l'évêque d'Angers. Mais il me semble a que ce seroit une charité, autant pour lui que pour « moi, si quelqu'un vouloit bien lui représenter Tobliga- « tion qu'il a de ne me pas faire perdre mon bien. Car « ce ne seroit pas seulejnent un délai, -ce seroit une perte « entière de toutes ces années-ci, si elles n'étoient point « payées quand Dieij l'appellera à lui *. »
Ainsi, en 1681, l'évêque d'Angers devait déjà de nouveaux arrérages pour plusieurs années, et son frère
1 Voir plus haut, t. i, p. 276.
^ Mém, de Fontaine, t. ii, p. 406, et la plupart dès Mémoires jansénistes, dont quelques-uns, comme ceux de Fontaine, exagèrent ou supposent des périls que secourait pas le docteur. Voir ce qu*il dit lui-même des motifs de sa retraite dans les lettres qu^il adresse à sa Tamilie, au roi, à son archevêque, au chancelier, [OEuvres^ t. ii, p. 37-52. — Cf. Quesnel, Vie (rÂr-^ nauldj p. 146.)
^ Guelfe, Retraite d'Ârnauld, passim.
^ Œuvres du doct. Arnauld^ t. iv, p. 139f
GHAP. lY^ SECT. î, ART. U^ $ !• 29
n'en comptait encore que deux d'exil ^ Ces arrérages devaient dater de l'année même où avait commencé l'exil I c'est du moins ce qui semble résulter de la lettre suivante, écrite le 15 octobre 1682 par le docteur à Madame de Fontpertuis, son alliée et sa plus fidèle correspondante ^ : « J'ai un peu honte de parler si souvent <t de l'affaire. . . [Le proverbe est contre les honteux.] Mais « que faire quand on est pressé de payer ses dettes, et « que ceux qui nous doivent ne nous payent pas? Je ne « sais comment on l'entend; mais je sais bien que, dans « les règles, on ne devroît pas donner l'absolution à des « débiteurs qui persisteroient depuis plus de quatre ans « dans une injustice si manifeste. Est-ce que ceux qui « sont obligés de donner ces règles aux autres se peu- « vent dispenser eux-mêmes de les observer'? » — Surtout si pour l'avenir ils ont quelque chance d'être canonisés! — Cependant le futur bienheureux avait, à ce qu'il semble, versé un à-compte; car le 12 janvier 16S3 son frère écrit à la même dame : « Comment faire si on ne « me paye pas ce qu'on me doit?... Cela m'a fait résou- « dre enfin d'écrire au débiteur [d'Angers], et de le prier
1 C'était lé 17 juin 1679 que le grand Arnauld aTait quiUé Paris. (Guelfe, Retraite d* Amauld^ p. 7.)
2 Larrière, Vie d*Ârnauld, t, ii, p. 36 et 43. — Cf. Goujet, Vie de Nicole^ part. I, p. 67 ; Lettres de la M. Angélique, t i, p. 544* — « Madame de a Fonspertuis.... bonne femme, bonne amie, mais un peu portée à rince trigue, et ne haïssant pas à se faire de fête surtout avec les grands seim gneurs. » (Racine, Fragments sur P. R,, Œuvres, U vi, p. 2W.)
3 Œuvres du doct, Arnauld, t. iv, p. 1A6. — U faut le dire à la louange de Robert, il fit beaucoup moins de bruit d'une somme plus considérable que lut devait son- frère d'Angers, sur laquelle nous ne trouvons de renseignements que la note suivante : « M. d'Angers me doit 12,000 livres. » (Coiçpte^rendu de Robert à ses enfants, 23 décembre 1652.) Sans doute celui-ci considéra ces douze mille livres comme un dédommagement des frais occasionnés par le séjour de son fils près de son frère, à Angers ; mais alors le docteur aurai) dû être moins insistant & l'égard d'Antoine,
SO Les Ftts b'ÂHKAUU) d'andillt.
u très humblement de me payer trois années, dont la « dernière écherra au dernier de mars^ prochain. Je verrai « ce que cela produirai n
S II. Le docteur Araauld créancier far induction.
Cette lettre est la dernière où le docteur se montre pressant à l'égard de Tévèque. Ses insistances prennent tout à coup une autre direction. Il a toiit récemment appris 2, ce qu'il ignorait complètement, que son neveu, d'ailleurs bénéficier assez mince vers cette époque^ était gratuitement hébergé par son débiteur. Soudain de sa propre autorité, substituant à ce débiteur âgé de quatre* vingt-cinq ans, le commensal plus jeun^qui aidait celui-ci à s'endetter, il rend le neveu solifiaire des créances de l'oncle; et durant les premiers mois de 1682, sous prétexte .de ramener ce nouveau débiteur aux règles de l'Évangile, que sa sollicitude jugeait inutile de lui rappeler depuis quarante ans, le docteur lui signifie qu'il se constitue son créancier *.
Cette ouverture dut être assez mal accueillie, car le docteur dit, le 28 mai 1682, à la mère Angélique de Saint-Jean, sœur d'Antoine : « Depuis ma lettre écrite, « j'en ai reçu une de M. l'abbé Arnauld dont je ne itie « plains point, parceque je pouvois lui en avoir donné « sujet par des remontrances que je lui avois faites, « peut-être mal à propos. Je viens de lui faire réponse,
i Œuvres du doct. Arnauld^ t. iv, p. 148. .
3 Ibid,, X. m, p. 187, lettre dcgiii, du 4 a?ril 1688 [1689]. s Voir plus haut, 1. 1, p. 278, n. k •
4 Cf. (Muv. d' Arnauld, t ii, p. 145, lettre ccclxmv, du 28 mai 1682, que nous allons transcrire en partie, et t. m, p. 187, lettre dggxii déjà indiquée.
GHAPi Vr^ 8EGT. ly ART. n^ S H. ^ Si
« et je suis bien incorrigible; car je n'ai pu encore « m' empêcher de le prêcher, quoique je craigne bien « qu'il ne soit guère en état de profiter de mes sermons. « Mais n'y a-t-il point lieu d'appréhender que Dieu ne c( nous demande compte d'un talent que nous aurons « manqué de faire profiter, [ le docteur en savait faire « profiter tant d'autres I] si étant de quelque degré au c( dessus de nos amis, nous laissons passer les occasions « qui se présentent de les avertir du danger qulils couce rent de se perdre, lorsque se contentant de mener une « vie honnête et réglée selon le' monde, ils ne pensent « point à satisfaire aux devoirs essentiels de leur condii( tjon, selon les règles de l'Évangile ^ »
Ici, on le voit, l'abbé Arnauld est encore un honnête homme selon le mondé. C'est même un homme délicat; car lui, pauvre bénéficier, a cru devoir répondre pour le riche prélat des dettes auxquelles sa qualité de commensal ne l'avait fait qu'accessoirement participer. «Je ne « sais, écrit le docteur à Madame de Fontpertuis le « 16 mars 1689 , où sont les papiers qui prouvent « que les vieux arrérages [ de 6,728 livres ] n'ont « point été acquittés. Mais M. l'abbé Arnauld , qui « sera comme je le crois le principal créancier du bon « prélat, pareequ'il avait répondu pour lui^^ sait fort « bien que je n'en ai point été payé; et 11 a trop d'Iionc( neur pour s'en vouloir tirer par une fin de non rece- « voir, parcequ'ils n'ont pas été demandés à tems. Pour <{ moi, s'il y avoit quelques formalités à faire, je serois « bien aise qu'on les fasse; mais je ne pourrois pas me
V 1 OEuvres du doct, Arnauld, t. ii, p. 145.
2 Cet engagement contracté par Tabbé Arnauld ne concernait point les arrérages réclamés (lar Je docteur, comme va le prouver la suite de leur correspondance.
SS LES nu d'aenauid d'andilly.
« résoudre à plaidera» Quinzejours après [4 avril 1689]2, le docteur craint sans doute que ses réclamations ne pa* raissent pas suffisamment motivées à sa correspondante, car il ajoute: «Je ne sais si je vous ai dit autrefois ce tt qu'il y avoit à considérer pour la dette d'Angers. C'est « que l'abbé Amauld, qui sera apparemment le princi- « pal créancier du débiteur, ne peut refuser de la payer a sans une très mauvaise foi. Car je lui ai fait autrefois <( remarquer, par une lettre assez forte, qu'il étoit cause a que le débiteur ne me payoit pas, parcequ'il étoit chez « lui avec un valet de chambre, deux laquais, un cocher « et deux chevaux, sans payer aucune pension ; laquelle, (( s'il Tavoit payée, il auroit été bien facile au débiteur « de me payer par an 2S2 livres. Cela lui pourroit être « représenté d'une manière douce, et sans se servir d'au- « cun terme dur, et en le prenant par la conscience et « par l'honneur, plutôt que par toute autre voie. On pour- « roit néanmoins, sans plaider, lui proposer de mettre « ce différent à juger à des arbitres. »
C'est d'ailleurs bien son neveu qui, aux yeux du grand Arnauld, est désormais son véritable débiteur. « Quand « je vous ai écrit, dit-il à Madame de Fontpertuis le (( 20 mai 1689, pour ce qu'on me doit encore à Angers, « ce n'a été que sur ce que vous m'avez mandé que le « prélat étoit bien malade, et que l'on craignoit qu'il ne « mourût; car je ne souhaite pas qu'on lui demande « rien tant qu'il vivra; mais seulement que l'on veille à (i ce qui se pourra recevoir de cette dette après sa mort. <( C'est ce que je m'en vas mander à M. Frameri^ qui
* OEuvres du doct, Arnauld^ t. m, p. 175, lellre dcxcviii.
2 Dans l'imprimé, t m, p. 187, datée de 1688,
3 Voir plus bas, même ckap,, sect, ii, arU i, S 4> n.
CIIAP. IV^ SEGT. I, ART. 11, $ II. U
« m'a écrit pour me témoigner que vous l'aviez prié d'é- « crire de cetteafFaire à l'abbé Arnauld ^)) — C'est ici que viennent chronologiquement se placer les trois lettres que nous avons déjà citées dans Tun des articles consacrés à l'évêque d'Angers; lettres par lesquelles le docteur, durant le sursis qu'il octroie à la vieillesse d'un frère, insiste pour qu'on amène l'abbé à se regarder après la mort de son oncle comme l'héritier de ses dettes ^.
Cet oncle mort, le docteur se trouve définitivement en face du débiteur qu'il lui a prudemment substitué. Mais le débiteur se prétend créancier lui-même. — C'est le 8 juin 1692 que l'évêque a rendu le dernier soupir. ^ Le 3- juillet suivant, le docteur, qui est caché dans lés Pays-Bas à Bruxelles*, a déjà reçu cette nouvelle, a écrit en conséquence à l'abbé, et reçoit une réponse dont il transmet le résultat à Madame de Fontpertuis : « J'ai « à vous dire un mot du billet de l'abbé. Il est bien à « craindre que les réparations n'absorbent tout ce que (( le prélat a laissé en meubles et en arrérages qui lui « peuvent être dus de ses revenus. Je cours donc fortune « de n'avoir rien des six mille [728] livres qui. me sont « dus, à moins que l'abbé ne considère ce que je vous ai « réprésenté, qu'il a été cause, en ne payant point de « pension à son oncle, qu'il n'a pu me payer les arrérages « de ma rente ; et qu'ainsi c'est à lui à réparer ce dom- « mage. Mais loin de cela, il semble qu'il prétende être «payé de ses quinze mille livres, [l'abbé était donc « créancier de 15,000 livres], avant que je reçoive rien
1 Œuvres du docU Arnauld^ t. m, p. 206, lettre D€gxiii.
2 Voir plus haut, 1. 1, p. 281-284.
S Tous les Nécrologes ; Vies des quatre évéq», t. x, p. 303. 4 Guelfe, Retraite d*Amauld, p. 57 ; Larrière, Vie d^Arnauldy t. ii, p. 298t — Cf. Quesnel, Vie d'Arnauldj p. 6 et 222, Anatomie, p. 168, etc.
Ik LES FILS D'ARNAUtD D'ANDUXT.
« de ce qui m'est dû. Ce qui néanmoins ne peut pas être; (( car le prélat, n'ayant point laissé de bien en fond, « mais seulement des effets mobiliers, tous ses créanciers c( doivent être payés au sol la livfe, s'il n'y a pas de « quoi les satisfaire tous. Et par conséquent, il ne peut « recevoir cinq sols que je n'en reçoive deux si ma dette (( est de six mille livres. De sorte que si, les réparations a faites, et de certaines dettes privilégiées acquittées, il (( restoit quinze mille livres, il faudroit qu'il m'en donnât tt i,285 et quelques sols, sans qu'il me donnât rien du « sien ^ »
Le docteur, comme on le voit, calculait fort bien. Il le devait sans doute à ses spéculations de Nordstrand/ Son neveu cependant, sans sortir d'Angers, ne calculait pas moins biep. Mais chez ce dernier cela ne pouvait provenir que d'égoïsme : «Il y a longtems, dit le docteur à Madame « de Fontpertuis le 8 octobre 1692, il y a lohgtems que (( j'ai reconnu par expérience que celui dont vous n'êtes « pas plus satisfaite que moi, s'aime beaucoup lui-même, (( et rien autre chose ^.i; Et cependant le IS janvier 1693 ce même docteur écrit de son neveu: «On dit qu'il a « toujours fait beaucoup d'aumônes, et que cela le fait « regretter au lieu où il étoit [l'abbé Arnauld avait quitté « Angers pour se fixer à Paris}. Gela est bon; mais ce « n'est pas tout. Car quelque grandes qu'aient été ses « aumônes, si ce n'a été que le tiers ou le quart de ce « qu'il en devoit faire selon l'esprit de l'Église, il a volé « ces deux tiers ou ces trois quarts. Durus est hic sermo. ({ Cependant s'il est vrai, que deviendra-t-on^? »
« CEuvret du docU Arnauld, t. m, p, 514» lettre wecic, dtt 2 jufBet 1692, 2 Ibid,, p. 545, lettre dccccix.
* Ibid*^ p. 584« lettre Dccccxxnu
GHAP. iv^ 6BCT« i, 4nT. n, s P- ^5
Ce n^était donc pas tout à fait l'égoïsme qai fenqait le cœur de Tabbéaux réclamations du docteur. N'étaientce pa^ plutôt quelques griefs secrètement accumulés entre celui-cî et tous les membres de sa famille qu'il n'avait pu entraîner dans ses luttes acharnées? Le correspondant de Madame de Fontpertuis nous le ferait croire lorsqu'il lui dit : «Vous ayant fait connoîtie diver- <( ses choses qui TenddientM* Prunsterer [gentilhomme « livonien persécuté pour la religion] digne qu'on lui fît « du bien, et vous ayant même fait remarquer qu'il auu roit apparemment besoin d'une prompte assistance, je <( m'étois attendu que vous porteriez votre ami [le mar- (( quis de Pomponne], et son frère atné [l'abbé ^rnauld] , à (( l'assister, en ma considération, avant même que d'avoir i( considéré ses mérites personnels. Et vous m'apprenez a que de ce qu'il ne s'est pu tenir de leur parler de moi, (c cela lés a tellement refroidis que vous me faites quasi u comprendre qu'il n'y a plus guère à espérer de ce « côté-là ^ »
Cette froideur rallume et fait flamboyer plus que jamais le zèle du docteur pour le salut si longtemps négligé de son neveu. Le 27 novembre suivant, il écrit à sa correspondante habituelle : « Je ne puis m' empêcher de a vous parler encore de l'ancien abbé. J'ai une extrême « peine de ce qu'il ne me paroît dans sa conduite au- « cune marque d'une véritable conversion... [Car] il n'y « a point de vraie conversion sans un regret sincère de « ses péchés, et une ferme résolution de les expier..... (( Or, ce qu'il y a de plus criminel dans sa vie, est Tabus « qu'il a fait des biens de l'Église, qu'il ne devoit point
1 OEuv, du doeU Amauld, t, m p. dit, lettre ficcccxii, en ii mar» 1693»
36 US PUS n'AENAULD d'andilly.
« avoir, n'ayant rendu aucun service à TÉglise, et mené « au plus la vie d'un honnête homme selon le monde. « C'est aussi l'avidité qu'il a eue à se faire donner plu- « sieurs bénéfices, jusques à y employer" de mauvaises « voies, dont je sais que ceux dont on s'est servi ont eu « beaucoup de scrupule ^ C'est donc de cela qu'on de- « vroit voir présentement qu'il a beaucoup de regret, et « ce qu'il devroit réparer de tout son- pouvoir. Loin d'ace voir ces pensées, il se croit em droit de vivre en grand « seigneur, sur le patrimoine de Jésus-Christ, avoir une « maison de 1,200 livres, lorsqu'il peut loger chez son « frère [c'est ce qu'il avait fait chez son oncle], et un u carrosse à quatre chevaux, lorsqu'il ne sort point. Dans (( la cherté où sont toutes choses en ce tems-ci, la dé- « pense de carrosse, chevaux, cocher et palefrenier va « pour le moins à 2,000 livres. On n'a donc qu'à la re- « trancher, ce que l'on peut faire sans aucune ihcommo- « dite, pour s'ôter tout prétexte de garder le prieuré de « 2,000 livres, outre son abbaye. [Ainsi cette multitude (( de bénéfices se réduit à deux, dont l'un ne date que « de 1674.] Pourroit-on être bien converti, et ne pas voir « des choses si claires? Cela ne se peut; car il n'y a que (( la cupidité dominante dans le cœur qui répande sur « l'esprit de si épaisses ténèbres 2. »
^ Ceci regarde évidemment Pomponne; or on se rappelle que ]es scrupules de celui-ci s^étaient évanouis le lendemain de la mort de son père. Mais le blâme du grand Arnauld était plus tenace ; et ce blâme, exprimé vingt ans apri;s Toctroi du bénéGce [1674-1693], permet de supposer que si la présence de d^Andilly avait entretenu les scrupules de Pomponne, les dispositions du docteur n*avaient pas été sans influence sur celles de son fi-ère. Cela indiquerait aussi, il est vrai, que Pomponne avait plus de respect pour les volontés de son père que pour celles de son oncle ; et c'est ce qu'en cITet nous prouverons amplement par la suite*
2 Œuvrej du docU Arnauld^ r. iii^ , p. 699, lett. Dccccxci.
CHAP. IV, SECT. I, AKT, H, $ h 37
Le secret de cette violente sortie que le docteor a mis quarante ans à improviser , et qui depuis dix n'avait pas encore atteint ce degré de paroxisme, ne se trabirait-il pas dans ce Post-scriptum: « Quant aux six mille sept « cent et tant de livres, on sera content pourvu que celui « à qui vous en devez parler veuille bien déclarer, ou « par un acte particulier, ou par son testament, que sa « volonté est qu'elles soient payées sur ce qu'on lui doit « de sa pension viagère ; [faite par le marquis de Pom- « ponne, à qui il a cédé son patrimoine?] quand même (( il ajouterait qu'il laisse à la conscience du débiteur de « cette pension de payer cette somme quand il le pourra (( faire, sans trop s'incommoder^. » C'eût été, pour la seconde fois, substituer un débiteur plus jeune à un débiteur plus âgé. Mais il paraît que l'abbé récalcitrant n'avait voulu s'y prêter, ni par acte particulier, ni par testament ; car le 17 juillet 1694 son créancier aux abois se réfugie dans un superbe dédain : « Le vieil abbé, ditce il, me fait grand' pitié ; car il ne paroît guère se mettre « en peine du compte qu' il aura à rendre à Dieu ^. )> Vingtdeux jours après cette lettre écrite, le grand Amauld lui-même était allé rendre ses comptes devant Dieu [8 août 169A] 5. Son neveu lui survécut près de quatre années [février 1698] *.
Or voici ce que nous apprend Saint-Simon à propos de la mort d'Antoine : « M. de Pomponne perdit l'abbé ({ Arnauld, son frère. C'étoît un homme fort retiré, et « grand homme de bien, qui rCavoit jamais fait parler
* Œuv, du doct. Arnauld, t. m, p. 700.
2 J6«U, t. ly, p. 70.
' Tous les Nécrologeè et toutes les Vies du docteur.
A Mém, de l*abbé Arnauld f Avis, p. vm.
38 IJSS FILS D'ARNACLD D'AMMXT.
«ife lui dans tes affaires du fameux Arnauld^ son a oncle^» »
A&TICLB m.
Canclusiofu
Nous souhaitons, dans Tintérèt de la mémoire du grand Amauld, que la dernière ligne de Saint-Simon révèle les motifs de Taigreur avec laquelle ce Père de l'Église janséniste parle de son neveu, quand il en parle; et les motifs de son silence, lorsqu'il se tait. Car du moment où il est certain que le neveu ne partageait pas les opinions de l'oncle, s'il se trouvait que celui-ci se fût tu sans ces motifs^ il faudrait lui en supposer d'autres quand il parle ; et avouer qu'indifférent lorsque ses proches ne partagent pas ses doctrines il ne se montre hostile envers eux qu'au moment où ils refusent de lui faire partager leur fortune. C'est donc à l'éloignement de l'abbé Arnauld pour les inspirations du docteur que nous préférons attribuer à la fois le mutisme de celui-ci pendant quarante ans, et l'espèce d'acharnement dont il fait preuve, douze ans durant, dans les répétitions de deniers qu'il exerce. — Mais si son silence est un symptôme de mécontentement, pourquoi ce mécontentement n'éclate-t-il que si tard et à propos d'intérêts si secondaires? — Ici notre dilemme trouve une nouvelle application. Ou il faut avouer que dans la dernière partie de son existence le célèbre docteur n'agissait que par cupidité, ou il faut reconnaître que dans la première il se reposait sur un tiers du soin de gourmander la rébellion de son neveu.
* Mém,, u ly, p. 47.
«HAP. IV, fflGT. l, ART. m. M
Et quel autre eût pu la gounnander à plus juste titre que le père de ce dernier, dont l'autorité dévouée s'exerçait alors au profit de Port-Royal durant Vintérim de deux dictatures théologiques? Comme père et comme dictateur, d'Andilly, sauf Teffusion de sang (il ne fut pas toujours si heureux) ^ tranchait donc du ManliusTorquatus envers son fils à l'instigatton d'an tiers; en attendant que ce tiers, Gracchus janséniste ^, mit les biens du proscrit au régime du partage. — Ainsi Robert était, selon nous, un père très peu tendre et un dictateur trop docile. Ilsubordcmnait ses droits, et abandonnait son fils, à la vindicte du membre le plus éminent de sa famille. — Cette expUcaUon est la seule que nous ayons pu trouver pour décharger, en partie, la mémoire dupère des rigueurs dont se plamt Tun de ses fils, et que l'autre cb^t^be à
^ Voir la seeU IT du ekap. ly, consacré au quatrième fils de d'Andilly, Jixles de vaieneuve.
2 Qu'on lum pardonne ces réminiscences roinainei, que nous n'eussions pas hasardées si les Jansénistes ne nous en eussent donné l'exemple en appliquant au grand Amauld et à Pascal, dont l'autorité avait fait supprimer les portraits dans la collection des hamme$ Uluitreê de Perrault (PemuU ne s'occupait pas toijgoura de Peau d'âne)^ Ifi passage suivant de Tacite ; Prœfulgebant Cassius atque Brutu$ eo ipso quod effigies eorum non vise" bantur. {Bio§r. univ, t* Perraul, Charles.)—» Je m'en vais Imiter M. Pe« «( lisson, écrit Nicole au P. Quesnel,f Letfr£«, t. m, p. 200, du 6 avrill692)f « qui se vante de s'être créé un office de dictateur perpétuel. •• Je ne puis « m'empécher de vous dure [à propos du livre de Rancé sur les études mo^ n nastiques]»,» qu'il y aura bien du sang éehaufé dans les congrégations mo- « nastiques, etc. »—*Mais d'ailleurs qu'avons-nous besoin de ces autorités? M. Villemain, cet esprit éminent^ dont la moindre qualité est le goût exquis auquel il doit des à-propos toujours heuieux, n'a-t-il pas tout récemment encore comparé la famille Amauld à la trttm Glaudienne ?— « A Port-Royal, dil-il, se trouvait presque toute réunie, comme une tribu antique, cette faa mille Arnauld, étonnante par la variété des talents et Félévation uniforme f^ des caractères. Si la différence des mœurs permettait ce singulier parallèle, « on dirait les Appius de Rome, tous ardents, habiles, opiniâtres, d (Mé* langes, p. 353; De Pascal.)
kQ UES FILS D'ARNAIJLD D'ANDULY.
conjurer. Si on Tadmet, la responsabilité de ces rigueurs pèse en partie sur le grand Amauld ; si on la rejette, elle retombe sur le seul d'Andilly. Le blâme peut être partagé entre les deux frères ; mm il est impossible qu'il n'atteigne pas l'un ou l'autre.
Les lettres qui nous paraissent le faire retomber sur tous deux, le testament que nous en avons rapproché joint à une lettre de d'Andilly qu'a publiée M. de Monmerqué ^ et à une autre de Pomponne que renferment nos papiers 2, sont d'ailleurs les seuls documents qui concernent Antoine dans la collection que Robert a formée pour la léguer à son fils de prédilection. Il n'y existe que deux lettres de l'abbé proscrit. Dans l'une, il donne àPomponne des renseignements sur des démarches que nécessite la nouvelle position de celui-ci comme secrétaire d'état [16 septembre 1671] ; dans l'autre, il hâte la solution d'un compte qui intéresse leur troisième frère, de Luzancy. La première a dû être amnistiée par suite de l'avènement de la famille au ministère'; la seconde a été protégée par les factures des fournisseurs qui l'escortent. Toutes les autres ont disparu. — En revanche, la plus grande partie de la correspondance dont il nous reste à parler émane du marquis de Pomponne, ou se rapporte à ses intérêts.
1 Mém, de Coulanges, p. 369.
2 Voir plus bas, p. 60.
3 Mon frère entra dans Texercice de sa charge vers le cbmroenoemeBt <f de Tannée 1672... Je demeurai tout Tété à Paris et à Pomponne, oU ét^t (I mon père, prenant part aux bonnes nouvelles q^^^on y recevoit par tons les courriers, w ( Mém, de VabbéAmauU, part, m, p. 134 et 136.)
CHAP. IV, SECT. n, ART. h Sh ftl
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