SIMON DE BRIOTTES, PREMIER MARQUIS DE POMPONNE
Simon de Brîottes, le second des fils de Robert, la plus grande notabilité politique de sa famille, est, de tous les Arnauld qui se sont illustrés, celui dont la biographie laisse le plus à désirer. Avant M. de Monmerqué, elle n'existait pas ' ; après lui, il reste à en compléter les parties secondaires. C'est à notre dépôt que ce savant magistrat a emprunté ses meilleurs documents : c'est là qu'à sa suite nous glanerons les nôtres.
ARTICLE !•'
Ptnnponne, du vivant de son père.
S I. Papiers de Pomponne.
Simon aurait dérogé dans sa famille s'il n'eût pas écrit des Mémoires. D'Andilly en avait laissé pour édifier ses descendaifts sur ses vertus ^ ; Antoine pour nous édifier sur ses plaisirs ^ ; l'éyêque d'Angersr, pour ne pas
1 Lettre» de madame de Sévigné, 1. 1, p. 78 de la notice, n<* xiv; et Biogr. ttftivers.— Voir cependant d'Auvigny, Vies des hommes illust,, t. vi, p.272. — Et Mademoiselle Poulain de Nogent, Nouv, hist. abrég. de P, R,, t. ii, p. 211.
2 «( Je n^ai pu résister aux instances si pressantes que me fait mon fils de « Pomponne d'écrire quel(ine chose [de mes Mémoires] qui puisse servir « à mes enfans pour tes exciter à la vertu par des exemples domestiques. » {Mém. d*Arn. d*AndiUy, part, i, p. 2.)
S « Comme je n'ai point eu d'autre but que celui de me divertir duus tf une espèce de solitude où je passe la meilleure partie de ma vie, j'aurois (I gagné au-delà de mes souhaits, si mes Mémoires pouvoleut en divertir « d'autres. « (Mém, de l* abbé Arnauld, ^9irX, i, avertiss., p. vi.j
62 USB FILS D'ARIf AUID D'AIVDIIXT. *
laisser ignorer son habileté diplomatique'; la première Angélique, pour préluder à k canonisation que le Jansénisme espérait lui faire décerner après sa mort^; TaUtre Angélique, pour constater son martyre^. Toute cette famille enfm, que Tallemant des Réaux accusait d*avoir du vent *, et dans laquelle Péréfixe recon-
i Voir Mém* iVAm. (VAndilly^ part, i, p. 70.
2 ff Durant la dernière moitié de la Tie d*Àngé1ique, on la traitait déjà m comme une sainte, de qui il ftiudrait faire le procès un jour pour la cano- « niier; on lui fiiisait en on mot son dossier de sainte de son vifanU» (M. Sainte-Beuve» Port-Royal^ K i, p. 93 ; Cf. Mém. de la M. Angélique, %» II, p. 179-246.) « n fallut user d*un petit stratagème pour la décider à n écrire la relation qu^on a d^elle. » (M. Sàinte-BeuTe, t6tU, p. 94» n.^Cf. Radoe, deuxième lettre à Nicole^ Œuvres^ t. yi» p. 95.)
3 Beiation de la captivité de la M. Angélique de-Saint-Jean, n. 5, dans le recueil des Acf.» lelt.^ relata — Il est juste toutefois de remarquer qu* Angélique se montrait fort discrète à Tendroit de ce premier martyre qui aurait pu être suivi d*un second. (Voir CÊuvrei du doct, Amauld, 1. 1» p. 641.) — Et puis c'était une fille d\in grand sens : « Nous avions toutes souhaité» « écrit-elle au grand Amauld vers 1665» que Ton nous gardât le secret « [ sur les relations que cliacune de nous a faites de sa captivité]. Mille rai- « sons le rendent nécessaire. U y en a de tout humaines qui ne laissent « pas d'être considérables, comme le mépris que font la plupart des perft sonnes qui ne nous affectionnent pas, de la facilité|qu*on a entre nons de tf produire tout ce que Ton faft» et à te donner des louanges.... »(ilctes, Utt.y relat,^ 1. 1» n. 5, p. 2.)
4 Mem.» t. II, p. 308. Outre ses prédispositions satiriques, Tallemant avait quelques moUfs personnels d'être peu bienveillant pour là famille Amauld. Il avait en & soutenir un procès (OEuvréâ de Patru, t. n, p. 1) contre un abbé Antoine Amauld que M. de Monmerqué croit être le célèbre docteur. (Notice sur Tallemant» Mém., t. vi, p. xxvni. ) La partie de Tallemant ne serait-elle pas plutôt le fils aine d'ArnauId d'Andilly? bans le procès, Antoine Amauld est qualifié prieur commendataire du Plessis-aux-Moines. Le Plessîs-aux-Moines était situé dans TAnjou, province où résidait le fils d'Arnauld d'Andilly» près de son oncle, évêque d'Angers ; le grand Amauld blftmait trop vivement l'abus des commendes pour accepter celle du Plessis. Voir d'ailleurs la lettre de celui-ci à son neveu, qu'il biftme de la pluralité de ses bénéfices. {Œuvres, U m, p. 423» 5S4» 593^ etc., et p. 698, où 11 parle d'an riche prieuré de ce dernier ; et plus haut» t. II» p. 36.)
GHAP. IV^ SSCI, n, AU. l, $h 43
naissait la pureté des aoges alliée àl'orgueil des démons ^ s'était drapée sous la cape et dans la toge, avec la mitxe et sous la bure; c'était bien le moins qu'elle laissât flolr ter vers l'avenir un pan de son manteau de velours. — Et cette fois il y avait justice. — Après trois ambassades fructueuses, ftprés huit années d'un ministère qui avait pré^ paré tt consommé la paix de Nimègue, beaucoup d'âr niôur-ipiiqM:eeût.été légitime ; Pomponne ne montra que de la modestie. I)ans le volume qu'il consacre à ses premièlres aégoci^tltDS en Suède [1665-1668], auquel il faut en rftttacher deux, de pièces justificatives; dans celui qui, avec deux appendices de pièces semblables, est relatif à ses n^ociations en Hollande [1669-1671]; sous les deux liasses où il a réuni la correspondance relative à sa seconde ambassade dans la péninsule Scandinave [1671]; enfin duratitle cours des trois volumes où il a rassemblé les pièces relatives au trwté de Nimègue [1676-1679], l'homme s'elTace presque toujours derrière l'homme d'état. L'amour-propre y tient moind de place que les affaires.
Aussi ces Mémoires sont-ils les seuls de la famille qui n'aient pas trouvé d'éditeurs ^. Ils gisent méconnus sur les tablettes de nos manuscrits. Cependant notre catalogue, sdnsi que nous l'avons dit ', les signale au public, et M. Haenel*, en l'imprimant, ne l'a point trop surchargé de fautes à leur endroit. Mais par une espèce de
1 Irailh, QuerelUa littéraires, U m, p. S05 ; D. Gerberon, Hiitn du Jansén., U m, p. 128 ; Racine, Hist. de P. A., p. 8ii et S5i ; HUt, des Perséeut.f p. 294* 309» etc.
' Voir cependant ce que nous disons dans VAppendice^ note Q»
' Voir plus haut, 1. 1, p. i-3.
4 Catalogi lib. mss. editi a G. Haenel, col. 298-880.
Uk tes FILS D'AWAUtD D'ANDaLY.
fatalité, il suffit que ces Mémoires soient inscrits à ce catalogue pour que nous n'ayons pas à nous en entretenir; car notre but, on se le rappelle, est de mettre principalement en relief les parties de notre dépôt qui sont en dehors du classement fait par nos devanciers. Or en ce qui concerne la famille Amauld, le journal de Robert, sa correspondance privée, les papiers personnels de Pomponne se trouvent seuls dans ce cas*; et c'est à l'occasion seulement, et surtout avec le secours de ces documents, que nous entrons dans quelques détails complémei)taires sur la biographie intime de cette famille. — Les renseignements que nous y puisons se complètent non seulement par ceux que M. de Monmerqué a extraits des Mémoires de Robert et d'Antoine, mais par une indication que son savoir a trop modestement reléguée dans une note ^. Cette indication, empruntée à la célèbre guirlande de Julie, pour être accessoire, n'en est pas moins curieuse; et comme elle ne nous semble pas suffisamment développée, nous croyons pouvoir y revenir.
S 2. Briottes à Thôtel RamlMuillet.
La guirlande de Julie, on le sait, est l'hommage galant, artistique et littéraire du duc de Montausier à cette illustre héritière de l'hôtel Rambouillet, Julie d'Angennes, qu'il supplia pendant douze ans^ de s'associer au nom le plus
1 Biogr, unîv,, t xxxy, p. 320.
2 « Monsieur de Sales [depuis duc de Montausier] étoit amoureux de « M"* de Rambouillet, qui est morte duchesse de Montausier et gouvernante « des enfaiis de France. U fut longtemps sans oser prétendre à sa possession ; A il neTobliul que lorsqu&par la mort du marquis de Montausier, son frère, A il fut devenu héritier de son nom et de ses biens... et qu'il eut abandonné • la fausse religion dans laquelle il avoit été nourri. >• (il/em. de l'abbé Ar^ nauld, part, ui, p. 157.)
CHAP. lY^ SEGT. U, ART. I, S H. bS
pur dont puisse s'enorgueillir le siècle de Louis XIV. Chaque fleur de cette guirlande, peinte par Nicolas Robert, avait enfanté une foule de madrigaux transcrits par la plume irréprochable de Jarry, et composés par les habitués de l'hôtel '. Au nombre de ceux-ci, parmi les plus assidus se trouvait d'Andilly, alors aussi passionné pour le monde ^ qu'il le fut depuis pour la solitude, et dont la vie, p'bur nous servir d'un langage qui aurait eu du succès dans son cercle, gravitant toujours sur l'axe du bel esprit, devait toucher par l'un de ses pôles à l'hôtel Rambouillet, et par l'autre à Port-Royal. La feiTCur de son zèle littéraire entrakiait à cette époque ses deux fils aînés aux dissipations du siècle, comme la ferveur d'un autre zèle devait bientôt lui faire suivre Luzancy, leur puîné, vers la retraite des champs. ^
La guirlande de Julie date de lôil. Elle contient un madrigal de Robert, deux d'Antoine, trois de Briottes; et, chose étrange ! l'ambition du premier, les tristesses du second, les hautes destinées du dernier semblent symbolisées dans le choix des fleurs que chacun d'eux a voulu célébrer.
C'était alors que Robert rêvait l'éducation du Dauphin. La fleur qu'il chante est ïe lis ; voici comment il en parle :
De la reyne de Tair Je suis la fleor divine ; Ma blancheur de son lait tire son oris^iiie.
1 Voir la notice de Gaîgnières, Cat. du livres de M.deLaValliére, suppl., p. 57, belles lettres, n» 3247 ; Notices hisU et critiq. de deux manuscrits uniques^ etc., par l^abbé Rive; la Guirlande, etc., édit. de 1784; Tabbé Goujet, Bibliot, française, U xyi, p« 79, etc.
2 «L*bôtel de Rembouiilet fonmissoit à mon père les plus pun et lecpius « grands plaisirs... Ce n*éloit tous les jours que jeux d'espiit, et parties « galantes. » (Mém, de Vabbé Arnauld, part, i, p. 13.)
> Mém. de d*AndUly, part, ii, p. 128 et 158 ; Mém, de Fontaine, t. x, p. 262» lettre de d*Andilly à Le Maistre, etc.
46 liES FI^ D'AR^ÀULD l/AJXOUlY.
Et Je veux de ma gloire enrichir ta beauté; Ëta vain toutes les fleurs, dans leur pompe suprébe, 8e Vantent de f orner d\in royal diadème ; Leàr plus superbe éclat h*a point de majesté.
HM aàtre que le lys mus audace n^aspire A te rendre m hoimeur qui soit digne de toy ; EHw parent ton front, et Je t'offre un empire^ Puisqu'en te couronnant Je régale à mon roy ^ l
Assuréttient la belle Julie eût pu renvoyer à Pollux ie Simonîde de ce madrigal; et peut-être le perspicace Montausier eût-îl dû soupçonner qu'il avait dans îe même homme deux rivaux, l'un qui lui disputait en galanterie, l'autre tout disposé à lui disputer l'éducation des Daut)hins.
Les dispositions intérieures d'Antoine ne se révèlent pas moins et dans les sujets qu'il choisit et ^âr la ihaliîère dont il les traite. C'est le thym et le soud que célèbre cet esprit tourné à l'idylle ^ et déjà flottant vers U tristesse. Voici quelques-uns des vers, je Veux dire des lignes, qu'il consacre à la première de ces fleurs :
Sans beauté, sans grandeur, sans éelat et sans grâce, Je nays, par un arrêt de mon injuste sort,
Incapable d'un bel effort
Pour acquérir rillustré place Où mon ambition m'ose faire aspirer ^••«
De seihblables vws eussent sans doute excusé la ma-
1 La Guirlande, p. 27.
3 « On peut ne pas traiter toiyoura des ro^raumes et des empires, dR-il <t ifiouT s^exoHfler d'avoir écrit ses Uémoire» (arertiss., p. ix) ; et même... dm « bergers trouvent agréablement leur place parmi de grands seigneurs et M des princoij \t
s Jbid,f p. 22 et 52.
CHAP. IV, SECT. fl, ART, I, $ D. 47
lédiction paternelle aux yeux du Misanthrope ^ Haïs une oreille compatissant^ y distingue seulement le sanglot qu'étouffe leur pesante allégorie, et cet écho détourné où le fils semble reproduire avec amertume Topinion du père à. son égard.
Simon, ce beau-fils que Robert destine au monde^ choisit pour sa fleur le muguet, auquel il fait dire ;
rabaildomie les bois dont les feniBages sombres Conservent ma firaîdieor sons leurs épaisses ombres... '
Il chante ensuite le perceneîge, lui qui doit fondre lel glaces de Louis XIV pour sa famille '. Enfin le futur niînistjre du monarque dont l'emblème était le soleil prête ce langage à la grenade t
D'an pinceau lumineux Tastre de la lumière
Anime mes vives couleurs; £f régnant sur FOlympe en sa vaste carrière,
Il me fait régner sur les fleurs... ^
Si dans les trois premiers madrigaux nous voyons une préméditation, dans ces trois derniers, à coup sûr, l'hôtel
1 n en étoit sans doute des vers d'Antoine comme de sa prose : « Mon « style, écrit-il lui-même, est sans étude et sans art, ne m'étttnt Jamaiê « appliqué au» réffha, » (Mém.f avertiss., p. x.) U est Yrai qu'ù cinq pagos de là {ibid,9 p* xv) Antoine établit une discussion grammaticale sur remploi qu'il a fait du pronom sien, $ienne. — Quoi qu'il en soit, ses vers ne sont pas encore les plus mauvais deceux qu'a produits sa femille, puisqu'il paratt que c'est à $a<7, et non pas à Lancelot, qu'il faut attribuer les rimes du Jardin des Racines grecques. (Menu de Lancelot, vie, 1. 1, p. xvin.) Enfin comme diseiple de S. Augustin, Sacy lui-même ne devait pas se croire le pire [de tous les poètes, puisqu'il rappelait, comme nous l'avons vu (plus haut, p. 5, n. i), que ce père de l'élise encourageait à la versification un poète qui mettait sqpt pieds à ses hexamètres*
2 La Guirlande, p. 60«
3 2bid,, p. 66 : «Sous un voile d'argent, la terre ensevelie, ctc* 4/«rf„p,6a.
Rambouillet, s*il eût pénétré l'avenir, aurait vu de la prédestination. C'était le siècle où Louis XIII devait son surnom à son étoile ^ où l'histoire était obligée de compter avec l'horoscope^, où pour la famille Arnauld même', et jusqu'au sein de Port-Royal, la réalité s'augurait parfois d'après des pronostics.
Pour nous ces rapprochements singuliers ne sont plus que des curiosités sur lesquelles nous nous serions gardé d'appeler l'attention si d'un côté elles ne résumaient, par hasard sans doute, mais avec justesse, ce que nous avons dit et ce qui nous reste à dire sur d'Andilly et siir ceux de ses fils auxquels il avait ouvert l'hôtel Rambouillet *, et si, d'un autre côté, le précieux manuscrit de la Guirlande à Julie n'appartenait, du moins par le souvenir S à notre bibliothèque, dont il a fait partie, et
t Loui8-4e-Ja8te.
2 Voir : c L'horoscope du roi, par lequel la Tille de Lyon prétend qu'ayant a eu l'honneur de la conception du roi Louis XIII, elle est sa Traie patrie, par f Goujon frère, avocat. » L'auteur établit que le signe du Capricorne ayant présidé à la conception du roi, et celui de la Balance à sa nativité, il ne peut manquer d'être heureux et juste, etc. — Delphini [Ludov. XIV] horoscopus aoctore, F. Vavasseûr. Recueil de pUi^s sur la naissance de Louis XIV, etc. '
' Voir tout ce que Tabbé Arnauld rapporte dans ses Mémoires (part, r, p. i80ietMi93, et part ii, p. 169) de l'habileté d'Isaac Axnauld en chiromancie, en divination, par pirouettes, etc. Voir aussi V Appendice, note O.
4 Un quatrième personnage de la famille Arnauld, Isaac, dont nous parlons dans la note précédente, fréquentait également l'hôtel Hambouillet. (Voir Tallemant, Historiettes, t. ii, p. 298.) C'est à lui que la guirlande doit l'éloge de la tulipe. {Guirlande, p. 88.)
B La bibliothèque du duc de La Vallière se composait de deux parties dont Nyon et Debure ont fait le catalogue en neuf volumes. M. de Paulmy acheta en bloc toute la partie cataloguée dans les ^x volumes de Nyon. Mais sa fortune mit des bornes à sa noble prodigalité. Il ne put acheter le Tonds auquel se rapportaient les trois volumes de Debure. Les enchères lefirent monter à 464*677 liv. 8 sou8.Xa GuirlandesevAe fut adjugée à Peyne, librake de Londres, au prix de 14t5i0 liv.-^Voir la notice de Debure,
CHAP. IV^ SEGT. n^ ART. Ij S HL 49
OÙ le remplace encore une copie assez riche de variantes inédites ^. On pardonnera cette digression, qui tient trop aux regrets et aux jouissances dubibliopbile,pourn'a^oir point entraîné le biographe à son insu. Nous revenons aux richesses actuelles et plus réelles de notre dépôt.
S in» BrioUes sous la direetion de d*Aiidilly.
Quelques mois après Thommage de la Guirlande, Briottes, âgé de vingt-quatre ans [1642], était intendant du corps d'armée qui occupait Gazai K Deux ans après [17 janvier 1644], le roi le créait conseiller d'état ^. 11 débutait ainsi par les fonctions les plus relevées qu'eût remplies son père; et, pour mieux l'y soutenir, celui-ci se dépouillait d'une partie de ses pensions en faveur de ce fils bien aimé *, qui lui écrit le 8 mars 1644 : « Quand je « n'aurois point d'autres marques de l'affection que vous « avez pour moy, les peines continuelles que vous vous <( donnez pour mon establissement m'^en seroient une « preuve assez certaine. Je vous avoue que vostre bonté a me donne de la confusion, et que je suis honteux de « voir que vous travaillez avec plus de chaleur pour ma « fortune que vous n'avez jamais fait pour la vostre
« propre Dieu seul peut me rendre digne de ceste
« louable ambition que vous avez pour moy Vous
Catalogue de La Valliére^ t. ii, n"» 3347, celles de Tabbé Rive, en tête de réditîon de 1784; SuppU deDebure au catalogue de La Valliére, prise dee livres, p. 25 et 4S.
1 Belles-lettres Fr», 145, în-K, p. 1085, etc.
3 Voir V Appendice^ note 0.
' Note de Pomponne dans nos papiers.
4 Mém. de dPAndilly^ part,^ fi, p. 128. Voir l'Appendice^ note O bis.
50 LES lus D'AKNAtLD D'ANDaLY.
« pouvez assez juger de la joie que me donnent les pen- « sions que vous avez fait mettre soubz mon nom... »
La correspondance d'où ce passage est extrait se poursuit entre le pèrç et le fils pendant trente-deux ans [1642-1674], c'est à dire jusqu'à ce que la mort y mette un terme. Elle légitimerait d'ailleurs les prédilections de Robert si, chez ce dernier* il u'y avait eu que ^fférence, et non pas absence, de tendresse pour d'autres de ses fils. Tout y concourt en çffet à faire concevoir de Briottes la meilleure opinion. Justesse d'esprit, élégance de style, élévation de sentiments s'y unissent à ces déférences pleines d'affection et de respect qui fondaient jadis 4^ns les familles l'orgueil des pères sur ce qui faisait la joie des enfants^ Il est impossible de participer, sa^ns en être ému, à ces épancbements où le cœur trouve toujours, sans les chercher, le mot et la pensée qui vont droit au cœur; où l'amour filial a ces mille prévenances, ces petits soiiis, ces recherches et jusqu'à ces désespoirs que ne connaît plus de nos jours, même un autre amour.
Ainsi le jeune intendant reçoit d'Antoine une lettre dans laquelle son aîné lui apprend qu'il renonce au siëde, et que leur père est sur le point d'y renoncer, « Mon très tt çb^r frère, » répond [5 novembre 1643] Brîottes heureux d'uue démarche qui doit rendre au fils diograçié sa place dans l'affection paternelle, mais tout éperdu à l'idée de perdre dans le monde son principal appui ; « Mon très a cher frère^ j'ay receu avec une extresme joie vostre a lettre du 21 d'octobre , et leu avec une satisfaction « estrange vos nouveaux sentimens K Ceux de mon père
^ Robert lui-même avait eu la plus ^ive tendresse pour son p^e et pour son beau-pf re. IMénu rfUrn. d'AndiUi/f part, i^ p, 27 et WJ-IWJ. 2Voirplttsliaut,t.Uip.7
CHAP. IV, SECT. n, AKT, I, § ffl. 51
ce que vous me mandez m'accablent tout à fait, et sy té Cl coup-là arrive, je vous avoue que je ne me sens pas et assez fort pour y résister. Comme il ne porte plus -à ce cest heure que sur moy seul, je prévois aussy qu'il et m'escrâsera ; et je vous avoue qu'après cela je ne crois c( pas qu'il y ait au monde un plus malheureux homme « que moy. Lorsque je trouvois quelque ombre de bon- « heur au dehors, un malheur domesticpie me vient cher- « cher, et renverse en un moment le peu d'espérances que « je commençoîs à fonder. Je tombe avec le seul appuy « que j'avois, et perdg en mesme temps toutte sorte de « pensées de me relever. Ne croies pas que la douleur « qui me fait dire touttes ces choses, me fasse condamner c( des résolutions que je révéreray tousjours, comme je « dois, quelles qu'elles puissent estre. J'accuse ma mau- « vaise fortune sans en désapprouver la cause, et choi- « siray tousjours plustost d' estre le plus abandonné du « monde, comme je prévois que je le vas estre, que d'a- « chepter mon repos au prix de celuy qui m'est et me « sera tousjours plus cher que le mien propre. En vain « tascherez-vous de destourner ce coup, sy celle qui Va-- « voîtjusques îcy arresté ne $'y oppose plus; vous n'y « avez plus d'intérest, et le mien seul n'en vaut pas la « peine. Adieu, mon cher frère, je ne sçay ce que je vous « escris. Aymez-moy. »
Dans cette lettre, à travers la douleur poignante qu'elle révèle, on aura remarqué cette parenthèse qui est un trait de lumière jeté sur l'histoire de Robert : sy celle qui râvoit Jusqu'ici arresté ne s'y oppose plus. Ces mots ne sauraient se rapporter qu'à la r§^lf^^ Le 21 oatQ]»re 1613
1 Voir t; I, dans V Appendice, note H.
52 LES FOS D'AKNAUU) D'ANOILLY.
il 7 a cinq mois à peine que la reine est rêgebte ; elle ne s'oppose plus à la retraite du précepteur que cinq mois auparavant elle désirait pour son fils. Cette retraite, elle en avait donc la confidence ; c'était bien d'elle que dépendait à ce sujet la décision de Robert ; et pour celui-ci la mort de Saint-Cyran [11 octobre] ne fut qu'un prétexte ou un à-propos. — Mais laissons le père pour revenir au fils.
La retraite de d' Andilly n'avait pas été aussi prompte que Briottes l'avait crsunt en octobre 1648. Plus d'une année après, le 3 novembre 16&A, son père lui transmet deux lettres de la cour qui lui octroient un congé. Il est tout à son impatience ; mais après le congé du roi il lui faut celui de son père, qui par un malentendu semble ajourner son retour. «Sans doutte queMuzac^ aura mana que en escriv^nt soubz vous (l'idée ne lui vient même « pas que l'erreur provienne de son père) , puisque je vois « que vous me mandez que je me prépare pour arriver « à la fin de janvier. Je crois que vostre dessein aura esté « de mettre à la fin de décembre. Je vous demende en « grâce de me mander précisément lequel c'est des deux, ♦ « puisque quelque autre pensée que j'eusse, je veux ab- (c solument me régler au temps que vous m'ordonnerez. « M. de Couvonge^ veut à toutte force que je parte dans « quinze jours ou trois semaines, parcequ'il importe pour a nos affaires que j'arrive dans le mois de décembre à « Paris, et que le plustost seroit le meilleur. Mais je tar- « deray autant que je pourray pour avoir de vos nou- « velles, ne sçachant sy vous le trouverez à propos. C'est
1 Voir plus haut, 1 1, p« 22, n. 8.
s Cf. Uitru de tC Andilly, p. 874» Mkt 440, 496, 509, 529, et le P. Barre, Vt0 4^ Fabert^ 1. 1, p. 443*
GHAP, lY^ SEGT. 11^ ART. I^ S "!• ^
<( pourquoy j'ose vous supplier de me faire sçavoir le plus- « tost que vous pourrez ce que vous voulez que je fasse. »
Puis, dans la joie enfantine que lui cause Tidée du retour, l'imagination transporte soudain le fils exilé près du foyer paternel. Il recommence les causeries jadis interminables, lorsque Robert rapportait le soir à la famille téunie les plus beaux fruits de ses espaliers, racontai les prouesses de sa greffe et les victoires de san écusson. — Le vieillard craignait sans doute que ses vergers n'eussent baissé dans Testime de son fils, après un séjour en Italie ; mais le fils le rassure. Pourrait-il y avoir au monde de plus beaux vergers que ceux de son père ? « Le Mont- « ferrât est trop peu de chose pour la gloire de Pom- « ponne. Il faut d'autres fruits que les siens pour le « disputer à ceux que vous avez eus cette année ; et sy « ses figues et ses melons ne le sauvent, le plus fertiHe « païs de r Italie ne sera que stérile auprez de Belleveue. « La nature toute simple qui semble avoir voulu s'y « jouer n'y est pas sy belle qu'elle est dans vos plans, « où de son mariage avec l'art vous luy avez fait proie duire des choses dont elle estoit incapable toutte seule. « Enfin je pense que ceste fois vous aurez convaincu « nostre incrédulité de jadis, et quQ vous aurez eu moins « d'aurmoires que de fruit. »
L'ingénieux badinage qui révèle avec tant d'atticisme la coquetterie des déférences filiales, jusque dans les points les plus secondaires de la vie intérieure, fait pressentir avec quelle confiance absolue le jeune conseiller d'état doit abandonner sa vie publique à la direction paternelle. Ce que Robert n'avait pu réaliser pour luimême, il le rêvait pour son fils ; mais il le rêvait au profit de ses doctrines. L'éducation qui avait donné à celui-ci II. 5
5& LES FILS H'ARlfAULD D'ARDILLY.
toutes les prédilections de sa famille, n'avait pu le laisser indifférent à la fortune du Jansénisme ^ ni aux dispositions de Port-Royal envers la cour de Rome. Voici ce qu'il écrivait de Gazai le 8 juin lôAA, c'est à dire au moment où venait de paraître ce célèbre ouvrage où le grand Arnauld, son oncle, à propos d'un premier scrupule de la princesse de Guémené, et sans doute pour l'encourager à en avoir ', traitait de la fréquente communion *.
« Je n'ay eu nulle peine à éviter l'escueil dont vous « me mandez que j'ay esté menacé : et je n'ay pas plus k de gloire à m'estre sauvé de ce nauffrage qu'en auroit a un vaisseau qui ne seroit jamais ôorty du port. J'ay tt vaincu sans peine des ennemis que je n'ay pas veus, et « il ne m*a point fallu de courage pour m'eslever au « dessus des bassesses que vous croyez que l'affaire de « mon 0[ncle] l[e] D[octeur] auroit peu me faire naistre.* « Je n'en ay envisagé pas une, et ne crois pas que la foi-
1 Pendant la détention de Saint-Cyran à la Bastille, Robert menait Simon visiter le prisonnier. (Arnauld d'Andilly, Mim, tur SainUCyran, VU» édif. de P. R., i» i, p. 84 ; voir plus Itaul» U u, p. 2, b. 5»)
3 Racine, HUU ecclés,^ U in, p. iQ ; Mém.de Lancelot, 1. 1, p, 239, 828, 330, n. — Cf. Tallemantf t. u, p. 316, elc.
» Œuvre» du doeU Arntmtd^ t. xxvn, a* m. -^ On Ait ^e M«« de Guémené dut sa conversion à d*AndiUy. ( Lett de la M* ÀHgéli^i t. i, p. i55 et 218.— Cf. plus haut, 1. 1, p» 41, n. 1.} « Voilà comme vous [autres, « Jansénistes]... a?ez toujours traité tout le monde. Qu*une femme ffltt dans « le désordre, qu'un homme fùt dans la déhanche, sMIs se disoiettt de tm « amis, vous espériez toujours de leur salut ; s'ils vous étoient peu favora- « blés, quelque vertueux qu'ils fussent, vous appréhendiez toujours le ju- « gement de Dieu pour eux. La science éloit traitée comme la vertu : ce « n'étoit pas assez, pour être savant^ d'avoir étudié toute sa vie, d'avoir hi « tous les auteurs. l\ falloit avoir lu Janséiiius, et n'y avoir point lu les pro- « positions, m (Racine, Lettre d Nicole, Œuvres^ t. vi, p. 23.)
4 Sur le mouvement que Robert, à propos du livre de la Fréquente communion, se donna en 1643, 1644 et 1645 ; Voir VApi^endice du voU xxviii des Œuvres du doct, Arnauld,
« Ueisse et Ut fertune puiHent aller jmques au point de ({ faire craindre ce qtte {'honneur H la conmenee cùn^ (( mliént I. Je me trouve ua pieu oifensé que vous ayez n peu en avoir k mokidre appréhension peur mx)y, puisce qu'il faut que vous ne vdtis soiez paâ souvenu que |e « ne suis jpas tout à fait iûdigne d'estre^ Monsieur mon « père^ votre très humble et très obéissant ffls et serviw viteUTi S; AmaUld. n
Deux anà après [30 septembre 16i6], Briottes écrivait de Rome, toujours à son père : «Que vous dirès-je de cette « célèbre ville? Il est vray que ses ruines respirent encores (f Quelque chose de la grandeur des premiers hommes du <f ihondoi i I Mais autant que j'ay de vénération pour ce que « je ne vois pasj autant en ais-je peu pour ce que je vois ; (t et l'estime que j'ay pour les premiers Romains neconti- « nue pas jusqUes à leurs neveux. La grimace, la céréi monie et la fénéantise font icy la meilleure partie de la « vie : et le mal est que le ptenlièr siégé de l'Église, des « lieux saints par tant de martirs, et tant de marques de ce là ferveur et de là pureté des premiers Grestiens, nf « Ittttt ny t)lus de doctes, ny plus dd gens de biens. Enfin u j'ay beaucoup plus chérdbé dans Rome, l'antique, que •ilanottvelle^iw»
Dans ces deux lettres, il est impossible de ne pas' reconnaître les mêmes influences que dans les précédentes, maïs agissant cette fois en matière beaucoup plus grave. Briottes défendrait la théologie de sa famille, comme il feh a défendu rhôrtictiltuté ; ëf ses secrètes sympathies le rendent aussi sévère pour les mœurs de Rome qu* envers
^ Voir plus bai}, même ehap.^ mimé seet.j àrf. ii, $ 4.
^ Ëf. fa feltre âcr h jdia l097é ( Mémt Ae Coitiànges, p. 426.)
56 US fILS D'4JLNilULD D*A1C0IIXY.
les fruits du Mootferrat. — Robert du moins avait été indulgent pour la poésie ultramontûne^
Ainsi le père, en se retirant de la lice, y voyait descendre son fils pour y combattre le mèm^ combat. Il aurait dû suffire à l'inflexible vieillard de le lui faire recommencer au profit des mêmes idées; mais il voulut encore, tant il avait de confiance en soi I qu'il le recommençât avec des armes auxquelles il s'était blessé lui-même, et d'après la même tactique qui lui avait si mal réussL Et Simon, tant il avait de confiance en son père 1 manœuvra selon cette stratégie.
Depuis la retraite de Robert àPort-Royal,'de nouvelles fortunes politiques avaient surgi dans la Fronde. Les plus voisines du pouvoir étaient celles du prince de Gondé, qui croyait sa place marquée au timon de l'état, et celle du cardinal de Retz^, qui prétendait l'arracher à Mazarin. — Le serviteur le plus dévoué du prince était un membre de la famille Arnauld', cousin germain de Robert * et protecteur de ses fils s. — L'un des partisans les plus déclarés du turbulent cardinal était son allié, le chevalier de Sévigné, plus tard solitaire à Port-Royal [1659] ^, alors capitaine du régiment de Gorinthe, à la tête duquel les troupes du roi lui donnèrent cette leçon
1 Voir plus haut, 1. 1, p. 29.
2 Relz n'élaît encore que coadjuteur ; c^est par anticipalion que nous lui donnans le titre de cardinal.
s Mém. de Vabbi Amauld, part, it, p. 466-180.
4 f( Il ëtoit cousin-germain de mon père, mais encore beaucoup plus uqI <i à lui par Tamitié que par le sang... » {Mém, de l'abbé Àmauld, part, i, \ï. 10.)
B Mém, de Vabbé Arnauld,^pan, i, p. 29, et toute la première partie passîm ; voir aussi M. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. ii, p. 296, sur les relations de Port-Royal avec le Coadjuteur durant la Fronde.
* Lettres de la M, Angélique^ t. ui, p» k^h lettre gmxuz, du d janvier 1660.
CHAP. IV, 8ECT. n, ART. I, S «1. 57
qu'on appela la première aux Corinthiens '. Port-Royal lui-même favorisait le Coadjuteur^, qui s'était jadis lié avec le grand Arnauld sur les bancs de l'école ^ ; dont la tante, Madame Maignelaf, était l'amie, dont la cousine germaine. Madame du Fargis, était alors l'un des membres, et devait être plus tard l'appui de cette sainte demeure *, d'où l'on vît sortir le duc de Luynes pour siéger
1 Mém. de la duchesse de Nemours, p. 52 ; Mém, deJoly, 1. 1, p. 67, etc.
2 Port-Royal s^est récrié contre cette assertion, et ne s'en est que fort mal défendu, même avec la plume habile du docteur Arnauld [Œuvres, t. XXXV, p. 153.;, et de Tabbé Racine, [Hist, eeclés., t. i, p. 529.) — Voir Mém. de Joly^ 1. 1, p. 451, i&99, et t. n, p. 88, etc. « Port-Royal, à ce mo- « ment*, avec un archevêque et surtout un Goadjuteur ami... se trouvait a en assez bon état » ( M. Sainte-Beuve^ Port-Royal^ t ii, p. 298. ) — Voir cependant ce que dit M. Sainte-Beuve [ibid, p. 309); il faut en rapprocher le passage des mémoires de la duchesse de Nemours, que nous citons note 1 de la page suivante ; voir aussi Besoigne. ( Hist, de P, R,, Ci, p. 329, et plus haut, t i, p. 40, n. i.) Knfin la M. Angélique ellemême n^écrit-elle pas : « Nous avons beaucoup perdu à M^" notre archea vêque [le cardinal de Retz] qui nous a toujours protégées... et nous a espérions bien la même protection de M. N. [le Goadjuteur son neveu] ; a nt^îs vous savez tout ce qui se passe, y» (Lettres, t. n, p. 470 ; 2 avril 1654.) Le Goadjuteur était alors à Vincennes.— Gf. Mém, de Lancelot, 1 1, p. 269 ; Racine, Hist, de P. R.^^, 163 ; Goujet, Vie de Nicole, part ii, p. 107. — c( Ges pieux Solitaires sont les amis innocents, mais fidèles, de l'anlbifttieux Goadjuteur de Paris. Port-Poyal a recueilli plus d^un noble débris « de la Fronde; et eette indépendance, k la fois violente et frivole, qui « avait agité Tétat sans savoir le réronner, est venue chercher un asile dans « la religion. » (M. Villemain, MélangeSf-p. 358, de Pascal.)
* Larrière, Vie d* Arnauld, 1 1, p. 14.
* Sur Rf*» de Maigttelaî, Gf. Lettres de la M, Angélique, t. r, p. 260, 298 ; t. II, p. 324 et 475; Mém. déd'Andilly, part, ir, p. 2; Mém. de L'ancetot, 1 1, p. 381 ; t. ir, p. 112 ; Mém, de la M. Angélique, 1. 1, p. 58, 303, 3^, 403. ^- Marie de Sainte-Madelaine d'Angennes du Fargis avait été élevée depuis Tâge de sept ans [1623] par la mère Angélique. (Nécrol. de P, 7)., p. 216^ — Œuvres du doct. Arnauld, t. xxv, p. 163, etc.) Elle avait f^it profession en 1640. (Guilbert, Mém. chronol,, t. ni, p. 135 ; Gf. Nécrol. de P» R t V* Retz et Gondi ; Recueil in-i2,^, 519 ; Racine, Hisi. de P. R,, p. 339, etc.) Voir cependant ce que dit Racine lui-même. (Frag, sur P. R,, OEuv., t. vi, p.Jt98.)
S8 US FII^ I^'àKNAVW D'ANPPXY.
dans le conseil supérieur de la fronde ^ Ces famille de Sévigné ^, de Uaignelal, du Fargis ' constituaient dans rintimité saième du Coadjuteur autant d'organes dévoués a^ux Amauld. Le due de JiUyn^, fils dQ celui qui avait le premier trompé les espérances de Robert 4stns le mon4e,^ s'était \î^ d'une étroite amitijé avec le s(dit^re reveau des vanités du siècle ^ — Près du Co^jutieur, ci^ira^^ dans l'intimité du prince, Simon ne devait donc pas manquer d'appui.
Maïs le Coadjttteur et le priane pouvaient su^eGomber ; il ne fallait point (jue le pupille de Robert manquât de sputien du côté de la coi;u*. llfa^af i^ y était d'autant plus puissant qu'il était plus menacé. C'était contre ses préventions qu'avait été se briser naguère la fortune de Robert. Celui-ci tente une démarche hardie afin de les dissiper. Il donna son fils pour la rédemption de ses espérances. — Simpn, dont la famiUe comptait tqtnt d'amis dans la FrcHide, fut intendant de l'armée du roi ^.
f a Le d^ç 4e Lif^ni» [eqffa daxu la Fxoode] }^ i^ne dévotjpp ^ Jan- « s^n|sfnç asfci ipa| ca^due. » (Mén^, tie la dueheue de Hfemov^s, p. ^; Çr. Menu de Vabbé Amauld^ part, ii, p. i53 ; Uém, de Du J^os^é, p. ilè.)
2 4/e>f(. de l'abbé Arnfmldt part, uit p. 30 et 02. — Lettres de Sfr** de i^i'iQiié, passim.
3 Voir les Lettres inéd. de la mère Aifg^q. 4e SaioMe^ et da d*A^4m7j vers mars et avant le 23 ayrii 1609 ; Lett. de la M. Ahgit*, t ui^ p. 374» 461, hH, 491, 525, 528, 530-534, etc.; Cf. Bf^igOQ, His$. de P. lU, t. u, p. 474 ; merql. (^ P. A., p, 2i6 Qt 217, etc.
4 Voir plus b^ut, 1. 1, p^ 10.
& Menu d'Arn, d'Afidilly^ part, i, p. 167.
6 D' Aui^igny, Vies des hommes illustres, L vi,p. 273.— Ri^Ftlaji-iBême, tandis qnti son intime ami, le duc de Luynes, était membre du conseil de |« Kioodc, se déclara pour le roi : « Mon amitié avec M">* Du Plessis [Gue- (( négaud] commença lors des guerres de Paris, où nous trouvant ensemble il Por^-Royal, aux sermons de M. ISnglin, nous parlions aussi hautement (I pour le service du rqy que Ton pourroit faire aujourd'luii. » ( JUem. d*Arn, d'Andilly^ part, ii, p. 145.) Pendant que d*Andilly devisait ojn»
GHàP. lY, 5ECT. n, ART, I» § H;. 5^
Ce n'était pas assez toutefois de se iqettre en mesure avee le prince et les deux cardinaux ; entre eux, au-dessus d'eux, se trouvait toujours la régente ; au dessus de. la régente, le roi ; au dessus du roi, sa mère. Près de la reine-mère Rolj^rt avait conservé d'étroites intelligences. La plus dévouée était celle du trésorier général de cette princesse, Bartillat; incomparable ami, dont notre corrjBspondancc révèle l'action continuelle, ardente, infatigable en &veur du père et du fils, qu'il aide tour à tour de ses conseils, de son crédit et de sa bourse ^ C'était Bartillat qui mettait toujours sous les yeux dAnne d' Aur triche ^ les lettres que continuait de lui adresser le solitaire ; et sans doute aussi les fruits de choix que celui-ci
ans sermons de SingUn en fiiYeur du roi, sa sœur, la mère Angéliqiii); Al«( sait prot^er son couYent par la livrée de M. le prince. {Menu deia M^ Aa-géliq»t t. ii, p. hk») — ^Voir aussi Mém, de l'abbé Amauld (part, ii, p. 149-160}. D'après ces Mémoires il paraîtrait que Pomponne a passé une partfeM»^ troubles de la Fronde à Port-PoyaV ainsi que Tabbé de Saint-Nicolas nnitwO, à Tévéché d'Angers. (Mém. d'Am. d^Andilly, part, i, p. 73.]
1 ff Je ne tous puis rien dire de M. de Bertillac, tant il y en a de chose^ « à dire.' C'est ce qui s'appelle au dernier point un honeste homme et un tt véritable amy... » {Lettre inéd. de Pomponne à êon père du 9 8eptemrf> bre 1664.} « La générosité avec laquelle vous avez .travaillé à adoucir la « nouvelle disgrâce de mon père, et mes anciennes souffrances, en m'appe- <c lant [de l'exil ] à Pomponne, n'a que médiocrement d'exemples en oe^ « temps, et peu de gens entreprennent de combattre la mauvaise fortune de u leurs amis... Vous l'avez fait. Monsieur, et vous l'avez fait avec succès.. • « Je vous dois la douceur de ma maison, et, ce qui me touche davantage, « je TOUS dois la satisfaction d'y pouvoir soulager la proscription de mon « père, dont l'âge et les desplaisbs demandent plus que jamais tous mes « devdrs. » {Lettre inéd, th Pomponne à Bartillat, le 16 septembre 1664.) C'est Bartillat qui fournit une partie des sommes nécessaires pour acquérir la charge de secrétaire d'état {projet de contrat en 1672, dans nos papiers), etc. D'AndiUy était aussi débiteur delà famille Saint-Ange ( Compte^ rendu à ses enfants, le 23 décembre 1652.) C'était une manière assez habile d'Intéresser ses protecteurs à sa fortune.*
2 Voir plus haut, t. i, p. 18. ^ ^^ ^^ ^ ^^ /
envoyait du désert et que cette reine faisait servir sur sa table, sous le nom de fruits bénis^. C'était par Bartîîîat que la reine de son côté faisait passer à Port-Royal les avis qui intéressaient le solitaire ^.
De l'ancienne cour, restait encore le duc d'Orléans, frère de Louis XIII. Simon touchait toujours ]a» pension de mille écus que jadis ce prince avait allouée à son père*. Celuî-ci ne demanda rien de plus 4 l'ancien ami d'Ornano, redevenu le sien depuis la naissance du dauphin ♦. Que lui demander en effet? Gaston vivait dans la disgrâce et dans la retraite. Il n'avait pas de fils, et il avait deux neveux. L'un de ceux-ci régnait; l'autre, Philippe duc d'Anjou, devaitun jour remplacer son oncle comme duc d'Orléans. Il l'avait déjà remplacé comme héritier préswiptif ; et même la couronne avait failli tout récemiTf^t^ïui échoir par deux fois, à la suite de deux maladies 4çiXpuis XIV [1655 et 1658], dont la seconde surtout sdviait paru désespérée ^. — Ce fut près du duc d'Anjou que Robert marqua la place de Simon.
f^'jaG duc d'Anjou, né le 21 septembre 1640, avait atteint dix-huit ans; son éducation n'était plus à faire ^; mais ^ jeunesse 'était à diriger. La charge qui près de lui * devait en faciliter les moyens se trouvait être celle de
i Main.de Lancelot, t. i, p. j27. ,. , ^ " ..
% « La reîne-mère me fit écrire par M. ée BarfUiat ce qui avoit élé ré- « soiu [contre Port-Royal]. » (Mém. de d*AndiUjf^ part, ii, p. 140* — Cf. . Recueil i«-i2, p. 230.)
3 Mém. de d'Andilly, part, ii, p, 118.
* Voir plus haut, t. i, p. 6, 10, 13.
5 Mém, de Mademoiselle^ t. iv, p. 20^
^ Elle avait été faite par Lamolhe Le Vayer, ce concniTenl deux fois |)e^f'eux dC^d'Andilly. (Voir plus haiU, p. 33, n. 1.)
GHAP, IV^ 8ECT. n^ AKT. I« S IIL 61
chancelier ^. — Ce fut sur cette charge que Robert jeta sott dévolu [1658].
Au moment où l'ambition de celui-ci se dédommageait de n'avoir pu former un roi, par l'espérance de ménager à son fils la direction de l'héritier le plus proche de la couronne, leg dernières agitations de la Fronde récemment calmées avaient laissé la cour triomphante. L'avenir appartenait bien au roi ou à son frère ; le présent à la reine et à Mazarin. La volonté de ces quatre personnages, celle des deux derniers surtout, devait disposer souverainement des nouvelles espérances de Robert. La reine, un instant surprise par les ennemis du solitaire 2, mais toujours environnée par ses amis, était évidemment son principal appui. Mazarin devait lui être reconquis ; mais rien encore ne l'avait prouvé, et du ministre pouvait venir le principal obstacle. Les deux jeimes princes n'avaient pas connu d'Andilly ; ils étaient indifférents à ses intérêts. Les faire pencher en sa faveur eût été, il l'espérait du moins, y faire pencher la balance ; et de ce côté il semblait avoir les espérances les mieux fondées. Une mère dispose plus facilement du cœur de ses fils qu'un ministre ne dispose de leur esprit.
Tout en courtisant les volontés du ministre, cé'fut donc surtout aux affections de la mère que s'adressa Robert. Sa correspondance; autrefois si magistrale * «e remplit des plus tendres sollicitudes. « Je n'entrèprens « pas de vous dire, avait-il écrit à l'incomparable Bar- « tillat le 14 octobre 1655, après la première maladie du « roi, jusques à quel point j'ay esté touché de la maladie
J Vcm. de CoulangeSf p, 374; D. Gerberon, Hîst du Jam,, 1. 11, p. 521-^43. ^ Mém. de d^AndiUy, part 11, p. 120, et plus haut, 1. 1, p. 16.
* Voir plus haut, t. i, p. 18.
6S U» i|L8 ])'A|ll?A1IU> ^àlXmitY.
(( du rey, el quelle est ma joye d'appr^mdre que gr&ises ^ « à Dieu il se porte beaucoup mieux, et qu'il n'y a pkia tt rien à craînâre ; car en vérité cela ne 9e peut : parcett qu'outre ma paasion pour sa personne sacrée et pour «les intérests de Testât, ce que vous sçavez que je u dois aux extrêmes bontez de la reyne, et qui va si fort f( au-delà de toutes p«K))es, a fait une telle impression «en mon esprit, dans la veue des peines incroyables « où je siûs asseuré que Sa Majesté a esté, que si yoos « connois^ez moii^s que vouâ ne la faites le fopd d« « n)OB coeur, vous n'w pourriez comprendre qu'une «partie. Nous ne sçaurions, Monsieur, assez renaer- « cier Dieu de ce qu'il a exaucé les prières de Sa Majesté et donné une marque de sa protection pour la tt France, en rendant la santé à celuy qui n'en est pas « seulement le roy, mais aussi le père ; [Louis XIV avait « alors dix-sept ans]. Que si j'osois vous supplier de « prendre cette liberté pour moy auprès de la reyne, « vous m'obligeriez extrêmement de tesmoigaer à Sa Ma- « jesté mes sentimens en c^te rencontre. Et j'ose espérer « qu'elle voudra bien adjouster à tant de faveurs dont « je luy suis desjà redevable, ceUe'de ne s'en tenir point « importunée. » Bartillat se conforma aux intentions de son ami, car celui-ci a écrit au revers de cette lettre, dont la copie reste dans nos papiers : A M. de BurtiUaty touchant la maladie du roy. H fit veoir ce billet à la reym* Mais bientôt le roi est frappé ^ nouveau par cette maladie désespérée de laquelle put le tirer seulement le savoir ou l'audace d'un empirique ^•. La sollicitude de
1 Du Sausoi d'AbberiUe, (nii, & oe qu'il parait, administra au roi du yîd émétique dont la préparation étail alors Bj^u connue. (Le P. Barre, Vie^ Fabert, t. ii, p.^66.)
d'Anditty 9$t trop {deiae d'époticms p<mr empranter cettç foîs Qn intermédiaire. C'est à la reine qu'il en 94rje^^ directen^^nt T expression : « Mad9<Bae, lui écrit-il u }e 14 juiltet 4658> quoyqu^ ce soif po3SÎWe e^tre trop « hardy que d'oser prendre la liberté de m'address^r i u Vostre U*i^sté mesme pour luy tesmoigner mon «x- ^ trèïxie joye de ice qu'il a plen h ï^vl de }uy conserver « l'un de$ iqeilleur^ fils, et à laFraoçiB l'un des ni^illeiirs fi f py^, qui fut jamais, j'espère de la l^onté de ypstr^ Matr If. jesté que si elle trouve que c'est une Cai^te, elle la par-* u di)pa,era au zèlQ d'un d^ plus fideUes sujets, ^ im u plus passionnez serviteurs que Vos Majestez auront « ja^iiais. Car çonune je puis dire ^vee vérité, Madame, fi ^pe personnie n'^ pl^s ressenty que moy h douleur ^ ^^emeçt juste et violente de Yostre Majesté dws 1^ tt pl^ graade de toutes les appréhensions imaginait, u n^a joye du sujet de sa joye présente n^ seroit pas telle .«qu'elle est, si j'estois capable de la retenir en n'osant (^ m parler à Yostre Majesté. Je ne doute point, Madame, « que Dieu vous donnant comme une seconde fois un si « gr^nd pmnce, il m vous o^corde cette grâce non seu- H lement pour vostre consolation, mais pour en tirer sa « propre gloire. Et quand, au plus fort de mes craintes, « je tremblois dans la veue de la perte que Vostre Majesté a et Testai, estpiient sur le point de pouvoir faire, j'avoue n que j'avoîs peine à croire que Dieu voulust si tost terfi miner la vie de celuy qui ayant par son assistance, 4( a^c un zèle et une fermeté sans exemple, sauvé la vie « de tant de gentilshommes [par les édits contre les « duels] ^ luy avoit en mesme temps conservé les âmes
* Voir 1. 1, dans V Appendice^ note G*
6& LES Pn£ D'AKNAtU) D'ANDIIXT.
« qu'ils auroient sacrifiées au démon dans ces combats « abominables. Je ne sçaurois, après cela, ne point es- « pérer, Madame, qu'il exaucera mes vœux en continuant « à combler Vos Majestez de ses plus saintes bénédic^ « tions... »
Ces bénédictions, la reine et son fils les devront en partie à d'Andilly, car on se rappelle le zèle infatigable que celui-ci a déployé contre les duels ' ; zèle qui, pour le dire en passant, avait été couronné dans sa famille des plus heureux résultats : car, en un an [1642-1643] \ des réflexions inspirées par deux duels manques ^ avaient converti deujc de ses fils, faisant de l'un un abbé, et de l'autre un solitaire de Port- Royal. Tant de respect chez ses enfants pour les édits du roi méritait bien àl'un d'eux une place chez le duc d'Anjou. Le roi d'ailleurs et le duc d* Anjou avaient eu le temps d'être suffisamment renseignés par leur mère sur l'intérêt que portait d'Andilly à la santé des princes; et le 17 octobre 1658 celui-ci adressait à Louis XIV convalescent, et à son jeune frère brillant de santé, les lettres suivantes :
« Au roi. — Sire, si j'avois l'honneur d'estre aussi « particulièrement connu de VostreMajésté.quejprestois
* Voir plus haut, 1. 1, p. 19.
2 Antoioe s'était conTerti vers la fin d*at)ût où vers le commencement de septembre 1Q6^ (Voir plus haut, t. ii p. 22,. n. i.) Luianci avait remis son enseigne à Bichfîlieu en 46ii2 (Cf. Mém. de Lancetot, 1. 1, p. 337, et D. Clénaèncet, Hiaê* tle P» R,, U viii, p. 35}; et en mars 1642 (Mém, de LaneehU k f, p#«339, n.), ou plutôt le 22 mai 1642 ( Origine des solitaires, j^ '6ji Luzanaî était entré à Port -Royal. Cependant le duel, cause de la con-«* version de ce dernier, l'avait menacé en 1640. (Cf. D. Clémencet, ibid.^ p. 33, et Lettres de la M. Angélique, t, r, p. 104, letlre cxvn, de ttovem- ,brel640.)
S Mém, de l*abbé Ârnauld, part, i, p. 260 ; D. Clémencet, Hist, de P, A.» t. VIII, p. 33.
GHAP. IV^ SBGT. U, ART. I5 S ni* 65
(( du roy vostxe père, j'oserois espérer de vostre bonté « qu'elle m'accorderoît avec joye la grâce que je luy « demande très humblement, qui est, Sire, de me perce mettre de récompenser une charge pour mon fils; puis- « que Sa Majesté tesmoignoit tant de satisfaction de mes a services, qu'après la mort de M. des Sceaux, secrétaire « d' estât, elle me fit Thonneur de me faire offrir sa « charge en donnant cent mil écus de récompence à ses « héritiers ^ Mais, Sire, quoyqu'en perdant ce grand « prince j'aye perdu mon maistre, comme il est encore « vivant en la personne de Vostre Majesté, qui n'est pas « moins qu'il estoit mon roy et mon maistre : et que de « mesme que je Tay servy, mon fils a servy Vostre Ma- « jesté avec la fidélité et la passion qui luy sont hérédi- « taires, et dont, sans parler de plusieurs autres de mes « proches qui ont perdu la vie pour son service et pour « le vostre, celuy de mes oncles qui estoit maistre de tt camp du régiment de Champagne et gouverneur du « Fort-Louis ^, en a rendu des preuves si signalées que « Vostre Majesté n'ignore, pas Karis doute qu'il a esté « l'une des causes qui ont autant contribué à ce grand « ouvrage de la prise de La Rochelle : comment pource rois-je craindre. Sire, que Dieu ayant favorisé Vostre « Majesté d'un© bonté toute extraordinaire, elle ne vou- « lust pas me permettre d'employer mon bien pour « donner moyen à mon fils de luy continuer ses services « en récompensant une charge, puisque j'oserois mesme « espérer que, s'il en vaquoit quelqu'une, elle la luy
* i ce Menu de^ d'Andilly, pafrt. i, p. i6i ; Mém» de Vabhé Arnauld, part, iii^ p. 128.
2 Jiiém. de d*AndiUy, part i, p. AO. — Cf. Tallemant, HhiorieUeSf U 11, , p» dO^y et plus bas, ckap, y, sect, iii,ar<» u •
« dotineftiit sans ré^ifipeiïce. [b'Andilly^ otL le toit, n*â « rieri perdu de ses prédilections pour léâ charges g^a- « tuites ï ; mais comme èette pf édilectîôn a été malheu- <* reuse, elle n'est plus exclusive.] Ainsi je me |)rometS, tt Sire, de la bonté de Vostre Majesté ^uè, lôrs^'après h avoir renoncé au monde, j'èmpkfye le reste de riia irîe <c dans la retraite à demander à Dieu qu'il continue à tt combler Vostre Majesté de ses plus saintes béirédic- « tiOûs, elle n'aura pas désagréable que mon fits empl&jfe ei ta sienne à ta servir. Et permettez-moy< s'il vous pîaîst, it Sire, de prendre la liberté de dire à Vostre Majesté tt qu'elle ne serOit pas seulement comme elle 6st^ le plus « grand roy qui soit sous le ciel, mais qu'elle seroit le (T plus puissant de tous les monarques, si touS ses sujets (( avoîent autant d'ardeur pour son service ^'en aura « jusqu'à la mort, avec le plus profond respect que l'oti u vit jamais. Sire, de Vostre Majesté, le très humble, ii très obéissant, et très fidelle sujet et serviteur,
(( ArNAÛLD b'ANDÏLLY. »
« Monseigneur, si j'avoîs l'honnête d'estré aussi pâr- « ticulièrement connu de vous que je l'estoîs du roy « vostre père, j'oserois me promettre que vous ne rece- « vrîez pas seulement mon fils, dans t honneur de vostre « service avec vostre bonté accoustumée; mais avec quel- (( que satisfaction d'y voir entrer un homme, qui ne sçau- « roit m* avoir pour père, sans estre attaché à son devoir « d'une manière peu commune. Il faudroît, Mpnseî- « gneur, qu'il changeast de nom pour ne vous pas servir (( non seulement avec une inviolable fidélité, mais avec
1 Mém, de d'AndiUy, parU lipéMitîp^ htrtlt, U r, p, lé.
CUàP. ly, fiEGT. n^ ART. I, s IIL tH
a im zèle digne d'un aussi grand prince que vous estes ; « et je ledésavouerois pour mon fils s'il se conduisoit « d'une autre sorte. Que si mes prières méritoient d'estre « exaucées, j'aurois, Monseigneur, sujet de croire qu'ence core que je ne sois plus du monde, je niByoas serois pas « entièrement inutile, puisqu'il ne se passe point de jour a que je n'en fasse pour vous dans ma retraite, et que « plus Yostre condition est élevée, plus vous avez besoin « que Dieu vous favorise de ses grâces, au milieu de tant a de périls dans lesquels vostre vie se passe, estant sans « cesse environné comme vous Testes de tous les bon- <c neurs, de toute la pompe et de tous les plaisirs du « siëde. J' espère, Monseigneur, que vous mepardonnp- « rez cette liberté, puisqu' estant aussi judicieux que vous (( Testes, vous n'avez garde de trouver estrange que « chacun parle son langage, et que celuy du dézert ne (( doit pas éstre cehiy de la cour. J'ose mesme me pro- « mettre de vostre bonté que cette sincérité vous perce suadera beaucoup mieux que tout autre chose ne le « pourroit faire^quel est le profond respect et Tardente « passion pour vostre service avec lesquels je me tiens si « honoré d'estre, etc. » . . ,
Ces deux lettres sont les ballons d'essai de ce nouveau voyage que d'Andilly veut tenter poiyt son fils dans le» régions Orageuses de la cour. Toutes deux rappellent cette retraite qui a scellé dans une déception du courtisan les liens qui attachent désormais le solitaire à Port- Royal. Mais avec quelle adresse il en parle ! Du principal obstacle qui s'est opposé à sa fortune il fait un appui à la fortune de son fils. Tandis que celui-ci servira de son ftiieux la cour près du prince, son père le secondera dans la solitude près de Dieur Les orages de Port-Royal, d^si-
M X£S FOS D'AKNAUU) B'AUDUXY.
pés par un retour de faveur, se résoudront en prières. — Robert d'ailleurs se garde de révéler formellement ce qu'il désire. Dans sa première lettre, il indique d'une manière vague une charge qui permette à son fils de servir le roi. Dans la seconde, il demande au duc d'Anjou pour son fils l'honneur d'entrer au service de ce prince. 11 fallait voir comment seraient accueillies ces modestes ouvertures avant de déceler des prétentions plus élevées. Sept mois s'écoulent durant lesquels d'Andilly a dû s'assurer que les dispositions de la cour ne semblent point de prime-abord défavorables à ses projets ; car le 29 mai 1659 il se décide, au milieu d'un calme apparent, à lancer toutes ses espérances, mais lestées des plus sages précautions, dans la lettre suivante : « Ma- « dame, écrit-il à la reine, le désir de voir mon fils en « estât de continuer à rendre ses très humbles services tt à vos majestez, me faisant entrer avec joye dans le (( dessein qu'il a de récompenser une charge, j'ay trop <( receu de marques de la bienveillance dont V. M. m'ho- (( nore, et mon fils a le bonheur d'estre assez particuliè- « rement connu d'elle, pour craindre qu'elle ne l'ait pas a agréable. J'espère au contraire. Madame, que V. M., « considérant en luy la fidellité qui luy est héréditaire, « elle prendra plaisir à luy voir remplir une charge où « j'ay sujet de croire qu'il sera assez heureux pour res- « pondre j par ses actions, à la grâce qu'il aura receue « de V. M. Ce sera. Madame, l'accomplissement de mon « dernier souhait dans le monde, où rien désormais n'est « capable de me toucher, que de pouvoir, par mon fils, « m'acquiter en quelque sorte des obligations dont je « suis redevable à V. M. [Comment refuser près de sa « tombe un vieillard si peu peu offensif et si reconnais-
(( sant?] J'ay prié M* Bartillat [inappréciable ami!] de « luy dire [à V. M.], en luy présentant cette lettre, quelle « est la diarge dont mon fils a la pensée de traiter, et (( j'ose me promettre, Madame, de l'extrême bonté de « y. M. que, n'ayant l'honneur d'estre connu du roy que « par les tesmoignages si favorables qu'il a pieu à V. M. « de luy rendre de moy en plusieurs rencontres [les let- « très de d' Andilly étaient parvenues à leur adresse], elle (( ne me refusera pas la grâce de luy parler de cette af- « faire ; dans laquelle je ne doute point que son Éminence « ne daigne bien tant obliger mon fils, que d'asseurer Vos « Majestez qu'elle a esté satisfaite de sa conduite, dans « les divers employs où il a eu l'honneur de les servir « sous ses ordres [il faudrait jouer de malheur pour que « le jeune intendant de l'armée Mazarine fût oublié du (( ministre] ; et qu'il seroit difficile qu'elles jettassent les « yeux sur une personne qui s'acquitast plus fidellement « de la charge pour laquelle je demande très humblement « l'agréement de Vos Majestez. Je le leur demande, « Madame^ avec d'autant plus de hardiesse, que je ne « puis appréhender que mon fils manque jamais à aucun « de ses<devoirs, puisqu'il faudroit qu'il cessast d'estre « mon fils pour n'estre pas avec autant de passion et uii « aussi profond respect que je le suis, etc. ^ »
* Cette lettre». les précédentes et celles qui vont suivre prouvent avec la dernière évidence que c'est bien Robert Uii-inême qui tévèlc à la cour les prétenUons de son hls. — Voici cependant comme les partis écrivent l*Jiîstoire. D.Gerberon,'à qui avait été communiquée, comme nous le verrons bientCt [p. 79, n. 2], la correspondance de Robert, nous apprend que : « La pré* c TeftUon où étoit la cOur, et principalement la reyne-mère, contre Portc Royal ne parut jamais davantage qu*à Toccasion de M. de Pomponne qui • traitoit de la charge de chancelier de Monsieur, frère du roi. Les Je- < suites... rayant su, en donnèrent avis à la reyne-mère et au cardinal II. • 6
70 LES FILS D'ARNàDLD D*ANDILLY.
Le frêle papier auquel d'Andilly confiait ainsi la fortune de son fils fui bientôt convoyé de deux lettres nouvelles qui, tout en félicitant la cour sur le traité des Pyrénées, devaient y protéger et y seconder l' effet produit par la première ^ Toutes deux sont datées du 2 juin 1659. L'une est adressée à la reine. « Madame, écrit « d'Andilly à cette princesse, quand la solitude où je « suis venu finir ma vie me rendroit insensible à toutes « les choses de la terre, je ne sçaurois n'estre point « touché d'une aussi grande faveur du ciel qu'est celle « de l'heureuse paix qui arreste le cours de tant de ruis- « seaux de sang et de larmes ; et qui par la réconcilia- « tion de ces deux puissantes monarchies, dont le calme (( pejit rendre la tranquillité aux autres, changera la face « de toute l'Europe, et la restablira dans sa première « félicité. Mais, Madame, lorsque je considère qu'après « Dieu c'est principalement aux vœux et aux soins de « Vostre Majesté qu'on doit le succez presque inespéré
a Mazarin, qui empêchèrent que M. de Pomponne eût cette charge... • (fiist. du Jan$én,, t. ii, p. 419.) — Voir cependant la lettre de Mazarin [du 35 août 1659] dont nous citerons plus has quelque lignes, et qui* sans légitimer les personnalités de Gerberoo» 9 pu le mettre syr la voie d*inductioDS qu'il aura transrormées en assertions* — Ce n'est pas la seule fbb d'ailleurs que les historiens de Port-Royal rivalisent avec letirs adversaires dé fticilité à décharger leur dossier, afin de mieux charger celui di( prochain. Ainsi pour en citer encore un exemple, toujours tiré de l'histoire dé la Tamille Arnauld, lorsqu' Antoine, père de Robert, sollicite à Rome des bulles pour sa fille Angélique, à qui il a fait changer de nom et d'âge, pa^ccque sous son premier nom et avec son âge véritable la jeune abbcsse de Port-Royal avait d^à essuyé un refus, (Voir plus haut, t 11, p. 3, n. 2) la demande subreptice éprouve quelque retard. Evidemment si la cou|t de Rome eût été avertie, elle eût de nouveau refusé les bulles ; ses retards ne viennelit donc que de sa lenteur ou de ses soupçons. Pas du tout ; ils viennent des machinations des Jésuites. (Guilbert, Mém. hist^et chron, sur P. 7i., t. i, p. 266.) De quelles machinations et de quels Jésuites a voulu parler Gui'berl? 1 Cf D. Gerberon, Ilist, du Janséiu, t. ii, p. 407.
CHAP, IV,,SECT. n, ART. I, g DI. 71
« d'un si grand ouvrage, pourrois-je estrp at^cbé par « autant de nœuds que je le suis à tout ce qui regarde le « service et la gloire de Vostre Majesté, et ne rendre pgs à « Dieu des actions infinies de grâces de ce qu il yPWS fajt « estre non seulement la plus grande reyne (Ju monde e^ « naère du plus grand de tous les roys, mais la y^rita^le « mère dç la France par cet heureux repos» qup yo^s ave? « tant contribué à luy procurer. Et comme il ne pourroit « estre qu'imparfait s'il n'estoit durable, il feut avouer, « Madame, que vous estes merveilleusement objigéeàsop « éternelle Majesté de ce qu'en ipesn^e teipps qu'il exauce « vos prières en finissant une guerre si S2|.nglante, par une « paix si glorieuse, il y ajoute l'accomplissement de vos « souhaits en l'afTérmissant par une ^lli^nce qui poyera « dans la joye publique de ces deux peuples le soi^vspir « de leurs inimitiez passée?; ^ et géra le S£^cré lien qui les « réunira pour jamais ensemble par une postérité non (( moins illustre que le sont ces deux tiges si augustes « dont elle tirera son origine. Comme je suis asseuré, l^a- « dame, que Vostre Majesté »e désire rien dans le woude (( avec tant d'ardeur, ce sera aussi désormais l'une des « choses dont je prieray Pieu le plus ardemment; mais « après luy avoir auparavant demandé dp courquner un jt jour Vostre Majesté d'une cquronue aussi éclatante et « aussi riche par dessus celle qu'il vous fait pprter icy- « bas, comme il y a de différence entre les choses péris- « sables et les étemelles. Que si, Madame, l'on pouvoit $( souhaitpr quelque c^ose de plus grand pour Vostre Matt jesté, je ne doute point qu'elle ne me fasse l'honneur « de croire que je le soubaiterois 4e la mesme sorte,
1 Le mariage ^e Louis X|V.
72 LES ras D'ARNAULD D*ANDUXY.
« puisqu'il est impossible d'estre avec un plus profond « respect et une passion plus véritable que je le suis. ...» Tout en souhaitant à la reine une couronne céleste, d' Andilly ne perd pas de vue le voisinage des couronnes terrestres qu'il ambitionne pour son fils; et il sait quel bras puissant l'en a lui-même écarté. Pour faire fléchir ce bras hostile, il fléchit lui-même devant Mazarin un genou humilié. « Monseigneur, écrit-il à Thomme qu'il « doit si cruellement maltraiter dans ses Mémoires ^, « entre les louanges qui sont deues à Vostre Éminence « pour la plus grande action de nostre siècle, sa modestie « ne sçauroit rejetter avec justice celles qui ne peuvent (( estre suspectes de flatterie : et ainsi j'ose espérer que « les miennes ne luy seront pas désagréables, puisque « je n'ay garde d'avoir appris dans ma retraite cette ma- « nière si peu sincère de parler aux grands à laquelle je « n'ay jamais pu m'accoustumer dans le monde, et au « milieu mesme de la cour. Mais pourrois-je, Monsei- « gneur, estre aussi bon François que je le suis, et ne « pas tesmoigner à Vostre Éminence la part que je prens « à l'obligation dont toute la France luy est redevable de « V avoir délivrée des misères d'une très sanglante et très « longue guerre par une paix si glorieuse qu'elle est (( sans exemple dans nostre histoire ; non seulement à ({ cause des avantages qui nous en reviennent, mais parce cequ'on n'a point encore veu une telle autorité et une
1 Mém, de (CAndilly, part ii, p. 120 ; voir plus haut, t i, p. i6. — n existe dans les papiers de Robert une parodie satirique du testament de Mazarin, dont la minute est de la main de sou secrétaire, mais corrigée de la sienne de manière à faire croire qu'il en est Tauteur. H y reste également une copie, retouchée par d'Andillyi du pamphlet cause de la dîsgrdcc et de Tcxil de Saint-Evremont (lettre à M. de Créqui), pamphlet que Tou sait dirigé contre la paix dont Robert se déclare ici Tadmirateur.
CHAP. IV, SECT, n, ART. I, S M« 73
<( telle capacité rassemblées en la personne d'un ministre, « qu'il ait ^u^sans le conseil et Vassistance de qui que ce « soit [tout à l'heure le succès était dû principalement « aux soins de la reine; telle est la sincérité que d'An- « dilly a emportée de la cour dans la solitude], desmesler « luy seul par la clarté de son esprit tant d'incroyables « difficultez, y trouver des expédions par la force de son « jugement; surmonter, par une adresse admirable jointe (( à une invincible fermeté, les obstacles qui s'opposoient « à ce grand dessein , et ajouter à cela ce secret inouy « qui a fermé la porte aux traverses qu'auroit pu rece- (( voir une si importante négociation, si plusieurs per- « sonnes y eussent eu part. Il me semble, Monseigneur, « que je ne sçaurois mieux faire connoistre à Vostre « Éminence quel est mon zèle pour son service, que par . « les actions de grâces que je rens à Dieu de vous avoir « donné toutes les qualitez nécessaires pour accomplir « un si grand ouvrage, et qu'en le priant d'assister Vostre a Éminence dans le désir qu'elle a sans doute de faire « ,par ses soins et ses conseils, que le roy rende la France « aussi heureuse qu'il l'a jusques icy, par son courage (( et par les travaux et la conduite de Vostre Éminence, « rendue glorieuse et triomphante. Cela ne vous sera pas « difficile, Monseigneur, dans ce calme que vostre pru- « dence va faire succéder à tant d'orages. Et qu'y a-t-il « de plus doux après avoir veu avec regret souffrir les « peuples dans une guerre que vous n'avez point com- « mencée, que de les soulager et les rendre heureux en « les faisant jouir des fruits d'une paix que vous leur « avez .pfbcmréè ^ que de restablir avec l'abondance l'or- « dre dans tous les ordrgs de ce royaume ; et attirer « ainsi àui' Vostre Éminence non seulement Unt de
m LES pas d'arnauld d'andilly.
« louanges, maïs tant de bénédictions qu'elles montent « jusques au trosne de la majesté de t)ieu, afin qu'après « vous avoir comblé de ces honneurs fragiles et péris- « sables qui île sont pas dignes de borner l'ambition des (( chrestierls, il vous en accorde qui dureront éternelle- « ment. ÎSfulle autre récompense, Monseigneur, ne peut « égaller les services que vous continuerez de luy rendre (( en travaillant à faiire cesser ces funestes divisions qui « entretiennent encore la guerre dans le reste de TEu- « rope, et en donnant lieu à tous les peuples de la terre « d'eiivîer aux sujets du roy la félicité dont ils jouiront « sous une domination aussi juste et aussi glorieuse que « sera la sienne. Ce sont les vœux que je fais dans ma « soliUide pour Vostre Éminence, et j'espère qu'elle me « fera T honneur de les regarder comme la plus grande « preuve que je puisse luy donner de mon respect et de « la vérité avec laquelle je suis, etc. »
Mais en dépit des sages précautions qu'il avait, accumulées, d'Andilly vit soudain le souffle des partis entraîner dans un tourbillon ses lettres vers les orages. Le cri d'alarme qu'il en jeta retentit de Sedan à Veretz, où se trouvaient alors, on se le rappelle, deux admirateurs de son Jansénisme aussi vertueux que désintéressé ; et le 8 juin 1659 il reçut de Fabert le billet suivant : c^ J'ay (( veu. Monsieur, la copie de la lettre que vous avez « escritte à la reine. Je serois afligé au dernier point sy « cette affaire ne se faisoit point, et sy elle ne se faisoit « point pour la raison qu'on vous a alléguée ^ Je vous « demande des nouvelles, s'il vous plait, de cella comme (( d'une chose en laquelle il me semble que j'ay un bien
1 Celle raison, nous allons le voir, élait le Jansénisme.
CHAl>. ÎV, SECT. n, Âut 1, $ iîL 75
(( grand întérest. Celiiy que j'ay à vostre satisfaction ne « me laissera pas en repos que je ne sache ce que la ft reine vous aura respondu. Je sçay que vous aurèi Une « bien grande caballe contre vous ; mais Dieu, s'il luy i( plait, dissipera cella. Je vous comfesse, qu'après ce « qui vous conserne, qu'il me semble que nulle autre « concidération ne me tousche; mais icy il n'en est pas {( demesme,paTcequejesensaussypoyr monsieur vostrè « fils beaucoup d'inquiétude qui durera jusques à ce que « Dieu l'aura tournée en joye, par le succez qu'il douce nera à son desseing. »
Pour seconder les desseins de Dieu et les diriger au succès, d'Andilly était accouru de Port-Royal à Pari^. (c II y à huict ou dix jours, lui écrit le 16 juin 1659 l'abbé « de Rancé, que je suis à Pony ^.. Je sceu le jour que tt je partis de Paris que vous y estiès arrivé, et le suget « de vostre voïage. Je souhaîste que le succès en ait esté « tel qu'il a deu estre, avec plus de passion que je n'en « ay pour choze du monde; et je vous prie de croire que, « vostre considération à part, je suis infiniment sensible (( à touts les intérests de monsieur vostre fils. »
L'apparition de d'Andilly à la cour avait eu les meilleurs résultats ; la reine était entièrement conquise aux intérêts de Pomponne 2, et d'Andilly n'avait plus que de vagues inquiétudes «ur les dispositions de Mazarin, lors-
^ Château dans la Touraine. (Lettre inéd, de Rancé à d'Andilly, du ^ août 1699.) Il ^ppaYténait à Une dame amie de d'Andinf; de Rancé et de son oncle Tarchevèque de Tours (ibid. et lettre du 16 juin 1659) ; nous pensons que cette dame est M** Le Bçutltillier, veuve de Claude, surintendant des finances, belle-sœur de Tarchevêque de Tours et tante de l^bbé de Rancé. — Voir plus haut, 1. 1, p. 158, n. 1.
2 Voir plus bas, même St la lettre de Fabert ft d'Andilly, datée du 6 août 1659. , .
76 LES FOS D'ARNÂCLD D'ANDIUY.
que le 28 juin 1659 Fabert lui écrit : « Le billet que vous « m'avez fait l'honneur de m'escrire le 21 me donne trop « de joye pour ne vouslapastesmoigner. J'ay, Monsieur, « une impatience tout à fait grande de veoir achever « l'aflaire à laquelle la reine a de sy bons et légitimes « sentimentz, et j'oze vous dire que je me sens autant son « obligé de cella que sy c'estoit une affaire qui regar- « dast mon fils. Sy vous voiyez mon cœur, vous y verriez « plus que ce que je vous dis. Après la responce de la « reine, je ne croy pas que vous deviez apréhender perce sonne, estant croyable qu'elle ne Ta pas faitte qu'après « avoir consultez S. E. , qui ainsy vous aura desjà estez (( favorable. De plus il vous avoit renvoyez à la reine. » L'opinion de Fabert semble si plausible à d'Andilly lui-même, que celui-ci prépare ses lettres de remerciement pour la reine et pour Mazarin : « Madame, dit-il à (( la reine, puisque les faveurs né se mesurent pas seuc( lement par elles-mesmes,mais aussi par la qualité des « personnes dont on les reçoit, et par la manière dont « on les fait, Vostre Majesfiê ne a'estonnera pas, s'il luy (( plaist, de me voir dans l'impuissance d'égaller mes « très humbles remercimens au ressentiment que je con- « serveray à jamais -de la grâce qu'elle vient de m'ac- (( corder.^ 1^ seul intérest. Madame, qui me reste dans « le monfté, estant renfermé en la personne de mon fils, « c'est saûs doute une fort grande preuve de la bonté « dont Vostre Majesté m'honore, que d'avoir^en agjréable « ma t]<ès humble supplication çjir son §|ujët. Mais j'aa.voypt; Madame, que c'en est ugeiautre incompaçable- « m^t plus grande, que d'avok*, par la confiance que (( Vostre Majesté a bien voulu prendre en sa sincérité, iisiirynonlé une peine née dans l*esprii de Vostre Mor-
CHAP. lY^ SBGT. U, ART. I, $ m. 77
ujeptéj pour des considérations qui^ encore gu* elles ne « le regardent point en son particulier, le regardaient en a quelque sorte à cause de moy. C'est là, Madame, cette « obligation sans égalle que je ne sçaurois assez re- « connoistre quand bien je Taurois payée de ma pro- « pre vie , parcequ'il a fallu que Vostre Majesté se « soit combattue elle-mesme en ma faveur et en faveur « de mon fils. Mais afin qu'il n'en puisse pas rester à « Vostre Majesté le moindre scrupule, /(^ luy proteste de- « vant Dieu^ sur mon honneur et sur mon salut^ que « rien n'est plus véritable que les asseurances que mon « fils a fait donner sur cela à Voslre Majesté; et j'ose « dire sans crainte, qu'elle ne seroit pas moins contente « de moy que de luy^ si j'estois encore en estât d'avoir « l'honneur de la pouvoir éclaircir de vive voix de tout « ce qui peut à mon égard luy donner peine. Je ne veux « pas. Madame, par respect, entrer plus af ant dans ce « discours de peur d'importuner Vdâtre Majesté. Mais « j'espère qu'elle n'aura pas désagréable que je l'asseure « qu'avec la grâce de Disu, mqn fils se conduira de telle « sorte dans la charge q[a'elle luy fait l'honneur de trou- « ver bon qu'il remplisse,* ^u* elle ne remarquera nulle « différence entre luy et môy dans l'inviolable fidélité et u l'ardente passion qtf il doit avoir pour vostre service. « Ce qui est, Madame, le plus que je sçaurois promettre « pour luy, puisqu'il est impossible d'estre plus vérita- « blement que je suis, etc. »
Deux choses surtout demeurent constatées par cette lettre ; la première, que le Jansénisme était redevenu un obstacle pour Je fil§-sous la IKrection du père ; la secmide, que le père et le fils niaient à l'envi le Jansénisme pour détourner Tobstacle.— Il ii'fei coûte pas plus à leur gra-
Î8 bs HtS D'ARNACLB D'ANDILLY.
tîtude pour se mettre à la discrétion deUlazarin: «Mon- « seigneur, écrit d' Andiîly à cette Éminence dont il rêvé « Tassentiment pour ses projets, comme après la grâce « que Dieu m*a faite de venir finir mes jours dans cette « heureuse et sainte retraite, il ne me reste plus aucun ft intérest dans le monde que ceux de mon fils, je ne « sçaurois trop tesmoîgner à Vostre Éminence, par mes ïi très humbles remercimens, combien je ressens Tex- « trême obligation dont nous luy sommes tous deux re- (( devables. Vous l'avez tiré, Monseigneur, de hnutilité « qui luy faîsoit taiit de peine ^ et où j'en avois tant de « le voir, pour luy donner moyen de servir dans une « charge où j'espère, avec l'assistance de Dieu, qu'il ne c( fera rien d'indigne de l'opinion si favorable qu'il a pleU ii à V. E. donner de luy à Leurs Majestez, ny de la reu connoissance qu'il doit avoir des effets de la bonté dont (( V. E. l'honore. J'ose mesme me promettre, Monsei- « gneur, que sans me flatter par l'affection qui me le fait « encore plustost considérer comme mon aniy que comme « mon fils, plus il aura Phonneur d'estre connu de V. E. , (( et plus elle en sera satisfaite. Ce que je n'aurois garde « de dire, à moins que de le connoistre moy-mesme au- « tant que je fais. Mais je puis sans crainte respondre à <( V. E. de sa gratitude, de ga fidellité et de sa passion « pour son devoir : de mesme Cfue je croy que V. È. me « fait la justice d'estre persuadée de ma reconnoissance « envers elle, de mon zèle pour le service de Leurs Ma- , « jestez, et de mon extrême désir de hiy pouvoir tesmoi- « gner par mes actions que l'on ne sçauroit estre plus « véritablement que je suis. . . » ' *
V Voir VAppendia, note O 6m. «
CHAP. IV, SECT. n, ART. I, § m. 79
Après avoir parcouru ces lettres dans la copie qui nous en reste, on serait tout surpris, si on en tournait la dernière feuille, de lire au revers cette note autographe de Robert : Lettres touchant 921, qui n'ont de rien servi. 921, c'est le chiffre par lequel, d'après la méthode janséniste ^ d'Andilly désigne ordinairement son cher et bien aimé Simon. Comment ces lettres, dressées pour Simon, n'avaient-élles de rien servi? C'est que^ du rêve, d'Andilly était retombé brusquement à la réalité. Le coup qu'il avait prévu, mais qu'il pensait avoir détourné, et dont un machiavélisme ennemi lui avait dissimulé l'approche, l'éveillait en sursaut au moment où il croyait saisir sa chimère. C'était le Jansénisme qui, après l'avoir frappé une première fois d'incapacité, l'en frappait une seconde, et bien plus cruellement, dans la personne de son fils.
Ce coup surprit Robert comme s'il eût été inattendu, et l'exaspéra comme s'il eût été immérité. Il sentait que c'en était fait, sinon 'de l'avenir de son fils, du moins de ses plus prochaines espérances ; et cependant, quoiqu'il les vît disparaître, il voulut les ressaisir par un effort désespéré où sa souplesse cette fois se concentra sous son énergie. Il écrivit de nouveau à la reine et à Mazarin [23 juin 1659] ; mais quelle différence de langage! C'est tout au plus si le ressentiment s'y contient d'abord entre les parenthèses et les réserves qui l'empêchent de dégénérer en révolte -. <( Madame, dans une douleur aussi sur-
1 Voir pins haut, 1 1, p. 21, n. i ; et le Recueil in-i2, p. 300, n. Ce chifîice de 921, représentant le nom de Pomponne, nous donne la clef d'un passage de la lettre du 13 novembre 1661 (Hist. des Persécut,, p. 53) où a M. Angélique de Saint-Jean se plaint de la tiédeur de son Trère pour la cause de Port-Poyal.
'2 Gerberon, Hiêt, du Janséiu, t. ii, p. 421.
80 1E8 nL8 D'ARNA€LD D*ANDIUT.
« prenante qu'est la mienne. . . j'espère que Votre Majesté « ne me refusera pas au moins la liberté de me plaindre
« de mon malheur À ce que je voi, Madame, quoi-
« que Votre Mjijesté fasse la faveur à mon fils de le juger « digne par lui-même, il est indigne par cette seule « considération qu'il est mon fils. Ainsi, Madame, je me « trouve sans y penser le plus criminel de votre royaume, « puisque mon crime est si* extraordinaire que contre « toutes les loi» du royaume, et contre celles de Dieu « même, le châtiment en doit passer jusqu'à mon fils, (( encore qu'il n'y ait aucune part. Mais, Madame, Dieu « vous ayant obligée en vous mettant la couronne sur la « tête, de rendre la justice à ceux qu'il a soumis à votre « pouvoir. Votre Majesté ne sauroit trouver mauvais « qu'un des plus fidelles sujets qu'elle aura jamais vous
« la demande. Je vous la demande donc »
Cette première fougue de plaintes une fois satisfaite, Robert songe à plaider sa cause et celle de son fils. Les Jansénistes ont accusé leurs adversaires de renier leurs doctrines lorsqu'il y avait péril à les soutenir. Robert avait déjà uié son Jansénisme dans l'effusion de sa gratitude ; il le nia une seconde fois, x:omme il venait de nier celui de son fils, dans l'accablement^de ses revers. « Ce « crime, Madame, dont on m'accuse, est que je suis Jan- « séniste. Sur quoi, puisque la nécessité me contraint de « dire à Votre Majesté, ce que mon extrême retenue m'a « empêché jusques ici de lui dire en des termes si précis ; « je lui dirai sans crainte que ce prétendu Jansénisme (( est unift telle chimère que je puis, en la présence de a Dl^Uy pfDtester à Votre Majesté, sur mon s^ui} qui « xn^est plus cher que mille vies, que je ne saî- du'tout « ce que c'est. » '
CHAP. IV, SECT. n, ART. I, S M- Bl
Cette protestation, Robert se contente, dit-il dans sa lettre à Mazarin ^ d*en envoyer copie à son Éminence, pour ne pas se répéter inutilement ; et cependant il la renouvelle bientôt en ces termes : « Que si le refus qu'on « oppose à mon fils est étrange, j'ose dire. Monseigneur, « qu'il ne l'est pas moins de voir qu'il n'ait autre fonde- « ment que ce prétendu Jansénisme dont mon fils n'a « garde d'être coupable; puisqu'on ne l'en accuse qu'à « cause de moy, et que non seulement j'en suis innocent, « nïaîs que je ne sçaurois ne l'être pas ; car comment « pourrois-je m' intéresser dans une opinion que je dé-
« clare devant Dieu n'être qu'une pure chimère ^n
Ce qui était moins chimérique sans doute aux yeux de Robert, c'était la lettre que vingt-un jours auparavaat. [2-23 juin 1659], il avait écrite à Mazarin pour le proclamer ie premier ministre qui eût réuni à la fois autant d'autorité et autant de capacité. Ici il n'y avait plus moyen de nier; se rétracter eût été ridicule. Le cas était embarrassant. Soudain J'homme irrit^ s'efface, et l'habile courtisan reparaît : « Voudriez-votis que je fusse le seul « qui se trouvât comblé de doiieur au milieu des ré- « jouissances publiques que produit cette paix si glo- « rieuse que vous venez de ^ocurer à la France ? et de « me contraindre d'avoir regret de m'estre donné l'hon- « neur de vous en écrire de la sorte que fay fait puis . a qu'encore qu'il n'y ait fien dans ma lettre qui ne soit « une efîusion de mon coçiîr, je n'auroispu sans lâcheté
^ Gerberon, HUU du Jansén,, ii, p. A25.
3 D'après cette troisième dénégation de d'Aivdilly, son fils Antoine n'aurait pu lui donner les mêmes éloges qu'il ûonne (Menu, part. ni> p. 171) au maréchal de La Ferté, dont la conduite iâflexAfé iCavoit, disait-il, jomaw fait chanter U coq de 5. Pierre.
82 LES FILS D'ARNAULD D'AIïDILLY.
« donner des louanges à votre Éminence, quoyqu'elles lui « soient Justement dues^ dans le temps même que j'au- « rois sujet de me plaindre à toute la terre ^ de l'injuste « traitement que je recevrois » Mazarin laissa Robert se plaindre à toute la terre, et se rendit à Bayonne, comme si rien ne Teût menacé, pour de là parfaire la conclusion du traité des Pyrénées.
D'Andilly, en apprenant à Fabert, par un billet du 27 juin, ce résultat de ses démarches, laissait entrevoir sans doute que dans son opinion le maréchal aurait pu leur donner une meilleure issue, en usant de son influence sur l'esprit de Mazarin ; car il reçoit de Sedan cette réponse, datée du 6 juillet 1659 : a J'avois leu avant hier « avec une satisfaction extrême les deux lettres que vous « avez escriptes à la reine et à S. Em. sur la paix ^ lors- « que je torabay sur le billet que vous nt'avez fait Thon- « neur de m'escrire le 27 du passez. Je vous comfesse, « Monsieur, qu'il me touscha cruellement le cœur. Je « m'atendbis à aprendre tout le contraire de ce que j'y « lus, et avois une telle ihipatience d'avoir de vos let- « très, poussant y veoir la conclusion favorable de l'af- « faire de monsieur voatre.fils, que je ne suis pas encor (( remis de la surprise que j'eus. Non seulenâent, mon- « sieur, j'eusse parlez à S. Ém., sy j" eusse estez à Paris « et que vous l'eussiez désirez, mais je prendrois de bon « cœur la poste^ et irois la suivant à Bayonne pour avoir « l'honneur de luy dire ce que vous désireriez qu'il sceut « par ma bouche, sy je croyois que cella pust tant soit «♦»peu servir à l'affaire. J'aurois tant de joye de pouvoir « vous estre util , que je ne prendrois pas seulement
* t D'AndiUy faisait, de la plupart de ses lettres, des cirealairés dont H adressait les copies à ses auris. 8a corre^ndance le prouTe à tout instaBl.
CHÀP. IV, SBCT. n, AKT. I^ § III. 83
a Yostre consentement pour le voyage ; maïs j'espère, « aydant Dieu, que vos deux secondes lettres ^ la reine « et à S. Ém. auront fait ce que je sçay que je ne sau- ^c rois faire. Après les raisons que vous y aportez et la ({ manière de les exprimer que vous y avez gardée, je ne « croy pas qu'elles n'emporte ce que vous désirez. Je a ne juge pas de cette affaire comme engagez dans vos (( intérests^ mais comme une personne libre, pesant les « raisons qui me semble sy grandes de vostre part que « je ne puis ne pas croire que vous n'ayez un entier con- « tentemept de la chose dont je prie Dieu d'avoir des « nouvelles bientost. »
Rancé, qui n'était rien moins que le favori de Hazariq, n'avait aucune raison pour se tromper sur le compte du ministre, ni pour i^e faire illusion sur les chances qui restaient à d'Andilly : « J'attends toujours avec inquié- ({ tude, écrit-il à celui-ci le 12 juillet 1659, des nouvelles {( de l'affaire de la personne dont vous me parlés dans f( vostre lettre ; et quoique l'abbé F. ', qui a passé par ici, u nous ait assuré que touttes les difficultés estoient levées, '(( je n'ai pu me l'imaginer, conessapt un peu le terrain de (( ce païs là et la manière d'agir de ceux qui n'auront pas (( manqué de lui faire naistre des' traverses. Je souhaitte « passionnément que la choze réussisse; je m*ep suis « desjà expliqué daiis uae^de mes lettres» Mais constann ment touttes les grandeurs et les establissemens du « monde n'en valent pas le détachement et le mespris ;
1 On ne démêle pas bien dans Toriginal si cette initiale est nn T ou un F. Dans ce dernier cas, il pourrait être question de Tabbé de Feuquières, le parent et Tami des Amauld. — Cf. Mém. de Cahbi Arnauld, part, i, p. 194» et paru m, p. 177; M. Et. Gallois, Leit inéd, des Feuquières, passim, et t. III, inirod*, p. xxri.
8& LES FUS d'arnàcld d'andoxy.
« on est heureux quand on s'en aperçoit de bonne heure, « mais à mon sens le plus extresme de touts les maux « est d'en estre persuadé et de vivre comme ceux qui ne « le sont pas. Je ne dis pas cela sans faire de grandes « réflexions sur la vie extrordinaire que vous faites et « sur n)a conduite présente, et je ne puis veoir sans « confusion que vous me mettiés au nombre de ceux qui c( n'ont plus de sensibilité pour ce que vous et moy^ « dites-vous, croions tout à fait mesprisable. A pêne « ai-je fait les premiers pas. » — Nous ne savons si ces derniers mots cachent une légère ironie ; mais ceux qui les précèdent renfermaient une vérité cruelle dont une partie déjà s'était révélée à d'Andilly.
Dès le dernier juin 1659, la reine, répondant aux plaintes que celui-ci avait articulées six jours auparavant [23 juin], lui avait écrit : ^ « Monsieur d'Andilly, quelque « tendresse que vous ayez pour votrofils, j'ay de la peine « à croire que vous ayez ressenti autant de déplaisir que a vous en avez voulu faire paroître de n'avoir pu obtenir « l'agrèement auprès de mon fils le duc d'Anjou. J'avois (( cru que vous auriez préveu les obstacles qui pouvoient « traverser votre dessein, et suspendre les effets de ma « bonne volonté pour une autre occasion qui soit de « moindre conséquence pour moy'et pour mon fils. Mais « quelques impressions que fissent sur moy les services « que vous et votre fils avez rendus, je ne puis me ré- « soudre à me relâcher en faveur de qui que ce soit du « soin et de l'exactitude avec laquelle ie" souhaite qu'il (( soit entretenu dans la pureté de la religion et dans la « vraye foy et soumission chrétienne à l'Église. C'est
1 D. Gerberon, HisU du Jatnén.^^ ii, p. 430.
CHAI». IV, SECT. Il ART. I. % Ûh 85
et cette raison, je vous l'avoue, qui m'oblige d'éloigner « de lui les personnes qui peuvent par leur communica- « tion lui inspirer des sentimens contraires ; et je ne puis « ne pas soubçonner votre fils, sachant dans guettes (c maximes it a été étevé^ quel a été le lieu de son éduca- (( tion, et la déférence et la soumission qu'il a pour tous
« vos sentimens et pour toutes vos volontés Je sçais
« bien, comme vous me le dites, que l'on ne vous impute « de crime que celui du Jansénisme ; mais je ne croiray « jamais comme vous que ce prétendu Jansénisme soit « une chimère, ni que vous me parliez avec votre sincé- « rite ordinaire quand vous me dites que vous ne sçavez « ce que c'est. 11 faudroit, pour en être persuadée, que (( j'eusse moins de part aux affaires du monde, et que je « fusse moins informée du lieu de votre séjour. Mais soit « qu'il m' arrive de consulter l'opinion publique, ou de « regarder seulement la datte de votre lettre, il m'est « impossible de plus douter que vous ne soyez pleine- <( ment instruit de cette matière ; sçachant que vous êtes « au milieu de tmit ce qu'il y a de Jansénistes et dç fau- « teurs de cette hérésie en France, et comme à lasûwrce « de cette peniicieuse erreur, d'où viennent tous les « écrits qu'on a fait pour la fortifier et pour la défen- « dre.... Que si, pour achever de vous éclaircir sur tout « ce que vous me demandez, vous voulez que je vous die « ce que c'est qu'un Janséniste, iBt que je vous le défi- « nisfie, je Vous diray 3e même qu'à un évêque qui me (( fist une pareille question, que j'appelle Janséniste celui « qui np reçoit^f)as avec une humilité toute chrétienne « et une soumission entière la décision du Saint-Siégê « sur cette matière, qui a été suivie de l'acceptation et « du. consentement universel de toute l'Eglise. » II. 7
Une autre lettre acheva de réaliser les pronostics de Rancé. Mazarin, en franchissant la Garonne, avait voulu mettre à jour son arriéré ministériel, et il avait ti-ouvé le temps d'adresser au fils de d'Andilly ces lignes tracées à Cadillac, et datées du 16 juillet 1659 : a Monsieur, « vous vous feriez tort et à moy aussy, sy aprez vous « avoir tesmoigné autant d'estime et d'affection que j'ay (( fait, vous croyez que je vous eusse abandonné dans la « poursuitte d'ime affaire que vous aviez à cœur. Il est (( inutile que je m'estende sur les raisons qui vous ont' « empesché d'obtenir l'agréement que vous souhaittiez, « puisque vous les sçavez aussy bien que moy ; et je vous « avoue que j'y ay trouvé tant de fondement que je n'ay « peu les combattre, outre que je l'aurois entrepris inu- « tilement. Mais vous ne devez pas croire que cette exce clusion s'estende à tous les autres establissemens aux- (( quelz vous pourriez songer, et je vous assure que quand « il se présentera occasion de vous en procurer quelqu'un u plus considérable encores que celuy-là, pourveu qu'il (( ne s'y rencontre pas des circonstances qui obligent à (( avoir autant de circonspections, je l'embrasseray avec «chaleur, et vous feray cognoistre à quel point je « suis, etc. ^ »
Des deux réponses faites aux plaintes de d'Andilly, la moins décourageante était évidemment ceUe du ministre, qu'il croyait son ennemi. La plus rude atteinte portée à ses espérances venait de la reiH^, qu'il savait circonvenue par ses amis- Il en conçut une dernière espérance. Eloigné de la reine, Mazarin semblait^ moins hostile.
1 Celte lettre a été publiée par Mi de Menmerqué dam les Mém, de Coulangeê,^* 372.
CHAP. Vf, SEGT. n^ ART. ï, § m. 87
Eloignée de Mazarin, la reine pouvait n'être pas inflexible. Deux résistances cèdent plus facilement isolées que coalisées. Ces résistances, Robert en avait d'ailleurs parfaitement reconnu le mobile. Chez la reine, Tune provenait de la religion alarmée ^ ; chez le ministre, l'autre avait sa source dans une méfiance inquiète ^ D'Andilly s'était réservé le soin de calmer les scrupules de la reine. Il confia au maréchal Fabert celui d'assoupir les craintes de Mazarin. Avant même d'avoir reçu la lettre officielle que ce dernier adressait de Cadillac à son fils, dès le 6 juillet 1659^ Robert écrivait à la reine : « Madame, il (( faudroit que rien au mcmde ne fût capable de me tou- « cher, si ma douleur n'étoit aussi grande que je l'ai téa moignée àVotre M^yesté. Elle ne pourroit, Madame, être «"médiocre, quand je n'en aurois point d'autre sujet que « l'obstacle que Votre Majesté a trouvé dans son esprit à « la très humble supplication que je lui ai faite. Mais de « voir que Votre Majesté semble commencer à douter de ma sincérité, et que, pour comble d'affliction, elle me déclare nettement d'avoir la pureté de ma foi suspecte, « c'est ce que j'avoue, Madame, n'avoir pas la force de a supporter ; et il n'en falloit pas tant pour me rendre la (( vie ennuieuse, si Votre Majesté n'a la bonté de se u laisser persuader à la justice de mes raisons. Toute
1 Voir i«ft Uttreê de U M. Ângéti^nê, 1. 1^ p. W, iBU 836, 356, ^5% d6i, 367; t. it» p. 51i, 589, 616; t.>kn, p. 206, ft06k — GC D. GerberoiH HisC du Jansén,, X. ii, p. 377 ; Hiêt, des PenécuU^ p. 253.
* Vofr pins hant, 1. 1, p. 16, n. 1. MàfôHn tStait !»i Sndiflérenl sur le JansénfsDve, (ïu'it l«i promctttU sa protêetioa si Port-Boyal te secondait pour faire épouser à son neveu la fiUe du due de Liancourt, qui épousa le prince deMarsillac. (Lettres de la M» Angélique, U ui, p. 5i4«— Cf. U i, p. d6i ; t u, p. 479, À87, 507, 589, 616 ; Mém, de Làncelot, 1. 1, p. S69$ Raeinc, Hist, d0 P. H, p. 121.)
« ma consolation, Madame, est que Votre Majesté ait « bien voulu s'abbaisser jusques à daigner m' écrire .ses « sentimens et me commander de lui faire savoir les (( miens. J'ai sujet d'espérer qu'elle voudra bien aussi « reprendre pour moi cette ancienne confiance en la (c sincérité de mes paroles dont elle m'avoit toujours ho- « noré, et dont j'aimerois mieux mourir que de me ren- (( dre jamais indigne par la moindre dissimulation, m « par le moindre déguisement. Je vas, Madame, vous « parler en la présence de Dieu, comme si je parlois à (( lui-même; et je supplie très Immblement Votre Majesté « de se dégager, s'il lui plaît, de toutes sortes de préven- « tiens, afin de porter un jugement équitable et tel que « je le dois attendre de Votre Majesté, qui par sa qualité « de reyne, et de reyne très chrétiennet le représente « sur la terre ^ »
A la suite de cet exorde solennel se trouvent sept pages de théologie, qui heureusement sont imprimées, ce qui nous dispense de les transcrire. Nous en laissons l'ennui aux lecteurs de Dom Gerberon et la gloire à d'Àndilly, qui, on se le rappelle \ était complètement clans le rôle qu'il remplissait en ce moment même, à la tête du Jansénisme, en exposant et en défendant les doctrines du parti. Depuis, il est vrai, son frère le força d'abdiquer comme théologien ^ ; mais alors le parti tout entier s'était groupé derrière sa plume pour endoctriner la reine. Celle-ci l'avait bien mérité : au lieu de çepousser seulement comme reine et comme mère le Janséuisme du sein de Itf cour et de sa famille, elle l'avait
i D. Gerberon, Hist du JansénJ^ U ii, p. 434 cl 441, 2 Voir plus haut, 1. 1, p. 43-219.
* Voir plus haut, t. i, p, 257-275.
poursuivi jusque sur le terrain des discussions théologiques, dont Port-Royal ne pouvait évidemment se dispenser de lui faire les honneurs. D' Andilly usait donc de son droit en répondant par un duel courtois, mais souverainement ennuyeux, aux provocations de la reine ; comme nous usons du nôtre, en sous-entendant se^ réponses, pour transcrire la lettre que Fabert adressait à Mazarin :
« Monseigneur, je ne croy pas blesser le respect que «je dois avoir toute ma vie pour Vostre Eminence, « en prenant la liberté de luy écrire sur une affaire « d'autruy. M. d'Andilly est mon amy depuis le voyage « de r armée du roy nommé la retraite de Mayence ^ « Feu M«' le cardinal de Vallette, dont la mémoire me « doit estre si chère, me le donna pour tel, et moy à luy. (( Sa mort nous lia encore plus étroitement par nosti^e « affliction commune et par la considération qu'il nous « avoit laissée l'un à l'autre. Xes lettres soutiennent cette « amitié il y a vingt-quatre ans *. Les dernières, JMoiice seigneur^ que j'ay receues d'un si ancien amy m'ont « surpris. Je ne le croyais plus en estât d'avoir d'affaires « axi monde^ [Fabert à son tour mettrait-il, comme Rancé, « quelque peu d'ironie dans sa correspondance?] et il « m'escrit avec une douleur si grande qu'il y en a une « éans laquelle il croit avoir V. E. contraire, que je « croy, Monseigneur, que vous me blasmeriez si, dans « l'angoisse où il me tesmoigne estre, je luy refusois la « consolation qu'on doit à un amy, de prendre part à « son affliction, et d'agir tout autant que Ton peut pour « l'en sortir. J'avois creu, Monseigneur, V. E. satis-
1 Mém. de (CAndilly, part, ii, p. 114, et plus haut, t. i, p. 44.
2 Cf. les lettres de Fabert rapportées plus haut, 1. 1, p. 45.
90 LES PUS D*ARNAUtD D'ANDILLT.
a faîte des services rendus par M. d'Andilly fils, et « qu'elle auroit plaisir, trouvant occasion de l'employer « en choses considérables, de luy donner des marques « de son estime pour luy, et de sa confiance. Je sçay que « le père et le fils ont creu, certainement cela ; et je sçay « ce qu'on ne peut ignorer, qu'il vous estj Monseigneur, « de la dernière importance aussi bien que[à] la France, « [et au Jansénisme] d'avoir pour chancelier de Monsieur (('un homme asseuré. Exclure le fils de pouvoir avoir « cette charge par l'argent qu'il prétend en donner, est « le désespérer d'avoir jamais aucuns emplois, et le ren- « dre inutile au monde. Mais, Monseigneur, charger le « pauvre père de l'exclusion du fils, le faire en devenir « ia cause, et changer en luy la joye que les pères ont, « contribuant à l'élévation de leurs enfans, en la détresse « de leur estre un obstacle, est un état si déplorable « que je ne m'estonne point que M. d'Andilly, hors du « monde, ait esté blessé jusques dans le cœur par ce ({ coup qui va à luy persuader que V. E. est très mal sa- « tisfait de luy. Sur quoy j'oserois vous dire, Monsei- « gneur, que s'il ne m'avoit paru pour V. E. tel que « ceux qui s'intéressent au bien du royaume doivent « estre ^ que je serois bien moins intéressé pour luy que « je ne suis. Je laisse le Jansénisme, dont de ma vie je <( n'ay ouy parler au fils ; et auquel, ayant esté asseitré « d'une manière qui ne me permet pas d^en douter, qxCil « n'a jamais pris et ne veut jamais prendre aucum, part, « itseroit bien malheureux si cella seul estait cause de la « ruyne de sa fortune. Je finir ay en suppliant encore très
1 Fabei't ignorait, maisMazarin n^avait pas oublié, les anciennes relalioDS de d'Andilly avec ses ennemis. — Voir plus haut, t i, p. 16, n. i.
GHAP. IT, 8EGT. U^ ART. 1^ § III. 01
« humblement F, E., avant de condamner ma liberté de « luy écrire sur les choses d'un tiers, de considérer que ic l'ancienne amitié de M. d'AndiUy et de moy fait que (f ses intérests me sont comme les miens, et que je ne « seray pas moins obligé à V. Ë. , que luy, des grâces (( qu'elle luy accordera. C'est ce que je luy proteste, et « qu'homme du monde ne sera jamais avec plus de fidé*- « litë que moy, etCé »
Cette lettre, ce n'était pas à Mazarin que Fabevt Pavait directement adressée, mais à d'Andilly, qui la lui avait demandée et auquel il écrit en même temps le 27 juillet 1650 : « Je ressus avant hier avec vos deux c( billetz du 17, et un du 20, les copies des lettres escripc< tes par vous à la reine, et par. Sa Majesté à vous ; les- « quelles copies je vous renvoyé avec celles que vous « m'envoyastes il y a quelque temps, lesquelles je n'ait vois gardées que par un scrupule, je ne sçay comment « venu, de vous les renvoyer. Il y a. Monsieur, tant à « aprendre en tout ce que vous* faites, qu'on ne peut « sans profict lire ce qui vient de vous. Après ce que vous « escriviez à la reine, je ne puis n'estre pas convaincu « que, .contre ce qu'on luy a dict, le Jansénisme ne soit (t ime chimère ; et je serez dans une impatience grande « jusqu'es à ce que je sache ce ^e Sa Majesté vous aura (( respondu à vostre dernière lettre, quoyqu il semble « qu'on ne puisse doubter qu'elle n'en demeure tout à « fait satisfjâtte. — Je vous envoyé une lettre pour S. E. « que TOUS luy ferez tenir quand vous le jugerez à pro- « pos, et que vous aurez ifuelqu'un auprès d',elle pour « faire là solicitation que vous estes résolu de faire faire, « dans le temps auquel il la recevra. L'on l'eust baillée « chez luy, à Paris, ou chez M. Colbert, pour Itïy fiàirc
92 u» nu d'amacld d'anbilly.
« rendre* sy je n'eusse creu qu'il vous seroit plus agréable <( de pouvoir luy faire mettre en main, lorsque quelqu'un c( sera prest de luy parler sur le subjet pour lequel elle « a estez escripte. Je n'aurois pas, Monsieur, attendu que « vous me l'eussiez demandée, sy j'eusse creu qu'elle « eust pu vous estre utille. Je n'ay pas opinion d'estre i( plus concidérez de S. E. que vous, et ce qui ne se fera (( pas pour vous, ne doibt pas estre fait à ma prière. Dieu a veuille qu'en nous joignans tous deux à ceux que vous « employerez encor, vous obteniez ce que vous désfrez et « que je souhaitte aussy ardamant que s'il y aUoit de ma « vie. Sy ma lettre pour S. E. n'est selon vostre grez, a je vous suplie. Monsieur, d'en faire une vous-mesme^ a laquelle je transcrirez et signerez ènsuitte ; et faittes-la « parlant de vostre cœur, car vous pouvez estre certain « que le mien pour cecy est tel que le vostre, et qu'il « aura pareille joye ou douleur suivant que l'affaire ira u ou bien ou mal. J'espère néantmoins que Dieu nous « fera la grâce qu'elle réussira. »
D'AndiUy usa de la permission que lui donnait Fabert à la fin de sa seconde lettre, et modifia le passage qiie nous avons souligné à la fin de la première. Dans ce passage, au lieu de la négation si formelle qui s'y trouve du Jansénisme de Pomponne, {''abert avait laffirmé que d' Andilly venait d'innocenter le Jansilaisme aux yeux de la reine, et qu'il se portait fort de l'innocenter près de Mazarin : n Jq laisse, avait écrit le maréchal, je laisse le . (( Jansénisme dont de ma vie je n'ay ouy parler a« fils, « et dont 4e père m'escrit /<f reyne estre éclaircie, et « estt^ ^prest den éclaircir Vostre Eminence aussi, et « finiray la suppliant trh humblement encore avant de « Gondamner ma liberté, etc. » En annonçant un premier
GHAP. IV^ 8EGT. n^ ART. 1, $ UL 93
triomphe de d'Andilly, en témoignant de sa part la présomption d'en obtenir un second, Fabert commettait une triple maladresse. D*Andilly, en effet, était trop courtisan pour n'avoir pas compris que Mazarin voulait le voir, non pas triomphant, mais humilié; il était trop habile pour donner à Tltalien l'évdl de ses démarches auprès de la reine, et trop instruit des susceptibilités du premier ministre pour lui laisser croire qu on cherchait à lui imposer les royales convictions qu'eussent déterminées ces démarches. Après a,ifdir corrigé la lettre de Fabert, son protégé la lui renvoya donc pour en faire disparaître l'interpolation dans une copie non raturée, se répandant d'ailleurs en excuses et en actions de grâce. Le 6 août 1659, Fabert lui renvoya sa mise au net accompagnée du billet suivant : « Vous m'escrivez d'une sy « estrange manière sur la lettre que j'ay faitte pour S. E. « quecella, Monsieur, me faitcraindrequevous soyezbien « moins persuadez que vous ne le debvez estre des sente timents que mon cœur a pour vous. Pleusi à Dieu avoir- « quelque occasion de vous servir»sy importante que par « elle je pusse vous descquvrir à net toute mon ânae. « Vous verriez qu'avec joye je donnerois mon san§^; et « vous ine faites des remerciements» comme de choses « importantes, pour un peu d'ancre prise dans mon corce net. Au nom de Dieu, Monsieur, banissons pour jamais « les compliments; et croyez-moy de ceux qui sont dans « un regret extçêjne, ne pouvant estre utilz à leurs amis, « et gui sont dans upe joye indicible lorsqu'ils trouvent « moyen de pouvoir les servir". 1^' n'en ay point qui passe « devant vous ; Dieu sçaLt cy je dis vray, et sy je ne co- « gnois pas bien qu'il ne faut pas le prendre &ycement « à tesmoing. — Je eroyqj^ que^voùs aviez mandez àS. K
9& LES VBJS D'AKN AULD D*AI?1XLLT.
(( resclaircissement que vous aviw donnez à la reyne, et « cella m'avoît fait faire la fautte que vous trouverez « corrigée à la lettre que vous aurez pour S. E. avec ce « billet. — Un homme qui a parlé à la reyne, m*a dict, « sans que je luy aye parlé de vostre affaire, qu'elle luy t( avoit paru fort esloingnée de mettre M. d'Andilly près « de Monsieur ; et comme il m'a paru me faire un récit « véritable, je ne croy pas que l'obstacle vienne entière- « ment de S. E. Je sçay que vous direz à cella gu*etle y « avoit donnez les mains; [ceci explique les lettres de « remerciement.] J'oubliois de vous dire que Sa Majesté « dît beaucoup de bien de M. vostre filz. » — Mauvais signe, — et qui avait dû contribuer à dissiper l'optimisme deFabert.
Aussi d'Andilly dut n*ètre pas étonné de voir dans le billet suivant persévérer le pessimisme de Rancé : « Je « ne suis point surpris, lui écrivait celui-ci le 4 août 4689, « de ce que vous m'avez fait l'honneur de me mander « sur le suget de M. V[ostre] Ffilz]. J'avois tousjours veu ec la choze comme je la vois, et que les difficultés ne se « surmonteroîent pas aîzément ; ceux qui les faisoient « naistre ne se lassant jamais de traverser les choses les « plus justes, par des passions et desiintérèîts qui ne le a sont pas. Je ne m'explique pas davantage sur le dé- « plaisir que j'en ay ^ Il eat.tel que je suis obligé de « l'avoir par la profession que je fais d'estre tout à vous. « Je ne puis vous rien dire qui expriiMunieux ce que je « doibs et ce que je sens. » .
Ce billet ne préparait que trop d'Andilly à celui que
^ Manet qlta mmie repostum. Rftncé ne peut oubU^ qu^it^i c^la de cpminiin avec d'Andiliy, que Mazario est Tauteur de sa vocaliou pour la sig|ituâe (voir plus baut, t i, p. 107 ; tt plli8.bas,'p. iOO.)
CHAP; IT, SECT. n, ART. h S ^' 95
lui ôcri^ Fabért le 10 septembre 1659 : « Je in*asseure « que vous serez persuadez par Topinion que vous avez c( des sentiments que j'ay pour ce qui vous regarde, que CI sa estez avec un extrême desplaisir que je leus avant « hier la lettre cy joîntte <|ue S. E. ma escritte. Je n'avoîs « pas présumé pouvoir rien changer à la résolution prise « desjà à la cour, laquelle l'on vous avoit fait savoir ; je « ne suis pas sy vain que je puisse avoir la pencée qu'on (c donne à ma concidération ce que l'on n'accordera pas à c( la vostre. Mais avec tout cella, il y a je ne sçay quoy aux u hommes, qui, sur les aparances convaincantes, ne laisse « pas de leur faire attendre avec inquiétudes l'achève- « ment des choses dont ils n'espèrent quasy pas le sucçez, « Je n'en ay pas estez de mesme en celle-cy. Je me flat- « toîs que, pour d'autres concidérations que la mienne, « peut-estre changeroit-on à la cour la résolution prise a sur vostre affaire ^ J'ay, Monsieur, un extrême des- « plaisir que je sois obligé moy-mesme de vous ^gnifier « que cella n'est pas arrivé, et que n'ayant de ma vie eu « moyen d'essayer de vous Vendre quelque service, je « Taye entrepris sy inutillement en un rencontre sy con- « cidérâble pour vous. Je prie Dieu de tout mon cœur « que la douleur que j'en soufre soit, par sa bonté, une « diminution de la vostre ; ce me seroit une grande con- « solation de soufrir pour vostre soulagement. »
Au billet de Fabert était jointe la lettre .que lui écrivait Mazarin : a Monsieur, je vous ay desjà mandé plusieurs « fois que non seulement je ne trouverois jamais mauvais « que vous me parlassiez des intérestz de vos amis; mais
i Celte fois la perspicacité de Fabert avait été en défaut, malgré cette conaaissance de Tavenir que, daps Topinion du peuple, lui donnait quelque peu de sorcellerie (voir plus bas, chap, iv, secU iv, art, ii, S * » notes).
96 iE8 FILS D'ARNAUU) P'ANI^LLY.
« que cette qualité leur serviroit tousjours d'tme puis- « santé recommandation auprès de moy, parceque je « sçay que vous ne la donnez qu'à des personnes de mé- « rite. Après cela, je vous diray ingénuement sur le su- « jet du sieur d' Andilly fils, que c'est une personne poiu* « qui j'ay de Testime et de TafTection, et qu'il a grand « tort de croire que je luy airye esté contraire dans Ta-. « gréement qu'il soUicitoit pour la charge de chancelier « de Monsieur, parceque j'ajrtasché de l'y servir. Mais j'y « ay rencontré une grande opposition dans l'esprit de la « reyne, à qui diverses personnes de piété, qui ont l'hon- « neur d'avoir quelqu'accez auprès d'elle, avoient re- « présenté fortement^ que quand Jedit sieur d'Andilly « n'auroit aucune tinture des sentimens de M. Amauld, « ce qui estoit problématique ; il n'estoit ny de la bien- « séance, ny de la délicatesse de la coqscience de Sa Ma- « jesté, de souffrir qu'on establist dans une charge si con- « àidérable, auprès d'un prince comme Monsieur, le fils (( d'un homme de la réputation dudit sieur Amauld, que « tout le monde tenoit pour le chef d'une nouvelle secte ; « et je vous OiVoue que j'ay trouvé cette considération si « juste, que je n'ay pu me résoudre à la combattre avec « opiniastreté, outre que je sçay que je l'aurois fait inu- « tillement. Cependant elle ne donne pas au dit sieur « d'Andilly l'exclusion pour toute sorte d'employs, et (( pourveu qu'il en désire d'autre nature, comme ceux
1 Ces paroles ont pu donner lieu aux accusations do'nt Gerberon s^est rendu Técho (voir plus haut, t. ir, p. 69, n. i). Mais Phabile Mazarin était peu scrupuleux lorsqu'il s'agissait de faire peser sur d'autres la responsabilité de ses actes ; et le fait qu'il avance ici est formellement délfteiffi^ar une lettre de la reine elle-m^me, lettre que Gerberon reproduit eoisptier (Hist, ik Jansén,, t. ii, p. 430), et dont nous allons citer bientôt quelques passages.
CHAP. rv, SECT. n, ART. I, § lîl. »7
« qu'il a desja eus, je suis asseuré que Leurs Majestés y « consentiront, et je m'employeray très volontiers auprès c( d'elles poi^ples luy procurer; car pour-celuy-cy il est « absolument impossible qu'il y réussisse. Et si M. Ar- « nauld a de la douleur de servir en cela d'obstacle à la r( fortune et à la satisfaction de son fils, U ne s'en doit « prendre qu'à luy-mesme, d'avoir affecté d'estre à ta « teste de ceux qui ont vouju introduire et soutenir une (( opinion condamnée par le pape ^ dont la constitution u a esté receue non seulement par le roy et l'assemblée « générale du clergé de France, mais de toute l'Église. (( Je suis bien fasché de ne pouvoir faire en cela ce que « vous souhaitteriez, mais je m'asseure que vous ne m'en « croirez pas moins. Monsieur, vostre très affectionné c( et très véritable serviteur. — Le Gard. Mazarin, — A « Saint-Jean-de-Luz, le 25 août 1659^. )>
Sous le miel de cette lettre, suinte l'amertume. Dans la réponse que d'Andilly adresse à Fabeit, le 20 septembre 1659, la dignité déguise mal le dépit : «Comme rien « ne pouvoit jamais m'^estre plus sensible qu'une si es- « trange injustice, Dieu a permis sans doute que vous « m'ayez fait l'honneur d*agir en cette rencontre d'une « manière si extraordinairement obligeante ; puisque la « plus grande consolation que je pouvois espérer, est de
.. 1 II «'agit sans doute ici dliAioçent X, dont la bulle contre les cinq pro* positions eiLtraites de Jansénius^flft donnée le 3i mai 1653, fut reçue par la faculté de théologie le i*' août de celte année, en 1654 par les évéques assemblés au Louvre sur la proposition de Mazarin ; et enfin corroborée par l^Formyilaire dressé dans l'assemblée générale du clergé en 1655. (fiC Cerveau, NécroL, t III, table chronoK, p. xx; D» Gerberon, Hist. du Jansén,; toutes les Histoires du Formulaire [voir plus haut, 1. 1, p. 129, n» 3], les tiUtoireê de P. R, ; le Journal de Saint-Amour, etc., passim.)
3 Cette lettre a été publiée par M. de Monmerqué dans les Mém» de Coulanges, p. 373.
98 LES FILS D'AENAULD D'ANDOLY.
« recevoir cette preuve de Tainitié de rhommtt du « inonde pour qui j*ay le plus de respect et d'estime « tout ensemble, dans le mesme temps que j'en reçois « une de la mauvaise volonté d'un autre de qui je devois « attendre un traitement tout contraire à celuy que vous « voyez que je souffre. Mais comment est-il possible « qu'ayant autant d'esprit qu'il en a (car c'est ce qu'on « ne luy peut ester) , il ait bien voulu alléguer une aussi « meschante raison ^ qu'est celle de me prendre pour « chef, dans une chose de telle nature, qu'il est absolu- « ment impossible que j'en ay« seulement l'ombre et V l'apparence. Il vdoit beaucoup mieux dire franche- « ment qu'il ne vouloit pas la chose. Mais je mç le tiens <i assez pour dit, sans qu'il le dise ; et si la personne que «cette affaire regarde autant que moy, estoit si heureuse « que d'estre dans mes sentimens, [toul le monde ne « trouve pas dans une disgrâce la vocation de la soli- « tude] ^, nous serions tous deux si éloignez d'avoir (( besoin de sa faveur, que nous nous estimerions mille « fois plus heureux qu'elle ne sçauroit jamais le rendre. u Cependant, pour adoucir un peu mon desplaisir, je « me flatte de la créance que la personne à qui l'on (( donne une si cruelle exclusion, ne l'auroit pas eue « si elle avoit moins de probité et de vertu ret que Dieu, « qui est juste, luy tiendra compte de l'injustice qu'on « luy fait» Je pense que vous jugerez que la meilleure
1 Non pas aussi méchante que ?eut bien le dire d'Andiily dans cette lettre.— Voir sesMémoirea, part, ii, p. 135; plus liaut, t i|.p. 272, n. 2| et plus bas^Aaj?. iv, sect, iv, art, ii, $ 2. - <
^ Pomponne avait cependant, pour seconder cette vocation, outre ses dîsg[r&ces et le désappointement de son père, les prières de sa tante la* mère Angélique. (Lettres de la M* Angélique, t.. i, p^ 506, lettre cccui, du ih octobre 1650.}
CHAP. IV, SECT.. n, ART. I, S M. 99
« responce que vous puissiez rendre, est de ne respondre « point du tout ; puisqu' aussi bien , de la sorte que « Ton vous écrit, c'est une affaire étouffée et ruynée (( sans ressource. Cependant je vous conjure de me faire « rhonneur de croire que quand elle auroit réussy par « vostre seule entremise, je ne ressentirois pas davantage « que je fais l'extrême obligation que je vous ay d'avoir « eu la bonté et la générosité de vous y employer, d'une (( manière dont nul autre que vous n'estoit capable. «J'espère que Dieu voua en récompencera, puisque (( vous avez agy en cela pour la justice. Et si les prières (( que je luy fais pour vous, méritoient d*estre exaucées, (( vous connoistriez, par des eifets, quelle est m^recon- (.( noissance et ma gratitude. »
D'Andilly le disait avec autant de dépit que de vérité, la candidature de son fils à la direction des princes était une affaire ruinée sans ressource. L'infortuné Simon venait de faire une première Chute sur l'écueil même où s'était échouée la fortune de son père. Mais de quel vertige avait donc été frappé l'œil de ceKu-èi, pour n'avoir pas reconnu l'obstacle? et de quelles illusions s'était-il rendu le jouet ? — De celles quer lui suggéraient sa vanité et ses désirs ?— ou de celles qu'avaitfeit nsdtre dans son esprit quelque abomin2d)le perfidie italienne, qui, sans respect pour un ennemi vaincu^ l'avait tiré de la solitude où il cicatrisait ses blessures, pour les rouvrir plus cruelles, et les envenimer aux yeux de 1^ cour en y versant le ridicule ? — Un passage du pamphlétaire qui déchira l'abbé de Rancé, et qui n'en fut pas moins comblé des bienfaits de la famille Arnauld, permet d'asseoir une présomption où l'on ne peut espérer d'établir une certitude. Ce qu'il rapporte des disgrâces mondainto du
réformateur de la Trappe, si au nom de Rancé on substitue celui de d'Andilîy, s'applique exactement aux disgrâces de Robert. — Il pouvait y avoir confusion dans les souvenirs du satirique.
« Rien n'a esté si contraire à la fortune de Tabbé de « la Trappe, dit La Roque, qu'une lettre circulaire qu'il « composa sous le nom du cardinal de Retz..., dans lace quelle il attaquoit non seulement le cardinal Mazarin, (( mais le roy mesme dont il blâmoit la conduite. C'est à « cet ouvrage qu'il est redevable de sa conversion, du « moins d'une partie... Le cardinal Mazarin, qui savoit « que l'abbé aspîroit à estre coadjùteur de Tours afin de « succéder à M. de Rancey, son oncle, qui en estoit ar- « chevesque, prit occasion de cette lettre de se venger « des médisances que l'autheur avoit écrites et dites « contre son ministère et contre sa personne. — Un jour ' « donc que l'abbé vint le voir, car entre gens de cour la « haine n'empêche point les visites, le cardinal, après « avoir parlé de choses indifférentes, fit tomber insensi- « blement la conversation sur l'archevêché de Tours ; « et insinua avec certain air de sin(;érité qu'il affectoit « admirablement bien quand il vouloit, que M. de Tours « estant vieux avoit besoin d'un coadjùteur, et qu'il seroit u à souhaiter qu'il en eût un de s^ famille. L'abbé, charmé « de ce discours, dont il ne prévoioit pas la suite, en (( témoigna sur-le-champ une reconnoissance toute ex- « traordinaire à l'Éminence, et luy promit un attache- « ment inviolable à son service. Un Italien courtisan « n'avait garde (U se laisser gagner par ces sortes de « grinuices. Ainsi M« de Mazarin no parut donner dans le « paiipeau qu'autant qu'il le falloit pour réduire l'abbé « aux termes où il Je vouloit. Je suis persuadé, luy ré-
CHAP. lY, SEGT. U, AKT. l, S ^^ lOi
(( pondit*il, de tout ce que vous me dites. Mon parti c( étant celuy du roy, je vous croy trop raisonnable pour a en prendre un autre. Mais comme Sa Majesté a esté « prévenue sur votre sujet, et qu'elle vous soubçonne « mesme d'être l'autheur d'une lettre qui court et qui « marque un esprit de rébellion, vous devez travailler à « efacer ces impressions de son esprit. Cette satyre, « dont vos ennemis vous font l'autheur, vous fournit une « belle occasion de désabuser le roy; car vous n'avez qu'à c( me donner un désaveu signé de votre main, par lequel cr vous témoigniez que vous n'avez jamais fait et ne ferez (( jamais rien en faveur du cai*dinal de Rets contre le « service du roy, et je vous réponds ensuite de sa bien^ « veillance. L'abbé avoit trop d'esprit pour ne recon- « nôltre paç que c'estoit moins pour le remettre en grâce « que pour triompher de tuy, que lejcardinal le vouloit « engager à se dédire par écrit. C'est pourquoy il le re- (( fusa absolument, disant qu'il sufiisoit à un homme (( comme luy de désavouer de bouche une chose, pour « détromper ceux qui l'auroient crue sur de fausses ap- « parences. — Je suis fâché de ce refus, luy répartit le « cardinal, il perd votre fortune, car vous croyez bien (( que Sa Majesté ne donnera pas un archevêché à une « personne de qui la fidélité luy est suspecte, et qui ne « veut pas luy donner de preuves de son obéissance. — « L'abbé jugea sa fortune perdue après cette conversaii tion, et ce fut alors qu'il reconnut combien la sagesse « et la prudence sont utiles, dans le monde, et surtout à « la cour ; mais c'étoit s'en aviser trop tard... Voilà une « des premières adversitez de notre saint... »
Malheureusement pour d'Andilly, la sienne n'était pas la première, et plus malheureusement pour Simon ces II. 8
toi us PILS D'ARlfAULD 1>'AlfDIIXY.
adversitéâ répétées ne changèrent ritn à la direction que son père imprimait à sa fortune. L'obstiné vieillard se mit à. louvoyer en face de l'écueil, toujours en attendant Toocanon de le franchir. Seulement la dénégation qu'il avait faite de ses doctrines fût suivie d'une habile dérivation qu'il fit opérer à son fils au travers des courants politiques.
La santé du cardinal s'était affaiblie, et r héritier que hii désignait alors l'opinion publique avait pris pour emblème le célèbre écureuil et la fameuse devise : « Où ne monterai-je pas? Quo non oêcendam? n — La devise promettait.— D'ailleurs Fouquet, à qui la nécessité avait longtemps donné l'apparence de la faveur près de Masarin, dont il facilitait les dilapidations ^ Fouquet était dang le principe une créature de la reine-mère ^$ et lors du mariage de Louis XIV il venait de rompre avec le cardinal ^ La famille Arnauld, qui avait ou déjà de puissants motifs pour s'attacher à Fouquet^ se dévoua définitivement à la fortune de celui-^oi après cette rupture, qui coïncidait avec l'échec de Simon«
Fouquet ne fut pas ingrat. Secondé par ïe désintéressement d'Antoine^, il put, dans un riche mariage, offrir une première compensation aux mécomptes de partisans si dévoués. Mais^ hélas I au déclin de la vie comme au début de la carrière de Macarin \ la perspicacité de Robert devait se trouver en défaut. Près du cardinal mourant, il n'avait pas su démêler le véritable héritier du
* D'Auvigny, t^es des hommes illustres, t. y, p. 278.
2 Jbid,, p. 261 ; Mûéttmé dé MoifevîUê, t. Tiv >. 71, eie« s D'Auvigny, ibid,t p. 402, carton à la feuilie R vu.-
* Voir plus liant, t. ii, p. 9.
5 VoîV plus houU t. t, p. 16.
CHAP. IV, SECT. Il, ART. J, § UU 103
pouvoir. L'œil toujours porté vers les cimes, il n'avait vu que la fortune agile escaladant les sommets, non la fortune souple qui rampait encore ; T écureuil l'avait distrait de l» couleuvre. —Celle-ci cependant se glissa jusqu'au faîte. -^ Les bonds hardis sont sujets aux chutes; Fouquet tomba. — La fqrtune des Arnauld en demeura meurtrie^ ; Pomponne fut exilé -. — Le succès de Colbert venait surtout de l'habileté qu'il *vait déployée en servant d'intermédiaire entre la cour et Mazarin exilé \ La disgrâce de PompoQue vint de l'opiniâtreté de son père à le faire servir d'émissaire entre Port-Royal et le surintendant, * Un exil de trois ans, dans lequel Simon atteignit sa quarapte-septième année [1662-1665], lui ménagea assez de loisir pour bien méditer cette phrase de la lettre que jadis la reine avait écrite à son père : a Je ne puis « ne pas soubçonner votre fils, sachant la déférence et (( la soumission qu'il a pour tous vos sentimens et pour « toutes vos y olontez, » — A dater de ce moment, un changement notable se fait remarquer dans la conduite de cet excellent fils ; changement plus superficiel toutefois que profond, et dans lequel le respect se borne à mettre en équilibre l'intérêt et le devoir. Sans varier d'opinion ni sur les hommes ni sur les choses. Pomponne inclina son esprit judicieux vers la réserve, son cœur ardent ' vers la modération, son Jansénisme vers la prudepce. — Il * ne conserva d'entier que sa vçrtu, — Un instant même,
^ « Mou frère eut sa part à la disgrâce dç M* Fo{iqttG.t; U fut re%ué à t Verdun. • {Mim de Vabbé Arnauld, part, iii, p. 73.)
3 « Ce fut pour mon frère un coup de tonnerre qui reaversoit toutes sès^ a espérances. » (JMd., Ç. 70.)
• D'Anvîgny, Vies des hommes illustres^ t.>, p. 259.
* Petîtot, Mémoires, 2* sérié, t, xxiiii, p, 160.
il faut bien T avouer, celle-ci sembla fléchir devant le péril, ou du moins se dissimula derrière la circonspection. De quatre amitiés que Fouquet avait compromises dans sa disgrâce, celle de Pomponne se montra la plus réservée. La Fontaine oublia sa fortune, que les traitants lui disputaient ^ pour faire gémir sa plus noble poésie. L'éloquence de Pelissbn oublia qu'elle était calviniste pour éclater à travers les murs de la Bastille. Madame de Sévigné oublia sa réputation qu'on attaquait ^ pour accourir à notre Arsenal, où siégeaient les juges, et rendit par un de ses regards ^ le courage à l'accusé. — Pomponne pai-ut oublier son protecteur. — Pas une ligne dans l'histoire n'atteste sa reconnaissance. Le poète, le sectaire, une femme ont élevé la voix ; le Jansénisme s'est tu, ,
Nous nous trompons, il éleva la voix par la bouche du grand Arnauld. Ce fut pour renier le ministre disgracié : «Quelle raison aurois-je, » écrit le célèbre docteur, qu'on accusait de faire pour l'ami de sa famille quelques-uns de ces éloquents factums que composait Pelisson derrière les guichets de la Bastille ; « Quelle raison « aurois-je de m' intéresser dans la cause d'un homme (( que je sais avoir plus contribué que personne à em- « pêcher que le parlement ne me rendit justice dans « l'affaire de la censure *? que je sais avoir pratiqué des « voix contre moi, par des gratifications qu'il a faites à (( cette condition, et qui a été cause par là de ce qui me
^ Opuscule inédil de La Fontaine, Mém. de Coulanges, p. 451k 2 Jife'wi, de Bussy-Rabutin, t. n, p. 53.
' ^ Lettres de madame de Sévigné, t. i, p. 77. ' '« La censure de Sorbonne sur la seconde lettre à M. le duc deLiancourL *{Mém, de Fontaine, t. ii, p. 27. -rÇft Lanière, Vied' Arnauld, U i, p,437, et pins haut, 1. 1, p. 53, n. 2.)
« doit le plus affliger; qui est que tant de savans doc- « teurs sont, à mon occasion, exclus de la Sorbonne, où « ils pouvoient servir très utilement TÉglise et l'État ^ » Ainsi, chez ce frère de d'Andilly, les obligations de famille s'effaçaient devant les intérêts de secte. — Chez Pomponne, la crainte, sans étouffer la reconnaissance, semblait mettre celle-ci à la gêne. « Je vous écrirai mer- « credi » , lui disait madame de Sévigné dans une de oes admirables lettres où chaque soir elle consignait tout émue les bruits de la Journée sur son cher prisonnier. <( Au reste sL vous continuez à me tant plaindre de la « peine que je prends à vous écrire, et à me prier de ne « point continuer^ je croirai que c'est vous qui vous ente huyez de lire mes lettres, et que vous vous trouvez « fatigué d'y faire réponse. Mais sur cela je vous promets « encore de faire mes lettres plus courtes, si je puis ; et je « vous quitte de la peine de me répondre, quoique j'aime « encore vos lettres. Après ces déclarations, je ne pense « pas que vous espériez d'empêcher le cours de mes ga- (( zettes ^. » Et lofsqu' enfin Fouquet a la vie sauve : « Il « me semble par vos beaux remerciements que vous me « donniez mon congé; mais je ne le prends pas encore. Je
u prétends vous écrire quand il me plaira Notre cher
« ami est par les chemins [sur la route de Pignerol] ; il « k couru un bruit qu'il étoit bien malade. Tout le monde
« disoit : Quoif déjà ^ »
1 Œuvras du doct, Arnauld, 1. 1, p. 300, lettre cxli, de 1662. La famille Fouquet répara d*ailleurs bien amplement, aut yeux même d^Arnauld, les loris que ce docteur attribuait au surintendant. Le frère de celui-ci, évêque d'Agde, et son fils le P. Fouquet, Oratorien, furent de fermes appuis pour le Jansénisme. (Cf. Cerveau, NécroL, 1. 1, p. 2^0, t. iv, p. 6 ; Nouv, ecclés. du 25 juillet 1733 et du 6 octobre 1734, etc.)
2 Lettres de madame de Sévigné, l, i, p, 7d.
3 Ibid^f p. i06.
106 LES FIL8 D'aHNAULD D'ANDILLY.
L'ancien protégé de Fouquet pressentait-il donc que son sang s'allierait un jour avec celui de Colbertf Non sans doute ; mais il entrait dans la voie mesurée qui devait amener ce résultat. — Son rappel en fut la première récompense. — Accueilli par la reine à son retour, et présenté à cette princesse par l'incomparable Bartillat ^ celui-ci niait devant elle que son protégé fût Janséniste (H l'était lui-même) : « Vous croyez bien, écrit Pora- « ponne à son père, que j'ai assez de politique, et que « j'avois asâez d'envie de ne me pas attirer une dispute, « pour ne pas le désavouer 2. » — Six mois après cette ehtrevue. Pomponne était ambassadeur '.
$ IV. D'Andilly modéré par Pomponne.
Un changement si prompt dans la fortune du courtisan révélait celui qui s'était opéré dans la conduite du fils. L'œil d'un père d'ailleurs n'avait pu s'y tromper; et c'est ici queRobert termine sesitf^moim, comme s' il sentait que sa propre darrière, prolongée de vingt ans sous un nom ejupruiité, vient de ne clore par la détermination (le Poiiipoiuie, Les ligncts qui en forment les dernières pages semblent tracées sous cette impression, qui s'y révèle avec ime légère amertume. « Je ne doute point (( que si mou fils rencontroit pour sa fortune des occa- (( siona aussi favorables qîic colles que j'ai eues, il ne s'en
t Voir plus liant, u i, p, d8, et t. ii, p. 59, 69, etc. .
2 Ml m, de (ouianges, p. 388. — <i G*éloit un si grand bonheur, et si « inespéré, de se voir rappelé dans les affaires, qu'on auroit accepte polir «cela des clioses bien plus difficiles.... Le roi fit connoitre à mon frère qu'il u avoit oublié tous ses soupçons, s (Mem, 4e tabbéÀrnauld, part, m, p. 77. )
2 « Il y avoit six mois qu'il étoit à Pomponne,... quand M. de Lionne lui « (écrivit de venir h Paris, où il lui dit :,„Jevous saluéfM, l'ambassadeur « de Suéde,,. » (i6t(/.^part. m, p. 73.)
CHAP. lY, ttCT. II. AUT. l, S I^- t07
a servit plus avaptageasémeDt que je n'ai fait. Hais il K faut que cbacuu oombatte dans ses armea, Personne « n*a plus que lui de cette ambition qui ne néglige rien « pour s'élever sws bassesse, par tous les moyens légi- « tlmes, ni ne s'accommode plus de toutes sortes dhu-
(I meurs Je n'ai jamais eu au contraire aucune am-
« bition, parceque j'en avois trop ; ne pouvant souffrir «i^ette dépendance qui resserre dans'deg bornes si n étroites les effets de l'inclination que Dieu m'a donnée « pour des choses grandes, glorieuses à l'État, et qui
(S peuvetit procurer la félicité des peuples ' n
Ce n'est pas notre faute si Robert, en parlant des autres, §e laisse toujours aller à parler de lui-même ; mais cette fois il en parle si curieusement que nous ne pouvons tronquer notre citation. « En cela, continue-t^il, je n'ai « jamais envisagé mes intérêts particuliers, comme je l'ai « assez fait voir, lorsque m' étant vu aussi bien dans l'es- (( prit de Monsieur, qu'on le peut être, dans un tems au-- (( quel on n'auroit pu s'imaginer qu'il ne seroit point ar- « rivé [au trâne]^ il ne m'est jamais venu la moindre « pensée d'en tirer autre avantage que la satisfaction... t( de contribuer, • . à le rendre l'un des plus grands princes (( ^i ait jamais gouverné cette monarchie, [Robert ne a pouvait se persuader qu'il n'eût pas fait l'éducation a d'un prince.] Ainsi je n'étois propre que pour un roi
t< qui auroit régné par lui-même * » à condition
qu'il l'eût élevé. L'aveu est précieux. Après avoir façonné le frère de^ Louis XIII, Robert aurait consenti à en être le Richelieu ; car // ne pouvoit souffrir cette dé-
i Mém.d*4rn, d^Àuditi^t f^rU i|, p. iH-
108 LES pas D'ARNAULD D'ANDILLY.
pendance qui resserrait dans des bornes étroites son in^ clination pour les choses glorieuses de l'Etat ^ On corn*-
^ Aobert avoue iktuichemeiit clans ses Mémoire (part n, p. 127) « qae nulle « autre fortune ne peut rendi*e un homme véritablement heureux selon le « monde, que celle des souverains... u ; et dans une lettre inédite qu'il écrit )e 26 juin i664 à M"** de Sablé : c Vous me pardonnerez, lui dit-il, la « pensée qui m*a toujours empescbé de pouvoir comprendre qu'il y ait une K autre condition fort souhaitable selon le monde sinon celle d'estre roy... » (Bibliot.RoyaUMy^^^ de M"* Sablé.)— Ne pouvant prétendre à en avoir la fortone, il se fait dire par Anne d'Autriche qu'il en- a le cœur : «Que pour- « rois-je faire de mieux [me dit la reine-mère], que de mettre le roy entre « les mains d'un homme à qui Dieu a donné le cœur d'un roi? » [Mémoire$i parL II, p. il9.)— -Aussi toutes les fols que les affaires l'y appelaient, Robert s'efforçait-Sl dignement, selon son expression, « dein^ttereperioitamprind- « pi$ (ibid,, part. 1, p. 123); n'y ayant point, dit-il, en ces sortes de choses « de plus grand défaut que de manquer à faire parler le roy en roy. » — Il s'y efforçait donc de son mieux, mais il parait que souvent il n'aboutissait à le faire parler qu'en Janséniste ; c'est du moins l'opinion qu'en aurait eue ^ Louis XIV, s'il feut s'en rapporter aux Mém, deBrienne, (t ii, p. 300.)— Mais peut-^tre ce langage entrait-il dans les nécessités du rôle d'un roi, tel que l'eussent compris les Jansénistes; car sans cela on ne comprendrait pa» trop ce que dit Saint-Cyran d'un de ses neveux, Arguibel, qu'il avait fait élever sous les yeux de Jansénius (Lettres de Jansénius, p. 3, 6, 13, 19, 2i, 28, 30). « Jamais, disait de ce neveu le célèbre abbé, je n'ai connu une « personne plus capable de gouverner un empire. » (Mém, de Lancelot, 1 1, p. 364.) — Ce génie supérieur est un de ceux qui, selon les ennemis de Saint-Cyran, avait été élevé par Jansénius avec l'argent du collège de RfA- \Auàe.( Lettres de Jansénius,^, 3, 14*22, etc. Cf. M. Saîhte-Beuye, Por5- Roy ait 1. 1, p. 303. )— Quant au cousin d' Arguibel, Barcos, autre neveu de Saint-Cyran, élevé de même près de Jansénius, on sait que loin de pouvoir gouverner un empire, il ne put même gouverner Port-Royal (voir plus haut, 1. 1, p. 154) n. 2). Aussi sm oncle, qui l'avait d'abord traité en empereur (Mém, de Lancelot, U ii, p. 317), se contentai[t ensuite de dire avec une parfaite modestie : a Mon neveu de Barcos est a.ùssi savant que moi ; » ou bien : a Mon neveu mériteroit un évêché. » {Ibid,, i. i, p. 867.) — Saint- Cyran s'était d'ailleurs partagé ses neveux avec d'Andilly. Il ayait ponseryé près de soi celui «qui était capable de gouverner un empire, et avait donné à son ami le courtisan, celui qui méritait d'être évêque. (Ibid,^ p. 364 et 368 ; voir p'ui haut, t. ii, p. 2it)— Dans l'octroi de cette dernière faveur, il parait que d'Andilly avait eu le' cardinal de Richelieu pour concurrent. (Ibid,) C'eût élé toutefois le cas ou jamais, pour Saint-Cyran, de faire apprendre à ses neveux comment on gouvernait les empires, quitte *
GHAP. IV, 8EGT. U, ART. I9 S IV. 109
prend dès lors que son jugement dérive un peu à Tépigramme lorsqu'il pafle d'un fils pour qui il avait rêvé les mêmes destinées, mais qui s* accommode de toutes sortes (f humeurs, et borne son ambition à devenir le collègue de Colbert. .
Et cependant, le jour où lui échut cette fortune, le cœur du vieillard se fondit en joie. On le vit reparaître à la cour, tomber aux pieds de Louis XIV et embrasser les genoux du monarque. Il faudrait lire dans nos papiers, si M. de Monmerqué ne l'avait publié/, le récit que l'heureux solitaire fait de sa visite au grand roi, qui, après avoir comblé le fils de faveurs, comble le père d'attentions, achevant les joies du portefeuille par les délices d'une corbeille de fruits envoyés de sa. table.
à les leur faire gouverner plus tard au profit de ses idées.— Il est vrai qu*en .cela Pabbé avait pu croire ses enseignements aussi efficaces* et plus sûrs, que ceux du cardinal. Simple clerc et prisonnier, il avait, sous les yeux mêmes de celui qui le tenait captif, constitué au sein de TÉglise gallicane une république qui devait lui survivre ; tandis que son rival, ministre tout puissant et cardinal, n'avait pu, dans cette même Église, se constituer une monarchie qu*il eût gouvernée avec le titre de patriardie* (Cf. Hersent, Opiatuê Gallits, de cavendo êchismaie ; Dupin, HisU ecclés, du dw-teptiéme siècle, 1. 1, p. fi?4; Méru'de Lancelot, t. i, p. 76,157, 186, etc.) — Il faut avouer cepttdaiè que ce rival^ ce rebelle de Richelieu dans l'ombre, comme Tap- )>elle M« 'Sainte-Beuve (I^ort^Royal, 1. 1, p. 301), ne parvint lui-même à i-égd^e- qu*une partie dès projets qu'il annonçait à d'Andilly dans cette lettre confidentielle : « Je n'ai pas moins un esprit de principauté que « les plus grands potentats du monde««« Dieu ayant proposé un royaume a en prix à tous les hommes, j'y prétends une part Cela iroit bien loin s'il a n'étoit après dix heures de la nuit, etûje n'avais peur de parler en vain a en voulant inspirer par mes paroles un désir de royauté dans l'esprit d'un « ami que je ne puis bien aimer à ma mode, s'il n'a une ambition égale à m la mienne, » (Ibid^y^he début de cette note prouve queSaint-Cyran n'arai/ point parlé en vain, et qu'il avait pu^ éft toute sécurité de conscience, aimer son ami d sa mode.
1 Mém. 4(rCouÙÊiifMS, p. 436. «-^CC Mém. de f^abbé Amauld, part, m, p. 124* • r ^
110 im» ^aë b'AlNAULD I^ATOILtY.
et présentés à Robert pur ta Qu^itinie. La Quintmie 8*inclinant devant Robert I La Pomone < de Chantilly, de Vaux, de Rambouillet, de Versailles et de Seeaux ren-r dant hommage au Vertumne de Pomponne ! Quel instant pour celui-ci 1 quel orgueil pour ses greffes! et quel roi que Louis XIV I 2
Le Janséniste faillit en oublier Port Royal. C'était le 2 septembre 166ft qu'une lettre du roi l'en avait éloi** gné ' ; depuis lors, cette sœur du grand Condé, la du** ehesse de LonguevlUe^, qui transmettait maintenant aux moralistes austères les sympathies qu'elle accordait ja^ dis au célèbre auteur deBMaximes ^ avait obtenu poturle Jansénisme cet édit de pacification dont nous avons déjà parlé [28 octobre 1667]. Les solitudes de Port-Royal s'estaient repeuplées^. — Robert n'avait point quitté Pomponne ^ — A cette époque même [1668], son fils achevait de remplir avec bonheur sa première ambassade ^. On eût dit que ce succès avait converti le vieillard à la modéra-
1 Pamona in a§to VenalienâU Quintinio reghrwn horiorwn culture « prctfecto, » (PoèiDQ de Santeail, en tôle do Tédltion de i7i6» de I'/imtruetian pour lei Jardina.)
2 Quel homme auiti que ce La Quintinie» qui en tète de aon iHêtruction »ur les Jardins (préf. p. 8) met ces paroles ; a Nous a vogs beaucoup dtobU- « galion, non seulement à d'anciens auteurs,... mais ëicofe A quelques « modernes... et surtout à quelque personne' de jqualllé émioeDle LM« A»- « nauld d*AndU)y ], qui sous le nom et luf ]§s Mémoires du femeux curé « d'Ënonville, ont si poliment écrit de la culture des arbres fruitiers. Ce c sont eux, dans la vérité, quinous ont donné le» prémiéru vues des pWn- « dpaux ornemens de nos Jardins,., »,
» Mém. de d'Ànditty, part, ii, p. 45S i Toir plus haut, 1. 1, p. 119. 4 Mém, de Fontaine, t ii, p. a76-«S86. ♦
& Tout le monde eonnalt les relations de M"« de LoofatviUe M du duc de La Rochefoucauld.
6 Nécrol, deP. R., préf., p. 46, etc.
7 D. Clémencet, HisU de P, IL, t. vu, p, 156. • * Voir V Appendice, noie O bis.
CHAP. IV, êECT. n, ART. I, 8 ÏV. 411
tion, ou qu'au déclin de sa carrière, écarté de sa route, la sollicitude lui faisait suivre pas à pas celui auquel si longtemps il avait servi de guide.
Et puis, ne pouvant devenir Tinstituteur des princes, il l'était devenu de ses petits-enfants ^ Durant les absences du diplomate, c'était liii qui \eh surveillait, qui les dirigeait et qui frappait leurs tendres esprits de son empreinte. Par un charmant retour, le sien rajeunissait à la leur. Les tendresses de son ftme redevenaient pures d'ambition ; ses tristesses aspiraient au ciel. — Rien n'y éléVe mieux les pensées que l'enfance, si ce n'est le malheur. — Une fois déjà lorsqu'un double désastre avait frappé Je jeune ménage de son fils, qui, dans l'ejtil, perdait le premier fruit d'une récente union, il écrivait ces touchantes paroles : ^ « Que vous puis-je dire, touchant « nostre pauvre petite, que ce que vous me dites tous rdeux, puisque tous nos sentimens sont les mesmes ? « Mais en vérité, ma très chère fille, car c'est plustost à (( vous qu'à mon fila que je dois m'addi*esser en cette « rencontre, quelque grande et quelque juste que soit « vostre douleur...., une faveur de Dieu que vous ne « sçauriez trop reconnoistre, c'est qu'il ait voulu se ser- « vir de vous pour augmenter le nombre des anges. . . ^ »
Avec quelle sollicitude le vieillard ne veillait-il pas sur les a^s que Dieu lui avait laissés, et comme il abritait doucement sous leurs ailes ses derniers jours ! Les lettres de son fils sont pleines de réponses à ses joies. Tantôt c'est un dialogue* entre l'aîné et M. Fra-
1 Le€lerc Vie édif, de P. R., U i, p. 360.
^ Le 28 octobre 1663.
* Cf. Le Clerc, Viêê tdif. </<î P, il., t, n, p. 366.
112 UBS FILS D'ARNAUiD D'AlfDILLY.
mery ^ [30 juillet 1667], « dialogue qui marque quel- « que chose » ; tantôt c'est un jugement de M. de Sacy, (( trop avantageux pour que l'amitié ne l'ait un peu es- (( blouy » [16 juin 1668]. Le fils est obligé de tempérer les admirations de l'aïeul, o^mme il en a tempéré les ambitions. — Mais l'aïeul s'en dédommage en admirant son fils.
Il reste dans nos papiers un singulier témoignage de l'extase naïve et profonde où le vieillard tombait devant les productions de ce fils bien aimé. Ce sont plusieurs cahiers du genre de ceux qu'on appelle au collège cahiers d'eocpressions. Ils sont écrits de la main de Robert, qui leur a donné pour titre : Belles manières de parler tirées des relations de M. de Pomponne • — M. Sainte- Beuve avait rencontré juste quand il accusait Robert d'avoir la passion des phrases 2. — Les manières de parler quç celui-ci trouvait si belles, il les destinait sans doute
1 [M. Wallon de Bealipaîs, directeur des petites écoles de Port-Royal en 1647] « avoit avec lui M* Lancelot.. et M. de Frameri qui fut dinsla (( suite principal du collège desGrassins... v (VU de Wallon de Beaupuis, p. 6A, 89. — Cf. Le Clerc, Vies édif. de P. fl,, t. iv, p. 124 ; OEuvres du docU Arnauld, t. m, p. 176, 206, 695.)
2 a Cette passion académique des phrases^ qu*il partage avec MM. de Balzac « et de Vaugelas. » (Port-Royal, 1. 1, p, 300.) Et cependant Robert refusa deux fois, à ce qu'il paraît,Phonneur d'entrer à T Académie française! (M. Sainte- Beuve, PoH'Royal, t. n, p.567)! Mais en revanche sa famille s'efforça de faire créer toute une académie, celle que Ton nomme maintenant des sciences morales et politiques^ et qui alors se fût appelée des sciences tkcologiques^ (Petitot, ilf<^m.,2«sérîe, t. XXXIII, p. 218.— Sans doute qucla famille ArnauM avait fini par méditer et par goûter ce passage d'une lettre deRacineà Nicole : «Ohl que le Provincial [Pascal] étoit bien plus sage que vous! Voyez « comme il flatte l'Académie, dans le temps même qu'il persécute la Sor- « bonne. » (Œuvres, t. vi, p. 16.— Cf. plus haut, 1. 1, p. 5, n. 1, et p. 96, n. 2.) Dès cette époque d'ailleurs l'Académie française aurait eu, daus la création projetée, un sujet d'émulation et l'espoir de recruter dUitiles a*tiliaires. (Voir Œuvres du doct, Amauld, t. iv, p. 125, leUre mxciv.->
CHAP. IV, SECT. n, ART. I, § IV. 118
à former le goût de ses élèves. En cela il se montrait conséquent; c'était le vrai moyen de leur donner le style de sa maison *.' Pomponne, qui a conservé ces cahiers, sans doute par respect pour les admirations de son père," y met sa modestie à Tabri de cette note autographe qu'il ajoute au titre : Rien d intéressant ^. Une f!iemblable condescendance du diplomate pour lesgdùlade son père était d'ailleurs du nombre de celles qui ne pouvaient compromettre sa fortune.
Il en était de même des goûts du vieil horticulteur pour les jardins de Pomponne. — Après les petits enfants, les jardins occupent une grande place dans la correspondance privée du diplomate, les jardins et les constructions; car l'architecte du roi s'était chargé de restaurer le château de l'ambassadeur, et M. de Monmerqué a déjà publié la lettre où Pomponne se félicite de voir le rival de La Quintinie entrer en collaboration avec Mansard ^. C'était ne pas déroger.
Au milieu de ces douces. occupations cependant, « le ({ fantôme du Jansénisme, à qui, selon les expressions « de Robert lui-même, rien n'est impénétrable, qui court « toutes les provinces, qui passe et repasse si souvent « les Alpes*,» ne manqua pas d'apparaître plus d'une fois jusque dans "les vergers de Pomponne. Le vieillard et son fils lui furent un accueil toujours discret, et parfois public lorsqu'ils le purent sans danger. — Ainsi avant
' 1 Voîr'plus haut, 1. 1. p. 19, n. 4.
2i&^ amour-propre d'ailleurs avait d& être agré^Uement surpris à la yue de ces çaliienisi sa modestie n'était pas feinte dans la lettre qu'il écrivit à son père, en lui envoyant la première des relations dont ils offraient l'extrait. (Mém, de Coulange», p. 417.)
s Mém, de Coulanges, p. 406.
4 Mém, d'Arn, d'Andilly, part, ii, p. 134.
CHAP. IV, 8ECT. n, ART. I, S î^- H'
lettre charmante de madame de Pomponne à son mari« lorsqu'en revenant de Hollande elle lui rend compte de l'état où elle a trouvé ses chers enfants et leur instituteur : « Paris, ce 27 aoust 1671, Me voylà revenue de (( Pomponne... et je'suis sy plaine de la joye que j'û K eu de voir nos anfans, que je doute sy je te pouré a bien expliquer comme ils sont. J'ay esté sy surprisse « de les voir sy jolis et sy embellis, que je ne les ay pas « reconus. Pomponne est fort creu ; mais Toinon ^ l'est « en un point que vous ne le sauriez croire. Nous eusmes «tout le plaisir d'abord; car Lolotte^, madame de « Monchi' et moy, nous nous mismea tout d'un rang, « et mon père, et mon frère de Lusancy, leurs demandè- « rent à tous deux où estoit leur chère mère? Il y avoit u deux jours que Toinon estoit fort en peine qui luy di^ « roit qui j'estois, et comment il me conoisteroit. Pour .(( Pomponne, il disoit qu'il me conoisteroit bien. Après (( avoir bien demandé à Toinon sy il ne me conoissoit « point, et, luy, avoir dit plusieurs fois que non ; Pom- « ponne ne se pust plus tenir, et vint se jeter à mon cou, « en me disant : Cest vous qui estes ma chère mère l « Toinop en fit autant, et tu crois bien, mon cher amour, « avec quelle tandresse je les embrassai tous deux ; je « t'assure que jamais l'on n'a eu tant de plaisir que
1 AntoioeJoseph, plus lard chevalier de Malte. — Voir plus bas, chap, t, secU III.
. 2 M"« Chai*!oUe Ladvocat, plus lard M** de Vins, sœur de M»« de Pûropqnne. (Lettres de madame de Sévigné, i, iv, p. 67, 88, 94, etc.)
Sans doute Marie MoIé, mariée comme M"* de Pomponne en 1660. Elle avait épousé Georges de Moucby, marquis d'H6cquincourt ; elle mourut en janvier 1694 (le P. Anselme ^ t. vi, p. 574), et fut mère de Geneviève de Monchy,.qui épousa en janvier 1.695 Antoine.de Pas, marquis de Feuquières. (Ibid,, t. vu, p. 558 ; Méni, de Feuquiéres, U i, vie, p. cuxii.) II. ' 9
« j'en ay eu dans ce moment. Tout ce que je te puis « dire, c'est que Ton ne peut pas trouver deux plus jolis « anfans. Toinoft paroist effectivement un anfant qui « promet beaucoup : il est sage naturellement, et n'a- «prand rien ancore, hors des vers, pour luy former la « mémoire. Pour l'aisné, M. de Sacy que j'ai mesné à « Pomponne, me paroist très contant.de ses estudes, et « m*a dit qu'il vous en escriroit. — C^est assez vous « parler des anfans. Il faut revenir à ton père. Je Tay « trouvé en très bonne santé ; mais le visage beaucoup « plus vieilly et tiré. Il est plus pallé. Il est aussy beau- « coup plus sourd ï ; il ne marche pas tout à fait tant, (( quoyque ce soit avec autant de force. J^ay trouvé que « deux ans et demy font beaucoup sur un hoinme de son « âge. Il m'a fort entretenu de toute chose, surtout de « la résolution qu'il avoit prise de demeurer avec flous. « Ce n'a pas esté sans peine, car l'on a fait tout ce qu'on « a peu pour l'en destourner ; et nous avons toutes les (c obligations du monde à ma p. mère et à Clément 2";
* et il/cm. de Vabbé Arnauid, part, ui, p. 470.
2 Nous pensons qu'il est ici question de M»» Hippolyte Clément, et d'une personne de sa famille. Cette dame, jadis tburièrê dé Port-Royal-des- Champs (Guilbert, Mém. chron,, t. m, p.' 130; NécroL de P, R,, p. 17), s'était retirée à Pomponne en septembre 166^ avec d'Andilly, qui écrivait à M*"* de Sablé le 24 du même mois : « Je travaille autant que je puis à « establir mon petit ménage ; et c'est une chose incroyable que ce que « M"« Hypolite fait pour cela. Je seroîs perdu sans elle... L'une dâ plus « grandes peines de mon eiil, est qu'il m'oste l'errance d'avoir, tant qu^ll « durera, la joye et la consolation de vous voir. » (Biblioth. du roi, layette de M»« de Sablé.) — Le 23 janvier 1668, d'Andilly écrivait à sa fille Angélique de Saint-Jean : c Je vous écris ceci sans lunettes, encore que je « touche à quatre- vingt ans, et tout le reste va. à proportion. Maïs y prenant « Tinlérôt que vous y prennez, vous devez, aprës Dieu, en sçavoir gré à c M"** Hypolite, qui me décharge de telle sorte de tons soins que je n'ai « ù penser qu'à mon salut, et à employer mon tems le mieux que je pois. »
CHAP. IV, BE€T. II, ART. I, S 'v. 119
« car la première, quelque presse qu'on luy ay faite * « pour parler à mon père, elle a toujours 'dit que nous « et nos anfans luy estions aussy chers et mesme plus (( que une comunauté, qui pouvoit trouver bien «['au- « très consolations que nous; et que d'oster nion père a de nos bras, c'estoit nous faire trop de tort de toute « manière ; que tout ce qu'elle pouvoit faire, c'estoit t{ d'estre neutre, sans rien dire, et se disposer à suivre « mon père en quelque lieu [où il prendroit résolution jd de^ demeurer. M. de Sacy, mon frère, et toutes les re- « ligîeuses sont bandés contre elle; [Si l'auteur des Pro- « vinciales avait été Jésuite, ou que les Jésuites eussent (( eu quelque homme de génie pour leur écrire des Pro- « vinciales!^'] et dissent qu'elle en est cause. Mon père « a offert à mon frère [qui habitait Pomponne avec lui] « de le laysser aller sy il vouUoit ; mais qu'il ne se pouce voit pas résoudre à voir despérir une terre qui estait « en sy bon estât par tous les soins que l'on y a pris, et « que puisqu'il y a pris tant de peine, il veut aller jusqu'au « bout ; que dans le temps que vous faites tout ce que « vous pouvez pour vos. anfans, il est bien juste de vous
(Le Clerc, Vies édif., 1. 1, p. 360. — Cf. t. iv, p. il7 et 186.) t J'ai dit «quelquefois ici [à Pomponne] en voyant les assistances queM*«Hîpc polyte rend aux panvres, que fli j*avoi6 une sœur, je la iiebdroii mille fois « plus heureuse et plus honorée de feue ce que fait ici M"« Hjppolite, que « si elleayoit la qualité de duchesse. » (LeUre de Sacy, du 24 janvier 1688, Le Clerc, Vies édif., U iT, p. 516.)
^ V L*enjouefflent de AÏ. Pascal a plus tml à yotre parti que tout le se- « rieux de M. Arnauld. » (Raeine, Leîirt A Nieoie, Œuvres, t. tj» p. 95.} Port-Royal le savait aussi bien que Radae, et v<^là pourquoi, lorsque celui-ci attaqua Nicole et ses amis» par dent lettres qui, à notre i^is, TàlMt bien les Provinciales, tout le parti sMnterposa pour apsdser cette .voli vengeresse (ibid., p. 81) q«i| avec qu^qoes paroles de plu», eût détruit tout rouyrage de Montalte.
120 lES FILS D'ARNAtLD D'ANDILLY. .
« segonder, et de faire icy ce que vous ne po^vez faire de « sy loing. J'ay fort parlé à mon frère, et il ne me paroist « pas contant. Je peus dire mesme qu'il m*a receu avec i bien du froit. J'en ay parlé à madame Hipolite ; elle « dit qu'il ne faut pas s' an estonner, €t qu'il ne lais- « sera pas de faire toyt de mesme pour nos afaires. Je « ne croy p^ qu'il veuille quiter mon père ; mais il va tt très souvent à Port-Royal, et il y demeure quinze «jours, trois semaines, un mois dé suitte.... Vous le « trouverez fort changé, car il se tourmente en un point n que cela ne se conçoit pas. — Pour Clément, c'est un
(( trésor »
Le vieillard avait-il résisté à cette conjuration d'une moitié de sa famille contre l'autre? Ses petits-enfants et ses aibres l' avaient-ils emporté, ou bien des conventions secrètes avaient-elles ralenti les poursuites de Port- Royal? Nous ne saurions le dire. Mais s'il, avait pris des engagements, le solitaire choisit avec une rare habileté l'instant de les réaliser. — Dans une tentative pour laquelle il avait été impossible d'agir sans le consulter, on avait placé les deux plus 4gés de ses petits-fds au collège ; mais l'essai avait mal réussi, et dès le mois de mars 1673 ces enfants étaient rappelés au sein de la famille ^ Peu après, leur père, au comble de la faveur, avait suivi le roi au siège de Maëstricht 2. Tout à coup, le 25 mai 1673, le vieillard disparaît de Pomponne ^ Il y laisse ses élèves
1 Lett. inéd, des FeKquiéres, t. ii, p. 110. Ib y avaient rejoint leurs deux plus jeunes frères restés près de d'Andiily et de leur mère (ibid),
2 De Quincy, HUt milit. de JUmU XIV, 1 1, p. 849 ; UtU inéd. des Feuffuiéres, t. ii, p. 178. — Pomponne ne rentra chei lui que ycrs Noël 1678. (Ibid., p. 243.)
^ Guilbert, Mém, hUU et chron. $ur P. /{,, t. i, p« 575 { Lett. inéd, des Fevquiéres, t. ii, p, 280.
CHAP. IV, SECT. n, ART. I, S ^V. 121
sans maître, leur mère sans conseil ^ 11 espère sans doute par ce coup d'état ressaisir tout son ascendant. — Dloclétien n'est pas le seul jardinier qui ait regretté l'empire! — Son fils allait probablement le supplier d'abord de revenir, puis sur son refus consentir à lui envoyer ses petits-enfants, ses chers élèves.
Mais le fils, inflexible dans sa circonspection, lui écrit ces lignes désespérantes : «Du camp de Mastrict, ce 13 « juin 1673..... Je prens part à la satisfaction que vous « trouvez au lieu où vous estes , et de celle que vous « tesmoignez de mes filles. Elles gagnent à la perte de
«leurs frères » Le pauvre vieillard est navré, et
cependant il continue à feindre un grand contentement. Il n'ose se plaindre de son fils, et se plaint à mots couverts de sa bru. Puis tout à coup son cœur éclate: il demaùnde, ce qu'on ne lui offre pas, ses chers petitsenfants. « Je prens grande part, lui répond son fils, du « camp de Mastrict, le 18 juin 1673 [cinq jours seule- « ment après la lettre précédente?], je prens part à la « satisfaction que vous me marqués de vostre nouvel « establissement, et vois avec plaisir la justice que vous « rendes à ma femme sur vostre sujet. Elle ni'a tesmoi- « gné sur vostre départ les mesmes sentiirjens qu*elle « vous "a fait paroistre. — ^Vous croyez bien que souhaît- « tant au poiïit que je fais à mes enfaiis ime éducation « aiissy avantageuse que celle que j'avois espéi'é qiï ilz « tfbtiveroient auprez de vous, je verrois avec bien du « plaisir qu ilz pussent retrouver le bien qu'ilz ont pertln. « C'est sur quoy il m* est difficile de vous dire mes sen-
1 II paraît môme qne Robert avait profilé d'un voyage queM"»« do Pompo:ipc avait fait à Paris, pour quitter leur résidence commune. (Leit, incd. des Feuquiére», t. ii, p. 156, teUre du 18 mal 1673.)
122 UB8 FILS D'AKNAULD D'ANIULLY.
« timens, et ce que je pense de la proposition sy obli- « géante que vous m'en faittes. Les voilà présentement « establis à Pomponne, et ilz y passeront Testé, au moins « la plus grande partie, avec leur mère. Cependant je « vous suis infiniment obligé de la pensée que vous avie? (c eu pour eux, et vous en rends trez humbles grâces. (( Vous croyez bien que je ne leur souhaitterois rien (( d'avantage qu'une demeure semblable à celle de Vau^ <i mûrier, et, qu'à choses esgalles, je la préférerois à « toutte autre. Je veux espérer qu'ayant autant de désir a que j'ay de les bien eslever, Dieu bénira ma pensée, « et p^ pourvoira, n
Cette lettre, dans notre recueil, est la dernière de celle» quft Simon adresse à son père. Un an après, Robert était mort; mort à quatre-vingt-cinq ans, sans avoir vu fïaliser son dernier vœu. — Hâtons-nous de le dire cependant. Pomponne, par un de ces tempéraments qui ramenfiùent l'équilibre entre son affection filiale et sa prudence paternelle, avait adouci les suprêmes instants du vieillard. --rNe pouvant lui confier à Port -Royal l'éducation de ses fils, il les lui avait envoyés pour y passer leurs vacances ' ; attention pleine de délicatesse envers l'aïeul dont r hospitalité devenait une récompense, pleine d'habileté à l'égard des jeunes étudiants pour qui le séjour de Port-Royal devenait une fête. — Les calculs du courtisan valaient bien ceux du solitaire. — Mais la mort les déjoua, et transforma la fête en deuil [27 septem- bre 1674]. En même temps, il est vrai, elle transforma
le deuil en liberté. Depuis lors Pomponne ne conduisît
1 Besoîgne, Hiit, de P, R., U ii, p. ^98. U' partit qu'Us avaient mérité ccUe récompense par des succès de collège. ( Voir la lettre du 5 septembre 1674) Lelt, inéd. des Fâuqmiéret, t. ixr, p. 36i)
CHAP, IV, SECT. U, AAT. U, S I* i33
les siens à Port-Royal que lorsqu'ils n'eurent plus rien à craindre du pouvoir, après leur trépas ^ Sans doute il espérait ainsi faire glisser inaperçues, quoique vivaces, ses propres sympathies sous le linceul.
ARTICLE U
Pomponne après la mort de son père* S I* Disgrâce et faveur.
Pomponne avait pu, jusqu'à un certain point, dissimuler ses propensions. Mais il était une chose qu'il ne pouvait ni ne voulait sans doute dissimuler : c'était son nom ; de sorte, dit madame de Sévigné, que sa signature lui était un crime K — Sa signature toutefois était tolérée depuis huit ans, pendant lesquels elle avait figuré au bas des actes les plus importants et les plus glorieux de la monarchie ; et rien ne semblait menacer sa fortune. — La . disgrâce l'atteignit cependant; et, chose étrange! elle sembla lui venir par la seule des passions de son père
1 Eu 167611 y avait déposé les restes d'une de ses filles, Catlicniie Angélique, morte le 12 avrit^de cette année. (Guilbert, Mém. chron, deP, A., t. Ti, p. 292.) En 1684, î était dans la disgrâce lorsque Sacy mourut à Pomponne. Il paraît qu'il voulut s'opposer à ce que les restes du défunt fussent transférés à Port-Royal. (Le Clerc, Vies édif. de P. /?., t iv, p. M.) Rien ne pi^uve, sinon une assertion de Besoigne [Hist, dé P, R., t. ii, p. 593), qu'il s'y soit trouvé aux obsèques de sa sœur Angélique de Saint- Jean, et à celles de Luzancy, son frère, morts la même année. Mais lorsqu'il fut rappelé au pouvoir, et ceci est à sa louange, moins pusillanime, il y. fit célébrer un service pour son fila le chevalier de Pomponne, mort en novembre 1693, et assista en 1695 au service qui y fut célébré pour le docteur Arnauld* (Besoigne, ibid* et p. 594; voir aussi (guelfe, Retraite d'Arnauld, p. 1.)
2 Lettres de madame (le Sévigné, t. vi, p« 32, 25, 3$i, ûG^ fig»
t2ft LES FILS D*ÀRNAULD D'ANDILLY. •
contre laquelle il ne s'était pas mis en garde, à laquelle même il avait cru pouvoir s'abandonner sans danger; par l'amour de ses jardins et delà campagne. — Le secrétaire d'état préférait trop souvent Pomponne à Versailles '• — Le 2 septembre 1679, il avait scellé à Fontainebleau le dernier acte d'accession au traité de Nimègue, celui de la Suède et du Danemarck ^; puis il avait profité de la paix générale pour se do)mer quelques jours de repos à JPomponne. Il y reçut un courrier qui lui annonçait l'accueil fait, par la cour de Bavière, aux ouvertures de Louis XIV pour le mariage du grand da'upfain, C'était le jeudi 16 novembre 1679. Un dernier rayon de-soleil, quelques plantations peut-être firent que le ministre employa deux jours à déchiffrer ses dépêches. Le 18 novembre, lorsqu'il se présenta pour les remettre, ce fut Colbert qui les reçut et qui lui transmit en échange l'ordre d'envoyer sa démission '. Louvois avait le plus contribué à ce dénouement. Colbert en profita. Croissy, frère de celui-ci, reçut le portefeuille des affaires étrangères.
Louvois ne pardonna jamais à Pomponne de n'avoir pu le dépouiller. La mort seule mit un terme aux rancunes de cette ambition déçue. L'exil en avait mis un autre aux goûts trop vifs de Pomponne. pour la campagne. Louvois mort, Louis XIV rappela l'exilé dans le conseil, mais en lui témoignant le regret de ne pouvoir lai
1 Cf. Lett, inéd. des Feuquiéres, t. m, p. 844, et t. nr, p. 196, 210.
3 Act. et Ménim dés négociât, de la paix de Nimêgue, t iy, p.* 558 ; Disdier, Hist» de la paix de Nimègue^ p. 324, etc.
» Voir ^ém, 4$ GQUKville, t. ii, p. 327 ; Te9t€un. potitiq. de Cçlbert, p. S75 '^tJtiTes.de madame de Sévigné, t. Ti, p. 25, 35, 59, 62 ; Mémi inéd. lie Louis de Menne, JU fi, p. 268.
restituer son portefeuille, et la crainte de Ten voir mécontent ^ En sortant de Taudience du roi, Pomponne se rendit chez Croissy, Theureux détenteur de ce portefeuille, et lui demanda son amitié, Robert, s'il eût vécu, aurait pu s'écrier, comme autrefois dans ses Mémoires^ que son fils ê accon^odoit mieux que personne à toutes sortes d'humeurs; mais il s'en serait consolé sans doute par le succès que recueillit une conduite si sage. Non seulement Pomponne obtint de Croissy l'amitié qu'il demandait, mais lui, dont le mariage avait été l'œuvre de Fouquet, il maria sa fille à l'héritier des Colbert, au marquis de Torcy 2, fils de Croissy môme, dans l'héritage duquel se trouvait compris le portefeuille des affaires étrangères.
Ainsi la modération de Pomponne ressaisissait ce préeieiix portefeuille à travers une amitié et tm mariage ; et, chose bizarre ! comme si la fortune eût voulu conduire jusqu'au bout un capricieux parallèle entre la conduite politique du père et celle du fils, celui-ci eut à diriger la carrière de son gendre au début, comme jadis Robert avait dirigé la sienne. Le roi voulut que le jeune ministre fleshaffaires étrangères ne travaillât que sous le contrôle de Pomponne; et non seulement l'heureux négociateur "qitijadis était descendu dans la disgrâce sur les trophées de Nimègue mourut cette fois au pouvoir sur ceux de Riswick; mais son gendre s'y maintint jusqu'à la Régence. — L'héritier de tant de grandeur retrempée à tant de sa-
1 Mém. de SainUSimon, t iv, p. 167.
3 Le mariage eut lieu, par ordre du roi, le 13 août 1696, quinze jours après la mort de Torcy, qui était décédé le 28 juillet précèdent. La charge de secrétaire d'élat des affaires ^étrangères fut exercée en commuif par Pomponne et par son gendre. (Mém. de Saint-Simon, t. ir, p. 180.)
136 UES nu D'ABKAULD D'ANDILLY,
gesse, ne fut écarté que lorsqu'il devenait inutile ; après le règne de Louis XIV. . .^
Une existence aussi accidentée que le fut celle de Pomponne, où la fortune se i^leva sans cesse de chut^ en escarpements» ouvre dans sa correspondance des aspects Taries, mais non pas inattendus ; car il vivait dans un monde où Tétiquette réglait tout par avance, A cha^que revers, on prévoit le compliment de condoléance. A chaque succès, on est certain de la congratulation. Les tètes s'inclinent et se relèvent, selon les circonstances, et d'après un mouvement convenu. C'est en mesure que l'on monte vers la faveur i c'est en cadence que l'on bat en retraite après l'échec. Les plus illustres marquent le pas. Le prince de Gondé, les cardinaux de Bouillon, de Forbin-Janson, d' Arquien, de Bonzi (ce dernier avait été le plus âpre compétiteur, et se trouve le plus ardent complimenteur de Pomponne) ^ ; une foule d'archevêques et d'évêques ; les abbés de PoligQac et de Gondi; les maréchaux deBouflers, deVilleroy, de Joyeuse, d'Estrées, de Gréquy ; Villars, Tessé, Tallard, d'Humières, Ghamilly, Puisieux; les ducs de Charost, de Luxembourg, de Lavardin, de Gramont, d'Aumont,- de Coislin, dé Groy ; le comte de Béthune [Pologne]^^ eto», t*a , c'est à dire l'élite de la noblesse française ; ,«t parmi les potentats étrangers, le duc de Lorraine, l*éleqteur de Bavière, le duc de Holstein-Gottorp, Iç pjinca de Fuf^temberg, l'électeur de Trêves, Tekeli, le grand-duc de Toscane, le duc de Savoie, le prince de Monaw, le.priftce Lanti de La Rovère, l'ambassadeur de Venise; letc. , figurent
1 Cf. Mém, de l'abbé Ârnauldy part, jii, |h, lOlL ^ IbifL, p. 199.
GHAP* IY5 SBGT. U, A11T< Hi S U' iST
dans' cette partie de notre correspondance, où tout est banal, excepté la signature.
Parmi ces grands noms se glissent aussi parfois des noms plus obscurs; et pour ceux-ci, soit ignorance du protocole des cours, soit empressement bourgeois, soit crainte de multiplier Timportunité, la circulaire complimenteuse n'est pas seulement, comme pour ceux-là, une préface aux pétitions futures ; souvent elle contient la pétition même. Souvent aussi le compliment fait défaut; car les sujets de compliment peuvent ne pas se succéder sans interruption, — même dans une existence ministérielle. La pétition seule a ce privilège : elle est de tous les temp% Or, à travers- les louanges, et les suppliques qui se produisent sous leur escorte, se retrouvent plusieurs faits relatifs à la famille Arnauld. — Il en est trois surtout qui nous paraissent mériter quelque attention,
S II. Pomponne et la fomille Serrien.
D'întîmes relations 's'étaient établies entre la famille Arnauld et celle d'Àbel Serviett, l'habile négociateur du traité de Westphalie. Abel, qui avait acquis de l'amie galante, janséniste et friande de d'Andilly^ la terre de Sablé en Anjou, était étroitement lié avec l'abbé de Saint- Nicolas, depuis évêque d'Angers K D'Andilly, qui avait connu Servien investi de la faveur de Richelieu, et qui même à ce titre en avait reçu quelques services', saisît adroitement l'instant où une disgrâce momentanée confi-
1 Voir p'u9 Iiaul^;t: i, p. 178.
s « M. Servien... ftiisoit une étroite pi^fession d*amitié avec mon frère « Tabbé de SainltNicolas.' » (Menu d*Àm, d^AndiUy, part. 11, p. 123.) » mu., p. «3.
128 LES nLS D*ARNAtXD D'ANDOXY.
nait à Sablé Tancien favori, pour lui offiîr une amitié égale à celle de Tabbé son frère. Cette amitié, Robert y avait apporté d'abord Temportement qui, d'après l'expression de son fils Antoine, faisait ressembler toutes ses affections à de l'amour ^ Sertién, rappelé aux affaires^, n'eut point pour celles de Robert le dévouement emporté que celui-ci manifestait pourra personne ' ; et leur liai-
1 Mém. de Vabbi Amauld, part, i, p. 64.— Le iS mai 1643, Robert écrit à Senrien (Lettres, p. 409) : t Je ne puis plus m*empèeher de ?<ms déc couvrir une pensée dont je me sens pressé il y a. longtemps, et ^i n'est c connue que de Dieu seul. C'est, Monsieur, qu'estant détrompé au point c que je le suis de tontes les fausses aparences de bonheur..., et Vlnjustice b de la fortune vous ayant l&it ?oir par eipérience combien elle est eor c ncmie de la ?ertu, je dois espérer que tous n'aurez pas désagréable de « m'honorer d*une amitié qui soit à Tespreuve de tous les accidens du ■ monde. •• Cette proposition, vous ne sçauriez l'approuver, à moins'.de me c donner Tostre cœur en recevant le mien. » Et ailleurs (p. 179) : • Je «trouve [dans l'airection dont vous obligez mon frère^] son bonheur si c grand, que je cesserois d'estre sincère, si je n'avouois que je commence c d'en avoir de la jalousie. » Ailleurs encore (p. 383 j : c Je vous laisse à «juger combien je Uens mon frère heureux, daps la créance que.j'ay » qu'il n'y a personne qui ait plus de part tpie Uiy en vos bonnes grâces, « dont je vous avoue que jusques icy j'avols eu, bien que possible injuste- « ment, quelque jalousie... »
2 Robert (Mém,, part, ii, p. 123) prétend que ce fut à ses instances que Servlen dut son rappel ; mais celui-ci était l'homme du cardinal ^azarin, donl le choix, nous l'avons vu (t. i, p. 36), ne coïncidait pas toujours avec les VŒUX de Robert
^ « En rentrant dans les emplois et dans la faveur, je le trouvai... si « différent de lui-même..., que je renonçai de bon cœur àJ^ que je devoi$ « attendre de sa reconnoissance, » (Mém, d'Arn, d'AndiUyy^diri. ii, p. 124 ) Le secret du refroidissement de Servien ne se troifverait-il pas dans deux lettres, dont l'une précède, dont l'autre suit celle par laquelle Robert lui offre et lui demande son cœur. Dans la première Robert écrit (p. 405} : fi Vous voyez aussi clair que moy-mesme dans mes sentimens sur le sujet « de M. l'abbé de Saint-Cyran... Il se tient si honoré de la faveur que vous n luy avez faite, [en témoignant tant de joye de sa liberté],' que je ne puis tt assez vous dire jusques à quel point il la ressent: et je ne sçaurois mieux, « ce me semble, vous faire voir combien j'y participe, qu'en vous souKlUlaut n la connoissance et l'amitié d'un homme si détaché de tous les intérests
CHAP. IV^ 8ECT. n^ ART. U, g ^ ^^
son se refroidit. Mais cela ne rompit point Tamitié sur laquelle Robert avait greffé la sienne; Servien et l'abbé de Saint-Nicolas, devenu évoque, continuèrent à vivre dans une telle union qu'il en coûta au roi la ville d'Angers, surprise tandis que le nouvel éyêque était asccouru près de son ami pour le consoler d'ime perte de fapille^ — Servien mourut au pouvoir 2,
U avait essayé d'y faire participer son fito Auguptin Servien, abbé de Saint-Jouin-lès-Mame^, et deux de ses neveux, Hugues de Lionne, et Hugues Humbert Servien, abbé de Cruas et de Léoncel *• — Augustin Servien fut un de ces abbés spirituels, inappliqués, scandaleux, qui firent les délices des ruelles, la dési^lation de leur famille et la honte de l'Église. Il môiûiit cpmme il avait vécu, hors de propos, dans la maison d'un danseur, au moment où s'ouvrait la Régence ^.
Hugues de Lionne fut sans contredit l'un des ministres les plus habiles de Louis XIY. C'était lui que Mazarin à son Ut de mort avait désigné comme le plus capable de le remplacer aux affaires étrangères ^. Il fut en même temps pour la famille Àrnauld im constant et
« de la terre... »Rtdaa»]a.>econde lettre (p. 430) : «Nostre amitié ne seroit «r que Tombre de ce qu'elle doit estre, si elle ne se terminoit toute à Dieu. » Cette lettre, datée du 6 octobce [trois joyrs avant la mort de Saint-Cyran], est la quatrième et la dernière que Hobert ait écrite à Servien en 1643, C'est la dernière aussi qu'il ait imprimée, bien c|ue son recueil s'étendît jusqu'au 11 mars 1645. ' * "
1 Mém. de Vabbi Arnauld, part, m, p. 13, 22, 41*
2 Moreri, V Servien (Abel) ; Mém, de M***, coflect. Petilot, 2* série, L Lvni, p. 69. * • • ' ,
8 Gaék christ, t. n, col. 1377.
* Moreri, v* Servien (EnnemoiM), ^
B Mém. de Saint-Simon, U xix, p. 102 ; t. xx, p. 132 ; t xxvt, p. 238. « D'Auvigny, Vies des hommes illusU, L v, p. 469 ; Mém. de Choisy^ p. 118 ; Mém, de M"^ de Mottevilie, t^^ vi> pt 18» etc.
150 CES FILS D'AANACLO D'AUDIUY.
généreux ami^ C*e8t à lui que l'abbé de Saint-Nicolas dut la mission diplomatique qui le conduisit à Tépiscopat ; Pomponne son retour d'exil, sa première ambassade et jusqu'à son ministère. « Sur la fin de l'automne (( 16A5, écrit l'abbé Antoine, mon oncle, l'abbé de Saint- « Nicolas, reçut une lettre de M. de Lyonne, son ami très « particulier, qui lui mandoit de venir à Paris, et que « HL le cardinal Mazarin Tavoit choisi pour aller à
<rRome* i> — a II fâlloît être auUiit ami que M, de
« Lionne, dit encore Tabbé^ et aussi généreux que lui « pour oser proposer au roi, pour un des plus Importans « emplois qui fussent alors [Fambassade de Suède], un « misérable exilé [Pamponne] qui souflroit encore actuel- « lement les effets de sa colère. Mais il surniODla les crain- « tes qu'un autre auroit pu avoir dans cette rencontre, ne « considérant que l'intérêt de son ami, et celui du roi qu'il « crut que mon frère pourroit servir utilement '. » — Une seconde fois. Pomponne retournant en Suède, Lionne, qui par ordre du roi devait lui donner ses instructions, le chargea de les dresser lui-même. « C'est ici, dit Ann toine, un dés plus beaux endroits de la vie de M. de « Lionne. Des gens reconnoissans ne sçauroient assez le « publier pour en conserver la mémoire. Il porta au roi i[ ces instructions sans y rien changer. Sa Majesté les « goûta, et dit à M. de Lionne que cette fois il s'étoit surce passé lui-même... Pour une âme moins bien faite que « la sienne, ce discours auroit pu le piquer de dépit ou « de jalousie. . . Sans hésiter un moment : Il ne faut point,
1 a M. de Lionne qui en toutes occasions s^est montré de nos amis. > (Mém. de Vabbé Arnauld^ part. lu, p. 73.)
2 Ibid., part, ii, p. 3.
* Ibid^t part, m, p. 75,
cHiPi iT, 8EGT. n^ aut. n, %u. 131
c( sîre, lui ditril, imposer à V. M. C'est M. de Pomponne
« qui a fait ces instructions... — J'en suis bien aise, dit
« le roi^ c'est un homme dont on pourra se servir dans
w Toccasion. — Nous avons cru, et avec beaucoup d'ap-
f( parenceque ce fût là le premier fondement de la fortune
« de mon frère ; il en sera éternellement redevable à ce
« généreux ami^ » — A ce dévouement pour la famille
Arnauld Lionne unissait une vive sympathie pour le
Jansénisme. C'est lui principalement qui avait secondé
Madame de Ijongueville lors de la pacification de 1668,
« en se cachant surtout, tiit l'abbé Arnauld, de M. de
« de Péréfixe, archevêque de Paris, et du P. Annat, Je-
w suite, confesseur de Louis XIV ^. » On voit de quel
culte les Arnauld devaient environner le souvenir de
Lionne.
Un souvenir non moins cher se rattachait pour cette famille i, la branche des Servien dont sortait l'abbé de Cimfs. Madame de Saint-Ange, l'amie dévouée que d' Andilly avait associée à ses ambitions dans le monde, à sa retraite dans la solitude, à l'^docation de ses filles^ dans leur commun veuvage, avait laissé un seul fils dans le siècle ; et ce fils s'y était uni à la sœur de l'abbé Hugues Servien '• Au moment où la mort de Lionne compléta la fortune qu'il avait ébauchée pour Pomponne, dont le roi fit son successeur [1671], Hugues Servfen se trouvait à Rome chargé de négociations qui se rattachaient probablement à la pacification de 1668. Le négociateur y était investi du titre de caméper du pape.
^ Menu de l'tMé Àrkttuld, part, m, p. lîd.
2 76tU,p.Ô9. .^
* Métn, été Vabbé Arnàuid, part, ir, p. i4&« —Voir plus hattti 1. 1, p. IS, 197, 217 ; et plus Ms, chap. yi, $eet, ii, art, ù
132 LE6 FILS B'ARNAULD D'ANDItLY.
— En 1679, lorsque Pomponne était sur le point d'être disgracié, l'abbé de Cruas se trouvait toujours à Rome, négociant, à ce que nous pensons ', au sujet de cette querelle de la Régale, où le Jansénisme, habitué à une double opposition envers la papauté et envers la royauté, se trouva fort empêché ayant à choisir entre deux oppositions contradictoires ^ faites, l'une par Rome à la fiscalité de Lôuiis XIV, l'autre par Louis XIV à la suprématie romaine. — Or, après huit ans écoulés, le négociateur était toujours camérier du pape ; et cependant, dit Moréri, il avait rendu de grands services. Ces services, comme nous allons le voir, étaient même sur le point de le faire nommer auditeur de rote, ce qui devait le conduire au cardinalat 5.
Ce fut alors qu'éclata la disgrâce de Pomponne. Voici la lettre qu'à cette occasion lui écrivit l'abbé de Cruas : «Je (( me préparois, Monseigneur, à répondre à vostre der- « nière lettre du 17 novembre, 'Où vous me parli^ sur (( l'advis que je vous àvois donné sur un de vos parensS n quand par une lettre qui me vint par une voye plus
* On se rappelle que la querelle de la Régale 8*eiiTeoima jers 1678. 2 On sait que le Jansénisme sortit de cette situation embarrassante
succombant tour à tour, et sous le même pontificat [celui d'Innocent XC 1676-1689], .aux deux tentations ^ui le sollicitaient à la fois; faisailt A^ Topposition contre le roi dans raffà|re 4e la Régale [1678], contre Rome dans la célèbre Déclaration [4682] qiii fut la suite de cette quereltejgg datas Taffaire des Franchises [1687], qui la termina. ^ Voir d'ailleurs l^b^umé des raisons qui dictèrent au Jansénisme cette conduite, Œuvres éPÀmaMldt t. iir, p. 891, 408, 734, et jsaMim, dans Ja correspondance du célèbre docteur.
* Mém, d*Arn. d%i(dih^;ip2irU i, p. 68.
4 Nous ne ^irojrons ipièrc i|ue le docteur ^mauld à qui puisse se rapporter ce passage. Ce docteui^ comme nous Pavons dit plus haut (t. Hi p. 28}, yeqyS,t alors de qpiitei;J4& France, et nous verrons plus baLmém cHap., même sect, f 4r qu'iravait d'abQrd songé à se retirer à Romet j
eHAP. iVj 8EGT. n, ART. U, $ JL 13S
« prompte, je fus frappé comme d'un coup de foudre « de là nouvelle qu'on me manda. J'ay perdu mes once des qui estoient comme vous, Monseigneur, dan» le mi- «nistère; j'ay perdu mon père, j'ay perdu de tendres « amis et des personnes qui m' estoient extrêmement « chères; mais je n'ay de ma vie senti tant de surprise « et de douleur. Je say que c'est à vous, Monseigneur, <( à ftie consoler ; et que la force de vostre ame est telle H que vous^n' avez besoin que d'une partie de vous mesme. a Mais vos serviteurs ont besoin de vous, et moy surtout « qui suis l'homme du monde qui vous est le plus rede- « vable et qui vous a le plus aymé et respecté dans la n fortune , non pour vostre fortune, mais pour vous (( mesme. Mon malheur est que vous le connoistrez main^ « tenant, et je serois bien heureux d'avx)ir évité ceste «expérience. , Cependant, quelque douloureuse qu'elle c( soit, il la faut subir et s'accommoder aux ordres de la « Providence; si j'estois sur cela capable de consolation, (( je remarquerois comme tout le monde que vous en « sortez après avoir fait de très glorieuses ambassades et (( très utiles à Testât, après avoir soutenu le ministère « avec une intégrité parfaite, une fidélité sans relâche, « une modération et un désintéressement peu commun ; u après avoir soutenu la fatigue pendant la plus grande « guerre de la monarchie, après estre intervenu dans la « conclusion si glorieuse de la paix [de Nimègue], avoir (( eu un applaudissement général mesme dans la disgrâce « qui est une suite de la douceur de vostre humeur et « de la solidité de vostre vertu, et enfm avoir tiré dans « ce fatal moment des marques dé l'estime et de la gé- « nérosité de Sa Majesté. Mais, Monseigneur, que ces « consolations, qui sont grandes pour vostre réputation, II. 10
134 LES FILS D'ARNAlItD D'AHDlLtV.
« Beroieilt friîoles si je ne considérois que mon Intérett ! « Je pers uti protecteur, un père ; enfin je n'y puis pence ser sans une douleur inexprimable* C'est, MonseigtieQr, H Testât où je suis, qui ne me permettra pas si tost de « V0U3 fftire mes très humbles remercimens de ce que « vqus dites au roy sur le rectorat de Saint-Louis dans la « dernière audience que vous prîtes avant le grand mal- « heur qui m'est arrivé. J'ose m' adresser à vbus, Mon- (( seigneur, pour présenter cette lettre h madame dç « Pomponne à qui je suîs malheureux de n'avoir écrit « que dans cette occasion ; mais il est temps qu'elle « sache comme vous. Monseigneur, que ny vous ny elle, « de toute vostre maison n'avez personne dans le monde « qui soit plus attaché à vos intérêts et qui ait pour « vous un respect meslé d'une plus sincère tendresse' et {( d'une plus profonde soumission. J'ose voua conjurët* tt de me permettre de vous en assurer souvent, et de « vouloir me dispenser vos ordres et voâ conseils que « je respecterai tousjoUrâ autant que ceux de inon prot( pre père, n
Cette lettre si noble, si dévouée, si touchante dut se traduire dans la conduite de l'abbé de Crùas par des actes compromettants pour sa fortune, car lui-même fut disgracié ; et l'ancien protégé de sa famille. Pomponne, étant revenu aux affaires en juillet 1691 ^ il lui écrivit le 10 août 1696 :, « Monseigneur, je ne puis aprendre « ce qui vWs arrive à l'occasion de la mort de M. de << Çroissi ^, sans ttie doimer l'honneur de vous témoigner
« la part extrême que je prens à celle que vous aurez aux
* Voir V Appendice, note O bis,
2 Croissi laissait la place de secrétaire d'état à son fils le marquis de Torey ) non» âToni dit qtie celui-ci^ diaprés la voloiité ée tmûs XlV, dut
GHAF. lYj» œCT. Dj aut. n^ g n. 135
ff-aSkiires ëstrangères. Vous cotinoissez» Monseigneur, (( mon très sincère et très respectueux attachement à «t vostre personne; vous savez ce que je vous dois, «t « que ma chute ne vint que du changement de ministère. « Vous savez que j'ay servi le roy avec quelque succès, cf ^ limitation de mes parents et que je Tay fait avec si « peu d'intérest que je n'ay mesme receu aucune ordon- « liance pour plusieurs voyages en qualité d'envoyé ex- « traordinaire que j'ay tous faits à mes dépens. Vous « n'ignorez pas que j'arrestois à Rome le parti contraire; « et Tempêchant d'agir contre les intérests du roy, je le u disposois^ se rendre favorable, et pénétrois cependant « ses allures qu'on ne pouvoit découvrir d'ailleurs. Vous ((savez, Monseigneur, la disposition où Ton fust de « m' accorder l'auditotiat de rote, et que mon affaire (c ne manqua que par fatalité;* et enfm vous savez que « dans ma chute, la seule intrigue, et quelque inimitié « particulière, ont fait agir le reste sans que j'aye jamais u manqti$ de «èle, de fidélité» d'attetition et mesmé de (( succès pour le service de S. M. Cepeiidâtit on m'a fait « perdre mes charges^ plus de douze mille livres de (( rentes, et, plus que toutes choses, les bonnes grâces de « mon maistre, de mon bietifaiteur, de mon roy, qui a depuis m'a fait « . . • assurer que tdutes ce» impressions « sont entièrement effacées ; mais il ne m'a" pas rendu sa « royale présence, ny lie m'a pas remis dans les occa- « sions de son ser^ce. Quand j'eus l'honneur de vous « voir à Paris, j'estois chargé de commissions qui aur- « roient assuré l'ajustement entier de tous led jiiGSlrens K à de moindres- conditions qfue celles dont on est cou-
prendre eli tout les airb de Son beaù-père» le marquis de Pomponne. Voir plus haut, t. II, p. 135,
« venu sous ce pontificat', et qui auroient contribué'à « éviter les occasions d'une guerre^ qui n'est pas encore « finie, et qui, sans l'étoile du roy, auroient exposé le « royaume à quelque danger. Peut-estre que parmy ceux « qui ont eu l'honneur de servir sous feu M. de Lionne, u et sous vous, Monseigneur, peu d'autres ont surpassé c( l'attention que j'ay témoignée, ont découvert plus de « terrain et ont plus travaillé; et dans l'ajustement des « princes d'Italie, où en qualité d'envoyé extraordinaire, c( avec plein pouvoir, je^ réussis au gré du roy et des (( parties dont j'ay preuve^de la main de S. M.; et dans (( les affaires de Rome, dont vous estiez. Monseigneur, « assez content. C'est dans ces affaires que j'ay consumé « ma jeunesse, ma santé et plus de quatre-vint mille « livres que mes parens m'avoient laissées. Il est vray « que j'eus, ou par mes soins à Rome, ou par les bontés (( du roy, des abbayes, des charges, et d'autres bénéfia ces; mais il est aussi vray qu'il y a près de dix ans « que je languis dans l'oysiveté, et que je la souffre avec n une parfaite résignation aux sentimens du roy mon (( maistre. Comme ma relégation en Bretagne a esté « depuis changée (quoyque spatieuse, puisque j'avois « toute une province pour mon exil) , en une liberté en- « tiëre d'aller partout, mesme dans les pays estrangers « et à Rome, j'ay quelque espérance que Vostre Excel- (( lence. Monseigneur, pourra, par la continuation de « cette bonté bienfaisante dont j'ay éprouvé tant d'effets,
'^ n s'agit ici sans doute de raccommodement de 1693 entre la cour de France et Innocent XII , accommodement qui mit fin à cette série de grief!» qu'avait ouverte la querelle de la RégaU [édit du 10 février 1673] et continuée celle de \^ Déclaration du clergé et le retrait des Franchisée,
2 Cette guerre avait éclaté en 1668, par suite de la ligue d'Augsbourg [1687J.
CHAP. I?, SECT. IL ART. Il, S H. 137
« contribuer à me remettre sous les yeux de mon prince « et dans l'action pour son service. J'ay cinquante ans ; « je ne voudrois pas mourir sans cet honneur ; mais je « soumets tous mes désirs aux volontés du roy et à vos- « tre extrême prudence. J'ay cru devoir, Monseigneur, (( vous informer de Testât des affaires d'un homme que « vous aviez receu pour vostre créature, par vostre gé-^ « nérosité, par vostre souvenir de la tendresse et de l'es- « timepour vous de feu. M. de Lionne^ mon oncle [sic « cousin-germain ? ] et de l'attachement inviolable de « ceux dont je tiens le jour pour vostre personne, et « aussi pour celuy que vous m'avez toujours vu pour « tout ce qui pou voit vous regarder. Je n'ay plus, Mon— «seigneur, après cette déclaration de toutes jîboses, « qu'à attendre très patiemment ce que vous détermine-^. « rez de mon sort ; et soit qu'il vous plaise de proffiter ({ des bons mbmens pour me rétablir, et me donner (( l'honneur et la joye de vostre veue, soit que vous ne « le trouviez pas à propos, je seray tousjours ce que j*ay « esté depuis que j'ay servi sous vous, etc., A Valence,
« [P. S*] Le roy a depuis peu accordé une grâce à mon « beau-frère en le faisant premier président à Metz^ et « M. le duc de Beauvilliers, à qui j'ay Fhonneur d*ap* « partenir, n'est pas sans inclinatioii et sans bonté pour ({ moy ; ce que j'oze vous dire, pour vous dire tout.^ï
L'extrême prudence de Pomponne, àlaqiielle Tabbé de Cruas avait soumis ses désirs, était, nous T avons dit, une qualité que l'homme d'état devait l\ ses disgrâces, mais qu'il portait un peu loin peut-être lorsqu il s'agissait, des disgrâces d' autrui; car dix-huit mois après avoir reçu la supplique de l'exilé, il en reçut le billet suivant : « Rien « n'égale mes vœux pour vostre prospérité et pour vostre
138 LES ¥ltA D'ÀliNÀULD D'AUblLLY.
« santé... Rien aussi n'égale vos vertus... Rien n'égale (( non plus la durée de mes malheurs, sans que j'en sache (I la cause et sans que j'en voye la fm... Gruas, 21 déeembre 1607. »
Cette lettre alla rejoindre la précédente dans les dossiers de Pomponne; et Tannée suivante, à la même épo-^ que [5 janvier 1699] /un nouveau billet vint encore glisser dans un compliment un appel à l'extrême prudence du ministre puissant : <i Je me flatte que vous me fairez la (( justice d'estre persuadé de mes sentimens, et que le <c malheur qui m'écarte des lieux où vous estes, ne m'é- « cartera pas de la protection que vous avez tousjours If daigné me continuer.» — L'extrême prudence de Pomponne n'eut pas'le temps de se démentir. Il mourut huit mois après avoir reçu, étiqueté et classé dans ses liasses ce defnier billet [26 septembre 1699]. ï
Le courtisan, rentré en faveur, avait-il donc méconnu le serviteur dévoué qui avait pris part à sa disgrâce? L'homme puissant avait-il oublié la famille à laquelle il devait le pouvoir? La reconnaissance s'était-elle glacée au eoeur du vieillard ? Nous ne le croyons pas, et la présence des lettres de l'abbé Servien dans sa correspondance est une preuve du contraire. On ne prend pas tant de soins pour conserver un remorijs. — Comment donc expliquer ce long oubli? — Un peu sans doute par des difficultés qui nous sont inconnues; un peu aussi par le jugement sévère, trop sévère même, que Louis XIV avait exprimé sur Pomponne après l'avoir disgracié , mais qu'il sembla rétracter en le rappelant aux affaires. « J'ai
1 L'abbé Servien mourut en Uauphinô le 14 août 1723. {Joum, de Verdun, oclobre i723. p. ap2.— Cf. août iTie, p. 149; septembre 1715, p. 198 î janvier 1717, p. 74.)
CHAP, îUi SRCT. U, ART» U, S !«• «iff
(c sQufiert, écrivait le grand roi, j'ai »ouflfert plusieurs « aunées de «on iQappUcation, de i»a faiblesse, de son (( opiniâtreté ^ » — I^'ipapplication qm Pomponne n'avait pas craint d'apporter parfois au.x affaires de Tétat, il avait pu rapporter aux affaires-de Fabbé 6ervien«
$ III, Pomponne et la famille Du Fossé.
Cette inapplication toutefois, Pomponne rie l'apporta point à d'autres affaires, où sa reconnaissance personnelle était moins intéressée que ses affections de famille. — Une alliance dont nous avons déjà parlé ^ et sur laquelle nous aurons à revenir ' unissait les Arnauld aux Feuquières*. — Une autre alliance avait été contractée entre une famille normande et les Le Maistre ^ qui tenaient de si près aux Arnauld [1677] ^ — Celle-ci s'était accomplie
1 (Buvres de Louis XIV, t. ii, p. 458.— Cf. Mém. de Du Fossé, p. 400, ^ Voir plus haut, 1. 1, p. 50 et 254» et t. ii. p. 6, n. 8. 9 Voir plus Ims, «Aap. vi, sect. m, art, ii,
4 U faut à ce sujet lire les quatre volumes des Lettres inédites des Feuquières et les Introductions dont les a fait précéder M. Etienne Gallois. Voici un échantillon de ta correspondance du marquis Isaac de Feuquières aveo le marquis de Pomponne : « Je prends garde que tous avez bien des afa faires pour ma race, depuis Tambassadeur jusques ^ IMcolier, et toiit ce « qui est entre eux deux. Je crois que, pour la fatigue, si vOttf n'y preniez c( un peu de plaisir, elle égaleroit bien celle d'une de vos provinces ; et à Cl propos encore, combien n^avez-vous pas d'aiTaires pour foes frères et n sœurs? J'ai peur que cela^e vous dégoûte de vostfa charge. « (Lettre du 5 septembre 1674, t. lu, p. 37.)
5 Qu se rappelle que la mère deSacy, de Le Malstret ^ Saint-^lme, ete., étaU la sœur d' Arnauld d'^ndilly. Voir plus haut, 1. 1, p. 95S.
^ Le Clerc, Vies édif,, t iv, p. 364* — L^éditeur , des Afem. deDuFossi (vie psl^.'^ p. xxviu) donne pour date à ce mariage Tannée 4671. Mais Du Fossé lui-même (p. 345) dit que le premier né de son père naquit au bout de deux ans de mariage, puis il ajoute : « Dans la même année 1679 (I arriva, etc.i (p. 346); ce qui se rapporte parfaitement avec la date indiquée par Le Clerc— (CC Hém, de la A/. Angélique, U %% généal. |K;.sviii.)
IftO UB8 riLS d'arnauld d'ardoxy.
par Tentremise de Port-Royal ^ car Port-Royal ne s'intéressait pas seulement aux mariages des princes ; et de même qu'il avait apporté son veto dans celui du duc d'Orléans, son assentiment à celui du roi de Pologne ^; de même il avait selon ses convenances rompu Tunion projetée du plus célèbre des Le Maistre' et conclu celle d'une nièce de ce dernier, Mademoiselle de Séricourt, fille de Le Maistre de Saint-Elme^, ancien solitaire rentré dans le monde ^ avec Augustin-Thomas Du Bosroger, frère de Thomas Du Fossé, solitaire persévérant.
Thomas Du Fossé avait été remis par son père ^dès l'âge de neuf ans [1643] entre les mains de Saint- Cyran, qui l'avait fait élever à Port-Royal ^; et depuis ce moment ses destinées s'étaient étroitement unies à celles de la famille Arnauld. Enfant, son compagnon d'étude fut le jeude Villeneuve ^ le dernier des fils de Rol)ert. — Au sortir des bancs, Robert lui-même le prit pour en faire son élève en jardinage ^; et Le Maistre, cet illustre neveu de Robert, l'employa de son côté à revoir les traductions de celui-ci^, qui, à ce qu'il paraît, ne s'entendait pas si bien au grec qu'à la taille des arbres ^^ —
1 Mém, de Ihi Foêêé, p. S44> et vie prélim., p. xxtiii.
3 Voir plus haut, 1. 1, p. iî.
s Mém, de la M. Angélique^ t i, p. 473. — Cf. IMk Sainte-Beuve, Par<- Royal^ t I, p. 888.
4 Mém» de la M, Angélique, généal., p. xvit.
B Voir VAppendiee^ note A ; Mém. de Fontaine, 1. 1, p« 120.
* Mém, de Du Foisé, p. 25. Son père le plaça à Port-Royal par Tavis de Saint-Cyran c à cause de )a corruption des collèges. » (Voir plus haut, t. T, p. 88, n. 8.)
^ Mém, de Du Foisé, p. 26, 99, 129.
8 Jbid., p. 74.
9 Ibid,, p. 158. — Cf. vie prélim., p. xxxvi.
<o M. Sainte-Beuve, Pûrt-Royul, t ii, p. 271 ; Bibliotfu universelU e< hisU de. Le C%c (;iao(ine« Bernard], t. xxiv, p. 82, n. d.
CHAP. IV, SECT. II, ART. H, § ni. lAl
Le jeune Thomas, sauf quelques instants donnés à une autre amitié, celle du savant Tillemont^ servit de secrétaire à Le Maistre jusqu'à la mort de ce dernier^. — Il avait appris Thébreu avec Tillemont'; Sacy, frère de Le Maistre, traduisait alors la Bible. Thomas devint le collaborateur et ensuite le continuateur de Sacy *. Celui-ci s'occupait encore d'hagiographie, et pour certaines parties de son travail la connaissance de l'espagnol et de l'italien était nécessaire ; Du Fossé apprit l'italien ^ et l'espagnole Fidèle à Le Maistre jusqu'au tombeau, il suivit Sacy jusqu'à la Bastille ^ — En yain Pomponne lui avait offert de l'attacher à ses ambassades ®. Thomas n'était dévoué qu'aux membres de cette famille dont la persécution était le partage, nullement à ceux dont il eût pu partager la fortune. — Caractère vraiment admirable, vraiment chrétien, qui s'est humblement effacé derrière tant d'existences bruyantes, préférant l'obscurité au grand jour, l'abnégation aux disputes, le dévouement à la gloire, et dont la vie s'est épandue avec un parfum évangélîque aux pieds de ces illustres persécutés.
Et cependant (la triste humanité ne glisse-t-elle pas ses, faiblesses au sein de toute vertu?) les faveurs qu'il
% Mém, de Du Fo8$é, p. 180, 171.
2 tbid., p. 155-168, et vie préliin., p. xxii.
4 Jbid,, p. 132.
4 Jbid., vie prélim., p. xxni, xxx et txxv ; Mém, de Fontaine, t. ii, p. 175, n. ; et la lettre du 10 novembre 1698, Vies édif. de Le Clerc, t. ly, p. 339.
5 Mém, de Du Fossé, p. 166. — Cf. Vie de Wallon de Beaupuis, p. 122. ^ Jbid,, p. 165 et \ie prélim., p. xxxiii. — Le grand Arnauld fut obligé
d^apprendre Tespagnol quand il n^eat plus près de lui quel^^u^un qui le sût (Œuvres, t. m, ^ 213.)
7 Mém. de Du Fossé, p. 263-291 ; Mém, de Fontaine, t. ii, p. 3U-334.
S Mém. de Du Fossé, p. 280. — C*est cependant à cet homme désintéressé que les Jansénistes ont reproché de spéculer sur ses ouvrages. (Recueil tH-l2, p. 549.)
1A2 os nu 0'4ILNAPLD D^NPUXir,
avait repoussées pqur lui-même, Du Fossé 1#6 recherchait pour les sieu3« De quatre frères, il ne lui restait quun frère; de quatre sœurs, quune sœur^ Le frère était celui qui avait épousé mademoiselle de Séricourt [1677] ; la sœur avait épousé un M. de Prétot [1643] \ Le solitaire dont la vie devait se terminer comme elle avait coimneDcét par le dévouement, avait consenti k unir sa -fortune à celle de son frère et de la nièce des grands hommes qu'il avait tant aimés. Fixé pendant les vingt dernières années de sa vie [1077-1698] ^ où s'étaient concentrés ses souvenirs et ses aifections, il n'oubliait pas cependant cette sœur doqt il vivait éloigné. Celle-ci avait un fils, officier de marine, à l'avancement duquel le solitaire intéressait la jeune femmQ qui formait le lien de sa propre famille avec le puissant Pomponne *• Une première foiô déjà il avait obtenu, secondé par elle, le grade de lieutenant de vaisseau pour son neveu, de Prétot ^ Les infirmités qui dans sa vieillesse étaient venues l'assaillir lui faisaient prévoir une fin prochaine; et, avant de mourir, il eût voulu laisser .à ce neveu le brevet de capitaine.
11 écrit à Pomponne pour lui témoigner ce désir» et sa lettre est accompagnée d'un commentaire de madame du Bosroger, où se trouvent sur les derniers jours du modeste collaborateur de Tilleraont, de Le Maistre,de Sacy, des détails qui ne sont indiqués dans aucun des 3f^moires de Port-Royal, et qui complètent ceux de Du Fossé
1 Mém. de Du Fossé, vie pr^lim., p» xvi, et p* 98. 167, 869,-473.
2 Ibid. t, vfé prélim. , p. x?ii ^ xxviii.
» Jbid., p. xxYin-xxxyr. * ■
4 «M. Ât Ponpopqe, d^t ma beite^ficeur étoit V^ce k la mo^e M Bre- « lagne. ^Ibid,, p. ^9. ) B Celte premoliott était de 1693. (Arch. de la^n^arine» état de i702, M**.)
GHÂf. IV^ SSCT. n. AKT. U, § UI. 1^3
lui-même i car Thumble solitaire a laissé des Mémoires. Il en a iHôme écrit de deux sortes, les uns, comme d'habitude, pour auttui, sous le nom de Pontis * ; lès autres sous son nom, afin de parler plus à son aise de ceux auxquels il s'était dévoué. — Nous transcrivons le commentaire de sa belle-sœur :
« Voilà, Monsieur, une lettre que M. Du Fossé a fait « effort pour se donner l'honneur de vous escrire, et « pour laquelle j'espère que vous voudrés bien avoir «d'autant plus d'esgard que c'est, je crains bien, la « dernière recommendation qu'il vous poura faire de sa a main. Et si vous voyés Testât où il est, vous sériés « mesme estonné comment il peut tenir la plume ; car il « ne peut plus faire aucun usage de sa main, et la para- (( lisie gagne tellement tous les membres de son corps, a qu'il ne peut casy plus marcher. Il ne sauroit plus (( monter en caresse ; on le porte en chaise à la messe, ft et je crains bien mesme que cette consolation ne luy « dure guère. C'est la chose du monde la plus pitoiable « que son estât, car il ne se peut pas faire la moindre <( chose à luy-mesme, et ne peut pas dire un seul mot « pour le demander, et n'a quasy pas la iforce de faire « un signe, la paralisie gagnant extresmement la main « gauche aussy. J'espère, Monsieur, que cet estât où est « vostre ensien amy, vous portera à avoir plus d'égard à .(( la prière qu'il vous fait pour M. dePrétot, à qui j'ay en « mon particulier bien de l'obligation pour tous les soins
« qu'il a pris de mon fils 2, à qui il a servy âfe père.
i Mém, de Du Fossé, p. 160; Uttres d$ la M, AngélUfue, t. it, p. 339.
2 Ce fils de M*"^:Du Bosroger était filleul du grand ArnauW. (Œuvres du doct, Arnauld^U m, p. 43i, lettre du 27 février 1692. — Cf. Mém, de Du Fossé, p. 355.
lUU LES FltS d'arnauld d'andhxv.
« Nous craignons, et avec quelque fondement, que la « promostion de la marine ne se fasse à Fontaiûebleau « comme elle se fit il y a quelques années, pour éviter « la fouUe des officiers qui viennent l'hyvers à Paris. ce Comme personne n'en peut mieux estre informé que « vous, Monsieur, nous prenons la liberté de vous suce plier très humblement de m pas souilrir qu'elle se (( fasse sans que vous nous fesiez la grâce de nous don-« (( ner des preuves de l'honneur de vostre protection, que. (( les amis de M. Du Fossé sçavent qu'il vous a demandé « instament pour son neveu ; et comme tous ses meaux « ne le rende que plus respectable, l'on espère, Monsei- (( gneur, que vous y aurés mesme égard, et que vous « vous ferés un plaisir de le consoler dans un estât où il (( ne lesse pas d' estre sensible à ce qui regarde ses amis, « qu'il sert en touttes occasions, estant tousjours prest à (( faire charité ; car, malgré tous les meaux de son corps, (( son esprit est tousjours le mesme. Il a mesme fait plu- « sieurs accommodemens depuis qu'il ne peut plus parce 1er, et madame la contesse de Granmont ^ aussy c( bien que touttes les personnes qui Je voyent, sont surce prises de Id justesse avec laquelle il résout en deux ce ligne, sur son ardoise, les choses les plus difficille; ce et elle avoit regret, il y a quelque temps, de voir efface cer ce qu'il y mettoit, disant que se seroit des sence tenses dignes d' estre gardés. Il y a mesme sur son ce visage une sertaine joye qui surprend et console tout ce ceux qui le voyent ; et son temps est aussy réglé que (c jamais, n'ayant pas un quard'heur de vide dans sa ce journée, qui est toutte employée en prières, lecture et
1 Cf. Mém, de Du Fossé, p. 488. '
CHAP. IV, SECT. n, ART. n/ S ^^I* ^^5
« travail. Comme il a peine à escrire, il s'occupe à re- « voir le texte de la Bible, et y faire les petittes notes « comme dans le Pintatheuque, parcequ'il y a beaucoup « plus à lire qu'à escrire. Ce sera la dernière espreuve « pour luy, quand il ne poura plus tenir la plusme ; car « l'occupation luy fait oublier une partie de ses meaux « qui sont excessive ; car il ne fait aucun repas qu'il ne «soit comme à l'agonie pour pouvoir "îfvaller. Outre <( cela il a une salivation la plus incommode du monde, « et qui fait qu'une servietteest persée en moîtis d'une « heure ; se qui luy fait une peine et une mortification « qui ne se peut exprinaer, et que l'hivera rendra encore « bien plus fâcheux. Je croy, Monsieur, qufç? vous vous « ferés un plaisir de donner quelque' c&nsolation à une « personne que tous ses meaux n'y rendrons pas insen- « sible, et qui sera ravi de recevoir ses marques de vostre « bonté pour luy, dont nous ne lesserons pas de partait ger, M.. Du Bosroger et moy, la très humble recon- « noissance. Il vous^ présente. Monsieur, les assurance (( de son profond respect, aussy que celle qui est vostre « très humble et très obéissante servant^, Le Maistre du « Bosroger. »
Cette Jettre es{ du 27 octobre 1698. Six jours après, c'est à dire le A novembre, anniversaire de la mort de Le Maistre, son premier ami. Du Fossé mourut ^ Voici là lettre qu'il avait écrite six jours avant sa mort : « Vous « serez sans doute surpris, Monseigflèur, de voir de mon « écriture dans l'état où vous sçavez que je suis réduit: ou « peut-estre que vous aurez peine à reconnoistre le ca- « ractère d'une main autrefois si ferme, et maintenant si
1 Mém, de Du Fossé, vie prélim., p. uxin, et toas les Néerologes.
1&6 LES ntS D'AMAULD D'AHDIUf.
« tremblante* Mais avant qu'elle me manque entièrement, « je fais un effort pour rae donner Thonneur de vous écrire a ce billet, et vous dire, Monseigneur, que l'obligation <( très sensible que nous vous avons, d'avoir procuré il (( y a plusieurs années une lieutenance de vaisseau à mon « neveu de Prétot, en le recommendant à M. de Pontci cbartraiUi préférablement même à M. de Feuquiëres ^ « à cause de ses services, m'engage à vous suplier très « humblement de vouloir bien employer encore Vostfe « crédit pour luy procurer un brevet de capitaine à « cette promotion, comme vous en aveu procuré un à « M. de Feuquières il y a déjà quelque temps. Je suis ({ persuadé que vous le pouvez, Monseigneur, si vous « le voulez ; et je ne puis croire que vous manquiez de « bonne volonté pour une personne que vous honorez « depuis si longtemps de vostre bienveillance, et pour qui (c vous vous souvenez sans doute que feu M. d'Andilly « avoit une bonté singulière. Vous sçavez, Mouseigneur, « que celuy que je prends la liberté de vous recomman- « der a beaucoup de service ^ ; qu'il a toujours été^afta- « ché à son devoir, et qu'il fut l'année passée du voyage « de Carthagène^ où il agit avec tout Tholineur d'un « officier qui songe uniquement à s'acquitter de sa charge, « et d'où il ne raporta qu'une incommodité considérable, « dont il n'est pas encore tout à fait guéri. Mais tout cela
1 Le personnage dont parle ici Du Fossé n^était pas le seul de sa famille dont Pomponne eût procuré TaTancement dans la marinç. {VonLeit.inéd. des Feuifuiéresi t« li, p« eS» 185, Ï34, 850, 363, 881, 386} t m, p. 114, 158, 159, 173, 411, 445 ; l. iv, p. ^40, 257, 309, 415, etc.)
2 Le jeune de Prétot était enseigne depuis 1689 seulement. (Archir. de ia mariQ^, état M" de 1709.)
s On sait qu*une escadre sous les ordres de M. de Pointis débarqua devant Garlhagène, en a?ril 1697, et ne rentra dans le port de Brest qaV près aToir rainé la Villo HmériCMiiiM». .
crtAP. Iv, éECt. n, AfiT. it, § m. Hî
« a besoin encore d'un patron aussi puissant que vous « estes, Monseigneur; j'ose donc vous dematider pour (( luy tout vostre crédit, et la grâce de me croire, en « quelque état où je me trouve, avec un profond res-
« pect, etc ))
Cette supplique, où le solitaire moribond rappelle avec tarit de présence d'esprit leà droits de son neveu, antérieurs à ceux de Peuquièrea et cependant méconnus, avait, nous ne voulons pas en douter, d'autres fondements que la nécessité de réparer un passe-droit de famille. Du Fossé d'ailleurs méritait assez, surtout aux yeux de l'héritier des Arnauld, pour que son dernier vœu fût pris en considération. Pomponne fit de son mieux pour le réalisera — Feuquîères lui-même, outre sa parenté et son nom, avait sans doute aussi, par ses services, légitimé et secondé la bienveillance de son protecteur. — Mais l'abbé Servien n'avait-îl pas'également des titres, son nom et quelques droits à k gratitude de Pomponne? Il n'était pas, il est vrai, de sa parenté. — Le second des reproches que Louis XIV adresse à ce ministre est te faiblesse. Cette faiblesse, Pomponne 1* aurait-il eue surtout pour sa famille ?
1 ir ne le rénlisa toutefois qu'en partie. ,Ei\ i698 le roi désigna le lieatetenant de Prétot pour serrir an département da Havre 4e grûoe. (ArcliW. de Ja marlnei. Ordreè du roi, I698ri699, p. 30.) En l«99 de Prétot fut attaché au département du Port-Louis, toujours en qualité de Jieu tenant (ibid,, p. 224^ v«)j taais ces missions «liaient sans doute amener son aTanoenent lorsque la mort de Pomponne '[ 26 septembre 1 699 ] vint mettre oi^ terme à açs espérances. En 1702 il figure toujours sur les états comme lieutenant de vaisseau. Enfin, malgré les actives recherches de M. Jal, qui a bien voulu seconder les nôtres, nous n'avons pu retrouver son nom sur aucun état depuis 1705 i d'où il fattt conclure que, vers cette époque^ 11 est mort ou a rmoBcé au service.
i&8 US mS D'ARNAULD D'AIVMUY.
S IV* Le marqais de Pomponne et le grand Arnàuld.
Mais quelque penchant qu'éprouvât à obliger les siens rhabile diplomate, dont Tâge mûr s'était soustrait à l'influence d'un përe^ ou nous nous trompons fort, ou, pour mieux satisfsdre un tel penchant, il l'eût subordonné aux précautions de cette extrême prudence qui, sans avoir rien de l'oubli, pouvait en revêtir l'apparence, et même, comme pour l'abbé Servien, aboutir à des résultats semblables. — Personne à coup sûr, dans la famille de Pomponne, n'eût à ses yeux légitimé ses complaisances mieux que le grand Arnauld. — Une version assez répandue met en effet au nombre des griefs de Louis XIV, lorsqu'une première fois il retira le portefeuille des affaûres étrangères au négociateur de Nimègue, le projet qu'avait formé celui-ci d'élever son oncle au cardinalat ^ Le principal auteur de cette version, Loménie de Brienne, qui avait été lui-même ministre des affaires étrangères, Oratorien et Janséniste avant de devenir fou, était, sa folie dissipée, en assez haute estime auprès du grand Arnauld 2. Mais l'opinion qu'il exprime, vraisemblable
1 a Le cardinal d'Estrées'donna a$is à Sa Majesté que M. Amauld serait « infailliblement cardinal, sMl vouloit Pétre, et si elle ne Tempèchoit pas. « Cela fut la principale cause de la disgrâce de son ne?eu«... Je suis per- « suadé, quant à moi» que le Jansénisme, et la peur qu^eureol les Jésoites « de ToirM. Arnauld cardinal, ont contribué plus que tout autre chose à la
.11 perte de M. de Pomponne. » ( Mém, inéd. de Louis de Brienne, t. n, p. 271.) ^ * '
2 « A juillet 1693.... Vous savez que le confrère de Brienne eut quelque « égarement d'esprjt ,d'où ses parens prirent occasion de le faire enfermer; « et on prétend*que, quoi ({Wi fat tout à fait revenu, en son bon sens, ils a le retenoient toujours dans^une très rude ca||l!Frité... Dieu Ta tiré de cette oppression... l\ f^itatouer que pendant lé tacs de la persécution, « il avoit rendu de grands services à la vérité, d (ŒuvreSf i* m, p. 516.)
CHAP. ly, SKCT. Il, ART. H, $ IV. l/lO
tout au plus si elle attribuait au docteur l'ambition d'une dignité qui eût servi à la défense et à la propagation de ses idées, devient inadmissible, à notre avis, du moment où elle rend Pomponne complice de cette ambition.
Le 21 septembre 1676 était monté sur le siège de S. Pierre un pontife austère dans ses mœurs, Inflexible devant le pouvoir, ami des réformes, prévenu ôontre les Jésuites, et tel enfin que pouvait le souhaiter . Port-Royal. La querelle de la Régale commençait à s'é- «faaufFer. — Un an à peine écoulé, Innocent XI était en rupture avec Louis XIV, Arnauld donnait au pape son
Au nombre de ces services Arnaaid mettait sans doute celui dont parle Irailh dans ses Querellée littéraires (t. iit, p. 310). a Lors de la paix de Cl Gément IX, Arnauld dut être présenté à Louis XIV. Il alla trouver aua paravant le confrère Brienne de FOratoire... et lui confia son ignorance « extrême des usages de la cour, le priant de le mettre en état d*y paroltre « décemment. Brienne, se mettant sur un fauteuil : Prenez, lui dit-il, que « Je soii le roi, et que vous ayez à le haranguer, Arnauld trouve Texpé- « dient très bon. Il ôte son chapeau, et fait un discours. Fort bien, reprit * a Brienne; voilà tout ce que vous avez à dire,' Le compliment impromptu c< est mis jttr écrit, et ce fut celui-là même qu' Arnauld fit au roi. »— Arnauld d^AudilIy a pris le confrère de Brienne pour collaborateur dans la publication d*un recueil de poésies. (Voir Tabbé Goujet, Biblioth, franc,, t. xTi, p. 302.)— On sait que le confrère de Brienne avait laissé des Mémoires^ et que M. Barrière en a publié qui portent son nom. Mais nous craignons que chez M. Barrière Thomme d^csprit n^ait fait tort à Péditcur, et que celui-ci n^uit admis trop facilement les modifications ou les suppressions que conseillait celui-là ; car divers fragments de ces Mémoires avaient été publiés durant le dernier siècle, dont aucun ne se retrouve dans l'édition qu'a donnée M. Barrière. Ceux de ces fragments qui sont par- Venus à noire connaissance sont imprimés à la suite du premier volume des Mémoires de Joty, édit. de 1738, p. 235; dans Aacine, Ifist, ecelés,^ t. XII, p. 357; dans Colouia, Biblioth, des livres jansén,, t. m, p. 53; enfin un dernier fragment a été récemment publié par M. Sainte-Be^ve, Port-Royal, 1. 1, p. 507. — Ce qn*il y a de singulier, c'est que M. Barrière assure que Brienne ( itfem., t. ii, p. 244 « n. 2 ) n'a point laissé sur Nicole une appréciation qui cependant se trouve imprima à la suite -des Métn, de 'Joly ( t. I, p. 239.)— Sur Brienne, voir Mém.ée Lanc^làt, t. h, p. S€7. IL il
150 l^ FILS P'AKNAUtD D'ANDIUT.
adhésion, et Pomponne essayait en vain de concilier au roi le silence de son oncle. <( Il faut, s'écrie l'oncle en (( parlant du neveu, il faut que l'air de la cour soit bien « contagieux pour inspirer un tel dessein à H. de Pom- « ponne... Je ne puis l'imputer qu'à un excès d'aiFection « pour une maison sainte [Port-Royal] dont il appréhende « ]f, ruine, qui lui fait croire que pourvu qu'on ne mente c( point, il n'y a rien qu'on ne puisse dire pour appaiser^ « un roi injustement irrité ^ »
Quant à l'inflexible et courageux docteur qui n'ay^ préhendait rien, ce n'est plus bientôt à son neveu qu'il s'adresse, c'est au monarque lui-même^; et ce n'est point sa cause seulement, c'est aussi celle de tous les affiliés à la maison sainte qu'il veut plaider près de Louis XIV. Mais sa lettre doit passer par l'intermédiaire de Pomponne, qui l'intercepte : « J'ai reçu ce matin [8 mai <t 1679] , dit le ministre au docteur, la lettre que vous m'a- « vez adressée. Biai^ vous jugerez, je m'assure assez, que
a je ne la doii^ pas rendre Vous écrivez au pluriel, et*
« comme parlant pour d'autres personnes que pour vous. « C'est justement ce qu'on ne veut pas. Ces manières (( de corps et de communautés sont ce qu'on veut le « moins'.» Cinq semaines après avoir reçu ce billet [le samedi 17 juin 1679] ^ Ârnauld quittait sa patrie. Pendant
^ Œuv, du docU Arnauld^ t ii, p. Si , lettre cccxix, du 29 décembre 1678» —Amaulâ se prit cependant une part directe aux disputes sur la Régale que le 9 août 1680, dans sa Lettre d^un chanoine d un évêque, U ixx?ii, n<*x?n.
2 JHd.ft, II, p. 40, lettre gggxt.
9 Ibid,, p. 44 ; voir aussi, p. 8 et Si, deux lettre» d^Amauld, que Pomponne n'a pas jugé à propos de communiquer au roû
i^Ikid,, p. hSt note margSnalQ; Guelfe^ ikhtion de la reiraiiê, >• 7; Larri^ Fie ttârrumid, Uthh Hh ete*
GHAP. IV^ 6ECT. n^ ART. If, g IV. 151
quelque temps il avait caressé l'idée de se retirei* à Rome ^ Mais c'eût été rendre Louis XIV implacable ;]et il se réfugia enfin dans les Pays-Bas, où, d'après la version qu'appuie le témoignage de Brienne, il espérait, de concert avec Pomponne^, se faire investir plus facilement qu'en France, plus facilement qtf à Rome surtout, de la pourpre romaine. Mais le ministre qui n'osait remettre un placet à Louis XIV parcequ'on y par4ait au pluriel Aurait-il osé faire un cardinal hors des états et contre les intérêts du grand roi?
Pour Arnauld, c'était différent. S'il n'avait plus rien à espérer de la France, il pouvait tout prétendre du côté de Rome. Ses écrits contre les Calvinistes lui avaient ramené les esprits aliénés par ses premières disputés théologîques^. Dès le commencement du nouveau pontificat, il avait obtenu d* Innocent H^l * des lettres si flatteuses que ses ennemis en s^apecti^ient l'authenticité ^ L'attitude qu'il venait de prendre dans la querelle de la Régale
4 <x II eut d'aboiid la pensite d^all» k nome... mais U craigaît que le foi a ne ^ Unt oiTeiis^ du chois de celte retraite. 9 (ianièie, V «« 1>* ii^O
2 Ceux Qui vQudi^jeol $gute9«r avec Brienne que IHmpftnnA iMaU d«n9 la confidence 4u docteur, et le complice de les pnûeta ambitieux, pourraient peut-être s'appuyer d'une lettre de l'abbé Servien, que nous avons donnée plus haut, t u, p. 132 ; et, k dire Trai, cette lettre nous semble mériter considération. Mais elle est trop vague pour autoriser une assertion.
^ « On sait que Ton est présentement bien reTenu à Home des préren- « tions qu'on a pi| j avoir contre moi il y a trente ans. Mes livres y sont « estimés et bien reçus pai: les plus habiles cardinaux... » (OEuvr^s, t. iir, p. 767, lettre mxxix, du 6 avril i69k4 ; voir aussi ibid., p. 193, 196, 301, Sia, 924* 288, etc. ; t. xv, p. 49.)
4 i^ettre du 2 janvier 1677, ibid,, 1. 1, p. 772. : %
I Ikid,, U u, p. 5, lettre ccxcvui, du 14 juin 1677 ; t. ii, p. 47, lettre cccii, de septembre 1677. -* « Ils ont dit d'abord que le bruit de cette « leUre étoit une Taussété, et qu'il n'y avoit point d'apparence que le pape • « m'eftt fiiit écrire d'une manière si avantageuse. Ils ont longtemps' amusé (c le monde, par le doute où Us l'ont mis si ce n'étoit point une imposture
152 LES FILS .D'ABNAllLD JVaNDILLY.
méritait une récompense; les persécutions que faisait supposer sa retraite demandaient un dédommagement. ^ Les amitiés chaleureuses qu'il avait trouvées dans la pa« trie de Jansénïus étaient toutes puissantes à la cour de Rome ^9 que les officiers du roi taxaient en plein parlement de Jansénisme '. Enfin il s'était ménagé par lui-même d'intimes et puissantes sympathies dans le sacré collège : « Ses liaisons avec... Rome, dit Irailh, étonneront « sans doute, mais elles ne sont pas moins véritables, a II entretint toute sa vie des correspondances avec les a cardinaux du sacré collège. Il avoit des instructions (( très sûres concernant les papiers les plus importans « envoyés à la congrégation de la Propagande. Personne <( ne connoissoit mieux que lui la bibliothèque du Vatican.
m des Jansénistes... Depub que la lettre se fut répandue, ils se sont avisés « de dire que j*en avois retiré les véritables copies, pour en laisser courir de « fausses..., etc. »
* « On pourroit considérer au lieu où vous êtes [à Rome] que ce sont <t mes Considérations sur Us a f aires de VÉglise qui ont acharné contre ff moi les ennemis de TÉglise et de toute vérité, et qui font dire à celui qui « en est le chef, c*est à dire à M. Tarchevèque [de Paris], qu'il a cinquante « mille livres ft employer pour me faire prendre, et qu*il faut que lui oa •> moi périsse. » {Œuvres, i, n, p. 164, lettre cccLxuvn, du 20 octobre 1682.)
2 H En 1681 M. Âmauld étoit'en Hollande avec M. Tabbé de Pontet château. On y étoit fort occupé des bonnes dispositions dlnnocent XI et « de SCS ministre» de confiance ;MM. Favoriti, Gasoni, etc., intimement (( liés avec M. de Neercassel, qui gouvemoit les Catholiques des Provinces « Unies [et qui était devenu Tami le plus intime du docteur exilé ; voir V dans les OEuvres d* Amauld^ t. i et ii, leur correspondance]. On saisi»it soil avec zèle toutes les occasions que la divine Providence pouvoit fournir / fk da faire servir ces heureuses ouvertures au plus grand bien de TÉglise. » M. cfe Pontchâteau n'avoit point eu d*autre but dans les deux voyages ft qu'il avOit faits à Borne en 1677 et en 1679.* (Œuvres du doet. Âmauld, " t. XXIV, p. 583, préf. hist.)
^, Œuvre» du docU Arnauldt t m, p. 73, lettre dcxlvii, du 16 février ifi88.
« Il citoit les pièces originales, l'endroit où on les avoit « placées, et défioit les Jésuites d'en contester Fauthen- « ticité. Ils ne purent pas faire mettre à l'index sa « Morale pratique [pamphlet en huit volumes contre la « Société de Jésus] tandis que le livre du père Le Telce lier sur les Chrétiens .de la Chine y fut mis. Son crédit « à Rome étoit au point qu'il en plaisantoit lui-même.: « On me croit en France, disoit-il, le plus grand ennemi « des papes, et l'on ignore comme j'ai toujours été avec « eux. ^ » ,
Ces faits, sur lesquels on prenait soin d' édifier le public, avaient rendu probable l'avènement d'Arnauld au cardinalat. De tous côtés on en complimentait sa famille ^ ; luimême en parle dans ses lettres^ et, quoiqu'il traito-ce qu'on en dit de bruit ridicule, il y revient avec une,^mplaisance dont on pourrait conclure qu'il n'eût pas été fiché de donner à ce bruit une autre épithète. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse *, deux années d'exil n'avaient encore réalisé pour lui que des déceptions. Pomponne était tombé du pouvoir quatre mois après la f uitO: de
1 Querelles littéraires, t. iii^ p. 311. *
2 Lanière, Vie i^Amauld, l. ii, p. 132,
3 LeUre mn, du 1 i février i694> t. m, p. 738 ; leUre mliii, du 17 juin 1694« t. lY, p. 51.— Cf. Racine, Hist. de P. R,, p. 175.
4 Le P. Quesnel, qui avait élé compagnon (}»rexil d'Arnauld durant les dix dernières années de la vije du docteur, était loin de regarder comme une hypothèse Tintention qu'aurait eue Innocent XI d'élever cel^*ci au canti* nalat. (yoïr Justification de M, Arnauld, 1. 1, p. 109. — Cf. Larrièrç, Vîe d^Amauldf t. ii, p. 489.) Ce même Quesne\( Vie d*Arnauld, p. 206) affirme que ce docteur n'avait à Rome ni agents ni aucune intelligence, et que cependant il parvint à y faire condamner la morale des Jésuites ; condamnation qui d'après Trailh serait due surtout à ces mêmes relations niées par Quesnel. — Quant aux agei^s du docteur, Qucsiicl ne pouvait ignorer la présence à Rome de M. DûVaucel, cet infatigable correspondant dé son compagnon d'exil.
15& LES FILS D'AKNAULD D*AIfDILLY.
son oncle ; et si Texilé félicitait le couttisan dé sa disgrâce, c'était par cette triste considération que la famille Ariiauld n'était plus exposée à voir Tun de ses membres délaisser T innocence sans appui en face de rinjustice ^ Nicole j sur qui le fugitif comptait pour partager sa retraite, l'avait abandonné dans une terre étrangère ^. Innocent XI^ à qui il avait écrit une longue lettre qui tenait à la fois du manifeste, de la pétition, du réquisitoire et de lA mercuriale ^ s'était contenté de lui faire r^épondre que la situation des affaires ne permettait pas de recourir immédiatement aux remèdes proposés. * Cette réponse dilatoire était d'ailleurs accompagnée d'éloges et de bénédictions.
La querelle de la Régale provoquait alors en France la célèbre déclaration du clergé. Amauld, qui avait secondé les vues de Rome sur la Régale, seconda celle du roi en applaudissant au projet de la déclaration ^ A cette
^* Œuvres, l. ii, p. 6J, leUre cccxxv, de novembre 1679.
2 On sait avec quelle amertume les Jansénistes jugèrent cette délnsircbe de Nicole (voir plus haut, 1. 1, p. 3d0), avec quelle douceur celui-ci se défendit (Goujct, Vie de Nicole, part, u, p. 130; Couvres d* Amauld^ t ii, p. 66, etc.); enfin, avec quelle générosité Ârnauld lui vint en aide {Œuvres, L 11, p. 53, lellre ccoux, du 9 août 1679 ; p. 60î lettre cccxxiv,- du 2 septembre dC79: t. XLif, suppl. p. 17, lettre xii^ du 29 juin 1679). a Je c ne sais où M. Thomas a trouvé que M. Nicole né vouloit pas ôtre avec « moi; parccqu'on m*attribue tout ce qui se fait, lé suis asstiré qn^il n*e^ « point capable de cette bisse jalousie. » Ceci fest digne de Nicole et d'Ariiauld; mais ce qui Suit est de trop, ce nous semblé : a Après tout, puisqU^ll « veut bien travailler à une chose très importante [le Traité de Toraison], « il faut ()roritei' (Té sa bonne volonté, et de rompre point avec une pfersonn'e « à qui on d pour le passé de très grandes obHgatiohs, et qtii est èhtoi^ « très capable de servir à Tavenir. » (/6W., t. ii, p. 61, et Goojet, Vie dt Nicole, part, n, p. 112.)
3 Œuvres, 1. 11, p. 80, lettre cccxxxvi, vers 1680.
4 ibid., t. 11^ p. 88, lettre du 9 aviil 1680. « Condiiio temporum (I ttoft pal a tir remédia quœ proponttrtturf staiim aggredî» »
ù IbicL, l. Il, p. d09, lettre ccclxxxviii, du 12 novembre 1682.
GHÂP. IV^ dEGT« n, ART. It^ $ IV. 155
éi^oque aussi la conspiration des' pouâi*es stiscitait en Angleterre une violente persécution contre les Jésuites. Arnauld prit vivement la défense des Jésuites ^ dans le même ouvrage oi^ il donnait son adhésion aux tentatives du clergé franfuîs^. Gë fut, dit-on^ la première de ces démarches qui fit échouer à Rome son cardinalat. ' -^ Toutes deux auraient dû lui rouvrir les portes de là France. Les Jésuites y étaient puissants, et la déclara* tion triomphante. — Son livre y fut arrêté ; ceux qui l'y introduisaient^ jetés à la Bastille *. Arnauld exaspéré voulut se plaindre publiquement au roi. Ses amis s'y opposèrent ^. Il ^voulut du moins lui écrire. On ne con-
i ■€ Quaud ce seroit un Jésuite qui auroit fait V Apologie pour les Catko- <t tiques, je ne sais s*il auroit travaillé avec autant de soin que je l*ai fait à « ramasser toutes les raisons qui m*ont paru devoir faire juger.... qu^ils sont H entijèrement innocents de toutce quele docteur Oates leur a iniputé....Hien « ne m'obligeoit d'entreprendre celte apologie.» (Mémoire au roi, t. xu? des Œuvres au docU Arnauld, p. 621.) — Rien sans doute n'obligeait Arnauld à cette démarche ; et cependant le criiue que les Anglicans attribuaiedt aax Jésuites, et dont Arnauld défendait ceux-ci, était précisément ' celui que Port-Royal aurait voulu faire exécuter par la main de Fabert. (Voir plus haut, t. i, p. 78-86.) Seulement les Jésuites ne Tavaient jamais conçu, et il n'avait manqué à Port-Royal qu*un bras pour Taccomplir.
1 Œuvres du doet, Arnauld, t. xiv, p. 289, etc. — Cf. Racine, HisU de P, jR., p. 175.— « On ne sçauroit Taire un ouvrage plus favorable auxrois... à Le pape y est traité avec les égards qu'il mérite, et je ne sçaurois assez louer À qn^oii y fksse, autant qu'on a pu, l'apologie des Jésuites... Le roi d'An- 'c gleterreet le diic d'Yorc sont très bien traitez, et il n'y à pas jusqu'à l'em- A f^ëreur qui ne doive sçavoir gré à l'auteur de la manièi*e dont 11 parle de ce la Hongrie.» (Lettre de Nicole» daos sa Vie par Goujet, part, tt, p. 268.)
s « M. Casoul dit un jour que le pape Innocekit XI auroit été disposé à « faire M. Arnauld cardinal, si ce docteur ne s'étoit point expliqué dans sa « première Apologie pour les Catholiques, en faveur des iv articles dtt « clergé de Erance. » (Œuvres du doct, Arnauld, t. iv, p. 51.)
4 Œuvres^ U ii, p. 160, lettre ccglxxxiv, du 19 octobre 1682.
6 Voir les remontrances dont les fragments ont été recueillis, t6tc<., t. xxiv^ p. 618; lettre cbCLXix, du !«' mai 1682 ; lettre ccglxxvi, du 18 juin 1682; lettre cccxciv, de décembre 1682 ; lettre cccxcv, du 1*' janvier 1683 ; iet-
156 LES FILS D'ARIfAULD D'AKDILLY.
seilla point à Pomponne de remettre la lettre M et le ministre disgracié, loin de venir en aide au docteur proscrit, n'osa même aller toucher pour celui-ci des rentes qui lui appartenaient sur THôtel-de-Ville^.
Bien plus, l'homme qui jadis écrivait, en protestant contre la pensée d'abandonner son oncle alors en butte à de premières persécutions : «Je ne crois pas que la fai- « blesse et la fortune puissent aller jusqu'au point de tt faire craindre ce que l'honneur et la conscience conseil- « lent^ » ce même homme laissait dans le dénuement cet oncle octogénaire sur une terre d'exil *. Des étrangers
tre ccGXcn, du 29 janvier 1683; lettre cccci, du 12 Tévrier 1683 ; lettre cccciv, du 11 mars 1683; lettre cccgxxyii, du 24 juin 1683^ et surtout lettre ccccxxxTin, du 26 août 1683, gccclh, du 21 novembre 1688, t. ii, p. 138, 148, 180, 181, 191, 199, 202, 277, 338, 367, etc. ; t. xxiv, p. 590, prëf. hist., art. ni. «^ L^opposition des amis d^AmauId portoit d^ailleurs sur la forme, et non sur le fond. 11 reste à ce sujet un Mémoire fort curieux que Ton croit de Pomponne, t. xxv, p. 354* — ^Voir aussi, t. xlii, suppl., p. 26, lettre du 17 octobre 1682 ; p. 32, lettre du 21 mars 1663.
1 (ouvres, t II, p. 299, lettre ccccxxxiii, du 19 juillet 1683 ; t iv,suppl., p. 144, lettre ix, du 15 novembre 1682. Voir aussi, t. ii, p. 126, lettre CGCLXi, du 6 février 1 682.— Pomponne se refusa même à parler au roi. (Larrièrc, Vie éPAmauld, t. ii, p. 208.)
2 H On a fait tort [ à M. de Pomponne ] de n^avoir pas voulu le prier de foire « recevoir mes rentes sur Thôtel de ville et Thôpital général, et qu'il faille « avoir eu recours pour cela à M. Des Roches, comme si je n'avois pas un. « seul parent qui me voulût rendre cet office. Il m'est indifférent par qui « je les reçoive; mais je ne crois pas qu'il soit honorable à mes parens de « témoigner tant de peur sur mon sujet. » ^Œuvres, U ii, p« 141» let« tre cGCLXXi, du 6 mai 1682.)
^ Voir plus haut, t. ii, p. 55.
4 « Il me semble que c'est une preuve que sa piété n'est guère éclairée, a de ce qu'il a eu si peu de soin de l'un de ses proches, lorsque l'on savoit « qu'il avoit besoin d'assistance, et qu'il a fkllu en effet qu'il en reçût des • étrangers. Des personnes de qualité ayant demandé s'il ne l'assistoit pas, « comme ou n'a pu mentir, ils en ont été fort étonnés. C'est plus pour lui « que pour q^oi que j'en parle ; car certainement cela ne lui fait pas d'hon- «neur. » (Œuvres, t. uj, p. 362, lettre dcccxii, du l*'août 1691; voir
CHAP. ly, SECT. H, ART. U, $ IV. 157
seuls en prenaient soin ; et parmi ces étrangers se trouva, contraste singulier I la veuve du ministre Lionne^ faisant l'aumône pour ceux dont son mari avait fait la fortune et qui abandonnaient dans le besoin sa famille et la leur, TabbéServien et le grand Amauld. — Cette tache dans la vie de Pomponne a failli nous en obscurcir toutes les pages, et transformer à nos yeux sa louable ambition en étroit égoïsme, et son extrême prudence en excessive lâcheté. — Un examen plus général nous a rendu'plus juste^. Mais la pénible impression que nous avons éprouvée, il n'est pas étonnant qu'un oncle l'ait profondément ressentie. Pendant plusieurs années [Î682-1688] le nom de Pomponne disparut de la correspondance du docteur.
On l'y retrouve à propos d'une accusation de déisme .que les Jésuites intentaient à la mémoire d'Arnauld d'Andilly^ Il s'agissait de la participation qu'aurait prise celui-ci à un complot impie tramé dans cette as-
aussi, p. 344.) < J*ai de la confusion de recevoir des étrangers ce qui c m^alde à subsister, pendant que mes proches, qui sont fort riches, ne se « mettent pas seulement en peine de savoir si j'en ai besoin.» (Jbid., t. ui, p. 520, lettre dccgxciu, du 16 juillet 1692.)
1 Œuvrest U ii, p. 665, lettre dcguglx'vi, du 21 juillet 1693.
2 n ne serait pas équitable d'ailleurs de s*en rapporter uniquement aux plaintes du doctetfr, dont Tesprit violent et Thumeur intraitable inspiraient à Pomponne une juste méRance.(Qlhtvres du doct. Amauld, t. xxiv, p. 593.) Ne peut-on pas supposer que celui-ci était au mombre des inconnus qui venaient en aide à son oncle ? Sa charité n'eût été que plus chrétienne, en devenant plus prudente. Le fils de Pomponne se cacha sous le nom de son pi'écepteur pour satisfaire à un désir charitable de son grand-oncle. (Ibid,, U m, p. 750 et 761, lettres m«x et mxxv, du 3 et du 23 mars 1694*) Arnauld lui-même parle de deux de ses parents qui lui envoyaient des secours avec mystère; cette fois, il est vrai, le nom de ces parents lui est révélé. Mais d^autres fois il a pu ne Tétre pas. Ceci n'est qu'une supposition, je l'avoue ; mais l'histoire est un jury devant lequel les beaux âiUécédcnls doivent faire admettre les circonstances atténuanlcs.
3 Œuvres, U lîi, p. 60, lettre dcxli, du 22 janvier 1688.
158 I£S FliS D'ARNACLD^ B'AmUXY.
semUée de Bourgfôntaine à laqudile croyait f évèque de Marseille, le charitable" Bekunce ^ qu*tin arrêt du parlement déclara depuis une iniposture ^^ ce qui n'empêche pas M. Sainte-Beuve é' incliner à en admettre la réalité^. Le docteur ne demandait à son neveu, au fils de d'Andilly, qu'une procuration afin de poursuivre luimême les calomniateurs devant les tribunaux du Brabant. a 0n ne court aucun risque, écrivait-il le 22 jan- « vîer lô88i et Ton ne voit pas comment des personnes (tde qualité [qu'importe la qualité? ] pourraient souf- « frir en conscience que l'on fit passer publiquement « leur père pouî* un impie et un déïste, * » — Dix jours après cette lettre [ 8 février ] Amauld avait reçu de Pomponne un refus péremptoire. « Je ne me soucie «guères, répondait- il, qu'on ne- m'ait pas envoyé la procuration. Je m'en passerai bien. [ Alors pourquoi « la demander, sinon pour entraîner son neveu dans « ses querelles?] Et quand tout le monde m'abandon- « neroit, je n'en défendrois pas avec moins de vigueur « l'honneur de la famille ^ » — Arnauld, en cela^ ne remplissait qu'un devoir; car c'était lui qiiî avait attiré cette avanie sur sa famille en excitant les neveux de Janséniusà tenter contre les Jésuites un procès jour lequel il écrivit quatre faciums^. Cette démonstration du docteur fut d'ailleurs le seul résultat qu'obtinrent de leur démar-
1 OEttvres du doct, Amauld, t. xxix, {iréf. hist.^ p. Lt;
» atid,, t. îxx, préf. liist, p. lxi.
8 Port.R'oyalt t. i, p. 803.
à OEuvres du doct, Arnautdt t. m, p. 69.
5 Jbidii t. III, p. 70, lettre dcxtvi.
6 « Quatre factums pour les petits neveux de Jansénios, contenant la ré- « futatlon du roman de rassemblée de Bourgfôntaine et autres ealomnieSi i [ publiés de 1685 à 1688 ]. ( Œuvres j U xxx, n. xi.}
cîlâp. tVt met. n, art. tr^ S iv. I5ft
che les proches de Jansénius, et qu'eussent atteint sans doute les parents de d'Andilly en se laissant envelopper dans le même pt-ocès bù leur fougueux représentant voulait accoupler son nom à celui du chef de ses doctrines. Arnauld rentra pour trois ans [1688-1691} dans le silence à l'égard de Pomponne ; et lorsque au bout de ce temps il le vit revefair au pouvoir : « Je n'en espère rien, « écrivait-il ^ pas même pour Taffaire qui me tient le « plus à cœur, qui est la résidence du pauvre insulaire. h — Peu de tetn^B après il envoyait à une amie commune, Madame de Fontpertuis, une autre lettre ^ que devait lire son neveuj dont on lui avait vanté les bonnes dispositions. Cette lettre montre le docteur un peu plus confiant, ou du moins sa méfiance n'y perce que par des allusions; .mais dans une lettre secrète qui accompagnait la lettre ostensible : « Pour vous parler à cœur ouvert, dit-il, de « la disposition de votre ami dont vous êtes si édifiée, «je crois tout ce que Vous m'en dites... Mais je crains « bien qu'il ne soit pas trop éclairé sur beaucoup de ses
1 Œw^, du^docU Arnauld, t. tn^ p. 858, lettre dcccix, da 80 juillet 1691.
2 Vimulaire était le P. Du Brenil, Oratorien, qui en 1672 eût été nommé général de son ordre s*il ii^eût été janséniste ( Toir Mém, de Du Fossé^ p. 467), qui en fut exclu depuis parcequ'il l'était; qui en 1682 fut jeté à la Bastille pour âToir introduit en France l'Apologie des Catholiques, où Arnauld plaidait la cause des Jésuites d'Angletene (Œuvres, t. ii, p. 161); qui fut transféré six fois de prison à Page de quatre-vingts ans, et relégué, sous lé ministère de Pomponne, au fbrt de Brescou, où, dit Arnauld, Tair est d malsain qn^on en change la garnison tons les trois ràois (ibid,, t m, (i. 295, 459, 465 et 509). Le P. Du Breuii mourut, toujours prisonnier, le 4 septembre i 69 9, douze jours avant Pomponne, qui depuis huit ans était ministre. Il ésf vrai que quand il s^agfSsait de le transférer d'une prison dans une autre, I^n des oncles de Pomponne lui envoyait S6n carrosse. (Ibid,; voir aussi la relation sur la mort du P. Du Breuii, suppl. au NécroL de P. Il, pi 4-14.)
3 Œuvres, t. ui, p. 360, lettre ncccxi, du 1*" août 1691.
160 tES mS D'ARNAULD D'AimiLLY.
« devoirs, et principalement sur l'obligation de ne point (r abandonner par timidité ou par complaisance le parti « de la vérité et l'innocence opprimée. ^ »
Cependant l'exil pesait de plus €n plus au vieillard fugitif. Il avait perdu en Hollande son meilleur appui, l'évêque d'Utrecht, M. Neercassel [ 6 juin 1686] 2, et ses ennemis avaient fait choisir pourTévèché de Malines [1689] M. de Precipiano, c'est à dire, écrivait-il, « un « très misérable sujet que les Jésuites pousseront à chi- (( caner ceux qu'ils lui feront passer pour Jansénistes ^.u Quelque temps après, le gouverneur des Pays-Bas espagnols, ie marquis de Castanaga, qui l'avfiût pris secrètement sous sa protection, la lui retirait tout à coup [1690] *. Innocent XI était mort [1689] sans avoir réalisé l'attente du Jansénisme ^; et le conclave avait élu Alexandre VIII ^, qui, selon le violent docteur, a étoit
1 OEuv. du docU Arnauld, t. m, lettre dcgcxii, p. d6l, el lettre dcccxiii, du 3 août 1691, p. 864 : « Je ne me promets rien de ce côté-là; et biefi dès « gens qui se promettent merveilles, se trouvant trompés, perdront bientôt « la trop bonne opinion qu^ils avoient du nouveau ministre. »
2 Jbid,, t. II, p. 671, lettre dlxxi, du 11 juin i686,
^ Jbid., t. m, p. 235, lettre Dccxxvin, du 12 août 1689.
^ Ibid,, t iji, p. 283, lettre dcclxiii, du 3 avril 1690.
B Ibid,, t. m, p. 239, lettre dccxxxii, du 1*" septembre 1689.
6 Ibid,, L III, p, 733, lettre MX, du 26 janvier 1694. ^Arnauld, qui d'abord avait refusé d'entrer en communication avec Alexandre VIII (ibid,, t. Jii, p. 365 et 367, lettres nccxux et dccli, du 30 décembre 1689 et du 25 janvier 1690, avait cependant flni par lui écrire. (/6ût, t. m, p. 269, lettre DccLiii, du 26 janvier 1690, lendemain du jour où il avait déclaré qu'il ne lui écrirait pas. ) Voici ce qui l'y avait décidé : « Votre lettre du A 7 janvier nous a fait changer tous nos projets ; car sur ce que vous dites » que la lettre au père de Saint-Martin [le pape] lui sera leodue par un « homme fort sage, en sorte que si celte affaire ne réussissoit pas anssji bien «r que nous le souhaiterions, elle pourroit demeurer secrette, nous noii^s « sommes résolus d'écrire. • ( Ibid,, t. m, p. 268, lettre ik:gj4I, du 26 janvier 1690.)
CHAP. IV9 SEGT. n, AKT. n^ $ IV. 161
« l'opprobre du Saint-Siège^ et rexé(H*Àtion de tous les « gens de bien \ » — Aussi l'exilé, qui ne supposait plus à son neveu une générosité spontanée, fait un appel dé- * tourné à l' amour-propre de celui-ci. Il écrit à Madame de Fontpertuis que tout le monde s'attend à voir se rouvrir devant l'oncle du ministre les portes de la France, et que le bruit en a couru jusqu'à Rome '. Puis il la charge de s'informer près du ministre même s'il y aurait du danger pour l'un de ses compagnons d'exil à repasser les frontières ♦; puis il s'enquiert si lui, lei docteur Arnauld, ne pourrait aussi rentrer dans Paris incognito ; ^ et enfin, lorsque la glace lest rompue, les demandes se succèdent. C'est d'abord en faveur du pauvre insulaire^,
1 « Cet homme ne manqae point de hardiesse. U possède assez bien le 8 caractère de Port-Royal. H traite le pape familièrement. U parle aux « docteurs avec autorité. » (Racine, deuxième lettre à Nicole, Œuvres, t vj, p. 89.)
2 À ces expressions on reconnaît Tâpre Janséniste qui a composé une Dissertation selon la méthode des géomètres {Œuvres, t. xxvii, p. 50-71. Cf. t. III, p. 72, lettre dcxltii, du 16 février 1688) pour démontrer qu'on peut dire des injures à ses adversaires. L'auteur des Provinciales, qui avait usé de la chose, n'avait du moins essayé d'appliquer la méthode qu'à la démonstration de cette sainte doctrine qui prêche l'oubli des injures. (Voir l'abbé Goujet, Biblioih, franc,, t i, p. 167 et t. m, p. 325.)
3 « Cela s'est répandu dans tout Rome... Je vois bien que cela n'est « qu'une chimère. Mais... comment l'a-t-on pu mander aux cardinaux? « QEuvreSy t. m, p. 378, lettre dccgxxii, du 15 septembre 4691.) Le car- « dinal Carpegna... témoigna être surpris de ce que M. de Pomponne étant « si fort en faveur à la cour, le docteur fût encore obligé de se tenir caché, a Cet exemple fait voir ce que pensent bien des gens. » (Ibid,, p. 524» lettre Dcccxcv, du 29 juillet 1692.
^Jbid», t. III, p. 387, lettre DcccxxHi, du 24 septembre 1691; p. 379, lettre dccgxxvi, du 30 septembre 1691 ; p. 483, lettre dccclxxvii, du 12 mai 1692.
B Jbid., lettre Dcccxxni, etc.
^ JMfy t. m, p. 428, lettre ncccxux, da 19 février 1692«
16S LES ntS D^ARSiAUUI D'AIBOXY.
et ceci fait reloge du solliciteuF^; puis c'est en faveur de toute la congrégs^tion de l Oratoire, dont Yinmlam a fait partie^; puis de l'abbaye de Port-Royal ^; enfin du Jansénisme entier ^. Il faut démontrer au roi qu'on ne lui a créé que des fantômes ^ que le projet de Bourgfontaine est une imposture ^^ les Jésuites des imposteurs ^ son confesseur un fourbe^, et l'archevêque de Paris, cette vieille Madaqie des Arquins ^, comme on
1* On est heureu)^ d'avoir à tr^inscrire de? ^fnç9 con^ooe celle-ci, prîtes au moment où tout semblait se disposer pour le rappel deTexilé : « M. Tar « chevèqoe de Paris dit qu'il n'avoit tenu qa^à moi de retoprner à Paris, « et 4'y être en tou^ sftrelé; iiiais 099 je ne V^^o^s pqînt Tqplu, à moins « qu'on ne donnât la liberl^ au P. Pu Brei^jl, h qui qn ne Tavoit ôtée que c parcequ'il m'avolt rendu service... Ne devrois-je pas être encore dans la « même disposition ?.•.» Nous espérons bien que cette dernière interrogation n'exprime ni une hésitation, ni un doute, quoique immédiatement après les éditeurs déclarent qu^il y a une demi-page déchirée dans l\>riglnaU La demi-page aura été enlevée probablement parcequ'elle contenait quelque imputation' trop Violente contre Pomponne ; car la phrase qui suit cette lacune commence ainsi : « Cela ne donne pas sujet de croire qu'on s'emp|qyera « avec chaleur pour l'alTaire dpnt je ¥pns parie dans l'aqtre le^tfe » [oà il s'agit de son retour, à condition qu'il ne rendra eompte de »| conduite qn'l Louis XIV]. QEuv.f u ui, p. 458, lettre Dccçi^m, d» 35 mars 1692.) Il est vrai qu'ordinairement les éditeurs ne se sont pas montrés si scrupuleuii; envers la mémoire de Pomponne. (Voir pim haut, p« 156, «. 40 Mçds la lettre DcccLxxxa, du i*' juillet 1682 (t m, p. $ii)» nous fiiU regarder notre hypothèse comme étant la plus probable.
2 Jbid,, U tu, p. 4P8, let|re dcccx^xvu, du 5 ^eç^re i69i.
4 Jbid., p. 461, lettre ncccLXv, du 3 s^vril ^QQS.
B/6W.,etc.
6 Jbid., U III, p. 472 et 593.f lettre ncccLXx, du 22 avril 1692, et lettre DGCcçi, du 25 août 1692. r- Cf. p. 48St, 521, 545, 569, 592, 634, etc.
^ La fourberie de Douai. Ibid», U m, p. 361» 374, 379, 403, 438, lettre Dcccxii, du i" août d691; lellre dcccxviii, dM 29 août 1691; letjre ncccxxiii, du 4 seplemb^-e 1691, lettre dcccxxxiii, 4u iV novembre 1691 j lettre dcgclv, du 29 février 1692.
8 Ibid., p, 523, lettre ncccxcvt^u 29 juillet 1692, et p. 457, lettre dccclxii, du Î4 »ars 1692.
9 ff Gomment a-t-on pu prendre fcadement sur les belles paroles de cette
€HAP. IV, SEGT. n, AKT. U, % Vf. IM
l'appelait dans Targot j$inséniste, use langue ealoamiatrice^ A l'appui de tout cela, l'infatigable vieillard envoie mémoires sur mémoires ^. Les termes, de son aveu, y sont un peu forts; ses amis, il en est sûr, voudroient tes supprimer '. Pour lui, il veut qu'on les femette même à Madame de Maintenon ^, à laquelle il applique cette (Station empruntée d'Esther, là tragédie de prédilection du nouveau Mardochée :
Elle a parlé; le ciel a foit le reste. * Cette pétulance octogénaire eût effrayé, on le conçoit,
n vieille Mï^iDesArquim, qui a toujours trofopé tous ceux qpi ont eu affaiA <f à «fie... C'fst ^9$urém^t pp^ habUe femme et bien finç; \\ seroit àsouhaj- « ter gu^ellefQt meilleure. Nos pousines [les religieuses de Port-Royal] s>n <( trouveroient mieux.» (OEuvres, t. ii,p. 97, lettre cggxlu, du 2 arril 1681.)
I lèiickj t. ^11, p. 510, let(Fe DCÇGI.XXXXX, du 1*' juillet 1093 ; p. $%U l^ttrç HCCGXCtv, du 25 ji)illet 16Q2; p. 710, lettre pccccxcvni, du 90^ cembre 1693. U consent toutefois à voiler dans la vie de Tarchevêque, oecuUa deâecorh {ikidj,, t. ii, p. 278, lettre ccccxxvu, du S4 juin 1683) ; ipais 01^ jsn parle fort crCtnient ^an^ un Mémoire q^ii fa'i| partie de ^s (Muvre$, t. xxv, p. 359, et qui semble sorti de sa plume.
â Jbid., t. ni, p. 481, lettre dccclxxvi, de mai 1692 (et non 1688.)— Cf. îi;^rrl^re, F»1 d'Amauld, U p, p. 405 et AOQ.
s Z&frf.— Cç n'était pas la première fois d'ailleurs que rifyurieux docteur se trouvait, pour les emportements de sa plume, en butte au blâme de ses amis. Nicole lui écrivait le S mai 1684 : «Vous ne concevrez jamais assez <ç les flTets que font les duretés des écrits, sur Tesprit du mpn(|e, et prince cipalement des amis. On ne se soucie point du tout des sottises, des ca- « lomnies, des aigreurs des autres : on y a même quelque complaisance, ft parpeqiie Von sait que cela leur attire l'indignation publique [ceci est fort «juste; e^t-cç chrétien ?] Mais quelque chose de dur et d'ai^ dans les « personnes que l'on aime, met les gens au désespoir,- et cause des afflictions « plus sensibles que je ne vous le saurois exprimer. Vous devez donc foire état ^ 9mç to^t ce SlvCon you4 en viande n'est riep ei| comparaison de ce qu'on n e^ resfept : faites votre compte sur cela. » (Œuvres du doçU Arnauid, t. Il, p. 4120'
4 n Cette fierté [des Jansénistes] n'en vouloit qu'au pape, aux archevôa ques et aux Jésuites. » (Racine, Lettre* à d^icoU, OBuv.» t. vjt, p. 15.)
5 OEuvres du doef, Amauld, t* lu* p. 482. — On sait qu^Arnauld préférait Estber à Atbatie (ièût, p. 84di lettse nficc, du la «vxil 1991).
16& US nLS D'ARNADU) D^ANDILLY.
tout autre qu'un diplomate. A plus forte raison dut-elle épouvanter Pomponne, dont la dernière disgrâce avait été précédée de la menace faite par Louis XIV* en plein conseil, de jeter à la Bastille celui de ses mini3tres qui lui remettrait u» écrit du docteur janséniste ^ — €e dernier ne se rebuta point. Le roi assiégeait Namur, et Pomponne l'accompagnait. La propriété d'un des hôtes dont Arnauld avait éprouvé la générosité sur cette terre d'exil se trouvait menacée. La reconnaissance fait illusion au fugitif. Il tranche du protecteur, et veut obtenir du roi une sauvegarde en faveur de son hôte ^. Il ne voit rien de mieux pour cela que de s'adresser à son neveu; rien de plus sûr que d'envoyer son secrétaire près de ce neveu même. Le secrétaire était connu, et parmi ses connaissances toutes n'étaient pas diplomates. « Etant « arrivé au camp, écrit Arnauld, M. Guelphe [c'était le « secrétaire ] ne trouva point M. de Pomponne dans sa « tente; mais un ancien domestique l'ayant reconnu, il a en eut tant de joie qu'il se jeta à son col, et lui de- (( manda en pleurant de mes nouvelles. M. de Pomponne (( étant revenu de chez le roi, M. Guelphe le salua et « lui présenta la lettre que je lui avois écrite. Il la lut, et a demanda de C encre pour y faire réponse. Et avant que « d'écrire, il dit : Je vous assure que je ne comprends pas « comment vous êtes venu ici, y ayant tant de danger pour (( vous, étant aussi connu que vous l'êtes ; car si le con- « fesseur le découvroit, il vous feroit faire un affront.' » Ce contraste entre la joie du valet et la circonspection du ministre, nous le soupçonnons ménagé par l'amer-
^ /6iU, t. TU, préf. k1st./p. xtiii.
2 ïbid,, t. III, p. 492, lettre dcgclxxxii, du il yS^Mî. '
s Ibii*, p. 506, létti*e ficccLXxxYiii, du 28 juin 1692^»-
tume malicieuse qui perce dan$ une autre lettre où le docteur écrit à madame de Fontpertuis : « Votre ami a « eu grand soin de vous donner avis de la visite qu'on « lui & faite. Je n'ai pas été surpris de la sul^prise qu'il « en a eue. Ce lui a dû être une espèce d'enchantement « et de spectre, de voir le petit frère [Guelphe] dans sa « tente au siège de Namur. Mais je le suis beaucoup de « ce qu'il paroît, par la manière dont il vous en a écrit, « que cette visite lui a fait de la peine, et qu'il a eu peur « qu'on ne lui en fît une affaire... Est-ce donc que je se- « rois le seul daiis le monde pour qui ses proches ne se « pourroient employer, ni recevoir quelqu'un venu de* <( sa part pour, leur apprendre de ses nouvelles, sans se « faire des affaires ? Pour moi j'ai bien meilleure opinion « de notre grand prince, et je me tiens assuré que si votre « ami lui avoit conté sa surprise, en lui témoignant la « joie qu'il avoit eue d'apprendre les aventures de son « oncle, de la bouche d'une personne qui venoit d'auprès « de lui, ç'auroit été la meilleure ouverture du monde- « pour parier... en faveur de cet oncle... Mais on n'a « garde de rien tenter, quand on tremble au seul nom du « père confesseur' !»
Pomponne était-il donc aussi misérable que le dépeint ici le correspondant de madame de Fontpertuis? Nullement. Plus que personne peut-être il souhaitait le rappel du proscrit ^ ; mais il savait que le principal obstacle à
1 OEuv. du doct. Arnauldy l. m, p. 499, lettre dccclxxxvi, du 24 juin 1695.
2 Jbidt t. iir, p. 303, lettre dcccxiii, du 3 août 1691. — Cf. laplupait des lettres de son x)ncle adressées à M*"* de Fontpertuis de 1691 à 1694; très souvent Pimpaiient vieillard y répète cette phrase ou Téquivalent : a On est assuré de son affection ; mais il est timide. » (Jbid,, t. m, p. 729, lettre mviu, du 22 janvier 1693.) Cela n'empêchait pa^ le soupçonneux
iM LES FILS D'ABNÂUID D'ANDHXY.
ce rappel était le proscrit lui-même ; et que les indiscrétions d'un aèle trop hruyant étaient plus à redouter que les secrètes suggestions du confessionnal/ Aussi luttant à la fois contre ces deux influences, tâchant de déjauer celle-ci et de prévenir celle-là, accusé d'un côté d'empressement intempestif, de l'autre de lenteur impardonnable, et par chacun de trahison ; n'ayant que soi pour confident, et d'appui que dans sa conscience, Pomponne épiait de sang -froid l'instant favorable, et mettait toute son habileté à le faire naître. — Enfin après deux afid d'efforts, de calculs et d'attente, le grand roi lui demanda comment son oncle se portait. Soudain cette question s'envola jusqu'en Hollande '.
€' était évidemment le préliminaire d'une amnistie, nous nous trompons, d'un traité entre deux despotes dont le moins altier n'étaft pas l'exilé. Celui-ci cependant fut d'abord tout entier à l'espoir si doux de retrouver une patrie qu'il aimait. La patrie alors était inséparable du monarque, et l'exilé écrit avec trop de joie pour y mettre de la malice j « Tous ceux qui me connoissent savent « que j'ai un amour pour ma patrie et pour mon roi que « beaucoup de gens trouvent excessif^.,. ; je crois même
docteur et ses amis de croire qu'il suffisait de parler à Pomponne de Teiilé pour le refroidir dans les affaires où il paraissait le mieux disposé. [Œuv, du doct» Amauld, t. m, p. 612, lettre DCGccxLir, du 11 mars 1 693.» Cf. p. 621.)
^ Elle 8*y envola même sans attendre la réponse que dut y faire Pqm^ ]ponne.(lM., t. m, p. 705, lettre dccccxcyi, du 15 décembre 1693 ; p. 719, lettre uiv, du 8 janvier 1694.)
1 lUd., t. III, p. 456, lettre ftccctxii, du î?4 mars 1692. —Et ailleurs : a II y a une chose qui seroit assez à propos que le roi sût, qui est que de- « puis douce ans que je suis sorti' du royaume, j'ai rencontré partout beaua cou^v d'amis qui m'ont toujours témoigné être fort contents de me^ hors c un seul point, qui est que j'étois, à ce ^u^il leur sembloit, trop passionné c |)ear mon roi. » (/M., p. 279> lettre dcclx, du 5 mars 1690.»Gf. p. 459»
CHAP. IV, «ECT. n, ABT. U, S I^. 167
« que le désir d'aller finir mes jours dans le royaume où (( j'ai eu le bonheur de nattre, fait partie dé Festime et « de la vénération que je dois avoir et que j*ai toujours « eue pour mon roi '. » Ce roi d'ailleurs, il en était fier jusqu'à trouver impertinent que le prince d'Orange eût donné à J.oui3'XIV, dans une déclaration de guerre, le nom de roi des François au lieu du titre de roi de FrancêK Enfin il n'avait pas oublié sa famille. A l'hymne que lui fait entonner dans une de ses lettres Tespéranee du retour il ajoute un posi-scripium par lequel il assure Pomponne qu'il serait heureux de l'embrasser avant de mourir ^.
Mais après ce premier élan le chef du Jansénisme se met à songer aux protocoles qu'il était de sa dignité d'insérer dans les négociations qui allaient s'ouvrir. Alors commence un spectacle curieux, celui d'un duel diplo-
leltre dcccliii, du S4 mars 1692, et p. 730, letUre MMt da S6 janvier 16940 Sans doute parmi les amis d'Arnauld, qui trouvaient à redire à son affection pour le roi, se trouvaient ces gouverneurs des Pays-Bas espagnols (les marquis dé Grana et de Castanaga), qui loi aooordaient de aeorttt iau(« conduits pour le mettre à Tabri des poursuites de l40uis XIV, et à qui en revanche il communiquait les Provinciales ei tous les livres jansénistes qui étaient à Yinéex dans la cour espagnole. (Gf» Larrlère, Yi9 d*Amauld, t. II, p. 199, 290, etc« i OBmreê 4u doçU ÀrnanU^ t. m, p. 194, 196« 900, lettre dccvi, dccvii, pccK, du 29 avril et du 9 mai 1689, etc.]
1 Œuv. du doet, Amauld, t. m, p. 707, lettre Dcccctcvit, du 20 décembre 1693.— Cf. Racine, Hi$t. de P. R., p. 171.
2 Jbid,, t. m, p. 207, lettre dccxiv, du 2 juin 4689.-- Le grand Amauld ne prévoyait pas le succès qu^aurait en 1789 celte importation d^outre- Manche. Aussi s*éiève-t-il plus d^une fols contre des habitudes qui ressemblent singulièrement à celles du système anglo-politique. Dans une de ses lettres, par eiemple, 11 traite tout crftment de filou un candidat éligible qui s^était donné sa propre voix. (Œuvres, t. it, p. 528, lettre dxiv, d'avril 1685.)
> c Je reprends la plume. Monsieur mon très cher neveu, pour vous « assurer*. • que j*aurois une grande joie de vous embrasser encore avaqt « que de mourir... > (Ibid,, t. iit, p. 708f lettre nccccxcvii,' dM SO<décen^. brei698.) \>
168 LES HLS D'ARNAUU) D'ANDULY.
niatique dans lequel des champions habiles , souples , déliés, dirigent, détournent ou amortissent respectueusement et en silence les coups qu'ils se portent au nom de ces deux royautés hautaines qui ne pourraient s'approcher sans se heurter, et dont l'une, malgré tous les efforts de ses mandataires, finit même par se précipiter dans l'arène. — D'un côté c'est Pomponne soutenu de presque tout le ministère ^; de l'autre l'archevêque- de Paris soutenu du confesseur 2, Le docteur janséniste avait pris pour devise :
Qui timide rogat
Docetnegare *
Une demande timide appelle un refus. — Ses depaandes n'étaient pas timides. — Il fallait d'abord que le roi ne parlât de ce qui se traitait « ni à son archevêque ni à son confesseur*. » L'affaire conclue, il fallait qu'au retour de l'exilé on n'obligeât celui-ci à les visiter ni l'un ni l'autre, (( car que dire à des gens que je ne puis douter qui ne me (( haïssent, et qui croient avoir graiid sujet de se plaindre « de moi ; au lieu que c'est moi qui prétends en avoir « beaucoup plus de me plaindre d'eux. . . ; et d'ailleurs ces « visites seroient prises pour une espèce de satisfaction (( que je leur ferois ^.. Enfin, ajoute-t-il, je souhaiterois
1 Voir, Œuv, du doct. Amauld, t m, p. 48S, la lettre dgcglxxyi, de mai 1692. ~ Cf. Mém. de l'abbé Arnauld, part m, p. 76 ; Le Clerc, Vies idif. de P. i?., t. IV, p. 55.
2 Voir plus hapt, t ii, p. 162 les notes 8 et 9 ; p. 163, n. 1 ; p. 164» n. a ; p. 165, n. 1, et toute la correspondance d* Arnauld, passim,
3 OEuu, du doct. Arnauld, L m, p. 764, lettre mzvin, du !•' avril i 694. - 4 Ibid,^ t. lu, p. 523, lettre dccgxgv, dn 29 juillet 1692. Voir aussi, p. 458, lettre DCGGLzitj, du 25 mars 1692. .
« n'avoir obligation de cette grâce qu'au roi seul, et que « Sa Majesté eût la bonté de m'en faire encore une autre, « en voulant bien que ce fût à elle seule que je rendisse « compte de ma conduite par l'entremise d'un de ses « ministres ^ » — Ce ministre l'eût été par indivis entre le docteur et Louis XIV.
Et cependant, chose étrange ! le confesseur et l'archevêque, si l'on n'avait pas acquiescé en ce qui les concerne, et cela est probable, au premier article d'un semblable ultimatum, ne semblent pas détourner le roi (J* accepter les derniers ; car on offre à l'exilé son neveu pour interiiiédiaire, et l'hôtel de celui-ci ou la terre de Pomponne pour, retraite. Mais le docteur se récrie : «Je ne puiïme « soumettre à ce qui feroit dire à mes ennemis, que torjrt, « ce que la faveur de l'un de mes proches a pu obtenir « de Sa Majesté, est que l'on me traiteroit comme un « coupable, à qui l'on feroit grâce pour le passé, et de « qui on se seroit assuré pour l'avenir... Ce seroit d'une « part une honnête prison, et de l'autre une recj^nnois- « sance que, n'ayant rien fait qui vaille par le passé, i)n (( ne me l'a pardorfné, à cause de mon grand âgejçu'à « condition que je n'y retournerois plus^,-. Il m faut « donc point s'attendre que je me résolve jamais à de- « meurer à la campagne, ou à la maison de Paris de « votre ami. Ma raison principale est que je veux être en « liberté et vivre à ma guise ^. »
Puis il lui vient en pensée, à lui qui, simple prêtre, frappe son archevêque d'interdiction^ e» ce qui concerne
i Œuv, du doct. Amauld, t m, p. 708, lettre dccccxcvii, du 20 décembre 1693.
2 Jbid,, U III, p. 455, lettre dccglxii, du 24 mars 1692.
3 Ibid,, U m, p« 709, lettre Dccccxcirin, du 20 décembre 1693.
170 LBS FILS D'ARNAUU) D'ANDUXT.
ses affaires, que Ton pourrait tout confier À l'épouse douteuse de son royal adversaire ; et c'est l'intermédiaire quelque peu profane de Racine ^ qu'il choisit pour enlever madame de Maintenon au parti du confesseur^. Mais madame de Maintenon (Racine ne l'éprouva que trop pour lui-même) .était un allié peu sûr ; et le confeàseur était bien habile. — On parut vouloir accorder au docteur tout ce qu'il demandait $'ii $e réiignoit à ne plus écrire. — « Je serois donc bien niai avisé, répond-il a à madame de Fontpertuis, si ayant vécu sans reproche (( jusqu'à un âge si avancé, et ayant présentement tant « de préjugés pour moi, je me desbonorois moi-même .(( par une promesse de ne plus écrire, semblable à celle M qu'on fait faire aux mauvais plaideurs de ne plus plai- « der, pour passer le peu de temps qui me reste à vivre (( avec plus de repos et plus de satisfaction ^. » — Mais si on lui demandait seulement de ne plus écrire contre les Jésuites ? — « Je pourrai bien ne le pas faire, dit-il, (( mais je ne puis pas le promettre, parceque j'y pourrois
^.Cottift ilachic à'im|^riiBé dans les Mémoires tur (a Vie de Jean Racine, 1. 1<^ |k i/if , une lellre écrite en juillet iê9% que les éditeurs des OËuvres (CÀrnauld ont oublié de reproduire. Elle est du docteur au poète. Le premier n*y ménage pas Pomponne. Il dit en parlant de son eiil et de Louis XIV : i 11 fii^itMt atoir dissipé uli n«age i|ue f ose dire être une tadie dans le a soJeil. Ce ne seroit pas une chose difficile, si ceux qui le pourrotent foire, tt avoienl assez de générosité pour Tenlreprendre. »
2 c II me vient présentement une pensée i c'est quMl seroit bon de mon- « irer la lellre et le mémoire kVaneiea voisin de la sœur Claude [Ractite]..., « outre qu'il pourroit peut-être en parler à la dame [de Maintenon]... • (ûËuv. du docte Arnauld, t. m, p. 709.) — Le grand Ârnauld, pour ranger M">* de Maintenon de son parti contre le confesseur, comptait sans doute sur le souvenir de Tapprobation que jadis Ini-mêiiie avait d«iuiée êia eon- Tcsseur lorsque celui-ci s'était prêté au mariage de M"* de Maiilteiion. (Ibid., t. III, p. 100, lellre mlxvii, du ;) juitt 1688.)
3 Jbid., t. lii, p. 767, lellre Mmx,- 4«i ô avril 4694.-
GgAP. lY^ 8EGT. U, AAT. U, § lY. 171
« être obligé pour le bien de la vérité et de TÉglise qui « me sont plus chères que toutes choses ; outre qu'il ne (( seroit pas raisonnable que je m'engageasse à ne plus a écrire contr^eu?^, à mtiiis qu'ils ne s'engageassent aussi (( à ne plus écrira contre moi '... » Gela semblerait assez juste en effet. — Ainsi il accepterait sans doute une clause de silence réciproque ? — Oh I que non pas, a car ses enci nemis en tireroient un grand avantage ; et bien loin de i( souhaiter leur silence il voudroit qu'on leur ordonnât a de lui répondre. Le silence où ils sont réduits depuis « plus de quatre ans fait assez voir qu'ils ne le sau- « roient rompre qu'à leur confusion ; au lieu que si on M leur avoit fait cette défense, ils ne manqueroient pas i» de dire qu'ils étoient prêts de mettre en poudre tout ce i( qu'il a écrit contre eux ; mais que le respect qu'ils ont a pour tous les ordres de Sa Majesté les a seul arrêtés ^.» Ceci est sa réponse officielle libellée dans une lettre patente.
Quant à son motif véritable, il lui échappe dans un appendice secret, précédé de ces mots à l'adresse de madame de Fontpertuis : tibi solL — « Je ne puis promettre « de ne plus écrire. Il y a surtout un huitième volume « qu'il faut absolument qui passe '. » Voyez la bonae foi ! C'était le huitième volume de la Morale pratique desJésuit€9j le plus violent plaidoyer qu'on eût fait controceuxci depuis les Provinciales. « Si ces huit volumes épient « achevés, dit-il ailleurs, je pourrois laisser les Jésuites
1 Œuv, du doct, Arnauldf t, m, p. A56, lettre dccclxu, du 24 mars 1694; p. 713, lettre dcgccxcviii, du 20 décembre 1693.
2 Ibîd,, p. 768, lettre mxxix, du 6 avril 1694, et p. 720, lettre miv, du 8 janvier 1694.
3 Jbid,, p. 768, lettre mxxx, du 5 avril 1694*
(( en repos — pourvu qu'ils ne me dissent plus riçn ^ » Voyez la générosité I Aussi son infatigable correspondante, madame de Fontpertuis, lui écrit qu'il est un lion, et les Jésuites des renards qui ont juré de Texterminer. « C'est, dit-il, une fort bonne nouvelle,... car il n'est « pas vraisemblable que les lions se laissent accabler « sans se défendre... On ne manqueroit pas de pièces « pour faire le procès à ces méchantes bètes. Mais il fau- « droit bien se garder de se tenir sur la défensive ; ce <( seroit perdre tout son avantage \ » Voyez la charité !
Que pouvait faire le pieux et prudent Pomponne contre ceâ emportements d'un âpre génie qui semblait parfois s'inspirer de l'exemple de Bossuet, son contemporain, mais parfois aussi préparer les voies de Voltaire, cet octogénaire futur dont la naissance, par un singulier rapprochement, eut lieu l'année même où s'éteignit l'irascible vieillard [1694] ? — Pomponne perdait toute espérance sinon toute patience, et prenait en dégoût jusqu'au pouvoir que lui rendait inutile l'impétueux jouteur. . « Il a peu d'attachement, écrivait à l'oncle madame de (( Fontpertuis en parlant du neveu ; il a peu d' attachece ment pour le poste où il est, et on peut dire même que « le désir t[u'il a de son salut le lui rend insupportable. » — a Gela, répondait le caustique docteur, cela me donne « plus d'espérance que je n'en avois encore eu ; car je « savois bien qu'il étoit fort dévot, mais je ne le croyois « pas si détaché^. »
Pour lui, à mesure que s'animait le combat, il se
1 OEuv. du docU Àruautd, p. 537, lettre dcccgiy, du 5 septembre 1692. 3 Jbid., p. 744» lettre mxv, du 13 février 1694* 3 Jbid., p. 721) lettre HIV, du 8 janvier 1094*
CHAP. IV, SECT. n, ART. u, $ m. 17S
sentait plus détaché; car sa vieillesse lui disait que la délivrance était proche, et son aMeur qu'il mourrait indompté. Les glaces de Tâçe, fondues par la lutte, diminuaient d'autant les glaces prochaines du trépas ; et toujours plus opiniâtre à mesure qu'approchait l'instant suprême, il poursuivait son combat en s' écriant :
Fortem facit vicifUk iibertas
Senem *
La liberté qui \ient rend sa force aa vieiUard !
La liberté vint, et le trouva debout, multipliant les coups non plus en faveur de son retour, il y avait renoncé; non plus seulement en faveur de ses idées, qu'il croyait impérissables ; mais aussi en faveur de la forme qui devait hâter leur triomphe, défendant la Satyre en la personne de Boileau, et recommandant la lecture des Provinciales au fils de Pomponne. — Les dernières lettres qu'il écrit^ sont donc uniquement consacrées à la glorification de ses doctrines, des procédés sous lesquels il aimait à les produire, ^t des maîtres qui avaient le mieux usé de c0sr procédés. — La dernière qu'il reçoit^ lui apporté un exemple de conciliation donné par Racine, un blâlne théologique de la part de Bossuet et un conseil de modération sorti de Port-Royal même. Heureux du moins 4' entendre ainsi murmurer à son oreille affaiblie, au lieu
^ c Procès en calomnie ao sujet du placard intitulé : Janaenismus omnem « destruens religîonem, » y* partie, publiée en mai 1694 ( Œiw* du doeU Amauid, t. xxt, p. 251} : « Enfin Tftge od je suis ne me laisse guère lieu « de m^inquiéler de ravenir, Fortem faeity elc. b
2 Jbid,, t. IV, p. 7i, lettres Mtxiv et aa^y, du 27 et du 30 julUcf 1694.
3 Ibid,, p. 73, lettre mlxvi^ du 6 août 1694. — H mourut le 8 août « deux • jours, disent ses>éditeurs (ibid., p«^ 74),. après la date de cette lettre qui « lui auroit donné beaucoup de joie. »
nu USB PILS D'AENAUU) D*AIfDIUY«
4e8 bourdonnemeDts de la mort «les noms les plus glorieux « .les plus vénérés et les plus chers de la patrie absente !
Quant à Pomponne» ne pouvant plus rien dans cette patrie en faveur de son oncle, il avait du moins cette fois pourvu aux dermers besoins du vieillard dans l'exil ^ Bien plus, ce qu'il n'avait pas fait du vivant de celui-ci, il le fit après sa mort. Pour accomplir ses dernières volofitèsi; il hasarda la disgrâce du maître. — Le docteur, on se le rappelle, avait spéculé sur Tîle de Nordstrand^; et le secret de cette spéculation que n'avait pas encore pénétré Louis XIV, Pomponne, on se le rappelle aussi ^ en av^it été dépositaire* Quelque temps avant sa mort, le spéculateur s'était flatté de recouvrer une partie des sommes !!tigagées dans cette affaire, celles-là même dont le débiteur était le duc de Holstein ; et il avait écrit à l'amie dévjouée qui lui servait d'intermédiaire près de
son neveu : a Si nous avons besoin d'une personne à
a qui nous pouvons bien nous fier, il y a en ce paye-là a. M. l'abbé Bidal, docteur de Sorbonne, et agent du roi^ u qui est présentement en une ville du royaume de Da- « nemarc, qui est tout à fait de nos ahtis, entre les mains tt de qui nous pourrons remettre toutes nos affaires.4^^ b Amauld, qui dans ce moment même exigeait, on Ta vu,
r c Si Cela continue de la sorte, de quoi pourrai-je subsister, que de « [1500 Hy. de pension] qu*on [M. de Pomponne] a promis d*une ma- « nUke si obligeance? • (ÔBuv* du iforf. Àrnauld, t. m, p. 768, lettre nou, du iO mars 1694.) ^ La promesse dut se réaliser promptement, ou le yi/Hk* lard ne put en ressentir i'effiencité. — Voir aussi letUeMGCCLUZvii, du 16 novembre 1693, t. m, p. 695; lettre bcccclxxw, du H novembie 4696, p. 697, etletti^ Mitx,du8marsl694> p* 751é
3 Voir |du& baut, 1. 1, p. 299.
* Voir VÀppendiee^ 1. 1, note N.
4 Œuvres du doct. Artiautd, i, m, p. 448, lettre DGCGi^Tfu, du S mars 1693.
CMA^ ÎV> feECT* tt ART. Û. § tV. 175
que Louis XIV mit ufl iriînistre en commun avec lui, pouvait bien faire demander à un ministre de charger en commun des affaires du Jansénisme et de celles du roi un agent diplomatique de la France.
Pomponne savait mieux que personne combien et pourquoi Tabbé Bidal, son subordonné, était dévoué aux intérêts de sa famille^ car au moment de sa disgrâce il avait reçu du père de cet abbé ' la lettre suivante : « Mon- « seigneur, je ne puis exprimer par mes pàrolles l'excès te de la douleur que j'ay ressentie de me voir privé de t( l'avantage que j'avois de travailler sous votre con- « duite; elle a esté pour moy si remplie de bontés qu'il « me sera toujours impossible d*en avoit* autant de re- « connoissance que je dois, Ge n'est pas pourtant là, « Monseigneur, où se terminent les obligations dont je « suis redevable à votre grandeur» Elle m'a honoré de (( ^a protection dans un tems où elle étoit toute ma res- « source, et je sçais. Monseigneur, que c'est par votre « moyen que j'ay esté rétably dans tous mes biens dont « j'avois esté entièrement dépouillé ; ce qui m'obligera « tout? ma Vie' à faire des vœux au ciel pour qu'il ré- « pande sur Vous ses faveurs les plus précieuses, et qu'il t< soit la récompense de votre vertu pour laquelle j'ay « toute la vénération que doit celuy qui est avec un pro- « fond respect, Monseigneur, de vostre grandeur ^ vostre « ti-ès humble, tout obéissant et tout obligé serviteur. « — BiDÀL. — Hamb^^rg, ce premier décembre l«7di »
1 Pierre Bidal, baron d^Asfeld, résident à Hambourg p^or Louis XIV, 4Mi pour fils,4)yU-e le AMiréchal d^Asfeld^et Tabbé de I^ VMuWUecéié Janséniste^ Etienne Bidai,«bbé de N. IX de i'ËscalDieu, résident dès 1682, puis euvoyé eUraordioaire à UaadKMiiig, puis Ton des pitts feraics soutiens de la liuUe UnigenUus, {Leit» iméé, dés FeupUéres, pâ^sim; Cerveau^ Necroi., 1. 1, p. 74; t. II, p. 102, etc.
176 tes FILS D'ARNAULD D'AHDOLY.
Pomponne, on le voit, devait compter sur un dévouement complet de la part de l'abbé Bidal en chargeant celui-ci de veiller aux intérêts des anciens spéculateurs de Nordstrand ; et cependant il ne les lui confia, comme nous l'avons dit, qu'après la mort de son oncle ; c'est du moins ce que semblent prouver les deux lettres suivantes : « Monseigneur, j'ay creu qu'une de mes princi- « pales obligations, à mon arivée en ces quartiers, étoit « de vous rendre de très humbles grâces des bontés ex- « traordinaires que' vous m'avés toujours témoigné, et « à ma famille, que je vous prie très instament de me « vouloir accorder. — Je n'ay encore pu rien faire pour a l'affaire dont votre grandeur m'a chargé, et je ne pou- « rai apparament y travailler avec succès qu'après que « M. le duc de Holstein ^ sera revenu de Suède, où il doit « aller incessament pour épouser la princesse. Je ne né- « gligerai rien alors pour le porter à rendre la justice « qu'il doit ; et cependant je tâcherai d'en toucher quel- « que chose à ses ministres. Je suis, etc. — Hambourg, « le 7 mars 1698. »
« Monseigneur, je n'ay pas oublié la part que vous « m'avez tesmoigné prendre àTaflEaire de Nordstrand, et « je n'ay perdu aucune occasion d'en parler aux minis- « très de M. le duc d'Holstein. J'ay même redoublé mes c( instances sur la fin de l'année dernière, afin de vous « pouvoir mander au commencement de celle-cy quel- « que chose qui vous pust contenter. Je n'en ay pu tirer
1 Frédéric, <iui avait succédé à son père Christian-Albert en 1695, et qui devait épouser la sœur de Charles XII, dont il fut un des plus fermes appuis. —On sait que Frédéric, tué à Clissow en 1602, est Taïeul de Pierre III, cet époux infortuné de Catherine qui fit asseoir sa maison sur le trône de Russie.
CHAP. IV, SECT. n, ART. U, $ IV. 177
« jusques à présent que des paroles, et ils remettent au , H mois de février d'entrer en négotiation sur cela, vou- « lant auparavant terminer plusieurs payeraens qu'ils « sont engagez de faire à la foire de Kiel qui se tient « dans quinze jours. — Considérant cette affaire comme « un moyen de vous pouvoir faire connoistre la recon- « noissance que j'ay des obligations dont je vous suis « redevable, je ne néglige rien pour y pouvoir réussir. « En attendant je feray des vœux pour la continuation « de vostre santé pendant la présente année, etc. — Ham- « bourg, ce 2 janvier 1699. »
Il y avait, selon nous, un assez grand péril à provoquer et à recevoir ces lettres ; elles ne pouvaient sans doute -constituer un crime de lèse-majesté, quoique Louis XIV fût assez enclin à transformer en crime tout ce qui choquait sa volonté. Mais à coup sûr le correspondant de Fabbé Bidai a fait sagement de classer les dépêches qu'il en recevait au nombre de ses papiers personnels. Quels motifs avaient donc entraîné cette fois Pomponne à négliger les conseils de son extrême prudence? — Il ne s'agissait plus de gratitude à témoigner pour la mémoire d'un bienfaiteur; la famille de Lionne n'avait aucun intérêt dans l'Ile de Nordstrand. — Il ne s'agissait plus de la fortune des proches ou des alliés du ministre; le grand Arnauld n'avait fait qu'un seul legs dans sa famille, et ce legs, destiné à son filleul, ce fils de Madame de Bosroger à qui M. de Prétot avait servi de père, consistait en une Bible latine couverte de chagrin noir ^ —
1 Testament temporel du grand Arnauld dans Larrière. (VU d'Àrnauld^ t. II, p. 445.) — Comme d^Andilly, son' Civière, le docteur avait un crucifix àl^foronze (Ibi<Lj p. 444* — Voir plus haut, t. ii, p. 17.) Celui<d épargnait-il cette fois les allusions ft'sa famillet en léguant ce symlwle d'un
178 W ¥UM DU1NAUU> Q'AimtXY,
Enfin il ne 8*agissfiit plus d'arraciier à Teiili au besoin, un oncle persécuté ; et liquider les affaires de Nordstrand était plus périlleux que de recevoir les rentes de rhôtel-de-yille, — Encore une fois quels motifs entraînaient Pomponne 7
Le grand Arnauld avait légué vingt mille livres à Port-- Royal ^ et un passage de ses lettres prouve que cette somme devait être prise en partie sur les vingt mille livFiid qu'il avait jadis placées à ISordstrand^ Pomponné, cBez qui la crainte d* emportements indiscrets ne paralysait plus le zèle, obéissait à une triple impulsion de sa nature logique, affectueuse^ persévérante^ — en poursuivant jusqu'& sa dernière solution un projet auquel les lettres d'Antoinette Bourignon prouvent qu'il s'était employé dès le principe ^, — en accomplissant le vœu d'un parent vénéré au profit de l'asile glorieux et persécuté de sa famille, — en se laissant enfin dominer par cette tendance dont Louis XIV lui faisait un troisième défaut, Topiniâtreté 1
Cette opiniâtreté d'ailleurs fut couronnée de succès; mais Pomponne avait mis tant de prudence à s'y aban* donner que le succès n'eut lieu qu'après sa mort. Peutêtre même le retard an fut-il calculé de manière & ce qu'une heureuse conclusion ne prévint pas l'instant où l'habile ministre n'aurait plus rien à en redouter. En effet,
dévouement impérisss^bleïCHi Àiiragcux secrétaire qui devant Namur avail affronté la colère du cCmfesseur? — (Sur Guelfe, voir, outre le» NécroLf les Mém, de Lançeloi, t. ii, p. 444, les lettres d'Ârnauld, passim. Racine, Fra^m. *«r /\ iî., Œuv., t. VI, p. 800.)
* Larrière, Vie d'Arnq^ld, 1. 1^ p. 448.
3 QEhv. i^u<<oc^4rnaWi^u».II,p.4Sdaloppl.,lett|«daiajuin16tfl
» Voir plw» ham, 1. 1, p, 82â, 3M,
CHAF. IV, «ECT. m. IW
le résultat connu, Louis XIV fut loin de s'en montrer b^ tiafait. Les fonds remboursés sur Nordstrand durent être arrêtés par ses ordres entre les mains des notaires ï. Mais lorsque ceuK-ci furent prévenus de la volonté aU' prêmo, il se trouva que, la veille même, le rembourse* ment avait été effectué au profit de Port-RoyaL — Quel^ ques mois écoulés» Port-Royal n'existait plus.
SECTION m.
HENRI DE LCZANCY.^
Celui des membres de la famille Arnauld dont le dévouement pour l'illustre maison qui profita si peu des effets posthumes de la bienveillance de Pomponne s'était consommé avec le moins d'éclat, et par conséquent avec le plus de désintéressement, est le frère puîné du prudent ministre, Charles-Henri Arnauld, écuyer, sieur de Luzancy ^ Le troisième fils d' Arnauld d'Andilly avait, comme ses deux aînés, suivi plutôt la volonté paternelle
i Guilbert^ Mém. ehron,, t v, p. 5A6-551 ; le Recueil in-li, p. 536, n.
< Le compte rendu ^par d^Andilly à ses enfaiils, le S8 décembre l65Sr, indique d^où Tenait à son troisième fils le surnom de Lutancy : c Toutes « les aquisitions que j'ay* A^^^^ ^ Pomponne, y compris œUe de» Mi 4é
• Luzaneyt tetastimént et toutes les elostures de Belleveue..., la maison de
• Belair que j^ai fait bfttir ft Pomponne*»., etc. » ^ On sait que ce suriiMB du troisième fils de d^AndHly fut usurpé par le bAtard de TaCtrice Beftuchftteau, Jésuite renégat, qui suscita un Tiolent orage en Angleterre contre les Catholiques, et que le grand Arnauld apprécia sérèrement dans
^ion Apologie pour les CaihoiiqueB. — Gfl Goujet, Vie de Nicole^ part ii, p^ 88. ^
K G^est le titre iioi loi est donné dans le testament de Simon lËon(i6 oc« tobre 1658} voir plus bas, p. 183), où il est désig^né comme exécuteur tel* tamentaire.
que sa propre vocation dans le choix d'une carrière ; et Robert, dont l'ambition s'efforçait d'échelonner les siens sur toutes les avenues du trône, l'avait placé comme page chez le cardinal de Richelieu ^ Mais le jeune page n'avait rien de ce qu'il fallait pour réussir près du grand ministre. Il était d'une capacité contestable, d'une ignorance incontestée^, et manquait surtout de la qualité que possédaient jusqu'aux femmes de sa famille, l'énervé. En même temps, il avait des siens l'inquiétude et l'opiniâtreté ; et comme les siens aussi, il laissait ce double défaut influencer ses impressions, qui tournaient à des méfiances invincibles ou inclinaient à des dévouements absolus. — Toutes ces tendances aspiraient à un appui.— Robert l'avait cherché pour son fils au faîte du pouvoir; Luzancy ne le trouva que dans le cloître et dans la prison. Au lieu de briguer les faveurs du puissant cardinal, il implora les conseils de son captif, l'abbé de Saînt-Cyran ', qui du fond des cachots de Vincennes eut pour interprète et pour auxiliaire une jeune novice, Catherine de Sainte-Agnès, la sœur aînée du page *. Celui-ci, rendant au ministre une enseigne qu'il
1 Mém, de <eAndilly êur SainUCyran; Le Clerc, Vieê édif. de P. H, U II p. 41 ; Mém, de Lancelot, t. i, p. 338. « Il avoit élé mis page tout c jeune chez M. le cardinal de Richelieu, chez qui ces places -là étoient c alors extrêmement briguées... » (Mém. de Fontaine, t. i, p. 123.)
2 « On le mit avecJM. de Saci pour lui apprendre le laiin... Mais, à la • première tentative, on reconnut aisément qu*entre tant de talens que c Dieu lui donnoit, il n^avojt pas reçu celui des sciences. » (Mém, de Fon^ taine, t. i, p. 125.)
S Lettres de Saint-Cyran, 'du 16 mars 1641 et du 15 novembre 1642^ t. I, p. 83 et 122 ; Mém. de Fontaine, L i, p. ^23; Mém, de Lancelot, L i» p. 339. -r- Cf. rindication des personnes à qui sont adressées les lettres d^ Saint-Cyrao, Recueil iù-12, p. 150. . v^,
4 Catherine de Ibttitc^Àgifès. ' ( D. ciémencet, HisK d&hR,f U nui,
CHAP. IV, SECT. m. I8f .
en avait reçue^ et qu'il desservait dans les douceurs d'une garnison, fut, à dix-neuf ans [1642]^ s'abriter aux murs ' de Port-Royal 2. — Il y trouva son véritable point d'appui. Pendant quarante-deux années que vécut encore ce pieux transfuge des camps [1684], activité, désirs, élans de rame, affections de famille, . tout se concentra pour lui dans cette vallée des champs où son cœur pouvait n'obéir qu'à sa meilleure impulsion, le dévouement. En dehors, au contraire, tout redevenait pour lui inquiétude et méfiance^, même parmi les siens. Trois fois la persécution le chassa de cet Eden, où sa véritable vie s'était éveillée, et le renvoya sous les frais ombrages de Pomponne*. Là il retrouvait la solitude, la prière, une partie de sa famille ^, et, dans sa famille même, des exilés comme lui. Mais son esprit agité ne pouvait s'y prendre à aucune consolation ; et trois fois on le vit, entraînant avec lui ceux qu'il aimait le mieux, ses compagnons d'exil,
p. 33 ; Mém. de Lancelot, t. ii, p. 178.) Elle avait été novice au Saint- Sacrement ; mais elle n'y était plus, comme le dit Besoigne. {Hist,de P. R,, t. IV, p. 4. — Cf. NécroL de P. R., p. 71 et 491, et D. Clémencet, t. iv, p. 352.) M"« Poulain deNogent {HisU abrég, de P, /?., t. ii, p. 31) confond Catherine de Sainte-Agnès avec Angélique de Saint-Jean. — Catherine, fille ainée de d'Andilly, mourut à Port-Royal de Paris, à Tàge de vingtneuf ans, le 23 décembre 1643. « Elleavoit presque perdu la vue, pour avoir « transcrit la plus grande partie des lettres de M. de Sainl-Cyran [imprimées « par d'Andilly, son père], qui étoient mal écrites, et quelques-unes seule- « ment en crayon. » (Recueil in-i2, p. 161.)
1 Mém, de Du Fossé, p. 75; NéeroL de P. R,, p. 73, et Mém. de Fontaine, 1. 1, p. 123 ; D. Clémencet, HisU de P. R,^ u viii, p. 35.
2 Voir plus haut, t. ii, p. 17, p. 20 et p. 121.
S Voir plus haut, t. ii, p. 120, lettre de M"* de Pomponne.
A En mars 1 656. {Menu de d'Andilly, part, ii, p. 139-148 ; le Rficueil in- 1 2, p. 231.)— Le 9 septembre 1664. {lèid,, p. 153.)— Enfin en 1679, {Mém. de Du Fossé, p. 351; Le Clerc, Viesédif., t. iv, p, 56-59; Guilbcrt, v.1A'm. chron,,U ii, p. 574- — Cf. Nésrol. de P. R,, p. 74i etc. )
B D'Andilly, Sacy, Pomponne et ses enfants.
18Î LES nts d'abnalld d'andilly.
errer sur les limites de son paradis terrestre, jusqu'à ce qu enfin il expirât sur le seuil [1684] '. -
Les joies qu il y regrettait étaient cependant bien humbles et bien peu souhaitables en apparence. Au milieu de toutes ces gloires qui faisaient l'auréole de Port-Royal, gloires de Tépée et de la plume, de la noblesse et du génie, près du duc de Luynes et de la duchesse de JLongueville, près de Le Maistre, de Sacy, de Pascal et du grand Amauld, Boileau et Racine le virent sans <loute plus d'une fois tel que nous le représentent ses biographes, faisant le ménage de tous ^ ; et, le ménage intérieur accompli, montant un petit cheval pour all^r veiller au ménage extérieur ; gourmandant les valets dans les champs ^ aidant les moissonneurs sous le soleil ^, et revenant vers le soir en récitant le long des chemins- ses prières et son chapelet ^.
Cette vie de détachement et de charité a laissé dans notre dépôt des traces moins fastueuses que méritoires, et qui, pour n'avoir rien de littéraire, pas même l'orthographe, ne déparent point toutefois les archives de la
' Voir plus bas, chap, vi, sect, i, arU i, S *•
2 « l\ faisoit valoir les terres avec M. Le Maislre, çt conduisoil le ménage <f lui tout scul.D Besoigne, Hisl. de P, R., t. jy, p. 6. — Cr. Afén. de Fontaine, t. I, p. 246.
' « Les deux qui n'ont point étudié [Luzancy e^ d'Ëragnyl'ont par charité « pris le soin de notre labour que nous avons été obligées de reprendre, nos «t fermiers nous ayant quitté tous ruinés ^ cause des tailles.» (Ixtires de la M. Angélique, t. i, p. 336, lettre à la Ttàne de Pologne, du 4 jail*et 1647. — Cf. le Recueil tn-12, p. 211.)-^» On Je rançon Iroitiou jours priant quand « il alloit b cheval par les champs. » (Be8Qigne,i/it/. de P. M., t. iv, p. 6.^- Cf. Nécrol de P. R., p. 73.)
4 « n scioit les bleds au temps de ia moisson, faisoit les foins, etc. » (D. Clémencet, HisU, de P, R^, t. vui, p. 36.)
6 « On Ta vu allant ù cheval parle^ champs.», prier sans cesse pendant u toute la longueur du chemin.» (D. Clémencet, ibid,^ t. vm, p. 38.)
famille Arnauld, dont elles attestent la bienfeisancêi nop plus cette bienfaisance qui éclate" dans les Mémoires de ses membres en donations au profit de Port-RoyaJ ', où ceux-ci placent à fonds perdus les dots de leurs fiU^ ^^ l'équivalent de leurs retraites, ou le pain de leurs vieux jours; mais cette bienfaisance obscure qui répand tout en secret, sans rien recueillir qu'uti espoir pour Ta-utre monde. Tantôt c'est un registre où sont notées les distributions quotidiennes de vêtements .octroyés à la nudité souffrante, et un mémoire des hardes, achetées d après r ordre de la mère Angélique, où figurent des brassières de femmes et des chemisettes de garçons ^ évidemment destinées aux aumônes des religieuses. Tantôt c'est le testament d'un vieux serviteur du duc. de Luynes, Simon Eon, mort au château de Vaumurier, sur les hauteurs de la sainte vallée, et qui répartit ses épargnes entre Port- Royal, sa famille et les pauvres*, en désignant Luzancy pour exécuteur testamentaire. Ou bien c'est Tillemont qui prend celui-ci pour l'architecte d'un bâtiment qu'il se construit à Port-RoyaJ et lui délègue le soin d'en
1 Cf. Le Clerc, Vies ëdif, de P. R., t. m, p. hS2; t. lY, p. 61, èlcç Œuvres 4u doct. Arnauld, t. xxm et ^ly, passim ; Mém. ie la Af. Ânr ffélique, 1. 1, p. 56, 291;. t. n, p. 272, eto. ; Menu de Vabbé Arnauld, part, u, p. 147 ; Recueil in-12, p. 214 ; Hist, des persécutions de P, R,, p. 4-5, etc. ; AeteSf leiires, relaU, t ii, n» 7, p. 50, etc. ; Mém. de Lancelot, t. ii, p. 224» 28D, etc. ; Racine, HisU de P. R,, p. 22, etc.
.2c Taj donné à mes trois filles aisnées, en les faisant religieuses, tt 14,000 liy. » (Compte rendu par d*Àndilly à ses enfants^ le 2$ déoem** brel652.) / >-^*
s C'était ainsi que Saint-Cyran faisait faire des chemises, des camiseleft et des bas pour dès femmes qui étaient enfermées avec lui h Vineennes, portant Tattention jusqu'à prescrire quelle devait être la dineiiiion des chemi^. (Mém. de tancelot, t. i, p. 188.)
i 4 n donne 1,500 liv; aux panyres, 2,000 liy, à sa famille, et 8,050 liy. à Port-Royal.
compter les sacs de plâtre, les pièces de bois, les voitures de pierres, et les clous [167^]'; office dont Luzancy s'acquitte avec une patience égale à celle du savant historien, dont les citations ne sont ni plus exactes ni plus multipliées que les comptes de son mandataire. A l'appui de ces comptes figurent une foule de Mémoires. — Ce sont les seuls qu'ait laissés le modeste Luzancy.
SECTION IV