‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 16 sur 99 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

La scène se passe à Port-Royal de Paris. D' Andilly , pendant l'entr'acte, a obtenu de Madame de Sablé quelques visites dans le désert Sans doute là il lui a mieux expliqué son énigme, et il vient à Paris ^ à son tour, probablement pour en deviser encore. Mais par un reste de bou-

^ Ce n*atirait pas été la première fois que les indiscrétions des médecins eussent figuré dans l*histoire du Jansénisme. (Voir Mém, dé LanceloU X» h p. 250.} — D*aiileurs les membres de la docte faculté devaient peu goûter en général les principes de Técole deSaint-Cjrran, car celui-ci prétendait pour ce qui les concernait en particulier : ■ QuUl ne falloit pas qu^on eût d^attache c aux médednesy paroequ*il n> a que Dieu qui rende nos corps sains et maft lades. > {ïbid., U ii, p. 321.) Voir dans tout le chapitre d*où est prise cette citation jusqu^où allait le mépris de Saint-Cyran en fait de médecine, et son fatalisme en matière de santé.

2 Ces allées et venues se faisaient d'ailleurs fort commodément pour d'Andillj, qui avait conservé son carrosse à Port-Royal -des-Gliamps. (Mém, de la M. Angélique, U ii, p. 31.)

8ft2 BÛBBET AKNAULD ù'ANNLLY.

derie ou par un commencement de caprice, Madame de Sablé est à la campagne. 01e envoie à d' Andilly ce charmant billet de quatre lignes:

« Si le goust de Paris vous reprend et que celuy de la « campagne me dure, souvenez-vous des visites que je « vous ay laites dans le désert, pour me les rendre dans ma « solitude. »

D* Andilly répond :

c( Puisque j'ay tant aimé le dézert lorsque vous n'ai- « miez point encore la campagne, comment pourrois-je « aimer Paris lorsque vous n'aimez plus la viUe? Il fauc< droit estre bien aveugle pour se rengager dans Taffeofc tion du siècle quand vous commencez d'en concevoir du « mespris, et bien malheureux pour n'estimer pas plus que « jamais le bonheur de la solitude lorsqu'il me devient « commun avec vous. »

Pai* un raffinement de coquetterie, ou avec une intention d'épreuve, Madame de Sablé, au li^u de répondre à ce galant billet par son retour, en renvoie un nouveau par ce qu'elle nomme un petit messager.

u h ntai 1660. Appeliez- vous donc cela un petit mes- « sager? Quant à moy je le nomme une grande femme, « belle, jeune, de fort belle taille et de beaucoup d'es- « prit. Sur quoy je vous pourrois dire une vérité touchant « sa ressemblance; mais cela seroit trop galand, et vous « sçavez qu'il ne m'appartient pas de me mesler de ga- (c lanterie. En vérité, je meurs de peur que vous ne re- « veniez pas avant que je parte ; car croyez-vous donc que « je n'aye pas mille choses à vous dire ? Et vous les puis- « je dire tous les jours ? Je croy en demeurer encore icy « dix ou douze ; et seroit-il bien possible que vous eus- « sîez à faire pour si longtemps à la campagne? Quand

CHAP, II, ^PTf ^9 ^»T, Ui $ VI. 203

« cela seroit, ne vous le pprsuî^de^ p^, je vous prie; « trompez-vous vous-même pour l'amour de moy, et je « vous promets en récompense de ne vous tromper «jamais. »

Gela, comme on le voit, tourne fort au tendre. Aussi

ELMIBE tousse.

Quoi ! vous voulez aller avec cette vitesse. Et d'an cœar tout d'abord épuiser la tendresse? On se tue à vous faire un aveu des plus doux : Cependant ce n*est pas encore assez pour vous ^ !

Madame de Sablé est fortement enrhumée. D'Andilly a des remèdes souverains pour les rhumes. C'est Paris qui les donne ; la solitude les guérit. Le remède qu'il offre lui, ce n'est pas le jus de réglisse ; c'est la solitude.

« 26 juillet 1661. En vérité c'est une chose cruelle « que la fin d'un si gi-and rhume n'ait esté qde le comi( mencemei^t d'un wtre. Que eX l'air de cette solitude « vous estoit aussi propre qu'à moy, vous n'auriez qu'à « y venir pour sortir de cette peine, puisque je n'y arrive « pas plustost que j'y recouvre la voîx que Paris, de sa a grâce, ne manque poinf de jùe faire perdre ; et qu'ainsi « je ne dois pas y apprébendei: les rhupaes K »

î Act. lY, 8C T.

3 Si ce n'était une profanation de rapprocher une farce joyeuse de la comédie par exœllenoc, ai|x touvenlr» de Tartuffe nous pourrions ukéler ceux de LasariJle.-T^Maif poorittoi pat ? le sac de Scapin ne tralac-t-ii point derrière le Hisanthiope)— Dope mm snppiMennu que d*Andilly nous renfoie à Laiarille ; ft m9m 4man4enmâ à LaMnile.— Laiarille ftl cet excellent cheraUër deSéTictnl^ «olilairt de Port-IU|yal, dont nous aurons plus tard occasion de parier longneveut* M écrit du désert à madame de Sablé : « Le commandement que tous me frites^ Madame, m'est si * avantageux que je ii*aj garde de tous désobéir. 4e suis persuadé que le « oottteatement de Tesf rit ^ beiwceup oontribué è me redonaar la sauté. « Mais je le suis encore plus que c'est Dieu uniquement qui eu est Tauleur \ « car il ne peut rien reftuer aux s^lat^ ^ |MJilM^«e désert; et IWMr eu

20(i ROBERT ARNACLD D*Am>ILLY.

Vous toussez fort, Madame.

ELIIIRE.

Oai, Je suis au supplice.

TARTUFFE

Vous platt-il un morceau de ce Jus de réglisse?

Page 1