‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 17 sur 99 · ELMIRE · texte numérisé non relu

ELMIRE

Oui, plus qu'on ne peut dire.

TARTUFFE

Enfin, Yotre scrupule est facile à détruire. Vou| êtes assurée ici d'un plein secret. Et le mal n'est Jamais que dans l'éclat qu'on fait. Le scandale du monde est ce qui fait l'oflense ; Et ce n'est pas pécher que pécher en silence *.

Elmire tousse plus fort. —Ce que ne comporte point la scène, on ne le met pas ordinairement dans une lettre, à moins de recourir au chiffre elfronté de Dom Gervaise ^. Et sans doute le lecteur ne se montrera pas plus exigeant qu'Orgon. Il ne voudra pas

ff rerenir aux causes secondes, assurément Tair d^icy est bon aux personnes a d'A^. Depuis que j*y suis, j^ay tousjours fait mes deux repas avec bon « appétit, et comme M. Vallantra profédsé, je chante tous les jours à Toflice, c( comme si je n^avois point eu mal à la poitrine. Voicy une lettre de la a M. Agnès. Pour la mère abbesse, elle m*a prié de yous assurer de ses c très humbles respects et qu*il n*ya rien qu^elle ne fist pour yous procurer « quelque soulagement— Je ne manqueray jamais. Madame, d'avoir tout « le respect que je tous dois par tant de titres, quoy que je ne sois qu*un « vers de terre. » (Portefeuille de Vallant, paquet 8*, n* S, pièce Si.)

^ Aet IV, se V.

3 Métm de Samt^Simon, t« iv, p. 80.

CHAP. n« SECT. n^ ART. U^ S VI. 205

Attendre jaaqu'aa bout pour voir les choses sûres, Et ne se point fier aoz simples conjectures K

D'ailleurs, s'il y mettait de Finsistance^ nous le renverrions à Tallemant» qui écrivait ses Historiettes précisément à l'époque où avait lieu la correspondance de Rancé et de d' AndUly [1667-1669]. On y lit» : « M. d' An- « dilly perdit sa femme qu'il étoit encore vigoureux. (( D'ailleurs c'est le plus ardent et le plus brusque des (c humains. Je vous laisse à penser s'il n' étoit pas incom- « mode.... Je ne sais si c'est pour se consoler de son u veuvage, mais il alloit voir des femmes, et les baisoit u et embrassoît charitablement un gros quart d'heure. « Je ne saurois comment appeler cela; mais, si c'est dé- (c votion, c'est une dévotion qui aime fort les belles périt sonnes ^, car je n'ai point ouï dire qu'il baisât comme (( cela que celles qui sont jolies. Il querella une fois la <{ présidente Perrot, de ce qu'elle s' étoit retirée après (( quelques baisers, et jura qu'il ne la traiteroit plus (( ainsi, si elle ne prenoit cela comme elle le devoit. »

Certes, si Rancé était sous le tapis, il ne lui en fallait pas tant pour être convaincu. — Y était-il? -^ A coup sûr Elmire ne l'y avait pas introduit. Mais plusieurs personnes qui en connaissaient le revers avaient pu le mettre dans leur confidence. — Et d'abord Tallemant, qui fut commensal de Retz jusqu'en Italie*, bel esprit de l'hôtel Rambouillet à Paris^, et voisin de campagne de Rancé

1 Act. ir, 8C. VI.

S cNous faisions la guerre au bonhomme d'Andilly, qu*il avoit plus 1 d^enTÎe de sauver une âme qui étoit dans un beau corps qu^une autre. » (Lettre de madame de Sévigné do 19 août 1676.)

4 M. de Monmerqué, Notice $ur Tallemant, L vi^ p^ xix.

B IHdt^ p. XXII.

206 ROBBlT AkhAbLD D'AlflJlLtt.

sur la Loire ^ ne ise piquait pas de discrétion. La vie dissipée de celui-ci pi^ès du ëdtdinal de Reti», à l'hôtel Rambouillet \ à Yerete *, avant sa conversion^ avait dû le rapprocher de Tallemant, qui, après avoir partagé les plaisirs du jeune abbé, pouvait venir avec tant d'au-^ très le railler de don chàngeiiietit^ — Dans sa retraite aussi Rancé avait accueilli cet abbé Lêroi qui lui racontait des courses faites avec d'Andilly au printemps, la nuit, à huit lieues de Paris ^\ et qui, sans le vouloir, avait pu éveiller les soupçons de son hôte. — Enfin, au moment où Leroi quittait Rancé, celui-ci éUût appelé près du duc d'Orléans, dont il était aumônier ^ et qui voulut ravoir à son chevet de mort ^; Le duc d'Orlértns, nous le savons, n'avait pas eu toujours sur d'Andilly l'opinion la plus favorable^; et si par la suite il l'avait politiquement dissimulée, il n'en était pas de même de ceux qui Tenvironnaient ^^i D'ailleurs tin prince à l'agonie n'a plus à dissimuler ; et ses courtisans ont moins que jamais intérêt à le faire. Rancé avait pu entendre bien des choses au chevet du moribond, et ces choseâ purent amener dans ses relations avec d'Andilly la péripétie que nous y avons signalée, et qui prépare le dénouement du cinquième acte.

i Mi de Monmerqaé^ Naîicé ntr TaUeman^ U n, p. xxr. 3 SUm, de Saint'Simon, U m, p. 231.

* M. de Chateaubriand, Vte de Rancé, p. il; ft Mareollicr, Vie de Raneé^ t i, p. îl, 27, elc » Jbid,, 1. 1, p. 54 et 57.

^ Voir plus haut, p. 165.

7 Proeéê-verbaux de Va»$emàUe du clergé de 1655, etc., p. 487, 496, 580, 68S.

« Marrollier, Vie de Ratioé, 1. 1, p. ai ; D. Le Nain, tWrf., L i, p, f 0. 9 Voir plus hftun P» 6« ii« ei dans V Appendice, note €.

GHAP. 0^ 89CT. n^ ART. H, g YI. SOI

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