A MES AUDITEURS BRETONS. VU
site satisfaite, il en est résulté pour moi la convie* tion que l'œuvre de Téminent . critique était à continuer, ou que du moins l'auréole, entre ses rayons, devait laisser pénétrer plus d'ombre. Car mes études m'avaient démontré que non seulement la biographie de la famille Ârnauld est incomplète, mais que le public en ignore précisément la moitié, qui, séparée du panégyrique, ne serait plus qu'une diatribe, et qui, rapprochée de Téloge, constitue l'histoire. Tout en admettant donc cette au* tre moitié purement laudative dont le public est en possession, j'ai voulu une vérité plus complète; et de ce que j'en ai recouvré, j'ai fait ce livre.
Ce livre, veuillez ne pas l'oublier, est donc un complément^ et n'est que cela. Il supplée toutes les biographies des Arnauld, les admet dans les points où il ne les contredit pas, et laisse ainsi subsister une belle part à l'éloge. — Il y ajoute même quand la vérité le vent. — Vous pouvez voir ce qu'il contient, avec restriction il est vrai, sur les vertus domestiques de d'Andilly * et de Pomponne ^ ; mais sans restriction sur le courage politique d'Ârnauld', sur les vertus chrétiennes de Luzancy^, enfin sur les
« T. I, p. d7, SiS-SSO, 253; t. if» p. 49-!S2 et 841. 3T. II, p. 49-1 33.
4 T. II, p. 30 et 179-184.
\m A MES AUDITÈUild fiHETOlftS.
caractères à jama(d admiràblcé de la mère Agnès, de la première et mêtiie de la seconde Angélique K — La part du blflme ccpetldatit y est de beaucoup la plus considérable; --Et eela derait être, non parce-* que le mal remporté sût- lé bien dans l'bistoire de cette famille, mais parcequ'une famille, et à plus forte raison Un parti, disposant seuls des éléments secrets de leur histoire, en livrent d'ordinaire au public tout ce qui prête à Téloge, ne laissant sur ce point à la postérité que fort peu de chose à faire. De sorte que, la famille éteinte et le parti mort, les itlyestigateurs se trouvent presque toujours condamnés à une double tâche à peu près égalemeUt ingrate : celte de recueillir les redseignements douteux que Tamour-propre ou la conviction n'a pu se résoudre ni à produire, ni à sacrifier, et celle de confronter les renseignements soit produits, soit réservés, arec les documents accusateurs qu'une partialité hostile s'est procurés ou qu'une partialité amie n'a pu anéantir^
Cette tâche, doublement ingrate, est celle qui m'est échue. J'ai cru toutefois n'en devoir accepter qu'une partie. Parmi les documents accusateurs, î'ai négligé tous ceux qu'avaient réunis les mains les plus notoirement hostiles à la famille Arnauld,
1 T. ir, p. 19 et 293-350.
à MB âtnmmi brbtoiis. u
leê mains des Jésuites; -—Ce n'est pas que je veuille ju^ï entre eux. -^ Mais c'est que je n'ai point Toulu juger par eux, ou du moins par ceux-ci ; car j'ai admis les Arnauld à témoigner dans leur propre cause. Ce sont leurs Mémoiren et surtout leur Cor^ retpmHance inédite qui presque toujours me serrent d'autorités. Bien {dus, arec eux j'ai admis leur parti \ Mémoires et Correêpondance^ c'est avec des écrits jansénistes que, la plupart du temps, j'ai tout con« fronté. Et, comme j'ai scrupuleusement indiqué mes sources, on peut d'un coup d'œii, en parcourant mes notes, Térifier l'exactitude de cette asser<^ tion '. On n'y trouvera, parmi quelques centaines d'autorités alléguées, aucune allégation essentielle empruntée à des Jésuites ou à des partisans de leur société. ^Comment donc se fait-il que, de mon aveu même, la part du blâme soit, dans ce livre, de beau* coup la plus considérable?-— Lisez, et vous verres. Vous verrez que l'amour-propre est toujours aveugle, et les partis toujours imprudents ; que celui-là se fait illusion sur le prestige dont il croit environner tout ce qui le touche ; que ceux-ci oublient de mesurer les coups qu'ils se portent à eux-mêmes
< Pour que la Térificatioo soU fticile, Qoas réunissons dans V Appendice du second volume, note S, p. dS4i & la liste des ouvrages que nous avons cités et des éditions dont nous nous sommes servi, rindlcatkm de toutes les pages de notre livre où chaque autorité se trouve alléguée.
X A UES AUD1TBUE8 BEETOMS.
au milieu de leurs querelles iotestines ; et qu'eufio il y a des reproches à former contre les plus illustres défenseurs du Jansénisme, indépendamment de ceux qu'ont articulés les Jésuites.
Ces derniers cependant ne peuvent être complètement passés sous silence dans une histoire qui se mêle perpétuellement à celle de leurs principaux antagonistes. Aussi leur ai-je ménagé la place qui leur appartient. J'ai écarté leur témoignage; je ne pouvais négliger leurs actes. Mais dans Tappréciation de ces actes, que me révélait la Correspondance de la famille Arnauld, il faut bien le dire, j'ai obtenu un résultat opposé à celui auquel m'avaient conduit mes recherches sur cette famille. — Le blâme, cette fois, n'a pas eu la plus large part. — Ceci encore devait être. On a dit tant de mal des Jésuites, et le roman en a tant inventé, que sur leur compte il ne doit plus guère rester d'inconnu que du bien. —Je ne leur ai pas épargné les reproches cependant, lorsque j'ai cru qu'ils en méritaient. — J'ai blâmé certaines démarches du Père Adam * ; et je n'ai pas dissimulé les erreurs du Père Pichon ^ J'ai flétri Labadie ', un de leurs apostats. Seulement, en bonne justice, je ne puis déclarer
* T. I, p. 74 cl 97.
a T. Il, p. 252-272.