GHAP. U5 SECT. 11^ AUX. UL
12 juillet *. — Cinq semaines après seulement [26 août 166i] un grand bruit de carrosses et d'hommes d'armes se fit entendre autour de Port-Royal de Paris K Le lieutenant civil, le chevalier du guet, le prévôt de l'Isle, quatre coimniasaired en robe, vingt exempts et quatrevingts archers ' envahissaient les cours intérieures, se saisissaient des portes, et posaient des corps de garde à toutes les avenues. Alors, des carrosses on vit descendre douze ecclésiastiques (quels apôtres I s'écrie l'un des historiens jansénistes de cette scène *) , et, après eux, Hardouin de Péréfixe en costume archiépiscopal, précédé de la croix ^. Un vieillard se tenait debout sur le seuil de l'Église, se redressant dans sa haute taille, sous ses cheveux blancs. Il n'avait pas revu Péréfixe depuis le jour où il avait laissé celui-ci triomphant à la cour ^ Les deux rivaux se mesurèrent des yeux, et se reconnurent.
c de vUltet^ et de très grands discours dont il m'est impossible de me c ressouTenir, parceque rien de ce qoHl nous dit ne fit impression sur • mon esprit, quoiqu'il m'embarrassftt assez souvent. Mais comme je m'en ft défiois, j'étois tom'ours sur mes gardes avec iui. > (Àcteê, Uitreê^ rêlaU, t. I, n* h, p. d3« — Cf. p. 38, 42, 60.) Port-Royal ne savait pas encore ce que valait Bossuet. Plus tard c M. de Sacy n'a plus osé écrire contre M» de < Jarieu, depuis qu'il a vu M. de Meaux aux mains avec lui, ne voulant pas « donner d'ombrage à ce prélat. > (Racine, Fragments tut P. R.; OEuvres^ t, VI, p. 295.)
1 D. Clémencet, HUU de P, A, t. iV, p. 375 ; Hiêt. des PerséeuU, p. 276. Cet évéque était le frère de la M. abbesse de Port-Royal, Magdeleine de Sainte-Agnès de Ltgny.
2 Hist, des PersécuU, p. 300 ; Mém. de d^AndiUyy part, ii, p. 1(9 ; ilAfm. de Du Fossé, p^245; D. Clémencet, Hist. de P. A., t. nr, p. 444 ; D. Gcrberon, HisU du Jansén,, U in, p. 197, etc. ^
8 D'Andilly, Mém,^ part, u, p. 150; Racine, HisU de P. /?., p. 812; HisU des Persécut,, p, 301, et Du Fossé, Mém,, p. 246, portent le nombre des archers & deux cenis.
4 D. Clémencet, HisU de P. B,, t. iv, p. 447.
* HisU des PersécuUy p. 301.
^ Mém* de d^AttdUlyt part, ii, p. 150.
216 KOn£RT AUNAILD D*A.NDILLY.
Us se retrouvaient sur un dernier champ de bataille. D* Andilly marcha droit à Péréfixe ' : « Je suis bien mal- « heureux, Monsieur, lui dit-il, d'avoir vécu jusqu'à a soixante et seize ans pour voir ce que je vois autt jourd'hui I » L'archevêque paraissait hésitant et surpris ^. « Il y a là , continuait le vieillard en désignant ft le cloître, il y a là ma sœur et trois de mes filles; que « du moins je puisse les recueillir chez moi à Pomponne. » — « Cela ne se peut, lui dit le prélat, la résolution est « prise ^. » — Et tout le cortège entra dans le sanctuaire. Bientôt, sur un ordre, de l'archevêque, les portes intérieures s'ouvrirent, et d' Andilly resta seul prosterné devant l'autel ♦.
Il se releva au moment où, par la porte béante, il vit apporter une religieuse infirme, autour de laquelle les autres se pressaient avec respect ^. C'était sa sœur, la Mère Agnès. Trois attaques d'apoplexie l'avaient déjà atteinte ®, et l'une des religieuses disait en pleurant à l'archevêque : « Monseigneur, notre chère mère en « mourra ; nous ne la reverrons plus. » Le prélat répondit : « Elle en reviendra. » La sœur répliqua en redoublant de larmes : <( Du moins promettez-nous de nous « rendre son corps \ » Dans ce moment d* Andilly s'approcha de sa sœur pour lui dire adieu, « Mon frère, lui
1 liist, des Pcr$écuU, p. 801, et Du Fossé, Mém., p. 246, disent qnc d^ADdillj^se jeta aux genoux de Péréfixe. Mais lui-même ircn dit rien dans SCS Mémoires*
2 Mém, de d^ Andilly, parWn, p. 151.
3 IHsi. des Persécuta p. 301.
A Mém. de d' Andilly, part, ii, p. 151.
B Uist. des Persécut,, p. 803.
» 6 Mém. de la M, Angélique, t. m, p, 219 ; Racine, liisL de P. /f., p. oH ; HisL des Pcrsccut; p. 302.
^ llist, des PcrsccuLj p. 325.