‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 21 sur 99 · CHAP. U, SECÏ. U, ART. IH · texte numérisé non relu

CHAP. U, SECÏ. U, ART. IH

« murmura tout bas l'énergique valétudinaire, il semble a que comme Caïphe a dit autrefois qu'il étoit nécessaire « qu'un homme mourût, afin que toute la nation ne périt « pas, on puisse dire aussi aujourd'hui qu'il est presque « nécessaire qu'une maison soit détruite pour la vérité, « afin que toutes les autres n'en perdent pas la connois- <( sance ^ » Son frère la suivit jusques au carrosse qui devait l'arracher à sa douce retraite. 11 aida à l'y placer ^. Lorsqu'on fut parvenu à l'y asseoir, la sainte fille, en attendant ses compagnes d'exil et de captivité, sans autre émotion, ouvrit son livre d'heures, et se mit à réciter son office '.

Cependant onze autres victimes étaient désignées, et parmi elles les trois filles de d'Andilly *, et son ancienne amie, madame de Saint-Ange ^ Lorsque celui-ci rentra dans l'église, trois religieuses se détachèrent de leurs compagnes, et vinrent se précipiter tour à tour aux pieds du vieillard, implorant sa bénédiction : c'étaient ses filles. U la leur donna, les releva, et les conduisit devant l'autel : « Deux fois déjà, dit-il en élevant la voix, je vous

1 ffist, des per$éeut,f p. 309.

2 a L*on mit dans le carrosK notre chère mère Agnès avec presq^:c aulaut « de peine qu^on anroit fait nn corps mort, étant infirme et âgée de « soixante-onze ans. Mon père et mon frère de Luzanci aidèrent eux-mêmes a à Vy mettre. » Relations de la M. Angâiqoe de Sainte-Tliérèse Amauid d^Andilly, Actes, Lettres, Retat,, 1. 1, n» 4» P* 29.

s Mém. de Du Fossé, p. 249.

4 Ibid,, p. 246.

B Hist, des Persécut., p. 299 et 803; Mém» de Laneelot, 1. 1, p. 325; Actes, Lettres, Hetat,, n* 4» p* ii i5, etc. •— Madame de Saint- Ange, apr(s avoir occupé un appartement à Port-Royal-des-Cliamps (voir plus liant, p. 197, n. i), prit l*habit religieux le 3 juin 1053. (Leclerc, Vies édif. de P. il, t. II, p. 410.) G*était à cette époq:ue même que madame de Soblc se faisait construire un logemeot à Port-Royal. {Lett» de ttt AU Angétiq,, t. ir, p. âOO ; cf. p. 501.)

218 ROBERT ARNACLD D'ANOILLY.

(( les ai consacrées, ô mon Dieu ; une fois pour vêtir le « saint habit, une autre fois pour les y lier par un vœu. a Aujourd'hui je vous les offre pour la persécution *. » Puis il fendit la foule des archers et du peuple qui, malgré les archers, commençait à s'amasser \ et conduisit luimême ses filles près de leur tante, avec madame de Saint-Ange, en leur disant à toutes un dernier adieu \ Bientôt il eut perdu de vue le dernier carrosse.

Ainsi le Jansénisme de d' Andilly l'avait écarté du roi ; ses antipathies lui avaient coûté Fabert ; ses amitiés sans doute lui avaient fait perdre Rancé.— £t voici que les an* ciens artisans d'une première série de disgrâces en rou* vrent pour lui une seconde, aussi cruelle qu'inattendue ; et soudain il voit se dresser devant ses yeux une rivalité qu'il croyait satisfaite, et qui vient lui arracher, non plus le roi, mais jusques à ses propres enfants !

On dit que dans sa douleur il voulut en appeler à l'émeute. Il protesta du contraire : « Ceux qui m'ont « rendu de mauvais offices auprès du roy ♦, écrit-il à a madame de Sablé le 8 octobre 1664, en disant à sa « Majesté que j'avois voulu émouvoir le peuple le jour « que monsieur l'archevesque de Paris fit sortir douze «religieuses de Port-Royal, renouvellent maintenant a cette calomnie. Pour la rendre croyable, ils supposent « que j'ay dit ces propres paroles lorsqu'on enleva ma

1 HUt. dei PerséeuL, p. 803 ; Actes, Lettre», Relat., 1 1, W» 4, p. 153, et D" fit» p. 3.

ï « ... £a ellSet U vint bien cinq mille personnes... » (Relation de la captivité de la M. Ang^ique de Saint4ean,i4c*«,ic<*r«,iWa*.,i.i,n. 5, p, 13.)

» Mém. de d' Andilly, part, n, p. I5i.

4 « M. rarchcvôque... eut la bonté de dire au roi qne le jour qu'il a voit « fait sortir ces douze rdigieuaes, j'avois voulu exciter une sédition. » (Ibid,, p. 152. — Cf. Racine, HUt, de P. jR., p. 828.)

cjJAp. Il; sKCï. II, AU'J. ni. 219

« sœur et mes filles : Vous estes Chrestienss Messieurs, n ne serez-vous point touchez de compassion de cette exa trême violence?,.,. Il n*y eut jamais rien au monde de « plus faux ; et il n'y a un seul de ceux qui m'accusent « si hardiment en mon absence, que je ne fisse rougir si « je le voyois en face ^ » Mais il ne lui était plus donné de voir ses ennemis en face. Leurs ^cusatious étaient venues Tatteindre jusque dans le désert; et le 2 septembre 1664 une lettre de cachet l'avait relégué à Pomponne ^. — Nous y retrouverons plus tard le dictateur rendu à sa bêche, oubliant ses grandeurs et ses revers au sein du jardinage ^

i II paraJl cependant qae d'Andilljr, Bani viser à rémeate, visait à IV* motion, et que toat en Iténissant ses fiHes il avait en le loisir de remarquer rattendiisienent ntee des dtirea; car il dit dans stt Mim4fir4s, part, ii, I». 151 : « Cette acUon tira les larmes des yeu de plusieurs assistants et même « de quelques-uns de ces eiemts, qui ne purent, sans èM*e toudiés^ voir « entr'aulres âosas A pleines de compassion trois de ces religieuses ae a jeter à genoux devant moi, pour me demander une hénédlcttooj parceque ff c*éloient mes filles, d

s Métn» de iFÀndiUy^ part n, p. 152. — Cette expression de dictateur quoique d'AndUlj l'emploie en parlant de lui-même {Mim., part, ir, p. 63% a besoin de quelque explication, appliqua comme n^us Iç bisons à Tin* fluence qu'il exerça sur Port-Royal entre Saint-Cyran et le docteur Kr^ naukt La dictature de Tancien courtisan procéda par stratégie diplomatique» liien plus que par stratégie beUî^ueuie } si par la bèdie elle rappelle Cincinnatusi ses actes rappellent Q. Hortensius, et npn pas César. — Les négociations qui la signalèrent se trouvent consignées dans les manuscrits de Beaubrun et du chanoine Hermant {ËihL royale, llss. suppl. franc 2679, et 2674} * et P<Mur ea prendre une idéci on peuti outre ce que «ouaen avons dit, recourir à une des lettres du négociateur dans l'Appendice^ note I bis. Presque toutes les pièces que donnent Beaubrun et Hermant sont du grnre det^e-cië

9 Ckap, iT| êêct^ II, art. la S 4, etc»

•ii« UOBEHï AllNAlLD D'ANDILLY.

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