‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 23 sur 99 · CHAP. II, SECT. UT, ART. II · texte numérisé non relu

CHAP. II, SECT. UT, ART. II

Robert eut autant de peine et de persévérance à liquider son patrimoine que son ambition ^ — Un jugement assez développé sur un écrit philosophique à propos duquel il apprécie Descartes atteste toute l'étendue des lumières qu'il avait enfouies dans la retraite et dans la traduction de quelques auteurs de Y antiquité. — Enfin diverses lettres échangées par le solitaire avec Tarchevêque-électem' de Mayence, Jean-Philippe de Schonborn, sont relatives aux goûts de tous deux pour l'horticulture.

ARTICLE II

Journal inconnu de iCAndilhj courtisan,

A cette correspondance de Robert était joint dans le principe le manuscrit de ses Mémoires^ comme l'indique un catalogue sommaire dressé dans le dernier siècle pour notre collection, et qui s'y trouve encore annexé. Ce manuscrit nous n'avons pu le retrouver, et nous supposons qu'il aura été distrait des papiers de la famille Amauld, de 1780 à 1734, par les héritiers du marquis dé Pomponne, qui en étaient alors propriétaires, pour être

1 La liquidation de celle aflPBîre ne parait même terminée qne par une lettre dn S avril 1680, dans laquelle la famille Amauld force Jonquet fils, secrétaire du doc de Cherreuse, ù recevoir cent écus pour les honoraires de son père. Jonquet père, ardent fauteur du Jansénisme en Languedoc, était notaire royal et apostolique de la chambre ecclésiastique de cette province. Les 3,000 francs dont il poursuivait le recouvrement provenaient des intérêts et dUm reliquat d'une somme de 5,000 francs, prêtée en 1628 k dame Louise de Saint-Paul, veuve de Jean-Antoine de Montpeiat, seigneur de Carbon. Celle-ci ayant échangé sa leme du Prat contre celle de Mauléon, que possédait Tuii des membres de la famille Montesquieu, trésorier général de France en la généralité de Toulouse [1631], cette dernière famille se trouve impliquée dans les poursuites que d'Andilly fait exercer contre la dame de Carbon.

Î22 ROBERT ARNAIXO D^ANDILLY.

confié au P. Boiigerel, le panég}Tisle de Robert [1730], et à l'abbé Goujet, l'éditeur de ces Mémoires [1734] '.

Les présomptions qui semblent faire remonter aux premières années du dix-huitième siècle le catalogue, assez infoime d'ailleurs, où se trouve indiqué le manuscrit des Mémoires, donnant à nos yeux une certaine importance à ce catalogue, nous avons dû l'étudier attentivement; et nous y avons rencontré une autre indication, qui nous a jeté dans d'autres recherches couronnées cette fois de succès.

A l'avantHlemière page du catalogue, sont désignés huit volumes in-li*^ renfermant un Journal très curieux^ qui s étend de 1615 à 1632 K Aucun de nos manuscrits catalogués, aucun de ceux que nous avions réunis pour les cataloguer, ne répondant à cette indication , nos investigations étaient à recommencer. Dans le dépôt de la musique, déplacé par suite d'un échange de bâtiment auquel l'Arsenal a été naguère autorisé, nous trouvâmes enfin huit volumes manuscrits format in-A"" contenant un journal très complet qui commence au i" février 1615 et s'arrête au là décembre 16S2. — Ces huit volumes devaient être ceux qu'indique le catalogue. — Mais à quel titre avaient-ils fait partie de notre collection?

Dans un passage de ses Mémoires^ qui avait jusqu'à

* Voir plus bas, châp, t. secU n, art. m, et dans rilp;ien(<., notes C, et Q.

> Dans cette note le nom de Tauteur n*étant pas indiqué, il est probalde que œ nom était inconnu du rédacteur de la note; pent-étre même rétait-41 de la flimille propriétaire dn dépôt, car celle-ci ne confia à Bongereit pour être consultés, ft Goujet, pour être publiés, que les Mémoire$de Robert, dont on Tonlait défendre la réputation. Mais les huit volumes dont nous parlons eussent plaidé sa cause d*une manière bien plus concluante si l*on eût su qu'ils étaient sortis de sa plume.— Le P. le LoQg ni aucun bibliogrupiie ne parlent de ces huit volumes.

CRAP. n, SECt. m, ART. n. 223

cette heure échappé aux bibliographes, Robert dit : w II « me seroit facile de m* étendre beaucoup davantage sur c( rhistoire de ce temps-là, parceque j'ai un Journal trh « exact que j'ai fait de tout ce qui en est venu à ma (( connoissance. Mais comme je n'ai autre dessein dans (( ces Mémoires que ce qui me regarde et ma famille, je « me contente de ce qui peut servir à mieux faire com- « prendre les choses que j'en rapporte '. » Ainsi, dans les Mémoires de Robert nous n'avons qu'une biographie de famille ; outre ces Mémoires^ il avait rédigé un Joumat où se trouvaient consignés les événements politiques dont sa position le mettait à même d'être parfaitement instruit. Sans contredit, le Journal était de beaucoup préférable aux Mémoires.

Nos huit volumes renfermeraient-îb ice Joumat? Uii second passage des Mémoires porte : « fôen ne petit être a plus généreux que fut [lors de sa première arresta- « tion] toute la conduite de M. le colonel Omano, et « particulièrement la manière dont il parla au roi dans a un fort long discours qu'il eut avec lui en présence de « la reine-mère, qui est rapporté mot à mot datis inon (c Journal^ aussi bien que les incroyables témoignages n que Monsieur donna de son extrême affection pour « lui ^. » Or, au quatrième volume de notre Journal, ^ 71 V**, nous trouvons ce qui suit :

« Lundi 20 may 1624. Le roy sur le mîdy vint, acoriiu pagné du niarquis de La Viéville ', trouver la reyne-

1 Mém. d^Am. ftAndilly, part, i, p. 150.

3 àfém. d'Arn, d*AndiUy, part, n, p. 13.

^ « Le sieur de La Viéville, ayant fort aidé à la mine de Schomberg;, a fpnlron de Robert], eut l'administration des Gnances [1623]. )» [Mém, de Richelieu, t. ii, p. 241.)

22A RORERT ARNAULD D*ANDIU.Y.

« mère [Marie de Médicis] qui estoit dans le lict, et « aprez luy avoir dict qu'il luy venoit parler d*uiie réso- « lution qu'il y avoit longtemps qu'il avoit prise, qui « estoit d'oster M. le colonel [Ornano] d'auprez de Mon- « sieur ; la reyne respondant que c' estoit une chose à « considérer à cause de l'affection que Monsieur tesmoi- « gnoit avoir pour luy, et qu'il ne seroit point mal à pro- « pos de luy en parler, offrit de congnoistre son senti- « ment. Le marquis de La Viéville, prenant la parolle, dit « qu'elle gastoit les affaires du roy. Incontinent aprez, <( Monsieur, accompagné de M. le colonel, estant entré (( dans la chambre où estoient, outre ce que dessus, M. le « cardinal de Richelieu, M. DuHallier ï. M, de Bonœuil -, « M. Herouard Bautru et M. de Guiercheville , le roy « appella Monsieur, et en présence de la reyne-raère luy « dit qu'il ive vouloit plus qu'il eust de gouverneur, ny « que M. le colonel fust auprez de luy. — Monsieur: «Pourquoy, Monsieur? — Le Boy : Pour ce que j'ay « apris qu'il vous est trop sévère. — Monsieur : Trop (( sévère. Monsieur ? Sy cela estoit, ce seroit à moy à le ft sçavoir et à m'en plaindre. Mais tant s'en fault; j'ay « toutte sorte de subject de m'en louer et de Taymer, « comme estant très homme de bien et auquel j'ay beauce coup d'obligation. — Le roy voulant persuader Mon- « sieur par raison. Monsieur avec grands pleurs respon- « dit à toutes ces raisons, ce qui fit que le roy appella c( par deux diverses fois le M. de La Viéville pour disputer « avec luy contre Monsieur, qui insista tousjours très

1 a M. Du Hallier, qui depuis a été M. le maréchal de L'Hôpital...» (Mém. de l'abbé Àmauld, part, i, p. 200.)

2 René de Thou, seigneur de3onœil et de Céli, introducteur des ambassadeurs, neveu de l'historien.

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