‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 30 sur 99 · CHAP. III, SECÏ. U, ART · texte numérisé non relu

CHAP. III, SECÏ. U, ART

fonctions du saint ministère ^ ; mais après \ingt-quatre ans de bonnes œuvres désintéressées [1630-1654] il en fit une qui l'était moins et qui peu à peu dégénéra en spéculation.

ARTICLE ra.

Le Jansénisme spéculateur.

L'île de Nordstrand, qui durant le treizième siècle comptait trente-trois paroisses, avait été abîmée une première fois sous les flots le 16 janvier de Tan 1300; et depuis lors elle avait subi dans chaque siècle, à l'exception du quinzième, deux inondations, dont la plus formidable, après la première, était la plus récente, celle du 11 octobre 163& ^. Après cette dernière catastrophe, les ducs de Holstein s'efforcèrent de rappeler dans l'île ceux ' des anciens habitants qui avaient échappé à la mort, contre laquelle ils voulaient les engager à se prémunir par l'établissement de digues semblables à celles de la HoDande. Mais le duc Frédéric, voyant ses efforts inutiles, octroya le 18 juillet 1652 ^ une charte remplie de privilèges à quiconque, en s' emparant des terres de Nordstrand, voudrait les garantir contre les invasions de la mer. L'une des clauses de cette charte assurait aux Catholiques une liberté absolue de conscience^.

I Œuvres du doet, Arnauid, U i, p. 160, lelL LUta, du 6 avril 1657 ; Tcmoig, de vérité, p. 15.

3 1300, et 1362, 1582 et 1533, 1612 et 1634 ; Swert, Chronieon^ p. iO.

3 Œuvres du doet, Arnauid^ t. i, p. 162, n.; Swert, Chronicon^ P« lli

4 XXI? articuli qiiibus conslabat coniractus.... erant mire fiivorabilps, pnesertim religioni romano-catholice ; qui contractus etiam tain sancte fttil custoditiM, at« non obstante bello quod inter reges Succte et Dani» in Uolsatia gestum est, niiiil prorsus passa fuerit insula Nordsiraiidica, eisi aliqtuc coufederalorum copi» in eam intraveriut. (Swert, Chrontcon, p. 86.)

*i96 LES FRÈR£S D'ARI^AULD D'ANDIUY.

Quatre, riches habitants des environs de la 2Jélaiide, tous catholiques, parvinrent en 1654 à cerner par des digues les points les plus exposés, et se rendirent auisi les maîtres d'une partie de l'île '. L'un d|eux, Quirin Inderveld, compatriote de Jansénius -, et dont la famille s'était alliée à celle de Christian ', parvmt à obtenir de celui-ci des sommes assez considérables, en échange desquelles un droit de dîmes sur Tîle fut établi en faveur de rOratorien ♦. — Un acquéreur oflrit plus tard de ce droit cent mille florins \ — Il paraît que pour déterminer Christian à s'engager dans cette spéculation, on avait fait valoir près de lui certaines prophéties qui désignîdent l'Ile de Nordstrand comme l'asile futur des serviteurs de Dieu persécutés, et jusqu'à des visions dans lesquelles on avait aperçu un grand nombre d'individus de diversCvS nations occupés à transporter dans ces lieux les matériaux de constructions nouvelles, symbole de la renaissance d'une nouvelle Jérusalem. ^

L'Oratoire belge s'était trop abandonné à la direction de Jansénius pour rester longtemps sous celle de l'Oratoire français, à laquelle le soumettaient cependant ses bulles d'institution \ Dès 1650, les maisons de la pro--

* Swert, Chronicon, p. 11 et 77.

2 Hs élaient tous deux de Hulst, ville de la Flandre qui devint hollandaise en 1645.

3 Témoignage de vérité^ p. 300.

4 Swert, Chronicon, p. 11 ; Vie continuée^ p* 231 ; Témoignage de ue. rité^ p. 300.

s Innocence reconnue , p. 102.

« Ibid., p. 117, 159, 168.

7 Omnes n/toj, ad instar supradictœ per no9 sic erecUv, canonice erigenda» eongregationez, quas ab ea paritiensi et a dicto prœposito generaU, quocuinque locorum stabiltlx fueriut, in omnibtu dependcre voiumuê,,*» (Swerl, Chronicon, p. 7, 72, 74, 104. 110 etc.)

CUAP. m, sëcx. u, art. iu. 297

\ince de Malines s'étaient rendues indépendantes; et Christian, le second chef de sa congrégation dans cette province ' , le premier à Malines même, put se livrer sans contrôle à toutes les illusions que fn-ent naître chez lui d'habiles spéculateurs. Il réalisa tout son patrimoine^, se rendit acquéreur d'un quart des propriétés reconquises sur la mer ^, fut investi de tous* les droits seigneuriaux * , et eut le bonheur de rouvrir une église catholique ^ sur une terre dont l'hérésie s'était emparée depuis plus d'un siècle [1628-1655]^. Ce ne fut pas tout, ses associés, pleins de confiance dans ses lumières et dans son administration, lui déférèrent pour quatorze > ans [1656-1670^ la direction générale et irrévocable de l'île ^ dont les privilèges accordés par les ducs de Holstein faisaient une espèce de vice-royauté.

Cela eût suffit sans doute au nouveau directeur s'il n'avait été qu'ambitieux ou cupide; mais son premier . mobile était la charité, et il voulut agrandir l'enceinte de cette nouvelle Jérusalem qu'il destinait aux élus persécutés. Il entreprit une seconde digue qui devait quadrupler l'étendue de ses propriétés *. Il y réussit, mais en quadruplant ses dettes. Il fallut mettre la nouvelle

1 1\ élait premier asslslaiit, et par conséquent n^avait que le prévôt au dessus de lui ( Swert, Chronicon, p. 83. — Cf. p. 89.)

2 Innocence reconnue, p. ikl ; Témoignage de vérité^ p. 8.

& Swert, Chronieon, p. 11*

4 Innocence reconnue, p. S et 191.

B Témoignage de vérité, p. 6 et 900 ; Innocence reconnue, p. 190 ; Vie continuée, p. 836.

• Swert, Chronicon, p. 11.

f Ibid.t et p. 88; Innocence reconnue, p. 189. • Notice ou mémorial de

• tous les pouvoirs et authoritez desquels le dit de Cort a jooy depuis

• Tan 1656.... »

8 Swerl, Chronicon, p. U, 47, 86 et 207 ; Témoignage de vérité^ p. 801.

•298 LES FRtKES D'ARNAILD D'AMDILLY.

Jérusalem en actions ; les actions ne furent proposées quaux élus. Les Oratoriens jansénistes de Flandre et de Hollande en acquirent une partie ; et leurs frères persécutés de France; les Jansénistes de Port-Royal, que menaçait alors un formidable orage, ne furent point oubliés^

A cette occasion, de Cort se mit en relation avec le grand Arnauld [1657] ^. Celui-ci sembla ne prêter d'abord aux ouvertures de Christian qu'une oreille disrtraite ^ Mais à mesure qu'augmentait le péril, à mesure que s'engageait cette lutte terrible dans laquelle Port- Royal bravait les foudres de Versailles et de Rome*, les propositions de TOratorien se représentaient à l'esprit du célèbre docteur; et les chances que ce dernier y avait entrevues s'agrandissaient de tous ses dangers et de toutes ses espérances.

Nordstrand en effet, cette île volcanique, n'était-elle point un véritable asile de Titans et d'Ajax, hors de portée des carreaux du Vatican et de la colère des rois?

1 t Présupposant que ces amis de Dieu pei-séculés, éloycnt les JanséiiislcSi f qui aToyent alors beaucoup à souffrir en France et ailleurs, il en attira

• de France, de Flandres et de Hollande dans cette isie dont il leur Tendit t une partie, tant de ce qui luy apparteuoit, quÊ de ce dont on Tavoit t étably procureur ou directeur.... »• (Vie continuée, p. 232. — Cf. Innocence reconnue^ p. 78 et il8.) • Le cas arrivant de quelque disgrâce en ces

• quartiers [des Pays-Bas], tous les pères de cette provinoe [de MaUnes] se t pourroient retirer dans ladite isle... » (Sentence des juges de Malines du S septembre 1667 en faveur de Christian de Cort. Innocence reconnue, p. 182. — Cf. AcU erud., Lip». 1686, p. 43.)

2 Œuvrer du docU Arnauld, t. i, p. 160, lettre luvii, du 6 avril 1657. s Larrière, Vie d' Arnauld, t. ii, p. 888.

4 On était loin alors de cette époque où Saint-^Cyran pouvait dire en parlant de Port-Royal : « Voici six pieds de terre, où on «le craint ni cban- « celier, ni personne. U n'y a point de puissance qui nous poisse empêcher (i de parler ici de la vérité, comme elle le mérite. » (Mèm. de Lanceioi, (•II* p. 119.)

CHAP. Uf^ SËCT. II, ART. lU. 299

De là on pouvait menacer le ciel, Tescalader peut-être, et à tout hasard en échapper malgré les dieux. Les flots y avaient fait table rase; nul antécédent n'y contrariait l'érection d'une nouvelle Église, Église modèle et janséniste, démocratiquement organisée avec les apparences . d*une nionarchie, où les papes eussent régné sans gouverner ^ et telle enfin que la révolte des Pays-Bas .hollandais l'a créée dans les diocèses modèles de Deventer, d'Utredit et de Harlem - ; ou telle encore que, depuis, fut cette tentative schismatique que parvinrent à réaliser en France les derniers disciples de Jansénius avec la célèbre constitution civile du clergé.

£t puis d'ailleurs, la guerre dans laquelle Arnauld avait engagé et soutenait Port-Royal devait évidemment aboutir à la riAae de cette abbaye, sur laquelle le docteur avait placé la meilleure partie de son patrimoine à fonds perdu ^ Nordstrand, au contraire, offrait un placement aussi certain qu'avantageux. De Gort promettait un revenu de huit pour cent *. La vérité, mieux rentée, n'en eût été que plus solidement établie ; et dès lors le grand Arnauld songea à déplacer de Port-Royal ses économies qu'il voulait transporter à Nordstrand. Il s'en ouvrit à

1 " Pourquoi, je vous le deeiande^ le Jaiuénismei dès le benseau de cette ft secte, s'est-il acquis un asyle dans Tisle danoise de Noordstrandt siuon n pour y. fonder une colonie presbytérienne, qui en cas de besoin put « secouer le joug des papes et des évéqoes? » (Lettre pastorale de AL de MaiUy, archevêque' de Reims^ du 10 septembre 1718 ; Swert, Chranieon, p. 207.)— Guilbert {Mcm. hist, et çhron, sur P. R,, U v, p. 549) et la plupart des auteurs jansénistes qui ont iiarlè de Nordstrand nient ce projet.

2 Racine, Bist, eceUs., U xiir, p. 560;

& Mém. de Fontaine, U ii, p. 187 ; Cf. Lanière, Vie d'Amauidf U it, ^ Innuc* reeonn^, p, 10 tt iA5 ; Tcmoig. de vérité, p. 504, ete*

Pascal, et le chargea d'en entretenir M. Singlin, ce directeur obscur de la plupart des consciences jansénistes. Celui-ci trouva fort mauvais qu'on eût confié une affaire de cette importance à un adepte dont on voulait bien accepter les services, mais à qui on était loin de livrer les secrets du parti. M. Singlin aurait mis, à ce qu'il disait, sa confiance dans le dernier rejeton des Akakia ', son disciple de prédilection, nullement dans l'auteur des Provinciales; et il blâma rudement Arnauld d'avoir préféré s'ouvrira ce dernier K « Or je vous avoue, écrivait le doc- « teur à Nicole ^, que cela ne m'entre point dans l'esprit, tt et que je suis horriblement choqué, pour vous dire a les choses comme elles sont, du traitement que l'on n fait en cela à M. Pascal, après toutes les bontés qu'il* (( a eues et qu'il a encore pour la maûsOn, de voiûoir « qu'on ait pour lui des réserves en des affaires même n purement extérieures, qu'on ne prétend pas qu'on a doive avoir pour M: Akakia. Je n'entends point tous a ces mystères.... »

Le secret de la mauvsuse humeur de M. Singlin se trouve probablement dans ce passage d'une autre lettre d' Arnauld, qui cette fois lui était adressée ^ : « Je ne vois

i Cr. U$ Néerologe», le Recueil in-lS, p. 217.

3 Arnauld n*aarait-il pu dire à Singlin et à son disciple ce que Racine disait un peu apr^ à deux déflSnseun de Nicole : t Mais, Messieurs, « TOUS ne eonsidérei pas que M. Pascal bisoit honneur à Port-Royal ; et m que Port-Royal tous fait beaucoup d'iionneur à tous deux. [Deuxième Lettre: aux défeneeurê de Nicole^ Œuvres^ L ti, p. 87.) H estyralque Racine dit ailleurs (p. 295) : « M. Singlin, Iiomme menreillenx pour le tt droit sens et le bon esprit. »

* Œuvres du doct, Arnauld, 1. 1, p. 284, lettre xc, du 15 avril 1661.

4 Ibid., p. 285, lettre xci, même date. — Ce n*était pas la première fois d*ailieurs que M. I^nglln témoignait peu dUnclination pour la famille Pascal. Voici ce que nous trouvons dans une des lettres inédites de la

CHAP. m, 8ECT. n, ART. IlL SOI

« pas ce qu'on peut trouver à redire en la manière dont | « M. Pascal a agi dans cette aflîûre. Il en a été parler \ <i à Port-Royal, selon que je l'en avoîs prié. N'ayant pu « vous voir le pt^emier^ il en parla à ma nièce [la mère « Angélique de Saint- Jean], qui entra tout à fait dans « cette proposition ; et vous en ayant parlé depuis, lY est tt vrai que vous lui témoignâtes que ce quon craignait ne , a vous sembloit pas à appréhender. Mais comme il s'a- , (( gissoit d'une chose où les gens d'affaires sont plus in- ' « telligens, il crut que M. Gallois [notaire du parti] ^

M. Agnès dont nous parlerons plus tard : « [A la sœur Dorothée Lecomte], « du jour de la Saint-Gharles [h norembre 1 i650. Les deux filles qui sont «f entrées sont H"* [Jacqueline] Paschal, et la demoiselle de M"« de Bes-

• sières. Pour M"* Paschal, encore que M. Slnglln eAt résolu qu*dle n*ett-

• trerott point, M. de Rebours ra emporté. On Ivy mit lliabit le jour de « la feste [de la Toussaint?], cnsuitle de quoy die a esté à tout roOice et « au réfectoir, sans qu'il ait esté besoin de la conduire ; car elle a tout à « Thcure compris le son de la cloche et les ahemins, en sorte qu*on la « prendroit pour une eneienne postulante; mais simple eomme un. enfant»

• et sans aucune façon. JeTajr ^jà mortifiée à la conférence, de ce qu*elle tt avoit les jambes Tune sur l'autre : elle Ta reœu à menreilles. C^est dora- « mage qu'elle n'est en estât d'avoir un voile noir fde novice ? les postulantes m portaient le voile blanc. OEuv, du doct, Amauid^ t. iv, p. 99, lettre mlxxixJ,

• puisque tout le reste y est. Elle s'en retourne dimanche an soir [6 no- ) tt vembre], pour leurs aflàires. M. de Rebours- Vouloit qu'on la retint : ' « mais M. Sittglin, pour imiter la sagesse de DleU| veut que tout se thsse

tt suavement et sans effort.... » (Biblioth, de l'Argenalf K** fir. belles-lettres 875 bU ; feuille &8, R*.) — Ces détails sur Jacqueline Pascal complètent ceux que donne sa smur Gilberte dans l'édition de M. Cousin, p. 53, et dans les Vie9 idif,, par Leclerc, t. it, p. 858. — U est curieux de rapprocher, des citations précédentes, le passage suivant d*une vie de Pascal écrite sur les mémoires jansénistes de sa Ihmille : « M. Singlin... faisoit ■• tant de-cas du iugement de M» Paschal, qu'il ne faisoit pas dilBculté de if prendre souvent ses avis, et de profiter même quelquefois des petites

• repréhensions qu'il lui faisoit.. » (Recueil in-lS, p. 806.) Un fragment de Rapine peut toutefois servir d'explication à ce passage : « M. Pascal étoit

I « respecté parcequ'il parloit fortement; et M. SInglin se rendolt dès qu'on « lui parloit avec force. » (OEuvret^ t. vi, p. 296.) * Mém. de Fontahte, U ii, p. i8««. — La version de Fontaine n'est pas

302 LES FBÈRES D*ARIfAULD D'ABUXUY.

f( étant aussi homme de bien et aussi lié à la maison qu'il a est, il ne pouvoit faillir en lui en parlant; et j'ai su u que M. Gallois avoit trouvé la proposition fort raisoni( nable, et qu'il s'étoit étonné qu'on n'y eût pas pensé « plutôt.... » L'avis du notaire l'emporta sur celui du directeur '. Un voyage de Christian à Paris hâta la conclusion dé l'affaire [1661] ^ Les capitaux du Jansénisme passèrent, pour la plupart, de Port-Royal à Nordstrand. Ce ne fut pas toutefois sans de grandes précautions, que Christian fut le premier à provoquer. Voici ce qu'on lit en effet dans un ouvrage dont l'auteur, nous le verrons bientôt, prit une grande part à toute cette histoire' : «La résolution étant arrêtée, M. de Cort ne voulut ^ rien vendre ou promettre à Paris, à la compagnie de « ceux qu'on appelle Jansénistes, avant que quelqu'un « de ladite compagnie françoise eût été sur le Heu, et vu

tmit à fail conforme à celle d^Arnauid. D'après Footaine, ce fierait II. de Socy qui aurak voulu qu'on s'adressât à Gallois.

* Id encore Fontaine s'écarte un peu de la version d'Amauld : «M. Gait lois, cet iiomme si sage, ne conseilla point qu'on mit son aigent sur un « pays si éloigné. Il regarda cela presque comme si on l'eût jette à la mer. « M. de Saci suivit d'autant plus volontiers l'avb de M. Gallois, qu'il s'yn trou voit porté par.... cette raison : L'argent qve je dois placer ^ disoit-ii, « ut un argent qui a été coneaeré à Dieu..». Il ne faut donc Voter [de « Port'Hoyal]f que pour le mettre dans une autre place oft il soit encore « à Dieu. Et comme tout le monde lui représentoit qu'il retirerolt un re- « venu plus considérable en plaçant son aiigent sur cette islei qu'en le don- « nant à rente à des hôpital i, comme c'éloit son dessein, il répondit : Cest « pour cela même que je ne dois pas le placer sur cette isle ; car je ne tfsmx c pas être si riche ; et il nous est mal séant, à nous autres, de faire u que « peut suggérer l'avarice, La sage simplicité de M. de Sad lui fut avanta-

• geuse en cette rencontre. Car au lieu que les autres avec leurs raisonci nemens se trouvèrent atrappés à leur isle, qu'ils espéroient, un peu à la « légère, devoir être un tiésor pour eux ; M. de Saci reçut fort tranquilie-

* ment le revenu de son argent » ( Mém. de Fontaine, t. ii, p. A880 ' Innoc, reconn,^ p. 118*

' Antoinette Bourignon, ibid.

CHAP. m^ SBCT. II9 AKÏ. m. 303

a eux-mêmes la beauté, fertilité et commodité de ladite tt isle. Ce à quoy fut délégué celuy d'entre eux qui se fait « icy [en Hollanâe] nommer Louis Gorin. — (Gorin était « ce fils d'un cocher de Louis XIII qui se faisoit appeler « partout ailleurs qu'en Hollande Louis de Saint-Amour, fc et qui trancha d'abord du négociateur à Rome ^ au « nom de son parti, dont il devint ensuite l'homme d'af* (( fairesen Nordstrand.) — Us se transportèrent tous deux 0 ensemble vers l'isle, où étant arrivés, ledit Gorin em- (I brassoit M. de Gort, disant qu'iï ne les avait pas trompé « en louant ladite isle; mais qu'elle était plus que taut « ce qu'il en avait dit, et que taute la compagnie franr uçaise serait bien aise dy avoir part. Et après avoir, « ledit Gorin, pris appaisemeut, et vu tout ce qu'il y « avoit à voir en ladite isle, il s'en retourna en France 0 et fit rapport de tout ce qu'il avoit appris par-delà. « Et M. de Cort, sans faire aucun marché ny avoir reçu c( un denier, fit faire des lettres d'adhéritance....; et en- (( voya en France lesdites lettres auxdits Jansénistes, « pour la valeur de vingt mille florins, sans avoir reçu « un sou ny fait aucuns contracts ou marché. Tant avoit-il (I de confiance en eux..., qu'il leur eût donné son pro- « pre sang, parcequ'il les estimoit ses vrays frères Chréu tiens, à qui tous les biens doivent être communs... I »

1 Voir le célèbre Journal de Sainl-Amourt 1662^ fol. — Cf. HisU des pertéeut,^ p. 219 ; M. Sainte-Beuve, Port-Royal, t it, p. 507. — Si les ennemis des Jansénistes ont trop insisté sur Torigine de Saint- Amoar, Toid ce que les Jansénistes à leur tour écrivaient d*un de leurs ennemis : « Quoi- « que nous ne soyons point dans Tusagc de transmettre à la postérité la mè- « moire des méchans.... [nous dirons que] le docteur Gaillande est mort m le 8 juillet 1745.... Fils d'un cocher de caresses de place (que vulgaire- )> ment on appelle fiacres), cette naissance se trouvoit jointe à la bassesse ff de son génie, de ses inclinations, de ses talens et de sa pbisionon mie, etc.} etc., » (Nouv, ecclés, du 2 octobre 1745, p. 4(7.)

30& LES FnkRES D'AUNAULD D'ANDILLY.

Il paraît d'ailleurs qu'entre les Jansénistes et l'Oratoire la confiance n'était pas réciproque ; car voici ce que rapporte le même auteur à propos d'un second voyage que Christian dut faire en France [vers 1662] ^ pour terminer cette affaire : « Lorsque de Cort fut un jour à Paris « pour traiter avec ces Jansénistes participants qu'il te- « noit pour ses frères, et leur eût bien voulu donner « toutes ses terres s'ils les lui eussent demandées, Gorin « print lors l'occasion bonne pour attraper ledit de Cort « à son heure de partement. Estant prêt de monter à « cheval, il lui vint dire à l'oreille : Monsieur de Cort, « vous sçavez que de parole vous m'avez promis que tes « terres que fay en IVoordstrand vw rendront pour le « moins annuellement huict pour cent, n' est-il pas vray? « — Ouy, dit de Cort, je vous le dis encore maintenant, (c — Hé bien ! dit Gorin, donnez-moy un mot par écrit « de cela. — De quoy de Cort s'étonnant, dit : Les frères « se doivent fief* aux paroles les uns des autres. — Et « Gorin dit : Les gens de bien tie font dificulté de donner c( par escrit ce qu'ils disent de paroles, — // est vray, dit « de 'Cort, Je vous le domieray la première fois que vous a viendrez en Braband. — Hc l dit Gorin, lY n'est besoin « d'attendre cela, vous me le pouvez donner à ce mo- « ment ; je l'ai écrit hier, vous n'avez qu'à le signer. — Et « au même instant Gorin tira de sa poche un papier avec tt penne et encre, disant à de Cort : Tenés, voilà tout « prest; et le menassa de le décréditer à toute la com- « pagnie des Jansénistes, leur faisant voir que dé Cort « n'étoit point un homme qui tinst sa parole, et ne vouloit « point promettre par sa signature ce qu'il disoit de bou-

^ Innoe^ rec<mn,j p. d90.

CRAP. m, SECT. Il, ART. HL %ÙS

« che. — A quoy de Cort dit qu'il et oit content de signer, n — Et par trop de facilité signa ce papier sans presque (( entendre son contenu, lequel contenoit en substance, « que de Cort promettoit à Gorin d'avoir de ses terres « de Noordstrand pour le moins huit pour cent de rente dage annuel ; et si cela manquoit, que de Cort étoit « content de lui restituer les deniers capitaux de la va- (( leur de ces terres. Et après ce billet signé, de Cort « partit sitost pour Braband^ »

Il dut conserver un profond ressentiment de ce singulier adieu. Les trois quarts de sa Jérusalem étaient engagés désormais ; un quart à Port-Royal 2, un quart à l'archevêque hollandais de Neercastel \ l'intime ami du grand Amauïd; enfin un quart environ restait aux reconstructeurs de la première digue, ou à leurs héritiers*. Mais un dernier quart appartenait encore à Christian, sauf le recours de sa maison de Malines, qui lui avoit avancé sur parole des sommes assez considérables; du moins à ce qu'affirma depuis l'Oratoire K Sur ce dernier débris

1 Innoc» reeonn,, p. i45; Témoigna^ de vérité^ p. 304.

2 • Les Jansénistes de France, de Flandre et de Hollande achetèrent en ' • diverses parties le quart de toute Tisle, avec la jurisdiction et privilèges

I octroyés par le duc » Témoignage de vérité, p. 801,

^ « Le dit de Cort prit aussi avec lui pour participant Ms' [de Neercastel] c Tévèque de Hollande... lequel au profit de son église acheta un quart de I toute ladilte isle.... Les François et les Holtandms ont ensemble la moitié ■ de toute Pisle. » {Ibid,, p. 801 et 802.— Cf. Larrière, Vie d'Arnauld^ t. ii, pw 890.) — Antoinette ne parle ici que des Français et des Hollandais, parceqne les Flamands avaient plutôt fourni quelques sommes à Christian qu^ils ne s*étaient rendus acquéreurs dans l'Ile, ainsi que nous le verrons deux notes plus bas.

4 Jnnoc» reeonn,, p. 802.

s Comme c*èst à rOratoire delà province de Malines, et particulièrement aux maisons de Malines et de Louvain que resta définitivement la meilleure portion de nie de Norditrand, nous avons cru devoir rechercher quels y !• 20

306 LES FRfeBBS D*ARNAULO D*ANMUY.

de sa fortune, se réfugia tout ce que le procédé de Gorin lui laissait d'illusions. — La principale était toujours celle qu'il tenoit de Jansénius, une réforme générale de l'Eglise.

ARTICLE IV

Le Jansénisme illuminé et mis en faillite.

La première personne qui s'offrit à de Cort, lors de son retour à Malines [1662], était une illuminée célèbre;

avaient ét^ les droite ;de cette congrégation. Svert, son historien, ^ & diTenes reprises que TOratoire failUl se ruiner & cette spéculation j U se lamente sur la détresse financière où de Cort jeta l'InsUtut/Mais après avoir en à sa ^sposition et dépouiUé toutes les archives de l'Oratoire belge, lliîstoiien n'articule que bien peu de faits à l'appui de ses dédamations. — Kn parlant de la seconde digue élevée en 1657, il dit que de Cort y emplo; a I l'argent des Français, des Flamands, des Brabançons, des Hollandais d de ' l'Oratoire ; puis il ajoute s Ex Ait darum sit qua oeeoêione Oraiorium..^ in NordBtrandica in$ula pedem fixent, am periculo pêne toialit suas ruinœ in icmporalibus; nimirum nimis faciles aures prœbebat congregatio vastis

ac vagiê coneepiibus P, ChrUtiani de Cort Verum minus feliHter res

nucessit..., absorpta ibidem per lites et aliainfortunia pêne Iota fundatione Domieellœ de VendevilU. (Chronicon, p.li). Mademoiselle de VendevUle avait acquis, de sa fortune privée, des terres en Nordstrand qa^le légua à POratolre de Malines [Chronicon, p. 103, 119, IJÎ, «9), et qui n'avaient rien de commun avec les acquisitions que celte maison aurait faites directement en confiant ses fonds à Christian ; si IX)raloire avait réellement engagé tout son patrimoine à ce dernier, comment se faîl-il que Swcrt ne se plaigne ici que de la perle d'une donation qui en feisait la moindre partie. — D'ailleuis un autre passage de Swert parait donner le ch»ffre exact des prêts fails par Malines à de Cort : tDic 2- augusH ««56.-domus BruxeHensiê....damui Meehlinknsi, seu iiUus procm'aton Nord-- . trandico, Joanni Hegs, mutuo dederat seplies mUU quingenlos et 75 /lorenos, ad perficiendos aggeres Nordstrandicos. (Chronicon, p. lOJ), Ainsi tous les déboursés de la maison de Malines ne s'élevèrent très probablement qu'à 7575 florins qu'elle emprunta à Bruxelles. En effet, Swert, qui note avec tant de soins les déboursés d'une tierce maison, eût indubitablement noté avec le même soin les déboursés de la maison principale; car "Pf^^^ ment devant les accusations que souleva la conduite des Pères de Malines

GHAP. m^ SBGT. n, AIT. IV. S07

AntoineUe Bourigoon, qui depuis Fâge de quatre ans < (elle en avait quarwte-sept^, et n'en paraissait pas trente ^) s'était mise à la recherche des vrais Chrétiens, qu'elle ne trouvait nulle part. Il faut entendre Antoinette raconter elle-même la manière dont elle fit la connaissance de Christian. « M. de Cort me trouva par ha-

c*eût été trahir leur cause. — Nous verrons plus tard qu^une partie de ces 7575 florins fat remboursée dès 1662 ( Chronicon, p. iS5). H Ikot doue avouer que Swert est un IdsUiriea bien maladroit, on que ee tet à pen pièt sans bourse délier que lX)ratoire belge acquit ]*Ue de Nordstrand.— (Cf. Avis et instruct,^ lett d'Antoinette, du 23 août 1678, p. iH ; Témaign, de vérité^ p. 380 ; Innoe. rêcann,, p. 163 et 175.) « Il y a des créditMH fui H sont hypothèques sur tous les biens, dit AntoineUe aux Pèrss de VOn- « toire, et des autres qui ont des obligations de M. de Cort. Mais tous ne ff sçanriez montrer ny l*un ny Pautre. »

1 Hkt» étt Soeitdan,, part ii, p. W \ Vi* conHiUf pw 16 1 Témaigm, de vérité^ p. 8.

2 Elle était née en 1616 ; « maïs, dit son biographe (Fte continuée, p. 39)» « elle y prenolt si peu d'égard qu'elle a été longtemps sans savofar exaetement « quel dge die avoit précisément, supposant. qu'elle avoit deux ans de « moins qu'elle n'en avait en effeL» — « En la regardant, nous reoognumes n que c'estoit une fille, laquelle paroissoit asseï jeune.» (Christian de Cort, la iMmiére dm monde, p. %) Christian n'est d'aillenrs pM tont à ihlt d'aecord avec Antomette sur l'époque de leur première rencontre. (CC Témoign» de vérité, p. 3.)

s « n y a apparence qu^elle ne Gt jamais d'austérités ; on en peut juger M par son embonpoint qu'elle conserva toute sa vie, et qui éloit si firafs» « qu'âgée de plus de soixante ans, à peine lui en auroit-on donné quarante.» (Le P. Anastase, Bist, du Soeinian,, part, ii, p. 549.) D'après ce portrait nous pensons qu'Antoinette met quelque coquetterie à écrire d'elle-même: « Lorsque je vins au monde j'étois si défigurée que ma mère pensoft d*a- «r voir enfhnté un monstre... Ma lèvre d'en haut étoit attachée & mon net ...; « en sorte qu'on me cacha qudques six semaines. Mais après ce temps... <r ma lèvre fut détachée par un chirurgien, et croissois en beauté; quoi que « ma mère ne pouvoit oublier l'aversion qu'elle avoit eue de ma difformité, « et ne me pouvoit aimer comme elle Taisoit des autres enfans qui estoient «tous bIous*et agréables, et moi seule brune et laide à son gré.v {Vie extérieure, p. 1^3.) Ce qu'il y a de plus curieux c'est qu'aux yeux des disciples d'Antoinette cette diflbrmilé, qui porta pendant quelques jours ses parents & rétoufTcr, présageait une personne qui de voit dire un jour la vérité h bouche ouverte cl avec force, ( fîV contin,, p. H eHÎ )

308 US PRfelIRS D*ARNADLD D'AHDHXT.

(( zard à Malines. Je pris la connoissance de luy pour la (( première fois en Tan 1662. Et comme il me parloit du

« relâchement de la chrétienté, je lui disois que le

u monde estoit à sa fin, et que jamais leâ hommes n'a- « voient été si éloignez de pratiquer la doctrine de Jésusce Christ comme maintenant. Ce qu'il m'avoua en dite sant : Je crains qite tous les hommes ne périssent a bientost, parceque leur malice est montée au comble « [sans doute sans en excepter celle de Gorin]. Je luy « répondis que le monde estoit jugé, et que sa sentence a finale étoit irrévocable ; que les fléaux universels pren* « droient bientost commencement et extermineroient la « pluspart des hommes ; mais que Dieu réserveroit dans ! « le monde, quelque part, un petit coin pour le refuge de ; (( ses amis. — Ce qui fit sauter d'aôse ledit M. de Cort, en . « disant : Je l'ay, moy, ce petit coin que Dieu réservera! « C'est t'isle de Noortstrand^.... »

A dater de ce moment, Port-Royal et l'Oratoire furent déshérités dans l'esprit de Christian; et Nordstrand devint à ses yeux une Pathmos * destinée pour Antoinette, afin que celle-ci pût y élaborer en paix les quarante-trois volumes de sa future Apocalypse '. Il retrouvait sinon toute la doctrine ^, au moins toute l'ameitume de Jan-

1 Timoign. de vérité, p. 8.

3 « Pour moi, je la juge la femme dont 11 est parlé dans le chap. zn de « VApocalipêe, etc. » (De Cort, préface de la Dernière miâérieorde de Dieu, ->Gf. AcU Erud., Lipê., 1686, p. 10.)

s Voir dans VAppendicet note L.

4 Antoinette, comme les Jansénistes, partait de ce principe « que toutes « les religions en général sont déchûtes de Tesprit vray du christianisme, « et fort éloignées de Pétatde TÉglise primitiTe. » {Témoig, de vérité, épitre au roi, dans la préface, et ailleurs /^Mjîm. — Cf. Sainte-Beuve, Hist, de P. il. patmm.) C'était parmi les Jansénistes surtout qu'Antoinette comptait ses amis, »i Ton en croit ce passage de la Vie confinuéc, p, 241 : *• Elle trouvoit

CHAP. m, SEGT. U, ART. IV. 309

sénitts dans les déclamations de son illuminée; et ce fut par ce côté misanthropique des deux systèmes que s'opéra la déplorable transition qui, d'une pratique toute charitable, le conduisit aux théories d'un décalogue dont ' le premier précepte mterdisait la charité ^ — Ce changement n' était pas propre à rétablir les affaires de Christian, que commençaient à inquiéter de petits créanciers, et ne pouvait échapper à ses confrères de l'Oratoire. Ceux-ci, comme nous l'avons dit, se prétendaient eux-mêmes créanciers de sommes considérables; ils n'en ont cependant jamais articulé qu'une seule s'élevant à 7,575 florins, dont une partie avait été déjà remboursée dans le cours même de cette année 1662, où leur débiteur s'était lié avec Antoinette K Mais la générosité de Christian les avait accoutumés à regarder Nordstrand comme leur propriété. De Cort, dès ses premiers succès [1655], avait

« étrange... la grande division qni étoit alora entre les Jansénistes et les | «r Jésoltes... quoique Topinion des Jansénistes ttt moins dangereuse. Ce

• qal étoit cause que tous les amû, qui étoyent tous gens de Inen, s^étoient ;

• rangés de ce costé-li... • Très probablement Antoinette prétendait attirer h elle le Jansénisme, et Nieeron avanoe {MéM,^ t xtiii, p. 400) que de Cort voulait opérer une ftision entre leurs doctrines. Goujet, il est vrai, le nie avec force (t'^t^, t. xx,p. 165) ; mais il s'appuie d'une lettre d'Amauldqul

•est antérieure à la connaissance de CbrisUan et d'Antoinette, la lettre étant de 1657 et la connaissance de 1669.^11 y a d'ailleurs des parties de la doctrine de cette illuminée que jamais Port-Royal n'eût acceptées, et qu'on ne pourrait guère exposer qu'à buis dos. Elles concernent l'état des corps après la résurrection. Il faut voir à ce sujet ce que Dieu lui révéla dans une vision où elle aperçut Adam tel qu'il était avant le péché, « la lèvre de

• dessus couverte d'un peUt poil, etc., etc. » ( Vie eontitUf p. 515. — CF. HisU du Socinian, part, ii, p. 55t, et Bayle,/>icf. Attf., V* A.Bourignon, Rem. Ç.)-~ Voir aussi l'opinion d'Antoinette sur la manière dont naîtra rantéchrbt {Vie conlin.^ p. 555.)— Le résumé de ce qu'il y a de moins choquant dans les doctrines de cette illuminée se trouve Nouv, de la rép. des Uttre»^ 1685, p. 4S9; Cf. p. 528, et AeU Emd.^ Lip$„ 1686, p. ih.

1 Témoign. de vérité^ p. 174 ; Cf. Baylc, DicU hiêU^ V Bourignon. Rem^ JS. et Vie conlin., p. 430 et 503.

3 Voû* plus haut, p. 808.

ciera de Christian avait consenti à le suivre en Nordstrand ^ s'était rendue à Lille, sa patrie 2, pour y réaliser sa fortune. Elle s'y trouvait encore au moment où les terreurs de son principal adepte avalent amené la conclusion du contrat qui renversait leurs projeta communs. A son retour, elle l'engagea à poursuivre devant les tribunaux de Malines la résiliation de ce fatal contrat ^.

Il en était temps, car l'Oratoire négociait alors en secret, sur le marché d'Amsterdam, la vente * d'une acquisition dont il ne soutint point la validité en présence des juges. Obligé d'y renoncer, il obtint toutefois que Christian lui rembourserait, en un an, les 76,700 florins stipulés comme prix de la vente, et cela sans rien aliéner en Nordstrand, sinon d'un commun consentement ^ Maître du consentement qu'il refusa^, l'Oratoire espérait sansdoute le demeurer des terres. De Cort, par une combinaôson habile, dont il alla poursuivre les chances avec Antoinette à la boiu^e d'Amsterdam, intéressa des capitalistes hollandais dans l'entreprise d'une nouvelle digue qui devait mettre à l'abri plus de terres qu'il n'en fallait pour indemniser les spéculateurs, et désintéresser l'Ora-

ff atuqtté comme si toat estoit avéré ; lui disant qa^i! étoit adonné à la • boisson,'qu*ll avoit bu le brandvin avec quelque dame; et quMl estoit aussi « suspect de paillardise parcequ*il demeoroit en mon logis; comme si j*es-

« lois une g 1 En toute ma vie je n'ai eu une seule fois le désir de perdre

a ma virginité... 11 faudroit estre bien abandonnée de Dieu si maintenant « je m'allois amouracher d'un vieux prêtre. » Jnnoe. reeonn», p. 27, S9 « et 84 ; Téwioign, de vérité, p. 13 et 19 ; Vie continuée, p. 530. i Témoign, de vérité, p. 7.

2 Vie cofifin., p. S^O.— Cf. plus haut, p. 811, n. 2. (Contrat du 48 octobre 1664.)

3 Témoiffn. de vérité, p. 9.

4 /iiiio«. reconn,, p. 84.

fi Sentence de relief du 3 sepicmbre 1667. — Uid,, p. 180. ^ Témoign^ de vérité, p. iO; Innoe, reconn,, p. 170.

GHAP. III^ SEGT. U, ART. IV. 313

toire ^ Mais celui-ci déclara qu'il voulait être remboursé en numéraire et au terme prescrit.

Christian, insolvable, ne perdit point courage ; les conseils et les succès personnels d'Antoinette le soutenaient. Non seulement celle-ci s'était emparée de l'esprit du savant Comenius, qui la déclarait un ange^; non seulement elle avait capté Serrarius, qui la reconnaisssdt comme prophétesse^; mais eUe venait de conquérir le secrétaire et l'ami de Jansénius même, Pierre Noels, qui décidément la préférait à S. Augustin K Et puis de tous côtés accouraient des Juifs, des Anabaptistes, des Protestants, des Quakers, des Catholiques qui venaient offrir à la nou- ^ velle religion leurs rêveries particulières et leiu* commune apostasie ^

Un Jésuite même tâcha de se glisser dans cette cohue éclectique. C'était le célèbre Labadie, qui d'ailleurs

1 Témoign. de vérité, p. 10; innoc. recontu, p. 170.

3 Vie eoniinuéef p. 39!.

> JHdf p. 387. — Seirarins ne fût pas longtemf» de cet aris, voir daiis < les Œuvres d'Antoinette même sa réponse à une lettre de Serrarius, Avem^ gtement des hommes^ 1. 1, p. 389, et la préface de l'Avertissement contre les 7VeiiiÂ(0iir«.—Seckendorf était loin de partager Tenthonsiasme de ses savants contemporains. D'après lui, Antoinette « étoit dure, sans aucune « complaisance, opinifttre, emportée, querelieose, eliagrine, bilieuse... Cette d humeur lui avoit suscité mille et mille affaires avec différentes per- « sonnes... et a fait qu'elle avoit beaucoup de pône à se conserver ses « servantes, les traitant toujours avec dureté et emportement. » (Hisi. du Socinian.^ part, ii, p. 550.) — Cf. L'étoile du matins p. 385 et 346, où Antoinette dit à peu prés les mêmes choses sur éUe-mème. De Cort au contraire écrit : « Je ne la vis jamais triste ou mécontente... Son humeur [étoit] bonne a et agréable, mais sévère contre le mal, et ennemie de Tiiôustice ; pafoible, a charitable, ayant un cœur de mère pour toutes sortes de personnes, sobre, « chaste, hooneste etdébonnaire ; possédant les douze fruits du Saint-Esprit, « avec ses dons et les huit béatitudes.» (La Dertu miser» de Dieu^ préAice.)

i NouveL de la Bép, des lettres, i^Sb.p. 437; Vieeontinuée,p.29ètim. K —M. Noels étoit Tintime de M. de GorL » (Ibid.)

» Hist,du 5odfiiaii.,part. u, p. 548et547.«n n'y eut pas jusqu'au car^

Hk USS FRËUaS D'AENAULD D'AXIOIUY.

avant cette époque s'étsdt déjà déclaré six fois renégat ^ Entré dans la Société de Jésos dès l'âge de quatorze ans [162A], il en était sorti pour passer dans celle de r Oratoire [1639]. De l'Oratoire il était venu à Port- Royal [1644] *, et de Portr-Royal avait été pervertir à Toulouse [1645] un couvent de femmes ^, au sortir du* quel il prit l'habit des Carmes [1649] pour se livrei* à un autre genre d'infamies ^, sans se rappeler que le feu du ciel, avant de glorifier les prophètes sur les sommets du Carmel, avait englouti cinq villes au pied de cette montagne. — Chassé des Carmes, il parut changer de mœurs en changeant de religion. 11 devint ministre calviniste de Montauban [1650], et n'essaya de séduire qu'une jeune fille ^ Réfugié à Genève [1659], puis à

« lésieoa qui voulurent avoir des conférences avec elle, tels qu'ëtoient « Hcydanus et Bonnannos. Ils ue furent guère contens d*èUe, ni elle « d*eux.... Elle dédaroit que Dieu lui avoit fait voir et même déclaré « expressément que cette erreur du Gartésianisaie étoit la pire et la plus a maudile de toutes les hérésicsjqui ayent jamais été dans le monde; et un a aihéisiiie fonnel,oa une réfection de Dieu, dans la place duquel la raison a corrompue se substitue.» — Cf. Vie continuée^ p. 806, HAet. ÎSrud,^ Lt>s«i 1686, p. 45.

i Sur Lakutie^ voir les ouvrages que nous avons indiqués plus kant, p. S68» n. I OHuwr* du éocU ArnauUlt U xxix, n. v ; Lettre contre CÂpostaeieéê /• Labadie.-~Ct Procée^verbaux eu clergé, 166M667, p. 576, 615, elc — D. Clémencet, Bût d« P. A, U n, p. 509.

1 « En 4648 Labadie retourna à Paris» où U Ait en grand commerce avec

• Tabbé de Saiiit*€yran, MM. Antoine Arnauld et Le Maistre, el antres Ai-

• menx Jansénistes. w(Chaofepié,v*Xa^<ufie, p. 8.) « U oboint Port-Boyal pour retraite. »Nicen>n {Mém. t. xviii, p. 88S;. Goujet (ibiiLt U n, p. 440), relève diverses assertions de Niceron, mais non pas celle-ci. — (Cf. Mém» de LanceloU 1. 1, p. 262 ; Mém. de Fontaine^ 1. 1, p. 842.)

' Cbaufepié, v« Labadie^ p. 8, n. 1 1 Niceroii, Mim.^ xviii, p. 888.

4 a II précboil que Tbabit des Cannes étoit celui d*Elie, qu'il Tavoit pris a parceqn'il en avoit l*esprit..; et il ût faire à ces moines une infinité de «i folies qui étoient presque toutes lascives... »Niceron, Mém , xviii. p. 8M.

^ Cbaufepié, v« Labadie^ p. 8, n. i.---Gf3ayle, v« Jimunillotret, Rem.C.« , Afifi« da provineee kiiîm, t» u, p. 59 | Ilio6ro% Méwi. xvui, p. 892.

CHAP. lUj 5ECT. n, ART. I?. 515

Middelbourg [1666], il s'y était enfin constitué le Messie d'une religion nouvelle [1670] en désignant pour son précurseur mademoiselle Schurmann ^ Celle-ci» qui au besoin eût pu accomplir son rôle sur les rives du Jourdain, tant elle était habile à parler bébreu» teignit sur les rives du Rhin du baptême de la nouvelle dociriae une foule de fenunes, parmi lesquelles se trouvait la princesse palatine Elisabeth ^.

Ce fut à la tète de ce cortège que l'ancien Jésuite Labadie s'offrit au précurseur d'Antoinette Bourignou, à l'ancien Oratorien Christian. Celui-ci inclinait à l'admettre ; mais Antoinette lui déclara que s'il voulait introduire Labadie et ses disciples en Nordstrand, u U a pouvoit bien y aller sans elle, parceque je sents et « sçay, disait-elle, que nous ne pourrions jamais nou6 tt accorder par ensemble. Leurs sentimens, et l'esprit qui <c les régit, sont tous contradres à mes lumières et à l'es- « prit qui me gouverne '.» — Il parait que l'esprit qui U gouvernait avait plus d'affinité avec les honunes , tandis que les lumières par lesquelles se régissait Labadie s'adressaient plus particulièrement aux femmes* Tel est du moins le motif qu'assigne le continuateur de Bayle à la répugnance qu'éprouvait Antoinette pour une fusion entre ses disciples et ceux du renégat K

* Chaurepié, To Labadie^ p. 9. Voir le mime, t» Sckurmann^^i Nîccroo, Mém. mm, p. 10.

2 Chaufepié, to Labadie^ p. 9.

> Vie eontinvée, p. 290. Cf. P. 891.

4 Chaarepié, v» Labadie^ p. 9, Rem. Y; il s^y appnie d^ailleun d^nn passage des œuTres d^Antoinette. -;-Cr. Avis et intf. $alut.^ leUre d*Anloine(te à de Cort, du 22 septembre 1668, p 2i ; lettre da 8 jidn 1671, p. 50.

ARTICLE V, Le Jansénisme geôHei* et prisonnier pour délies.

Ce fut donc pour Antoinette seulement que de Cort essaya de ressaisir Nordstrand. Au moment même où ses associés jansénistes croyaient l'avoir mis en faillite, il obtint du duc de Holstein un acte qui le remit eo possession de tous ses droits ^ Redevenu heureux, il redevint charitable. Il laissa Patin et l'Oratoire séjourner sur ses propriétés K « Au lieu de les en chasser, « comme je luy avois conseillé, dit Antoinette ', il se « laissa fléchir aux prières de ses frères, qui le prlè- « rent à genous de les recevoir pour ses serviteurs, et tt qu'ils le connoissoient pour leur mattre et seigneur, « lui promettant toute obéissance comme à leur supé- « rieur. Et Patin, faisant le chien couchant, disoit qu'il « le vouloit servir et assister ♦ ; avec quoy le cœur paix temel dudit de Cort s'attendrit, et Isdssa ceux de l'Ora- « toire demeurer avec lui, croyant qu'ils lui seroient Cl fidèles.... » Le péril commun dans lequel cette nouvelle péripétie des affaires de Nordstrand jetait l'Oratoire et les participants français rapprocha Patin et Gorin, qui en étaient venus précédemment à se disputer les gerbes des dîmes à coups de fourche ^ ; et Christian s* étant de nouveau rendu sur la place d'Amsterdam pour

* Ordonnance du 8 septembre 1668. Innoe, reconn,^ p. 188.

> Ihid.^ p. 150

' Témoign. de vérité^ p. 16 et 808 : Innoc, recoitii., p. 170.

4 /hiioc. reeofiH., p. 170. ^

B Antoinette écrit à Patin : « Vous me dites estant en Amsterdam que « les gens de M. Gorin avolent un jour chargé quelques gerbes Tenant des « dîmes pour les transpoiter en soa logis i œ qu^aperoerant tws donniés

GHAP. m, SBCT. n, ART. Y. 317

y réaliser des fonds et ses projets d'endiguements, Gorin l'y. suivit'.

Antoinette y avait attendu son retour K Celle-ci, se méfiant de la fortune présente et du calme apparent, conseillait à Christian de se retirer^, offrait à Gorin de l'indemniser, non seulement lui, mais les participants français dont il était le procureur, mais rOràtèire, et quiconque se présenterait avec un titre valable, pourvu qu'on la saisit des terres de Nordstrand *. Gorin se répandait en actions de grâces, affirmant qu'Antoinette serait la cause du bonheur et de la paix de l'tle, et laissant entrevoir qu'il était prêt à traiter, même avec perte; car disait-il, « la guerre et la persécution qu'on avoit fait « aux Jansénistes, avoit esté la cause qu'iceux seigneurs « de France avoient acheté du bien dans un pays si (c éloigné , où ils croyoient estre obligez à se retirer « pour fuir leurs ennemis ; mais que maintenant qu'ils « avoient la paix avec leur roy, le pape et toute l'Eglise , « ils aimeroient mieux vendre tout ce qu'ils avoient en « Noordstrand, même avec perte, afin de retirer en « France ce qu'ils pouvoient avoir K »

Le lendemain de cette conversation, Gorin envoya

a ordres à ?os gens de les aller décharger, et les aporter en TOtre logis ; « et si quelqu*un leur vouloit faixe résistance, qu^ils lear rompissent le col « arec des fourches. A quoy un homme de bien qui estoit lors auprès de c moy vous dit : Holdf holdf Pater! qui respondites qu^aimiés mieux foire « ainsi que d*aller procéder en la cour d^Holstein.» Jnnoc, recottn,, p. 178.

1 LetL d'Antoinelle au docL Amauld, Inn. ree., p.75 ; Tém.de vér,, p.303.

2 Cf. Vie continuée^ p. 343, et Jnnoe, reconn,^ p. 29.

3 Vie continuée^ p. 33$^

4 Innoc, reconn.^ p. 77, 138, etc. — Cf. Témoign, de vérité, p. 99, 104," 216, 253, 256, 281 ; Vie continuée^ p. 334*

^ Jnnoc, rec , p. 78.

ai 8 LES ntÈEES D*ARNAOLD D'AI|DIU:.I.

en présent à de Cort le traité d'Amauld sur la Prr^ péiuité de la foi^; quatre jours après, U le fit appréhender au corps^ pour le forcer de faire valoir, au taux de huit pour cent, un capital qui n'en rapportait que cinq -^ a Le bruit ayant été semé, dit Antoinette, que ledit de tt Cort étoit devenu hérétique» et qu'il apporteroit grand

0 dommage à l'Église de Dieu , [ses ennanis] ont

a tous jugé qu'il étoit fort expédient d'exterminer un tel

tt homme * Mais ils ne sçavoient par quel moyen ils

(( viendroient à bout de ce dessein ^••••. Louis Gorin, « surnommé de nom propre Saint-Amour, qui est ce u mesme homme qui se fait icy nommer autrefois Bé- ^ « renger, ou autre, selon le lieu où il se retrouve, chan- « géant ainsi de nom pour demeurer inconnu et mieux « faire ses faussetés ^•,.., le fit emprisonner [au nom de tt la compagnie françoise dont il se vantoit d'avoir la tt procuration] " sans aucun sujet, prennant seulement « un prétexte de ce qu'il lui avoit promis qu'il tireroit « des terres de Noordstrand....* huit pour cent annuelttlement...., ou qu'il luy restitueroit le pris qu'il les

1 Vk continuée, p. 33S.

3 /ftnoc, rMONii , p. 86 ; Fitf wniinmée^ p. H'^. 9 /6t</., p. 9 ; TVm. de véHié, p. 304.

4 Antoineite revient plusieurs fois sar celte idée que les perséctitions contre Christian avaient surtout pour motifs son apostasie; particulîèrenient dans ta lettre à un prôtre de TOratoire; {Innoc. recann»^ p. 15.— Cf. p. 33, 70, 138, 148, 150, etc. ; Vie continuée^ p. 327, etc.)

B Innoc. reconn.^ p. 147.

6 Ibid,, p. 140.

'' Ibid , p. 75. -> Les Hollandais, selon Antoinette, étaient du complot : « Comme les Hollaiidois [calholiqoes] craignoient d*étre découverts [par • les magistrats calvinistes des provinces unies] et de perdre leurs biens a ecclésiastiques qu'ils ont en Noordslrand, ils ont conclu par ensemble de et se servir des François, comme de la nation plus subtile en malice, à qui « la témérité donne plus de hardiesse qu*& aucune naUon. Voilà pourquoy « ce Gorin a entrepris seul pour tous les autres.t.A^'/ioMoc, rec<mii.,p. 15S.)

CHAP. m, SECT. n, aut. v. Sl9

« avoit achetées. Sur cette couverture de prétention, (( ledit* François le fit mettre effectivement dans la prison « d'Amsterdam ^..•, dans un lieu où ils sont tous deux a étrangers, et n'ont aucuns biens, droicts ni domiciles^; « [quatorze jours avant l'époque où ce Français devait a lui-même comparaître à la citation de Christian, devant « leur juge commun le duc de Holstein. * ] Ils Temme- (( nèrent premièrement dans une taverne, en la garde des « sergens. Ce de quoy étant avertie, je me transportay « en ce lieu là, où je trouvay de Cort, qui tout riant me « dit : Qu'est-ce qu'on me pourroît faire? Je ne fUja--

(( maU mal à personne Je dis : Certes, M. de Cort,

« je ne vois rien à rire en cette affaire ; je ta trouve bien « fâcheuse, quoy qttil ne vous le semble. Et le lendemidn, « pensant l'envoyer visiter tout au matin, il n'estoitplus « au mesme logis ; ces mêmes sergens ayant eu com- « mission de l'enserrer dans la prison publique, l'avoient « enserré dans ime cave où jamais le soleil *n' entre, et « où une bête n'y auroit pu demeurer en vie, pour le « mauvais air qui estoit là dedans. Et U y avoit néan- « moins huict hommes avec lui, qui souvent ont attenté « à la vie de M. de Cort, entre autres une personne dé- « sespérée, qui juroit tous les jours tuer de Cort, afin « qu'on le fist mourir pour cet homicide, estant las de « 'sâvre dans une telle captivité ; lequel a souvent battu u et maltraité M. de Cort, en venant quelquesfois de nuit «lui mettre le couteau sur la gorge *••..• Et quoyqu'il

* Témoiffn, de vérité, f», 13.

2 Jimoc, reconn», p, 9, 83, 75, 188.

3 Ibid, et 186. —12-26 mare 1669.— L^ordonnance de eompanition os* signe le 16 mare, diaprés le vieux style.

4 Témoign, de vérité^ p. 305. Cf. Innoc* rec., p. 165 ; Vie confîn. p. 827.

320 LES FRÈRES D*ARNADLD D'ANDUXY.

(( tomba malade à mort, et que je fisse tous devoirs de tt luy procurer ime chambre commode à son infinpîté^ je 0 ne pus jamais obtenir aucun soulagement de sa pertt sonne. Ayant même offert à ce François, sa partie, « de luy donner caution suffisante de divers bons mar- « chants d'Amsterdam, je ne pus jamais obtenir de luy « que ledit de Cort sortist sous caution, pour se faire

J. « penser en son infirmité ; ains ledit François me dit, « après beaucoup de contests et débats que j'eus avec luy « sur cette sortie, qu'il n'y consentiroit en nulle façon, tt Et ayant pressé ledit François de me dire la raison

* « pourquoy il ne vouloit permettre iceUe sortie sous 0 bonne et seure caution, il me dit en riant : Si long- * f( temps que M. de Cort sentira ses douleurs, it pensera « à moy; mais s'il estoit délivré d'icelles, il me mettrait n en oubli. Ce qui me fit bien entendre qu'il ne cherchoit « aucun payement dudit de Cort >.... ains seulement de « l'exterminer, afin que Gorin restât roy deNoordstrand, « et que les Pères de l'Oratoire demeurassent en la posc( session de tous ses biens ^. . . J' appelay ledit Gorin meur- « trier et méchant homme, luy disant qu'il auroit mieux « fait de faire couper la gorge à de Cort tout d'un coup, tt que de le faire ainsi mourir de mille morts sans aucun « sujet ni raison ^. Car si, en efiet, il eust eu sur ledit de « Cort quelque juste prétention, il eût dû estre bien aise tt d'avoir, pour icelle, bonne et seure caution, comme je tt présentois de donner et de m' obliger moy-même avec « tout ce que je possédois * »

^ Témaign. de vérité^ p. 13.

2 Innoc» recon., p. 1^8.

* Cf. Timoiffn. de vérité, p. 806, 4 Témoigih de vérité, p. 13.

CHAP. la, SECT. lî, ART. V. S2i

(( Patin de son côté, dit ailleurs Antoinette, quoy (c qu'informé de toutes ses misères, et l'ayant visité luiu même dans sa misérable prison, ne luy a jamais donné (( un morceau de pain.... Et il n'eut point d'aide, que la « petite que je luy pouvois donner, pour son aliment, tt sans lequel il devoit mourir en peu de temps; vu qu'une t( tranche de pain bis, et une pinte de petite bierre, qu'on u donne ordinairement à de semblables prisonniers, ne

« le pouvoit soustenir Et quoy qu'il priât Patin de

« l'assister, en convenant avec ses arêtans ; il lui dit de « n'avoir point cet ordre. Et lorsqu'il le prioit de payer « Gorin et autres, il lui dît de n'avoir point d'argent ; pen- « dant qu'il estoit en pleine possession et jouissance de « tous ses biens en général. ... Et il partit comme se moc- « quant...., sans luy donner un sou, avec joye en son « intérieur qu'il estoit si bien enserré, et ne le pouvoit « faire sortir de son bien ^ »

En vain Antoinette mit tout en œuvre pour arracher le malheureux Oratorien à ses tortures. Les magistrats d'Amsterdam étaient de la religion réformée ; elle leur prouva que l'on convertissait à leur insu leurs geôles protestantes en cachots d'inquisition janséniste ^. L'Oratoire ne pouvait avoir oublié l'un de ses anciens dignitaires ; elle essaya de lui faire compassion sur Christian ', et de lui ouvrir les yeux sur Patin *. Ci' était le grand Arnauld qui avait choisi Gorin pour procureur; elle écrivit au

1 Innoc, reconn., p. 17i ; Témoign, de vérité, p. 120.— Cf. la plu» grande partie des leltres contenues dans l^ouvrage d'Antoinette intitulé les Persént» iionê du Juste ; et dans la Lumière née en ténèbres, lettre xxxi à xkxv de la troisième partie, p. 143-167.

^ Innoe. reeonn», p. 4 ; Vie continuée, p. 328.

3 Ibid.^ p. 18.

« Ibid, p. 101, 110, 122, 158.

grand Arnauld ^ Gorîn se vantait de la protection du neveu d' Arnauld, du marquis de Pomponne, ambassadeur en Suède; elle écrivit à Pomponne*. Elle imprima elle-même ces lettres \ et leur donna un titre qui ne pouvait être indifférent à la famille de l'illustre docteur : L'Innocence reconnue et la vérité découverte. Ce titre était celui du plaidoyer dans lequel Arnauld avait vengé tous les siens et Port-Royal d'imputations aussi odieuses . que celles dont Christian était poursuivi *. Cette ingénieuse flatterie devint un sanglant reproche, car elle n'eut aucun résultat. Le malheureux prisonnier dut pourrir dans l'humidité de sa cave. Au bout de six mois, une méprise le rendit à la liberté 5. L'un de ses créanciers donna mainlevée, et le geôlier crut que la main-levée était générale. De Cort s'enfuit en Nordstrand [septembre 1669] ^.

ARTICLE VL

Le Jansénisme accusé (tass€usinat*

Le captif n'avait recouvré la liberté que pour perdre la vie. Il séjournait dans son île, au milieu des Oratoriens

1 Ibid,, p. 75, lettre da 80 mai 1669. — Cette lettre a donné lieu à une double méprise dans la Biographie universelle et dans la collection des Mémoires de M. PeiitoU On y affirme que le liyre d'Antoinette intitulé : V Innocence reconnue et la vérité découverte^ est dédié au grand Arnauld. Or il est dédié aux échevins d'Amsterdam; et la lettre adressée au docteur Arnauld y est confondue avec les seize lettres dont se compose Touyrage. A celte erreur M. Petitot en ajoute une seconde, en faisant deux livres distincts de VInnoeence reconnue et de La vérité découverte* (Mhn., V série, t. xxxin, p. 143.)

> Innoc, reconn,, p. 95.

* Ibid., p. 74.

4 Vinnocence et la vérité défendues^ contre le P. Brisacler. (EuvreSi U XXX, no viix.

* IS mars 1669 (Jnnoe, reconn,, p. 6). Fin d'août 1669 (ibid,, p. 130, 131). •— Cf. Vie continuée, p. 395 ; Témoign, de vérité^ p. 307.)

^ Témoigna de véritéf p. 808 \ Innoc, reconn,, p. 99| 181f i34i 197, etc.

CRAP. m^ SEGT. n^ ART. VI. 323

qu'il y avait retrouvés, et qu'y tolérait de nouveau sa mansuétude ^ « Environ six semaines après son arrivée a en Holstein, dit le ministre Poiret^, l'un des disciples « d'Antoinette et l'éditeur de ses œuvres ', il vint vers luy . « en Noordstrant un homme inconnu, faisant l'amateur a de la vérité et des écrits de mademoiselle Boungnon, « qui luy offrit ses services, et ceux d'un de ses amis qui « avoit, disoitril, trouvé des machines propres à faire des « moulins, et toutes sortes de travaux qui pourroient luy « être d'un grand usage en Noordstrant. Ce bon périt sonnage, sans se souvenir de se garder des hommes, (c reçut cet inconnu chez soy, le logea, le nourrit, luy . « raconta ses avantures ; et sur ce qu'il disoit de s'estre « chargé de mauvaises humeurs dans la prison, il se « laissa persuader à prendre d'ime poudre, que l'autre, u qui faisoit aussi le médecin, luy assuroit être très pro- « pre à le soulager. En effet il s'en trouva bien la pre- « mière fois ; ce qui donna occasion à cet homme de luy (( dire d'en prendre encore. Mais au lieu de luy en donner

1 Témoign. de vérité^ p. 16.

3 Le P. Anastase (IliaU du Soeitu^ part, ii, p. 541) fait deux penoones de Poiret et de Tauteur de la Vie continuée de A, Bourignon, Nous pensons que c*est une erreur. Poiret a mis une préface apologétique de deux cent sept pages à la Vie intérieure et à la Vie extérieure de mademoiuUe Boicrignon écrUes par c1le>mônie, et H a fait suivre le tout de la Vie continuée^ ce qui forme les deux premiers Tolumes de la collection des oeuvres de cette illuminée. — Cf. Niceron, Mém.^ iv, p. 147 et L xx, p. 166 ; Barbier, Dict. de» anonym», t. m, n. 18810. — En parlant de Poiret, Bayle dit ( Nouvel, de la rép. des leit,^ 1685) : c C*est Un homme d^une probité reconnue, et

• qui de grand cartésien est devenu si dévot, que, pour mieux songer aux

• choses du ciel, il a presque rompu tout commerce avec la terre. B—Bayle n*était pas difficile en fait de dévotion ; nous pensons qu*il était plus rigoureux en fait de probité.

' Outre l'édition en quarante-trois volumes que Poiret a donnée des Œuvres d'A. Bourignon, il a dirigé celle des Œuvres de madame Guyon^ trente-neuf volumes in-S"».— Barbier, Diet» des anonymat n* i^àO et 18874/ et NiceroD, Mém^ U iv, p. 145, et t. x, p, 140.

c( de la même, il luy en fit prendre d'une autre façon et « de même couleur, qui étoit, selon que j'en puis juger « par le reste que j'en ay vu, comme du foye d'anti- « moine, dont il luy fit prendre quantité en substance. <( Et la même nuit, il s'enfuit du logis sans adieu, et se « mit hé matin dans la première barque. M. de Cort s'en « trouva comme frappé de paralisie universelle, sans « pouvoir parler, ayant néanmoins la vue et l'ouïe libres. « Il fit entendre par ses signes que cet étranger Tavoit « empoisonné. Il mourut douse jours après, le 12 noce vembre 1669 ^ avec joye et contentement dans son « âme, les yeux fixés sur Jésus-Christ crucifié. Ses ennef( mis se baignèrent de joye dans le sang innocent de ce « juste, et se préparèrent pour en faire autant à made- « moiselle Bourignon... Pater Patin, qui avoit été invi- « sible jusques là, parut comme à point nommé ati jour « de sa mort, afin de se saisir de tous ses biens pour « l'Oratoire 2... »

Mais Christian avait laissé un testament que l'on ouvrit 5. Antoinette était sa légataire universelle; seulement il recommandait à l'assistance de celle-ci, en cas de nécessité, outre quelques membres de sa famille et Noels, l'ancien secrétaire de Jansénius, le docteur Amauld, Port- Royal et l'Oratoire de Malines. — Ses derniers regards avaient rencontré le Christ ; il pardonnait à ses ennemis. Aussi le Christ lui pardonna-t-il à cet instant suprême. C'est rOratoire et Patin même qui l'affirment. *

« Cependant, continue l'historien d'Antoinette, si Dieu

^ Antoinette, qui devait être mieux instruite que Poiret, dit que la mort de Christian eut lieu le 7 novembre i669 ; (Innoc. reconn,, p. i60.) 2 Vie coniin., p. 330.

8 Voir ce testamenlcn date du 4 décembre 1668, Témoign, de vérité, p. 308. ^ Swert, Chronicon, p. 89.

CHAP. ni, SECT. n, ART. VI. 325

« n'eust préservé d'une manière toute particulière ma- « moiselle Bourignon, elle auroît peu survécu le bon

«M. de Cort Ce meurtrier qui avoit empoisonné

« celui-ci en Noordstrant, vint demander après elle en « son logis à Amsterdam, luy faisant dire qu'il venoit de « Noordstrant, et qu'il avoit des lettres de son amy M. de « Cort à lui rendre en mains propres, avec des particu- « larités à luy dire de bouche, et des choses à luy cornet muniquer touchant ses machines et ses inventions. Il (( luy faisoit les mêmes propositions et tenoit les mêmes « discours qu'il avoit tenus à M. de Cort. Mais dès qu'un « de ses amis ouvrit la bouche pour en faire le rapport « à mademoiselle Bourignon, elle se sentit si saisie d'a- « version et d'une divine advertance, qu'elle dit soudain « avec émotion qu'elle ne vouloit pas voir cet étranger- « là; qu'on se donnast bien garde de le faire entrer dans

« sa chambre et qu'on l'éloignast du logis s'il étoit

« possible. Plus l'autre insistoit, plus faisoit-elle des « efforts pour témoigner à ses amis qu'il ne falloit pas « écouter cet homme, ni s'en laisser surprendre. En effet, « il n' avoit ni lettres ni adresse de M. de Cort ; mais il « espéroit qu'à la faveur de ce beau prétexte, d'un amy « si intime, il seroit reçu avec joye, et qu'il auroit alors (( l'occasion à la main pour traitter mademoiselle Bouri- « gnon de la même manière, ou peut-être d'une plus ou- « verte et plus violente que M. de Cort. — Mais ayant vu <( après beaucoup d'instances........ que tous ses efforts

« étoient inutiles, il ne parut plus, sinon que quelques « années après on le vit à Hambourg ^. . » Ici nous pourrions dire comme Bayle, qui transcrit

1 Vie contin,f p. 338.

326 LES FBÈIUSS D'âWAULO D'ANDIUY.

une partie de ces allégations : a Je ne suis qu'un co- « piste ; je ne garantis point les faits des ouvrages que « je cite '. » Mais dans notre conscience, après avoir mûrement pesé et confronté les témoignages d'Antoinette et de son historien, nous devons déclarer que leurs dernières accusations nous semblent des fables odieuses enfantées chez Fune par un cerveau malade, répétées par l'autre dans un accès de confiance ^. Non seulement Antoinette se contredit en attribuant la mort de Christian tantôt à son séjour prolongé dans une prison fétide', tantôt à la médicamentation de ce misérable, qui retomba par suite sous la main de Villuminée sans qu'elle le fit arrêter ♦ ; mais chez elle les inculpations d'empoisonnement et d'assassinat sont à l'état de monomanie. £t s'il fallait l'en croire, lorsqu'elle se rendait escortée de ses disciples armés vers Sleswig pour y réclamer l'héritage de Christian, Patin en personne, suivi d'un seul homme, serait venu guetter son passage sur ime route déserte, où les barbes de sa coiiTe, en voilant sa figure, la préservèrent seules d'un coup de fusil. ^

Déjà même, neuf ans auparavant [1662-1671], au moment où pour la première fois de Cort la rencon-

1 Bayle, Dict. Aûf., ▼* Bourignon» — Le P. Anastase, qui semble, cpmme tous les historiens d* Antoinette, sans en excepter Swert, s*inspirer beaucoup pins de Bayle que de Tétude des sources originales relatives à cette illuminée, s*écarte ici un peu d^ son autorité habituelle : c Je ne Tais que « copier Tauleur que je cite, dit-il, {Hist, du Socin,^ part n, p. 546) ; je ne c m*cn fais pas garant, {Coûtant qu'il est contesté par tous ceux qui ont > part à ce procédé* » Nous ne révoquons pas en doute ces protestations ; mais elles nous ont complètement échappé^ sauf celles que contiennent dix lignes de Swert, dont nous examinons le contenu dans V Appendice^ note M.

3 Voir dans V Appendice^ note M.

' Innoc* reconn., p. 166 ; Cf. p. 165.

4 Vie contin,, p. 478.

^ Vie continuée, p. 86^366.

CPÀP. m, SECT. Ji, AUT. VI. 327

trait à Malines, Antoinette fuyait d'une école qu'elle dirigeait ^ à Lille, où ses élèves avoient tenté de l'empoisonner, elle, ses chats, ses poules et trente petits canards qu'elle aimait 2. Avant de partir, elle avait tiré un triple certificat de trois pasteurs témoins de ces méfaits, attestant que les jeunes meurtrières se livraient à la sorcellerie, et se rendaient toutes les semaines au Sabat ^. Les trois certificats et les trente petits canards semblent venir à la décharge du Jansénisme, d'autant que toute la vie d'Antoinette est semée de faits semblables. Aussi nous nous serions gardé de rappeler ces calomnies si d'un côté le scepticisme de Bayle n'hésitait à leur imprimer la flétrissure qu'elles méritent, et si de l'autre il ne les laissait rejaillir sur des hommes honorables, qui, pour avoir fait grand scandale des spéculations frauduleuses de leurs ennemis, ne méritent pas qu'une plume désintéressée laisse, par un injuste talion, peser sur leur mémoire le crime de spéculations meurtrières.

1 a Elle donna depuis à cet hôpital [ou école] par entren£i les biens ff qu'elle a?oit, consistant en vingt ou trente maisons et une seigneurie. » (Poiret, dans les PfauveL de la Bép. de$ Uttres^ 1085, p. 436. ) « Sa belle- <i mère et ses belles-sœurs h Lille firent saisir et confisquer tous ses biens... « disant qu*elle demeuroit dans un pays ennemi.... Ce procédé ne venoit « que d^une pure malignité ; car cette confiscation ne se faisoit pas à leur <i profit, mais seulement à celuy du roy de France. M"* Bourignon ne put a remédier de longtemps à ce mal,... et se trouva obligée de donner tous ses « biens à Tbôpital de Lille, qu'elle avoit régy, afin de les dégager de cette « injuste confiscation. • (Vie continuée, p. 430.)

2 Ibid., p. 191.

8 76id., p. 202. — Ce n'était pas seulement Antoinette Bourignon qui, à cette époque, avait quelque chose à démêler avec le Sabat ; la Suède avait dii mille hommes sous les armes pour repousser les sorciers. (LctU inéd. des Feuquiéres, U m, p. 475.)

328 LES FRtABS D'AIWâDLO D'ANDILLY.

ARTiaE VIL

Le Jansénisme liquidateur.

Mais si la vérité veut qu'on décharge de crimes les disciples de Jansénius, elle peut leur reprocher quelque avidité. Ce ne fut pas seulement Antoinette ^ qu'à force de chicanas ils parvinrent à évincer d'une succession que lui garantissaient un testament et les tribunaux^; mais cette succession, ils se la disputèrent entre eux. En vain les Jansénistes français envoyèrent en Nordstrand deux agents au lieu d'un, Perier et Lestropes, pour remplacer Gorin'. Celui-ci devint intraitable même envers les siens *. Perier 5 perçut les revenus de ses commettants sans leur en tenir compte ^. Lestropes, qui avoit été recommandé à Port-Royal par l'évêque hollandais de Neercastel \ et qui possédait la confiance de l'Oratoire belge, trompa à la fois les Belges, les Hollandais et les Français. « M. de Lestropes, écrivait trop tard le grand Ar- (( nauld, est une personne à qui il ne faut point se fier. « Je sais qu'il a encore trompé les Pères de l'Oratoire

1 I S'il y eut des gens animés de zèle contre ses erreurs^ il y en eut aussi • dont le zt'lc pour ses biens ne fut pas moins entreprenant. Ce dernier « zèle rorlifioit le premier. Quelques-uns des persécuteurs de M"* Bouri- « gnon crioient contre sa doctrine, afin de Texclure de la succession de « M. de Cort... ■ (Le P. Anastase, Hist, du Socinian,, part, n, p. 548.)

3 Swerr, Ckronicon, p. hi ; Vie continuée, p. 503 et passim de o59*500, ainsi que toute la deuxième partie du Témoîgn, de vérité,

' Larrièrc, Vie d^Amautd, L ii, p. 393.

4 (Muvret du doct, Arnauld^ t xlii, p. kU n. ft Ce Périer était-il de la famille de Pascal.^

6 Œuvres du doct. Amauld, t. m, p. 448» lettre dccclviii, du 8 mars 1G92.

7 Cf. lettre de Neercastel à Amauld du 26 juillet 1680 ; (Xuvt^a du doct, Arnauid, t iv, p. 173, et Larrière, Vie d'Arnauld^ t. ii, p. 397.

cHAP. m^ SBCT. n, AaT. vu. S29

u d'une manière horrible ; et c'est toujours en excror( quant leur argent '. »

L'illustre docteur Nicole et la plupart de leurs amis regrettaient vivement une spéculation qui n'avait abouti qu'à leur donner pour associés des femmes perdues et des fripons. Cette ile d'ailleurs» qui seize ans plus tôt devait leur ménager un asile contre la persécution, devenait, par un retour étrange, un obstacle qui leur fermait le seul asile dans lequel maintenant ils pussent songer à se réfugier. Ainsi Tunique retraite qui, sans trop les séparer des leurs, pût de nouveau les soustraire à la colère renadssante de Louis XIV était la patrie de Jansénius. Mais le foyer de leurs doctrines était précisément dans rOratoire ou près de l'Oratoire, à Malines, à Bruxelles, à Louvain. Or les trois maisons oratoriennes ' de Malines, de Bnixelles, de Louvain étaient les plus intéressées dans les affaires de Nordstrand^ ; et à tout moment ces tristes affaires pouvaient jeter la discorde entre les futurs exilés et leurs botes futurs. Aussi le 20 novembre J 678, c'est à dire six mois avant de se réfugier dans les Pays-Bas catholiques, Arnauld et Nicole ven-f djrentau duc de Holstein leurs possessions en Nordstrand^.

Cette habile précaution rendit leur exil paisible, mais leur patrie hostile. Un violent orage y accueillît Nicole à son retour. Arnauld, dont il s'était séparé, prit seul sa défense * : « J'apprends par une lettre de M. Nicole,

1 Œuvres du doct, Amauldt t ni, p. 570, lettre dccccxxii, du 5 décembre 1693.

3 Swert, Chronieon, p. iO, 103, 108, 110, 119, 133, 135, etc. s Ibid.,^. 130 ; Larrièrc, Vie d' Arnauld^ t. ii, p. 893.

4 œuvreê du doct, Àmauld^ t ii, p. lOS, lettre ceci., du 15 octobre 1681. — Cf. Vie de M. Nicote^ par Goujet, part, n, p. 168.— a La mère Angélique

3S0 LES F&ÊKES D'ARNADLD D*A5DilXY.

« écrit-il, qu'on s'est horriblement laissé prévenir contre (( lui, par de méchantes raisons sur une affaire où il a

c< tout à fait raison [celle de Nordstrand] On fait à son

c( sujet des jugemens téméraires bien étranges. On Ta ac- « cusé d'opiniâtreté, en ne voulant point se rendre à l'avis « de tous. . ., ; ce qui n'est point vrai, puisque j'ai toujours

({ été de son sentiment On a supposé qu'il agîssolt

« par un motif d'intérêt ; ce qui n'avoit garde d'être vrai, ; « pui^'il a toujours déclaré qu'il ne regardoit ce bien ! « là que comme le bien des pauvres. Je ne puis m'em- « pêcher de dire qu'il semble qu'en toutes choses, on « prenne à tâche de le décrier; comme on l'a fait encore «en.... le taxant de lâcheté [pour m'avoir quitté et « s'être rapproché de l'archevêque de Paris], ce qui me « parott la plus grande injustice du monde. N'est-il pas « utile qu'il soit en repos, afm qu'il puisse travailler pour « l'Eglise?... N'a-t-il pas rendu d'assez grands services « pour lui en savoir gré, et ne le pas traiter comme un « esclave qui n'auroit pas la liberté de faire ce qui lui

« plairoit? Cela m'a toujours paru si déraisonnable,

« que... je n'ai pu m' empêcher d'en décharger mon cœur « dans l'occasion que m'en a donné cette nouvelle affaire « de Nordstrand. »

Les Belges profitèrent d'ailleurs habilement de ces

dissensions. Prévenant cette fois le duc de Holstein dans

. ses projets d'acquisition, ils députèrent à Paris [1680]

celui d'entre eux qui se montrait le plus dévoué au grand

a de Saiot-Jean faisoit en quelque sorte sa cour à M. Pascal, et Youlolt se « servir de lui pour mettre de la division entre M. Amauld et M. Nicole. « Car ni elle, ni beaucoup d'autres, ne pouvoient souffrir cette liaison, ni a que M, Nicole gouvernât M. Amauld. » (Hacinc, Fragmcm $ur P, R., oeuvres, t. Yi, p. S96.J

CHAP. m, SECT. Uf ART. TIL 3S1

Arnauld, Martin de Hondt^ dont le dévouement, plus tard attaqué, eut pour défenseur Patît, qui alla ensuite mourir en France K De Hondt, après de longs efforts, conclut enfin xm traité qui fit passer dans les mains de l'Oratoire la portion de l'Ile qui restait aux Français.

Cette solution toutefois ne termina point les débats. La discorde se mit entre les Belges. Bruxelles réclama sur Malines les sept mille cinq cent soixante-quinze florins empruntés par Christian, qui, d'après les archives delà maison de Louvain, les aurait remboursés'. Ceux de Louvain, à leur tour, forcèrent l'Oratoire de Malines de convenir qu'il les avait frustrés des droits* que leur donnait sur Nordstrand la succession d'un des leurs ; or cette succession comprenait à peu près le cinquième ^ de ce que leur Institut possédait dans Vile contre laquelle chacun s* était si fortement récrié et où chacun avait fini par réaliser une fortune^. De si scandaleux débats n'étaient point encore apaisés lorsqtfeut lieu cette saisie des papiers de Quesnel dont nous avons déjà parlé [1703]. '

Il paraît que jusque là Port-Royal était parvenu à soustraire ou à dissimuler aux yeux de Louis XIV ^ le secret ou le but de ses acquisitions en Nordstrand. Mais dans les papiers qu'Amauld avait légués à Quesnel se trouvaient les contrats mêmes de ces acquisitions, et de plus la preuve de démarches, qu'avait faites le Jansénisme

^ Swert, ChrotiieoUf p. 182 et 187.

2 Swert, ibidUy p, 76.

» Ibid., p. «5.

* Jbid., p. 2i7. Cr, 187.

« Ibid,, p. 10 et 175.

* Ibid., p. 103, 119, 132, 120-185, 186, etc. 7 Voir plus baut, p. Ai.

^ Voir la noteN. dans V Appendice.

S32 LES FRÈREâ D'ARNAULD D'ANDUXY.

\ en 1681 près des ennemis de laFrance, pour prendre ofii-

; ciellement place atfnombre des puissances européennes. ' Ce double projet d'un établissement territorial et politique avait fait sinon la terreur, du moins l'indignation des dix dernières années de Louis XIV ; et durant ces dix

. années madame de Maintenon, c'est elle-même qui l'atteste \ prolongea les soirées solitaires et moroses du monarque alors au déclin de sa fortune par la lecture des

' papiers saisis chez Quesnel. Ainsi, après les humiliations de chaque jour, le grand roi se retrouvait chaque soir en face de ces deux humiliations sans égales, la veuve Scaron

\ devenue reine, le Jansénisme devenu potentat I Qu'eût-il dit, ce roi déchu, s'il avait su que près de lui, dans ses conseils, l'homme de sa confiance avait eu le fatal secret, s'y était intéressé, et y avait employé jusqu'aux agents diplomatiques de la France? — C'est cependant ce que nous ont déjà fait entrevoir les efforts d'Antoinette Bourignon, en faveur de Christian, près du marquis de Pomponne, et ce que confirmeront quelques-uns des papiers de ce neveu d' Arnauld, papiers que renferme sa correspondance inédite, — Mais avant d'examiner cette partie

! de notre dépôt, la chronologie nous force à nous occuper du fils aîné d' Arnauld d'Andilly, dont le futur ambassadeur de Suède n'était que le second fils.

* D'après Lcgros [Défense de la vérité, etc., préf., p. xi, S van] la proposition que firent alors les Jansénistes n'était qu'un Jeu d'esprit qui n'avait rien de sérieux; ce qu'il répète d'après Quesnel, qui traite la lettre adressée au comte d'Avaux de pure badinerie, qui n'a Jamais été faite que pour se divertir. Mais il parait que Louis XIV ne croyait pas le Jansénisme si folâtre, ou qu'il entendairinal la raillerie. L'on peut d'ailleurs s'assurer des motifs qu'il avait pour cela en lisant la pièce même qui semble si badine à Quesnel , dans le factum intitulé : Causa QuesneUiana^ p. 256.

2 Lett. de M"' de Maintenon, t xii, p. J38, lell, da 5 avril 1717.

Note A; t. I, p. 2; t. ii, p. lAO, 297, 298.

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