LISTE DES AR?<AIILD DE PORT-ROT AL
S I. — La mt-re d*Arnauld d*AndUlx.
Sœur Gatberioe de Sainte-Félicité Marion, venve d'Antoine Arnauld, le célèbre avocat, fit profession à Port-Royal le U février 1639, et moorui le 28 février 1641. flci et ailleurs, lorsque nous n'alléguons point d'autorités, c'est que les faits sont géfléraienient acceptés.)
S II. — Le frère d'Aroanld d'Andilly.
Antoine Arnanld. docteur de Sorbonne, entré à Port-Royal ime première fois en 16S9 (voir la date de la iv* lettre, t i, p. 11, et p. 18 de ses Œuvres complètes), ou en 1640 {Hist. de C abbaye de P. R,, par Besoigne, t. i, p. 300), ou en 4643 (Mém. de Lanceloc, t. I, p. 212 et 219), ou en 16^8 (Mém. deheUaistre, dans le Recueil inl2, p. 214-216; Mém. de la M. AngéL, t. ii, p. 21, 106, 116, 328, 349, 362, 407); puis en 1656 {Nécrologe de Cerveau, xni* siècle, t. I, p. 287; Cf. Recueil in-12, p. 229); et enfin en 1669 (voir Œuvres du docU Amauld, t. ii, p. 7, lettre GGxcix, du 18 juin 1677) ; mort en exil le 8 août 1694«
S in. — Les Meurs d*Arnau]d d'Andilly.
1* Sœur Catherine de Saint- Jean Amauld, veuve d'isaac Le Maistre, conseiller du roi et maître des comptes, se retira à Port- Royal de Paris en 1626 ( D. Clémencel, Hist. gén. de P. R., t II, p. 199), fit profession à Port-Royal le 25 Janvier 1644 (D. Clémencel, ibid., L i, p. 300; voir aussi t. ii, p. 202, et Besoigne, Hist. de P. R., 1. 1, p. 310 ); elle mourut le 21 janvier 1651.
2** Sœur Jacqueline-Marie-Angétlque Arnanld, réformatrice de Port-Royal, y fil profession le 29 octobre 1600, et mourut le 6 août 1661.
S*" Sœur Jeanne-Catherine de Sainte-Agnès de Saint-Paol Arnauld, abbesse de Port-Royal, y fit profession en 1612 ( voir Gnllbert, Mém. hist. sur P. R., t. i, p. 272) ; elle y mourut le 19 février 1671,
W Sœur Ange -Eugénie de Tlncarnation Arnauld fit profession en 1618 à Port-Royal, et y mourut le 1" janvier 1653.
5* Sœur Marie de Sainte-Claire Arnauld fit profession en 16l6 à Port-Royal, et y mourut le 15 juin 1642.
6* Sœur Madeleine de Sainte-Christine Arnauld fit profession en 1625 à Port-Royal, et y mourut le 3 février 1649.
S IV. — Les fils d'Araauld d*Andilly.
1" Charles-Henri Arnauld d*Andil]y de Lnzancy, retiré à Port" Royal des Champs, non pas en mars 1642 {Mém de Lancelot, t. i, p. 339), ni en juin (Guilbert, Mém, hist, et chronoL sur P. R., t. Il, p. 574 j, mais le 22 mai 16^2 (Hisu de C origine des pénitens et solitaires de P. A. des Champs [composée après le 23 novembre 1644, voir Mém, de Fontaine, édit. de 1753, 1 1, p. 130, et probablement, comme le porte ravertissement, vers 1645]; Cf. Mém, de Fontaine, 1. 1, p. 122; Supplém. au f^écroL de P. R., p. 16, et Recueil in-12, p. 211); mort le 10 février lfô4.
2" Jules Arnauld d^Andîlly de Villeneuve, entré à Port-Royal vers 1641 ; il en sort en 1655 ; il est tué à sa première campagne. (Mém, dArn, d'Andilly, part, ii, p. 157 ; Mém de Fontaine, t ii, p. 81, 87, 92; Mém. de Lancelot, t. i, p. 339, et t. ii, p. 258, 344; Mém. de Du Fossé, p. 26, 58, 129; Besoigne, t, iv, p. 417; D. Clémencet, t. i, p. 302. ) — Nous pensons que c*e8t Jules de Villeneuve et Henri de Luzancy dont il est question dans une lettre de leur père, rapportée par D. Gerberon (Hist, du Jansénisme, t. ]i, p. 183), où se trouve mentionnée la présence de deux des fils de ce solitaire à Port-Royal. — Dom Gerberon croit que celui-ci veut parler de ses fils atnés, Tabbé Arnauld et Pomponne, ce qui ajouterait deux membres de cette famille à la liste des habitants de Port-Royal. Mais la lettre du père est datée du 10 janvier 1654, et les Mémoires de Tabbé Arnauld {part, m, p. 53) prouvent qu'à cette époqae lui-même habitait Angers, et que Pomponne habitait Paris. — Une lettre d'Anne d'Autriche, également citée par D. Geiberon Ct^iU^ p. 431; Cf. p. 419), semblerait prouver que Pomponne avait été élevé à Port-Royal.
Note A. iii
Vais tes premiers fbnéenems des écoles de Port-Rofdl ne ftirent Jdés qu'en 1687 (voir Besoigne, t. iv, p» ftOS), époque où Pomponne avait dix-neof ans. Les Mémùîres de Tabbé^rnauld fpnr). i, p. 6) noQS apprennent d'ailleurs que son édiicatiotl et cctiê de sot) Trëre ' Pomponne avaient d'abord été confiées ft t'abbé de Barcod; second abbé de Saint-Cyran. Anne d'Aotrirbc aora confondo le licâ tivec la personne, à cause des doctrines. — Il paraît scolcmcnt qnc Pomponne a séjourné à Port'^Boyal pendant tes troubles de fâ Fronde. (Mém. de Cabbé Amauid, part, ii, p. 154.)
S V. — Les filles d'AmauId d'Anddly.
1« Sœur Catherine de Sainte-Agnès Arnaold d'Andiliy, née le 30 décembre 1615, novice en 1630, professe en 1643, morte le 23 décembre 1663.
3* Sœur Angélique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly, née le ^% novembre 1624, fit profession le 25 janvier 1644, mourut le 29 jan« vler 1684.
3"* ScBur Marie-Charlotte de Sainte-Claire Arnauld d'Andiily, née en 1627, fit profession le 28 novembre 16/i7, mourut le 9 septembre 1678.
4** Marie-Angélique de Sainte- Thérèse Arnauld d'Andilly, née en 1630, fit profession le 21 novembre 1654, mourut le 8 Janvier 1700.
5" Sœur Anne-Marie de Sainte- Eugénie Arnauld d'Andilly, née en 1631, professe en 1658, mourut le 7 octobre 1660.
6* Elisabeth Arnauld d'Andilly mourut pensionnaire de Port-Boyal de Paris en 1645, à l'âge de treize ans.
Plusieurs auteurs ne comptent qu'un fils et cinq filles de Bobert au nombre des membres de PortBoyal. Sans doute ils en excluent Jules et Elisabeth, comme n'y ayant pas pris d'engagements définitifii. Mais Bobert écrit lui-même {Mém., part, i, p. 64) : « Mes six fill£S « ont été religieuses dans ce monastère. » (Voir aussi Mém* de t abbé Arnauld, part, m, p. 111.)
S VL — Les neveux d'Amauld d'Andilly.
l"" Antoine Le Maistre, avocat, renonce an monde le 22 août 1637 {Recueil ln-12, p. 183), se relire à Pori-Boyaî de Paris le 10 janvier 1638 [Hist. abrég, de P. R., par Michel Tronchay, dans les Métn- de Fontaine, édit. de 1753, t. i, p. 34; Cf. le Recueil in-12, p. 1-17; Vie de Wallon de Dcaupuis, p. 58), h Port-
S36 AP?Em>icB.
Royal des Chamiis le 22 mal 1638 (Cf. le Recueil in-12, p. 187 et 210), et meurt le A novembre 1658.
2" Isaac Le Maistre de Sacy, prêtre, se retire près de Port-Royal de Paris en 1658 [Mém. de Lancelot, t. i, p. 108) ; une première fois à Port-Royal des Champs en 16&6 {Métn. de Fontaine, 1. 1, p. 117), dit sa première messe à Port-Royal des Champs le 25 Janvier 1650 (Cf. le Recueil in-12, p. 217), et en devient directeur (Nëcrologe de Cerveau, xvii' siècle, 1. 1, p. 199} ; meurt le U janvier 168/1.
S"* Simon Le Maistre de Sériconrt suit son frère Antoine dans la retraite en 1637, 1638, etc.; meurt le h octobre 1650. (Cf. le Aectiet/ in-12, p. 4 et 16.)
4* Jean Le Maistre de Saint-EIroe se reUre avec son frère Antoine près de Poil-Royal de Paris, à Pâques 1638 [Recueil in-12, p. 4), rentre dans le monde, se marie et meurt dans un âge avancé (Besoigne, Hist. de P. R., t. m, p. 553), vers 1690. {Mém. de la Jf. AngeLt t. i, GénéaL, p. xiv.)
5* Charles Le Maistre de Vallemont se relire près de Port-Royal de Paris, à Pâques 1638, y meurt en 1653. (Ibid,)
S Vn. — Les cousines d^Amauld d^Andllly.
1* Sœur Anne de Snint-Paul Arnauld, fille de David Arnauld, contrôleur général des restes (Mém. d^Arn. (TAndilly, part, i; p. 35), meurt le 12 septembre. 1633. (D. Clémencet, HisL génér, de P. R., 1 1, p. 183. )
2" Sœur Madeleine des Anges Marion, fille de Simon Marion, baron de DruT (frère de Catherine Marion, veuve d'Antoine Arnauld), entrée à Port-Royal en 1624 (Mém. de la Af. AngéL, t ii, p. 179) , en 1627 (Hùr. de P. jR.^ par Besoigne, t. i, p. 138), y fit profession en 1634, et y mourut le 17 avril 1671.
3* Sœur Catherine de Saint-Alexis Marion, entrée à Port-Royal en 1624 {Mém. de la M. AngéL, t. ii, p. 179), vers 1627 (Cf. Besoigne. t. I, p. 138, et Moreri, Dict. hisU, t. vu, p. 258, col. 2) , et morte le 7 décembre 1634, après avoir prononcé les vœux. (Omise par le Nécrologe de Cerveau. \o\r la Table de D. Clémencet, llist. génér. de P. R., L x, p. 390; Nécrologe deP. R., p. 459; Mém. de la M, AngéL, t. ii, p. 179.)
Note B ; t. I, p. 50, 70.
LISTE DES ABNAULD DE CHARBNT05.
De rénumération des membres de la famille Arnauldqni ont fait la gloire de Port-Royal, il n'est pas ioatile de rapprocher Tlndication des membres de celte même famille qui ont professé le Calvinisme ; car, ainsi qoe le remarque H. Sainte-Beove dans son His^ toire de Part-Royal (t. i, p. 63), « ce point tient peat-étre plus « à cette faîstoire qae les Arnauld eui-mémes ne le croyaient -« « D'ailleurs ce coin de tableau de famille (c'est encore M. Sainte- « Beuve qui parle) a toujours été voilé le plus possible par les « Arnauldde Port-Royal, et même par [Jean] Racine dans son his- « toIre de cette célèbre abbaye (p. 73; Cf. Tabbé Racine, Hisi. « ecclés., t. X, p. 501). Les Jésuites, de leur côté, Pont malignement « relevé ; » et il est bon qu'à cet égard des contemporains impartiaux nous disent la vérité.
1. Robert, dans ses Mémoires (part, i, p. k), atme mieux nous > apprendre que son aTeul Antoine, le premier des Amanid établi à Paris, professa 1c Calvinisme, que de nous luisser ignorer comment Taflectlon de Catherine de Médicis le sauva de la Salnt-Barthéleroy. Seulement il a soin d'ajouter qu*Anloine abjura depuis cette sanglantelpurnéc.
""s. Isaac Arnauld, celui des oncles de Robert qui avait fait l'éducation politique de ce dernier (Mém. (CAm.dAndiUy, part, i, p. 31), était Huguenot, a H a passé a Charcnton pour un Tort homme de ' « bien. » (Tallemant, t. ii, p. 306. — Voir plus bas, p. 3^7.)
3. Madame de Feuquiëre, Glle d'Isaac et protectrice des fils de Robert, était de la même religion. (Menu de Cabbé Aimauld, part. I, p. 207.)
k. Le marquis Manassès de Fenqnîère, gendre d'Isaac, était Calviniste et avait abjuré {OEiw* du doct. Arnauld, t. ii, p. 753, lett. Dciv, de février 1687) ; mais il ne put obtenir a son lit de mort que sa femme abjurât comme lui. (Lettres inéd. des Feuquière, publiées par M. Etienne Gallois, t. i, p. 260, leif. du 22 mars 16/iO. ) Celle-ci s'était opposée, autant qu'il était en elfe, à la conversion de ses fils. (Ibid., p. 29 à 3A, lett. du 2& avril au 22 Juin 1634; p. 89, lett. du 26 avril 1635, etc.; Cf. p. 244, n. et p. 391, lett. du 17 mars 1642. ) Elle était parvenue à maintenir dans ses principes toutes ses filles. (OEuv.du doct. Arnauld, t. ii, p, 665,
SS8 APPEMIMCE.
Ictt. DLivi, du 16 avril 1686; Cf. p. 653, lett. dlx, du 38 mars 1686.) L*une de ccUes-ci, M*** d'Orlhc, était Calviniste si fervente qu*oo n*osait laisser près d'elle ses frères convertis^ « dans la 9 crainte qu'Us ne se laissassenl séduire par une si grande fa- • mille de Huguenots, » (Lett, inéd, des Feuquière, t. i, p. 291.J i 5. La marquise d'Heucourt, autre fille dlsaac, était de la religion réformée. (Bayle, \* Amauld Antoine^ Rem. D.; voir aussi Jolj, Bemarq, sur Bayle, même mot.)
6. Le marquiis d'Heucourt abjura rkérésie avec si» fits^ au nombre de trois. (CEuv. du doct, Amauld, t. ii» p. 695, lett. dlxxix, du i& août 1686; Cf. Ibid., t m, p. 471, 476, 501, 531, etc.; d*après la lettre dgccsgvii, du 8 août 1693, t. m, p. 537, il se trouve que le marquis dlleucourt avait trois filles et non trois fils, et qu'au lieu d'être Catboliquc il étaii Calviniste.)
7. Isaac Arnauld, le mestrc-de-camp, frère de M** de Feoquière, avait quitté la religion réformée. (Tallemant, t. ii, p. 309; Cf. CEuv. du doct. Afmauld, t. il, p. 753, lett. dciv, de février 1687.)
8. Louis Arnauld, frère d'Isaac, onde de Robert, était Huguenot. (Tallemant, t. ii, p. 308.)
9. Pierre Arnauld, frère du précédent, s'était convenu (Ibid., p. 306.)
10. Jeanne, sœur des précédents, mourut fille et Huguenote. [àbid., p. 310.)
11. Madame Lhosle, soeur de Jeanne, était protestante, ainsi que son mari et son fils. [Ibid., p. 308.)
> 13. Le Maistre, beau-frère de Robert, et père des Le Maistre dont nous avons parlé quelques lignes plus haut (p. 335, $ vi), se fit Huguenot, et c'est à graud*peine que le père de Robert lui arracha ses cinq enfants, qu'il voulait conduire à Cbarenton. (Mcfm. d^Am, d^Amlilly, part, i, p. 36; Mém. de Fontaine, t. i, p. 111 et 113; Mém. de Lancelot, t. i, p. 314, oii l'on voit que D. Gerberon croyali que Le Maistre, le pénitent de Port-Royal, avait été Calvinisme.)
13. La sxur de Robert, la célèbre abbcsse de Port-Royal, Angélique, hésita quelque temps poui* savoir si elle se retirerait à La Rochelle, où était une partie de sa famille professant la réforme. (Mvm, de la M. Angélique, t. u, p. 255; voir aussi Bayle, V Ant» Arnauld, Rem. D., art. Isaac Atmauld de La Rochelle.)
14. Anne-Eugénie, sœur de Robert, religieuse à Pori-Royal, hésita longiemps entre le Calvinisme et le Catholicisme. [Menu de là M. Angél,, t. i, p. 90.)
MOTB CL 3S0
Quant an père de Robert, da docteur Arnaakl et de la mère An- i gétkfne, on a été Jusqu'à produire des lettres de sa famille (Bayle, V* Ani. Amauld) coDStatant quMl était Huguenot. Mais, quoique ' membre d*une famille si évidemment Calviniste, il paraît qu'il avait échappé à lliérésie, et que l'on est parvenu à établir c^ fait par i l'exhibition de son acte de baptême. (Joly, Remarq, sur Bayle, làême nom ; Cf. CEuu, du doct. Amauid, t. m, p. 60, 61, 70, ^72, /i89, 521, 533, 565, 569, 592, 634, etc.; le quatrième Factum \ pour les neveux de Jansénius, etc.) — Tallemant (t. ii. p. 804) ' donne une autre preuve de l'orthodoiie du célèbre avocat, qol, selon lui, aurait plaidé en faveur d'une confiscation faite sur des Huguenots, confiscation dont il aurait accepté la moitié comme i salaire. ~ Il parait d'ailleurs que cette famille de Huguenots con- : vertis ne s'accommodait pas moins dans la branche des Feuquière que dans celle des Amauld de confiscations faîtes sur leurs anciens coreligionnaires. (Lett. inéd. des Feuquière, t. m, p. 55, lett. du 20 septembre 1674.) — Les femmes de la première de ces branches ne se convertirent cependant qu'à la révocation de l'édii de Nantes, révocation à laquelle la branche janséniste des Amauld applaudit de tout son pouvoir. 11 est vrai qu'à celle-ci appartenait le célèbre docteur Amauld, qui voyait dans cet acte un moyen de propager ses livres parmi les nouveaux convertis, et de faire ainsi goûter à Louis XIV ses doctrines, sans doute indépendamment des dragonnades. {OSuv. du doct. Amauld, t. ji, p. 653, lett. dlx, du 38 mars 1686; p. 665, lett. dlxvi, du 16 avril 1686; p. 571, lett nxxxviii, du 87 octobre 1685; p. 622, lett. nui, du 1*' février 1686; p. 672, lett. DLxxi, du 11 juin 1686; p. 690, lett. dlxxvii, du 25 juillet 1686, etc.; t. m, p. 477, lett dgcclxxiii, du 5 mai 1693, etc.)
Note C ; t. I, p. 7, 26, 206, 222; t. n, p. 248.
BELATIOIfS DE ROBERT AVEC LE DUC D'ORLÉANS.
Nous avons dit (plus haut, p. 7) que d'Andilly, accusé par le duc d'Orléans dans un manifeste de l'avoir trahisons l'inspiration de Richelieu, n'avait pas rédamé contre cette accusation. Il réclama depuis (Lettres, p. 456, 465, 667 et 471), et prétendit que s'il n'avait point réclamé phis tôt c'était par respect pour le duc d'Orléans. (Ibid., p. 460.) Mais ne fallait-il pas avant tout qu'il se respectât luimême, dftt sa fortune en étire compromise. U le («liait d'autaoi plus
t&O APPENDICE.
que si la réputation de Robert nous est arrivée avec l'auréole qae lai a mise Port-Royal, elle n*ëtait pas toat à fait anssi resplendissante aux yeux de ses contemporains. Outre le manifeste du duc d'Orléans {Recueil de diverses pièces pour servir à l'histoire, 1639, în-4', p. 326) çt les différents écrits du président de Gramond (son Histoire, sa Lettre à Phiiarque, etc.), il existe un opuscule intitulé :
' Mémoires (tun favori de S. A. R. M. le D^ d: Orléans, où d'Andilly se trouve violemment attaqué. Ces Mémoires sont écrits en effet par un favori de Gaston, de Bois d*Annemets, que sa position
• mettait à même d'être parfaitement instruit. Aussi dès la première année du dernier siècle, un Oratorien apostat, Le Yasser, s*appuya
\ de cette autorité pour flétrir la mémoire d'Amauld d'Andilly. (Hist. de Louis XIII, t. m, p. 39 et 44; t. iv, p. &h.) Bayle, dans son DicUonnaîre (V Amauld tfAndilly) et dans sa correspondance (Œuvres, t. iv, p. 842); Bernaid, dans ses î^ouvelles de la république des lettres (avril 1703, p. 419) ; Desmaiseanx, dans ses lettres à Bernard et dans les notes qu'il mit aux lettres de Bayle (Œuvres de Bayle, t. iv, p. 842-846), ouvrirent à la suite de Le Yasser une discussion qui fut loin d'être favorable à l'ancien
. solitaire de Port-Royal. Enfin un Oralorien qui n'avait pas été comme Le Yasser Jusqu'au Protestantisme, mais qui s'était arrêté comme plusieurs de ses confrères au Jansénisme, le P. Bougerel, prit en main la défense de l'accusé, et parvint à faire rétracter Desmaiseaux. ( Bipliotn. raisonnée des ouvrages des savons de CEurope, t v, p. 356.) Un auira Janséniste, l'abbé Goujet, pour achever cette réhabilitation, publia le^ Mémoires de d'Andilly (hi.l2, Hambourg, 1734). — C'est d'après cette dernière publication surtout, et d'après les autres écrits émanés de^intert lui-même, que s'est formée notre opinion à son égard. Nous avon?Meté, après
' les avoir pesés, les témoignages de Gramond, d'AnneulH^ ^^ ^^ Le Yasser comme trop passionnés ; et la critique de Bayle, î*^ ^^f" nard, de Desmaiseanx comme insuffisamment renseignée, exprès l'aveu de Desmaiseanx lui-même. Mais tout en inclinant vers jÇPÎ~ nîon que Bougerel a soutenue avec autant de savoir que de mesÇ"®» nous croyons devoir signaler quelques lacunes dans le plaldoî^ de celui-ci. Ainsi le savant Oralorien aurait dû remarquer, 1" qui-. Le Yassor s'appuie non seulement sur le témoignage d'Anneniets, mais sur celui de Bullion, surintendant des finances, et sur les répugnances qu'éprouvait pour d'Andilly le cardinal de La Yallette,dont cependant d'Andilly {Mém., part, i, p. 157; part, ii, p. 10) se vantait d'avov les bonnes grftces, — 2*' L'habile défenseur qui avait lu^
NOTB C 341
dil-a (fiibL rais., t. vi, p. 104), tous les écrits ci tous les Mémoires du temps poar s'assurer qu'ils ne contenaient aucune accusation contre son client, savait sans cloute que ce client lui-même, dans ses Mémoires (mémoires encore manuscrits à cette époque, mais dontBougerel se servait pour son plaidoyer), avoue non seulement que Bullion l'avait traité personnellement comme concussionnaire (part. II , p. 88; voir aussi ses Lettres, p. 288), mais que le président Jeannin l'accusait d'Indélicatesse dans ses Mémoires, où les petlts-fiIs du président avaient toutefois consenti à mettre un carton. (Mém. (tAm. dMnrf.,part. i, p. 111-114.) Bullion, La Vallette, Jeannin étaient des autorités assez graves pour être comptées. (Voir cependant plus bas, t. ii. p. 368.) — »• Bougerel n'aurail-il pas dû explfquer ce en quoi le respect obligeait d'Andilly à se taire une première fois devant les accusations du duc d'Orléans, et comment ce même respect ne Tempécha pas de répondre ensuite à ces mêmes accusations, puisées dans le même manifeste contre lequel il n'avait osé réclamer d'abord? Celte explication il l'eût trouvée sans doute dans les lettres de d'Andilly (p. 476 et 486) et aussi dans le rapprochement qui vers 1634 s'était opéré, comme nous l'avons dit plus haut (p. 12), entre Robert et Gaston. Mais un semblable rapprochement n'affaiblit-il pas de beaucoup le témoignage que reivd Gaston en faveur de Robert dans le démêlé de celui-ci avec le président de Gramond {Lettres <fAm, d'And., p. 458, 466 et 487), témoignage dont s'appuie surtout le défenseur de Robert pour démontrer l'innocence de son client. (Bibl. raisonn., t. vi, p. 99.) — 4" Le P. Bougerel, qui remarque si judicieusement (ibid,, vi, p. 76) l'époque où parurent les accusations d'Annemets, publiées, dit-il, pour la première fols en 1668 (nous croyons que c'est en 1667 ; Cf. le P. Lelong et M. Barbier), dans le but de prouver que Robert n'avait pu y répondre par ses Mémoires composés en 1667, n'an*> rait-il pas dû s'avouer que c'était le cas ou jamais pour celui-ci de prolonger ses Mémoires d'une année et sa justiûcdtion d'un chapitre. Cela eût été d'autant plus facile pour Robert qu'alors le duc d'Orléans était mort, qu'Annemets aussi était mort, et que l'année même où, d'après Bougerel, se produisaient les accusations de ce dernier le Jansénisme venait de remporter avec l'édit de paciûcation le seul triomphe qu'il dût obtenir sous le règne de Louis XIV. Ce triomphe avait d'ailleurs rejailli sur la famille Arnauld. Sacy, sorti de la Bastille, et le grand Arnauld lui-môme avaient été présentés au roi; et le fils de Robert, Simon de Pomponne, venait d'être chargé d'une ambassade en Hollande, où s'imprimaient les Mémoires du Favori.
9ft2 APPENDICE.
£taii-ce donc là le momeiit de laisser peser sur son nom là flétrissure que lui imposaient ces Mémoires ? Robert se tut cependant, lui qui s'était si vivement défendu en 16/i5. (Voir toutefois Menu d'Arn. cTAnd., part, ii, p. 50.) Mais en 16/i5, nous Tavons démontré (plus haut, p. ik'ZG; Cf., plus bas, note H), il avait un intérêt personnel à le faire ; en 1668, 11 n'y avait plus qu'un Intérêt collatéral. Cela ne prouve-t-il pas que le client de Bougcrel était plus enclin à défendre ses intérêts que sa réputation?— 5" Une dernière observation peu favorable à Robert, et que Ton peut reprocher au P. Bougcrel d'avoir omise, est celle que fait naître un passage des Mémoires de Richelieu, récemment imprimés par M. Petitot, mais dont le manuscrit avait été confié au savant Oratorien, qui les cite à propos d'Ornano même (Bibl. raison., t. v, p. 363) ; car c'éuit surtout aux dépens d'Ornano que les ennemis de d'Andilly l'accusaient d'avoir servi d'instrument à Ricbeiieu. — Dans ses Mémoi^ res d'Andilly se représente comme rendant à Ornano toute sorte de services auprès du cardinal, et prétend que lors de la seconde arrestation de ce personnage il s'attendait d'autant moins à ce dé« nouement qu'aucun plus que lui n'était convaincu de son innocence. « Les fréquentes visites de M. le maréchal d'Ornane chez la reine- « régnante, écrii-il fpart. a, p. 45), augmentèrent de telle sorte les a défiances de M. le cardinal, qu'il demeura persuadé, comme je 0 l*ai sçu depuis, que c'éioit à dessein de former une grande cabale « de la reine, de Monsieur et de quelques grands ^ ce que je ne « sçaurois croire qui fût véritable, tant j'ai reconnu en M. le mare- Cl chai d'Ornane des sentimens pour le service du roi et pour l'état, « dignes du nom qu'il portoit ; mais je pense qu'il y avoit en cela « plus de bagatelle et d'amusement que de dessein. Ainsi perte sonne ne fut jamais plus surpris que je le fus lorsque le U mal « [1626]... l'on vint dire [devant moi] que M. le maréchal d'Ornane « étoit arrêté... » Telle est la version de Robert. — (Cf. Lettres de la M. Angélique, 1. 1, p. 14 et 17, lett. vu et via, du 5 juin et du 22 août 1624.) — Voici celle de Richelieu : « Un orage se forme « d'autant plus à craindre que c'est dans le cœur même de Fétat, c( qu'il enveloppe la personne qui y est la plus considérable après « celle du roi [le duc d'Orléans]. L'auteur et le conducteur étoit le 0 maréchal d'Ornano... Ceue faction étoit si grande que non seulett ment les princes, les grands du royaume, les officiers de la maison « du roi, les princesses et les dames de la cour de la reine, et le « parti huguenot, mais les Hollandois, le duc de Savoie, l'Anglett terre et l'Espagne en étolent Universellement tout le monde
« crioit cabale et blâmoit les ministres comme ne voyant goutte... I « D'AndlIly et Du Verger [de Hauranne, abbé de Saint- Cyran] di- « soient souvent qu^ils pensoient qu'on méditât quelque chose de « grand, qu'ils avoient peur qu'on fût prévenu. Verger dit devant « Pâques, que si, dans la fêle, on ne mcttoit la main sur le collet « du maréchal, il craignoit qu'il ne fût plus temps. Tassart dlsoit « qu'il perdoit Monsieur. » [Mém. de Hich,, m, p. /i8-50.) — • If. Passart, aumônier de Son Altesse Royale [le duc d'Orléans] , « étoit fort homme de bien, et de mes amis. » [Méni. d'Arn. cCAnd., part. II, p. 50.) « Notre amitié (celle de Robert et de Saint-Cyran) « commença [en 16^0], et a continué jusqu'à sa mort, d'être si a parfaite qu*it ne peut y eu avoir une plus grande dans le monde. (I6id.^ part i, p. 168.) « J'étois tellement aimé de lui qu'il me « donna son cœur par son testament. »(D'Andilly, Mém. sur Saint- Cyran dans les Vies édifiantes de P. R,, t. i, p. 16.) « Le \ « cardinal fit en ma présence [en 1625, un an avant l'arrestation • « d*Ornano] les plus grandes caresses à M. de Saint-Cyran que je « lui aye jamais vu faire à personne. » [lbid>, p. 17.) « M. de Saint- « Cyran et le P. Joseph étoient tous deux extrêmement de mes amis.« {Ibid., p. 20.) — De ces curieux renseignements il faut encore rapprocher ce passage de la défense de M.Vincent [de Paul] (p. ûO), où Barcos, neveu de Saint-Cyran, rapporte que Richelieu voulut faire nommer son oncle premier aumônier de la reine d'Angleterre, évé- j que de Clermont, en le gratifiant de plusieurs abbayes qui n' étaient I pas vacantes^ et enfin évéque de Rayonne [Mém, de Luticelot, t, i, ( p. 59) ainsi que de six autres sièges. (M. Sainte-Beuve, Port-Royal, « t. I, p. 320, et Mém, de Lanceiot, U ii, p. 163.) 11 faut aussi ne pas oublier ce passage des Mémoires de Robert (part, ii, p. 32-35) où celui-ci raconte les efforts de Saint-Cyràn pour lui conserver l'amitié d'Ornano, et Ton aura sur le caractère et la conduite de Saint-Cyran à la cour des renseignements assez curieux. (Voir aussi Mém. de Lanceiot, t. u, p. 287.) — Mais comme il ne s'agit ici pour nous que de la conduite de Robert, nous nous contentons de remarquer ses liaisons avec les personnages qui signalèrent Ornano comme dangereux aux ministres, et les assertions de Richelieu qui prêtent an futur solitaire de Port-Royal un langage tout contraire à celui qu'il tient dans ses Mémoires. — IfAndUbj, dit le cardinal, pensait qu'on méditât quelque chose de granL — Je pensais, dit Robert, qt^il y avait en cela plus de bagatelle et d'amusement que de dessein.
Note D; t. I, p. 9; t. n, p. 279.