‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 32 sur 99 · VANITÉ DE D*ANDILLY · texte numérisé non relu

VANITÉ DE D*ANDILLY

Celle bonne foi vanileuse de Robert, dont nous parlons plus haul, (p. 9), se réYèle à chaque page de ses Mémoires. Mais il suffit de la consiaier dans la nomenclature qu'il donne des charges dont lui et les siens ont été investis, refusants ou frustrés, « car il abonde et a ne tarit plus une fois sur le chapitre des alliances, des parentés et ft des mérites de tous les siens.» (M. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. ii, p. 2^4.) — Antoine, Taîeul de Robert, le premier des Arnauld qui soit venu d'Auvergne se flxer à Paris, commandait pendant les guerres une compagnie de cbevau -légers; et, la paix rétablie, il e%erçoit d'autres charges, dont Tune était celle de procureur général de la reine Catherine de Médicis. (Mém. dArn, dAndiiiy, part, I, p. h.) — Jean, Talné de ses CIs, oncle de Robei*r, commanda également une compagnie, et refusa d'être secrétaire d'État. (i6id.^ p. 8.) — Antoine, le putné de Jean, le père de Robert, après avoir été procureur général de Catherine, auditeur des requêtes, contrôleur des restes ( Guilbert, Uém. c/tron., part. i,t« i, p. 211 ), fut avocat, et refusa d'être avocat général, conseiller d'État et premier président au parlement de Provence. 11 parait qu'il eût accepté la place de chancelier si on la lui eût ofTeile. {Jbid., p. 2/i, 25, 29, 51.) — Isaac, le troisième fils, fut intendant des finances; Henri IV allait le nomma- surintendant lorsqu'il fut assassiné. [ Qu'en aurait pensé Sully? Voir la note suivante, E. ] [Ibid,, p. 34, et Lettres, p. /i91.) — David, le quatrième fils, fut contrôleur général des restes. «11 étoit sçavant, éloquent, très capable, bien fait, « plein de probité et de cœur. Sa femme étoit cousine-germaine de « M.^Molé, garde des sceaux. » (Z6t«f., p. 35.; ^ Benjamin, le cinquième fils, fut tué jeune au siège de Gergeau; « on n'en parloit qu'avec admiration p dans sa famille. [Ibid., p. 36.) — Le sixième fils, Claude, fut trésorier général. Il mourut à vingt-sept ans, au moment où Henri IV allait en faire un secrétaire d'État. [Ibid. , p. 37 et 91.) ~ Le septième fils était Louis, contrôleur général des restes. tf C'étoit, dit Robert, le seul de tant de frères qui n'avoit pas l'esprit « fort élevé. » (Ibid,, p. 38.) 11 paraît qu'il n'eut d'antre ambition que celle d'exceller dans un genre de talent qui lui valut le surnom dont parle Tallemant. (Voir plus bas note E, p. 347 et t. ii, p. 42, n. 40 — Le huitième et dernier fils de cette nombreuse famile

NOTE D. 3Zi5

fat Pierre, mettre-de-camp du régiment de Champagne et gouverneur du Fort Louis. Louis XIII lui promit le bâton de maréchal de France, et il mourut de chagrin de n'avoir pu Tobtenir. {Mévu ttArn. dAnd.^ part, i, p. 59.) •— Feuquière, qui avoit épousé la nièce de celui-ci, fille d'Isaac, et qui étoit par conséquent cousingermain de Robert, voulut hériter du r^iment et du gouvernement de Pierre. Robert s'y employa jusqu'à injurier le roi ; mais Toiras remporta. Feuquière n'hérita que des prétentions de Pierre au bâton de maréchal, et comme lui il mourut avant d'avoir pu Tobtenir. Sa mort femp^cAa également d'être gouverneur du Dauphin, depuis Louis XIV. (Ibid.^ part, ii, p. 17, et part, i, p. 75.) Feuquière avoit un beau-frère, et par conséquent Robert un cousingermain par alliance, • M. d'Heucourt, gentilhomme des plus qua- « lifiésen Picardie. » {Ibid,, part, i, p. 7d.) Robeft oublie de dire que Richelieu lui fit trancher la tête sur l'échafaud. ( Vie de Richelieu, par Leclerc, t. iv, p. l\6h ; Devérité^ Essai sur l'hist. de Picardie, U ii, p. 32&. ) — Feuquière et Ueucourt avaient deux beaux-frères, fils d'Isaac. « Le plus jeune, garçon très bien fait, très ^ « courageux et qui promet toit beaucoup, fut tué à Berghopsom; /,:*'»- K l'autre [nommé Isaac comme son père] fut lieutenant-général, « gouverneur de Philipsbourg [^uMl laissa prendre] et de Dijon /

• [oik il mourut de chagrin] Son courage, sa conduite et son

« ordre le rendoient digne des plus grands emplois, » dit Robert. (Ibid.y p. 76 et 87. ) « Mais il n'eut de la fortune que des rebuis « et des contrelems. » [Mdm. de t' abbé Amauid, part ii, p. 183. — Voir aussi Tallemant, t, ii, p. 299, elMém, de Lancelot, t. i, p. 300.) — Quant à Robert, il eut trois frères qui atteignirent l'âge viril : « l'un, lieutenant de la mestre- de-camp des Carabins, très bien « fait, et qui avoit beaucoup d'esprit et de cœur, fut tué en 1G39 « devant Verdun. » (Ibid., p. 65.) Le plus jeune était le célèbre docteur; l'alné des trois était Henri, l'évéque d'Angers, que le roi avoit d'abord nommé, mais qu'il ne put maintenir a l'évéché de Toul ; il refusa d'être visiteur général en Catalogne. Il n'eût tenu qu'à lui d'être cardinal. (Ibid., p. 67, 68 et 69.) - Enfin Robert, Tatné de tous, épousa la fille de M. La Bodcrie, qui fut ambassadeur d'Angleterre, et que tout le monde (excepté le roi) désignait comme seul capable de remplacer Villeroy au ministère. (f6iV/., p. 95.) — Robert lui-même, simple conseiller d'État, faillit être demandé pour intendant des finances par l'assemblée des notables tenue à Rouen en 1617 ; mais Luynes le joua (ibid,, p. 116), faillit lui oflrlr la place

3/i6 APPENDICE.

de secrétaire iVÉidX {Mém. {^Aim. (TAndilly, p. ISâ), et lui oftît la place de sccrélaire du cabinet, qall refusa. (Ibid,, psiti. ii, p. 1S5.) Il refusa ensuite fort noblement la même charge d'intendant qa'on lui oflfrit pour le détacher de son ami et protecteur Scbomberg (ibid., part, ii, p. 3), à la disgrâce duquel on Taecnsoit d'avoir contribué (Tallcmant, t. ii, p. 312) moins noblement, celle de secrétaire d*État, qu'il pensait obtenir sans bourse délier (ibid., part. 1, p. 161), et qu'il n'obtint plus, malgré les promesses de Richelieu, lorsqu'il voulut racheter. (Ibid., part, ii, p. 40.) Enfln il hésita entre la place dlnlendant général de la maison du duc d'Orléans, qu'il occupoit,et celle de contrôleur général des finaocest qu'on lui oflroit. 11 fit donner celle-ci à son oncle maternel, M. Marion, président au grand-conseil, et perdit la pi*eniîère. (Ibid,, p. 29, 38 et 56.)— Déduction faite des succès, les mécomptes Imaginaires ou réels l'emportent de beaucoup^ on le voit, dans les des^ tinées de cette famille, qui au sein du monde ajoutait ses .désirs à ses droits pour escalader la fortune, et qui au soin de la retraite (où Robert écrivait ses Mànoires) transformait ses échecs en griefs pour la consolation de son amour-propre. — 11 faut terminer ces remarques, ainsi que nous les avons commencées, par une citation de M. Sainte-Beuve: « Que de réductions semblables, j'ima- (( gine, si nous avions en toutes choses les moyens de confrontation! ft Us ne notis manquent pas pour d'Andilly... et je ne m'en ferai pas « faute avec lui. » { Port-Royal, t. ii, p, 2i!i8.)

A l'appui de l'assettion de Tallcmant, qui accuse comme nous l'avons vu (p. 9, n, 1), d'Andilly d'avoir de la vanité à reven^ dre, assertion dont cette note est le développement, nous pour* rions citer un passage du P. Colonia et du comte de Brienne [Dict, des livres Jansénistes, t. m, p. 53), si nous ne nous étions fait une loi de ne jamais nous appuyer de l'opinion des Jésuites et des autres ennemis du Jansénisme lorsqu'il s'agit d'apprécier cette doc« trine ou ses partisans. — Cet excès de scrupule n'est peut-être pas de l'impartialité historique ; mais, à coup sûr, ce ne serait pas au Jansénisme à s'en plaindre.

Note E; t. i, p. 9 et 344.

EXEMPLES ET CONSEILS DE FAMILLE DONNÉS A D'aNDILLT.

Nous avons dit (p. 9] quel habile conseil d*AndiIly avait reçu de l'un de ses oncles, ^intendant Isaac, au moment où commençait

la fortane des frères de Lnynes. Ce conseil, déjà Isaac loi-même et toute la génération des Arnauld, à laquelle il appartenait, Tavaient pratiqué avec beaucoup de succès. Cette génération était contemporaine de Sully. « Par la faveur de H. de Si^y, dit Tallemant | ff (t. Il, p. 306), Isaac Amauld, d'avocat, devint intendant des il- > « nances. Il étoit Huguenot... » Robert (Jlf^., t.i,p. 31)ditqn'Isaac ne dut sa place qu*au seul choix dlienri IV. — - « Arnauld le Pé- « teux (voir Tallemant pour Tétymologie) étoli demeuré garçon et « Huguenot. Il avoit été contrôleur des restes par la faveur de M. de « Sully... Il étoit frère d'Isaac. » fTallem., t. ii, p. 308 et 304.) Un troisième frère, Claude (Mém. d'Am. ttAndiliy, part, i, p. 37 et 92), et un quatrième, Favocat Antoine, qui étaient Catliollqnes (?), ne s'en étaient pas moins acquis les bonnes grâces du Calviniste Sully. « Un ; « Jeune avocat huguenot, nommé de Pleix, fit un méchant tour à « la famille Amauld [parceque Antoine, le quatrième frère, Tavait « forcé à lui demander pardon d'un factum Injarieitx]. Il se mit à « rechercher dans les registres de la Chambre des comptes, et fit ^ R voir qu'on avoit enregistré des brevets de pension pour services ' « rendus [à l'état] par des enfants de la famille [Amauld] qui étoient « è la bavette, et fut cause qu'on leur raya pour plus de douze ou « qmnze mille livres de pension. Cela s'étoit fait par la faute de . « M. de Sully. « (Tallemant, t. ii, p. 305.) Nous ne savons si qttelques-iïns des vingt enfants d'Antoine (Mém <VAm. d'Andilly^ part. I, p, 64, et part, ii, p. 156), au nombre desquels se trouvait Hobert, avaient participé à ces libéralités de Sully. Mais Robert suivit ce grand homme en 1602, lors de son ambassade en Angleterre (Mém. d'Arn. d*Andilly, part, i, p. 92) ; et deux sœurs de f Robert, les jeunes filles qui devinrent si célèbres à Port-Royal sons les noms d'Angélique et d'Agnès, furent pourvues en 1599, c'est h dire l'une à l'âge de huit, et l'autre à l'âge de^ cinq ans, de deux abbayes que leur donna l'ami de Sully, le roi Henri IV. (Mém. de la M. Angélique, t i. p. 7; t. ii, p. 253, etc. Cf. Guilbert, Mém, hist.^ t. i, p. 247 et 258.) Sully, dans ses Mémoires ne nous donn^ à ce sujet aucun renseignement; mais il nous en laisse en revanche d'assez curieux sur quatre des oncles de Robert, et particulièrement sur celui qui avait donné à ce dernier le conseil auquel se rattache cette note : « Il ne me restoit plus d'autre parti à prendre V que de me bannir moi-même [des aifaircs]... Conchine n'employoit « sa faveur qu'à me rendre odieux... J'avois accordé une protec- « tion particulière aux quatre frères Arnauld. L'atné de tous mourut « jeune et avant le roi ; [Sully, on plutôt Tabbé de L'Écluse, son

(c abrévîateor, n'est pas d'accord a?ec Robert sur Tordre de pri* « mogéniiare des oncles de ce dernier]. J'aimai assez le second <i pour le faire, de mon simple secrétaire, conseiller d'état et inten- « dant 'des Cnan^s [c'est Isaac]. Le troisième prit le parti des « armes et devint mestre de camp... et je fis prendre au dernier une « charge de trésorier de France, l'eus les autres avaient été parly tagés à proportion ; et je crois qu'on ne m'accasera pas d'avoir « péché contre le principe naturel qui ne souffre pas que l'attachea ment qu'ont pour nous, ou si l'on vent pour notre place, ces « sortes de personnes, soit frustré de la récompense que nous * « sommes en état de leur procurer. Duret devint trésorier de « France; Murât... Lafond..., etc., toutes ces personnes sentirent « combien ils alloient perdre h ma retraite... Pour les deux Ar- « naulds, l'aîné surtout [Isaac], mon dessein les toucha médiocre- . « ment. Ils auroient même été bien fâchés que j'eusse changé de i « sentiment; et ils furent cependant ceux de tous qui m'en firent . « les plus fortes instances. Arnauld Talné joignit en cette occasion : « l'ingratitude, l'avarice et la fourberie.. ., etc. » Et ailleurs : « Je « lé traitai d'ingrat [envers Henri IV], de méchant et d'effronté. Je « le menaçai de lui donner un soufflet, et lui défendis de paroltre « jamais devant moi... » (Mém, de Sully, t. ui, p. 335, 3:^7 et 280.) a ... Isaac m'a aimé comme son propre fils et me tenoit lieu d'un « second père... En 160/i mon oncle l'intendant [Isaac] désira si « fort de m'a voir auprès de lui que mon père ne put le lui refuser... << [Robert avait alors quinze ans.] Jamais trois hommes n'ont vécu « dans une plus étroite aipicié que M. de La Boderic [beau-père de 0 Robert], mon père et mon oncle l'intendant... » (Mém, cTAtm. d^Andilly, part, i, p. 31, 93, 102 et 108.)— Ces rappi*ochements expliquent comment Robert, tout en ne manquant jamais à ce que le monde appelle probité, se crut permises certaines démarches que d'excuse pas à nos yeux une ambition même légitime. — Nous nous sommes servi en citant Sully du texte de l'abbé de L'Écluse comme étant le plus connu. Nous n'ignorons pas que cet écrivain était mieux vu du collège de Glermont'^qae de Port-Royal (Golonia, Dict. des livres jansénistes, U m, p. 180. Voir aussi le Supplém. aux Mém, de Sully, de Montempuis et Gottjet ; Grimm, Corresp,, part, i, t. ni, 1" août 1762, p. 220) ; et si, contre notre habitude, nous employons un témoignage dont l'impartialité est discutée, c'est que ce témoignage ne fait que reproduire sur la famille Arnauld, et particulièrement sur Isaac, l'opinion de Sully. (Vou* les Économies royales, édit. de M. Petitot, 2* série, t. viii, p. dS6t

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