‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 34 sur 99 · MOTTE F · texte numérisé non relu

MOTTE F

l*an des plus grands effiects de la prudence d'an seuTerain, mais aussy Tnn de ses principaux devoirs, et dont il aura davantage à rendre compte à Dieu, qui ne luy a mis entre tes mains la fortune de tous ses sujets qu'afCn d^en disposer pour le plus grand bien de Pestar, lequel u*est heureux ou malheureux que selon les vertus ou les deffauts de ceux qui sont appeliez dans les charges pour avoir autorité sur les peuples, il ne faut rien obmettre pour faire ces choix avec tant de considération et de justice, que Ton ne puisse après y avoir regret : et pour cela peser sy exactement toutes ctioses que Ton ne puisse choisir mal, ou par précipitation, ou faute de considérer assez quels sont la fidelllté, la capacité et le desintéressement de ceux qui proposent les personnes pour remplir les charges. Mais le meilleur moyen de tous pour n'y esire point trompé, c'est d'imiler Louis XII, Tnn des meilleurs et plus sages roys qui ayent jamais gouverné la France, lequel avoit tousjours dans sa boisic des mémoires de tous ceux qui estoient les plus capables de remplir les principales charges; et ainsy n'avoit pas grande peine, lorsqull en vaquoit, h choisir ceux qufles méritoient le mieux. Que sy Ton dict qu'il seroit fascheux à un souverain de ne pouvoir dans ces rencontres faire quelque faveur à la prière et h la recommandation de ceux qu'il ayme; on peut respondre qu'il a souvent lieu de faire faveur, puisqu'entre diverses personnes de mérite égal pour remplir une charge. Il peut sans crainte et sans scrupule choisir celle qui luy sera recommandée par ceux qu'il aflecUonne. — Estant impossible qu'il y ayt beaucoup de grands à la cour sans qu'il y ayt beaucoup de caballes, il est à propos de renvoyer dans les provinces tous ceux qui y ont des charges ; et ne souffrir que les autres viennent à la cour qu'en divers temps, et pour y demeurer seulement quelques mois de Tannée. — Ne donnez jamais à la prière de qui que ce soit d'abolition pour des crimes énormes, tant à cause que l'on en seroit responsable devant Dieu, que pour ce que ces meschans tirez du supplice à la recommandation des grands employeront tousjoars leur vie pour eux, et mesmes contre le service du roy.— Ne se haster de promettre ; et lorsqu^après y avoir bien pensé et pour des raisons très considérables on aura rcffusé quelque chose, demeurer ferme dans ce refus ; puisqu'autrement on seroit accablé d'importunitez, lorsque Ton connoistroit que pour obtenir les grâces il n'y auroit qu'à s'opiniasti*er à les poursuivre. Au lieu qu'en demeurant inflexible, chacun se tiendra dans le respect sans plus ozer demander, ny par soy-mémc, ny par autruy, ce dont on aura esté « refusé.

S II. Mémoire pour un souverain.

1. Faire régner Dieu dans son estât en procurant de tout son pouvoir quUl y soit servy et honoré, et luy-mesme le premier en donner l^exemple ; rien n'estant si capable d'exciter Famour de la vertu dans Tesprit des sujets que Testime et le respect qu'ils conçoivent de celle de leur souverain. — 2. Le bien de TÉglise estant le patrimoine de Jésus-Christ , ne donner les bénéfices, depuis les plus grands jusques aux moindres, qu'à des hommes de sçavoir et de piété; et pour cela demeurer inflexible à toutes sortes d'importunitez, lesquelles cesseront bientost lorsqu'on verra qu'elles seront inutiles. La seule chose que le prince peut faire en conscience, et qu'il est juste qu'il fasse en faveur des personnes de condition, c'est de les préférer aux autres lorsqu'ils les égalient en mérite, et non autrement; ce qui fera qu'on verra bientost chacun se porter à la vertu. — 3. Ne souffrir aucun commerce des choses saintes. — A. Comme il n'y a point de crime qui déshonore plus Dieu que les duels, parceque l'on y sacrifie aux démons les âmes qu'il a racheptées de son propre sang, se résoudre à ne donner jamais de grâce pour ce sujet; et afin d'empescher les querelles, chastîer si sévèrement ceux qui auront mal à propos offencé les autres , qu'ils demeurent couverts de confusion et de honte. — 5. Punir très sévèrement les blasphémateurs, à l'exemple de Saint Louis. — 6. Pourvoir aux besoins de tous les pauvres qui ne sçauroient gagner leur vie ; rien n'estant plus contraire à l'esprit du Christianisme que de souffrir que des Chrestiens, quisont les membres de Jésus-Christ, meurent de faim manque de les assister. — 7. Ne vendre jamais aucunes charges. Celles de la cour et de la guerre doivent estre la récompense des services rendus au prince et à Testât, et celles de judicature, des finances et antres ne se doivent accorder qu'à la probité et à la capacité de ceux à qui on les donne ; d'autant que le prince est obligé de procurer de tout son pouvoir le bonheur de ses sujets, et que ce bonheur ne dépend pas seulement de sa conduite particulière, mais aussi de celle de tous les officiers qu'il rend participant de son autorité par les charges qu'il leur confie. Car il ne faut pas s'imaginer qu'ils les exercent de la mesme sorte lorsqu'ils les acheptent que quand, outre ce qu'elles ne leur coustent rien, ils ont sujet d'espérer qu'en s'en acquitant dignement, ils seront élevez à de plus grandes. Sur quoy est à remarquer, comme en l'article second, qu'en égalité de mérite, le prince peut avec justice préférer aux autres ceux qui sont de meilleure naissance, ou dont les pro-

ches l*ont bieo servy, oaqui luy sont les plus agréables. — 8. Pour , bieo remplir toutes les charges tant ecclésiastiques que séculières, ' comme aussi les bénéfices, le prince doit, à l'imitation de Louis XII, Tun des plus grands roys qui ayent gouverné la France, et qui par sa bonne conduite a acquis le nom de Père du peuple, avoir tous- 1 jours dans sa cassette des mémoires des personnes qui seront les \ plus dignes de ces charges. -- 9. Fort bien payer ce que le prince se trouvera obligé d'entretenir de gens de guerre, afin de les maintenir dans une très exacte discipline, laquelle fait qu'on tire beaucoup plus de service d'un moindre nombre que d'un plus grand mal discipliné. — 10. Bannir le luxe, qui d'un costé est la ruyne de la noblesse, laquelle se trouvant appauvrie par là, retombe ensuite sur les bras du prince; et d'autre costé, se respand comme un venin dans tous les ordres inférieurs. — 11. Retrancher les procez, et ) principallement la chicane, qui est l'une des princlpalles causes de la ruyne du peuple. — 12. L'un des meilleurs moyens d^en venir à bout, est de diminuer le nombre des collèges, et faire qu'il y ait seulement autant d'écoles qu'il en sera besoin pour apprendre à lire et à écrire; car les personnes de petite condition qui sçavent un peu de latin dédaignent (Vestre soldats, laboureurs et marchands, ce qui est la force des étals, et ne deviennent pour lapluspart que des prestres ignorans ou des personnes de chicane, ( Voir plus loin, t. ii, p. 186. n. ) — 13. Entre les impôts que le prince est obligé de lever pour la subsistance de son estât, il doit choisir ceux qui sont le moins à charge au peuple, et ' que les riches aussi bien que les pauvres sont obligez de payer, et en mettre particulièrement sur tout ce qui regarde le luxe. — 14. Le bon mcsnage des finances est si Important, qu'il n'y a point de sage prince qui doive dédaigner d'en estre luy-mesmc le surintendant, c'est à dire le surintendant de son surintendant, en faisant qu'il n'y ait rien dont on ne luy rende exactement compte, et dont il ne signe les rooles. 11 n'est pas croyable de quelle conséquence cela est, parceque tout venant à sa connoissance, on ne pourra rien payer qu'il n'ait ordonné pour de bonnes causes. L'espargne que cet ordre produira sera néanmoins comme invisible; d'autant qu'elle procédera d'infinies despenses qu'elle empcschera qui ne se fassent, et qui ainsi ne paroistront pas. — 15. Le moyen de faire que des dons, quoyque moindres, obligent beaucoup plus ceux qui les reçoivent, c'est que le prince ait dans quelque armoire de son cabinet des bources de diverses sommes qu'il connolstra selon les diverses couleurs dont elles seront, et qu'il donnera luy-mesmede sa propre

33/i APP£IfIMCE.

. main en particulier à ccnx qu'il voudra gratifier. Ainsi n'ayant à solliciter personne, et n'estant obliges qu'à luy seul, ils estimeront beaucoap plus cent, deux cens, trois cens pistoles, et antres sommes données de cette sorte, qae le double, voire le triirie que le

\ prince leur donneroît par les Yoyes acconstnmées, qui sont ordinairement accompagnées de tant de longueurs et de dlfficnltez qu'elles diminuent de beaucoup le prix du bienfait. Outre ce que cela n'estant point scen, il ne tirera point à conséquence, et ainsi ne luy attirera aucunes importunltez. -- 16. Personne n'ignore cette belle parole de l'antiquité, que la peine et la récompense sont le soutien etl'aflèrmissement des estats. Mais il n'y a rien de plus rare que de voir des princes mettre en pratique une maxime si importante, quoyque d'un costé rien ne leur soit plus glorieux que l'usage de la puissance que Dieu leur a mise entre les mains pour le cbasttment des crimes ; et que de l'autre, rien ne leur d<^ve esire plus doux que de pouvoir Imiter sa bonté en faisant du bien à ceux qui s'en rendent dignes. Mais comme d'une part il y a des fautes que Ton ne sçanrolt punir à l'heure mesme, ou qui méritent seulement que Ton ne fasse point de bien à ceux qui les ont commises; et que d'antre part il y a des services que l'on ne sçauroit récompenser sm'-le-champ, parcequ'ils sont dignes d'une plus grande récompense que celle qu'on ponrroit alors leur donner; ce serolt un soin digne du souverain, que, pour empescher que le temps n'en dimînnast le souvenir, il eust un livre dans lequel d'un costé 11 escriroit de sa main les services considérables qui luy auroient esté rendus et à Testât, et de l'autre les desservices. Car, outre que cela luy en renouvelleroit de temps en temps la mémoire, il n'est pas croyable combien le désir d'avoir l'honneur d'eslre écrit de la propre main de son prince du costé favorable de ce livre qui passera mesme à ses successeurs, et l'appréhension de la honte d'esire escrit du costé contraire, augmenteroit le courage des gens de bien, et retiendroit les meschans dans leur devoir. Les roys d'Assirie en usoient de la sorte, ainsi que l'Escritore sainte nous l'apprend dans l'Illustre histoire d'Ester. — 17. De mesme que les évesques sont obligez de visiter leurs diocèses, les princes doivent de temps en temps visiter leurs estais pour recevoir les plaintes des peuples contre ceux qui les oppriment, parcequ'estant en personne sur les lieux, rien ne leur est plus facile que d'en avoir toutes les preuves, et de chastîer h l'heure mesme ces petits tirans et ces pestes des provinces, qui ne sont redoutables aux foibles que dans l'absence du souverain. Mais lorsqu'il s'occupera à cette revene si utile, fi

doit faire vivre ciaos un tel ordre tous ceux dont il se fera accompagner, qu'ils ne puissent estre à charge à personne, et qu^ainsi tous les endroits par où il passera ne retentissent que de bénédictions et de cris de joye. — 18. Quoyqu'il soit vray qu'un bon prince estant le père de son peuple, son principal soin doit estre de )e rendre heureux ; il est vray aussi que le peuple, lorsqu'il se trouve dans une trop grande abondance, tombe dans la fainéantise et se laisse mesme aller à toutes sortes de vices, ainsi que j'en pourrois ttiéguer divers exemples. Le milieu qu'il faut tenir en cela est que ' d*nn coslé le prince donne ordre à ce qu'il n'y ait point de misérables dans son estât, mais que chacun y vive à son aise ; et que de l'autre il lève assez sur eux pour les cmpescher d'estre dans une opulence qui leur soit nuisible. Mais à condition que ce qu'il lèvera ainsi plus que le besoin présent de son estât ne le requerera. soit mis en réserve et gardé religieusement dans le trésor du souverain ' pour estre employé pour le bien public si l'occasion s'en offre par une guerre,' une famine, une peste ou autres accidens à quoy tous les estais sont sujets. Cet amas d'argent, destiné seulement à une sT bonne fin» asseurera aussi le repos du prince et de ses peuples; paroeque l'on ne se porte pas aisément à attaquer un pays à qui l'argent donne tant de moiens de soustenir la guerre injuste qu'on luy voudroit faire.— 19. Voici un article qui pourra surprendre d'abord, quoyque nul autre ne soit mieux fondé ; c'est, si on y veut } faire réflexion, que le malheur des souverains vient de ce qu'ils n'ont point d'amis véritables. Il semble qu'ils croyent indigne de leur grandeur de désirer ainsi que les autres hommes d'avoir des amis, sans considérer que Dieu mesme nous convie d'estre les siens, et nous promet d'estre le nostre. Ainsi les princes se trouvent privez non [ seulement de la plus grande et la plus innocente douceur de la vie, mais aussi de la plus utile, qui^est sans doute l'amitié; car au lieu que les intérests des favoris se trouvent souvent opposez et mesme fort préjuciables à ceux de leurs maistres, ces véritables amis dont j'entens parier ne peuvent jamais en avoir de différens, puisqu'ils ne seroient pas amis si toutes leurs actions n'avoient pour unique fin le service, la grandeur et la gloire de leur souverain. Le prince devra donc s'estimer heureux s'il trouve de tels amis, on pour mieux dire un tel amy, rien n'estant plus difficile que d'en rencontrer mesme an seul, tant il faut de grandes qualitez pour l'estre. Car assez de gens ont de l'esprit, d'auu-es du cceur; mais d'avoir, outre les deux ensemble, une noblesse d'âme toute extraordinaire, c'est la chose du monde la plus rare. Cet amy sans prix, si Dieu par une faveur

toate particulière le donne à un souverain, ne désirera aulre récom* pense de ses bonnes actions que la satisfaction de les avoir faites. Il s*oubliera soy-mesme pour ne penser qu'à gagner des serviteurs à son prince, et à luy acquérir Tamour de ses peuples, Tesiime de ses Toisins et Tadmiration de tout le monde. Au lieu de reculer d^auprès de luy les personnes de mérite, il les en approchera par ses bons offices.Il sera le solliciteur des récompenses dont ils se seront rendus dignes ; celuy des pauvres et des affligez ; la consolation des gens de bien; Tennemy des meschans, et enfln comme un ange visible qui attirera sans cesse mille bénédictions sur le prince. Je sçay que dans le siècle où nous vivons cecy paroistra plustost estre une belle . idée qu'une chose qui se puisse rencontrer. Il ne faut pas toutefois t en désespérer, puisque fai connu de ces grandes âmes et que j'en cannois encore; et le prince doit tascher de trouver au ) moins quelque amy qui approche de cette haute perfection, pour pouvoir sans crainte luy confler ses secrets et se reposer sur luy d'une partie des soins qui accompagnent la souveraineté. Que s'il en rencontroit plus d'un de cette sorte, il auroit encore plus de sujet d'en rendre grâces à Dieu. ( Voir plus bas t. ii, p. 107-109. ) — 20. Que si le prince ne pouvoit rencontrer parmy ses sujets cet homme que seséminentes vertus rendroîent digne d'estreson amy, et qu'il sceust qu'il y en eust un dans un autre estât que le sien, il n'y a rien qu'il ne deust faire pour l'engager dans son service et se l'aquérir. [Cet article, ajouté après coup dans la copie, ne l'aurait-il pas été en vue de Mazarin ?] ^ 21. Rien ne sçauroit au moins empescher le prince de connoistre par la réputation publique quels sont ceux de ses sujets de toutes sortes de conditions qui sont dans une plus haute estime de capacité et de vertu; de les envoyer quérir de temps en temps, de leur demander leurs sentimens sur ce qui regarde leur profession, et de s'ëhquérir d'eux de tous ceux de la probité desquels ils luy peuvent respondre, afin que les connoissant par luy-mesme, et par eux en connoissant d'autres, il s'instruise du mérite de chacun ; car les gens de bien s'entreconnoissent, et ne sçauroient estre trop connus du prince. — 22. Le souverain peut user de clémence en plusieurs rencontres. Mais les artifices et les calomnies dont on auroit la hardiesse de se servir pour luy faire commettre quelque injustice, doivent passer dans son esprit pour un crime irrémiscible, afin que l'exemple du sévère chastiment qu'il en fera donne tant de terreur aux meschans, que personne ne soit plus assez hardis pour entreprendre rien de semblable. — 2S. N'y ayant rien dans ce Mémoire qu'un souverain ne puisse faire aisément, pourveu

qa'il le YeoiUe d'ane Tolonté pleine et déterminée, il seroit bien malheoreux de négliger des moyens si faciles de se rendre, avec Tassistance de Dieu, très glorieux en ce monde et éternellement heureux en Tantre.

J'aurois pu m*estendre davantage sur divers articles, et respondre sans peine à quelques objections qu'on y pourroit faire; mais sçachant à qui j'ay Tbonneur de parler, je n'ay pas creu le devoir faire, parcequ'U comprendra tout beaucoup mieux que moy.

Note G ; 1. 1, p. 19 ' ; et t. ii, p. 63.

DEUX LETTRES ]>E D'ANDILLY POUB Lk REINE-MÈRE. Au dos : Copie de lettre eserite par M, d'Andilly, pour faire voir à la Reyne,et que Sa Majetié a veue. En tète : Sur le sujet de la bataille perdue par M. le maréchal Turenne en Allemagne ^,

Ce 8 décembre id^S.

Sy VOUS le jugez à propos, je vous supplie de dire à la reyne qu'elle ne doibt pas s'estonnei* sy ensuitte de tant de grands succès 11 en est arrivé un mauvais en Allemagne, puisque c'est un elTect de la conduitte de Dieu sur les empires que de mesler ainsy quelques traverses parmy les prospérités, afDn d'obliger les souyerains d'avoir tousjours recours à luy, et de s'humilier devant sa grandeur infinie, qui seule est exempte de changement. Je connois trop la piété de Sa Majesté pour douter qu'elle n'en ayt usé de la sorte en cette occasion ; dont j'estime qu'elle pouira mesme tirer de l'avantage en faisant paroistre cette constance invincible, qui est propre à sa nation, par les soins qu'elle doibt continuer de prendre pour réparer cette perte, tesmoignant tousjours de plus en plus de la chaleur pour cela, au lieu de se rallentir par le temps, comme font d'ordinaire les âmes basses [alias foibles] : car c'est sa vigueur et son courage qui doibt animer tout le teste. I<es ministres et les armées ne sçauroient agir foiblement quand le souverain agit avec force; les affaires qu'il a à cœur deviennent l'object continuel de leurs soins et de

* A la page 88 se Irou^e un renvoi à la note G de V Appendice, Cette indication est Tausse. C*est à la note H qu'il faut avoir recours.

' Ce titre est de la main de d'Andilly, mais doit contenir une erreur, Turenne était encore attaché à Tannée d'Italie au moment où a dA être reçu rëcbec antérieur au 8 décembre 1643 dont il est ici question ; et cet échec doit ^Ire celui de Dullingen, essuyé parRantzau, que vini remplacer Turenne, mais dans le courant de décembre seulement ( Ramsay, Hiti» de Turenne^ L i, p. 113 ; Raguenet, Vie de Turenne^ p. 69, etc.)

:^58 A^PSNDICE.

Umn travam ; le ûéâr de loy plaire les preue de ks faire réessir ; et II n> a point de difficoltes qo*il8 ne surmontent pour luy rendre des •enrices qu'ils sçavent luy esire sy agréables. G*es( pourqnoy j^eslime que Sa Majesiédoibt tesmoigner très souvent, non seulement aux ml- ■istres* nais à toute la cour, le désir ardent qu'elle a que l'on remédie promptement à ce désordre ; alBn que cela se respandant partout, chacun s'eflérce à Tenvy d'y travailler, et que tout le monde voye que Sa M^té n'esunt pas moins la mère de Testât que du roy, il n'y a qu'à les bien servir pour espérer d'avoir part à ses bienfaicts et à l'bonneur de ses bonnes grâces. Il n'est pas croyable quels eflTects cela peut produire ; pourceque rien n'agit sy puissamment sur les hommes que l'espérance, à cause qu'elle n'a point de bornes, chacun se promettant une grande fortune s'il peut se rendre agréable à celuy de qui elle dépend. Et ainsy la reyoe trouvera dans ses parolles beaucoup plus qu'elle ne pourrolt faire dans toutes les flnances du roy, pour engager tous les hommes de service à faire des choses euraord'ma&res, alBu de mettre les affaires en estât de donner hientasl a toute l'Europe, avec l'assistance de Dieu, une juste et heureuse paix. — Avouez qu'il (aui que y aye une grande connoissance de l'extrême bonté de Sa Majesté pour oser alnsy, du milieu de ma solitude [de Pomponne], me mesler de luy dire mes sentimens, sans craindre qu'elle l'ayl désagréable ; mais je n'ay peu m'en empescher pourcequ'il est vray que plus Dieu me destache de toutes les prétensions du monde, et plus il m'attache aux intérests de cette grande princesse, non seulement par la considération de ce que je luy dois par ma naissance, mais aussy par la haute estime que j'ay de sa vertu, et par le ressentiment que je conserveray toute ma vie de l'affection et de la confiance sy particulières dont il luy a pieu de m'honorer, et dont j'ose dire que je ne suis pas enlièrement indigne, sy une inviolable fidellité, joincte à une parraicte reconnolssance, sont capables de les mériter en quelque sorte. Et je puis hardiment vous assenrer que personne n'aura jamais, avec sy peu dCintérest, tant de passion pour son service. — Au revers : B.

An dos: A la lieyne, sur le sujet du duel de M» le due de Guise.

Ce 16 décembre 1643.

Vous sçavez combien je crains d'abuser de l'honneur que l'on me faict : mais l'exiréme bonté avec laquelle vous me mandez que la reyne a receu ma leltrç me donne la liberté de vous escrire encore sur une autre occasion, dont je pense cslrc obligé en conscience de dire mon sentiment à Sa Majesté, puisque pour obéir à ies corn-

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mandemeiis JV ^^ quelque part à ce qui regarde on sojet de sy grande conséquence. Ce sera avec le moins de paroles que je pourray, afin de ne loy pas faire perdre beaucoup de ce temps, dont tous les momens sont sy précieux. — Les plos grandes affaires de l'estat n'ayant qu*un object temporel, il me semble que la piété de la reyne les doibl estimer peu considérables, à comparaison de ce qui s'est passé aujonrd'huy [alias : ces jours-cy] h la place Royalle, puisque c'est une oflTcnce faicte à Dieu mesme, qui seul peut affermir la couronne sur la teste de Sa Majesté, et, en la comblant de bénédictions, obliger le roy et le royaume de mettre sa régence au nombre des plus grandes grâces qu'il ay t jamais faictes à la France. — Cette occasion est favorable à Sa Majesté pour faire connoistre h toute l'Europe, dans un sy grand exemple, qu'ayant promis à Dieu de le vanger des injures qui Iny sont faictes par les duels, son courage est inflexible dans une résolution sy saincte* — Elle ne doibt plus espérer que son édict soit observé, sy elle souffre qu'il soH violé en cette rencontre; et elle ne doibt plus craindre quil soit violé, sy elle le faict exécuter avec une fermeté digne de la première reyne du monde, et d'une reyne très chrestienne. — Elle doibt réputer à injure les prières que Ton luy fera pour la flescbir, pour ce qu'en effect c'est la prier de commettre un sacrilège en violant le plus solemnel de tous les sermens, puisque le roy, c'est h dire elle-mesme qui le représente aujonrd'huy, en jurant par le Dieu vivant qu'il feroit exécuter l'édict, a faict le plus grand de tous les sermens imaginables—Sa Majesté se souviendra s'il luy plaist que sy elle résiste à ces împortunitez, elle n'en recevra jamais plus pour des occasions semblables; au lieu que sy elle s'y laisse emporter, elle sera incessamment importunée. Elle se souviendra s'il luy plaist, qnand on la pressera avec tant d'instance, que ce ne sont que des hommes qui hiy parlent; mais que sy elle se laissoit emporter à leurs prières, elle en rendrait compte un jour devant Dieu, à la veue de tous les bommes et de tous les anges. — Il s'agit d'arrester par une seule action tout on déluge de sang que l'on verrolt bientost inonder la France, sy Sa Msijesté se relaschoit dans une contravention sy publique au plus sainctédictqui fut jamais; et je connoistrop la vertu de Sa Majesté pour croire qu'elle voulust se rendre responsable de tout ce sang, qui, d'une voix plus forte que celny d'Abel, s'esleveroit de la terre pour se plaindre à Dieu de ce qu'elle l'auroit laissé respandre. — Nous n'avons garde de voir un sy grand malheur sous un sy juste gouvernement que le sien : et j'espère au contraire que Sa Majesté «'affermissant de plus en plus dans le désir de tesmoigner

à Dieu sa fidellité dans une occasion sy signallée, Fadmiration de sa vertu eslevera son autorité à un sy haut poinct de puissance qu'il n'y aura plus personne assez hardy pour manquer de respect aux loix, que Ton ne sçaurott mespriser sans la mespriser elle-mesme. — Je supplie U'ès humblement Sa Majesté de pardonner ce que je prens la hardiesse de luy dire au zelle d'un homme qui, connoissant la grandeur de Dieu, et les outrages qu'il reçoit dans ces combats abominables, se croiroit coupable d'un grand péché, sy par uuelascheté criminelle il supprimoit en cela ses sentimens. (Voir plus loin, L ii, p. 64.) — Au revers : B. [Bartillat? ou Brûler?]

Note G bis; 1. 1, p. 23.

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