II
6 LES FILS 1>*ARNACLD D'ANDILLT.
un brillant mousquetaire ^ — Hais la mort de sa mère suivit de près son éloignement [16S7] K La froideur ' et
' la parcimonie de son père à son égard le dégoûtaient du service ♦. Il crut rendre celui-ci plus affectueux et plus libéral en consentant à la spoliation de sa fortune à venir. Robert, soit pour favoriser Simon, soit pour être plus facilement généreux envers Port-Royal ^ voulait se
. défaire de sa propriété d'Andilly. Le consentement de
1 c II follut se résoudre h commencer comme les antres, par porter le « mousquet « {Mém, de Vabbi Arnauld, part, i, p. 30.) ^ > « Il ne pouToit rien m^arriver de pis ; et je puis dire qae je perdis tout,
> en la perdant C*étoit toujours une médiatrice puissante auprès de mon c père. » (Jbid., p. 102.}
s c Je seray très aise que mon fils [Antoine] ne Tienne pas icj [& Paris] i ayec tous, si ce n*est en cas que tous Teniei pour quinze jours ou trois t semaines seulement ; et à condition de ne manquer à s^en retourner ayec « tous; ear ce n*e$t que du temps perdu^ et j*aorois honte qu*il s*en reTtnst « à Paris lorsque tous ceux de sa profesvon en partent » (Lettre de d*Andilly à M. de Feuquières^ gouTemeur de Verdun, en date du h féTrier 1643 ; Lêti. inid. des Féuqviérts, t i, p. 288.) Isaac de Feuquières, sous qui serrait Antoine, saTait sans doute ausd bien que d'AndiOy ce qu'exigeait le senrice. Mais il ignorait peut-être de combien peu pouTait se satisfaire la tendresse paternelle de son correspondant, quc^e son propre père Manassès de Feuquières eût pu Tédifier à cet égûti : t car, dit l*abbé dans ■ ses Mémoire» (part r, p. 92), me parlant de beaucoup de dioses, I M. [Manassès] de Feuquières Tint ft tomber sur mon père, et sur le peu
> quMI ftisoit pour moi. I! blftmoit en oda sa conduite, et me dit ces pa- « rôles : Pour moi. Je ne prétend» point agir ain»i avec me» enfan», etc. • ^•11 fiittt reconnaUre toutefois que d^Andilij était aussi jaloux de Templd du temps que le témoigne sa lettre du h féTrier 1642 ; car on peut Toir un peu plus bas, p. 7, n. 1, comment il employa cette année même, et pndba* blement dans ce même Tcyage qu'il abrégeait à TaTancie, et son temps et oeltti de son fils.
4 Jbid,, part i, p. 56, 92, 4b01, 212, 280, part il, p. 2. -^ H ftiut aTOUtt cependant que la parcimonie de Robert se portait plutH sur ses propres deniers que sur ceux de Tétat s « M. Bouthiliier, surintendant, écrit Antoine • (ibid.f part i, p. 140), me fit payer grassement [pour un Toyage fait en '■ cour] par M. Fieubet, tou» deux étant amù de mon père* »
fi Voir Lettre» de la M. Angélique, t m, p. ifï, lettre Dccuxxrif do 9 décembre 1655.
CHAP. IV^ SSGT. l, ART. I. 7
l'alné de ses fils lui était néeessaire; et pour l'obtenir il multipliait les promesses, a Je fus trouver mon père à « Paris, portent les Mémoires d'Antoine; il me confirma u ses promesses, et m'obligea de ratifier le contrat^.! qui « étôit le plus grand tort qu'il pût me faire ^ Il me donna a cent pistoles, et je n'en ai jiu&ais eu davantage ^i »
Ces cent pistoles furent le plat de lentilles de cet autre Ësaû ; bientôt il reconnut que c'en était fait de son droit d'alnessCé £t cependant s'il n'avait pas hérité de Taffection de son père, il en avait reçu une dose d'sum* bition qui, pour n'être pas identique à celle qu'aurait d lui transmettre le sang« n'en eut pas moins de semblables résultats* L'année même où Robert^ voyant la régeûte lyourner l'exécution de ses promessesi annonçait le projet de se retirer du mcmde [IdAS]^ Antoine, à qui la régëtice refusait un brevet d'aide-de-cami^ ^^ prit le p^rti de rem*placer sur ses épaules l'aiguillette par le petit collet. — Gela ne lui rendit point les bonnes grâces de son père»
Alors il s'exila de lui-même à l'àbbafë de Saint-
1 Une note qui se troiiTë dans les papiers de d^Anclilly prouve que la terre doftt il portait le nota «Vait été tehdué par centrât du 2i flSTrier ié43i D'après les Mémoires de son fils il paraîtrait qu'on avait persuadé à celuici que TaliénaUon était consommée dès 1642. (Mém, de l'abbé Amauldf part I, p. 280.)
2 « Ce n'étoit pas qu'il flkt avare ; on pouvoit Taccuser au contraire f d'être libéral et taéaie prodigue. Mai^ par malheur pour ses enfans, il
• ne l'éloit <|ue potir lui-même, et pour ses nouvelles amitiés, qu'en lin '
• autre homme que lui, on aurait pu nommer amours^ atec asseï de raison, s ( Jbid., part i, p. et»)
s Mém. de Vabbé Amauld, paH. i, p. 2^62. — Ce n'était pas l'élolgnement du mariage qui avait fait Ni tbcation d'AiitOlnei «> J'ai toujours cru, « ôcrivaH-il à l'Age de stiiiante ans [1077], que s'il f avoit une vie heureuse a sur la terrei ce doit être celle de deui personnes qu'na parfiaiit rapport « d'esprits et d'humeurs unit pour toute la vie par ce saint lien. Mais « enfin je ne devois pas être 4« ces heureux* (Ibid., p. 129.)
8 LES HLS D^ARNAUtD D*ANDILLY.
Nicolas d'Angers, où menait alors une vie assez dissipée ' celui de ses oncles qui en était pourvu, et qui depuis, évêque d'Angers même, fut, ainsi que nous Tavons vu, l'un des quatre prélats les plus opiniâtrement dévoués à la cause du Jansénisme ^. L'ancien mousquetaire avait sans doute rêvé un cloître joyeux. Il s'éveilla au bout de cinq ans sous la crosse d'un sectaire. Ce réveil inattendu laissa sur sa physionomie quelque chose d'étrange et d'indécis, une sorte d'étonnement mêlé d'insouciance, et de joyeuseté tiraillée par le rigorisme ; le tout, empreint dans ses Mémoires, y produit les contrastes les plus piquants. A tout instant le Janséniste improvisé se trompe de langage et de chemin. Il n'arrive jusqu'à son oncle qu'en traversant les ruelles, et c'est toujours par quelques madrigaux que commencent ses actes de contrition '.
Un instant toutefois la tristesse, une tristesse profonde, prévaut dans cette nature composite, et tout d'un coup le madrigal éclate en pleurs. Madame de Sévigné vient d'apparaître pour la première fois au semi-janséniste, « arrivant dans le fond de son carrosse tout ou- (( vert, au milieu de Monsieur son fils et de Mademoiselle
1 Mêm, de Vabbi Amauid, part n, p. 3* « Nous passions une vie fort a douce [dansTabbayc de Sainl-Nicotas d'Angers]. » (Voir plus haut, t r, p. 257.) Cependant Tabbé de Saint-Nicolas avait eu d'abord la velléité de rérormer ses religieux, et avait appelé pour cela Saint-Cyran à Angers, où ce! ui-ct : « en une assemblée de plusieurs ecclésiastiques et religieux, fut le « seul d'avis [sans doute avec Tabbé qui Tavait foit venir] dUntrodnire les rérormés. » (Recueil tn-iS, p. 88.)
2 Mém, de Vabbé Amauid, part m, p. 79.
& Mém, de Vabbé Arnauld; Cf. part i, p. 89, i8S, 213, 232*; part n, p. 23, 88 { part m, p. d48, etc.; et part i, p. 236; part, ii, p. i83 ; part m, p. 79, 100, etc. ^* Cf. Lett, inéd, des Feuguiére», par M. Et. Gallois, t. I, p. 178 et 2il.
[CBAV. I?^ SEGT. I^ ART. I. 9
« sa fille, tous trois tels que les poètes représentent La- « tone au milieu du jeune Apollon et de la petite Diane; « tant il éclattoit d'agrément et de beauté dans la mère « et dans les enfans I Dès lors, continue le mythologique « abbé, elle me fit l'honneur de me promettre de l'amitié ; « et je me tiens fort glorieux d'avoir conservé jusqu'à « cette heure un don si cher et si précieux. Mais aussi a je dois dire, à la louange du sexe, que j'ai trouvé c( beaucoup plus de fidélité dans mes amies que dans (( mes amis, ayant été souvent trompé par ceux-ci et ne (( l'ayant jamais été par les premières. C'est même ce <( qui m'obligera de passer légèrement sur ce que j'au- (( rois encore à dire de ce qui me regarde, ne pouvant me a ressouvenir, sans un renouvellement de douleur, des (( mortels déplaisirs que j'ai reçus de quelques-uns dont c( je le devois le moins attendre ; et qui m' ayant gâté (( l'esprit et l'humeur, m'ont rendu vieux avant le tems, a malgré un assez heureux tempérament qui sembloit me (( promettre toute autre chose. — Il n'est pas nécessaire « de fatiguer mes lecteurs par le reste d'une vie malheu- « reuse, traversée de mille ennuis secrets que de justes « considérations m'obligent plutôt de taire que de puce blier, et que Dieu a sans doute permis pour me déta- (( cher des amitiés du monde, auxquelles, par mon n inclination naturelle, je ne m'attachois que trop forte* « ment. J'en ai donné assez de preuves en ma vie, et « à mon frère [Simon] plus qu'à personne, en lui don- « nant presque tout mon bien pour le marier ^ M. Fou-
^ « Ce ne fut pas sans douleur [qu^au sortir de mes études] il fallut me c résoudre à être séparé de inon frère [Simon]. Nous avions toujours été a élevés ensemble ; et comme je n*avois que deux ans plus que lui, nous 0 avions presque toiyours été capables des mêmes exercices et des mêmes
10 LBS nia D^ARNAVLD D'ANDULY.
« fuel, proeureûr général et surintendant, dont il étoit « l'ami, avoU bien proposé son mariage à H. Ladvocat, « maître des comptes, lui témoignant même qu'il le « souhaitoit. Mais ce n' étoit pas assez pour un homme qui « pouvoit raisonnablement aspirer à de meilleurs partis « pour Mademoiselle sa fille, si je n'eusse assuré à mon « frère ce qu'on ne lui voyoît encore qu'en espérance. Je- (( ne me repens point de ce que j'ai fait; mais je ne le « oonseillerû jamais à personne '. »
Antoine, après la mort de sa mère [1687] et d'un oncle maternel [1649] ^ avait hérité, comme aîné, et de la terre de Briottes, dont son frère portait le nom, et de celle de Pomponne, devenue pour son père une retraite de prédilection. Mais ce n'était pas assez que l'un lui dût son nom, Tautre son repos ; dépouillé de Briottes comme lU'avait été d*Andilly, il fallut encore qu'il se dessaisît de Pomponne pour doter l'heureux cadet, auquel il avait sauvé deux fois la vie dans leur enfance ', et sur lequel reposaient maintenant, grâce à lui, les destinées de la famille. En revanche, huit ans après le mariage de Simon [1660-1668],
a diTeriissemens ; ce qui avoU fait une union entre nous telle qu'elle de- « vroit toujours être entre des frères... Je puis dire que de mon côté je n*ai c point Manqué à l^mitiA qoe j'avois pour hii. On Yerra dans la suite les « marques que je lui en ai données, et s*il y a répondu coBune il de? oit. o (Mém^ de l'abbé Àmauld, part, i, p. 19.)
1 Ibid,, part, m, p. 62.
S Ibid., part ii, p. 159. « Cetle terre [d*Ândilly] m'appartenoit à cause « de ma mère... Quapt au bien de ma femme, Toicy en quoy il cousistoit : « Bpmponne... Briottes... la ferme de Chelles... la maison de la rue Geoffroy - « Lasnier, etc.. Je me servis de Toccasion favorable de M. d^Elbène qui, a à cause du voisinage de sa terre de Villeseau, désira d*acheter Briottes, « pour le vendre du denier trente... » (Compte-rendu de ^Andilly à ses enfants, 33 décembre 1«52.)
* Mém, de Cabbé Arnautd, part i» p. 7.
CHA». IV^ SBGT. I^ AIIT« I. 11
Antoine eut l'honneur^ toujours un peu dispendieux, de tenir sur les fonts baptismaux Tune de ses nièces ^ — La perte d' Andilly lui avait du moins rapp<Nrté cent pistoles. — Et cependant il devait savoir gré à son frère de cette onéreuse distinction. Elle ne lui avait pas été dévolue sans obstacles, sans combat même, dû moins à en juger par un biDet de Pomponne à son père, qm se trouve dans nos liasses sous la date du h septembre 1666, et qui fut écrit par conséquent deux années avant que s'accomplit le bapttaie où Antoine devait figurer comme parrain. i( Mon frère m'a mandé qu'il faisoit état de venir cette If automne à Paris pour tenir Fanchon^. J'ai à ^ous super plier, en ce cas, de vouloir le traiter aussi bien que « vous auriez fait autrefois, et de ne lui rendre pas le
1 « Il y avoit longtems qu*oii me gardoit une de mes nièces pour la « nommer snr les fonts... Qoand j'arrivai, je ne troorai point moo frère..* « Ma eonnère [beUe-ssar de mon frère] étoit en Champagne... maia je a trouvai tout un monde nouveau pour mol : deux neveuzet deux nièces que c je ne connaissols point.. >» (Mém. de CabbéAnnniM, part in, p. 98-103.) CeUe de ses nièces que tint sur les fonts l'abbéArnanM dut être Ciiarlottii, I phis tard religieuse professe de Malnoue, née en i6«5. — Voir la noie suivante.
^ M. de Monmerqué, Mim, de Coutanges, p. 4i3f n. 1, pense que Tenfent désigné id sous le nom de Fanchon est Félicité, depuis mariée au marquis de Torcy. Mais le Journal de Verdun, mai 1*755, p. 399 (Cf. la Gaielte de France^ du 18 août 1696, p. 395}, prouve que Félicité naquit en 1672, c*est à dire quatre ans après le baptême où Tabbé Amauld figura comme parrain. l\ ne peut être question dans la lettre de Pomponne à son père que de sa troisième fille (la première étant morte en 166}, et la seconde, Marie Emmanuelle, étant née en 1663. — Voir plus bas, ehap, y, au commencement) ; cette troisième fille, née le 26 mars 1665, devait avoir pou^ marraine M"* Hébert, Tune des sœurs de M"* de Pomponne, et dut porter d'abord le nom que lui destinait cette dame (BÊém* de tahki Amauld, pari, m, p. 99)i mais M"* Ckarhtêe Ladvocat, autre sttur de M»* de Pompoone» ayant été substituée, eosme nous venons de le dire, à M-« Hâbert {ièid., p. t03S la jeuK catéchumène dut iccevoir le préwni de sa mar» tmÊÊ$ vcniaBNu
iS LES FILS O'ARNAULD D*AlfIllLLY.
' c( séjour de Pomponne dés^réable, [de Pomponne dont f( il s'était volontairement dépouillé ! ] comme il le trou- « vera sans doute si vous lui témoignez de la froideur. « Je soubsuterois qu'il se pût accommoder avec nous; « et au lieu de joie, il n'y trouveroit que de la douleur, « si vous lui faisiez mauvais visage. Je vous supplie très « humblement, non pas tant de vou3 contraindre, que « d'agir naturellement en ne gardant rien sur le cœur ^d Msûs l'inflexible vieillard garda toujours envers l'aîné de ses fils quelque chose sur le cœur; et Briottes luimême, devenu, aux dépens de son frère, seigneur [1660], puis marquis [1682] ^ de Pomponne, et secrétaire d'état
> à l'aide de la fortune qu'il hA devait [1671], laissa écouler trois ans sans faire tomber sur Antoine aucune des faveurs qu'il distribuait comme ministre ^. Ce n'étaient cependant ni l'affection ni la bonne volonté qui manquaient au ministre ; la suite le prouva. C'était encore moins la puissance. Qu'était-ce donc? L'explication jaillirait-elle du rapprochement de deux dates ? — Robert mourut le 27 septembre 167& ^. Un mois après, Antoine fut abbé de Chaume K — Rien d'ailleurs ne contredit la
1 Mém, de Coulangeê, p. 413, n. 2.
2 Voir La Chesoaye Desboîs^ Dictionn. de noblcae, v<* Pomponne*
' On sait que les secrétaires d*état avaient, outre leur département, cer* tains mois affectés à chacun d*euz, pendant lesquels ils expédiaient tour à tour les lettres pour tous les bienfaits, dons et bénéCces que le roi accordait dans ces mois-là. Les mois du secrétaire d*état pour les affaires étrangères étaient mars, jufllet, novembre. «(Piganiol de La Force, Introd, à la dee" cripiioH de la France^ L i, p. 571.)
4 Mèm. de Vabbi Amautd^ part* ii, p. 210.
B c Au mois de Dorembre 1674 le roi me donna Tabbaye de Chaumes, « plus considérable par le voisinage de Pomponne que par son revenu. > (Mèm, de Vakbi Arnauld, parL m, p. 175» ) Nous venons de dire que Pomponne ngnalt les lettres de faveur en mars, en juillet, et eo noiwmère. '
CHAP. IV, SBCT. I^ ART. L iS
triste interprétation qui naîtrait de ce rapprochement. / Au contraire, la correspondance de Robert et de Pomponne ajoute aux présomptions qui en résultent un nou- ; veau degré de probabilité.
Le solitaire de Port-Royal avait écrit, à la demande de son fils de prédilection, ces Mémoires dont plusieurs fois déjà nous nous sommes entretenus. H les lui avait communiqués ainsi qu'àTévèque d'Angers '. Ce dernier avait cru devoir adresser à son frère quelques observations sur le silence qu'il y gardidt au sujet d'Antoine ; et la lettre du prélat avait été envoyée à Simon, a Pour « la lettre de M. d'Angers, écrit Pomponne à son père « le 8 janvier 1667, je ne suis pas seulement de son avis n touchant mon frère, mais je vous en prie. Et tout ce « qu'Antoine a fait lorsqu'il portoit l'épée, et son chan-
D'Andilly élaU mort le 27 septembre ; Pomponne avait donc profité de son premier mois de grAcet en faveur de son frère. Il fit venir ce dernier chei lui immédiatement après les rigueurs de Thiver; et peut-^lre le plaisir qu*eut Pomponne à se réhabiliter près de son aîné, peut-être aussi le bonheur qu'éprouva Antoine ft se voir réintégré dans sa famille, leur fil41 oublier trop promptement qu*ils venaient de perdre leur père ; car ce dernier était mort depuis dix mms seulement lorsque M** de Sévigné écrit à sa fille [16 juillet 1675] : c Croiries-vous bien que je reviens de TOpéra avec M. et « M"* de Pomponne, et Tabbé Amanld... ? La ftte se faisolt pour Tabbé « Amauld, qui nlen a pas vu depuis Urbain VIII, quMl étoit à Rome avec « M. d'Angers. \\ a été fort content > On le voit, les querelles du Formtclaire n'avaient point éteint à Angers tous les souvenirs de Rome, non plus que la morale janséniste n'y avait neutralisé tous les souvenirs de TOpéra. Après cet acquit de conscience, « sur la fin du mois d'août, dit l'abbé An- ■ tdne, je fus passer huit jours à Chaume, oUje n'avoU point encore été, » (Mém*, part m, p. i94.} L'Opéra avait eu le pas sur l'abbaye. L'abbé ne dit point qu'il fût allé visiter à Port-Royal le tombeau de son père (Voir cependant, ibid,, p. 170; et dans Le Clerc, Viet édif. de P. R,, L IV, p. 109, une lettre de l'abbé Amauld en date du 11 janvier 1684> d'après laquelle il semblerait que celui-ci eut im instant le projet de se retirer à Port-Royal. ) 1 Mém, de CotUangeêj p. 412.
Ift us nu l/ARlfAULD D'AHBiCXT.
' « gemaot de pnrféssion doit y être marqué ; comme il ff est raîaé de votre ikmlUe, il semble que ce soit aussi « celui dont vous devez parler davantage. Si vous des^ a cendez jusqu'à nous en particulier dans ces Mémùires, « il auroit sujet de sentir vivement que vous l'eussiez « oublié. Ainsi non seulement je crois absolument né- . « cessaire , mais je vous supplie encore très humble- « ment de parler de lui en une manière qui marque votre « amitié, et qui fasse voir un jour à vos petits-fils qu'une (( des plus grandes bénédictions d'une famille, c'est lors- <r qu'un père se loue de tous ses enfants. Avouez seule- « ment qu'il y a en cela quelque ressentiment, car je « sais bien que vous conviendrez assez qu'il n'en faut « point avoir. Je vous serai infiniment redevable, si vous « voulez lui ôter ce déplaisir, »
Ce noble plaidoyer du frère préféré en faveur du frère méconnu, M. de Monmerqué l'a déjà emprunté à notre dépôt ^ ainsi que les lignes suivantes, écrites par Pomponne le 15 janvier 1667 : « J'ai reçu, au sujet de vos « Mémoires^ une lettre de mon frère qui les admire, et (( qui loue fort la pensée que j'ai eue de vous,supplier de c( les écrire; mais il me témoigne une sensible douleur « de Coubli (qui est le mot dont il se sert^à ce qu'il dit, (I pour ne rien dire de pis), avec lequel vous l'y avez « traité, ayant parlé de tous nous autres, sans vous sou- « venir de lui. Il témoigne que cette affectation pourra « peut-être étonner tous ceux qui le connoissent ; et « comme il ne doute pas que ce ne soit le F" [sic Formu- « laire?] qui en est cause, et qu'il a le cœur percé de « Téloignement que vous faites paroître pour lui, il finit
1 Mim^ de Coulangeê^ p. 413.