CHIP. IV^ 8ECT. I, ABT. I
« par ee vera, après avoir exagéré votre vertu et fait « voir votre colère :
« Tantœne anitnis cœtestibus irœl^
« En vérité, si je n'avois point déjà vu que vous l'avez
« fait^ et que j'espère que vous le ferez de même
« dans toutes les rencontres qui se présenteront de parler (c de lui, je vous en supplierois encore. Rien ne seroît ix d'un plus mauvais effet, non seulement à son égard, (( mais aussi à celui de mes enfants, qui ne connoltroient « pas assez à quel point il a plu à Dieu de vous bénir « dans votre famille '. »
Ces deux lettres ont un terrible commentaire dans le$ Mémoires d'Antoine : « Mon père, dit-il, étoit né avec « d'excellentes inclinations, et bien lui en prit ; car étant « fort ardent en toutes choses, si ses passions s'étoient tt tournées au mal, il n'y auroit peut-être point eu
« d'homme q\û s'y fût plus abandonné que lui 1 Il
« aimoit extrêmement ses amis ; mais on peut dire que (( les nouvelles amitiés avoient toujours en lui quelque Cl préférence sur les anciennes ^. H est aisé de juger par
1 Pourquoi pas? N'est-U pas de saintes colères? et même de saintes haines? La mère Angélique écrit à son frère d^Andilly : < No» bom péreê « ont tonte l^espérance après Dieu, en tous. Leê autreê [les Jésuites?] • disent qu^ils tous craignent parcequMls ont appris que vous êtes de toute c la cour le plus assuré ami et le plus puissant ennemi. Ainsi soit^il; et c que ce soit toujours pour d*aussî justes causes, i (Lettres de la M, Angéliifue, L i, p. 2d, lettre xv, du 15 août ^625.)
3 Voici rindication des seuls passages où, à la prière de Simon, Robert a ' rélablî le souvenir d'Antoine : Mémoires tVAm. tCAndilly, part i, p. 65, 70, 74; parL ii, p. iOl et 158.
9 Mém, de Coulanges^ p. 414*
4 Le frère de Robert, le grand Amauld, lui écrivait à lui-même : < Est-ce c donc qu'on ne peut avoir qu'un seul ami, et qu'aussitôt qu'on en acquiert c un nouveau, il feut oublier tous les autres?... Que veut dire une si injuste c acception de penonnes? En vérité die m'épouvante!... i (Œuvres du
16 us mS O'ABNAtTLD D'ANDILLY*
fi là que ses enfans n'étoient pas ce qu'il aimoit le « plus... ^ »
Ces plsdntes de l'un des fils de Robert, rapprochées des touchantes supplications de l'autre, légitiment suffisamment, on le voit, l'explication que nous donnons à l'apparente ingratitude du généreux Pomponne. Celui-ci craignait de surexciter les rancunes du vieillard. Il ne voulait pas que le chevet du moribond fût confident d'une malédiction, ou d'un oubli, pour celui à qui il
dort, Amauld, 1. 1, p. 483, leUre du 24 avril 1664.) Il faut lire toute celte corieuse épitre et celles qui se trouvent p. 841 et p. 356 do même recueil, pour connaître Topinion qu*avalt de Robert le membre le plus éclairé de sa fomille. —Voir aussi Popiaion du M" de Feuquières, cousin germain de Robert (Mém, de Vabbi Amautd, part, i, p. 93.)
1 ilfem. de Cabbé Àrnauld, part i, p. 2. — Cette dernière assertion se trouve confirmée et commentée par d'Andilly Ini-mème dans une de ses leUrcsàM-* de Sablé:
m PTavez-vous pas bien jugé... comme quoy vous pénétriei le fond de m mon osur en exprimant mieux que je ne le pourrois faire de quelle sorte « je préfère comme vous les senUmens de la vertu à ceux du sang et de Ja « nature. Je sçay qu*il ne faut manquer à rien de ce qu^elle oblige de ren- « dre aux enfans : mais je conresse n*avoir jamais pu comprendre cet « aveuglement stupide qui este la veue de leurs deflauts, et cette passion « brutale qui les fait aimer quoy quMIs soient indignes de Tcstre. Les véff ritablis amis peuvent bien tenir lieu de tout : mais si les enfans n^ont m des qualitez qui leur fussent mériter d*estre considérez comme aroy, ils « ne doivent tenir lieu que d^enfans ; et qui dit enfant, ne dit pas tout Je « passerols bien encore plus avant en faveur de Pamiti^, si j^osois dire que !> Ton peut douter si Ton aime moins un parfait amy qu^un enfant quoyque • nostre amy ; tant l\iuioa que la seule nature fait, me paroist estre au <i dessous de celle que la seule vertu est capable de produire. Mais admirez, « je vous prie, comme quoy vous m*engagez insensiblement & parler de « cboses que je n'avois jamais tant desmêlées dans mon esprit; me contenft tant d*en avoir Timpression dans le cœur... [4 février.] >
Cette étude de psychologie morale est accompagnée dans le recueil de M"* de Sablé d*un petit traité dont les copies bont répétées à profusion dans notre dépôt, et qui a pour titre : Que Von doit préférer son <rmy à $a patrie. D*Andilly faisait marcher de front dans ses affections la famille et la patrie. De quoi pouvaient se plaindre ses enfants ?
CHAP. ïr, SECT. i, ART. L 1?
deysdt sa fortune ; et il ajournait sa reconnaissance. — Ce prudent et fraternel attermoiement ' fut couronné de succès, de tout le succès, du moins, qu'il était permis d'en espérerf Nous avons sous les yeux les dernières volontés de Robert K — Il donne à Pomponne ses manuscrits (les nôtres maintenant)' ; et ses livres, au fils de Pomponne. — A Luzancy, le troisième de ses enfants, il lègue tous ses meubles et même l'appartement qui les contient au château de Pomponne, appartement qu'il a rendu, dit-il, fort commode pour y passer une vie retirée. (Luzancy était son compagnon de solitude.) — Quant à Antoine, voici l'article qui le concerne :
a Gomme il ne me reste, grâces à Dieu, rien de consi- « dérable dont je puisse disposer, outre les legs que j'ay « faits, et ne pouvois ne point faire, et à quoy tout ce que « j'ay de vaisselle d'argent sera employé, avec ce que je (c laisseray *en argent, que je ne garde que pour cela ; il « ne me reste qu'à dire
a Que je donne à mon fils aisnë mon crucifix de brome. »
Son crucifix de bronze! dernier souvenir qui renfermait tout xm symbole, incohérent en apparence, et tel qu'avait dû l'enfanter le cerveau d'un moribond; mais véridique et terrible, car la miséricorde y était sans entrailles. — Effrayant aveu, ou scrupule cruel, qui croyait devoir, par une compensation suprême, faire le pardon de bronze comme l'avaient été les ressentiments I
^ Antoine semble n*en aToir pas suffisamment appréeié les motifs lorsqu*il écrii dans ses Mémoires (part, i, p. 19) le passage que nous arons transcrit plus haut, t n, p. 9, n. 1.
3 En date du 8 aTril 1667 avec un codicille du 80 janvier 1669; voir aussi les quatre legs datés tons quatre du à juin 1674*
s Voir dans VAppendiee^ note Q.
18 LES FILS D'ARNAGLD D'ANDKXT.
Et toutefois la haine d'un père, une haine qui dure plus d'un demi'Siëclet nous semblerait quelque chose de tellement impossiblei si elle était spontanée, qu'un grief même personnel et persistimt ne suiHrait pas i selon nous, à la provoquer et à l'entretenir. Il faudrait encore, à notre avis, qu'elle fût attisée par une main intéressée ^ Or cette main, bâtons-nous de le faire remarquer à la décharge de d'Àndilly, cette main inflexible qui trace au milieu des plûsirs du pauvre abbé les mots de sa con* damnation, il ne serait peut-être pas impossible, sinon de la surprendre, du moins de la soupçonner mystérieusement agissante.
Dans une des lettres que le généreux Pomponne écrit à d'Andilly en faveur d'Antoine : Mon frère, dit-il, ne doute pas que ce ne soit le F[ormulai]re^ qui est cause de C oubli
oà vous le laissez. — Une dissidence d'opinion et de con-
^ En effet la correspondance de d'ÂndilI j ayee FaberU si ramour-pro]ire de celaHà n*a point voulu donner le change à celui-ci, semble témoigner d*nne intermiUence dans les rancunes de d^Andilly contre Antoine. Dès le i8 novembre i655 le solitaire écrit au futur maréchal : « Be quatre fils « que Dieu ra*a donnei, il y en a trois dont je ne sçauroisestre plus satisfait • que je lé suis. » (Voir pins haut, 1. 1, p. 51.) Antoine était Tun des trois qui faisarîent la satisfaction de leur phe. Dans une antre lettre du ?.B fétrier 1056, où il est question de celui 4e ses fils qu'il avait conGé à Fabert et dont il n*était pas satisfait (nous verrons bientôt pourquoi), d'Andilly écrit : « Il
■ Ciut pourtant que je ffle console en ce que tous les frères he peuvent pas
■ se resKnbler, vous pouvant dire, Monsieur, dans nostre entièreconflanee
■ que j'ay d'autres fils que vous jugeriei dignes, s'ils avoient l'honneur
■ d'estre connus de tous, d'avoir part en voslre amitié« > Enfin dans une troisième lettré du Si mai 1657, toujours eu parlant du pupille de tdttrï: « Celuy-là cstoit le seul de mes enfans dont j'estois en peine. » D'Andilly, il est vrai, ne s'était guère mis en peine d'Antoine que pour le dépouiller.
2 La lettre autographe de Pomponne porle : ^ f^« et M. de Monmerqaé a reproduit cette abréviation, sans l'interpréter. (Mém, de Coulà»§e$f p. 415.) Mais nous pensons que la lettre du docteur Arnauld que nous Avons indiquée précédemment (t. i, p. 280), et œ que nous avons dit dans VarticU où nous l'indiquons, autorise k lire oomne noui Itf Heôsofii ici»
CHAP. IV^ tBCT. h ART* h 19
duite, au sujet du Formulaire, entre l'abbé mondain et le rigorisme de Port-Royal, dissidence que nous avions déjà soupçonnée ^ étdt donc venue s'ajouter aux anciens griefs de d'Andilly, et redoubler, les premières froideurs du père pour ï atné de ses fils» --Mais le Formulaire avait, dans la famille Amauld, occasionné d'autres chutes que celle d'Antoine ^. Deux sœurs de celui-ci, toutes deux religieuses à Port-Royal, avaient cru devoir signer ; et si leur père, dans un premier mouvement de dépit, \éè avait traitées de pauvres oiêons ^ ces mots» d'abord, indiquaient plus de compassion que de colère ; puis les cou* pables avaient bientèt obtenu leur pardon. — Pourquoi donc Antoine ne fut-il jamais pardonné ? — Au sein de sa famille se seraitr-il trouvé quelque membre influent dont il eût encouru l'animadversion, et dont les dispositions* hostiles à son égard, auraient entretenu ou fait renattre l'éloignement que dès sa jeunesse il inspirait fcson père? Cette supposition est la seule qui puisse pallier les torts de celui-ci. Sachons si elle aurait quelque fondement.
La famille Arnauld ne comptait alors que six memlired dont l'opinion fût de nature à influencer celle de d'AndiUy : l'évèque d'Angers, le dooteur Arnauld et leur sœur la mère Agnès ; Pompoime et Luzancy* frères d'Antoine, et leur sœur Angélique de Saint-Jean«-^ Agnès, témoin de la chute de ses deux nièces, en devint l'ange consolateur ^\ car dans cette grande âme, nous le reconnaîtrons plus tard, le stoïcisme chrétien était aussi
^ Voir plus haut, 1 1, p. 280.
2 Voir plus bas, ekap. ?i, geeU i, art, i, 1 1. s Uttreê de madame de Sévigné, U i, p. 71.
4 Mém, de la M. Angélique, U m, p. 59i| et plus bas, les notes du ehap. Ti, »e€U i, art. i, { u
3« LES ntS D*AKlfAUtD D'ANDILtY.
indulgent qu'inébranlable. — Angélique de Saint-Jean, dont la persistance avait eu plus de faste, n'en eut pas moins de charité pour ses sœurs repentantes ; et cette même charité tenta d'attirer Antoine à Port-Royal '. — Pomponne et l'évèque d'Angers, nous le savons, intercèdent tous deux pour le proscrit. L'un lui donne un asile à son foyer, l'autre lui maintient sa place dans la famille. Ses secrets persécuteurs ne sauraient donc être que le docteur ouLuzancy. — ^Mais Luzancy, timide et bon, nous le verrons bientôt, est une des plus douces et des plus saintes figures de la famille Arnauld ! Il pèche plutôt par excès de méfiance que par défaut d'affection. Il craint l'attaque et la fuit. Il aime les siens et ne provoque personne. Ce n'est pas lui qui est l'agresseur de son frère. Son caractère du moins repousse ce soupçon, et rien ne le fait naître ni dans ses actes, ni dans ses papiers, ni dans ceux de sa famille. — Le docteur Arnauld, au contraire, mieux doué du côté de l'esprit, l'était moins bien par le cœur -. On lui connaît plus d'antipathies que d'amitiés ; et pour savoir combien ses antipathies étsdent violentes il suffit de rappeler ce qu'en dit un témoin oculaire, le marquis de Louville. Cet honnête et habile négociateur rapporte qu'admis tout enfant dans l'intérieur d' Arnauld il était fort étonné, lorsque le docteur et ses amis se mettaient à parler des Jésuites, de voir soudain se gonfler les veines de lem* cou ^. Des hommes
* Le Clerc, Fie» édif. de P.R.,L iv, p. 109.
2 Nous sommes fftché de nous trouTer sur ce point en désaccord avec M. Crélineau Joly, Hi$t, de la Compagnie de Jétu», L ii, p.»518.
3 • M. Arnauld, qui, hors la thèolo^e, avait la simplicité d*un enfant, « se mêlait rolontiers aux jeux [de Louville], au point que la gravité de ces « savants personnages [Arnauld» Nicole, Desœarels] en était souvent com- « promise. C'était autant de prit sur des conversations la plupart du temps • pleines d'amertume et de malignité « car ces Messieurs, rapporte notre
CfiAP. 1V^ SECT. h ART. U. 21
de cette complexion et de ce caractère ne devaient pas épargner les leursjorsqu' ils croyaient ceux-ci contraires à leurs intérêts. Nous avons entrevu déjà, dans la biographie de Févêque d'Angers, que le docteur crut ses intérêts lésés par l'abbé Arnauld, et qu'il ne l'épargna guère. Reprenons d'une manière plus suivie l'histoire des griefs de l'oncle contre le neveu, pour savoir quel membre de leur famille a dû le plus probablement exciter le père contre le fils.
ARTICLE II
ReiatUms dt Antoine avec son oncle le docteur.
La première trace des relations du docteur avec l'abbé Antoine se trouve dans une lettre de l'oncle, écrite le 10 septembre 1640, à propos de la résolution que prenait alors le neveu dé renoncer aux armes pour entrer dans l'Église. « Vous avez eu raison de croire, dit Arnauld « à un correspondant inconnu, que rien ne nous pouvoit f( donner tant de joie que ce que M*** avoit à nous dire, tt L'intérêt de la gloire de Dieu, et celui d'une personne « qui nous est si chère, se rencontrant ensemble, il est « impossible que nous ne soyons pas touchés sensible- H ment de voir que Dieu commence à arracher d'entre « les bras du monde le reste de notre famille pour la « consacrer à son service. Mais pour vous dire le vrai, « comme on a de la peine à croire entièrement ce qu'on « désire le plus, nous attendons les suites de cette affaire
• auteur, parlaient toujours des Jésuites, et n*eo parlaient jamais que la^'
• gorge ne leor enflât, ce qui le frappait beaucoup, t {Mém. ucreU de LauvUUf t f, p. S.)
22 LES raJ5 D'ARSÀULD D émOJLY.
u pour en recevoir un parfait contentement ; parceque « dans nos maximes nous n'estimons les meilleures i*é- « solutions que par la persévérance et les œuvres. Nous « espérons néanmoins que Dieu achèvera par sa grâce ce tt qu'il a commencé dans cette chère âme, et qu'il ae « laissera pas son ouvrage imparfait, pourvu qu'elle ait a soin de se présenter à lui comme un vaisseau vuide ' u qui n'attend que la rosée de sa grâce ^.. » Cette rosée de la grâce était sans doute celle que le docteur distillait, àl'instant même où il écrivait cette lettre, dans son traité de la Fréquente communion; et ce vaisseau vide, il espérait bien l'en emplir. La conversion du jeune abbé semblait promettre un nouvel auxiliaire au docteur dans sa famille même. Aussi, sauf un peu de doute où se révèle une arrière-méfiance, d'ailleurs fort concevable, la lettre du docteur est pleine de bienveillance.
Hais cette bienveillance dut n'être pas de longue durée ; car après la lettre qui la révèle il s'écoule quarante années [16iS-1682] sans que la moindre allusion soit faite à l'existence de l'abbé Arnauld dans les quarante-deux volumes des Oeuvres du docteur. Nous nous trompons; il s'y trouve sur Antoine un passage, ua seul^; et ce passage, on peut se le rappeler, car nous
1 OEuvru du dùcU Àmauldf 1 1, p. 35, leltre xv. -^ Cette leUre» datée du 19 septembre 1648, mais où ne se trouve pas nommée la personne dont il y est question, ne pent se rapporter qu'à la conversion de d' Anditly on à celle d'Antoine, son fils aine, qui eurent lieu toutes deux en 1649. (Mém. ée d'Andilly, part, ii, p. 124 et 128 ; Mèm. de l'abbé Arnauld, part, i, p. S60) ; mais celle de d'Andilly n*ayant eu lieu qu'après la mort de Saint-Cyran» qui arriva le 1 1 octobre de cette année (ibid, et tous les Nécrologe»), la lettre du 19 septembre ne peut se rapporter qu'à son fils. - 2 (ouvres du doct, Arnauld^ t. i, p. 525, lettre CLXXxni^ du 15 té* vricr 1665,
CBAP. IV, 6ÊCT* I, AKT. II. 2Î
Favons déjà cité S exprime un blâme plein d'aigreur sur sa conduite à propos de ce même Formulaire^ qui, d'après Pomponne» lui aurait une seconde fois aliéné d*Andilly. Le même fait avait donc rompu le silence glacial de l'oncle, et déterminé che« le père une recrudescence de froideur; double incident dans lequel on peut croire que les dispositions de l'un ont réagi sur l'esprit de l'autre. Ce fait expliquerait même, si l'on veut, l'oubli affecté du docteur pour son neveu après 1666, époque où celui-ci avait encouru le blâme de celui-là ; mais, d'un côté, c'est précisément après cette époque que se rouvre la correspondance de ces deux personnages [1682]; de l'autre, c'est antérieurement àcette époque, et pendant vingt-deux ans [del6&S à 1666], que le silence du grand Amauld est le plus absolu et demeure par conséquent le plus inexplicable. — Durant ces vingt-deux années cependant, celui-d entretenait une correspondance fort active avec d'Andilly et l'évêque d'Angers, dont l'un, en qualité de père naturel,dont l'autrcà titre de père adoptif, devaient exercer une si grande influence sur le mousquetaire converti. — Mais si le nom d'Antoine est absent de la correspondance des trois frères, cela ne proviendraitil pas de ce qu'une correspondance directe s'est établie entre l'oncle et le neveu ? Si cette correspondance eût été satisfaisante pour les deux parties, d'abord elle se fût très probablement conservée.» L'amour-propre de la famille et le zèle de ses partisans ne l'eussent pas laissée périr. Et puis lorsque le docteur entretient une correspondance, son habitude n'est pas d'y concentrer exclusivement les faits qui la provoquent. Ces faits suintent
« Voir plas haut, t. f, p. 280<
24 LES FILS D'ARNAULD b*ANDILLY.
pour ainsi dire, et pénètrent dans ses autres correspondances. Ce qu'il eût écrit à Tabbë Arnauld, il n'eût pas manqué de le répéter en partie à l'évêque d'Angers et à d'Andilly, soit pour en être secondé, soit pour en être approuvé. Nous verrons tout à l'heure que quand ses relations recommencent avec son neveu elles ont un écho dans plus d'un recoin de ses autres relations.— Peut-être aussi ce silence si profond et si persévérant n'est-il qu'une marque d'indifférence. Des bonnes dispositions que manifestait la lettre du 19 septembre 16i3, le docteur serait donc passé à un oubli immédiat? Lui qui recrute des auxiliaires sur tous les points de l'Europe, il aurait négligé ceux que lui offrait la nature? Cela est peu probable. — Mais s'il avait échoué à discipliner les siens, son humeur était-elle de recevoir un semblable échec sans en éprouver du ressentiment? Et, ce ressentiment conçu, était-il dans sa nature de ne point chercher à le communiquer ' ? Ce que nous en connaissons ne le ferait pas présumer; mais comme ce point doit être mis hors de doute, si nous voulons atténuer l'odieux de la conduite de d'Andilly envers son fils, puisque nous ne pouvons le faire qu'en attribuant la persévérance de ses rigueurs aux dispositions de son
• ^ n On vous a vu de lout temps louer ou bl&mer le même homme, selon «' que vous élici content ou non satisfait de lui... On a loué Dcsmarets a dans les Provinciales, D'abord Fauteur en a voit parlé avec mépris sur le « bruit qui couroit qu*jl Iravailloit aux apologies des Jésuites. H vous fit u savoir [à Port-Rovalj qu*il n^ avoit point de parL Aussitôt il fut loué n comme un homme d'honneur et comme un homme d'esprit. — Tout de « bon ne vous scmble-t-il pas qu'on pourroit faire sur ce procédé les mêmes fi réflexions que vous avez faites tant de fois sur le procédé des Jésuites ? « Vous les accusez de n'en\isager dans les personnes que la haine ou Pa- « mour qu'on aAoit pour leur Compagnie : vous ilevicz éviter de leur « rcssemb'cr. » (Racine, Lettres à Nicole^ Œuvres, U \h P* 20.}