‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 46 sur 99 · SECTION IL · texte numérisé non relu

SECTION IL

SIMON DE BRIOTTES, PREBOER MARQUIS DE POMPOIVNE.

Simon de Briottes, le second des fila de Robert, la plus grande notabilité politique de sa famUle, est, de tous les Arnauld qui se sont illustrés, celui dont la biographie laisse le plus à désirer. Avant M. de Monmerqué, elle n'existait pas ' ; après lui, il reste à en compléter les parties secondaires. C'est à notre dépôt que ce savant magistrat a emprunté ses meilleurs documents : c'est là qu'à sa suite nous glanerons les nôtres.

ARTiaE I«.

Pomponne, du vivant de son père.

S I. Papiers de Pomponne.

Simon aurait dérogé dans sa famille s'il n'eût pas écrit des Mémoires. D'Andilly en avait laissé pour édifier ses descendants sur ses vertus ^ ; Antoine pour nous édifier sur ses plaisirs ^ ; Tévêque d'Angers, pour ne pas

1 Lettres de madame de Sévigné, U i, p. 78 de la notice, n* xiv; et Biogr. univers. — Voir cependant d^Auvigny, Vies des hommes ittusU, t. vi, p. 372. — Et Mademoiselle Poulain de Nogent, Nouv, hist, abrég. de P, R., t. ii, p. Sli.

2 « Je n'ai pu résister aui instances si pressantes que me fait mon fils de « Pomponne d'écrire quelque chose [de mes Mémoires] qui puisse senrir <K à mes enfans pour les exciter à la vertu par des exemples domestiques. » {Mém. d^Arn, d^Andilly^ part, i, p. 2.)

* « Comme je n*ai point eu d*aotre but que celui de me divertir dans ff une espèce de solitude où je passe la meilleure partie de ma vie, j'aurois « gagné au-delà de mes souhaits, si mes Mémoires pouvoieot en divertir « d'autres. « (Mém. de Cabbé Arnauldfftdiri. i, avertis»., p. vi.)

42 us FILS Oi'ABIlAOKO B'AliDai.Y.

laisser ignorer son habileté diplomatique»; la première AngéUque, pour préluder à la canonisation que le Jansénisme espérait lui faire décerner après sa mort » l'autre Angélique, pour constater son martyre». Toute cette f^unille enfin, qpe TaUemant des Réaux accusait d'avoif du vent*, et dans laquelle Péréfixe recon-

• Voir iÊém. tPAm. fAndiUg, part, i, p. 70, ' » « Darant 1. dernière moitié de la Tie d'ABgéBqne. on la traitait déii . comme one «aime, deqoî il fliudr.it fld» •eprocé.on joarpoorla eawî « iii«er: on lui Ihiwit en im mot «m do«ier de «inte de ^ J.» . (M, Sainte-BeuTe. Por,.Bo,.l, f .. p. «3 ; Ctl«rï U^Anl^' t. u^ p. 179-Î4Ç.) . n fa„„, ^ a.„„ peut «IraUgème p^Ma^£^ . ém« la rdaUon,n'on.d'elle..(lf. S^im-Ben^itCl M «S Hacme. deuxUmc Uttre à NicoU, Œuvre», t. „, p. «., ' ^ * '• *^

« «cnerf desX., Wf.. «/«f.-Ile.tja«etoutefoUde««.anp.erqu'AnJ!

r*r r'?^»'»««'''«*»«»>'«'<»roitdecep«mierm«^^aSlt pu «^ «.,„ d'un second. (Vbir Œuvre, du doet. ^«.«^1™?. 64M

Téf^iLT ' ""f '"* *''"" j™»- •«» : • No»» .Tion, toute, Zïli^ rt^ f 1" ^"^ ^~"'*' wr, 1665, vie l'on nou5 gardât le secrS

' STd^tTS-îf^ n y en a de tout hnmrine, gui ne Ui^nt " LU r- '*"'«'*""'»• «>»»»« >e «népris que font la plupart des perl ZSrîrr."*^ affectionnent pas, de la facilit^'on a eSL nons^

arl^ii^'J'' t^' °"'" "* P'Mi'PoriUons satiriques. Tdlemant IrlnM n û'^l '^""*'* '''*^ P*» bieoTeiUant pour I. ftmille Arnauld. Il arait eu à soutenir un procis (Œuvre» de Patru. t n nu II

célèbre docteur. (Notice sur Tollemant, Mém., t. n, p. wniTu ~rtte

1I'S1"a::^"-*'^ rr^" '« «» «'-^ «^^«""d'dïnSî^

PiriJ.au'nS„i*;'"\f "".'"" "» «^■'»* P'*»" commendataire dn

H'An«»,. u ™ f I™ <■ Arnauld d^Anddly, près de son onde, «rtone d Angers, le grand Arnauld blâmait trop Tirement rd>u* des eomZ^ pour accepter celle du Plessis. Voir d'.IUen»ir^...!f ^ des commende.

naissait la pureté des fmges alliée ^l'orgqeU des délions ^ *' s'était drapée sous la cs^pe et dans Is^ tog§, s^vec 1^ niitre pi sous la bure; p'était l^^n le moins qu'elle l$^issàt flof- ' fer vers Ti^venir un piu) de son manteau de vçlQfprs.— E;t eette fois il y avftit justice. -r-4près trois funbassades fructueuses, fiprès. huit; ?uoinées d'un iniiûstëre qui ayait préparé fit CQUSonuné la paix de Nim^Çi beaucoup d'ar ' mouF-propre eût été légitime ; Pomppnn^ ne n^ontra que de la modestie. Di^is le volume qu'il consacre à ses premières négociations ep Suède [1665-1668], auquel il faut en rattacher deux, de pièces justilicative^; dans celui qui, avec deux appendices de pièces semblables, est relatif à ses négociations en Hollande [1669-1671]; sous les deux liasses o{l il a réuni la correspondance reb^tive à sa seconde ambassade dans la péninsule Scandinave [1671]; enfin durant le cours des trois volumes où il a rassemblé les pièces relatives au traité de Nimègue [i67fhl670], l'homme s'efface presque toujours derrière l'homme d'état. L'amour-propre y tient moins de place que les affaires.

Aussi ces Mémoires sont-ils les seuls de la famille qui n'aient pas trouvé d'éditeurs ^ Ils gisent méconnus sur les tablettes de nos manuscrits. Cependant notre catarlogue, ainsi que nous l'avons dit ', les signale ad public, et M. Haenel*, en l'imprimant, ne l'a point trop surchargé de fautes à leur endroit. Hais par une espèce de

« Inllh, QutnUM linèM^m» t. ro, p. 305; D. (Serbmil, Hi$u du JaaJUn., t. m, p. iSS; Racine, EkU dit P. /{., p. Si! et 851; BUt. des JPtfrtécNi., p. 294, M9, etc.

> Voir cependant ce que nous diions dans Tiipfieiu^j^, note Q.

9 V<dr pliDS luint, 1. 1, p.i-8.

4 Cataio^ lit. m$». editi a G. BaenH, ool. 298-^80.

bU tes FUS d'arnauld d'andiixt.

fatalité, il suffit que ces Mémoires soient inscrits à ce catalogue pour que nous n'ayons pas à nous en entretenir; car notre but, on se le rappelle, est de mettre principalement en relief les parties de notre dépôt qui sont en dehors du classement fait par nos devanciers. Qr en ce qui concerne la famille Amauld, le journal de Robert, sa correspondance privée, les papiers personnels de Pomponne se trouvent seuls dans ce cas ; et c'est à l'occasion seulement, et surtout avec le secours de ces documents, que nous entrons dans quelques détails complémentaires sur la biographie intime de cette famille. — Les renseignements que nous y puisons se complètent non seulement par ceux que M. de Monmerqué a extraits des Mémoireê de Robert et d'Antoine, mais par une indication que son savoir a trop modestement reléguée dans une note ^ Cette indication, empruntée à la célèbre guirlande de Julie, pour être accessoire, n'en est pas moins curieuse; et comme elle ne nous semble pas suffisamment développée, nous croyons pouvoir y revenir.

S 2. Briottes à Thôtel RambOuaiet.

La guirlande de Julie, on le sait, est Thommage galant, artistique et littéraire du duc de Montausier à cette illustre béritiëre de l'hôtel Rambouillet, Julie d'Angennes, qu'il supplia pendant douze ans^ de s'associer au nom le plus

* Biogr, iintV., t ixxT, p. MO.

3 « Monsieur de Sales [depuis duc de MonUosler] étoit amoureox de « M"* de Rambouillet, qui est morte duchesse de Montausier et gonverDaiite n des enfans de France. H fût longtemps sans oser prétendreè sa possession : « il ne Tobtiiit que lorsque par la mort du marquis de Montausier, son frfere,

* il fut devenu héritier de son nom et de ses Meus... et qu^ii eot abandonné

• la fausse religion dans laquelle il avoit été nourri. ** ( Mém, de Cabté Ar* nauldt part, ut, p. i57.)

CHAP. lY^ SEGT. U, ART. I, S H. US

pur dont puisse s'enorgueillir le siècle de Louis XIV. Chaque fleur de cette guirlande, peinte par Nicolas Robert, avait enfanté une foule de madrigaux transcrits par la plume irréprochable de Jarry, et composés par les habitués de Thôtel K Au nombre de ceux-ci, parmi les plus assidus se trouvait d'ÂndiUy, alors aussi passionné pour le monde ^ qu'il le fut depuis pour la solitude, et dont la vie, pour nous servir d'un langage qui aurait eu du succès dans son cercle, gravitant toujours sur l'axe du bel esprit, devait toucher par l'un de ses pôles à l'hôtel Rambouillet, et par l'autre à Port-Royal. La ferveur de son zèle littéraire entraînait à cette époque ses deux fils aînés aux dissipations du siècle, comme la ferveur d'un autre zèle devait bientôt lui faire suivre Luzancy, leur puîné, vers la retraite des champs. '

La guirlande de JuUe date de 16il. Elle contient un madrigal de Robert, deux d'^toine, trois de Briottes; et, chose étrange I l'ambition du premier, les tristesses du second, les hautes destinées du dernier semblent symbolisées dans le choix des fleurs que chacun d'eux a voulu célébrer. •

C'était alors que Robert rêvait l'éducation du Dauphin. La fleur qu'il chante est le lis ; voici comment il en parle :

De la reyne de Tair je sois la fleur divine ; Ha blanclieiir de son lait tire son origine.

1 Voir la notice de Gaignières, Cat. des livrée deiLdeLa VaUiére^ soppl., p. 57, belles lettres, n« 3247 ; Notice» hisU et eriliq, de deux matuucrits uniquee^ etc., par Pabbé Rive; la Guirlande, etc., édiU de 1784; Tabbé Goujet, BibUot, françoieef t. xti, p« 79, etc.

3 c L^hôlel de Rembouillet ibumissoit à mon père les plus purs et les plus f grands plaisirs... Ce n*étoit tous les jours que jeux d'esprit, et parties « galantes, b ( mm, de Cabbé Ammld^ part, i, p. 13.)

ft Mém. dû d'AndiUy, part, ii, p. 128 et 158; Mém. de Fontaine, U i, p. 262, lettre de d*Andilly à Le Maistre, etc.

Et je Yeux de ma gloire enrichir ta beauté; En vain toutes les fleurs, dans leur pompe suprême, 8e ?ancenl de f orner d'un royal diadème ; Leur plQi superbe édat n'a point de majesté. Mol antre que le lys sang audace n^aspire 4 tf rendre un honneur qiù soit digne de toy ; Elles p^rem ton trqnt, et Je t'offre mi empire, fuiqq'ei) te couronnant Je t'égale à mon roy ^ I

Assurément la belle Julie eût pu renvoyer à Pollux le Simonide de ce madrigal $ et peut-être le perspicace Hontausier eût-il dû soupçonner qu'il avait dans le même homme deux rivaux, Fun qui lui disputait en galanterie, Fautre tout disposé à lui disputer Féducation des Dauphins.

Les dispositions intérieures d'Antoine ne se révèlent pas moins et dans les sujets qu'il choisit et par la manière dont il les traite. C'est le thym et le souci que célèbre cet esprit tourné à Fidylle * et déjà flottant vers la tristesse. Voici quelques-uns des vers, je veux dire des lignes, qu'il consacre à la première de ces fleurs :

Sps beauté, sans grandeur, sans édat et sans grâce. Je nfiys, par un arrêt de mon injuste sort.

Incapable d'un bel effort

Pour acquérir Tillustre pkçe Où mon ambition m'ose laire aspirer '•••.

De semblables vers eussent sans doute excusé la ma-

1 La Guirlande, p. 27.

S « On peut ne pas traiter toiyaun des lOTaumai etdesempiies, dit-il « pour i*excu8er d'avoir écrit ses Uémoiru (aTertias., p^ n) ; et niteB... de» « bergers trouvent agréablement leur place pami de grands leîgneniiet a des prineefc «

s Ibid., p. 2S et 52.

lé^iotion ps^ternelle au^ yeiix du MisaRt|}rope \ M^si mf oreille compatissante y distingue seulement le sanglot qu'étouffe leur pesante aHégorip, et cet écho d^toq^né qu le fils semble reproduire avec fwertump l'opinion ^n père ik son égs^rd.

Simon, ce beau-fils que Roheft dpstine au ?npnde, choisit pour s^ fleur le muguet, auquel il fait dire :

^abandonne les bols dont les feuillages sombres Conservât ma fratcbeiir sous leurs épaisses ombres... ^

Il chante ensuite le perceneige, lui qui doit fondre les glaces de Louis XIV pour sa famille ^. Enfin le futur ministre du monarque dont Temblème était le soleil prête ce langage à la grenade :

D'an pîQceao Imnineiix Tsistrc de la \^vpi<kr^

Anime mes nyes couleurs; Et régnant sur TOlympe en sa yaste carrière,

U me fait régner sur les fleurs... ^

Si dans les trois premiers madrigaux nous voyons une préméditation, dans ces trois derniers, à coup sûr, l'hôtel

1 n en étoit sans doute des vers d* Antoine comme de sa prosç : % Mon «( style, écrit-il lui-même, est sans étude et sans art, ne tn'4tant Jamais « appliqué aux régies, » (Mém,^ aTertiss., p. x.) U est ¥rai qu'à cinq pages de là (t6û(., p. xt) Antoine établit une discussion grammaticale sur remploi qu'il a ikit du prouum sUn, siàiiie.— Quoi qu'il en soit, ses Ters ne sont pas encore les plus mauva^ de ceux qu'a produits sa fisimille, puisqu'il parait que c'est à Sacjr, et pou pas à Lancelot, qu'il faut attribuer les rimes du Jardin des Racines grecques, (Mém, de Lancelot^ ?ie» 1. 1, p. xvm.) Enfin comme disciple de S. Augustin, Sacy Ipi^méme ne devait pas se croire le pire ;de tpus les poètes, puisqu'il rappelait, comme nous l'avons TU (plus haut, p. 5t n. 1), que ce père de l'église encomageait à la yersification un poète qui metmit scyt pieds à ses besamètres.

2 La Guirlande, p. 00.

^ Ibid*, p. 66 : «Sous un voile d'argent, la teire ensevelie, etc. 4/6iV<.,p.63.

Rambouillet, s'il eût pénétré Fayenir, aurait vu de la prédestination. C'était le siècle où Louis XIII devait son '^umom à son étoile ^ où l'histoire était obligée de compter avec l'horoscope^, où pour la famille Amauld mème^, et jusqu'au sein de Port-Royal, la réalité s'augurait parfois d'après des pronostics.

Pour nous ces rapprochements singuliers ne sont plus que des curiosités sur lesquelles nous nous serions gardé d'appeler l'attention si d'un cdté elles ne résumaient, par hasard sans doute, mais avec justesse, ce que nous avons dit et ce qui nous reste à dire sur d' Andilly et sur ceux de ses fils auxquels il avait ouvert l'hôtel Rambouillet *, et si, d'un autre côté, le précieux manuscrit de la Guirlande à Julie n'appartenait, du moins par le souvenir ^, à notre bibliothèque, dont il a fait partie, et

1 Louis-]e-Ju8te«

3 Voir : c L*horoflc<^ du roi, par lequel la tille de Lyon prétend qu'ayant « eurhonneur de la conception du roi Louis XIII, elle est sa Traie patrie, par c Goujon frère, aTOcat.» L*auteur établit que le signe du Capricorne ayant présidé à la conception du roi, et celui de la Balance à sa nativité, il ne peut manquer d^étre heureux et juste, etc. — Delphini [Ludor. XIV] horoscopus auctore, F. Vavasseur. Recueil de pièces sur la naissance de Louis XIV, etc.*

* Voir tout ce que Tabbé Amauld rapporte dans ses Mémoires (part i, p. 180 et 193, et parL ii, p. 169 ) de Thabileté dlsaac Arnauld en chiromancie, en divination, par pirouettes, etc. Voir aussi VAppendicet note O.

à Un quatrième personnage de la famille Amauld, Isaac, dont nous parlons dans la note précédente, fréquentait également Thôtel Rambouillet. (Voir Tallemant, Historiettes, t. ii, p. 298. } G^est à lui que la guirlande doit réloge de la tulipe. (Guirlande^ p. 38.)

6 La bibliothèque du duc de La Vallière se composait de deux parties dont Nyon et Debure ont fait le catalogue en neuf volumes. M. de Paulmy acheta en bloc toute la partie cataloguée dans les six volumes de Nyon. Mais sa fortune mit des bornes à sa noble prodigalité. Il ne put acheter le fonds auquel se rapportaient les trois volumes de Debure. Les enchères lefirenl monter à 464,677 liv. 8 sous. La GuirlandeseaXe fut adjugée à Peyne, libraire de Londres, au prix de 14,510 liv,— Voir la noUoe de Debure,

GHAP. Vf, SECT. n, ART. I^ g lU. &9

OÙ le remplace encore une copie assez riche de variantes inédites ^ On pardonnera cette digression, qui tient trop aux regrets et aux jouissances du bibliophile, pour n'aii oir point entraîné le biographe à son insu. Nous revenons aux richesses actuelles et plus réelles de notre dépôt.

S in« Brioltes Mus la direcUon de d^Andilly.

Quelques mois après Thommage de la Gmrlande, Briottes, âgé de vingt-quatre ans [16i2], était intendant du corps d'armée qui occupait Gazai ^. Deux ans après [17 janvier 16iA], le roi le créait conseiller d'état '. Il débutait ainsi par les fonctions les plus relevées qu'eût remplies son père; et, pour mieux l'y soutenir, celui-ci se dépouillait d'une partie de ses pensions en faveur de ce fils bien aimé ^, qui lui écrit le 3 mars 16A& : « Quand je « n'aurois point d'autres marques de l'affection que vous « avez pour moy, les peines continuelles que vous vous fc donnez pour mon establissement m'en seroient une « preuve assez certaine. Je vous avoue que vostre bonté ti me donne de la confusion, et que je suis honteux de (( voir que vous travaillez avec plus de chaleur pour ma « fortune que vous n'avez jamais fait pour la vostre

« propre Dieu seul peut me rendre digne de ceste

« louable ambition que vous avez pour moy Vous

Catalogué de La Valliére^ t u, n* 8S47, celles de Tabbé Rife, en tête de rèdilion de 1784; SuppU deDebwre au catalogue de La VaUUre, prix dea livrée, p. S5 et 4S.

1 Bellee-Utiree Fr., 145, in-^, p. 1085, etc.

3 Voir VAppendiee^ note 0.

> Note de Pomponne dans nos papiers.

4 Mém. di ifAndiUg^ part, ii, p. U8, Voir VÀppuuUce, note 0 H$.

50 LkS hLS I^'AtlNÂtJU) b*ÀNDiLLt.

« pouvei assez juger de là joie que me donnettt les pfeà- « sions que vous avez fait mettre soubz mon nom... »

La correspondance d'où ce passage est extrait se poursuit entre lé père et le fils pendant trente-deux ans [1642-1674], 6' est à dire jusqu'à ce que la mort y mette un terme. Elle légitimerait d'ailleurs les prédilections de Robert si, chez ce dernier, il n'y avait eu que différence, et non pas absence, de tendresse pour d'autres de ses fils. Tout y concourt en effet à fadre concevoir de Briottes la meilleure opinion. Justesse d'esprit, élégance de style, élévation de sentiments s'y unissent à ces déférences pleines d'affection et de respect qui fondaient jadis dans les familles l'orgueil des pères sur ce qui faisait la joie des enfants^ Il est impossible de participer, sans en être ému» à ces épanchements où le cœur trouve toujours, sans les chercher, le mot et la pensée qui vont droit au cœur; où l'amour filial a ces mille prévenances, ces petits soins, ces recherches et jusqu'à ces désespoirs que ne connaît plus de nos jours, même un autre amour.

Ainsi le jeune, intendant reçoit d'Antoine une lettre dans laquelle son aîné lui apprend qu'il renonce au siècle, et que leur père est sur le point d'y renoncer* « Mon très 0 cherfrère, » répond [5 novembre 1643] Briottes heureux d'une démarche qui doit rendre au fils disgracié sa place dans l'affection paternelle, mais tout éperdu à l'idée de perdre dans le monde son principal appui ; a Mon très <( cher frère, j'ay receu avec une extresme joie vostre a lettre du 21 d'octobre , et leu avec une satisfaction « estrange vos nouveaux sentimens ^. Ceux de mob père

i Robert lui-même avait eu la plus vive tendresse pour son père et pour son beau-père. (Mém. iVAm, iffàndiii^^ part, ^^%lf^ iOS-iOAO 2 Vobr plus baut, t. U| p.7

CHAP. IT, SECT. lî, itlT. l, § m. 51

a que vous ine mandez m'accablent tout à fait^ éi sy bé (k côuj^là arrive, je vous avoue que je né me seiis ^as 0 assei! fort ^our y désister. Comme il ne porte t>îûs à « cest heure que sur moy seul, je prévois àUsây qu'il ({ m'escrasèra ; et je vous avoue qti'àplrès ceU je ne crois ii pàô qu'il y ait ah moUdé un plus nlàlheûréui bomiihë « que moy. Lorsque je lîrouVois queîqiië onibrê dé bonce heur au dehors, un malheur domestique mé vient cher- « chel*, et Renverse en un moment le peu d* espérances que « je cômmençois à fonder. Je tombé avec le seul appuy (tt que j*avoîs, et perds en mesme temps toUtte sorte dé (( pensées de me relever. Ne croiéi pas que là douleur t( qui me fait dire toUltes ces choses, me fasse condamner c( des WsDlutions que je révérera^ toUsjours, comme je « dois, pelles qu'elles puissent estre. J'accuse ma mautt Vaise fortune sans eii désapprouver là causé, et choic( siray tousjours plustost d' estre le plus abandonné dû (( mondé, comme je prévols que je le vas estre, que d'a- « cheptér mon repos au prix de celuy qui m'est et me (( sera tousjours plus cher que le mien propre. En vain t{ tascherez-vous de destoumer ce coup, sy celle qui taa voitjusques îcy nrrestè ne t'y oppose plus; vous n'y « avez plus d'intérest, et le mien seul n'en vaut pas la « peine. Adieu, mon cher frère, je ne sçay ce que je vous (K escrîs. Aymez-moy. »

Dans cette lettre, à travers la douletir poignante qu'elle révèle, on aura remarqué cette parenthèse qui est un trait de lumière jeté sur l'histoire de Robert : sy celle qui Vavoit JusquUci arresté ne s'y oppose plus. Ces mots ne sauraient se rapporter qu'à la ^Wle^ Le 21 Mtol>r9 lOAS

i Voir t; I, dans VÀppen^Uce, note H.

il y a cinq mois à peine que la reine est régente ; elle ne s'oppose plus à la retraite du précepteur que cinq mois auparavant elle désirait pour son fils. Cette retraite, elle en avsdt donc la confidence ; c'était bien d'elle que dépendait à ce sujet la décision de Robert ; et pour celui-ci la mort de Saint-Gyran [11 octobre] ne fut qu'un prétexte ou un à-propos. — Mais laissons le père pour revenir au fils.

La retraite de d'Ândilly n'avait pas été aussi prompte que Briottes l'avait craint en octobre 16i3. Plus d'une année après, le 8 novembre 16iA, son père lui transmet deux lettres de la cour qui lui octroient un congé. Il est tout à son impatience ; mais après le congé du roi il lui faut celui de son père, qui par un malentendu semble ajourner son retour. «Sans doutte queMuzac^ aura manie que en escrivant soubz vous (l'idée ne lui vient même tt pas que l'erreur provienne de son père) , puisque je vois « que vous me mandez que je me prépare pour arriver « à la fin de janvier. Je crois que vostre dessein aura esté « de mettre à la fin de décembre. Je vous demende en « grâce de me mander précisément lequel c'est des deux, « puisque quelque autre pensée que j'eusse, je veux ab- (( solument me régler au temps que vous m'ordonnerez. « M. de Couvonge' veut à toutte force que je parte dans c( quinze jours ou trois semaines, parcequ'il importe pour « nos affaires que j'arrive dans le mois de décembre à <c Paris, et que le plustost seroit le meilleur. Mais je tarée deray autant que je pourray pour avoir de vos nonce velles, ne sçachant sy vous le trouverez à propos. C'est

1 Voir plas haut, 1. 1, pi S2, n. 8*

s a. Uitres de iCAndiUy, p. 974, 4i4i 440, 496, 509, 539, et le P. Barre, Vit de Faberlf U i, p. 443.

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