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« pourquoy j'ose vous supplier de me faire sçavoîr le plusce tost que vous pourrez ce que vous voulez que je fasse. »
Puis, dans la joie enfantine que lui cause l'idée du retour, l'imagination transporte soudain le fils exilé près du foyer paternel. Il recommence les causeries jadis interminables, lorsque Robert rapportait le soir à la famille réunie les plus beaux fruits de ses espaliers, racontai les prouesses de sa greffe et les victoires de son écusson. — Le vieillard craignait sans doute que ses vergers n'eussent baissé dans l'estime de son fils, après un séjour en Italie ; mais le fils le rassure. Pourrait-il y avoir au monde de plus beaux vergers que ceux de son père ? a Le Mont- « fçrrat est trop peu de chose pour la gloire de Pom- « ponne. Il faut d'autres fruits que les siens pour le « disputer à ceux que vous avez eus cette année ; et sy tt ses figues et ses melons ne le sauvent, le plus fertille « pais de l'Italie ne sera que stérile auprez de Belleveue. « La nature toute simple qui semble avoir voulu s'y « jouer n'y est pas sy belle qu'elle est dans vos plans, « où de son mariage avec l'art vous luy avez fait proie duire des choses dont elle estoit incapable toutte seule. n Enfin je pense que ceste fois vous aurez convaincu « nostre incrédulité de jadis, et que vous aurez eu moins « d'aurmoires que de fruit. »
L'ingénieux badinage qui révèle avec tant d'atticisme la coquetterie des déférences filiales, jusque dans les points les plus secondaires de la vie intérieure, fait pressentir avec quelle confiance absolue le jeune conseiller d'état doit abandonner sa vie publique à la direction paternelle. Ce que Robert n'avait pu réaliser pour luimême, il le rêvait pour son fils ; mais il le rêvait au profit de ses doctrines. L'éducation qui avait donné à celui-ci II. ' i
54 LES FILS D'ARNAULD D'AimiLLT.
toutes les prédilections de sa famille, n'avait pu le laisser indifl%rent à la fortune du Jansénisme < ni aux dispositions de Port-Royal envers la cour de Rome. Voici ce qu'il écrivait de Cazal le 8 juin 16AA, c'est à dire au moment où venait de paraître ce célèbre ouvrage où le grand Arnauld, son oncle, à propos d'un premier scrupule de la princesse de Guémené, et sans doute pour l'encourager à en avoir *, traitait de la fréquente communion '.
« Je n'ay eu nulle peine à éviter l'escueil dont vous « me mandez que j'ay esté menacé : et je n'ay pas plus « de gloire à m'estre sauvé de ce naulfrage qu'en auroit « un vaisseau qui ne seroit jamais sorty du port. J'ay (I vaincu sans peine des ennemis que je n'ay pas veus, et « il ne m'a point fallu de courage pour m'eslever au (( dessus des bassesses que vous croyez que l'affaire de « mon 0[ncle] l[e] D[octeur] auroit peu me faire naistre.* « Je n'en ay envisagé pas une, et ne crois pas que la foi-
1 Pendant la détention de Saint-Cyran à la Bastille, Robert menait Simon Tisiter le prisonnier. (Amaold d*Andilly, Mém, sur Saint-Cgran, Ftef édif, ife P. A., 1. 1, pb S4 2 voir plus luiut, t ii, p. 2, n. 5»)
2 Racine, HUUeccUs.^ t. xii, p. 10 ; Mém, de Laneelot, 1. 1, p. 239, 328, 330, n. — Cr. TaUemant^i, ii, p. 316, etc.
S Œuvre» du doeU Arnautd, t. uni, n* m* — On sait qne M** de Guémené dut sa conversion à d^AndiUy. ( Leit, de la M. Angélique^ t. i, p. 155 et 213.— cr. plus haut, t. x, p. 41> n. 1.) « Voilà comme tous [autres, « Jansénistes]... avei toujours traité tout le monde. Qu'une femme flM dans « le désordre^ qu'un homme Iftt dans la débauche, s'ils se disoient de tos R amis, vous espériez toujours de leur salut ; s'ils vous étoient peu favora- « blés, quelque vertueux qu'ils fussent, vous appréhendiez toujours le jaff gement de Dieu pour eux. La science étoit traitée comme la vertu : ce « n'étoit pas assez, pour être savant, d'avoir étudié toute sa vie, d'avoir la « tous les auteurs. Il falloit avoir lu Jansénius, et n'y avoir point lu les pro- « positions. » (Racine, iMtre à Nicole, Œuvres^ t. vi, p. 23.)
4 Sur le mouvement que Robert, à propos du livre de la Fréquente communion, se donna en 1643, 1644 et 4645 ; Voir V Appendice du vol. xxviix des Œuvres du doct. Arnauld,
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n blesse et la fortune puissent aller jusques au point de « faire craindre ce que l'honneur et la conscience con-n seillent ^ Je. me trouve un peu offensé que yous ayez « peu en avoir la moindre appréhension pour moy, puisce qu'il faut que vous ne vous soiez ps^ souvenu que je « ne suis pas tout à fait indigne d'estre» Monsieur mon « père, votre très humble et très obéissant ftls et servi- « viteur. S, Amauld. »
Deux ans après [3Q septembre 16i6], Briottes écrivait de Rome» toujours à son père a «Que vous dirès-je de cette « célèbre ville ? Il est vray que ses ruines respirent encores « quelque chose de la grandeur des premiers hommes du (( monde,,» Mais autant quej'ay de vénération pour ce que (f je ne vois pas, autant en ais-je peu pour ce que je vois ; tt et l'estime que j'ay pour les premiers Romaine neconti^ « nue pas jusque3 à leurs neveux, La grimace, la céré- 0 monie et la fénéautise font icy la^ meilleure partie de la « vie : et le mal est que le premier siège de l'Église, des 0 lieux saints par tant de martUrs, et tant de marques de « la ferveur et de la pureté des premiers Crestiens, ny « font ny plus de doctes, ny plus de gens de biens. Enfin « j'ay beaucoup plus cherché dans Rome, l'antique, que « la nouvelle^.. »
Dans ces deux, lettres, il est impossible de ne pas reconnaître les mêmes influences que dans les précédentes, mais agissant cette fois en natière beaucoup plus grave. Briottes défendrait la théologie de sa famille, comme il en a défMda rhoriîcukttrs ; «t ses secrètes sympathies le rendent aussi sévère pour les mœurs de Rome qu'envers
1 Voir plus bm mAm «A«|Pb« même êdct,, arU Ut S 4*
> a; la teure du 4 juin iM7. ( Mim, 4â QmUmfm, p. 426. )
56 LES FILS D'AKNAULD D^AUDOXY.
les fruits du Montferrat. — Robert du moins avait été indulgent pour la poésie ultramontaine^
Ainsi le père, en se retirant de la lice, y voyait descendre son fils pour y combattre le même combat. Il aurait dû suffire à l'inflexible vieillard de le lui faire recommencer au profit des mêmes idées; mais il voulut encore, tant il avait de confiance en soi I qu'il le recommençât avec des armes auxquelles il s'étsdt blessé lui-même, et d'après la même tactique qui lui avait si mal réussi. Et Simon, tant il avait de confiance en son père I manœuvra selon cette stratégie.
Depuis la retraite de Robert àPort-Royal,'de nouvelles fortunes politiques avaient surgi dans la Fronde. Les plus voisines du pouvoir étaient celles du prince de Gondé, qui croyait sa place marquée au timon de l'état, et celle du cardinal de Retz^, qui prétendait l'arracher à Mazarin. — Le serviteur le plus dévoué du prince était un membre de la famille Arnauld', cousin germain de Robert * et protecteur de sesTfils K — L'un des partisans les plus déclarés du turbulent cardinal était son allié, le chevalier de Sévigné, plus tard solitaire à Port-Royal [1659] ^, alors capitaine du régiment de Gorinthe, à la tête duquel les troupes du roi lui donnèrent cette leçon
^ Voir plus haut, 1. 1, p. 29t
2 Reu n'était encore (pie coadjuteur ; c*est par anticipation qne nous lui donnons le titre de cardinal*
s Mém. de l'abbé Amauld, part, ii, p. 466-480.
* « n ét<^t cousin-germain de mon père, mais encore beaucoup plus uni « à lui par Tamitié que par le sang... • (Mém. de l'abbé ArnatUd, part, i, p. 40.)
B Mém. de Cabbé Amauld, part, i, p. 29, et toute la première partie pa$$\m; Toir aussi M. Sainte-Beure, Port-Royal, U ii, p. 296, sur les relations de Port-Royal a?ec le Coadjuteur durant la Fronde.
< Lettres de la Af. AngéliqWf t. ui, p. 47S, lettre aacu, du 5 janvier 4660.
CHAP. IV, SBCT. n, ART. I, g «i* 57
qu'on appela la première aux Corinthiens '. Port-Royal / lui-même favorisait le Coadjuteur^, qui s'était jadis lié avec le grand Amauld sur les bancs de l'école ' ; dont la tante, Madame Maignelai, était l'amie, dont la cousine germaine, Madame du Fargis, était alors l'un des membres, et devait être plus tard l'appui de cette sainte demeure *, d'où Ton vit sortir le duc de Luynes pour siéger
^ Mém. de la duchesse de Nemours, p. 52 ; MirudeJoly, 1 1, p. 67, etc.
3 Port-Royal s^est récrié contre cette assertion, et ne s'en est que fort { mal défendu, même arec la plume habile du docteur Amauld [Œuvres, t XXXV, p. 153.;, et de Tabbé Racine, [HisU eeelés,, t x, p. 539.) — Voir JtfSffm. de Joly^ 1. 1, p. 451, 499, et t. ii, p. 88, etc. « Port-Royal, à ce mo-
a ment*, avec un archevêque et surtout un Coadjuteur ami... se trouvait a en assez bon état. » ( M. Sainte-Beuve, PorURoyal^ t. ii, p. 398. ) — Voir cependant ce que dit M. Sainte-Beuve (ibid, p. 809); il fout en rapprocher lé passage des mémoires de la duchesse de Nemours, que nous citons noie i de la page suivante ; voir aussi Besoignc. ( HisU de P^ R,, t. I, p. 339, et plus haut, t i, p. 40, n. i.) KnGn la M. Angélique ellemême n*écrit-elle pas : « Nous avons beaucoup perdu à MS' notre arche* i « véque [le cardinal de Rets] qui nous a toujours protégées... et nous ' a espérions bien la même protection de M. N. [le Coadjuteur son neveu] ; c mais vous savez tout ce qui se passe. r>( Lettres, t. ii, p. 470 ; 3 avril 1654.) Le Coadjuteur était alors à Vincennes.— Cf. Afôm. de Laneelot, i, t, p. 309 ; Racine, Hist* de P. R,^ p. 168 ; Goujet, Vie de Nicole^ part, ii, p. 107. — a Ces pieux solitaires sont les amis innocents, mais fidèles, de Tambi- . « tieux Coadjuteur de Paris. Port-Poyal a recueilli plus d'un noble débris c de la Fronde ; et cette indépendance, à la fois violente et Trivole, qui « avait -agité Tétat sans savoir le réfoimer, est venue chercher un asile dans « la religion. 9 (M. Villemain, Mélanges^ p. 858, de Pascal.) s Lanière, Vie d'Arnauld^ 1 1, p. 14*
4 Sur M"* de Maignelai, Cf. Lettres de ta M. Angélique, 1. 1, p. 366, 398 ; t. II, p. 334 et 475; Mém, ded^Andilly^ part. 11, p. 3; Mém. de Laneelot^ 1. 1, p. 381 ; t. Il, p. 113 ; Mém, de la M* Angélique^ 1. 1, p. 58, 308, 333, 403. — Marie de Sainte-Madelaine d'Angcnnes du Fargis avait été élevée depuis TAge de sept ans [1633] par la mère Angélique. (NéeroL de P, /t, p. 316. •— Œuvres du docf. Amauld, t. xxv, p. 163, etc.) Elle avait fait profession en 1640. (Gtfilbert, Mém, chronoL, t. m, p. 135; Cf. NécroL de P, R ^ V Rett et Gondi ; Recueil tii-13, p. 519 ; Racine, Uist. de P. A., p. 839, etc.) Voir cependant ce que dit Racine lui-même. {Frag, sur P.R,, Œuv., t. vi, p. 398.)
58 UbS riLS D'ARNAVLD D*ANDILLT»
dans le conseil supérieur de la Fronde ^ Ces familles de Sévigné', de Maignelai, du Fargis* constituaient dans rinUmlté même du Coadjuteur autant d'organes dévoués aux Arnauld. Le duc de Luynes, fils de celui qm avait le premier trompé les espérances de Robert dans le monde^^ s'était lié d'une étroite amitié avec le solitaire revenu des vanités du siècle ^ -^Près du Coadjuteur, comme dans l'intimité du prince, Simon ne devait donc pas manquer d'appui.
Mais le Coadjuteur et le prince pouvaient succomber ; il ne fallait point que le pupille de Robert manquât de soutien du côté de la cour. Mazarin y était d'autant plus puissant qu*il était plus menacé. C^était contre ses préventions qu'avait été se briser naguère la fortune de Robert. Celui-ci tenta une démarche har^ afin de les dissiper. Il donna son fils pour la rédemption de ses espérances« — Simon, dont la famille comptait tant d'amis dans la Fronde, fut intendant de l'armée du roi ^
( ■ Le eût ée L«i}iies {cirtïa dans la Wonde ] par «ne dèfOtlMi ée lira- « sânIsAne as^et imrf enCendiie. » {êÊém. éê ia dueke»êe de Nemovrê, fi. 4S) Cd Mém. ée t^U Amaulâ, part, ii, p. 15S ) Mém, ée Du Foêêé, p. IIS.)
s Mèm. ée Vnhbé Arnamté^ part, m, p. 39 et 6). — lettrée ée M^ ée Sétfiffni, pasflkn.
• Voir les Lettfte inéd. ée la ttère Ang^liq. 4e SalM-leatt et de d'AndiMy, >ers mani et avant le S8 arrft 1660; Lett. ée ta M, Angét,, t. m, p. 874, i^ei. 484, 491, 535, 538, 580-534, etc.; Cf. fiesol^ne, Biet. de P. H., t. ii, p. 474 ; NéerûL ée P. Jt., p. 316 et 317, etc.
4 Voir pins haut, 1. 1, p. 16.
» Mém, d'Arn. d^Andilty, part, r, p. 157.
e D*Aavigny, Vie$ dm hommes itluetrea, t Ti,p. 373.— RobeiHal-mèaie, landis qae son intime ami, le duc de Laynes, était membre du consdl de la Fi onde, se déclara pour le roi : a Mon amitié avec M"* Da Plessis [Goe- « négaud) commença lors des guerres de Paris, où nous trouvant ensemble a 5 P(ii1-1\oyal, aax sermons de M. Singlin, nous parlions aussi hautement • pour le service du roy que Ton pourroit faire aujourd*hui. » ( Mém^ d*ArH, d^Andilly^ part, ii, p. 145.) Pendant que d^Andilly devisait ainsi
Ce n'était pas assez toutefcHs de se iqettre en mesure avec le prince et les deux cardinaux ; entre eux, au-dessus d'eux, se trouvait toujours la régepte ; au dessus de la régente, le roi ; au dessus du roi, sa mère, Près de la reine-mère Robert avsût conservé d'étroites intelligences. La plus dévouée était celle du trésorier général de cette princesse, Bartillat; incomparable ami, dont notre correspondance révèle l'action continuelle, ardente, infatigable en faveur du père et du fils, qu'il aide tour à tour de ses conseils, de son crédit et de sa bourse ^ C'était Bartillat qui mettait toujours sous les yeux dAnne d'Autriche ^ les lettres que continuait de lui adresser le soli* taire ; et sans doute aussi les fruits de choix que celui-ci
aux Bermons de Singlln en tkfear du roi, sa sœur, la mère An^ipie^ faisait protéger son couvent par la Uvrée de M. le prinoeé {Mém* delà M* Angélig,f U ix, p. A4.) — ^Voir aussi Menu ite l'abbé Amauld (part, ix, p. 149-160}* D'après ces Mémoires il paraîtrait que Pomponne a passé une partie des troûbies de la Fronde à Port-Poyal, ainsi que Tabbé de Saint-fïicolas nommé à l'évèché d*Angers. (Mém. d'Àm. d'Àndiliy, part i, p. 73.)
1 ff Je ne tous puis rien dire de M. de Bertillac, tant il y en 9 de choses ff à dire. C^est ce qui s'appelle au dernier point un honeste homme et un a Térilable amy... » {Lettre inéd. de Pomponne à son père du 9 septem« bre 1664.) « La générwilé avec laquelle vous avez travaillé à adoucir la « nouvelle disgrùce de mon père, et mes anciennes souffrances, en m'appe- M lant [de Texil] à Pomponne, n*a que médiocrement d'exemples en ce Cl temps, et peu de gens entreprennent de combattre la mauvaise fortune de « leurs amis... Vous Tavez fait. Monsieur, et vous Pavez fait avec succès... « Je vous dois la douceur de ma maison, et, ce qui me touche davantage, « je vous dois la satisfaction d'y pouvoir soulager la proscripUon de mon « père, dont l'âge et les desplaisirs demandent plus que jamais tous mes * devoirs. » [Lettre inéd. de Pomponne à Bartillat, le 16 septembre 1664.) C'est Bartillat qui fournit une parUe des sommes nécessaires pour acquérir la charge de secrétaire d'état {projet de contrat en 167S, dans nos papiers), etc. D'Andilly était aussi débiteur delà fiimille Saint-Ange ( Compte^ rendu à ses enflants, le 33 décembre 1652.) C'était une manière asseï habile d'intéresser ses protecteurs à sa fortune.
3 Voir plus haut, 1. 1, p. 18.
60 LES FILS D'AMAULD D*ANDILLT.
envoyait du désert et que cette reine faisait servir sur sa table, sous le nom de fruits bénis^. G* était par Bartillat que la reine de son côté faisait passer à Port-Royal les avis qui intéressaient le solitaire '.
De l'ancienne cour, restait encore le duc d'Orléans, frère de Louis XIII. Simon touchait toujours la pension de mille écus que jadis ce prince avait allouée à son père'. Celui-ci ne demanda rien de plus à l'ancien ami d'Ornano, redevenu le sien depuis la naissance du dauphin ^. Que lui demander en eifet? Gaston vivait dans la disgrâce et dans la retrûte. Il n'avait pas de (ils, et il avait deux neveux. L'un de ceux-ci régnait ; l'autre, Philippe duc d'Anjou, devait un jour remplacer son oncle comme duc d'Orléans. Il l'avait déjà remplacé comme héritier présomptif; et même la couronne avsdt failli tout récemment lui échoir par deux fois, à la suite de deux maladies de Louis XIV [1655 et 1658], dont la seconde surtout avait paru désespérée ^. — Ce fut près du duc d'Anjou que Robert marqua la place de Simon.
Le duc d'Anjou, né le 21 septembre 16i0, avait atteint dix-huit ans; son éducation n'était plus à faire ^; mais sa jeunesse était à diriger. La charge qui près de lui devait en faciliter les moyens se trouvait être celle de
1 Mém. de LaneeloU t. i, p. 127.
3 t La reine-mère me fit écrire par M. de Barlillal ce qui avoit été ré- • sola [contre Port-Royal], t (Mém. de d'ÀndiU^t part, ii, p. IftO. — Cr. Recueil in-i3, p. 230.)
s Mém, de d*ÀndiUp, part, ii, p. H8.
4 Voir plus haut, t. i, p* 6, 10, 43.
B Mém, de MademoiatlU^ t. iv, p* SO^*
* Elle avait été faite par Lamothe Le Vayer, ce concurrent deux Tois heureux de d*Andilty. (Voir p!us haut, p. ?3, n. 1.)
CHAP. IV^ 8ECT. n, AKT. Ij S IB* 61
chancelier K — Ce fut sur cette charge que Robert jeta son dévolu [1658].
Au moment où l'ambition de celui-ci se dédommageait de n'avoir pu former un roi, par l'espérance de ménager à son fils la direction de l'héritier le plus proche de la couronne, les dernières agitations de la Fronde récemment calmées avaient laissé la cour triomphante. L'avenir appartenait bien au roi ou à son frère ; le présent à la reine et à Mazarin. La volonté de ces quatre personnages, celle des deux derniers surtout, devait disposer souverainement des nouvelles espérances de Robert. La reine, un instant surprise par les ennemis du solitaire ^, mais toujours environnée par ses amis, était évidemment son principal appui. Mazarin devait lui être reconquis ; mais rien encorç ne l'avait prouvé, et du ministre pouvait venir le principal obstacle. Les deux jeunes princes n'avaient pas connu d'Andilly ; ils étaient indifférents à ses intérêts. Les faire pencheren sa faveur eût été, il l'espérait du moins, y faire pencher la balance ; et de ce côté il semblait avoir les espérances les mieux fondées. Une mère dispose plus facilement du cœur de ses fils qu'un ministre ne dispose de leur esprit.
Tout en courtisant les volontés du ministre, ce fut donc surtout aux affections de la mère que s'adressa Robert. Sa correspondance autrefois si magistrale^ se remplit des plus tendres sollicitudes. « Je n'entreprens « pas de vous dire, avait-il écrit à l'incomparable Barce tillat le 1& octobre 1655, après la première maladie du (( roi, jusques à quel point j'ay esté touché de la maladie
> Mém, de Coulangea, p. 874 ? D. Geiteron, Hitt, du Jans. , t. ii, p. 4S4-i4S. 2 Mém. de d'Andilly, part xi, p. iSO, et plus haut, 1. 1, p. 16. ' Voir plus haut, 1. 1, p. 18*
68 IM nu D*AiMAtJLD VkSfOBJsl.
u du roy, et quelle est ma Joye d'apprendre que grftcea a à Dieu il se porte beaucoup mieux, et qu'il n'y a plus «f rien à craindre ; car en vérité cela ne se peut : parcea qu'outre ma passipn pour sa personne sacrée et pour « les intérests de Testât, ce que vous sçavez que je « dois aux extrêmes bontez de la reyne, et qui va si fort (( au-delà de toutes paroles^ a fait une telle impression « en mon esprit, dans la veue des peines incroyables « où je suis asseuré que Sa Majesté a esté, que si vous « eonnoissiez moins que vous ne le faites le fond de a mon cœur, vous n'en pourriez comprendre qu'une «partie. Nous ne sçaurions. Monsieur, assez remerd cier Dieu de ce qu'il a exaucé les prières de Sa Marie jesté et donné une marque de sa protection pour la « France, en rendant la santé à celuy qui n'en est pas « seulement le roy, mais aussi le père ; [Louis XIV avait « alors dix-sept ans]. Que si j'osois vous supplier de ff prendre cette liberté pour moy auprès de la reyne, « vous m'obligeriez extrêmement de tesmoigner à Sa Mail jesté mes sentimens en cette rencontre. Et j'ose espérer « qu'elle voudra bien adjouster à tant de faveurs d<mt (( je luy suis desjà redevable, celle de ne s'en tenir point « importunée. » Bartillat se conforma aux intenticms de son ami, car œlui-ci a écrit au revers de cette letùre, dont la copie reste dans nos pi^ers : AM.de Bartillat, touchant la maiatUe du roy. Il fit veoir ce billet à la reyne. Mais bîentdt le roi est frappé de nouveau par cette maladie désespérée de laquelle put le tirer seulement le savoir ou l'audace d'un empirique ^ La sollicitude de
1 Du Sausoi d^AbberiUe, qui, à ce quMl parait, admiontra aa rot da vîn émélique dont la préparation était akirs peu coonaet (Le P. Barre, VU de Faberi, t. ii, p. 166.)
CHAP. tV» »ÇT. a, àHT. t, S &L 61
d'AndilIy est trop pleine d'émotions pour emprunter cette fois un intermédiaire. €'est à la reine qu'il en adresse directement Texpression : a Madame» lui écrit 41 « le ift juillet 1666, qooyque ce soit possible estre trop « bardy que d'oser prendre la liberté de m'addresser à « Vostre Majesté mesroe pour luy tesmoigner mon ex- « trftme joye de ce qu'il a pieu à Dieu de luy conserver ti Tun des meilleurs fils, et à la France l'un des meilleurs « roys, qui fut jamais, j'espère de la bonté de Vostre MaiR Jesté que si ^ trouve que c'est une faute, elle la par- « donnera au zèle d'un des plus fidelles sujets, et des « plus passionnez serviteurs que Vos Majestez auront «t Jamais, Car comme je puis dire avec vérité, Madame, « que personne n'a {dus ressenty que moy la douleur « également juste et violente de Vostre Majesté dans la Cl plus grande de toutes les appréhensions imaginables, « ma joye du sujet de sa joye présente ne s^oit pas telle « qu'elle est, si j'estois capable de la retenir en n'osant « en parler à Vostre Majesté. Je ne doute point, Madame, (( que Dieu vous donnant comme une seconde fois un si « grand prince, il ne vous accorde cette grâce non seun lement pour vostre consolation, mais pour en tirer sa c( propre gloire. Et quand, au plus fort de mes craintes, (c je tremblois dans la veue de la perte que Vostre Majesté « et Testât estoient sur le point de pouvoir faire, j'avoue « que j'avois peine à croire que Dieu voulust si tost ter- « miner la vie de celuy qui ayant par son assistance, « avec un zèle et une fermeté sans exemple, sauvé la vie « de tant de gentilshommes [par les édits contre les a duels] ', luy avoit en mesme temps ccmservé les âmes
^ Voir 1 1, dans V Appendice^ note G.
6& LES FIL8 D'ARNACLD D'AimOLT.
« qu'ils auroient sacrifiées au démon dans ces combats (( abominables. Je ne sçaurois, apr^ cela, ne point esa pérer, Madame, qu'il exaucera mes vœux en continuant « à combler Vos Hajestez de ses plus saintes bénédic- « tiens.. •»
Ces bénédictions, la reine et son fils les devront en partie à d'AndiUy, car on se rappeUe le zèle infatigable que celui-ci a déployé contre les duels ' ; zèle qui, pour le dire en passant, avait été couronné dans sa famille des plus heureux résultats : car, en un an [16&2-16&3] ^, des réflexions inspirées par deux duels manques ^ avaient converti deux de ses fds, faisant de l'un un abbé, et de l'autre un solitaire de Port-Royal. Tant de respect chez ses enfants pour les édits du roi méritait bien àl'un d'eux une place chez le duc d'Anjou. Le roi d'ailleurs et le duc d'Anjou avaient eu le temps d'être sufllsamment renseignés par leur mère sur l'intérêt que portait d'Andilly à la santé des princes; et le 17 octobre 1658 celui-ci adressait à Louis XIV convalescent, et à son jeune frère brillant de santé, les lettres suivantes :
« Au roi. — Sire, si j'avois l'honneur d'estre aussi (c particulièrement connu deVostre Majesté que je l'estois
1 VofT plus haut, 1. 1, p. 19.
2 Antoine s*était converti vers la fia d*aoftt on Yen le oommencement de septembre 1643. (Voir plus haut, t. ii p. 22, n. 1.) Luzanci avait remis son enseigne à Richelieu en I6AS (CF. Mém, de Lancelot, 1 1, p. 937, etD. Cléroencet, Hist, de P. R., t tiii, p. 35); et en mars 4643 {Mém, de lanctloU t I, p. 339, n.), ou plutôt le 22 mai 1642 {Origine de» Boliiaire»t p. 6;, Luzanci était entré à Port -Royal. Cependant le duel, cause de la conversion de ce dernier, Tavait menacé en 1640. (Cf. D. Clémencet, ibid., p. 33, et Lettrée de la M. Angélique, 1. 1, p. 104» lettre cxvii, de novembre i6.'i0.)
s Mém. de Vabbé Arnauld, part, i, p. 260 ; D. Clémencet, Hi»t, de P. A., t. vm, p. 33.
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« du roy vostre père, j'oserois espérer de vostre bonté « qu'elle m'accorderoit avec joye la grâce que je luy tt demande très humblement, qui est, Sire, de me per- « mettre de récompenser une charge pour mon fils ; puisce que Sa Majesté tesmoignoit tant de satisfaction de mes a services, qu'après la mort de H. des Sceaux, secrétaire « d'estat, elle me fit l'honneur de me faire offrir sa « charge en donnant cent mil écus de récompence à ses tt héritiers '• Mais, Sire, quoyqu'en perdant ce grand « prince j'aye perdu mon maistre, comme il est encore « vivant en la personne de Vostre Majesté, qui n'est pas tt moins qu'il estoit mon roy et mon maistre : et que de « mesme que je l'ay servy, mon fils a servy Vostre Ma- « jesté avec la fidélité et la passion qui luy sont héréditt taires, et dont, sans parler de plusieurs autres de mes tt proches qui ont perdu là vie pour son service et pour tt le vostre, celuy de mes oncles qui estoit maistre de tt camp du régiment de Champagne et gouverneur du tt Fort-Louis ^, en a rendu des preuves si signalées que tt Vostre Majesté n'ignore pas sans doute qu'il a esté tt l'une des causes qui ont autant contribué à ce grand tt ouvrage de la prise de La Rochelle : comment pour- « rois-je craindre. Sire, que Dieu ayant favorisé Vostre tt Majesté d'une bonté toute extraordinaire, elle ne voutt lust pas me permettre d'employer mon bien pour tt donner moyen à mon fils de luy continuer ses services « en récompensant une charge, puisque j'oserois mesme tt espérer que, s'il en vaquoit quelqu'une, elle la luy
^Ci: BUm. de d^AndUly^ part, i, ^ 161; Mim. de Cabbé Amauld, part, lu, p. 128.
2 Mém, de d'AndiUy, part i, p. AO.^GC Tailemaot, HhtorieUeê^ t. u, p. 900, et plus bas, chap, t, êeeU 1119 arU u
tt â(Mineroit aaos récompence. [D'An<li]ly, on le Toit, n'a « rien perdu de 869 prédilections pour les charges gra* « tuiles ' ; mais comme cette prédilection a été nudheu* « reusot elle n'est plus exclusive*] Ainsi je me promets, « Sire, de la bonté de Vostre Majesté que, lorsqu'après « avoir renoncé au monde^ j'employe le reste de ma vie « dans la retraite à demander à Dieu qu'il continue 1 « combler Vostre Majesté de ses plus saintes béuédio- « tiens, elle n'aura pas désagréable que mon fiU empkye « la sienne à ta servir. Et pennettez-*moy, s'il voua plaist, tt Sire, de prendre la liberté de dire à Vostre Majesté « qu elle ne seroit pas seulement comme elle est, le plus « grand roy qui soit sous le ciel, mais qu'elle seroit le « plus puissant de tous les monarques, si tous ses sujets « avoient autant d'ardeur pour son service qu*en aura « jusqu'à la mort, avec le plus profond respect que Von 0 vit jamais. Sire, de Vostre Majesté, le très humble, « très obéissant, et tris fidelle sujet et serviteur,
« ÂRNAinLi) n'AiimitY. »
« Monseigneur, si j^avob l'honneur d'estre aussi par- « ticulièrement connu de vous que je l'estoîs du roy tt vostre père, j'oserois me promettre que vous ne rece- (( vriez pas seulement mon fils, dans t honneur de vostre « service avec vostre bonté accoustumée; mais avec quel- « que satisfaction d'y voir entrer un homme, qui ne sçautt roit m' avoir pour père, sans estre attaché à son devoir «d'une manière peu commune. Il faudroit, Monseitt gneur, qu'il changeast de nom pour ne vous pas servir ti non seulement avec une inviolable fidélité, mais avec
i Mém, de d'Andilly, part i» Ib iM{ cAplm havl, U ^ Pb if.
CHAPé Vf, 8EGT. n^ AHT. J, g m. 07
(( un 2èle digne d'un aussi grand prince que vous estes ; « et je le désavouerois pour mon fils s'il se conduisoit « d'une autre sorte. Que si mes prières méritoient d'estre « exaucées^ j'aurois» Monseigneur^ sujet de croire qu'en- « coreque je ne sois plus du monde^ jenevous seroispas f< entièrement inutile, puisqu'il ne se passe point de jour « que je n'en fasse pour vous dans ma retraite, et que « plus vostre condition est élevée, plus vous avez l>esoin « que Dieu vous favorise de ses grâces, au milieu de tant « de périls dans lesquels vostre vie se passe, estant sans (c cesse environné comme vous Vestes de tous les bon- « neurs, de toute la pompe et de tous les plaisirs du « siècle. J'espère, Monseigneur, que vous me pardonne- « rez cette liberté, puisqu'estant aussi judicieux que vous et Testes, vous n'avez garde de trouver estrange que « chacun parle son langage, et que celuy du dézert ne c( doit pas estre celuy de la cour. J'ose mesme me pro- « mettre de vostre bpnté que cette sincérité vous per- 0 suadera beaucoup mieux que tout autre chose ne le . . (( pourroit faire, quel est le profond respect et l'ardente « passion pour vostre service avec lesquels je me tiens si d honoré d'estre, etc. »
Ces deux lettres sont les ballons d'essai de ce nouveau voyage que d'Ândilly veut tenter pour son fils dans les régions orageuses de la cour. Toutes deux rappellent cette retraite qui a scellé dans une déception du courtisan les liens qui attachent désormais le solitaire à Port- Royal. Mais avec quelle adresse il en parle ! Du principal obstacle qui s'est opposé à sa fortune il fait un appui à la fortune de son fils. Tandis que celui-ci servira de son mieux la coiu* près du prince, son père le secondera dans la solitude près de Dieu. Les orages de Port-ftoyal, dissi-
68 I£S FILS D'ARNAULD D'ANDHXT.
pés par un retour de faveur, se résoudront en prières. — Robert d'ailleurs se garde de révéler formellement ce qu'il désire. Dans sa première lettre, il indique d'une manière vague une charge qui permette à son fils de servir le roi. Dans la seconde, il demande au duc d'Anjou pour son fils l'honneur d'entrer au service de ce prince. 11 fallait voir comment seraient accueillies ces modestes ouvertures avant de déceler des prétentions plus élevées. Sept mois s'écoulent durant lesquels d'Ândilly a dû s'assurer que les dispositions de la cour ne semblent point de prime-abord défavorables à ses projets ; car le 29 mai 1659 il se décide, au milieu d'un calme apparent, à lancer toutes ses espérances, mais lestées des plus sages précautions, dans la lettre suivante : « Sfa- « dame, écrit-il à la reine, le désir de voir mon fils en « estât de continuer à rendre ses très humbles services « à vos majestez, me faisant entrer avec joye dans le « dessein qu^il a de récompenser une charge, j'ay trop « receu de marques de la bienveillance dont V. M. m'ho- « nore, et mon fils a le bonheur d'estre assez particulier i{ rement connu d'elle, pour craindre qu'elle ne l'ait pas « agréable. J'espère au contraire. Madame, que V. M. , (( considérant en luy la fidellité qui luy est héréditaire, « elle prendra plaisir à luy voir remplir une charge où « j'ay sujet de croire qu'il sera assez heureux pour res- « pondre, par ses actions, à la grâce qu'il aura receue (( de V. M. Ce sera. Madame, l'accomplissement de mon « dernier souhait dans le monde, où rien désormais n'est « capable de me toucher, que de pouvoir, par mon fils, « m'acquiter en quelque soile des obligations dont je « suis redevable à V. M. [Comment refuser près de sa « tombe un vieillard si peu peu offensif et si reconnais-
CHAP. IV^ SECT. n, ART. I, $ UI. 69
« sant?] J'ay prié M. Bartillat [inappréciable ami!]'de c< luy dire [à V. M.], en luy présentant cette lettre, quelle a est la c/iarge dont mon fils a la pensée de traiter, et (( j'ose me promettre. Madame, de l'extrême bonté de « V. M. que, n'ayant l'honneur d'estre connu du roy que a par les tesmoignages si favorables qu'il a pieu à V. M. tt de luy rendre de moy en plusieurs rencontres [les let- (( très de d'Ândilly étaient parvenues à leur adresse], elle tt ne me refusera pas la grâce de luy parler de cette afc( faire ; dans laquelle je ne doute point que son Éminence « ne daigne bien tant obliger mon fils, que d'asseurer Vos a Majestez qu'elle a esté satisfaite de sa conduite, dans « les divers employs où il a eu l'honneur de les servir « sous ses ordres [il faudrait jouer de malheur pour que « le jeune intendant de l'armée Mazarine fût oublié du (( ministre] ; et qu'il seroît difficile qu'elles jetta«%sent les a yeux sur une personne qui s'acquitast plus fidellement « de la charge pour laqueUe je demande très humblement (( l'agréement de Vos Majestez. Je le leur demande , « Madame, avec d'autant plus de hardiesse, que je ne tt puis appréhender que mon fils manque jamais à aucun (( de ses devoirs, puisqu'il faudroit qu'il cessast d'estre tt mon fils pour n'estre pas avec autant de passion et un tt aussi profond respect que je le suis, etc. ' »
f Cette lettre, les précédentes et celles qui vont suinre prouvent avec la dernière évidence (|ue c*est bien Robert lui-même qui révèle à la cour les prétentions de son fils. — ^Voici cependant comme les partis écrivent Thistoire. D.Gerberon, à qui avait été communiquée, comme nous le verrons bientôt [p. 79, n. 3], la correspondance de Robert, nous apprend que : « La pré- « vention où éloit la cour, et principalement la reyne-mère, contre Porlt Royal ne porut jamais davantage qu*à Poceasion de M. de Pomponne qui • traitoit de la charge de chancelier de Monsieur, frère du roi. Les Jé- « suites. •• rayant su, en donnèrent avU d la reyne^mére tt au cardinal IL 6
Le frêle papier auquel d'Andilly confiait ainsi la fortune de son fils fut bientôt convoyé de deux lettres nouvelles qui, tout en félicitant la cour sur le tr^té des Pyrénées, devaient y protéger et y seconder Veiïet produit par la première ^ Toutes deux sont datées.du 2 juin 1659. L'une est adressée à la reine, a Madame, écrit (( d'Ândilly à cette princesse, quand la solitude où je « suis venu finir ma vie me rendroit insensible à toutes « les choses de la terre, je ne sçaurois n'estre point « touché d'une aussi grande faveur du ciel qu'est celle (( de l'heureuse paix qui arreste le cours de tant de rais- (( seaux de sang et de larmes ; et qui par la réconciliafc tion de ces deux puissantes monarchies, dont le calme « peut rendre la tranquillité aux autres, changera Ja face (( de toute l'Europe, et la restablira dans sa première tt félicité. Mais, Madame, lorsque je considère qu'après 0 Dieu c'est principalement aux vœux et aux soins de '(( Vostre Majesté qu'on doit le succez presque inespéré
c Mazarin, qai empêchèrent que M. de Pompoone eût cette chaife... • (Ui$U du Janién., t. ii, p. 419.) — Voir cependant la lettre de Mazarin [du S5 août iG5ft] dont nous citerons pliis bas quelques lignes, et qai« sans léfi-* limer les personnalités de Gerberooi a pu le raetUre sur la Toie d^inducUoos qu'il aura transformées en assertions. -^ Ce n*est pas la seule fois d'ailleurs que les historiens de Port-Royal ritalisent arec leurs adrersaires de facilité Si décharger leur dosoer, afin de mieux charger eelui du prochain. Ainsi poar en citer encore un exemple, toujours tiré de l'histoire de la famille Aroauld, lorsqu' Antoine, père de Robert, sollicite à Rome des bulles pour sa fille Angélique, à qui il a fait changer de nom et d'ftgc, parceque sous son premier nom et aTec son ftge véritable la jeune abbesse de Port-Royal avait déjà essuyé un refus, (Voir plus haut, t. ii, p. a, n. S) la demande subreptice éprouve quelque retard. Evidemment si la cour de Rome eût été avertie, elle eût de nouveau refusé les bulles } ses retards ne viennent donc que de sa lenteur ou de ses soupçons. Pas du tout ; ils viennent des machinations des Jésuites. (Guilbert, Mém, huL et chron. sur P. it., t. i, p. SfiG.) De quelles machinations et de quels Jésuites a voulu parler Guilbert? 1 Cf D. Gcrberou, IJisU du Jan$én., U ii, p, 407.
CBAP. lY, SEGT. U, AET. 1,,% DI. 11
« d'un si grand ouvrage, pourrois-je estre attaché par « autant de nœuds que je le suis à tout ce qui regarde le (( service et la gloire de Vostre Majesté» et ne rendre pas à « Dieu des actions infinies de grâces de ce qu*il vous fait « estre non seulement la plus grande reyne du monde et « mère du plus grand de tous les roys» mais la véritable « mère de la France par cet heureux repos que vous avez 0 tant contribué à luy procurer. Et c(Hnme il ne pourroit « estre qu'imparfait s'il n'estoit durable, il faut avouer, tt Madame, que vous estes merveilleusement obligée à son a éternelle Majesté de ce qu'en mesme temps qu'il exauce (( vos prières en finissant une guerre si sanglante, par une (( paix si glorieuse, il y ajoute l'accomplissement de vos « souhaits en raffermissant par une alliance qui noyera « dans la joye publique de ces deux peuples le souvenir (( de leurs inimitiez passées ^ et sera le sacré lien qui les (( réunira pour jamais ensemble par une postérité non u moins illustre que le sont ces deux tiges si augustes (c dont elle tirera son origine. Comme je suis asseuré, Ma- « dame, que Vostre Majesté ne désire rien dans le monde d avec tant d'ardeur, ce sera aussi désormais l'une des (( choses dont je prieray Dieu le plus ardemment; mais « après luy avoir aup|u*avant demandé de couronner un (( jour Vostre Majesté d'une couronne aussi éclatante et « aussi riche par dessus celle qu'il vous fait porter icy- (( bas, comme il y a de différence entre les choses péris- (( sables et les étemelles. Que si. Madame, l'on pouvoit fc souhdter quelque chose de plus grand pour Vostre Ma- « jesté, je ne doute point qu'elle ne me fasse l'honneur u de croire que je le souhaiterois de la mesme sorte,
1 Le mariage de Louis XIV.
72 LES FILS D'âBNACLD D'ANDILLY.
tt puisqu'il est impossible d'estre avec un plus profond « respect et une passion plus véritable que je le suis. . . . o Tout en souhaitant à la reine une couronne céleste, d' Andilly ne perd pas de vue le voisinage des couronnes terrestres qu'il ambitionne pour son fils; et il sait quel bras puissant l'en a lui-même écarté. Pour faire fléchir ce bras hostile, il fléchit lui-même devant Hazarin un genou humilié, u Monseigneiu*, écrit-il à l'homme qu'il <( doit si cruellement maltraiter dans ses Mémoires ^ tt entre les louanges qui sont deues à Vostre Éminence « pour la plus grande action de nostre siècle, sa modestie « ne sçauroit rejetter avec justice celles qui ne peuvent (( estre suspectes de flatterie : et ainsi j'ose espérer que « les miennes ne luy seront pas désagréables, puisque <( je n'ay garde d'avoir appris dans ma retraite cette ma- (( nière si peu sincère de parler aux grands à laquelle je « n'ay jamais pu m'accoustumer dans le monde, et au « milieu mesme de la cour. Mais pourrois-je, Monsei- « gneur, estre aussi bon François que je le suis, et ne « pas tesmoigner à Vostre Éminence la part que je prens « à l'obligation dont toute la France luy est redevable de (( l'avoir délivrée des misères d'une très sanglante et très n longue guerre par une paix si glorieuse qu'elle est « sans exemple dans nostre histoire ; non seulement à (( cause des avantages qui nous en reviennent, mais parte cequ'on n'a point encore veu une telle autorité et une
1 Mém, de (t Andilly, parL ii, p. iSO ; voir plus haut, U i, p. 16. — Il existe dans les papiers de Robert une parodie satirique du tcstameot de Mazarin, dont la minute est de la main de sou secrélaire, mais corrigée de la sienne de manière à faire croire qu*il en est Tauteur. l\ y reste également une copie, retouchée par d'Andilly, du pamphlet cause de la disgrâce et de Ve\\\ de Saint-Evremont (lettre à M. de Créqui), pamphlet que Pou sait dirigé contre la paix dont Robert se déclare ici Padmirateur.
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(( telle capacité rassemblées en la personne d'un ministre, « qu'il ait pu, sans le conseil et l'assistance de qui que ce n soit [tout à r heure le succès était dû principalement « aux soins de la reine; telle est la sincérité que d'An- « dilly a emportée de la cour dans la solitude], desmesler (( luy seul par la clarté de son esprit tant d'incroyables « difficultez, y trouver des expédiens par la force de son (( jugement; surmonter, par une adresse admirable jointe « à une invincible fermeté, les obstacles qui s'opposoient « à ce grand dessein , et ajouter à cela ce secret inouy « qui a fermé la porte aux traverses qu'auroit pu rece- « voir une si importante négociation, si plusieurs perce sonnes y eussent eu part. Il me semble, Monseigneur, « que je ne sçaurois mieux faire connoistre à Yostre (( Éminence quel est mon zèle pour son service, que par « les actions de grâces que je rens à Dieu de vous avoir (( donné toutes les qualitez nécessaires pour accomplir (( un si grand ouvrage, et qu'en le priantd' assister Vostre (( Éminence dans, le désir qu'elle a sans doute de faire « par ses soins et ses conseils, que le roy rende la France a aussi heureuse qu'il l'a jusques icy^ par son courage « et par les travaux et la conduite de Vostre Éminence, « rendue glorieuse et triomphante. Cela ne vous sera pas (( diflicile. Monseigneur, dans ce calme que vostre pru- « dence va faire succéder à tant d'orages. Et qu'y a-t-il « de plus doux après avoir veu avec regret souffrir les « peuples dans une guerre que vous n'avez point com- « mencée, que de ^es soulager et les rendre heureux en « les faisant jouir des fruits d'une paix que vous leur a avez procurée ; que de restablir avec l'abondance Tor- « dre dans tous les ordres de ce royaume ; et attirer <( ainsi sur Vostre Éminence non seulement tant de
Ih LES ms d'arr/luld d'andillt.
« louanges, mais tant de bénédictions qu'elles montent « jusques au trosne de la majesté de Dieu, afin qu'après « vous avoir comblé de ces honneurs fragiles et périsc( sables qui ne sont pas dignes de borner l'ambition des « ehrestiens, il vous en accorde qui dureront étemelle- « ment. Nulle autre récompense, Monseigneur, ne peut « égaller les services que vous continuerez de luy rendre « en travaillant à faire cesser ces funestes divisions qui « entretiennent encore la guerre dans le reste de TEu- « rope, et en donnant lieu à tous les peuples de la terre (( d'envier aux sujets du roy la félicité dont ils jouiront (( sous une domination aussi Juste et aussi glorieuse que c( sera la sienne. Ce sont les vœux que Je fais dans ma « solitude pour Vostre Éminence, et j'espère qu'elle me « fera r honneur de les regarder comme la plus grande « preuve que je puisse luy donner de mon respect et de « la vérité avec laquelle je suis, etc. »
Mais en dépit des sages précautions qu'il avait accumulées, d'Andilly vît soudain le souffle des partis entraîner dans un tourbillon ses lettres vers les orages. Le cri d'alarme qu'il en jeta retentit de Sedan à Veretz, où se trouvaient alors, on se le rappelle, deux admirateurs de son Jansénisme aussi vertueux que désintéressé ; et le 8 juin 1659 il reçut de Fabert le billet suivant : « J*ay H veu, Monsieur, la copie de la lettre que vous avez « escritte à la reine. Je serois afligé au dernier point sy « cette affaire ne se faîsoit point, et sy elle ne se faisoit « point pour la raison qu'on vous a alléguée ^ Je vous <( demande des nouvelles, s'il vous plait, de cella comme « d'une chose en laquelle il me semble que j'ay un bien
1 Celle raison, nous allons le voir, élalt le Jansénisme.