CHAP. IV, SECT. H, ART. I
« grand intérest. Celùy que j'fty à vostre satisfaction m a me laissera pas en repos que je ne sache ce que la (( reine vous aura respondu. Je sçay que vous aurez une (f bien grande caballe contre vous ; mais Dieu, s*il luy i< plait» dissipera cella. Je vous comfesse, qu'après ce tt qui vous conserne, qu'il me semble que nulle autre a concidération ne me tousche ; mais icy il n'en est pas « de mesme, parceque je sens aussy pour monsieur vostre « fds beaucoup d'inquiétude qui durera jusques à ce que tt Dieu l'aura tournée en joye, par le succez qu'il don* « nera à son desseing, m
Pour seconder les desseins de Dieu et les diriger au succès, d'Andilly était accouru de Port-Royal à Paris. « Il y a huict ou dix jours, lui écrit le 16 juin 166Q Tabbé <t de Rancé, que je suis & Pony ^•. Je sceu le jour que u je partis de Paris que vous y estiès arrivé, et le suget « de vostre volage. Je souhaiste que le succès en ait esté « tel qu'il a deu estre, avec plus de passion que je n'en « ay pour choze du monde; et je vous prie de croire que, tf vostre considération & part, je suis infiniment sensible « à toute les intérests de monsieur vostre fils. »
L'apparition de d'Andilly à la cour avait eu les meilleurs résultats ; la reine était entièrement conquise aux intérêts de Pomponne ^, et d'Andilly n'avait plus que de vagues inquiétudes sur les dispositions de Mazarin, lors-
1 Château dans la TouiaiBe. (Lettre inéd, ée Bameé à d*AndiHy, du à aoûi 1659.) U appartenait à une dame amie de d*Andilly, de Rancé et de son oncle Parcheféque de Toun fi^i</. et lettre du 46 juin 1659); nous pensons que cette dame est M"* Le BouthilKer, veuve de Claude, surintendant des finances, beUe-sœur de rarcberâque de Toon el tante de Tabbé de Rancé. — Voir plus haut, 1. 1, p. 158» n. 1.
3 Voir plus bas, même Si la leltre de Fabert à d*Andil)y, datée du 6 août 1669.
76 JLES FILS D'ARHAULD D*ANDIEXT.
que le 28 juin 1669 Fabert lui écrit : a Le billet que vous « m'avez fait Tbonneur de m'escrire le 21 me donne trop « de joye pour ne vouslapastesmoigner. J'ay, Monsieur, a une impatience tout à fait grande de veoir achever u l'affaire à laquelle la reine a de sy bons et légitimes c( sentimentz, et j'oze vous dire que je me sens autant son a obligé de cella que sy c'estoit une affaire qui regar- « dast mon fils. Sy vous voiyez mon cœur, vous y verriez « plus que ce que je vous dis. Après la responce de la c( reine, je ne croy pas que vous deviez apréhender per- « sonne, estant croyable qu'elle ne l'a pas faitte qu'après (( avoir consultez S. E., qui ainsy vous aura desjà estez « favorable. De plus il vous avoit renvoyez à la reine. » L'opinion de Fabert semble si plausible à d'AndilJy lui-même, que celui-ci prépare ses lettres de remerciement pour la reine et pour Mazarin : « Madame, dit4l k c( la reine, puisque les faveurs ne se mesurent pas seu- « lement par elles-mesmes, mais aussi par la qualité des u personnes dont on les reçoit, et par la manière dont <i on les fait, Vostre Majesté ne s'estonnera pas, s'il luy « plaist, de me voir dans l'impuissance d'égaller mes « très humbles remércimens au ressentiment que je con- « serveray à jamais de la grâce qu'elle vient de m'ac- « corder. Le seul intérest. Madame, qui me reste dans « le monde, estant renfermé en la personne de mon fils, f( é'est sans doute une fort grande preuve de la bonté « dont Vostre Majesté m'honore, que d'avoir eu agréable 0 ma très humble supplication sur son sujet. Mais j'a- « voue, Madame, que c'en est une autre incomparablec( ment plus grande, que d'avoir, par la confiance que « Vostre Majesté a bien voulu prendre en sa sincérité, « surmonlé luxe peine née dans respril de Vostre Ma-
CBàP. IV^ SECT. n, ART. I, S ^* ^^
njesté, pour des considérations qui, encore gu* elles ne « le regardent point en son particulier, le regardaient en « quelque sorte à cause de moy. C'est là, Madame, cette « obligation sans égalle que je ne sçaurois assez re- « connoistre quand bien je l'aurois payée de ma pro- « pre vie , parcequ'il a fallu que Vostre Majesté se (c soit combattue elle-mesme en ma faveur et en faveur « de mon fils. Mais afin qu'il n'en puisse pas rester à (( Vostre Majesté le moindre scrupule, /e luy proteste dea vant Dieu^ sur mon honneur et sur mon salut ^ que « rien n'est plus véritable que les asseurances que mon « fils a fait donner sur cela à Vostre Majesté; et j'ose a dire sans crainte, qu'elle ne seroit pas moins contente « (k moy que de luy, si j'estois encore en estât d'avoir (c l'honneur de la pouvoir éclaircir de vive voix de tout (( ce qui peut à mon égard luy donner peine. Je ne veux (( pas, Madame, par respect, entrer plus avant dans ce « discours de peur d'importuner Vostre Majesté. Mais « j'espère qu'elle n'aura pas désagréable que je l'asseure (( qu'avec la grâce de Dieu, mon fils se conduira de telle (( sorte dans la charge qu'elle luy fait l'honneur de trou- « ver bon qu'il remplisse, qu'elle ne remarquera nulle « différence entre luy et moy dans l'inviolable fidélité et u l'ardente passion qu'il doit avoir pour vostre service. « Ce qui est. Madame, le plus que je sçaurois promettre « pour luy, puisqu'il est impossible d'estre plus vérita- (( blement que je suis, etc. »
Deux choses surtout demeurent constatées par cette lettre ; la première, que le Jansénisme était redevenu un obstacle pour le fils sous la direction du père ; la seconde, que le père et le fils niaient à l'envi le Jansénisme pour détourner l'obstacle. — Il n'en coûte pas plus à leur gra-
1S CCI FUS D'AAMâUtD D'ARDIUT.
titude pour se mettre à la discrétion deM&zarin : «Mod- « seignear, écrit d'Andilly à cette Éminence dont il rêve « l'assentiment pour ses projets, comme après la gr&ce n que Dieu m*a faite de venir finir mes jours dans cette 0 heureuse et sunte retraite, il ne me reste plus aucun « intérest dans le monde que ceux de mon fils, je ne « sçaurois Irop tesmoigner & Vostre Éminence, par mes « très himibles remercimens. combien je ressens Texte trème obligation dont nous luy sommes tous deux re- « devables. Vous Taves tiré. Monseigneur, de l'inutilité « qui luy faisoit tant de peine ^ et où j'en avois tant de <c le voir, pour luy donner moyen de servir dans une « charge où j'espère, avec l'assistance de Dieu, qu'il ne « fera rien d'indigne de l'opinion si favorable qu'il a pieu « à V. E. donner de luy à Leurs Majestez, ny de la re- « connoissance qu'il doit avoir des effets de la bonté dont « V. E. l'honore. J'ose mesme me promettre, Monseiic gneur, que sans me flatter par raffection qui me le fait €( encore plustost considérer comme mon amy que comme « mon fils, plus il aura l'honneur d'estre connu de V. E., « et plus elle en sera satisfaite. Ce que je n'aurois garde « de dire, à moins que de le connoistre moy-mesme au- « tant que je fais. Mais je puis sans crainte respondre à « V. E. de sa gratitude, de sa fidellîté et de sa passion « pour son devoir : de mesme que je croy que V. E. me « fait la justice d'estre persuadée de ma reconnoissance « envers elle, de mon zèle pour le service de Leurs Ma- « jestez, et de mon extrême désir de luy pouvoir tesmoi- « gner par mes actions que l'on ne sçauroit estre plus « véritablement que je suis... »
1 Voir VÀffpendiee, note 0 èû.
CHAP. IV, SKCT. n, ART. I, S «I* ^^
Après avoir parcouru ces lettres dans la copie qui nous en reste, on serait tout surpris, si on en tournait la dernière feuille, de lire au revers cette note autographe de Robert: Lettres touc/iant 921, qui rCont de rien servi. ' 921, c'est le chiffre par lequel, d'après la méthode jansé- ' niste S d' AndiHy désigne ordinairement son cher et bien admé Simon. Comment ces lettres, dressées pour Simon, n' avaient-elles de rien servi? C'est que, du rêve, d'Andilly était retombé brusquement à la réalité. Le coup qu'il avait prévu, mais qu'il pensait avoir détourné, et dont un machiavélisme ennemi lui avait dissimulé l'approche, l'éveillait en sursaut au moment où il croyait saisir sa chimère. C'était le Jansénisme qui, après l'avoir frappé une première fois d'incapacité, l'en frappait une seconde, et bien plus cruellement, dans la personne de son fils.
Ce coup surprit Robert comme s'il eût été inattendu, et l'exaspéra comme s'il eût été immérité. Il sentait que c'en était fait, sinon de l'avenir de son fils, du moins de ses plus prochaines espérances ; et cependant, quoiqu'il les vit disparaître, il voulut les ressaisir par un effort désespéré où sa souplesse cette fois se concentra sous son énergie. Il écrivit de nouveau à la reine et à Mazarin [23 juin 1659] ; mais quelle différence de langage 1 C'est tout au plus si le ressentiment s'y contient d'abord entre les parenthèses et les réserves qui l'empêchent de dégénérer en révolte^. « Madame, dans une douleur aussi sur-
^ V«ir plas haut, L i, p. SI, D. A ( et le BecuHl in-iS, p. SOO, n. Ce chiffre de 9St, représentant le nom de Pomponne, nous donne la clef d'un passage de la lettre du 13 novembre 1661 (Hi9U des Perséeut., p. 53) où a M. Angél^ue 4e Sainl-Jcan se plaint de U tiédeur de son frère pour la cause de Port-Poyal.
3 Gerberon, HitU du Jannn,, t. ii, p. 421.
80 LES FILS D'ARNADLD D'ANDIUT.
a prenante qu'est la mienne. . . j'espère que Votre Majesté (( ne me refusera pas au moins la liberté de me plaindre
« de mon malheur A ce que je voi, Madame, quoi-
« que Votre Majesté fasse la faveur à mon fils de le juger « digne par lui-même, il est indigne par cette seule « considération qu'il est mon fils. Ainsi, Madame, je me « trouve sans y penser le plus criminel de votre royaume, « puisque mon crime est si extraordinaire que contre « toutes les lois du royaume, et contre celles de Dieu « même, le châtiment en doit passer jusqu'à mon fils, a encore qu'il n'y ait aucune part. Mais, Madame, Dieu <( vous ayant obligée en vous mettant la couronne sur la « tète, de rendre la justice à ceux qu'il a soumis à votre « pouvoir. Votre Majesté ne sauroit trouver mauvais « qu'un des plus fidelles sujets qu'elle aura jamais vous
« la demande. Je vous la demande donc »
Cette première fougue de plaintes une fois satisfaite, Robert songe à plaider sa cause et celle de son fils. Les Jansénistes ont accusé leurs adversaires de renier leurs doctrines lorsqu'il y avait péril à les soutenir. Robert avait déjà nié son Jansénisme dans Teilusion de sa gratitude ; il le nia une seconde fois, comme il venait de nier celui de son fils, dans l'accablement de ses revers. « Ce « crime, Madame, dont on m'accuse, est que je suis Jan- (( séniste. Sur quoi, puisque la nécessité me contraint de « dire à Votre Majesté, ce que mon extrême retenue m'a « empêché jusques ici de lui dire en des termes si précis ; <( je lui dirai sans crainte que ce prétendu Jansénisme « est une telle chimère que je puis, en la présence de « Dieu, protester à Votre Majesté, sur mon salut^ qui (( m'est plus cher que mille vies, que je ne sai du tout « ce que c'est. »
CHAP. IV^ SEGT. n^ ART. I^ S IQ- ^1
Cette protestation, Robert se contente, dit-il dans sa lettre à Mazarin ', d'en envoyer copie à son Éminence, pour ne pas se répéter inutilement ; et cependant il la renouvelle bientôt en ces termes : « Que si le refus qu'on a oppose à mon fils est étrange, j'ose dire, Monseigneur, « qu'il ne l'est pas moins de voir qu'il n'ait autre fonde- « ment que ce prétendu Jansénisme dont mon fils n'a « garde d'être coupable; puisqu'on ne l'en accuse qu'à « cause de moy, et que non seulement j'en suis innocent, « mais que je ne sçaurois ne l'être pas; car comment « pourrois-je m'intéresser dans une opinion que je dé- « clare devant Dieu n'être qu'une pure chimère ^n
Ce qui était moins chimérique sans doute aux yeux de Robert, c'était la lettre que vingt-un jours auparavant [2-23 juin 1659], il avait écrite à Mazarin pour le proclamer le premier ministre gui eût réimi à la fois autant d'autorité et autant de capacité. Ici il n'y avait plus moyen de nier; se rétracter eût été ridicule. Le cas était embarrassant. Soudain l'homme irrité s'efface, et l'habile courtisan reparaît : « Voudriez-vous que je fusse le seul « qui se trouvât comblé de douleur au milieu des ré- « jouissances publiques que produit cette paix si glo- « rieuse que vous venez de procurer à la France? et de « me contraindre d* avoir regret de m'estre donné l'hon- « neur de vous en écrire de la sorte que fay fait puis tt qu'encore qu'il n'y ait rien dans ma lettre qui ne soit « une effusion de mon cœur, je ri'aurois pu sans lâcheté
^ GerberoD, HiiU du Jansén,, ii, p. 425.
2 D*aprè8 cette troisième dénégation de d*Andilly, son fils Antoine n*aurait pu lai donner les mêmes éloges qu'il donne (Mém,, part, nij p. 171) au marédial de La Ferté, dont la conduite inflexible n'avoit, disait-il, /omau fait chanter U coq de S, Pierre,
0 donner des louanges à votre Éminence, quoyqu'elles lui « soient justement dues^ dans le temps même que j'au- « rois sujet de me plaindre à toute la terre^ de Finjuste (( traitement qae je recevroîs » Mazarin laissa Robert se plaindre à toute la terre» et se rendit à Bayonne, comme si rien ne Feût menacé, pour de là parfaire la conclusion du traité des Pyrénées.
D*AndiIly, en apprenant à Fabert, par un billet du 27 juin, ce résultat de ses démarches, laissait entrevoir sans doute que dans son opinion le maréchal aurait pu leur donner une meilleure issue, en usant de son influence sur Tesprit de Mazarin ; car il reçoit de Sedan cette réponse, datée du 6 juillet 1659 : u J'avois leu avant hier « avec une satisfaction extrême les deux lettres que vous (( avez escriptes à la reine et à S. Em. sur la paix ', lors- « que je tombay sur le billet que vous m'avez fsdt Thon- « neur de m'escrire le 27 du passez. Je vous comfesse, « Monsieur, qu'il me touscha cruellement le cœur. Je « m'atendois à aprendre tout le contraire de ce que j'y « lus, et avois une telle impatience d'avoir de vos let- « très, penssant y veoir la conclusion favorable de Taf- « faire de monsieur vostre fils, que je ne suis pas encor « remis de la surprise que j'eus. Non seulement, mon- « sieur, j'eusse parlez à S. Ém., sy j'eusse estez à Paris « et que vous l'eussiez désirez, mais je prendrois de bon (( cœur la poste, et irois la suivant à Bayonne pour avoir « l'honneur de luy dire ce que vous désireriez qu'il sceut « par ma bouche, sy je croyois que cella pust tant soit (( peu servir à Taffaire. J'aurois tant de joye de pouvoir «vous estre util, que je ne prendrois pas seulement
i ]>*Aiid»l7 disait, de la friapart de ses lettres, des ciivolaires dont il adressait les copies à ses amis. 8a correspondance le prouTe à tout fnstanf.
H vostre consentement pour le voyage ; mais j'espère, « aydant Dieu, que vos deux secondes lettres à la reine « et à S. Ém. auront fait ce que je sçay que je ne sau- « rois faire. Après les raisons que vous y aportez et la « manière de les exprimer que vous y avez gardée, je ne « croy pas qu'elles n'emporte ce que vous désirez. Je 0 ne juge pas de cette affaire comme engagez dans vos « intérests, mais comme une personne libre, pesant les « raisons qui me semble sy grandes de vostre part que « je ne puis ne pas croire que vous n'ayez un entier conc( tentement de la chose dont je prie Dieu d'avoir des « nouvelles bientost* »
Rancé, qui n'était rien moins que le favori de Mazarin, n'avait aucune raison pour se tromper sur le compte du ministre, ni pour se faire illusion sur les chances qui restaient à d' Andilly : « J'attends toujours avec inquié- « tude, écrit-il à celui-ci le 12 juillet 1669, des nouvelles (c de l'affaire de la personne dont vous me parlés dans 0 vostre lettré ; et quoique l'abbé F. ^ qui apassé par ici. Il nous ait assuré que touttes les difficultés estoient levées, « je n'ai pu me l'imaginer, conessant un peu le terrain de tt ce paîs là et la manière d'agir de ceux qui n'auront pas (( manqué de lui faire naistre des traverses. Je souhaitte K passionnément que la choze réussisse; je m'en suis tt desjà expliqué dans une de mes lettres. Mais constan- (I ment touttes les grandeurs et les establissemens du tt monde n'en valent pas le détachement et le mespris ;
1 On ne démêle pas bien dans roriginal si oetCe initiale est nn T «a an F. Dans ce dernier cas, il poarralt £lre question de Tabbé de Feuqaières« le parent et Tami des Amauld. — Cf. Mém, de Cabbé Amauld, part, i, p. iQ^i et part. III» p. 177; M. Et. Gallois, Utt ini<U du Feuquiér€»,^sàm, et t. III, introd*, p. XXVI.
8& LES lUs d'aruadld d'andhxy.
« on est heureux quand on s* en aperçoit de bonne heure, « mais à mon sens le plus extresme de touts les maux « est d'en estre persuadé et de vivre comme ceux qui ne « le sont pas. Je ne dis pas cela sans faire de grandes « réflexions sur la vie extrordinaire que vous faites et « sur ma conduite présente, et je ne puis veoir sans « confusion que vous me mettiés au nombre de ceux qui « n'ont plus de sensibilité pour ce que vous et moy^ « dites-vous, croions tout à fait mesprisable. A pêne « ai-je fait les premiers pas. » — Nous ne savons si ces derniers mots cachent une légère ironie; mais ceux qui les précèdent renfermaient une vérité cruelle dont une partie déjà s'était révélée à d' Andilly.
Dès le dernier juin 1669, la reine, répondant aux plaintes que celui-ci avait articulées six jours auparavant [23 juin], lui avait écrit : > « Monsieur d' Andilly, quelque (( tendresse que vous ayez pour votre fils, j'ay de la peine « à croire que vous ayez ressenti autant de déplaisir que tt vous en avez voulu faire paroltre de n'avoir pu obtenir « Tagréement auprès de mon fils le duc d'Anjou. J'avois « cru que vous auriez préveu les obstacles qui pouvoient « traverser votre dessein, et suspendre les effets de ma « bonne volonté pour une autre occasion qui soit de c( moindre conséquence pour moy et pour mon fils. Mais « quelques impressions que fissent sur moy les services a que vous et votre fils avez rendus, je ne puis me ré- « soudre à me relâcher en faveur de qui que ce soit du a soin et de l'exactitude avec laquelle je souhaite qu'il (( soit entretenu dans la pureté de la religion et dans la (( vraye foy et soumission chrétienne à l'Église/ C'est
1 D. GerberoD, HUU d% JanUn.^ U u, p. 430.
CHAP. IV, SECT. n AKT. I. S "1. 85
(( cette raison, je vous l'avoue, qui m'oblige d'éloigner (( de lui les personnes qui peuvent par leur commuiiica- <( tion lui inspirer des sentimens contraires ; et je ne puis (( ne pas soubçonner votre fils, sachant dans quelles a maximes il a été élevé, quel a été le lieu de son éduca- (( tion, et la déférence et la soumission qu'il a pour tous
« ras sentimens et pour toutes vos volontés Je sçais
(( bien, comme vous me le dites, que l'on ne vous impute (( de crime que celui du Jansénisme ; mais je ne croiray (( jamaisr comme vous que ce prétendu Jansénisme soit « une chimère, ni que vous me parliez avec votre sincé- « rite ordinaire quand vous me dites que vous ne sçavez « ce que c'est. Il faudroit, pour en être persuadée, que « j'eusse moins de part aux aflaires du monde, et que je « fusse moins informée du lieu de votre séjour. Mais soit « qu'il m' arrive de consulter l'opinion publique, ou de « regarder seulement la datte de votre lettre, il m'est « impossible de plus douter que vous ne soyez pleine- « ment instruit de cette matière ; sçachant que vous êtes « au milieu de tout ce qu'il y a de Jansénistes et de fju- « teurs de cette hérésie en France, et comme à la source « de cette pernicieuse erreur, d'où viennent tous les V écrits qu'on a fait pour la fortifier et pour la défen- « dre.... Que si, pour achever de vous éclaircir sur tout « ce que vous me demandez, vous voulez que je vous die « ce que c'est qu'un Janséniste, et que je vous le défi- « nisse, je vous diray de même qu'à un évêque qui me (( fist une pareille question, que j'appelle Janséniste celui (( qui ne reçoit pas avec une humilité toute chrétienne u et une soumission entière la décision du Saint-Siège (( sur cette matière, qui a été suivie de l'acceptation et « du consentement universel de toute l'Eglise. » u. 7
86 LES FILS D'ARNACLD D'ANDIUT.
Une autre lettre acheva de réaliser les pronostics de Rancé. Mazarin, en franchissant la Garonne, avait voulu mettre à jour son arriéré ministériel, et il avait trouvé le temps d'adresser au fils de d*Ândilly ces lignes tracées à Cadillac, et datées du 16 juillet 16ft9 : « Monsieur, « vous vous feriez tort et à moy aussy, sy aprez vous « avoir tesmoigné autant d'estime et d'affection quç j*ay tt fait, vous croyez que je vous eusse abandonné dans la tt poursuitte d'une affaire que vous aviez à cœur. Il est {( inutile que je m'estende sur les raisons qui vous ont « empesché d'obtenir Tagréement que vous souhaittiez, tt puisque vous les sçavez aussy bien que moy ; et je vous « avoue que j'y ay trouvé tant de fondement que je n*ay « peu les combattre, outre que je l'aurois entrepris inua tilement. Mais vous ne devez pas croire que cette extt clusion s'estende à tous les autres estabUssemens auxu quelz vous pourriez souger, et je vous assure que quand « il se présentera occasion de vous en procurer quelqu'un a plus considérable encores que celuy-là, pourveu qu'il i< ne s'y rencontre pas des circonstances qui obligent à (c avoir autant de circonspections, je l'émbrasseray avec (( chaleur, et vous feray cognoistre à quel point je « suis, etc. ^ » •
Des deux réponses faites aux pl^dntes de d' Andilly, la moins décourageante était évidemment celle du ministre, qu'il croyait son ennemi. La plus rude atteinte portée & ses espérances venait de la reine, qu'il savait circonvenue par ses amis. Il en conçut une dernière espérance. Eloigné de la reine, Mazarin semblait moins hostile.
^ Cette lettre a été pabKée par M. de Monroerqné dam les Mém, de CoulangeSf'p, 872.
CHAP. IV^ ffiCT. n^ ART. U S ^^ ^^
Eloignée de Mazarin, la reine pouvait n*6tre pas inflexible. Deux résistances cèdent plus facilement isolées que coalisées. Ces résistances, Robert en avait d'ailleurs parfaitement reconnu le mobile. Chez la reine, l'une provenait de la religion alarmée V) chez le ministre, l'autre avait sa source dans une méfiance inquiète^, D'Andilly s'était réservé le soin de calmer les scrupules de la reine. Il conûa au maréchal Fabert celui d'assoupir les craintes de Mazarin. Avant même d'avoir reçu la lettre officielle que ce dernier adressait de Cadillac & son fils* dès le 6 juillet 1659, Robert écrivait à la reine : « Madame, il « faudroit que rien au monde né fût capable de me ton-* A cher, si ma douleur n'étoit aussi grande que je l'ai té- « moignée àVotre Majesté. Elle ne pourroit, Madame, être « médiocre, quand je n'en aurois point d'autre sujet que (c l'obstacle que Votre Majesté a trouvé dans son esprit à « la très humble supplication que je lui ai faite. Mais de a voir que Votre Majesté semble conunencer à douter de « ma sincérité, et que, pour comble d'aQliction, elle me tt déclare nettement d'avoir la pureté de ma foi suspecte, « c'est ce que j'avQue, Madame, n'avoir pas la force de « supporter ; et il n'en falloil pas tant pour me rendre la « vie ennuieuse, si Votre Majesté n'a la bonté de se a laisser persuader à la justice de mes raisons^ Toute
t Voir hê lAtire$ de la Mé Àngéii^, l i, p. ilfii jfSI,- 986, S56, 85^^, 3fii, 867; t. If, p. «Il, 689, 6«6} t. ui, p. Î66, 406; -^Ct D. Gerberon, HUt, du Jansén., t. ii, p. 877 ; HUU de* Persécut.f p. 358.
* Voir pieu ham, 1. 1, p. 16, fi. 1. Bfaiarin était si îndifTérent sur le Jansénlsne, «pi'll lui prbniMtalt ta proteetKtti «I PMt-A^a] 16 sceônésit potit faire épouser à son neveu la 6Ue du duc de Liancouit, qui épousa le prince de Marsillac (UUre$ de la M, Angélique, t. m, p. 514. ^ Cf. U x, p. 861 ; t u, p. 479, 487, 567, 589, 6i6; Mém. de Lancelùt, 1. 1, p. )69 f Racine, HUt. de P. H, p. 121.)
« ma consolation, Madame, est que Votre Majesté ait « bien voulu s*abbadsser jusques à daigner m' écrire ses « sentimens et me commander de lui faire savoir les u miens. J'ai sujet d'espérer qu'elle voudra bien aussi « reprendre pour moi cette ancienne confiance en la (( sincérité de mes paroles dont elle m'avoit toujours ho- « noré, et dont j'aimerois mieux mourir que de me ren- (( dre jamais indigne par la moindre dissimulation, ni « par le moindre déguisement. Je vas. Madame, vous c( parler en la présence de Dieu, comme si je parlois à c( lui-même ; et je supplie très humblement Votre Majesté « de se dégager, s'il lui plaît, de toutes sortes de prévenu tiens, afin de porter un jugement équitable et tel que (( je le dois attendre de Votre Majesté, qui par sa qualité « de reyne, et de reyne très chrétienne, le représente « sur la terrée »
A la suite de cet exorde solennel se trouvent sept pages de théologie, qui heureusement sont imprimées, ce qui nous dispense de les transcrire. Nous en laissons l'ennui aux lecteurs de Dom Gerberon et la gloire à d'Andilly, qui, on se le rappelle^, était complètement dans le rôle qu'il remplissait en ce moment même, à la tête du Jansénisme, en exposant et en défendant les doctrines du parti. Depuis, il est vrai, son frère le força d'abdiquer comme théologien ' ; mais alors le parti tout entier s'était groupé derrière sa plume pour endoctriner la reine. Celle-ci l'avait bien mérité : au lieu de repousser seulement comme reine et comme niière le Jansénisme du sein de la cour et de sa famille, elle l'avait
« D. Gerberon, Hist duJansén,, L ii, p. 484 et 441. 3 Voir plus haut, t. i, p. 43-219.
» Voir plus haut, t. i, p. 257-275.
GHAP. lY^ S£CT. U, ART. I, $ UI. 89
poursuivi jusque sur le terrain des discussions théologiques, dontPort-Royal ne pouvait évidemment se dispenser de lui faire les honneurs. D* Andilly usait donc de son droit en répondant par un duel courtois, mais souverainement ennuyeux, aux provocations de la reine; comme nous usons du nôtre, en sous-entendant ses réponses, pour transcrire la lettre que Fabert adressait à Mazarin :
a Monseigneur, je ne croy pas blesser le respect que ((je dois avoir toute ma vie pour Vostre Eminence, (f en prenant la liberté de luy écrire sur une affaire « d'autruy. M. d' Andilly est mon amy depuis le voyage « de l'armée du roy nommé la retraite de Mayence '. « Feu M*^ le cardinal de Vallette, dont la mémoire me « doit estre si chère, me le donna pour tel, et moy à luy. « Sa mort nous lia encore plus étroitement par nostre « affliction commune et par la considération qu'il nous « avoit laissée l'un à l'autre. Les lettres soutiennent cette « amitié il y a vingt-quatte ans *. Les dernières, Mon- « seigneur^ que j'ay receues d'un si ancien amy m'ont 0 surpris. Je ne le croyais plus en estât d'avoir d'affaires « au monde, [Fabert à son tour mettrait-il, comme Rancé, « quelque peu d'ironie dans sa correspondance?] et il « m'escrit avec une douleur si gi*ande qu'il y en a une « dans laquelle il croit avoir V. E. contraire, que je « croy. Monseigneur, que vous me blasmeriez si, dans « l'angoisse où il me tesmoigne estre, je luy refusois la « consolation qu'on doit à un amy, de prendre part à a son affliction, et d'agir tout autant que l'on peut pour «l'en sortir. J'avois creu, Monseigneur, V. E. satis-
* Mém, de tt Andilly, part, ii, p. 114, cl plus haut, 1. 1, p. 44- 2 Cf. les lettres de Fabert rapportées pins haut, 1. 1, p. 45.
90 LES nLs d'arnacld d'audillt.
«faîte des services rendus par M. d'AndiUy fils, et « qu'elle auroit plaisir, trouvant occasion de l'employer f( en choses considérables, de luy donner des marques « de son estime pour luy, et de sa confiance. Je sçay que « le père et le fils ont creu certsdnement cela ; et je sçay « ce qu'on ne peut ignorer, qu'il vous est. Monseigneur, « de la dernière importance aussi bien que[à] la France, d [et au Jansénisme] d'avoir pour chancelier de Monsieur « un homme asseuré. Exclure le fils de pouvoir avoir a cette charge par l'argent qu'il prétend en donner, est « le désespérer d'avoir jamais aucuns emplois, et le ren- <t dre inutile au monde. Mais, Monseigneur, charger le (f pauvre père de l'exclusion du fils, le /aire en devenir « la cause, et changer en luy la joye que les pères ont, « contribuant k l'élévation de leurs enfans, en la détresse « de leur estre un obstacle, est un état si déplorable « que je ne m'estonne point que M. d'Andilly, hors du « monde, ait esté blessé jusques dans le cœur par ce « coup qui va à lûy persuader que V. E. est très mal sa- « tlsfait de luy. Sur quoy j'oserois vous du-e, Monseî- « gneur, que s'il ne m'avoit paru pour V. E. tel que « ceux qui s'intéressent au bien du royaume doivent « estre ^ que je serois bien moins intéressé pour luy que {( je ne suis. Je laisse le Jansénisme, dont de ma vie je « n'ay ouy parler au fils ; et auquel, ayant esté assejiré « d'une maniée qui ne me permet pas dten douter, qu*it « n'a jamais pris et ne veut jamais prendre aucune part, « il seroit bien malheurewr si cella seulestoit cause de la (( ruync de m fortune. Je finiray en suppliant encore très
t Falicrl tgnoreît, matsMatarin n'avait pas oublié, les anciennes relations de d'Andilly arec ses ennemis. — Voir plus haut, U i, p. 16, n. 1.
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« humblement V. E., avant de condamner ma liberté de 0 luy écrire sur les choses d'an tiers, de considérer que « Vandenne amitié de M. d' Andilly et de. moy fait que 0 ses intérests me sont comme les miens, et que je ne « seray pas moios obligé à V. £., que luy, des grftces a qu'elle luy accordera. C'est ce que je luy proteste, et a qu'homme du monde ne sera jamais avec {dus de fidé- « lité que moy, etc. »
Cette lettre, ce n'était pas à Mazarin que Fabert l'avait directement adressée, mais à d'Andilly, qui la lui avait demandée et auquel il écrit en même temps le 27 juillet 1660 1 « Je ressus avant hier avec vos deux Il billetz du 17, et un du 20, les copies des lettres escrip- « tes par vous à la reine, et par Sa Majesté à vous ; les- « quelles copies je vous renvoyé avec celles que vous i( m'envoyastes il y a quelque temps, lesquelles je n'a- « vois gardées que par un scrupule, je ne sçay comment « venu, de vous les renvoyer. Il y a, Monsieur, tant à « aprendre en tout ce que vous faites, qu'on ne peut « sans profict lire ce qui vient de vous. Après ce que vous (c escriviez à la reine, je ne puis n'estre pas convaincu <c que, contre ce qu'on luy a dict, le Jansénisme ne soit « une chimère ; et je serez dans une impatience grande « jusques à ce que je sache ce que Sa Majesté vous aura « respondu à vostre dernière lettre, quoyqu'îl semble « qu'on ne puisse doubter qu'elle n'en demeure tout à « fait satisfaitte. — Je vous envoyé une lettre pour S. E. « que vous luy ferez tenir quand vous le jugerez à pro- « pos, et que vous aurez quelqu'un auprès d'elle pour « faire la solicitation que vous estes résolu de faire faire, « dans le temps auquel il la recevra. L'on l'eust baillée « chez luy, à Paris, ou chez M. Colbert, pour luy faire
92 LES HLS D'ARNACID D'ANDILLY.
0 rendre, sy je n'eusse creu qu'il vous seroit plus agréable <( de pouvoir luy faire mettre en main, lorsque quelqu'un il sera prest de luy parler sur le subjet pour lequel elle a a estez escripte. Je n[aurois pas, Monsieur, attendu que « vous me l'eussiez demandée, sy j'eusse creu qu'elle a eust pu vous estre utille« Je n'ay pas opinion d'estre c( plus concidérez de S. £• que vous, et ce qui ne se fera « pas pour vous, ne doibt pas estre fait à ma prière. Dieu tt veuille qu'en nous joignans tous deux à ceux que vous (c employerez encor, vous obteniez ce que vous devrez et « que je souhaitte aussy ardamant que s'il y alloit de ma « vie. Sy ma lettre pour S. E. n'est selon vostre grez, m je vous suplie» Monsieur, tPen faire une vous-mestne^ il laquelle Je transcrirez et signerez ensuitte; et faittes-la u parlant de vostre cœur, car vous pouvez estre certain « que le mien pour cecy est tel que le vostre, et qu'il « aura pareille joye ou douleur suivant que l'aifaûre ira c( ou bien ou mal. J'espère néantmoins que Dieu nous ft fera la grâce qu'elle réussira. »
D' Andilly usa de la permission que lui donnsdt Fabert à la fin de sa seconde lettre, et modifia le passage que nous avons souligné à la fin de la première. Dans ce passage, au lieu de la négation si formelle qui s'y trouve du Jansénisme de Pomponne, Fabert avait affirmé que d' Andilly venait d'innocenter le Jansénisme aux yeux de la reine, et qu'il se portait fort de l'innocenter prés de Mazarin : « Je laisse, avait écrit le maréchal, je laisse le (( Jansénisme dont de ma vie je n'ay ouy parler au fils, « et dont le père m'escrit la reyne estre éclaircie, et « estre prest den éclaircir Vostre Eminence aussi, et (( finiray la suppliant très humblement encore avant de (( condamner ma liberté, etc. » En annonçant un premier
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triomphe de d'Andilly, en témoignant de sa part la présomption d'en obtenir un second, Fabert commettait une triple maladresse. D'Andilly, en eifet, était trop courtisan pour n'avoir pas compris que Mazann voulait le voir, non pas triomphant, mais humilié; il était trop habile pour donner à l'Italien l'éveil de ses démarches auprès de la reine, et trop instruit des susceptibilités du premier ministre pour lui laisser croire qu'on cherchait à lui imposer les royales convictions qu'eussent déterminées ces démarches. Après avoir corrigé la lettre de Fabert, son protégé la lui renvoya donc pour en faire disparaître l'interpolation dans une copie non raturée, se répandant d'ailleurs en excuses et en actions de grâce. Le % août 1669, Fabert lui renvoya sa mise au net accompagnée du billet suivant: « Vous m'escrivez d'une sy « estrange manière sur la lettre que j'ay faitte pour S. £• cf que cella. Monsieur, me fait craindre que vous soyezbien « moins persuadez que vous ne le debvez estre des sen- 0 timents que mon cœur a pour vous. Pleust à Dieu avoir « quelque occasion de vous servir sy importante que par « elle je pusse vous descouvrir à net toute mon âme. « Vous verriez qu'avec joye je donnerois mon sang ; et ((VOUS me faites des remerciements, comme de choses (( importantes, pour un peu d'ancre prise dans mon cor- (( net Au nom de Dieu, Monsieur, banissons pour jamais (( les compliments; et croyez-moy de ceux qui sont dans (( un regret extrême, ne pouvant estre utilz à leurs amis, « et qui sont dans une joye indicible lorsqu'ils trouvent <( moyen de pouvoir les servir. Je n'en ay point qui passe (( devant vous; Dieu sçait cy je dis vray, et sy je ne co- (( gnois pas bien qu'il ne faut pas le prendre faucement a à tesmoing. — Je croyois que vous aviez mandez à S. E.
a l'esclalrcisfiement que vous aviez donnez à la reyne, et n cella m'avoit fait faire la fautte que vous trouverez « corrigée à la lettre que vous aurez pour 6. E. avec ce « billet. — Un homme qui a parlé à la reyne, m*a dict, « sans que je luy aye parlé de vostre affaire, qu'elle luy «( avoit paru fort esloingnée de mettre M. d'Andilly près « de Monsieur ; et comme il m'a paru me faire un récit €( véritable, je ne croy pas que l'obstacle vienne entièrea ment de S. E. Je sçay que vous direz à ceHa ^icV/fe p ic avait donnes^ les mains; [ceci explique les lettres de « remerciement.] JToubliois de vous dire que Sa Majesté « dit beaucoup de bien de M. vostre filz. n — Mauvais signe,— et qtii avait dû contribuer à dissiper reptimisme de Fabert.
Aussi d'Andilly dut n'être pas étonné de voir dans le billet suivant persévérer le pessimisme de Rancë : « Je « ne suis point surpris, lui écrivait celui-ci le & août 16ft9, « de ce que vous m'avez fWt Thonneur 4t me mander « sur le suget de M. V[ostre] F[ilz]. J^avois tousjours veu tt la choze comme je la vois, et que les difficultés ne se « surmonteroient pas aizément ; ceux qui les faisoient « naistre ne se lassant jamais de traverser les chozes les « plus justes, par des passions et des intérêts qui ne le (( sont pas. Je ne m'explique pas davantage sur le dé- « plaisir que j'en ay K II est tel que je suis obligé de « l'avoir par la profession que je fais d'estre tout à vous. « Je ne puis vous rien dire qui exprime mieux ce que je « doibs et ce que je sens. »
Ce billet ne préparait que trop d'Andilly à celui que
1 MdMt alla mente repoiium* Rancé ne peut oubUer qu'il a cela de commun avec d'Andilly, que Mazarin est Tauteur de sa vocaliou pour la solitude (voir plus haut, t x, p. 107 ; et plus bas, p. 100.)
C«AP. !▼, SECT. n, ART. I, $ m. 95
lui écrivit Fabert le 10 septembre 1669 : a Je m'asseure « que vous serez persuadez par l'opinion que vous avez « des sentiments que j'ay pour ce qui vous regarde, que « sa estez avec un extrême desplaisir que je leus avant « hier la lettre cy jointte que S. E. ma escritte. Je n'avois « pas présumé pouvoir rien changer à la résolution prise a desjà à la cour, laquelle l'on vous avoit fait savoir ; je « ne suis pas sy vain que je puisse avoir la pencée qu'on 0 donne à ma concidération ce que Ton n'accordera pas à « la vostre. Mais avec tout cella, il y a je ne sçay quoy aux « hommes, qui, sûr les aparances convaincantes, ne laisse a pas de leur faire attefadre avec inquiétudes Tachèvea ment des choses dont ils n'espèrent quasy pas le succez. « Je n'en ay pas estez de mesme en celle-cy. Je me flatci tois que, pour d'autres concidérations que la mienne, « peut-estre changeroit-ôn à la cour la résolution prise « sur vostre afiaire '. J'ay, Monsieur, un extrême des- « plaisir que je sois obligé moy-mesme de vous signifier « que cella n'est pas arrivé, el que n'ayant de ma vie eu « moyen d'essayer de vous rendre quelque service, je « l'aye entrepris jsy inutillement en un rencontre sy con- « cidérable pour vous. Je prie Dieu de tout mon ^œur ti que la douleur que J'en soufré soit, par sa bonté, une « diminution de la vostre ; ce me seroit une grande con- « solation de soufrir pour vostre soulagement. »
Au billet de Fabert était jointe la lettre que lui écrivait Mazarin: « Monsieur, je vous ay desjà maiidé plusieurs « fois que non seulement je ne trouveroîs jamais mauvaisa que vous me parlassiez ^es intérestz de vos amis; mais
1 CcUe fois la perspicacité de Faberl arait élô en défaut, malgré ccdc connaissance de l'avenir que, dans l*opinion du peuple, lui donnait quelque peu de sorcellerie (voir plus bas^ chap, iv, $ecU ir, art» ii» S i, twfes).
(( que cette qualité leur serviroit tousjours d'une puis- « santé recommandation auprès de moy, parceque je a sçay que vous ne la donnez qu*à des personnes de mé- « rite. Après cela, je vous diray ingénuement sur le su- (t jet du sieur d' Andilly fils, que c'est une personne pour (( qui j'ay de l'estime et de l'affection, et qu'il a grand « tort de croire que je luy aye esté contraire dans Tan gréement qu'il sollicitoit pour la charge de chancelier tt de Monsieur, parceque j'ay tasché de l'y servir. Hais j'y (( ay rencontré une grande opposition dans l'esprit de la (( reyne, à qui diverses personnes de piété, qui ont Thon- « neur d'avoir quelqu'accez auprès d'elle, avoient re* a présenté fortement ' que quand ledit sieur d' Andilly a n'auroit aucune tinture des sentimens de M. Arnauld, « ce qui estoit problématique ; il n'eslo'it ny de la bience séance, ny de la délicatesse de la conscience de SaMa- « jesté, de souilrir qu'on establist dans une charge si con- « sidérable, auprès d'un prince comme Monsieur, le fils « d'un homme de la réputation dudit sieur Amauld, que « tout te monde tenoit pour le chef d'une nouvelle secte; (( et je vous avoue que j'ay trouvé cette considération si « juste, que je n'ay pu me résoudre à la combattre avec « opiniastreté, outre que je sçay que je l'aurois faut inu- (( tillement. Cependant elle ne donne pas au dit sieur « d' Andilly l'exclusion pour toute sorte d'employs, et « pourveu qu'il en désire d'autre nature, comme ceux
1 Ces paroles ont pu donner lieu aux aocusalions dont Gerberon s^est rendu Técho (voir plus haut, t. ii, p. 69, n. 1). Mais Phabiîe Mazarin était peu scrupuleux lorsqu*il s^agissait de faye peser sur d'autres la responsabilité de ses actes ; et le fait qu'il arance ici est ftormellement démenti par une lettre de la reine elle-même, lettre que Gerberon reproduit en entier (HisU du Jansén., t. ii, p. 430), et dont nous allons citer bientôt qudques passages.