‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 49 sur 99 · CHAP. TV, SECT. U, ART. I, S M · texte numérisé non relu

CHAP. TV, SECT. U, ART. I, S M

(( qu'il a desja eus, je suis asseuré que Leurs Majestés y « consentiront, et je m'employeray très volontiers auprès « d'elles pour les luy procurer; car pour celuy-cy il est « absolument impossible qu'il y réussisse. Et si H. Ar-- (( nauld a de la douleur de servir en cela d'obstacle à la « fortune et à la satisfaction de son fils, il ne s'en doit « prendre qu'à luy-mesme, d'avoir affecté d'estre à la « teste de ceux qui ont voulu introduire et soutenir une (( opinion condamnée par le pape ^, dont la constitution u a esté receue non seulement par le roy et l'assemblée tt générale du clergé de France, mais de toute l'Église. « Je suis bien fascbé de ne pouvoir faire en cela ce que « vous soubaitteriez, mais je m'aâseure que vous ne m'en <( croirez pas moins, Monsieur, vostre très affectionné « et très véritable serviteur. — Le Gard. Mazarjn. — A « Ssdnt-Jean-de-Luz, le 25 août 1659^. »

Sous le miel de cette lettre, suinte l'amertume. Dans la réponse que d'Andilly adresse à Fabert, le 20 septembre 1659, la dignité déguise mal le dépit: «Gomme rien « ne pouvoit jamais m'estre plus sensible qu'une si es- « trange injustice. Dieu a permis sans doute que vous « m'ayez fait l'bonneur d'agir en cette rencontre d'une « manière si extraordinairement obligeante ; puisque la « plus grande consolation que je pouvois espérer, est de

1 II s*agit sans doute îd dlnnocent X, dont la bulle contre les cinq propositions extraites de Jansénius fut donnée le Si mai 1653, fut reçue par la faculté de théologie le i" aoQt de cette année, en 1654 par les éyéques assemblés au Louvre sor la proposition de Maiarin ; et enfin corroborée par \t Formulaire dressé dans rassemblée générale du clergé en 1655. (Cf. Cer- Tcau, NécroL^ L ni, table chronol.^ p. xx ; D. Gerberon, Hist, du Janun,; toutes les Hi$toires du Formulaire [voir plus haut, L r, p. 139, n. S], les Histoires de P. A. ; le Journal de Saint-Amour, etc., passim.)

2 Celte lettre a été publiée par M» de Monmerqué dans les Mém^ de Coulanges, p, 873.

98 US FILS 0'AKNAULD D'ANOILLT.

0 recevoir cette preuve de ramitié de Tbomme du « inonde pour qui j'ay le plua de respect et d'estime (( tout ensemble, dans le mesme temps que j'en reçois a une de la mauvaise volonté d'un autre de qui je devois « attendre im traitement tout contraire à celuy que vous m voyez que je souffre. Mais comment est-il possible a qu'ayant autant d'esprit qu'il en a (car c'est ce qu'on (c ne luy peut ester), il ait bien voulu alléguer une aussi (( meschante raison ^ qu'est celle de me prendre pour « chef, dans une chose de telle nature, qu'il est absolu- « ment impossible que j'en aye seulement l'ombre et (( l'apparence. Il valoit beaucoup mieux dire franche- « ment qu'il ne vouloit pas la chose. Hais je me le tiens « assez pour dit, sans qu'il le dise ; et si la personne que 0 cette affaire regarde autant que moy, estoit si heureuse « que d'estre dans mes sentimens, [tout le monde ne « trouve pas dans une disgrâce la vocation de la soli- « tude] ^, nous serions tous deux si éloignez d'avoir (( besoin de sa faveur, que nous nous estimerions miUe « fois plus heureux qu'elle ne sçauroit jamais le rendre, (c Cependant, pour adoucir un peu mon desplaisir, je ce me flatte de la créance quQ la personne à qui Ton (( donne une si cruelle exclusion, ne l'auroit pas eue ce si elle avoit moins de probité et de vertu ; et que Dieu, « qui est juste, luy tiendra compte de l'injustice qu'on tt luy fait. Je pense que vous jugeres que la meiUenre

f Non pas aussi méchante que veut bien le dire d'AndiUy dans celle leilrc. —Voir ses Mémoires, pari, ii, p. 435 ; plus haut, U i, p. 272, n. 2 ; et plus bas, chap, iv, ieet. ly, art. ii, $ 2.

2 Pomponne avail cependant, pour seconder cette vocation, outre tes disgr&oes et le désappointement de son père, les prières de sa tante la mère Angélique. [Lettre$ de la Si» AngéUijuc, t. i, p, 506, lettre cccui, du ih octobre 1650.}

GHAP. lYj SECT. H, ART. I, S DI. 99

« responce que vous puissiez rendre, est de ne respondre ((point du tout; puisqu' aussi bien, de la sorte que (c Ton vous écrit, cest une affaire étouffée et ruynée (( sans ressource. Cependant je vous conjure de me faire (( rhonneur de croire que quand elle auroit réussy par « vostre seule entremise, je ne ressentirois pas davantage (( que je fais Textrème obligation que je vous ay d'avoir (( eu la bonté et la générosité de vous y employer, d'une (( manière dont nul autre que vous n'estoit capable. (( J'espère que Dieu vous en récompencera, puisque u vous avez agy en cela pour la justice. Et si les prières (( que je luy fais pour vous, niéritoient d^estre exaucées, (( vous connoistriez, par des effets, quelle est ma recon* (( noissance et ma gratitude^ »

D' Andilly le disait avec autant de dépit que de vérité, la candidature de son (Us à la direction des princes était

une affaire ruinée sans ressource. L'ihfortuné Simon ve*

nait de faire une première chute sur l'éoueil môme où s'était échouée la fortune de son père. Mais de quel ver* tige avait donc été frappé l'œil de celui-ci, pour n'avoir pas reconnu l'obstacle? et de qi^elles illusions s'était-il rendu le jouet 7 — De celles que lui suggéraient sa vanité et ses désirs 7 — ou de celles qu'avaitfait naitre dans son esprit quelque abominable perfidie italienne, qui, sans respect pour un ennemi vaincu, l'avait tiré de la solitude où il cicatrisait ses^ blessures, pour les rouvrir plus cruelles, et les envenimer aux yeux de la cour en y versant le ridicule 7 — Un passage du pamphlétaire qui déchira l'abbé de Rancé, et qui n'en fut pas moins comblé des bienfaits de la famille Amauld, permet d'asseoir une présomption où l'on ne peut espérer d'établir une certitude. Ce qu'il rapporte des disgr&ces mondaines du

Mt

100 LES nLS d'aknauid d'andilly.

réformateur de la Trappe, si au nom de Rancé on substitue celui de d'Andilly, s'applique exactement aux disgrâces de Robert — Il pouvait y avoir confusion dans les souvenirs du satirique.

« Rien n*a esté si contraire à la fortune de Tabbé de « la Trappe, dit La Roque, qu'une lettre circulaire qu'il « composa sous le nom du cardinal de Retz..., dans laïc quelle il attaquoit non seulement le cardinal Mazarin, « mais le roy mesme dont il blàmoit la conduite. C'est à « cet ouvrage qu*il est redevable de sa conversion, du « moins d'une partie... Le cardinal Mazarin, qui savoit « que l'abbé aspiroit à estre coadjuteur de Tours afin de « succéder à M. de Rancey, son oncle, gui en estoit ar- « chevesque, prit occasion de cette lettre de se venger « des médisances que l'autheur avoH écrites et dites « contre son ministère et contre sa personne.— \]n jour « donc que l'abbé vint le voir, car entre gens de cour la. (( haine n'empêche point les visites, le cardinal, après « avoir parlé de choses indifférentes, fit tomber insensi- « blement la conversation sur l'archevêché de Tours ; « et insinua avec certain air de sincérité qu'il affectoit (( admirablement bien quand il vouloit, que M. de Tours ce estant vieux avoit besoin d'un coadjuteur, et qu'il seroit a à souhaiter qu'il en eût un de sa famille. L'abbé, charmé (( de ce discours, dont il ne prévoioit pas la suite, en « témoigna sur-le-champ une reconnoissance toute ex- « traordinaire à FÉminence, et luy promit un attachece ment inviolable à son service. Un Italien courtisan « n'avoit garde de se laisser gagner par ces sortes de « grimaces. Ainsi M. de Mazarin ne parut donner dans le « panneau qu'autant qu'il le falloit pour réduire l'abbé « aux termes où il le vouloit. Je suis persuadé, luy ré-

CHAP. IV, 5ECT. n, ART. I, S IQ- iûl

« pondit-il, de tout ce que vous me dites. Mon parti (c étant celuy du roy, je vouscroy trop raisonnable pour (( en prendre un autre. Mais comme Sa Majesté a esté « prévenue sur votre sujet, et qu'elle vous soubçonne « mesme d'être Tautheur d'une lettre qui court et qui « marque un esprit de rébellion, vous devez travailler à (( efacer ces impressions de son esprit. Cette satyre, « dont vos ennemis vous font l'autheur, vous fournit une « belle occasion de désabuser le roy; car vous n'avez qu'à « me donner un désaveu signé de votre main, par lequel tt vous témoigniez que vous n'avez jamais fait et ne ferez « jamais rien en faveur du cardinal de Rets contre le « service du roy, et je vous réponds ensuite de sa bien- « veillance. L'abbé avoit trop d'esprit pour ne reconc( noltre pas que c'estoit moins pour le remettre en grâce « que pour triompher de luy, que le cardinal le vouloit « engager à se dédire par écrit. C'est pourquoy il le reu fusa absolument, disant qu'il suffisoit à un homme « comme luy de désavouer de bouche une chose, pour (( détromper ceux qui l'auroient crue sur de fausses ap- « parences. — Je suis fâché de ce refus, luy répartit le « cardinal, il perd votre fortune, car vous croyez bien « que Sa Majesté ne donnera pas un archevêché à une « personne de qui la fidélité luy est suspecte, et qui ne « veut pas luy donner de preuves de son obéissance. — « L'abbé jugea sa fortune perdue après cette conversait tion, et ce fut alors qu'il reconnut combien la sagesse (( et la prudence sont utiles, dans le monde, et surtout à « la cour ; mais c'étoit s'en aviser trop tard... Voilà une « des premières adversitez de notre saint... »

Malheureusement pour d'Andilly, la sienne n'était pas la première, et plus malheureusement pour Simon ces II. 8

|02 LES HLS D'àKNAULD D'AND^XY.

adversités répétées ne changèrent rien à la direction que son père imprimait à sa fortune. L'obstiné vieillard se mit à louvoyer en face de Técueil, toujours en attendant l'occasion de le franchir. Seulement la dénégation qu'il avait faite de ses doctrines fut suivie d'une habile dérivation qu'il fit opérer à son fils au travers des courants politiques.

La santé du cardinal s'était affaiblie, et l'héritier que lui désignait alors l'opinion publique avait pris pour emblème le célèbre écureuil et la fameuse devise : « Où ne monterai-je pas? Quo non ascendam? » — La devise promettait. — D'ailleurs Fouquet, à qui la nécessité avait longtemps donné l'apparence de la faveur près de Mazarin, dont il facilitait les dilapidations ^ Fouquet était dans le principe une créature de la reine-mère ^j et lors du mariage c^e Louis XIV il venait de rompre avec le cai'dinal \ \a famille Arnauld, qui avait eu déjà de puissants motifs pour s'attacher à Fouquet, se dévoua définitivement à la fortune de celui-ci après cette rupture, qui coïncidait avec l'échec de Simon.

Fouquet ne fut pas ingrat. Secondé par le désintéressement d'AntoinaS il put, dans un riche mariage, offrir une première compensation aux mécomptes de partisans si dévoués. M^tis, hélas { au déclin de la vie comme au début de la carrière de Mazarin ^ la perspicacité de Robert devait se trouver en défaut. Près du cardinal mourant, il n'avait pas su démêler le véritable héritier du

^ D*Aavigny, Vieê des hommei Uluitrei, I. v, p. 378*

3 Jbid,, p. 261 ; Madame de MofteifiUe, U vi, p. 7i, etc. s D*AuyignT, ibid.^ p. 402, carton ù la feuille U vu.

4 Vofr plas liotit, t. tt, p. 9.

6 Voir plus haut, t. i, p. 46.

CHAP. IV, SECT. IF, AUT. F, S Hf. 103

pouvoir. L*œil toujours porté vers les cimes, il n'avait vu que la fortune agile escaladant les sommets, non la fortune souple qui rampait encore ; |'écureui| Tayait distrait de la couleuvre. — Celle-ci cependant se glissa juscju au faîte.— Les bonds hardis sont sujets aux c|ni|es; Fouquet tomba. — La fortune des Arnauld en demeura meurtrie j ; Pomponne fut exilé-. — Le succès de Colbert venait surtout de rhabilêté qu'il avait déployée en servapt d'intermédiaire entre la cour et Mazarin exilé '\ I.a disgrâce de Pomponne vînt de l'opiniâtreté de son père à le faire servir d'émissaire entre Port-Royal et le surintendant. * Un exil de trois ans, dans lequel Simon atteignit sa auarante-septième année [1662-1665], lui ménagea assez de loisir' pour bien méditer cette phrase de la lettre que jadis la reine avait écrite à son père : « Je ne puis « ne pas soubçonner votre fils, sachant la déférence et « la soumission qu'il a pour tous vos sentimens et pour « toutes vos volontez. » — A dater de ce moment, un chan- ,gement notable se fait remairquer dans la conduite de cet excelïènt (lis ; changement plus superficiel toutefois que profond, et dans lec^uel le respect se borne à mettre en équilibre l'intérêt et le devoir. Sans varier d'opinion ni sur les hbmnies ni sur les choses. Pomponne inclina son esprit judicieux vers la réserve, son cœur ardent vers la modération, son Jansénisme vers la prudence. — 11 ne conserva d'entier que sa vertu. ^ Un instant même,

^ « Mon frère eut sa part à la disgrâce de M. Fouquet ; il fut relégué à « Verdun. > (Htfm âeVàUi Arnauld, part, 'm, 'p. 73. ) "

' « Ce fut pour mon frère un cotip de lonrierÀ; qui renrersoit toutes ses a espérances. » (Ibid,, p. 70.) ^ ' «

• D^AMgny, Vies deâ hommes illustres, t. v, p. 259.

* Pelilot, JWmo<r«#, V série, t. xxitii, p. 16«.

10/i LES FILS D'ARNAULD d'ANDOXT.

U faut bien l'avouer, celle-ci sembla fléchir devant le péril, ou du moins se dissimula derrière la circonspection. De quatre amitiés que Fouquet avait compromises dans sa disgrâce, celle de Pomponne se montra la plus réservée. La Fontaine oublia sa fortune, que les traitants lui disputaient ^ pour faire gémir sa plus noble poésie. L'éloquence de Pelisson oublia qu'elle était calviniste pour éclater à travers les murs de la Bastille. Madame de Sevigne oublia sa réputation qu'on attaquait ^ pour accourir à notre Arsenal, où siégeaient les juges, et rendit par un de ses regards ^ le courage à l'accusé. — Pomponne parut oublier son protecteur. — Pas une ligne dans l'histoire n'atteste sa reconnaissance. Le poète, le sectaire, une femme ont élevé la voix ; le Jansénisme s'est tu.

Nous nous trompons, il éleva la voix par la bouche du. grand Amauld. Ce fut pour renier le ministre disgracié : «Quelle raison aurois-je, » écrit le célèbre docteur, qu'on accusait de faire pour l'ami de sa famille quelques-uns de ces éloquents factums que composait Pelisson derrière les guichets de la Bastille ; « Quelle raison (( aurois-je de m'intéresser dans la cause d'un homme « que je sais avob- plus contribué que personne à em- « pêcher que le parlement ne me rendit justice dans « l'affaire de la censure *? que je sais avoir pratiqué des « voix contre moi, par des gratificatipns qu'il a faites à « cette condition, et qui a été cause par là de ce qui me

i Opuscule inédil de La Fontaine, Mém, de Coulanges, p. 451.

2 Mém. de Buê$y-Rabuiin, t n, p. 53.

» Uttreê de madame de Sévigné, L i, p, 77.

't La censure de Sorbonne sur la seconde lettre à M. le duc deLiancoozL ( Mém. de Fontaine, t ii, p. 27. — CC Lanière, Vkd^ArnaM, U i, p. 157, et pin» haut, 1. 1, p, 53, n. 3.)

CHAP. IV, SECT. ïlr ART. I, § III. 105

« doit le plus affliger, qui est que tant de savans doc- « teurs sont, à mon occasion, exclus de la Sorbonne, où « ils pouvoient servir très utilement l'Église et l'État ^ » Ainsi, chez ce frère de d'Andilly, les obligations de famille s'effaçaient devant les intérêts de secte. — Chez Pomponne, la crainte, sans étouifer la reconnaissance, semblait mettre celle-ci à la gène. « Je vous écrirai merce credi » , lui disait madame' de Sévigné dans une de ces admirables lettres où chaque soir elle consignait tout émue les bruits de la journée sur son cher prisonnier. « Au reste si vous continuez à me tant plaindre de la « peine que je prends à vous écrire, et à me prier de ne « point continuer^ je croirai que c'est vous qui vous en- « nuyez de lire mes lettres, et que vous vous trouvez « fatigué d'y faire réponse. Mais sur cela je vous promets a encore de faire mes lettres plus courtes, si je puis ; et je « Vous quitte de la peine de me répondre, quoique j'aime (( encore vos lettres. Après ces déclarations,, je ne pense « pas que vous espériez d'empêcher le cours de mes ga- « zettes 2. » Et lorsqu' enfin Fouquet a la vie sauve : « Il « me semble par vos beaux remerciements que vous me (( donniez mon Congé; mais je ne le prends pas encore. Je

K prétends vous écrire quand il me plaira Notre cher

« ami est par les chemins [sur la route de Pignerol]; il « a couru un bruit qu'il étoit bien malade. Tout le monde « disoit : Quoi ! déjà ^. »

1 OEuvre$ du doei, Arnauld,,i. i, p. 300, leUre cxlx, de 1663. La fomille Fouquet répara d^ailleurs bien amplement, aux yeux même d*Arnauld, les torts que ce docteur attribuait au surintendant. Le frère de celui-cî« évèque d'Agde, et son fils le P. Fouquet, Oratorien, furent de fermes appuis pour le Jansénisme. {Cf. Cerveau, NécroL, 1. 1, p. 840, t. iv, p. 6; iVoiip. eecU$, du S5 juillet 1733 et du 6 octobre 1734. etc.)

2 Lettres de madame de Sévigné, 1 1, p, 71. » Ibid., p. 106.

108 LES FILS D*ARNAUU> D'AUDILLY.

pendance qui resserroit dans des bornes étroites son in^ clination pour les choses glorieuses dç l'État ^ On com^

1 Robert avoue firanchemeDt dans ses Mémoire$ (part, ix, p. i 27} « que nulle « autre fortune ne peut rendre un homme véritablement heureux selon le K monde, que celle des souverains... » ; et dans une lettre inédite qu*jl écrit le S6 juin 1664 à M"* de Sablé : « Vous me pardonnerei, lui dit-iJ, la « pensée qui m*a toujours empesché de pouvoir comprendre qu^il y ait une « autre condition fort souhaitable selon le monde sinon celle d^cstre roy... « (Bibliot. Royaie,\BjeiVd de H*« Sablé.)— Ne pouvant prétendre àen avoir la fortune, il se fait dire par Anne d*Autriche qu'il en a le cœur : a Que poui^ c rois-je faire de mieux [me dit la reine-mère], que de mettre le roy entre « les mains d*un homme à qui Dieu a donné le cœur d*nn roi ? » {Mémoires^ part II, p. ii9.) — ^Aussi toutes les fou que les affaires Ty appelaient, Robert s'efforçait-il dignement, selon son expression, « de induereper$onamprinei-' « pi$ (ibi(Lt part. 1, p. i2S); n'y ayant point, dit^l, en ces sortes de choses « de plus grand défaut que de manquer à faire parier le roy en roy. »— Il s'y efforçait donc de son mieux, mais il parait que souvent il n'aboutissait ft le faire parler qu'en Janséniste; c'est du moins l'opinion qu'en aurait eue Louis XIV, s'il &ut s'en rapporter aux Menu deBrienne, (U ii,p. 800.) — Mus peut-être ce langage entrait-il dans les néeessilés du WAe d'un roi, VA que l'eussent compris les Jansénistes; car sans cela on ne comprendnât pas trop ce que dit Saint-Cyran d'un de ses neveux. Anpiibel, qu'il avait fait élever sous les yeux de Jansénius (Lettrée de JanMénhu, p. 8, 6, 18, 19, Si, 38, 80). <c Jamais, disait de ce neveu le célèbre abbé, je n'ai connu une « personne plus capable de gouverner un empire, a (Mém, de Lanceht, U I, p. 864.) — Ce génie supérieur est un de ceux qui, selon les ennemis de Saint-Cyran, avait été élevé par Jansénius avec l'argent du collège de Eol^ lajode* (Lettres de JaHêéniu$,p, 8, IftiSS, etcCf. M. Sainte-Beuve, Por<- Royalf L r, p. 808. ) — Quant au cousin d'Arguibel, Barcos, autre neveu de Saint-Cyran, élevé de même près de Jansénius, on sait que loin de pouvoir gouverner un empire, SI ne put même gouverner Port-Royal (voir plus haut, 1 1, p. 154, n. 3). Aussi son oncle, qui l'avait d'abord traité en empereur (Mém, de Lancelot, t ii, p. 817), se contentait ensuite de dire avec une parfaite modestie : « Mon neveu de Barcos est aussi savant que moi ; » ou bien : « Mon neveu mériteroit un évèché. » {Ibid., 1. 1, p. 867.)— Saint- Cyran s'était d'ailleurs partagé ses neveux avec d'Andilly. Il avait conserré pi-ès de soi celui qui était capable de gouverner un empire, et avait donné à son ami le courtisan, celui qui méritait d'être évêque. (IbieL^ p. 864 et 868 ; voir plus haut, t. ii, p. 3.)— Dans l'octroi de cette dernière faveur, il parait que d'Andilly avait eu le cardinal de Richelieu pour concurrent. (Jbid.) C'eût été toutefois le cas ou jamais, pour Saint-Cyran, de faire apprendre à ses neveux comment on gouvernait les empires, quitte

GHAP. lY, SEGT. U, AUT. I^ $ IV. 109

prend dès lors que son jugement dérive un peu à Tépigramme lorsqu'à parle d'un fils pour qui U avait rêvé les mêmes destinées, mais qui s'accommode de toutes sortes d humeurs^ et borne son ambition à devenir le collègue de Colbert.

Et cependant, le jour où lui échut cette fortune, le cœur du vieillard se fondit en joie. On le vit reparaître à la cour, tomber aux pieds de Louis XIV et embrasser les genoux du monarque. Il faudrait lire dans nos papiers, si M. de Monmerqué ne l'avait publié ^ le récit que l'heureux solitaire fait de sa visite au grand roi, qui, après avoir comblé le fils de faveurs, comble le père d'attentions, achevant les joies du portefeuille par les délices d'une corbeille de fruits envoyés de sa table,

à les leor faire gouverner plus tard au profit de ses idées.->n est vrai qu*eo cela Tabbé avait pu croire ses enseignements aussi efficaces, et plus sûrs,* que- ceux du cardinal. Simple derc et prisonnier, il avait, sous les yeux mêmes de celui qui le tenait captif, constitué au sein de TÉglise gallicane une république qui devait lui survivre ; tandis que son rival, ministre tout puissant et cardinal, n^avait pu, dans cette même Église, se constituer une monarchie qu*Jl eût gouvernée avec le Utre de patriarche. (Cf. Hersent, Optât us Galluêt de eavendo schitmate ; Dapin, Hiêt» eceUs, du dix-septième siècle, U I, p. 6S4; Mém* de Lancelot, U i, p. 76,157, 186, etc.) — II faut avouer ' cependant que ce rival, ce rebelle de Richelieu dans l'ombre, comme rappelle M. Sainte-Beuve (Port-Royal^ 1. 1, p. SOI), ne parvint lui-même à réaliser qu*une partie des projets qu'il annonçait àd'Andilly dans cette lettre confidentielle : « Je n*ai pas moins un esprit de principauté que a les plos grands potentats du monde... Dieu ayant proposé un royaume « en prix à tous lesbommes, j*y prétends une part Cela iroit bien loin s'il « n'éloit après dix heures de la nuit, et si 7e n'avois peur de parler en vain « en voulant inspirer par mes paroles un désir de royauté dans Tesprit d*un « ami que je ne puis bien aimer à ma mode^ s'il n'a une ambition égale d « la mienn£, » (Jbid.) — ^Le début de cette note prouve queSaiot-CyrannV vait point parlé en vain, et qu'il avait pu^ en toute sécurité de conscience, aimer son ami à sa mode,

1 Mém, de Coulanges, p. 436. — Cf. Mém, de i^abbé Arnauld, part, iir, p. 124.

ly LÈS FiLS D'AkNAULD li'ANDILLT.

et présentés à Robert par La Quintînie. La ^uihtinie s'înclinant devant Robert! La Pomone ^ de ChântîUy, dé 'i^aux, de Rambouillet, de Versailles et de Sceaux rendant hommage au Vertumne de Pomponne! Quel instant pour celui-ci ! quel orgueil pour ses grelTes I et giiel roi que Louis XIV ! ^

Le Janséiiisle faillît en oublier Port -Royal. C'était le 2 septembre I66ii qu'une lettre du roi l'en avait éloigné ^ ; depuis lors, cette sœur du grand Condé, la duchesse de LongSeville^, qui transmettait maintenant aux moralistes austères les sympathies qu'elle accordait jadis au célèbre auteur des Maximes 5, avait obtenu pour le Jansénisme cet édit de pacification dont nous avons déjà î)arlé [23 octobre 1667]. Les solitudes de Port-Royal s'étaient repeuplées®. — Robert n'avait point quitté Pomponne \ — A cette époque même [1668], son fils achevait de remplir avec bonheur sa première ambassade *. On eût dit que ce succès avaût converti le vieillard à la modéra-

1 « Pomona in agto Ver$aliensi, Quintinio regiorunt hortorum euUurœ a prafecto, o i Poème de Santeuil, en têle de Tédltion de 1716, de Vinttruction pour la Jardins»]

2 Quel homme aussi que ce La Quinlinie, qui en tête de son Instruction sur les Jardins (préf. p. 8) met ces paroles : « Nous avons beaucoup d^diili- « galion, non scuicmeot à d*anciens auteurs,... mais encore à quelques « modernes... et surtout à quelque personne de qualité éminente [M. Ara nauid d'Andiily ], qui sous le nom et sur les Hémoires du fameux curé tt d^Enonville, oui si poliment écrit de Ju culture des arbres Tniitiers. Ce « sont euXfdans la vérité, qui nous ont donné Us premières vues des prin^ « cipaux ornemens de nos jardins,,. »

S Além, de d'Andilly, part, ii, p. 152 ; voir plus haut, t. i, p. 219. A Mcm, de Fontaine, t. ii, p. 376-386.

8 Tout le monde connaît les relations de M"« de Longueville et du duc de La Rocheroucauld.

« Accra/, de P, lU, préf., p. 46, etc. 7 D. Clémcncel, Hist, de P'. R„ t. vu, p. 155. ■ Vcir V Appendice^ nole^O bis.

CHAP. IV, SECT. li, ART. I, § IV. 111

tîon, OU qu au déclin de sa carrière, écarté de sa route, la sollicitude lui faisait suivre pas à pas celui auquel si longtemps il avait servi de guide.

Et puis, ne pouvant devenir T instituteur des princes, > îl rélait (devenu de ses |)etîts-enfants '. tiurânt les absences (îu diplomate, c'était lui qui les surveillait, qui les dirigeait et qui frappait leurs tendres esprits de son empreinte. Par un charmant retour, le sien rajeunissait à la leur. Les tendresses de son âme redevenaient pures d'ambition ; ses tristesses aspiraient au ciel. — Rien n'y ; élève mieux les pensées que l'enfance, si ce n'esi le malheur. — Une fois déjà lorsqu'un double (désastre avait frappé le jeune ménage de son fils, qui, dans î' exil, perdait le premier fruit d'une récente union, il écrivait ces touchantes paroles : ^ « Que vous puis-je dire, touchant « nostré pauvre petite, que ce que vous me dites tous « deux, puisque tous nos sentîmens sont les mesmes? « Mais en vérité, ipa très chère fille, car c'est plustost à « vous qu'à mon fils que je dois m'addresser en cette <( rencontre, quelque grande et quelque juste que soit tt vostre douleur...., ime faveur de Dieu que vous ne a sçauriez trop reconnoistre, c'est qu'il ait voulu se ser- « vir de vous pour augmenter le nombre des anges... ^ »- Avec quelle sollicitude le vieillard ne veillait-il pas sur les anges que î)ieu lui avait laissés, et comme il abritait doucement sous leurs ailes ses derniers jours I Les lettres de son fils sont pleines de réponses à ses joies. Tantôt c'est un dialogue entre l'aîné et M. Fra-

1 Le Clerc, Vie édif. de P. Il, 1. 1, p. 360.

3 Le 28 octobre 4^62.

5 Cf. Le Clerc, Vies édif. de P, R,, t. iv, p. 306.

112 tes FIL8 D'ARNAULD D'ANDILLY.

mery ^ [80 juillet 1667], « dialogue qui marque quelce que chose » ; tantôt c'est un jugement de M. de Sacy, <( trop avantageux pour que l'amitié ne l'ait un peu es- « blouy )) [16 juin 1668]. Le fils est obligé de tempérer les admirations de l'aïeul, comme il en a tempéré les ambitions. — Mais l'aïeul s'en dédommage en admirant son fils.

Il reste dans nos papiers un singulier témoignage de l'extase naïve et profonde où le vieillard tombait devant les productions de ce fils bien aimé. Ce sont plusieurs cahiers du genre de ceux qu'on appelle au collège cahiers d'expressions. Us sont écrits de la main de Robert, qui leur a donné pour titre : Bettes manières de parler tirées des retatiom de M, de Pomponne. — M. Sainte- Beuve avait rencontré juste quand il accusait Robert d'avoir la passion des phrases \ — Les manières de parler que celui-ci trouvait si belles, il les destinait sans doute

4 [M. Wallon de Beanpnis, directeur des petites écoles de Port*Koyal cil 1647 ] « avoit avec lui M. LanoeloL.. et M. de Frameri qui fut d ins la a suite principal du collège desGrassins... > (VU de Wallon de Beaupuis, p. 64> 89. — Cf. Le Clerc, Vie$ édif. de P, R,, U it, p. 124 ; Œuvres du docU Arnauld, U m, p. 176, 206, 695.)

2 c CeUe passion académique desphrases^ qu*il partage avec MM. de Balzac « et de Vaugelas. » (Port-Royal, 1 1, p, 300.) Et cependant Robert refusa deux fois, à ce qu*il paraît, l*lionnenr d*entrer à TAcadémie française ! (M. Sainte- Deuve, Port-Royal, t. ii, p. '267). Mais en revanche sa famille s'efforça de faire créer toute une académie, celle que Ton nomme maintenant des sciences morales et politiques, et qui alors se fàt appelée des sciences théologiques. (Petitot, Mém,, 2* série, t. xixiii, p. 218. — Sans doute que la famille Arnauld avaitfini par méditer et par goOter ce passage d'une lettre deRacineà Nicole :

• Ohl que le Provincial [Pascal] étoit bien plus sage que vousl Voyez f comme il flatte TAcadémie, dans le temps même qu'il persécute la Sor-

• bonne. > (Œuvres, L vi, p. 16.— Cf. pins haut, 1. 1, p. 5, n. 1, et p. 96, n. 2.) Dès cette époque d'ailleurs FAcadémie française aurait eu, c'ans la création projetée, un sujet d'émulation et Tespoir de recruter d'utiles auxiliaires. (Voir Œuvres du doct. ÀmauUlj U iv, p. 125, lettre Mxav.)

CHAP. IV^ SECT. n^ AKT. I^ S !▼• l^S

à former le goût de ses élèves. En cela il se montrait conséquent; c'était le vrai moyen de leur donner le style de sa maison >. Pomponne, qui a conservé ces cahiers, sans doute par respect pour les admirations de son père, y met sa modestie à Tabri de cette note autographe qu'il ajoute au titre : Rien fï intéressant ^. Une semblable condescendance du diplomate pour les goûts de son père était d'ailleurs du nombre de celles qui ne pouvaient compromettre sa fortune.

Il en était de même des goûts du vieil horticulteur pour les jardins de Pomponne. — Après les petits enfants, les jardins occupent une grande place dans la correspondance privée du diplomate, les jardins et les constructions ; car l'architecte du roi s'était chargé de restaurer le château de l'ambassadeur, et M. de Monmerqué a déjà publié la lettre où Pomponne se félicite de voir le rival de La Quintinie entrer en collaboration avec Mansard ^. C'était ne pas déroger.

Au milieu de ces douces occupations cependant, « le (( fantôme du Jansénisme, à qui, selon les expressions « de Robert lui-même, rien n'est impénétrable, qui court <( toutes les provinces, qui passe et repasse si souvent (( les Alpes*, » ne manqua pas d'apparaître plus d'une fois jusque dans les vergers de Pomponne. Le vieillard et son fils lui firent un accueil toujours discret, et parfois public lorsqu'ils le purent sans danger. — Ainsi avant

^ Voir plus haat, 1. 1. p. 19, n. 1.

2 Son amoui^propre d*ailleun avait dû être agréablement surpris ù la Tue de ces cahiers si sa modestie n^était pas feinte dans la lettre quMI écrivit à son père, en lui envoyant la première des relations dont ib offraient Pextrait. (Mém. <U Coulangeê, p. 417.)

s Mém, de Coulangeê^ p. 406.

« Mém. d'Am. d^Andilly, part* u, p. Id4«

lift fES FILS D'ARN^DLP D ANDIIXY.

ia pacification de 1668, leurs sympathies ne s'étaient guère épanchées que dans leur correspondance. La pacification consonimée, Poraponne, revenu de sa première ambassade, présenta son cousin, le modeste et pacifique ^cy^ à Louis XIV ^ ; niais laissa son protecteur, le ministre Lionne, présenter seul au monarque son oncle, le bru vaut et belliqueux docteur 2. —Le diplomate garda près de lui ses filsj mais plaça, ses filles entre les mains de leurs tentes à Port-Royal \ — Enfin, arrivé au ministère, il laissa même quelque influence aux membres les plus exaltés de sa faniillé dans le choix des personnes qui devaient l'environner; car à la suite d'une dépêche que lui adresse un certain Gaudon onze jours après sa nomination [18 sieptembre *167l],*on trouve ce postscriptum: « Le P. Durandeau, grand amy de Monsei- «'gneur d'Angers, luy a escrit sur M. t^arayre, qu'il ne

1 Mém, de Fontaine, U ii, p. 383; Mém. de Vabbé AnifliiW,part. ni, p. 99 et ilO.— On sait que pendant plus de deux ânsfiS mai 1666-31 octobre 1668] Sacy avait sémi dans la BàsiiUe. Le 6 août 1667, rexeellent Pim^ taine, son compagnon d'infortune, écrîTait à l'un de ses amis : tU y a do « plaisir à se considérer entre les mains de Dieu, et à ne TOtr aucun moyen t hamain pour «e tirer de Pént oft Ton est. La bonne madame de Pom- « ponne, qui est l'unique qui pouvoit publiquement agir et prêter son nom « aux poursuites que faisolent les autres [amb de M. de Sacy j, s'est de- < clarée nettement qu^elIe ne peut pas se mêler de notre affaire : elle a les c pensions de M. son mari à solliciter. Il ftiut pour cela quelque méoft- « gement, et elle agit sans doute fort sagement ; nous serions très fftcbés t qu'elle souffrit quelque mal pour le bien qu'elle nous procuré, et nous c pou? ons nous passer plus aisément des adoudssemens qu'elle prétendroit « de la cour pour nous, que M. de Pomponne ne peut se passer de sa pen- « sion en Suède. Dieu aura soin des pauvres, s'il lui plair, et des pauvres t quibut non est adjutor. b (Le Clerc, Vies édif., U iv, p. 304.— Ç(. Goujet, Vie de Nicole^ part, ii, p. 9, où il y a une erreur.)

S Lanière, Vie du docU Amauld, t i, p. 869.

S Lettret inéd. du 7 et du lA mars 1669,

CHAP. |y, SECT. n, ABT. I, S ?▼• 1^

« (ïeyoît; permettre que Vos^re Excellence prist un esH « pion des Jésuites ^ »

Un premier succès semblait avoir amorti Tardeur du

f L'accQsation de Jésuitisme commençait à devenir d^une grande rei« source poar les concurrents qui Toulaient écader leurs riTSui ; c*était en effet une arme assez commode pour luer un ennemi. On peut en juger par la lettre dont nous avons cité le post-êcriptum. Gaudon, qui Vécrit et qoe noiis ëroyons être ce SilTalnGaodon, run des principaux disciples de Salnt- Cjrah, Vim des premiers solitaires de Port-Royal IMém. de Lancelot, L î, p. 45, 35, etc.), et depuis abbé de Pleinpied, conseiller du roi, et mort en 4682 [Galiia chrtstiand^ t, it, col. 1S7), indique officieusement à Pomponne la manière dont il doit épurer les bureaoi 4es aDhires étrangères, où lui-même remplit des fonctions dont il parle en ces termes : « Il y a « le roolle que je faisoîs céans et que je vous offre de fhirè encore chés « vous, sans vous estre à charjjtc en aucune ftçon. Il consiste à expédier « dans vos trois mois (voir plus haut, t. ii, p. 12, n. S) toutes les grftces « que le roy ftiict, entre lesquelles sont les bénéfices ; et pour cela, aussi « bien qu'c po^r un grand ndrobre d*affàires eccfésiastiques qui se rappor- « tcnt & vous, h cause dé Rome qui est de vostre département, 11 est très « bon que v'ons ayés un bomiiie de la profiessioA ; et je m*y off^ encore « Une rois, & la mesme condltiori de ne vous estre point è chlirge, comme je fl ne Testbis plus H y a quel(|ues années à cette maison [ de M* de Ljofnne], « que de mon logement, qUe Msr de Lionne avolt désiré que je retinsse û tousjours; ce que je ffils présentement d'autant plus volontiers que je « suis libre. * Ledit abbé Vêtait donc vu, et désirait se conserver, à Ja tête d*uhe feuille des l>énéfioes, et de toutes les lelations avec pone sur lesquelles'un taique avait besoin des eonsefls d*un liomtDe de sa robe. Mais dans ce ministère occulte, une influence occulte aussi contrariait la sienne; è^était celle du P. Annat, Jésuite et confesseur de Louis XTV : c Vous serés « prié, cohtinué Thabile Gaudon, si V. E. ne i*a esté desjè, de continuer à « M. Pacfaau et à M. Parayre leurs commissions. Il faut premièrement vous « persuader que vous n*âvés pas l>esoin d*utt si grand nombre de comroist.. « Je pense en second lien 'que voua ne cbasserés pas M. Rousseau et « M. Tourmont qui sont à vous depuis si lonterops..* pour prendre des fl estrangers... ; [d^autant] que ceux-cy peuvent s*en tenir, s'ils ont de la « modération, è leur fortune, ayant chacun un bon carrosse..; ce que j*ay « ctcu que vous déviés sçavofr -pour rendre à chacuU justice... De plus fl vous verres mesme entre vos enilios, ou vos parens, ceux qui sont en aage « et en estât.. M. Parayre est le plus capable, il a du style et s^it assés « bien les formes. Il avoit travaillé plusieurs années sous M. de Brieune. « M. de Lionne ne vouloit point le prendre... à cause qu'il estoit blasmé c dVolr tin meschant espirft, capable de mettre de la division et du dé-

116 LES FOS b'ARNAULD D'ANDIIJLT.

vieillard. Le triomphe la ralluma. Il rêva pour ses petitsfils le bonheur d'une éducation semblable à celle de leurs sœurs, et pour lui-même une tombe dans le lieu où il avait déposé le cœur de Saint-Cyran '. Après le triomphe, il lui fallait Tapothéose. Son retour à Port-Royal l'eût replacé parmi les saints, avec ses anges. Ses petits-fils, que le pouvoir n'eût osé lui arracher, eussent formé à Vaumurier les pierres d'attente d'une nouvelle école pour remplacer celle des Granges, qui, depuis seize ans [1666-1672]^, avait été arrachée de la sainte solitude ^ Un plan si habilement conçu n'était peut-être pas tout à fait improvisé. Ce soupçon nous est venu en lisant ime

, ■ sordre partout, à desseiii de s'avancer aux dépens d'auim/; en quoj H I peut y aroir qudque cbMe de vray... Mais le P. Annat, dont il estoit ■ parent, estant continueUement nécessaire à Mf de Lionne, à cause [de la c feuille] des bénéfices ausquels il prétendoit, et pour lest^uels il y aTolt « touigours quelque chose à ftdie, enfin M. de Lionne le reoeut. U y a en t grande jalousie, tousjours entre luy et M. Pachau... En YoUà beau- « coup, monseigneur, pour aujourd'huy. J*auray Tbonneur de tous esoire « chaque ordinaire, jusques à ce que tous soyés icy; et chaque fois je tous

• donneray peut-estre denouTcllcs connoissances, toutes sansTouloir nuiie

• à personne (je suisamy de ces deux messieurs, et M. Pachau m*a esté « particulièrement officieux, comme à tout le monde); mais pour tous c informer de la Térité, sans laquelle tous ne pouTés que tous tromper, et « aTec laquelle tous ne tous tromperés jamais. Je prie nostre Seigneur de « n*arrester jamais le cours de ses saintes bénédictions, etc.. » C*est à la suite de cette pieuse intercession que Tient le Poêt-Scriptum dirigé, non parGandon (Dieu le présenre de vouloir nuire à per$onneI), mais par le P. Durandeau contre ce Parayre, cet espion des yMuif^. — (Ne pas prendre le dernier mot du Po9t'Seripium pour la signature de la leUre.) — GeUe lettre est du 18 septembre 1671. La première représeutaUon du Tartufe est du 5 août 1667 ; et si Molière n*en a trouTé le modèle ni à Port-Royal ni chet les Jésuites (Toir plus haut, t. i, p. 182-S12;, ne serait-on pas tenté de croire qu*il a été le chercher dans les bureaux tant soit peu jan* sénistes des affaires étrangères ?

1 Mém, de Laneelot, 1. 1, p, S56.

ï Mém. deDuFoMêé, p. 169, c xx ; Besoigne, Hi$U de P. B., t;iT, p. 513,

» Voh- plus bas, même ehap., net. vr, art. u

GHAP. IV^ SECT. U, ART. Ij S <▼* ^^7

lettre charmante de madame de Pomponne à son mari, lorsqu'en revenant de Hollande elle lui rend compte de l'état où elle a trouvé ses chers enfants et leur instituteur : « Paris, ce 27 aoust 1671. Me voylà revenue de « Pomponne... et je suis sy plaine de la joye que j'ai « eu de Voir nos anfans, que je doute sy je te pouré « bien expliquer comme ils sont. J'ay esté sy surprisse « de les voir sy jolis. et sy embellis, que je ne les ay pas « reconus. Pomponne est fort creu ; mais Toinon ' Test 0 en un point que vous ne le sauriez croire. Nous eusmes «tout le plaisir d'abord; car Lolotte^ madame de « Monchi^ et moy, nous nous mismes tout d'un rang, « et mon père, et mon frère de Lusancy; leurs demandë- « rent à tous deux où estoit leur chère mère? U y avoit tt deux jours que Toinon estoit fort en peine qui luy dite roitqui j'estois, et comment il me conoisteroit. Pour « Pomponne, il disoit qu'il me conoisteroit bien. Après (i avoir bien demandé à Toinon sy il ne me conoissoit (( point, et, luy, avoir dit plusieurs fois que non ; Pom- « ponne ne se pust plus tenir, et vint se jeter à mon cou, « en me disant : Cest vous qui estes ma chère mère ! « Toinon en fit autant, et tu crois bien, mon cher amour, « avec quelle tandresse je les embrassai tous deux ; je « t'assure que jamais l'on n'a eu tant de plaisir que

1 Auloine-Joseph, plus lard chevalier de Malte. '— Voir plus bas, ckap* r, MecL m.

2 M"* Charlotte Ladvocat, plus tard M"* de ^ns, sœar de M"** de Pomponne. (Uitre» de madame de Sévigné, i, iv, p. 67, 88, 94, etc.)

- Sans doute Marie Mole, mariée comme M"* de Pomponne en 1660. Elle avait épousé Georges de Mouchy, marquis d^Hocquincourt ; elle mourut en janvier 1694 (le P, Anselme^ L vi, p. 574)t et fut mère de Geneviève de Monchy, qui épousa en janvier 1695 Antoine de Pas, marquis de Fedquiè* res. (Ibid., t. vu, p. 558; Mém. de Feuquiére*, U i, vie, p. cuxii.) II. 9

!t8 r£S ni^ D'ARNâtLD D'ANDILIY.

ce j'en ay eu dans ce moment. Tout ce que je te pui» « dire, c'est que Ton ne peut pas trouver deux plus jolis « anfans. Toinon paroist effectivement un anfant qui « promet beaucoup : il est sage naturellement, et n*a- « prand rien ancore, hors des vers, pour luy former la « mémoire^ Pour Taisné, M, de Sacy que j'ai mesné à « Pomponne, me paroist très contant de ses estndes, et « m'a dit qu'il vous en escriroit. — C'est assez vous « parler des anfans. Il faut revenir h ton père. Je Tay « trouvé en trts bonne santé ; mais le visage beaucoup n plus vieilly et tiré. Il est plus palle. Il est aussy beauc( coup plus sourd < ; il ne marche pas tout à fait tant, « quoyque ce soit avec autant de force. J'ay trouvé que « deux ans et demy font beaucoup sur un homme de son « âge. It m'a fort entretenu de toute chose, surtout de If la résolution qu'il avoit prise de demeurer avec nous. If Ce n'a pas esté sans peine, car Von a fait tout ce qu'on « a peu pour l'en destoumer ; et nous avons toutes les « obligations du monde à mia p. mère et à Clément' ;

< Cf. Mem, de Vabbé Ârnauld, part ni, p. 170,

> Nous pensons qa*ll est Ici question de M"« Hippolyte Clément, et d'une personae de sa famine. Cette dame, jadis tourière de PoK«RoyaK-de»- Cbamps (GaiUicrt, hUm. ckron,^ U m, p. iSO; Nécrol, deP. iL,p, 47), ^'était retirée h Pomponne en septembre 1664 avec d'AnâiHy, qui écrivait ù M"* de Sablé le 24 du même mois : c Je traraille autant que je pois à t cstablir mon petit ménage; et c*e&t une cliose incroyable que ce que « M"* HypoHle fait pour cela. Je serols perdu sans elle... L*une des plus • grandes peines de mon exil, est quMl m*oste Tespérance d'avoir, tant qu'A t durera, la joje et la consolation de tous voir, t (BiHioth* dm roi, layette de M*« de Sablé.) — Le M janvier 1668, d'Andilly écrîTatt à sa fille Angélique de Saint Jean : « Je tous écris ceci sans lunettes, eneore que je f touche à quatre-Tingt ans,;et tout le reste Ta & proporUon. Mafa y preoaM c Pintérêt que tous y prennes, tous deTat, après Dieu, en sçaToir p^ à « M*« Hypolite^ qui me décharge de telle sorte de tous soins que je n'ai « à penser qu'à mon salut, et à employer mon teros le mieux que je puis. »

GHAP. IT^ 6EGT. 11^ AHT. I^ S IV. 119

(( car la première, quelque presse qu'on luy ay faite « pour parler à mon père, elle a toujours dit que nous c( et nos anfans luy estions aussy chers et mesme plus « que une comunauté, qui pouvoit trouver bien d'au- « très consolations que nous; et que d'oster mon père (( de nos bras, c'estoit nous faire trop de tort de toute (( manière ; que tout ce qu'elle pouvoit faire, c'estoit n d'estre neutre, sans rien dire, et se disposer à suivre (c mon père en quelque lieu [où il prendroit résolution a de demeurer. M. de Sacy, mon frère, et toutes les re^ « ligîeuses sont bandés contre elle; [Si l'auteur des Pro- « vinciales avait été Jésuite, ou que les Jésuites eussent « eu quelque homme de génie pour leur écrire des Prott vinciales!^] et dissent qu'elle en est cause. Mon père (( a offert à mon frère [qui habitait Pomponne avec lui] « de le laysser aller sy il voulloît ; mais qu'il ne se pou- « voit pas résoudre à voir despérir une terre qui estait (( en sy bon estai par tous les soins que l'on y a pris, et « que puisqu'il y apris tant de peine, il veut aller jusqu'au u bout ; que dans le temps que vous faites tout ce que « vous pouvez pour vos anfans, a est bien juste de vous

(Le Clerc VU» édif.^ U s, f. 960. — Ct t xv, p. il7 et 186.) c J*ai«t I quelquefois ici [à Pomponne] en voyant les assistances queM**IIip- 1 polyte rend aox pavnes, qoeiri f avoîa «MMetir, je la tlett4roit mille Mê t phis hewwaeitplii» henorée 4e ftîM ce que ftât ici lf"« Hjppokile, tp» c si elle aroit la qualité de ducliessei i (Lettre de Sa<7, du 24 janvier 1683, Le Clerc, Vie» édif., t iv, p. 516.)

1 « L^enjonement de Mf. Pascal ■ plas lervL à vaire pani qiM timt le séc rienx de Bfw Amaold. » (Raeise^ Uiin à PfimU, CEmnrm, t. n, p. SS.) Port-Royal le savait wêbA Men qne Rseiae, et voilà peurqveif lorsque celni-ci attaqua Nieole et ses aatis, par deM lettres qot, k notre avis» valMt bien les ProvindaU»^ tout le parti s^interposa pour apaiser cette toU ▼cngeresse (îtnd., p. 81) qtri, «tcc quelqeef peroles de pies, eût détruit tout roavrage de Montalte.

120 LES FILS D*ARNACLD D^ANDULY.

« segonder, et de faire icy ce que vous ne pouvez faire de f( sy loing. J'ay fort parlé à mon frère, et il ne me paroist « pas contant. Je peus dire mesme qu'il m*a receu avec A bien du froit. J'en ay parlé à madame Hipolite ; elle tt dit qu'il ne faut pas s' an estonner, et qu'il ne laisu sera pas de faire tout de mesme pour nos afaires. Je Cl ne croy pas qu'il veuille quiter mon père ; mais il va tt très souvent à Portr-Royal, et il y demeure quinze «jours, trois semaines, un mois de suitte.... Vous le tt trouverez fort changé, car il se tourmente en un point « que cela ne se conçoit pas. — Pour Clément, c'est un

tt trésor »

Le vieillard avait-il résisté à cette conjuration d'une moitié de sa famille contre l'autre î Ses petits-enfants et ses arbres l'avaient-ils emporté, ou bien des conventions secrètes avaient-elles ralenti les poursuites de Port- Royal? Nous ne saurions le dire. Mais s'il avait pris des engagements, le solitsdre choisit avec une rare habileté l'instant de les réaliser. — Dans une tentative pour laquelle il avait été impossible d'agir sans le consulter, on avait placé les deux plus âgés de ses petits-fils au collège ; mais l'essai avait mal réussi, et dès le mois de mars 1673 ces enfants étaient rappelés au sein de la famille^ Peu après, leur père, au comble de la faveur, avait suivi le roi au siège de Maêstricbt^. Tout à coup, le 25 mai 1673, le vieillard disparaît de Pomponne '. Il y laisse ses élèves

^ Lett inéd, de$ Feuifuiéreê, t. iz« p. iiO. Ib j avaient rejoint leun deux'i^lus jeunes frères restés près de d^AndîUy et de leur mère (ihid)*

3 De Quincy , BisU milit. de Louis XIV, Ui^ p. S49 ; UtU inéd. de$ Feuquiérei, t. ii, p. 178. ~ Pomponne ne rentra chez loi que Ters Noël i67S. (!bid., p. 243.)

3 Gmlbert, Mém, hUt, et cAron, mer P. R», U h P* 57^ > ^"« ^^^ ^^ Feuquièreê, 1. 11, p. 280.

CHAP. IV, SBCT. n, ART. I, g ^V. 121

sans maître, leur mère sans conseil Ml espère sans doute par ce coup d'état ressaisir tout son ascendant. — Dioclétien n'est pas le seul jardinier qui ait regretté l'empire! — Son fils allait probablement le supplier d'abord de revenir, puis sur son refus consentir à lui envoyer ses petits-enfants, ses chers élèves.

Mais le fils, inflexible dans sa circonspection, lui écrit ces lignes désespérantes : « Du camp de Mastrict, ce 13 u juin 1673..... Je prens part à la satisfaction que vous « trouvez au liea où vous estes, et de celle que vous « tesmoignez de mes filles. Elles gagnent à la perte de

«leurs frères » Le pauvre vieillard est navré, et

cependant il continue à feindre un grand contentement. Il n'ose se plaindre de son fils, et se plaint à mots couverts de sa bru. Puis tout à coup son cœur éclate : il demande, ce qu'on ne lui offre pas, ses chers petitsenfants. (( Je prens grande part, lui répond son fils, du « camp de Mastrict, le 18 juin 1673 [cinq jours seule- « ment après la lettre précédente?], je prens part à la « satisfaction que vous me marqués de vostre nouvel « establîssement, et vois avec plaisir la justice que vous « rendes à ma femme sur vostre sujet. Elle m'a tesmoi- (( gné sur vostre départ les mesmes sentimens qu'elle a VOUS a fait paroistre. — Vous croyez bien que souhait- (( tant au point que je fais à mes enfans une éducation « aussy avantageuse que celle que j'avois espéré qu'ilz « trouveroient auprez de vous, je verrois avec bien du « plaisir qu'ilz, pussent retrouver le bien qu'ilz ont perdu. « C'est sur quoy il m'est difficile de vous dire mes sen-

1 II paroU même que Robert avait proflté d'un voyage qucM** de Pomponne avait fait à Paris, pour quitter leur résidence commune. (LetU incd, de» Feuquiérts, t. ii, p. i56, lettre du 18 mai 1673.)

122 lES FILS D'ARNACtD D'AMULLY,

(c timens» et ce que je pense de la proposition sy obli^ tt géante que vous m'en faitteê. Les voilà présentement a establis à Pomponne, et ilz y passeront Testé, au moins « la plus grande partie, avec leur mère* Cependant je a vous suis infiniment obligé de la pensée que vous aviez . (I eu pour eux, et vous en rrads trez humUes grâces. « Vous croyez bien que je ne leur soubaitterois rien tt d'avantage qu'une demeure semblable à celle de Vaun « mûrier, et, qu'à choses esgalles, je la préfiërerois à « toutte autre. Je veux espérer qu'ayant autant de désir « que j'ay de les bien eslever. Dieu bénira ma pensée, uety pourvoirez »

Cette lettre, dans notre recueil, est la dernière da celles que Simon adresse à son père. Un an après, Robert était mort; mort à quatre-vingtpcinq ans, sans avoir vu réaliser son dernier vœu. — Hâtons-nous de le dire cependant. Pomponne, par un de ces tempéraments qui ramenaient l'équilibre entre son affection filiale et sa prudence paternelle, avait adouci les suprêmes instants du vieillard. — Ne pouvant lui confier à Port -Royal l'éducation de ses fils, il les lui avait envoyés pour y passer leurs vacances ^ ; attention pleine de délicatesse envers l'aïeul dont l'hospitalité devenait une récompense, pleine d'habileté à l'égard des jeunes étudiants pour qui le séjour de Port-Royal devenait une fête. — Les calculs du courtisan valaient bien ceux du soUtaire. — Mais la mort , les déjoua, et transforma la fête en 4euil [27 septem- i bre 167 A]. En même temps, il est vrai, elle transforma > le deuil en liberté. Depuis lors Pomponne ne conduisit

i Bcioigiie, B\9t, dé P. R., t. ii, p. 4»a. 11 parait qu'Us araieDl nérUé ceUe récompense par des succès <k collège. ( Voir la lettre du 5 septembre 161 ht Lett. in£(L de» Feu^wiért», t. m, p. 36.)

les siens k Port^Royal que lorsqu'ils n'eurent plus rien à craindre du pouvoir» après leur trépas ^ Sans doute il espérait ainsi faire glisser inaperçues, quoique vivaces» ses propres sympathies sous le linceul.

ARTICLE II

Pomponne -après la mort de son père»

S I. Pisgrl^ et faveur.

Pomponne avait pu, jusqu'à un certain point, dissimuler ses propensions. Mais il était une chose qu'il ne pouvait ni ne voulait sans doute dissimuler : c'était son nom ; de sorte, dit madame de Sévigné, que sa signature lui était un crime *. — Sa signature toutefois était tolérée depuis huit ans, pendant lesquels elle avait figuré au bas des actes les plus importants et les plus glorieux de la monarchie i et rien ne semblait menacer sa fortune. — La disgrâce l'atteignit cependant; et, chose étrange ! elle sembla lui venir par la seule des passions de son père*

1 Eu 1676 H y avait déposé les restes d^une de ses Tilles, CaUierhie An- . gélique, morte le 12 avril de cette année. (Guflbert, Mém. ehron. de P, A., t VI, p« 293.) En 16S49 U était dans la diagrftoe lorM|uc Sacy noturul ft Pomponne. Il parait qu'il Toulut s'opposer k ce que les restes du déHiut fussent transférés ù Port-Royal. (Le Clerc, Vie» édif, de P. A., t iv, p. 47.) Rien ne prouve, sinon une asiertion de Besoigne {Hhf, de P. H., u ii, p. 593), qu'il s'y soit trouvé aux obsèques de sa sœur Angélique de Saint- Jean, et à celles de Luzancy, son frère, morts la même année. Mais lorsqu'il fut rappelé au pouvoir, et ceci est à sa kmanfe^ moins pusillanime, U y fit célébrer un service pour son fils le chevalier de Pemponae, mort en novembre 1693, et assista en 1695 au service qui y Ait célébré po«r le docteur Amauld. (Beacîsoe^ ibid. et p. 694; voir etwi Guelië, !Utrmfe d'ÀruMuid, p. 1.)

2 Lettre» de madame de Sévigné, t. vi, p. 22, 25» 35, 59» 62.

12& LES PUS D'ABNACLD D'AMDILLY.

contre laquelle il ne s'éudt pas mis en garde, à laquelle même il avait cru pouvoir s'abandonner sans danger; par l'amour de ses jard'ms et de la campagne. — Le secrétaire | d'état préféndt trop souvent Pomponne à VersaiUes >. i — Le 2 septembre 1679, il avait scellé à Fontainebleau ' le dernier acte d'accession au traité de Nimègue, celui i de la Suède et du Danemarck'; puis il avsdt profité de la paux générale pour se doimer quelques jours de repos à Pomponne. Il y reçut un courrier qui lui annonçait l'accueil fait, par la cour de Bavière, aux ouvertures de Louis XIV pour le mariage du grand dauphin. C'était le jeudi 16 novembre 1679. Un der;iier rayon de soleil, quelques plantations peut*ètre firent que le mwistre employa deux jours à déchiffrer ses dépêches. Le 18 novembre, lorsqu'il se présenta pour les remettre, ce fut Colbert qui les reçut et qui lui transmit en échange l'ordre d'envoyer sa démission '. Louvois avait le plus contribué à ce dénouement Colbert en profita. Croissy, frère de celui-ci, reçut le portefeuille des affaires étrangères.

Louvois ne pardonna jamais à Pomponne de n'avoir pu le dépouiller. La mort seule mit un terme aux rancunes de cette ambition déçue. L'exil en avait mis un autre aux goûts trop vifs de Pomponne pour la campagne. Louvois mort, Louis XIV rappela l'exilé dans le conseil, mais en lui témoignant le regret de ne pouvoir lui

i Cf. Leti, inéd. dê$ Feuquiére», t, m, p. 844, et U nr, ii. 196, 210.

S Àct, et Menu des négociûL de la paix de Niméffme, L ir, p. 55S; nisdîer, HUt. de la paix de Nimégue, |i. S34t etc.

8 Voir Mim. de GourviiU, t u, p. S27; Teetam. ffoUtiq. de CoUeri, p. 875 ; Lettrée de madame de Sévigné, U vi, p. 25, 85, 59, 82 ; Uèm. iméé, de Louiê de Brienne, t, ii, p. 268.

CHAP. lY^ 8ECT. U, ART. U, $ h 125

restituer son portefeuille, et la crainte de Ten voir mécontenta En sortant de Taudience du roi, Pomponne se rendit chez Croissy, l'heureux détenteur de ce portefeuille, et lui demanda son amitié. Robert, s'il eût vécu, aurait pu s'écrier, comme autrefois dans ses Mémoires^ que son fils s* accomrnodoit mieux que personne à toutes sortes it humeurs; mais il s'en serait consolé sans doute par le succès que recueillit une conduite si sage. Non seulement Pomponne obtint de Croissy l'amitié qu'il demandait, mais lui, dont le mariage avait été l'œuvre de Fouquet, il maria sa fille à l'héritier des Colbert, au marquis de Torcy ^, fils de Croissy même, dans l'héritage duquel se trouvait compris le portefeuille des affaires étrangères.

Ainsi la modération de Pomponne resssdsissait ce précieux portefeuille à travers une amitié et un mariage ; et, chose bizarre ! comme si la fortune eût voulu conduire jusqu'au bout un capricieux parallèle entre la. conduite politique du père et celle du fils , celui-ci eut à diriger la carrière de son gendre au débuts comme jadis Robert avait dirigé la sienne. Le roi voulut que le jeune ministre des affaires étrangères ne travaillât que sous le contrôle de Pomponne; et non seulement l'heureux négociateur quijadisétaitdescendu dansla disgrâce sur les trophées de Nimègue mourut cette fois au pouvoir sur ceux de Riswick; mais son gendre s'y maintint jusqu'à la Régence. — L'héritier de tant de grandeur retrempée à tant de sa-

^ Mim, de Saint-Simon, t iir, p. 167.

3 Le mariage eut lieu, par ordre du roi, le 18 août 1696, quiiiie jours après la mort de Torcy, qui était décédé le 28 juillet précédent. La charge de secrétaire d'état des affaires étrangères ftit exercée en commun par Pomponne et par son gendre. (Mém, de Saint-Simon, t. ii, p. 180.)

130 IMS FIU tfAENAVLO D'AVMLLY.

gesse, ne fui écarté que lorsqu'il dereuait inutile ; après le règne de Louis XIV,

Une existence ausû accidentée que le fut celle de Pomponne, où la fortune se releva sans cesse de chutes en escarpements, ouvre dans sa correspondance des aspects variés, mais non pas inattendus ; car il vivait dans un monde où l'étiquette râlait tout par avance. A cba^ que revers, on prévoit le compliment de condoléance. A chaque succès, on est certain de la congratulation. Les tètes s'inclinent et se relèvent, selon les circonstances, et d'après un mouvement convenu. C'est en mesure que l'on monte vers la faveur; c'est en cadence que l'on bat en retraite après l'échec Les plus illustres marquent le pas. Le prince de Condé, les cardinaux de Bouillon, de Forbin-Janson, d' Arquien, de Bonzi (ce dernier avait été le plus âpre compétiteur, et se trouve le plus ardent cornplimenteur de Pomponne) ^ ; une foule d'archevêques et d'évèques ; les abbés de Polignac et de Gondi; les maréchaux de Bouflers, de Villerpy, de Joyeuse, d'Ëstrées, de Créquy ; Villars, Tessé, Tallard, d'Humières, Charmilly, Puisieux ; les ducs de Charost, de Luxembourg, de Lavardin, de Gramônt, d'Aumont, de. Coislin, de Croy ; le comte de Béthune [Pologne] \ etc. , etc. , c'est à dire l'éUte de la noblesse française ; et parmi les potentats étrangers, le duc de Lorraine, l'électeur de Bavière, le duc de Holstein-Gottorp, le prince de Furstemberg, l'électeur de Trêves, Tekeli, le grand-duo de Toscane, le duc de Savoie, le prince de Monaco, le prince Lanti de Là Rovère, l'ambassadeur de Venise, etc., figiu^ent

1 Cf. JMem. de VabH Anumld, pari. lu, p. 104».. 3 Ibid., pu i99.

CHAP. IY5 fiBCT. n, AIT. D» S U* ^^7

dans' cette partie de notre correspondance, où tout est banal, excepté la signature.

Panni ces grands noms se glissent aussi parfois des noms plus obscurs; et pour ceux-ci, soit ignorance du protocole des cours, soit empressement bourgeois, soit crainte de multiplier l'importunité, la circulaire compli-* menteuse n'est pas seulement, comme pour ceux-là, une préface aux pétitions futures ; souvent elle contient la pétition même. Souvent aussi le compliment fait défaut; car les sujets de compliment peuvent ne pas se succéder sans interruption, — même dans une existence ministérielle. La pétition seule a ce privilège : elle est de tous les temps. Or, à travers les louanges, et les suppliques gui se produisent sous leur escorte, se retrouvent plusieurs faits relatifs à la famille Arnauld. — Il en est trois surtout qui nous paraissent mériter quelque attention,

S II. Pomponne et la famifle Serrien.

D'intimes relations s'étaient établies entre la famille ' Arnauld et celle d'Abel Servien, l'habile négociateur du traité de Westphalie. Abel, qui avait acquis de l'amie galante, janséniste et friande de d'Andilly^ la terre de Sablé en Anjou, était étroitement lié avec l'abbé de Saint- Nicolas, depuis évêque d'Angers^. D'Andilly, qui avait connu Servien investi de la faveur de Richelieu, et qui même à ce titre en avait reçu quelques services ', saisit adroitement l'instant où une disgrâce momentanée confi-

4 Voir p'us haut, 1. 1, p. 478.

2 « M. SenrleD... fliiaoU une étroite proresslon d'amitié afee mon frère « Tabbé de Saint-Nicolas, t (^m. iCAm, tFAndUty, part. 11, p. i99.) ^ MU., p. 69.

128 LES nLS D'ARNAtlLD D'âN1>ILLT.

nait à Sablé Tancien favori, pour lui offrir une amitié égale à celle de l'abbé son frère. Cette amitié, Robert y avait apporté d'abord l'emportement qui, d'après l'expression de son fils Antoine, faisait ressembler toutes ses affections à de l'amour '. Servien, rappelé aux affaires^, n'eut point pour celles de Robert le dévouement emporté que celui-ci manifestait pour sa personne ' ; et leur liai-

i BÊém, de Vabbé AmmUd, part i, p. 64.— Le 15 mai 1648. Robert écrit à Serrien (Lettrée, p. 409) : « Je ne pois plus m*emp6cher de tous dé* « couvrir une pensée dont je me sens pressé il y a longtemps, et qui n*est « connue que de Dieu seul. G^est, Monsieur, qu^estant détrompé au point f que je le suis de tontes les fausses aparences de bonheur..., et PinjusUce <i de la fortune toqs ayant fait Toir par expérience combien elle est en- « nemie de la Tertu, je dois espérer que tous n*aurei pas désagréable de i m*honorer d*nne amitié qui soit à Tespreuve de tous les aocidens du « monde... Cette proposition, tous ne sçauriex TapprouTer, à mùns de me ■ donner Tostre cœur en recevant le mien. » Et ailleurs (p. 179) : t Je « IrouTe [dans raifection dont tous obligei mon frère^] son bonbeur si « grand, que je cesserois d'estre sincère, si je n*avouois que je commence c d*en avoir de la jalousie. » Ailleurs encore (p. 383) : t Je tous laisse à c juger combien je tiens mon frère heureux , dans la créance que f ay c quMl nV a personne qui ail plus de part que loy en vos bonnes grâces» c dont je TOUS avoue que jusques icy j*aTois eu, bien que possible injuslec ment, quelque jalousie... t

- Robert (Mim., part, ii, p. 1S3) prétend que ce fut à ses instances que Servien dut son rappel ; mais celuinsi était Thomme du cardinal Maiarin, donl le choix, nous Tavons vu (t. i, p. 40), ne coïncidait pas toujours arec les vœux de Robert

^ ff En rentrant dans les emplois et dans la faveur, je le trouvai., si « différent de lui-même..., que je renonçai de bon cœur à c^ que je devais tt attendre de sa reconnoissanee, o(Mém, d^Àm.d'ÀndiUy, pari. ii,p. 1S4 ) Le iecret du refroidissement de Servien ne se trouverait-il pas dans deux lettres, dont Tune précède, dont Tautre suit celle par laquelle Robert loi offre et lui demande son cœur. Dans la première Robert écrit (p. 405) : N Vous voyez aussi clair que moy-mesme dans mes senlimens sur le sujet « de M. Tabbé de Saint-Cyran... Il se tient si honoré de la faveur que vous « luy avez faite, [en témoignant tant de joye de sa liberté], que je ne puis •r assez vous dire jusques à quel point'il la ressent : et je ne sçaurois mieux, « ce me semble, vous faire voir combien j^y participe, qo*en vous souhaittant « la connoissance et Tamitié d'un homme si détaché de tous les inlércsts

CHAP. rv/sECT. n^ ART. n^ s ^ 129

son se refroidit. Mais cela ne rompit point l'amitié sur laquelle Robert avait greffé la sienne ; Servien et Tabbé de Saint-Nicolas, devenu évêque, continuèrent à vivre dans une telle union qu'il en coûta au roi la ville d'Angers, surprise t^mdis que le nouvel évèque était accouru près de son ami pour le consoler d'une perte de famille ^ — Servien mourut au pouvoir 2.

Il avait essayé d'y faire participer son fils Augustin Servien, abbé de Saint-Jouin-lès-Mame ', et deux de ses neveux, Hugues de Lionne, et Hugues Humbert Servien, abbé de Cruas et de Léoncel K — Augustin Servien fut un de ces abbés spirituels, inappliqués, scandaleux, qui firent les délices des ruelles» la désolation de leur famille et la honte de l'Église. Il mourut comme il avait vécu, hors de propos, dans la maison d'un danseur, au moment où s'ouvrait la Régence ^.

Hugues de Lionne fut sans contredit l'un des ministres les plus habiles de Louis XIV. C'était lui que Mazarin à son lit de mort avait désigné comme le plus capable de le remplacer aux affaires étrangères ^. lï fut en même temps pour la' famille Amauld un constant et

« de la terre... » Et dans la seconde lettre (p. 430) : «Nostre amitié ne serait a que l*ombre de ce qu*e11e doit estre, si elle ne se terminoit toute à Dieu, u Cette lettre, datée du 8 octobre [trois jours afant la mort de Saint-Cyran], est la quatrième et la dernière que Robert, ait écrite à Servieu en 1643. C*est la dernière aussi qu^il ait imprimée* bien que son recueil s*étendit jusqa*au il mars 1645.

1 Mém, de VabU Amauld, part, m, p. 13, S2, 41- . » Moreri, t' Servien (Abel); Mém, de, àr*\ collect Petilol, V série, t LTIU, p. 69.

» Gall. ckriif,, t. n, col. 1577.

* Moreri, t» Servien (Ennemond),

B Mévu de Saint-Simon, t. xix, p. 10 J ; t. xx, p. 182 ; t xxyi, p. 238.

< D*Attyigny, Vie» des hommes illust, U v, p. 469 ; Mém» de Choisy^ p. iid iMàn, de M^ de Mottevitle, i, yî, p. 13, etc.

19» ISS FILS I^AAVâCXD t/AMBOUn

génâreox mA^. Cest à lui que l'abbé de Saint-Nicolas dut la misaioD diplomatique qui le conduisit à l'épiscopat ; Pomponne son retour d'exil, sa première ambassade et jusqu'à son ministère. « Sur la fin de l'automne « 164&t terit l'abbé Antoine, mon oncle, l'abbé de Sainl^ « Nicolas, reçut une lettre de M. de Lyonne, son ami très « particulier, qui lui mandoit de venir à Paris, et que « M. le cardinal Mazarin l'avoit choisi pour aller à

« Rome ^ » — « n falloit être autant ami que M. de

« Lionne, dit encore l'abbé, et aussi généreux que lui ff pour oser proposer au roi, pour un des plus importans « emplois qui fussent alors [l'ambassade de Suède}, un « misérable exilé [Pomponne] qui souflBrolt encore actuel- « lement les effets de sa colère. Mais il surmonta les crain- « tes qu'un autre auroit pu avoir dans cette rencontre, ne (c considérant que l'intérêt de son ami,eice\màur(n qu'il « crut que mon frère pourroit servir utilement *. » — Une seconde fois, Pomponne retournant en Suède, Lionne, qui par ordre du roi devait lui donner ses instructions, le chargea de les dresser lui-même. « C'est ici, dit Axh « toine, un des plus beaux endroits de la vie de M. de « Lionne. Des gens reconnoissans ne sçauroient assez le (( publier pour en conserver la mémoire. H porta au roi « ces instructions sans y rien changer. Sa Majesté les tt goûta, et dit à M. de Lionne que cette fois il s'étoit sur* « passé lui-même... Pour une âme moins bien faite que « la sienne, ce discours auroit pu le piquer de dépit ou (( de jalousie. • . Sans hésiter un moment : Il ne faut point,

1 a M. de Lionne qui en tontes ocoesions s^est montré de nos amis. » (èÊém* de Fabbé Àmauld^ part, in, p. 73.)

* Ihid,, part ii, p.. 3.

* JbiiLf part, m, p. 75.

cHAP. ir, SEGT. If, àwr. Uf Su. tsi

(c aire, lui dit-il« imposer à V. M. C'est M. de Pomponne ( n qui a fait ces instructions... — J'en suis bien aise, dit « le roi, c'est un homme dont on pourra se servir dans (( l'occasion. — Nous avons cru, et avec beaucoup d'ap- « parence que ce fût là le premier fondement de la fortune « de mon frère ; il en sera éternellement redevable à ce « généreux ami^ » — A ce dévouement pour la famille ! Amauld Lionne unissait une vivç sympathie pour le , Jansénisme. C'est lui principalement qui avait secondé Madame de Longueville lors de la pacification de 1068, « en se cachant surtout, dit l'abbé Amauld, de M. de <t de Péréfixe, archevêque de Paris, et du P. Annat, Jétt suite, confesseur de Louis XIV^» On voit de quel culte les Arnauld devaient environner le souvenir de Lionne.

Un souvenir non moins cher se rattachait pour cette famille à la branche des Seryien dont sortait l'abbé de Cruas. Madame de Saint-Ange, l'amie dévouée que d'An- * dilly avait associée à ses ambitions dans le monde, à sa retraite dans la solitude, à l'éducation de ses filles dans leur commun veuyage, avait laissé un seul fils dans le siècle ; et ce fils s'y était uni à la sœur de l'abbè Hugues Servien*. Au moment où la mort de Lionne compléta la fortune qu il avait ébauchée pour Pomponne, dont le roi fit son successeur [1671], Hugues^ Servien se trouvait à Rome chargé de négociations qui se rattachaient probablement à la pacification de 1668. Le négociateur y était investi du titre de cajnérier du pape.

t Mém. de VnkkéAmuuid^ part m, p. 116.

2 md., p. M.

s Mém* de VêMé ÀmamU, part, ii, p. 149. -«Voir i^t» haut, 1. 1, p. 18, 197, 947 } «t phM bas, ckap, ti, nef, if, art, u

iSi LES FUS B'AMAULD D'ANDIIXY.

— En 1670, lorsque Pomponne était sur le point d'être disgracié, l'abbé de Cruas se trouvait toujours à Rome, n^;ociaot, à ce que nous pensons ', au sujet de cette querelle de la R^ale, où le Jansénisme, habitué à une double opposition envers la papauté et envers la royauté, se trouva fort empêché ayant à choisir entre deux oppositions contradictoires ^ faites, l'une par Rome à la fiscalité de Louis XIV, l'autre par Louis XIV à la suprématie romsdne. — Or, après huit ans écoulés, le négociateur était toujours camérier du pape ; et cependant, dit Moréri, il avait rendu de grands services. Ces services, comme nous allons le voir, étaient même sur le point de le faire nommer auditeur de rote, ce qui devait le conduire au cardinalat^.

Ce fut alors qu'éclatala disgrâce de Pomponne. Voicila lettre qu'à cette occasion lui écrivitVabbè de Cruas : u3e « me préparois. Monseigneur, à répondre à vostire dertt nière lettre du 17 novembre, où vous me parliez sur tt l'advis que je vous avois donné sur un de vos parens*, M quand par une lettre qui me vint par une voye plus

1 Oo se rappelle que la querelle de la Régale s'enTenîma vers td78.

s On sait que le Jansénisme sortit de oeUe situation embarrassante en succombant tour à tour, et sous le même pontificat [celui d'Innocent XI« 1676-1689], aux deux tentations qui le sollicitaient à la fob; ftisant de roppositîon contre le roi dans Taffaire de la Régate [4678], eontre Rome dans la célèbre Déelaration [1682] qui fut la suite de cette quereUe, et dans Taflaire des Franchises [1687], qui la termina. — Voir d'ailleurs le résumé des raisons qui dictèrent au Jansénisme cette conduite, CEuvres iPÀmmsU^ L m, p. 391, 408, 734t et pasnm^ dans la correspondance du célèbre docteur.

s Mém. iCÀrm. itAndiUy, part, i, p. 68.

4 Nous ne voyons guère que le docteur Amauld à qui paisse se rapporter ce passage. Ce docteur, comme nous Tavons dit plus haut (t. ii, p. S8), Tenait alors de quitter la France, et nous Terrons plus bas, mtm€ chap,, mime net,, % 4, qu*U avait d*abord songé 4 se reUier ft Rone.

CHAP. IV, SEGT. II, ART. U, g U« ^^^

« prompte, je fus frappé comme d'un coup de foudre « de la nouvelle qu'on me manda. J'ay perdu mes on- « clés qui estoient comme vous, Monseigneur, dans le mi- « nistère; j'ay perdu mon père, j'ay perdu de tendres (( amis et des personnes qui m'estoient extrêmement (( chères; mais je n'ay de ma vie senti tant de surprise « et de douleur. Je say que c'est à vous. Monseigneur, (( à me consoler ; et que la force de vostre ame est telle u que vous n'avez besoin que d'une partie de vous mesme. « Mais vos serviteurs ont besoin de vous, et moy surtout (c qui suis l'homme du monde qui vous est le plus rede- (( vable et qui vous a le plus aymé et respecté dans la « fortune , non pour vostre fortune, mais pour vous « mesme. Mon malheur est que vous le connoistrez main- « tenant, et je serois bien heureux d'avoir évité ceste tt expérience. Cependant, quelque douloureuse qu'elle « soit, il la faut subir et s'accommoder aux ordres de la tt Providence; si j'estois sur cela capable de consolation, « je remarquerois comme tout le monde que vous en (( sortez après avoir fait de très glorieuses ambassades et a très utiles à Testât, après avoir soutenu le ministère u avec une intégrité parfaite, une fidélité sans relâche, « une modération et un désintéressement peu commun ; (c après avoir soutenu la fatigue pendant la plus grande « guerre de la monarchie, après estre intervenu dans la « conclusion si glorieuse de la paix [de Nimègue], avoir tt eu un applaudissement général mesme dans la disgrâce (( qui est une suite de la douceur de vostre humeur et tt de la solidité de vostre vertu, et enfin avoir tiré dans u ce fatal moment des marques de l'estime et de la gétt nérosité de Sa Majesté. Mais, Monseigneur, que ces tt consolations, qui sont grandes pour vostre réputation, II. 10

« seroicnt frivoles si je t\è cohsîdérois que mon intérest ! « Je pers uti protecteur, un père ; enfin je n'y puis pence sersanâ une dôuleut* inexprimable. C'est, Monseigneur, « Testât où je suis, qui ne me permettra pas si tost de « vous faire mes très humbles remercîmens de ce que « vous dites au roy sur le rectorat de Saint-Louis dans la « dernière audience que vous prîtes avant le grand malce heur qui m* est arrivé. J'ose m'adresser à vous, Hoa- « seigneur, pour présenter cette lettre à madame de « Pcfmponnè à qui je suis malheureux de n'avoir écrît c< que dans cette occasion ; mais il est temps qu'elle « sache comme vous, Monseigneur, que ny vous ny elle, « de toute vostre maison n'avez personne dans le monde ce qui soit plus attaché â vos mtétets et qui ait poirr « vous iln respect nrteslé d'une plus sincère tendresse et <( d'tffie plus profonde soumission. J'ose vous conjurer ce de me penriettre de vous en assurer souvent, et de « vouloir me dispenser vos ordres et vos conseils que « je respettèrd-tôusjours autant que ceux de mon pro- « pre pèfe.î)

Cette lettre si noble; si dévouée, si touchante dut se traduire dans la conduite de l'abbé de Cruas par des actes compromettante pour sa fortune, car lui-même fut disgracié ; et l'ancien protégé de sa famîïle. Pomponne, étant tevenù aux affaires en juillet 1691 ', il lui écrivît le 10 août 1696 : ce Monseigneur, je ne puis aprendre (( ce qui vous arrive à l'occasion de la mort de M. de « Croîssi ^, sans me donner l'hoimeur de vous témoigner « la part extrême que je prens à celle que vous aurez aux

^ Voir V Appendice, note 0 bis,

^ Croissi laissait la place de secuiétaire ci'état à sod fils le marcjais de Torcy ; nous avons dît que celui-ci, d^apr^s la Tolonté dé Louis XIV« dut

CHAI». îti âECT. ri, ART. H, § n. 135

a affaires estrangères. Vous connoissez,. Monseigneur, « mon très sincère et très respectueux attachement à a vostre personne ; vous savez ce que je vous dois, et « que ma chute ne vint que du changement de ministère, « Vous savez que j'ay servi le roy avec quelque succès, « à rîmitatîon de mes parem, et que je l'ay fiiit avec si 0 peu d'îtitérest que je h'ay mesiiie receu aucune drdoïi- « tiancè pour plusieurs voyages eh égalité d'envoyé exii traordiùairè que j'ay tous faits à mes dépens. Vous « n'ignorez pas que j'arrestoîs à Rome le parti contraire; « et l'empêchatit d'agir cotitrè lès întérests du roy, je le « disposoîs à se rendre favorable, et pénétrois cependant « ses allures qu'on ne pouvbit découvrir d'ailleurs. Vous «savez. Monseigneur, la disposition où l'on fust de « m' accorder l'auditoriat de rote, et que mon affaire « ne manqua que par fatalité ; et enfin tous savez que « dans ma chiite, la seule intrigue, et quelque inimitié « particulière, ont fait agir lè reste sans que j'aye jamais c( tnànqué 3è zèle, de fidélité^ d'âtientîon et mesme de (( succès ^our le service de S. M. Cependant on m'fii fait « perdre mes charges, |)lus de douze mille livres de « rentes, et, filùs qtié toutes chôsfèsi les botiiies gf-âces de (( mon maistre, de mdiï bienfiîtedr, de mdh roy, qui

« depuis m'a fait assurer que toutes ces impressions

« sont entièrement effacées ; ihàîs 11 ne m'a pas t'endli sa « royale présence, ny iie m'a pas remis dans les occa- (i sîons de sdii service. Quand j'eus Fhonneùr de vous « voir à Paris, j'estois chargé de commissions qui au- « roient assuré l'ajustement entier de touâ les différens <( à de moindres conditions que celles dont on est con-

prendre en tout les atis de son beau-pèrei le marquis de Pomponne. Voir plas haut, t» ii, p. iSfs

130 LES pas d'arnauld d'andilly.

u venu sous ce pontificat ^ et qui âuroient contribué à u éviter les occasions d'une guerre^ qui n'est pas encore « finie, et qui, sans l'étoile du roy, âuroient exposé le (( royaume à quelque danger. Peut-estre que parmy ceux « qui ont eu l'honneur de servir sous feu M, de Lionne, « et sous vous, Monseigneur, peu d'autres ont surpassé (( l'attention que j'ay témoignée, ont découvert plus de a terrain et ont plus travaillé; et dans l'ajustement de§ « princes d'Italie, où en qualité d'envoyé extraordinaire, <{ avec plein pouvoir, je^ réussis au gré du roy et des « parties dont j'ay preuve^de la main de S. M.; et dans « les affaires de Rome, dont vous estiez, Mouseigneur, a assez content. C'est dans ces affaires que j'ay consumé « ma jeunesse, ma santé et plus de quatre-vint miJie u livres que mes parens m'avoient laissées. U est vray a que j'eus, ou par mes soins à Rome, ou par les bontés « du roy, des abbayes, des charges, et d'autres bénéfia ces ; mais il est aussi vray qu'il y a près de dix ans <( que je languis dans l'oysiveté, et que je la souffre avec « une parfaite résignation aux sentimens du roy mon (( maistre. €omme ma relégation en Bretagne a esté « depuis changée (quoyque spatieuse, puisque j'avois « toute une province pour mon exil) , en une liberté ence tiëre d'aller partout, mesme dans les pays estrangers « et à Rome, j'ay quelque espérance que Vostre Excel- (( lence. Monseigneur, pourra, par la continuation de « cette bonté bienfaisante dont j'ay éprouvé tant d'effets,

1 1\ s'agit ici saos doute de l*accoiiuiiodement de 1698 entre la coar de Fraoce et Innocent XII, accommodement qai mit fin à cette série de griefs qu'avait ouverte la querelle de la RégaU [édit du 10 février 1673] et conUnuée celle de la Déclaration du clergé et le retrait des Franchises,

2 Cette guerre avait éclaté eii 1688, par suite de la ligue d'Augsbouris [1687].

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