CHAP. IV, SECT. IL ART. II, S H
« contribuer à me remettre sous les yeux de mon prince (( et dans l'action pour son service. J*ay cinquante ans; «je ne voudrois pas mourir sans cet honneur; mais je « soumets tous mes désirs aux volontés du roy et à vos- « tre extrême prudence. J'ay cru devoir, Monseigneur, a vous informer de Testât des affaires d'un homme que a vous aviez receu pour vostre créature, par vostre gé- (( nérosité, par vosêre souvenir de la tendresse et de l'es- « timepour vous de feu M. de Lionne^ mon oncle [^sic a cousin-germain ? ] et de l'attachement inviolable de « ceux dont je tiens le jour pour vostre personne, et n aussi pour celuy que vous m'avez toujours vu pour « tout ce qui pouvoit vous regarder. Je n'ay plus, Mon- (( seigneur , après cette déclaration de toutes choses, « qu'à attendre très patiemment ce que vous détermine- « rez de mon sort ; et soit qu'il vous plaise de proffiter « des bons momens pour me rétablir, et me donner « l'honneur et la joye de vostre veue, soit que vous ne « le trouviez pas à propos, je seray tousjours ce que j'ay 0 esté depuis que j'ay servi sous vous, etc.. A Valence.
« [P. 5.] Le roy a depuis peu accordé une grâce à mon a beau-frère en le faisant premier président à Metz, et (( M. le duc de Beauvilliers, à qui j'ay l'honneur d'ap- « partenir, n'est pas sans inclination et sans bonté pour (( moy ; ce que j'oze vous dire, pour vous dire tout.»
L'extrême prudence de Pomponne, àlaquelle l'abbé de Cruas avait soumis ses désirs, était, nous l'avons dit, une qualité que l'homme d'état devait à ses disgrâces, mais qu'il portait un peu loin peut-être lorsqu'il s'agissait des disgrâces d' autrui; car dix-huit mois après avoir reçu la supplique de l'exilé, il en reçut le billet suivant : « Rien u n'égale mes vœux pour vostre prospérité et pour vostre
138 Wi F1L6 P'AUNACU» P'AWm*T.
(( santé... Rien aussi n'égale vos vertus.... Rien n'égale « non plus la durée 4e mes malheurs, sans que j'en sacbQ (I )a cause et sans que j'en voye la fin... Cruas, 2i déa. cembre 1697. »
Cette lettre alla rejoindre la précédente dans les dossiers de Pomponne; et l'année suivante, à la même époque [5 janvier 1690] , un nouveau billet vint encore glisser dans un compliment un s^pel à ('extrême prudence du ministre puissant : o Je me flatte que vous me fairez la (( justice d'estre persuadé de mes sentimens, et que le <( malheur qui m'écarte des lieux où vous estes, ne m'é- « cai'tera pas de la protection que vous avez tousjours « daigné me continuer.» — L'extrême prudence de Pomponne n'eut pas^le temps de se démentir. Il mourut huit mois après avoir reçu, étiqueté et classé dans ses liasses ce dernier billet [26 septembre 1699]. ^
Le courtisan, rentré en faveur, avait-il donc méconnu le serviteur dévoué qui avait pris part à sa disgrâce? L'homme puissant avait-il oublié la famille à laquelle il devait le pouvoir? La reconnaissance s'était-elle glacée au cœur du vieillard ? Nous ne le croyons pas, et la présence des lettres de l'abbé Servien dans sa correspondance est une preuve du contraire. On ne prend pas tant de soins pour conserver un remords. — Comment donc expliquer ce long oubli? — Un peu sans doute par des difficultés qui nous sont inconnues; un peu aussi par le jugement sévère, trop sévère même,>que Louis XIV avait exprimé sur Pomponne après l'avoir disgracié, mais qu'il sembla rétracter en le rappelant aux affaires. « J'ai
1 L*abb6 Servien mourat en Dauphiné le 14 août 1728. {Joum, de Ver^ </»», octobre 1723. p. 302.— Cf. août J710, p. 149; septembre 1715, p. 198 ; janvier 1717, p. 74. J
GHAP. .lY^ Sj^GT. U, AKT. |Jf, S ^'I- 1^9
« souffert, écrivait le grand roi, j'ai souffert plusieurs « années de son inapplication, de sa faiblesse, de son « opiniâtreté ^ » — L'inapplication que Poipponne n'avait pas craint d'apporter parfois aux affaires de Tét^t^ il avait pu l'apporter au$ affaires de ra))))é Servien.
$ III. Pomponne et la famille Du Fossé.
Cette inapplication toutefois, Pomponne ne l'apporta point à d'autres affaires, où sa reconnaissance personnelle était moins intéressée que ses affections de famille. — Une alliance dont nous avons déjà parlé ^ et sur laquelle nous aurons à revenir ^ unissait les Arnauld aux Feuquiëres*. — Une autre alliance avait été contractée entre une famille normande et les Le Maistre ^, qui tenaient de si près aux Arnauld [1677]^ — Celle-ci s'était accomplie
i Œuvres de Louis XIV, t. ii, p. 458.— Cf. Mém. de Du Fossé, p. ^00.
s Vttr plus haut* 1 1, p. 50 et S54t et t. n. p. 6, n. S.
' Voir plus bas, chap, vi, sect, iii, art. p.
4 II faut à ce sujet lire les quatre volumes des Lettres inédites des Feu- (fttiéres et les InIroducUoos dont les a fait précéder M. Etienne Gallois. Voici nu échantillon de la correspondance du marquis Ifaac de Feuqoi^es avec le marquis de Pomponne : « Je prends garde que vous avez bien des afft faires pour ma race, depuis Pambassadeur jusques à récoUer, et tout ce n qui est entre eux deux. Je crois que, pour la fatigue, si vous n*y preoiei Il un peu de plaisir, elle égaleroit bien celle d'une de vos provinces ; et à « propos encore, combien n^avez-vous pas d'affaires pour mes frères et n sœurs ? J^ai peur que cela ne vous dégoûte de vostre diarge. w (Lettre du 5 septembre id74> t. m, p. 37.)
6 Qn se rappelle que la mère deSacy, de Le Maistre, de Sainl-Elme, elCt ~ était la sœur d'ArnauId d'Andilly. Voir plus haut, 1. 1, p. ^58.
6 Le Clerc, Vies édif., t. iv, p. 36^ — L*éditeur des Mém. de Du Fossé (vie prélim., p. xxvui) donne pour date h ce mariage Tannée I67i. Mais Du Fossé lui-même (p. 345) dit que le premier né de son père naquit au bout de deux ans de mariage, puis il ajoute : « Dans la même année 1679 Cl arriva, etc.» (p. 346); ce qui se rapporte parfailciuent avec la date indiquée par Le Clerc— (Cf. Menu de la .U. Angélique, U i,gèuéa1. p. xuii.)
i&O LES FTLS D'ARNALLD D'ANDILLY.
par l'entremise de Port-Royal ^ car Port-Royal ne s'intéressait pas seulement aux mariages des princes ; et de même qu'il avsdt apporté son veto dans celui du duc d'Orléans, son assentiment à celui du roi de Pologne ^; de même il avait selon ses convenances rompu l'union projetée du plus célèbre des Le Maistre' et conclu celle d'une nièce de ce dernier, Mademoiselle de Séricourt, fille de Le Maistre de Saint-Elme^, ancien solitaire rentré dans le monde \ avec Augustin-Thomas Du Bosroger, frère de Thomas Du Fossé, solitwe persévérant
Thomas Du Fossé avait été remis par son père dès l'àgejde neuf ans [lôAS] entre les mains de Saint- Cyran, qui l'avait fait élever à Port-Royal ^; et depuis* ce moment ses destinées s'étaient étroitement unies à celles de la famiUe Arnauld. Enfant, son compagnon d'étude fut le jeune Villeneuve ^ le dernier des fils de Robert.— Au sortir des bancs, Robert lui-même le prit pour en faire son élève en jardinage *; et Le Maistre, cet illustre neveu de Robert, l'employa de son côté à revoir les traductions de celui-ci ^, qui, à ce qu'il parait, ne s'entendait pas si bien au grec qu'à la taille des arbres'^. —
i Mim. de Du FoèU, p. 841 1 et vie prélim., p. utiu.
3 Voir pias haut, 1. 1, p. IS.
» Mim. de la M. Angélique, L i, p. 472. — Cf. M. Saîntc-Bca^e, Pori- Royal, L I, p. 888.
4 Mém, de la M, Angélique, généal., p. xtii.
8 Voir V Appendice, note A ; Menu de Fontaine, 1. 1, p. 120.
< Mém. de Du Fo$$é, p. 25. Son père le plaça à Port-Boyal par Tavis de Saînt-Cyran < à cause de la corruption des collèges. « (Voir plus haat, L T, p. 88, n. 3.)
7 Mém.deDuFoêêé, p. 28, 99, 129.
< Ibid., p. 74.
9 IbitL, p. 158. — Cr. vie phHim., p. xxxvi.
« M. Salnle-Bcuw, Port-Roy il, U ii, p. 271 ; Bihlioth. uniecrselle cl hist. de Le Clerc [Jacques Bernard], t. xxiv, p. 82, n. d*
CHAP. IV; SEGT. 11; ART. II, $ m. 141
Le jeune Thomas, sauf quelques instants donnés à une autre amitié, celle du savant Tillemont^ servit de secrétaire à Le Maistre jusqu'à la mort de ce dernier^. — Il avait appris l'hébreu avec Tillemont'; Sacy, frère de Le Maistre, traduisait alors la Bible. Thomas devint le collaborateur et ensuite le continuateur de Sacy *• Celui-ci s'occupait encore d'hagiographie, et pour certaines parties de son travail la connaissance de l'espagnol et de l'italien était nécessaire ; Du Fossé apprit l'italien ^ et l'espagnol^. Fidèle à Le Maistre jusqu'au tombeau, il suivit Sacy jusqu'à la Bastille ^ — En vain Pomponne lui avait offert de l'attacher à ses ambassades ^. Thomas n'était dévoué qu'aux membres de cette famille dont la persécution était le partage, nullement à ceux dont il eût pu partager la fortune. — Caractère vraiment admirable, vraiment chrétien, qui s'est humblement effacé derrière tant d'existences bruyantes, préférant l'obscurité au grand jour, l'abnégation aux disputes, le dévouement à la gloire, et dont la vie s'est épandue avec un parfum évangélique aux pieds de ces illustres persécutés.
Et cependant (la triste humanité ne glisse-t^elle pas ses faiblesses au sein de toute vertu?) les faveurs qu'il
1 Mém. de Du Fossé, p. iSO, 171.
3 Ibid., p. 155-108, et TÎe préllm., p. xxn. s /6iV/., p. 183.
4 IhitL, y'ie préUm.^p. xxni, xxi et xxxr ; Mém. de Fontaine, t. ii, p. 175, n. t et la lettre du 10 noTembre 1098, Vies édif, de Le Clerc, r. it, p. 339.
s Menu de Du Fossé, p. 100.— Cf. Vie de Wallon de Beaupuis, p. 132.
0 Ihid,^ p. 105 et tie préliro., p. xxxni. — Le grand Amaûld fut obligé d*apprendre Tespagnol quand il n>ut plus près de lui quelqu'un qui le ftùt. (Œuvres, t. m, p. 213.)
7 Mém, de Du Fossé, p. 203-201 ; Mém. de Fontaine, t. ii, p. 314-334.
s Mém, de Du Fossé, p. 280. — C^est cependant à cet homme désintéressé que les Jansénistes ont reproché de spéculer sur ses ooTrages. (neeueilin-iî, p. 549.)
iA2 LES FILS d'arnauld d'andiuy.
' avait repoussées pqur lui-même, Du Fossé les recherchait pour les siens. De quatre frères, il ne lui restait qu'un frère; de quatre sœurs, quune sœur^ Le frère était celui qui avait épousé mademoiselle de Séricourl [1677] ; la sœur avait épousé un M. de Prétot [1643] -. Le solitaire dont la vie devait se terminer comme elle avait comniencé, par le dévouement, avait consenti à
I unir sa fortune à celle de son frère et de la nièce des grands hommes qu il avait tant aimes. Fixé pendant les vingt dernières années de sa vie [1677-1098] ^ où s'étaient concentrés ses souvenirs et ses affections, il n'oubliait pas cependant cette sœur dont il vivait éloigné. Celle-ci avait un fils, oflicier de marine, à i'avan-
, cément duquel le solitaire intéressait la jeune femme qui formait le lien de sa propre famille avec le puissant Pomponne *. Une première fois déjà il avait obtenu, secondé par elle, le grade de lieutenant de vaisseau pour son neveu, de Prétot ^. Les infirmités qui dans sa vieillesse étaient venues l'assaillir lui faisaient prévoir une fin prochaine; et, avant de mourir, il eût voulu laisser à ce neveu le brevet de capitaine.
Il écrit à Pomponne pour lui témoigner ce désir, et sa lettre est accompagnée d'un commentaire de madame du Bosroger, où se trouvent sur les derniers jours du modeste collaborateur deTillemont, de Le Maistre,de Sacy, des détails qui oe sont indiqués dans aucun des Mémoires de Port-Royal, et qui complètent ceux de Du Fossé
1 Mém. de Du Fossé, vie préUm.» p. xvi, et p. 98. 167, 866, 473. 3 Jbid., vie prëlim., p. xyn et xxvin. A Jbid,, p. xxviii-xxxtv.
i « M. de Pomponne, dont ma belle-sœnr étoit nièce à la mode de Brea tagnc. » (Ibid,, p. 390.} » Celte promoUou était de 1693. (Arch. de la marine, état de 1702, M'»,)
GHAP. lY^ SBCT. U. ART. U, $ UL 143
lui-mêpae ; cgx rjiumble solitaire a laissé des Mémoires. ' U en a même écrit de deux sortes, les uns, comme d'habitude, pour autrui, sous le nom de Pontis ' ; les autres sous son nom, afin de parler plus à son aise de ceux auxquels il s'était dévoué. — Nous transcrivons le commentaire de sa belle-sœur ;
« Voilà, Monsieur, une lettre que M. Du Fossé a fait i a effort pour se donner l'honneur de vous escrire, et « pour laquelle j'espère que vous voudrés bien avoir « d'autant plus d'esgard que c'est, JQ crains bien, la (( dernière recommendation qu'il vous poura faire de sa (1 main. Et si vous voyés Testât où il est, vous sériés « mesme estonné comment il peut tenir la plume ; car il (c ne peut plus faire aucun usage de sa main, et la para- (( lisie gagne tellement tous les membres de son corps, a qu'il ne peut casy plus marcher. Il ne sauroit plus « monter en caresse ; on le porte en chaise à la messe, a et je crains bien mesme que cette consolation ne luy (( dure guère. C'est la chose du monde la plus pitoiable « que son estât, car il ne se peut pas faire la moindre « chose à luy-mesme, et ne peut pas dire un seul mot « pour le demander, et n'a quasy pas la force de faire (( un signe, la paralisie gagnant extresmement la main « gauche aussy. J'espère, Monsieur, que cet estât où est « vostre ensien amy, vous portera à avoir plus d'égard à (( la prière qu'il vous fait pour M. dePrétot, à qui j'ay en « mon particulier bien de l'obligation pour tous les soins « qu'il a pris de mon fils 2, à qui il a servy de père.
1 Mém, de Du Fossés p. 160 ; Lettre* de la M. Angélique^ 1. 11, p. 339.
2 Ce fils de M»« Du Bosroger élait Olleul du grand Arnauld. (Œuvres ' du doct, Arnauld, U m, p. 431| leUredu 37 février 1692. — Cf. Mém, de Du Fosêèf p. 345.
itlU LES FILS D'ARNiLULD D'ANimXT.
0 Nous craignons, et avec quelque fondement» que la (( promostion de la marine ne se fasse à Fontainebleao « comme elle se fit il y a quelques années, pour éviter « la foulle des officiers qui viennent rhyvers à Paris. « Comme personne n'en peut mieux estre informé que c( vous, Monsieur, nous prenons la liberté de vous su- « plier très humblement de ne pas souffrir qu'elle se <( fasse sans que vous nous fesiez la grâce de nous don- « ner des preuves de F honneur de vostre protection, que « les amis de M. Du Fossé sçavent qu'il vous a demandé c( instament pour son neveu ; et comme tous ses meaux « ne le rende que plus respectable, Ton espère, Monsei- « gneur, que vous y aurés mesme égard, et que vous a VOUS ferés un plaisir de le consoler dans un estât où il « ne lesse pas d' estre sensible à ce qui regarde ses amis, « qu'il sert en touttes occasions, estant tousjours prest à u faire charité ; car, malgré tous les meaux de son corps, (( son esprit est tousjours le mesme. Il a mesme fait plu- « sieurs accommodemens depuis qu'il ne peut pluspar- « 1er, et madame la contesse de Granmont *, aùssy « bien que touttes les personnes quille voyent, sont surce prises de la justesse avec laquelle il résout en dea\ (digne, sur son ardoise, les choses les plus diflicille: « et elle avoit regret, il y a quelque temps, de voir efface cer ce qu'il y mettoit, disant que se seroit des sen- (( tenses dignes d' estre gardés. Il y a mesme sûr son H visage une sertaine joye qui surprend et console tout c( ceux qui le voyent ; et son temps est aussy réglé que « jamais, n'ayant pas un quard'heur de vide dans sa « journée, qui est toutte employée en prières, lecture et
1 Cf. Mém,deDu Foisé, p. 488.
CHAP. I?5 SECT. n^ ART. n, $ m. i&S
a travail Comme il a peine à escrire, il s'occupe à re- (( voir le texte de la Bible, et y faire les petittes notes « comme dans le Pintatheuque,parcequ'il y a beaucoup (( plus à lire qu'à escrire. Ce sera la dernière espreuve (( pour luy, quwd il ne poura plus tenir la plusme ; car « l'occupation luy fait oublier une partie de ses meaux u qui sont excessive ; car il ne fait aucun repas qu'il ne j a soit comme à l'agonie pour pouvoir avaller. Outre « cela il a une salivation la plus incommode du monde, (I et qui fait qu'ime serviette est persée en moins d'une (( heure ; se qui luy fait une peine et une mortification « qui ne se peut exprimer, et que l'hivers rendra encore « bien plus fâcheux. Je croy, Monsieur, que vous vous . ce ferés un plaisir de donner quelque consolation à une (( personne que tous ses meaux n'y rendrons pas insena sible, et qui sera ravi de recevoir ses marques de vostre a bonté pour luy, dont nous ne lesserons pas de parta- (( ger, M. Du Bosroger et moy, la très humble recon- (( noissance. Il vous présente. Monsieur, les assurance « de son profond respect, àussy que celle qui est vostre u très humble et très obéissante servante, Le Maistre du « Bosroger. »
Cette lettre est du 27 octobre 1698. Six jours après, c'est à dire le & novembre, anniversaire de la mort de Le Maistre, son premier ami, Du Fossé mourut'. Voici la lettre qu'il avait écrite six jours avant sa mort : « Vous « serez sans doute surpris. Monseigneur, de voir de mon « écritiure dans l'état où vous sçavez que je suis réduit: ou (c peut-estre que vous aurez peine à reconnoistre le ca- (( ractère d'une main autrefois si ferme, et maintenant si
1 Mém, de Du Fo$sé, ne pfèlim., p. zzxni, et tous les Kécrologeu
1&6 LES FILS d'arnaued d'andhit.
(( tremblante. Mais avant qu'elle me manque entièrement, « je fais un effort pour me donner Thonneur de vous écrire « ce billet, et vous dire. Monseigneur, que l'obligation « très sensible c^ue nous vous avons, d'avoir procuré il « y a plusieurs années une lieutenance de vaisseau à mon « neveu de Prétot, en le fecoramendaiit ï M. de Pontci chartrain, préférableihent même à M. de Feuquières ï, « à cause de ses services, m'engage à vous suplier très « humblement de vouloir bien employer encore voslre « crédit pour luy procurer un brevet de capitaine à c( cette promotion, comme vous en avez procuré un & « M. de Feuquières il y a déjà quelque temps. Je suis « persuadé que vous le pouvez, Monseigneur, si vous « le voulez ; et je ne puis croire que vous manquiez de (i bonne volonté pour une personne que vous honorez « depuis si longtemps de vostre bienveillance, et pour qui « vous vous souvenez sans doute que feu M. d'Andîlly « avpit une bonté singulière. Vous sçavez, Monseigneur, « que celuy que je prends la liberté de vous recomman- (c der à beaucoup de service = ; qu'il a toujours été atta- (c ché à son devoir, et qu'il Tut l'année passée du voyage « de Carthagène^ où il agit avec tout l'honneur d'un « officier qui songe uniquement à s'acquitter de sa charge, 0 et d'où il rie raporta qu'une incommodité considérable, « dont il n'est pas encore tout à fait guéri. Mais tout cela
i Le personnage dont parle ici Du Fossé n'était pas le seul de sa lai»îUe dont Pomponne eût procuré Tavancenient dans la marine. (Voir LeU, itiéd, dei Feuquières, t ir, p. 62, 185, 534, 850, 363, 881, 889; t. iw. p. 114, 153, 159, 173, 411, 445 ; L iv, p. 240, 257, 809, 415, etc.)
3 Le jeune de Prétot était enseigne depuis 1689 seulement. (Arehir. de la marine, état M'' de 1702.)
s On sait qu'une escadre sous les ordres de M. de PoinUs débarqua devant Carthagène, en avril 1697, et ne rentra dans le port de Brest qu'après irvolr iNiiné la ville omôrfcaine.
CHÀP. îv, SECT. il, ÀiîT. ît, S iïï« ii7
« a besoin encore d'un patron aussi puissant que vous « estes, Monseigneur; j'ose donc vous demander pour « luy tout vostre crédit, et la grâce de me croire, en « quelque état où je me trouve, avec un profond res-
« pect, etc ))
Cette supplique, où le solitaire moribond rappelle avec tant de présence d'esprit les droits de son neveu, antérieurs à ceux de Feuquières et cependant méconnus, avait, nous ne voulons pas en douter, d'autres fondements que la nécessité de réparer un passe-droit de fa- , mille. Du Fossé d'ailleurs méritait assez, surtout aux yeux de l'héritier des Arnauld, pour que son dernier vœu fût pris en considération. Pomponne fit de son mieux pour le réaliser ^ — Feuquières lui-même, outre sa parenté et son nom, avait sans doute aussi, par ses services, légitimé et secondé la bienveillance de son protecteur. — Mais l'abbé Servien n'avait-il pas également des titres, son nom et quelques droits à la gratitude de Pomponne? Il n'était pas, il est vrai, de sa parenté. — Le second des reproches que Louis XIV adresse à ce ministre est la faiblesse. Cette faiblesse. Pomponne l'aurait-îl eue surtout pour sa famille ?
1 î\ ne le réalisa toalefois qti^en partie. En 1698 le rot désigna le lieutetenànt de Prétot pour senrhr au département du fiatre de grâce. fArchit. de la marine, Ordres du roi, 169B-I699, p. 30. j En i699 dePrëtot fut attaché au département dn Port-Louis, toujours en cfualité de lieutenant (ibid,, p. 3S4,' yf'h mais ces missions allaient sans doute amener son avancement lorsque la mort de Pomponne [ 26 septembre 1699] Tint mettre on terme à ses est^érances. En 1702 il figure toujours sâr les états comme lieutenant de vaisseau. Eiifin, malgré les actives recherches de M. Jal, qui a bien voûln seconder les nôtres, nous n*avons pu retrouver son nom sur aucun état depuis 1705 ; d*où il fout conclure que, vers cette époque, il est mort on a renoncé au service.
iU us VILS D'AftNiLDU) D'ANDHXY.
S IV. Le marquis de Pomponne et le grand AmacUd.
Mais quelque penchant qu'éprouvât à obliger les siens rhabile diplomate, dont l'âge mûr s'était soustrait à l'influence d'un père, ou nous nous tronipons fort, ou, pour mieux satisfaire un tel peacbant, il l'eût subordonné aux précautions de cette extrême prudence qui, sans avoir rien de l'oubli, pouvait en revêtir l'apparence, et même, comme pour l'abbé Servien, aboutir à des résultats semblables. — Personne à coup sûr, dans la famille de Pomponne, n'eût à ses yeux légitimé ses complaisances mieux que le grand Amauld. — Une version assez répandue met en effet au nombre des griefs de Louis X/ V, lorsqu'une première fois il retira le portefeuille des affaires étrangères au négociateur de Nimègue, le projet qtfavaît formé celui-ci d'élever son oncle au cardinalat ^ Le principal auteur de cette version, Loménie de Brienne, qui avait été lui-même ministre des affaires étrangères, Oratorien et Janséniste avant de devenii' fou, était, sa folie dissipée, en assez haute estime auprès du grand Arnauld^. Mais l'opinion qu'il exprime, vraisemblable
1 a Le cardinal d*Eslrées donna avis à Sa Majesté qne M. Anianld serait « inrailliblemeni cardinal, s*il touloit Pètre, et si elle ne rempêchoit pas. c Cela fut la principale cause de la disgrâce de son neveu... Je suis perc suadé, quant à moi, que le Jansénisme, et la peur quVurent les Jésuites « de ToirM. Amauld cardinal, ont contribué ptus que tout autre ckoae à la a perte de M. de Pomponne. » ( Mém» inéd, dt LouU et Brienne, U u, p. Î71.)
2 « 4 juillet 1693.... Vous saves que le confrère de Brienne eut quelque « égarement d*esprit ,d*où ses parens prirent occasion de le faire enfermer ; « et on prétend que, quoi quMI fût tout à Tait revenu en son bon sens, ib « le retenoient toujours dons une très rude captivité, .. Dieu Ta tiré de « cette oppression... Il faut avouer que pendant le tems de la persécution, « il avoit rendu de grands services à la vérité. » (Œuvres, t. m, p. 516.)
GfiAK ÎV, SECT. II, ART. 11^ § IV. lAQ
tout au plus si elle attribuait au docteur l'ambition d'une dignité qui eût servi à la défense et à la propagation de ses idées, devient inadmissible, à notre avis, du moment où elle rend Pomponne complice de cette ambition.
Le 21 septembre 1676 était monté sur le siège de S. Pierre un pontife austère dans ses mœurs, inflexible devant le pouvoir, ami des réformes, prévenu contre les Jésuites, et tel enfin que pouvait le souhaiter Port-Royal. La querelle de la Régale commençait à s'échauffer. — Un an à peine écoulé. Innocent XI était en rupture avec Louis XIV, Arnauld donnait au pape son
Au iioiD|>re de ces services Âraauld meUait sans doute celui dout parle Irailh dans ses Querelles lilléraireê (t. m, p. 3i0). « Lors de la paix de a démeot ÏX, Arnauld dut être présenté à Louis XIV. Il alla tron?er an- ' « para vaut le confrère Brienne de l^Oraioire... et loi confia son ignorance « extrême des usages de la cour, le priant de le mettre en état d*y parottre « décemment. Brienne, se metunt sur un rautetiil '.Prenez, lui dit-il, que a Je êoiê le roi, et que voue ayez à le haranguer, Arnauld trouve Texpéa dient très bon. Il été son chapeau, et Tait un discours. Fort bien, reprit ' « Brienne; voilà tout ee que voue avez à dire. Le compliment impromptu « est mis par écrit, et ce fut cdni-là même qu*Amauld fit au roi. «—Arnauld d'Audilly a pris le confrère de Brienne pour collaborateur dans la publication d*un recueil de poésies. (Voir Tabbé Goujet, Biblioih. franc,, t. XVI, p. 302.)^-On sait que le confrère de Brienne avait laissé des Mémoiree^ < et que M. Barrière en a publié qui portent son nom. Maïs nous craignons que chex M. Barrière Thomme d'esprit n'ait fait tort à Téditeur, et que celui-ci n'ait admis trop facilement les modifications ou les suppressions que conseillait celui-là ; car divers fragments de ces Mémoire» \ avaient été publiés durant le dernier siècle, dont aucun ne se retrouve dans l'édition qu'a donnée M. Barrière. Ceux de ces fragments qui sont par^ venus à noire connaissance sont imprimés à la suite du premier volume des Mémoires de Joly, édit. de 1738, p. 23d; dans Bacine» Hkt, eeclés,^ t. XII, p. 357; dans Colonia, Bibliolh, des Hères jansdn,, L m, p. 58; enfin uu dernier fragment a été récemment publié par M. Sainte-Beuve, Port'Hoyal, 1 1, p. 507. — Ce qu'il y a de singulier, c'est que M. Barrière assure que Brienne ( Mém, , t ii, p. 34i , n. 2 ) n'a point laissé sur Nicole uiie appréciaUon qui cependant se trouve imprimée à la suite des Mém, de Joly ( t. I, p. S39.]^ Sur Brienne, voir Mim, de Laneeht, t. ii, p. 867. II. il
150 LES ntS D'ABNAULD D'ANDUXT.
adhésion, et Pomponne essayait en vain de concilier a roi le silence de son oncle. « Il faut, s'écrie Toncle ex u parlant du neveu, il faut que Tair de la cour soit biec (( contagieux pour inspirer un tel dessein à M. de Poin- « ponne... Je ne puis l'imputer qu'à un excès d'aBécm « pour une maison sainte [Port-Royal] dont il appréhende « la ruine, qui lui fait croire que pourvu qu'on ne mente « point, il n'y a rien qu'on ne puisse dire pour appaisa* « un roi injustement irrité '. »
Quant à l'inflexible et courageux docteur qui n'appréhendait rien, ce n'est plus bientôt à son neveu qu'il s'adresse, c'est au monarque lui-même'; et ce n'est point sa cause seulement, c'est aussi ceBe de tous les affiliés à la maison sainte qu'il veut plaider prés de Louis XIV. U^is sa lettre doit passer par Yîntermédiaire de Pomponne, qui l'intercepte : « J'ai reçu ce maùxi \S m^ (( 1679], ditleministre au docteur, lalettreq\ie vous m' a- (( vez adressée. Mais vous jugerez, je m'assure assez, que
(( je ne la dois pas rendre Vous écrivez au pluriel, et
« comme parlant pour d'autres personnes que pour tous. « C'est justement ce qu'on ne veut pas. Ces manières « de corps et de communautés sont ce qu'on veut le c( moins ^.» Cinq semaines après avoir reçu ce billet [le samedi 17 juin 1679] * Amauld quittait sa patrie. Pendant
1 CBnir. du dact. Amauld^ t ii, p. Si , lettre cccnx, do 19 déoeiiibrel678. -—Anattld ne prit cependant nne part directe aux dispates sur la Réfale que le 9 août 1680, dans m Lettre if un chanoxM à un évéque, t. xxxm, n'im.
s IhUl.,\, it, p. 40, lettre cccxr.
S tbid,, p. 44 ; Yo!r aussi, p. 8 et Si, deux lettres d'Amanld, que Pooiponoe n*a pas jugé à propos de communiquer au roi.
4 Jbid,^ p. 45» note marginales GoeUé^ ifelofion dêUnirmU, pb 7; ImikKt VUifÂmauU, t» Sf pt ii9i cic.
GHAP. lY^ SECT. U, ART. Il, g IV. 451
quelque temps il avait caressé Tidée de se retirer k Rome ^ . Mais c'eût été rendre Louis XIV implacable {et il se réfugia enfiu dans les Pays-Bas, où, diaprés la version qu'appuie le témoignage de Brienne, il espérait, de concert > avec Pomponne^, se faire investir plus facilement qu'en France, plus facilement qu'à Rome surtout, de la pourpre romaine, Mais le ministre qui n'osait remettre un placet à Louis' XIV parcequ'on y parlait au pluriel aurait-il osé faire un cardinal hors des états et contre les intérêts du grand roi?
Pour Amauld, c'était différent; S'il n'avait plus rien à espérer de la France, il pouvait tout prétendre du côté de Rome. Ses écrits contre les Calvinistes lui avaient ramené les esprits aliénés par ses premières disputes théologiques'. Dès le commencement du nouveau pontificat, il avait obtenu d'Innocent XI* des lettres si flatteuses que ses ennemis en suspectaient l'authenticité ^. L'attitude qu'il venait de prendre dans la querelle de la Régale
^ a U eut d'abord la pensée d*al]er à Rome... mais il craignit qu^ le roi \ a ne se tint offensé du choix de celte retraite. » (Lanière, 1. 1;, p. 112.J
2 Ceux qui voudraient soutenir avec Brienne que Pomponne était dans la confidence du docteur, et le complice de ses prqjets ambitieux, pourraient peut-être s'appuyer d'une lettre de Tabbé Senien, que nous avons donnée plus haut, t. ir, p. 132 ; et, k dire vrai, ceUe lettre noua semble mériter considération. Mais die est trop vague pour avioriser une assertion*
s a On sait que Ton est présentement bien revenu à Rome des préven- ' n tions qu'on a pu y avoir contre moi il y a trente ans. Mes livres y sont a estimés et bien reçus par les plus habiles, cardinaux... » (Œuvres^ t. m, p. 767, lettre Nxxa, du $ avril i694; voir aussi ibid,, p. i93, 106, 201, 219, 224, 288, etc. ; t iv, p. 49.)
4 Lettre du 2 janvier 1677, ibid., t. i, p. 772.
B Ibid., u II, p. 5, lettre ccxcvni, du 14 juin 1677 ; t. il, p. 17, lettre CGUi, de septembre 1677. — <i Ils ont dit d'abord que le bruit de cette « lettre étoit une fausseté, et qu'il n'y avoit point d'apparence que le pape a m'eût fiiit écrire d'une manière si avantageuse. Ils ont longtemps amusé « le monde, par le doute où ils l'ont mis si ce n'étoit point une impostiire
152 LES pas D'AKNAULD D'ANDHXY.
méritait une récompense; les persécutions que faisait supposer sa retraite demandaient un dédommagement. ^ Lesamitiés chaleureuses qu'il avait trouvées dans la patrie de Jansénius étaient toutes puissantes à la cour de Rome 2, que les officiers du roi taxaient en plein parlemeDt de Jansénisme '. Enfin il s'était ménagé par lui-même d'intimes et puissantes sympathies dans le sacré collège: « Ses liaisons avec..« Rome, dit Irailb, étonneront « sans doute, mais elles ne sont pas moins véritables. « Il entretint toute sa vie des correspondances avec les (( cardinaux du sacré collège* Il avoit des instructions <( très sûres concernant les papiers les plus importans « envoyés à la congrégation de la Propagande. Personne u ne connoissoit mieux que lui la bibhothèque du Vatican.
« des Jansénistes... Depub qnte la lettre se fût rèpandae, ils se sont «rîsé s « de dire que j'en avois retire les véritables copies, pour en Isdsser courir de w fausses..., etc. »
* « On pourroit considérer au lieu où tous êtes [à Home] que ce sont n mes Conêidérationê sur le» affaires de CÉglUe qui ont acharné contre « moi les ennemis de l'Église et de toute vérité, et qui font dire & celui qui «r en est le chef, c^cst à dire à M. rarehevèque [de Paris}, qu*il a cinquante ff mille livres à employer pour me faire prendre,, et qu'il faut que lui ou « moi périsse. » (OEuvre», t ii, p. 164, lettre gcclxxxvu, du 20 octobre 1682.)
3 « En 1681 M. Ârnauld étoit en Hollande avec M. Tabbé de Poot- « château. On y étoit fort occupé des bonnes dispositions d'Innocent XI et n (le ses ministres de confiance .MM. Favoriti, Casoni, etc., intîmement c. liés avec M. de Neercassel, qui gouvemoit les Catholiques des Pkt>viiices « Unies [et qui était devenu l'ami le plus intime du docteur exilé; Toir Cl dans les Œuvres d* Arnauld^ 1. 1 et n, leur correspondance]. On sai^s- « soil avec lèle toutes les occasions que la divine Proridence pouvoit fournir A de faire servir ces heureuses ouvertures au plus grand bien de TËglise. •• M. de Pontchûtcau n'avoit point eu d'autre but dans les deux voyages ff qu'il avoil faits à Rome en 1677 et en 1679. >• (Œuvres du doct. Amamld, t. XXIV, p. 588, préf. hist.)
s Œuvres du doct, Arnauld^ X, in, p. 73, lettre ncxLvn, du 16 fïévrier 1088.
CHAP. IV, SECT. Il, ART. U, g IV. 153
« II citoit les pièces originales, Tendroit où on les avoit c( placées, et défioit les Jésuites d'en contester Fauthen- * « ticité. Ils ne purent pas faire mettre à l'index sa . « Morale pratique [pamphlet en huit volumes contre la c( Société de Jésus] tandis que le livre du père Le Telle lier sur les Chrétiens de la Chine y fut mis. Son crédit « à Rome étoit au point qu'il en plaisantoit lui-même : « On me croit en France, disoit-il, le plus grand ennemi c( des papes, et l'on ignore comme j'ai toujours été avec a eux. ' »
Ces faits, sur lesquels on prenait soin d' édifier le public, avaient rendu probable l'avènement d' Arnauld au cardinalat. De tous côtés on en complimentait sa famille^ ; luimême en parle dans ses lettres', et, quoiqu'il traite ce qu'on en dit de bruit ridicule, il y revient avec une complaisance dont on pourrait conclure qu'il n'eût pas été fâché de donner à ce bruit une autre épithète. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse *, deux années d'exil n'avaient encore réalisé pour lui que des déceptions. Pomponne était tombé du pouvoir quatre mois après la fuite de
1 Querelles liiiéraireè, t. m, p. 311.
2 Lanière, Vie d* Arnauld, L ii, p. IS2.
' Lettre mxu, du 1 1 février 1694» t. iir, p. 738 ; lettre vliii, du 17 juin 1694» t. iT, p. 51.— Cr. Racine» Hist. de P. R., p. 175.
4 Le P. Quesnel, qui aTait été compagnon de Texil d*Amauld durant les dix dernières années de la yie du docteur, était loin de regarder comme une hypothèse IMntention qu*aurait eue Innocent XI d^élcrer celui-ci au cardinalaL Qfoir Justification de M, Arnauld, 1. 1» p. 109. — Cf. Larrière, Vie d^ Arnauld^ L ii, p. 489.) Ce même Quesnel (Vie d* Arnauld, p. 306} affirme que ce docteur n^avait à Rome ni agents ni aucune intelligence, et que cependant il parvint à y faire condamner la morale des Jésuites; condamnation qui d*après Irailh serait due surtout à ces marnes relations niées par Quesnel. —Quant aux agents du docteur, Qucnncl ne pouvait ignorer la présence à Rome de M. Du Vaucel, cet infatigable correspondant de son compagnon d^exil.
i5/i LES FILS D'ARNACLD B'ANDUXT.
son oncle ; et si l'exilé félicitait le courtisan de sa disgrâce, c'était par cette triste considération que la famille Amauld n'était plus exposée à voir l'un de ses membres délaisser l'innocence sans appui en face de l'injustice ^ Nicole, sur qui le fugitif comptait pour partager sa retraite, l'avait abandonné dans une terre étrangère*. Innocent XI, à qui il avait écrit une longue lettre qui tenait à la fois du manifeste, de la pétition, du réquisitoire et de la mercuriale ', s'était contenté de lui faire répondre que la situation des affaires ne permettait pas de recourir immédiatement aux remèdes proposfe. * Cette réponse dilatoire était d'ailleurs accompagnée d'éloges et de bénédictions.
La querelle de la Régale provoquait alors en France la célèbre déclaration du clergé. Arnauld, qui avait secondé les vues de Rome sur la Régale, seconda celle du roi en applaudissant au projet de la déclaratioiî ^ A cette
1 ÛKurrei, t. ii, p. 61, leUreGccnv, de novembre 4679.
2 On sait avec quelle ameitume les Jansénistes jugèrent cette démarche de Nlco!c (voir plus haut, t. r, p. 830), tvec quelle douceur celui-ci se défendit (Goujet, Vie de Nicole, .^rt, ii, p. 180; Œuvres dP Arnauld^ U ir, p. 66, etc.); enfin, avec quelle générosité Amauld lui vint eu aide {Œuvres, t. II, p. 53, lettre cccxix, du 9 août 1679 ; p. 60, lettre cccxxiv, du 2 septembre 167P: t. iLii, suppl. p. 17, lettre xii, du 29 juin 1679). « Je « lie sais où M. Thomas a trouvé que M. Nicole ne vouloil pas être avec « moi, parccqu'on m'attribue tout ce qui se fait. Je suis assuré qu^il n*est « point capable de cette basse jalousie. » Ceci est digne de Nicole et d*Ainauld; mais ce qui suit est de trop, ce nous semble : « Après tout, puisqu^il
• veut bien travailler à une chose très importante [ le Traité de roraison], « U faut profiler de sa bonne volonté, et ne rompre point avec une personne « à qui on a pour le passé de très grandes obligations, et qui est encore
• très capable de servir à Tavenir. • {Ibid.^ t. u, p. 61, et Goujet, Tie de Nicole, part, ii, p. 112.)
3 Œuvres, t. u, p. 80, lettre cccxxxvi, vers 1680.
•'i Ibiii., t. iij p. 88, lettre du 0 avril 1680. a Conditio temporum ft non ptitUuv remédia quœ proponuntur^ stalim agtpredi* » ^ Ibid., t. If, p. 169, lettre ccglxutiii, du 12 novembre 1682.
CHAP. IV, SKCT. n, ART. n, S IV- i55
époque aussi la conspiration des' poudres suscitait en i Angleterre une violente persécution contre les Jésuites. Arnauld prit vivement la défense des Jésuites ^ dans le <■ même ouvrage où il donnait son adhésion aux tentatives du clergé français^. Ce fut, dit-on, là première de ces démarches qui fit échouer à Rome son cardinalat. ' — Toutes deux auraient dû lui rouvrir les portes de la France. Les Jésuites y étaient puissants, et la déclaration triomphante. — Son livre y fut arrêté ; ceux qui l'y introduisaient, jetés à la Bastille *. Arnauld exaspéré voulut se plaindre publiquement au roi. Ses amis s'y opposèrent^. Il ^voulut du moins lui écrire. On ne con-
i I Quand ce seroit un Jésuite c|ui auroit faitViipolofie pour U$ Catho" . « lipiest je oe sais s*il aurait traTailié a? ec autant de soin que je l*ai fait à « ramaner toutes les raisons qui m'ont paru derdr faire juger.*.* qu*ils sont <c entièrement innocents de tontcequeledocteorOatesleuraimputé....Rten ce ne m'oldigeoit d'entreprendre ceUe apologie.» (Mémoire au roi, t. xuy des Œuvres du doeU Arnauld^ p. 62i.) — Rien sans doute n'oUigeait AmauJd à cette démarciie; et cependant le crime que les Anglicans attri- ,^ huaient aux Jésuites, et dont Arnauld défendait ceui-d, était précisément celui que Port-Royal aurait tooIu faire exécuter par la main de Fabert. (Voir plus haut, t. i, p. 78-S<h) Seulement les Jésuites ne Tavaieot jamais ' conçu, et il n'avait manqué à Port-Royal qu'un hras pour l'accomplir.
2 Œuvres du doct. Arnauld, t. xxv, p. 283, etc. — Cf. Racine, Hist, de P. R,, p. 175.-^nOn ne sçauroit faire un ouvrage plus favorable auxrois... « Le pape y est traité avec les égards qu'il mérite, et je ne sçaurois assez louer «r qu'on y fasse, autant qu'on a pu, l'apologie des Jésuites... Le roi d'An- . 't gleterreetle duc d'Yprc sont très hien traitez, et il n'yapas jusqu'à l'emn pereur qui ne doive sçavoir gré à l'auteur de la manière dont il parle de « la Hongrie.il (Lettre de Nicole, dans sa Vie p^r Goujet, part, ii, p. 268.)
s « M. Casoni dit un jour que le pape Innocent XI auroit été disposé & « faire M. Arnauld cardinal, si ce docteur ne s'étoit point expliqué dans sa <« première Apologie pour U$ Catholique$, en faveur des iv articles du «f clergé de Franee. » (Œuvre» du doeU Arnauld, t iv, p. 51.)
4 Œuvres, t jz, p. 160, lettre ccclxxxiv, du 19 octobre 1082.
s Voir les remontrances dont les fragments ont été recueillis, ihid,, t. xxiv, p. 018; lettre cccLxn, du 1*' mai 1082; lettre ccctxxvi, du i 8 juin 1882 ; lettre cccxciv, de décembre 1082; lettre cccxcv, du !•' janvier 1688; let-
156 LES FltS D'AftlfàDLD D'ANULLY.
seilla point à Pomponne de remettre la lettre ' ; et le ministre disgracié, loin de venir en aide au docteur proscrit, n'osa même aller toucher pour celui-ci des rentes qui lui appartenaient sur l'Hôtel-de-Ville^.
Bien plus, l'homme qui jadis écrivait, en protestant contre la pensée d'abandonner son onde alors en butte à de premières persécutions : «Je ne crois pas que la fai- (I blesse et la fortune puissent aller jusqu'au point de « faire crûndre ce que l'honneur et la conscience conseil* tt lent^; » ce même homme laissait dans le dénuement cet oncle octogénaire sur une terre d'eùl ^. Des étrangers
tre cccxax, du 29 jaovier 1689 ; lettre cccci, do iS lérrier 1683 ; latn ccccrr, du 41 mart 1683; lettre ccccxxm, du Ik jnîa 1^83, H sartoat ieiire coccxxinn, du S6 août 1683, ccccui, du SI nofenibre 1683, L ii, p. i88, 148, 180, 18i, 191, 199, SOI, 277, 338, 86r7, dlft. ; U tm, f. 590. prCf . hiflL, art. iJi. — L'opposition des amb d'Amaald pond&i d'aitteim «or la forme, et non sur le fond. 11 reste à ce sujet un Ménioire fort corienx que l'on croit de Pomponne, t. xxt, p. 354. —Voir aussi, t. xua, soppU, p. 36, letlre du 17 octobre 168S ; p. 3S, lettre do Si man 1663.
1 CEnvreêf t ii, p. S99« lettre ccccnxiii, du 19 juillet 1683 ; t. iT,sappl., p. ihht lettre ix, du 16 noTerobre 1682. Voir aussi, L ii, p. iS6« lettre cccLxr, du 6 février 168S.— Pomponne se refusa inème ft parler au nu. (Larrière, Vie tCÀmautd, L u, p. S08.]
3 • On a fait tort [à M. de Pomponne Ide u*avoir pas %'oulu le prier de faire 0 recevoir mes rentes sur Tbôlel de ville et l*bôpital général, et qu'il faiUe « avoir eu recours pour cela h M. Des Rocbes, comme si je n'avols pas un « seul parent qui me voulût rendre cet oflCice. Il m'est indifférent par qui m je les reçoive; mais je ne crois pas qu'il soit honorable à mes paréos de « témoigner tant de peur sur mon sujet, » (Œuvres, U ii, pé 141, lettre cccLXXf, du 6 mai 168S.)
' Voir plus haut, t. ii, p. 55.
4 c II me semble que c'est une preuve que sa piété n'est guère éclairée, « de ce qu'il a eu si j^u de soin de l'un de ses proches, lorsque l'on savoit
• qu'il ovoit besoin d'assistance, et qu'il a fkllu en elfet qu'il en reçût des
• étrangers. Des personnes de qualité ajant demandé s'il ne l'assistoit pas, « comme on n'a pu menlir, ils en ont été fort étonnés. C'est plus pour lui « que pour moi que j'en parle ; car certainement ce!a ne lui foit pas d*lion-
• neur. » ÇOEum^e», t lu, p. 302, lettre dcccxii, du 1"^ août 1691; voir
CHAP. IV, S£CT. n, ART. U, $ Vf. 157
seuls en prenaient soin ; et panni ces étrangers se trouva, contraste singulier I la veuve du ministre Lionne^ faisant Taumône pour ceux dont son mari avait fait la fortune et * qui abandonnaient dans le besoin sa famille et la leur, , Tabbé Servien et le grand Amauld. — Cette tache dans la vie de Pomponne a failli nous en obscurcir toutes les pages, et transformer à nos yeux sa louable ambition en étroit égoïsme, et son extrême prudence en excessive lâcheté. — Un examen plus général nous a rendu plus juste ^. Mais la pénible impression que nous avons éprouvée, il n'est pas étonnant qu'un oncle Tait profondément ressentie. Pendant plusieurs années [1682-1688] le nom de Pomponne disparut de la correspondance du docteur.
On l'y retrouve à propos d'une accusation de déisme que les Jésuites intentaient à la mémoire d' Amauld d'Andilly'. Il s'agissait de la participation qu'aurait prise celui-ci à un complot impie tramé dans cette as-
auMi, p, 8440 * ^'^^ ^^ '> oonltasion. de recevoir des étrangers ce qui • m'aide à subsister, pendant que mes prodies, qui sont fort riclies, ne se I mettent pas seulement en peine de savoir si j*en ai besoin. > (Jbid,, L iir, p. 5S0, lettre ncccxcni, du 16 juillet 1699.)
1 Œuvre$9 1. ii, p. 665, lettre dcccclxvi, dn Si juillet 1693.
2 II ne serait pas équitable d'ailleurs de s'en rapporter uniquement aux plaintes du docteur, dont Tesprit violent et l'humeur intraitable inspiraient à Pomponne une juste méùsmce,( Œuvres du doct ArMauld, U xxiv,p. 593.) Ne peut-on pas supposer que celui-ci était au mombre des inconnus qui venaient en aide à son oncle? Sa charité n'eût été que plus chrétienne, en devenant plus prudente. Le fils de Pomponne se cacha sous le nom de son précepteur .pour satisfaire à un désir charitable de son grand-oncle. [Jbid*, U m, p. 750 et 761, lettres mxix et mxv, du 3 et du 23 mars 16940 Arnauld loi-mèmc parle de deux de ses parents qui lui envoyaient des secours avec mystère; cette fois, il est vrai, le nom de ces parents lui est révélé. Mais d'autres fois il a pu ne l'être pas. Ceci n'est qu'une supposition, je Tavouc ; mais l'histoire est un jury de%ant lequel les beaux aiitécéUcnls doivent faire admettre les circonstances atténuantes.
» QEuvrei, t. m, p. 60, lettre ncxii, du 2J janvier 1688.
15S £fes ras D*AiiiAcu> d'ahihlly.
semblée de Bourgfontaine à laquelle croyait Térêque de Marseille, le charitable Bel2unce^ qu'un arrêt du parlement déclara depuis une imposture*, ce qui n' empoche pas H. Sainte-Beuve d'incliner à en admettre la réalité'. Le docteur ne demandait à son neteu, au fils de d'Andilly, qu'une procuration afin de poursuivre luimême les calomniateurs devant les tribunaux du Bra^ bant. « On ne court aucun risque, écrivait^il le 22 jaad vier 1688, et l'on ne voit pas comment des personnes « de qualité [qu'importe la qualité?] pourraient souf- « frir en conscience que l'on fit passer publiquement « leur père pour un impie et un déîste. * » — Dix jours après cette lettre [ 5 février ] Amauld avait repu de Pomponne un refus péremptoire. « Je ne me soucie « guères, répondait-il, qu'on ne m'ait pas envoyé \a « procuration. Je m'en passerai bien. [ Alors pourquoi a la demander, sinon pour entraîner son neveu dans « ses querelles? ] Et quand tout le monde m'abandon- « neroit, je n'en défendrois pas avec mcrins de vigueur « l'honneur de la famille *. » — Amauld, en cela, ne remplissait qu'un devoir; car c'était lui qui avait attiré cette avanie sur sa famille en excitant les neveux de Janséniusà tenter contre les Jésuites un procès pour lequel il écrivit quatre factums^. Cette démonstration du docteur fut d'ailleurs le seul résultat qu'obtinrent de leur démar-
< OEuvreê du doct. Arnauld, t. xxxx, préf. hîst., p. lt.
2 Ibid,, t. XXX, préf. hist, p. LXi.
3 Port.Royali t. i, p. 808.
4 OEuvreê du doct, Amauld, t m, p. 60. B Jbid., t. HT, p. 70, letlre dcxlti.
<» « Quatre factnms pour les petils neveux de Jansénlus, contenant la ré- « rotation du roman de rassemblée de Bourgfontaine et autres calcHnnies, ■ [ publiés de 1685 à 1688]. (Œuvres, t xxx, n. xi.J
GHAP. IV, SEGT. n, ART. U, $ IV. 159
che les proches de Jansénius, et qu'eussent atteint sans doute les parents de d* Andllly en se laissant envelopper ^ dans le même procès où leur fougueux représentant voulait accoupler son nom à celui du chef de ses doctrines. Arnauld rentra pour trois ans [1688-1691] dans le silence à l'égard de Pomponne ; et lorsque au bout de ce temps il le vit revenir au pouvoir : « Je n'en espère rien, « écrivait-il S pas même pour l'affaire qui me tient le « plus à cœur, qui est la résidence du pauvre imulaire.^n — Peu de temps après il envoyait à une amie commune, Madame de Fontpertuis, une autre lettre' que devait lire son neveu, dont on lui avait vanté les bonnes dispositions. Cette lettre montre le docteur un peu plus conOant, ou du moins sa méfiance n'y perce que par des allusions; mais dans une lettre secrète qui accompagnait la lettre ostensible : « Pour vous parler à cœur ouvert, dît-il, de « la disposition de votre ami dont vous étés si édifiée, « je crois tout ce que vous, m'en dites.*. Mais je crains « bien qu'il ne soit pas trop éclairé sur beaucoup de ses
^ OEuv» du docU Arnauld, t m, p. 858, lettre dcccix, du SO juillet 1691.
s Vifuulaxre était le P. Du Breuîl, Oratorien, qui en 1 672 eût été nommé < général de son ordre s'il n*eût été janséniste ( voir Mém. de Du Foisé^ pé 467], qui en fut exclu depuis parcequ'it l'était; qui en 1682 Tut jeté à la Bastille pour avoir introduit en France l'Apologie des Catholiques, où Arnauld plaidait la cause des Jésuites d'Angleterre (Œuvres, t. u, p. 161]; qui fut transféré sii fois de prison à Tdge de quatre-vingts ans, et relégué, sous le ministère de Pomponne, au fort de Brescou, où, dit Arnauld, Tair est si malsain qu'on en change la garnison tous les trois mois (ibid,, L m, p. 295, 429, 465 et 509). Le P. Du Breuil mourut, toujours prisonnier, le 4 septembre 1699, douie jours avant Pomponne, qui depuis huit ans était ministre, l\ est vrai que quand il s'agissait de le 'transrércr d'une prison dans une autre, l'un des oncles de Pomponne lui envoyait son carrosse. (Ibid,; voir aussi la relation sur la mort du P. Du Breuil, suppl. au Nécrol, de P. Il, p. 4-14.)
s Œuvres, t. m, p. 360, lettre dcccu, du 1" août 1691.
160 US5 FILS D'AENAULD B'ASDILLT.
« devoirs» et principalement sur l'obligation de ne point « abandonner par timidité ou par complsdsance le parti (( de la vérité et l'innocence opprimée. ' »
Cependant l'exil pesait de plus en plus au vieillard fugitif. Il avadt perdu en Hollande son meilleur appui, révêque d'Utrecht, M. Neercassel [6 juin 1686] ^ et ses ennemis avaient fait choisir pourl'évêché de Malines [1689] M. de Preicipiano, c'est à dire, écrivait-il, « un « très misérable sujet que les Jésuites pousseront à chia caner ceux qu'ils lui feront passer pour Jansénistes ^.w Quelque temps après, le gouverneur des Pays-Bas espagnols, le marquis de Castanaga, qui l'avait pris secrètement sous sa protection, la lui retirait tout à coup [1690] *. Innocent XI était mort [1689J sans avoir réalisé l'attente du Jansénisme S; et le conclave avait éla Alexandre VIII S qui, selon le violent docteur, a éioît
1 OEuv. du éoct. Amauldt t. m, lettre dcccxu, p. S6I , et lettre dcgcxiii, dn 8 août 1691, p. 864 : «le ne me promeU rien de ce oôté^ ; et bien des a gens qui se promettent menreilles, se trouTant trompés, perdront bienlM a la trop bonne opinion qu^ils avment da nouveau ministre.. »
2 Ibid., t. II, p. 671, lettre dlxxi, du il juin 1686.
•"^ Jbid., t III, p. 235, lettre DccuTiii, du 12 août 1689.
4 Ibid., t m, p. 283, lettre dcclxiii, du 8 anil 1690.
» Ibid., t. m, p. 239,iellre dccxxxii, du !•' septembre 1689.
6 Ibid., L m, p. 733, IcllrCMX, du 26 janvier |694. — Arnauld, qui d'abord avait refusé d'entrer en communication avec Alexandre VIII {ibid., L m, p. 865 et 867, lèllrcs nccxLixet dccu, du 30 décembre 1689 et da 25 janvier 1690 , avait cependant fini par lui écrire. {Ibid., i. m, p. 269, IcUre DccLiii, du 26 janvier 1690, lendemain du jour où il avait déclaré qu'il ne lui écrirait pas. ) Voici ce qui l'y avait décidé : « Votre lettre du « 7 janvier nous a fait changer tous nos projets ; car sur ce que vous dite» Cl que la lellre au père de Saînt-Marlin [le pape] lui sera rendue par an w homme fort sage, en aorte que si ccUe affaire ne réussissoit pas aussi bien « que nous le souhaiterions, elle pourroîl demeurer secrette, nous nous » sommes résolus d'écrire. • {Ibid., t. in, p. 268, lettre DCCLn, du 26 Janvier 1890.)
CHAP. IV^ SECT. n, ART. U, S ^^' ^^^
(( l'opprobre du Saint-Siège^ et l'exécration de tous les / (( gens de bien ^. » — Aussi l'exilé, qui ne supposait plus ' à son neveu une générosité spontanée, fait un appel détourné à r amour-propre de celui-ci. Il écrit à Madame de Fontpertuis que tout le monde s'attend à voir se rouvrir devant l'oncle du ministre les portes de la France, et que le bruit en a couru jusqu'à Rome '. Puis il la charge de s'informer près du ministre même s'il y aurait du danger pour l'un de ses compagnons d'exil à repasser les frontières *; puis il s'enquiert si lui, le docteur Arnauld, ne pourrait aussi rentrer dans Paris incognito ; ^ et enfin, lorsque la glace est rompue, les demandes se succèdent. C'est d'abord en faveur du pauvre insulaire^ ^
1 c Cet homme ne manque point de h&rdiesse. U possède asseï bien le c caractère de Port-Royal. U traite le pape familièrement, lï parle aux • docteurs avec autorité, i (Racine* deuxième lettre & Nicole, Œuvres, t vi, p. 89.)
2 A ces expressions on reconnaît Pâpre Janséniste qui a composé une DisaertaHon selon la méthode des géomètres {Œuvres, t. xivii, p. 50-71. Cf. t. XII, p. 72, lettre dcxlvii, du 16 février 1688) pour démontrer qu*on peut dire des injures à ses adversaires. L^auteur des Provinciales, qui avait usé de la chose, n*avait du moins essayé d^appliquer la méthode qu'à la démonstration de cette sainte doctrine qui prêche Toubli des injures. (Voir TabbéGoujet, Biblioth, franc,, L i, p. 167 et t. m, p. S25.)
s a Cela s'est répandu dans tout Rome... Je vois bien que cela n'est a qu'une chimère. Mais... comment l'a-t-on pu mander aux^ cardinaux? a OEuvreStU m, p. 378, lettre dcccxxu, du 15 septembre 1691.) Le car- « dinat Carpegna... témoigna être surpris de ce 4ue M. de Pomponne étant « ai fort en faveur à la cour, le docteur f&t encore obligé de se tenir caché. a Cet exemple fait voir ce que pensent bien des gens. » (Ibid., p. 524, lettre dccgxcv, du 39 juillet 1692.
4 Ibid,, t. III, p. 387, lettre Dcccxxin, du 24 septembre 1691; p. 379, lettre dcccxxvi, du 80 septembre 1691 ; p. 483, lettre DcccLxx?n, du 12 mai 1692.
B Jbid,, lettre Dcccxxni, etc.
^ JM.^ t m, p. A28, lettre dccciux» da 19 février 1692.
162 V^ ni^ D'ARNAULD D'AlVPUXTt
et ceci fait réloge du solliciteur^; puis c'est en faveur de toute la congrégation de TOratoire, dont Y insulaire a fait partie 2; puis de T abbaye de Port-Royal ^ ; enfin du Jansénisme entier *. 11 faut démontrer au roi qu'on ne lui a créé que des fantômes s, que le projet de Bourgfontaine est une impasture®, les Jésuites des imposteurs ', son confesseur un fourbe *, et rarchevêque de Paris, cette vieille Madame des Arquina ^, comme od
^ On est heureux d'avoir à transcrire des lignes comme celles-ci, écrites att moment où tout semblait se disposer pour le rappel de l'exilé : « M. I^ar « chevéque dt Paris dit qu'il n'avolt tenu qu'à moi de retoumor à Paris, « et d'y être en toute sûreté; mais que je ne l'avois point voulu, à motm « qu'on ne donnât la liberté au P. Du Breuil, à qui on ne J'aToK ôiée goe « parcequ^ii m'avoH rendu service... Ifc devroîs-jcpts être encore dans ia « même disposition ?.,.» Nous espérons bien que celte dernière iolerrqg-acion n'exprime ni une hésitation, ni un doute, quoique immédiatement aprèa les éditeurs déclarent qu'il y a une demi-pi^ déchirée dau* Voriiinal. I-a demi-page aura été enlevée probablement parcequ'elle conUnaWquéque imputation trop violente contre Pomponne j car la phrase qui suit celle lacune commence ainsi : « Cela ne donne pas sujet de croire qu'on s'emplojera a avec chaleur pour l'affaire dont je tous parle dans l'autre lettre ■ [où il s'agit de son retour, à condition qu'il ne rendra compte de sa conduite qu'à Louis XIV]. Offiir., t. m, p. 458, lettre Dccctxin, du 55 mars 169Î,) D est vrai qu'ordinairement les éditeurs ne se sont pas montrés si scrupuleux envers la mémoire de Pomponne. (Voir plus haut, p« 156, n, 40 Hais la lettre dccclxxxix, du !•' juillet 4692 (U m, p. 511), nous fait regarder notre hypothèse comme étant la plus probable.
2 Ibidi, t III, p. 408, lettre ncccxxxvii, du 5 décembre 1691,
»/Wrf.,p.4«5,
4 Ibid,, p. 461, lettre dccclxt, in 6avril 1691.
» Jbid,, etc.
« JbiiL, t. m, p. 472 et 688, lettre dccclxx, du 22 avril 1692, et lettre ncccci, du 25 août 1692. — Cf. p. 489, 521, 545, 569, 592, 634, etc.
7 La fourberie de Douai. Ibid., L Uiy p. 361, 374, 879, 403, 438, lettre Dcccxii, du i" août 1691; lettre ncccxviir, du 29' août 1691; lettre Dcccxxni, du 4 septembre 4691, lettre ncccxxxiii, du t*' novembre 1691; lettre DCCCLV, du 29 février 1692.
8 Ibid., p. 528, lettre ncccxcv, du 29 juillet 1692, et p. 457, lettre MCCLXir, du 24 mars 1692.
9 « Gomment a-t«onpa pf^ndie {«ademenl iurl« belles ptrolesdflosne
GHAP. lY^ 8EGT. 0^ AIT. U, S 1^- iA&
l'appelait dans l'argot janséniste, une langue calon^niatrice^ A Tappui de tout cela, l'infatigable vieillard envoie mémoires sur mémoires ^. Les termes, de son -aveu, y sont un peu forts; ses amis, il en est sûr, voudraient les supprimer ^. Pour lui, il veut qu'on les remette même à Madame de Maintenon ^, à laquelle il applique cette citation empruntée ^Esther, la tragédie de prédilection du nouveau Mardochée i
Elle a parlé; le del a fait le reste. * Cette pétulance octogénaire eût efirayé, on le conçoit,
• TieîUe M" * Des Arquins, qui a toujours trompé tout ceux qui ont eu albire (f à elle... C^est assurément une habile femme et bien fine; il seroit àsouhai- • « ter qu*elle fût meilleure. Nos cousines [les religteuses de Port-Royal] s*en a trouveraient mieux.» {OEuwêm, U it,ii. 97, lettre cccxm, du 9 arrii 1681.) * Ibid., t. III, p. MO, lettre occcLum, du !•' juillet 1692; p. 521, lettre Dcccxciv, du 25 juillet 1692 ; p. 710, lettre dcccgxctiii, du 20 décembre 1698. Il consent toutefois à voiler dans la vie de rarcherèqu^, i oceuita iedêçoris {ibid,, L ii, p. 278, lettre ccocxxnxt du 24 juin 1688) ; maïs on en parle fort crClment dans un Mémoire qui foit partie de ses Œuvres, t. xxv, p. 859, et qui semble sorti de sa plume.
2 Jbid,, t. m, p. 481, lettre docg&xivi, de mai 1692 (et non 1688.)— Qf. Larrière, Vie (CArnauld, t« u, p. 405 et 406.
3 Ibid. — Ce n'était pas la première fois d^ailleors que rinjurieux docteur se trouvait, pour les emportements de sa plume, en butte au blâme de ses amis. Nicole lui écrivait le 5 mai 1684 : «Vous ne ooncevrei jamais assez ff les effets que font les duretés des écrits sur l'esprit du monde, et prin- « cipalemcnt des amis. On ne se soucie point du tout des sottises, des ca- « lomnies, des aigreurs des autres : on y a même quelque complaisance, « parceque Ton sait que cela leur attire l'indignation publique [ceci est fort «juste; est-ce chrétien?] Mais quelque chose de dur et d'aigre dans les « personnes que Ton aime, met les gens au désespoir, et. cause des afflictions « plus sensibles que je ne vous le saurais exprimer. Vousderex donclilira état « que tout ce qu'on tous en mande n'est rien en comparaison de ce qu'on « en ressent : faites votre compte sur cela. » (Œuvres du doet, Arnauld, t. n, p. 4*2.)
^ N Cette fierté [des Jansénistes] n'en vooloit qu'au pape, aux archevé- « ques et aux Jésuites. » (Racine, Lettres à NicoU, OEuv., t. vi, p. 15.)
5 Œuvres du doet. Àmauldt t m, p. 482. — On sait qu'Araauid préférait Esther & Athalie (ibid,, p. 348» lettre noce» du iO avril 1691 J.
16& US nu D'AKHACLD D*ANDUXT.
tout autre qu'un diplomate. A plus forte raison dut-elle épouvanter Pomponne, dont la dernière disgrâce avait été précédée de la menace faite par Louis XIV, en plein conseil, de jeter à la Bastille celui de ses ministres qui lui remettrait un écrit du docteur janséniste '. — Ce dernier ne se rebuta point. Le roi assiégeait Namur, et Pomponne raccompagnait. La propriété d'un des hôtes dont Arnauld avût éprouvé la générosité sur cette terre d*exil se trouvait menacée. La reconnaissance fait illusion au fugitif. Il tranche du protecteur, et veut obtenir du roi une sauvegarde en faveur de son hôte K II ne voit rien de mieux pour cela que de s'adresser à son neveu; rien de plus sûr que d'envoyer son secrétaire près de ce neveu mëiue. Le secrétaire était connu, et parmi ses connaissances toutes n'étaient pas diplomates, o Etant ce arrivé au camp, écrit Amauld, M. Guelpbe ^c'était le « secrétaire] ne trouva point M. de Pomponne dans sa « tente; mais un ancien domestique l'ayant reconnu, il u en eut tant de joie qu'il se jeta à son col, et lui de- (( manda en pleurant de mes nouvelles. M. de Pomponne « étant revenu de chez le roi, M. Guelphe le salua et (( lui présenta la lettre que je lui avois écrite. II la lut, et « demanda de C encre pour y faire réponse. Et avant que « d'écrire, il dit : Je vousassure que je ne comprends pas « comment vous êtes venu ici, y ayant tant de danger pour « vous, étant aussi connu que vous l'êtes ; car si le con- « fesseur le découvroit, il vous feroit faire un affront.^ » Ce contraste entre la joie du valet et la circonspection du ministre, nous le soupçonnons ménagé par l'amer-
1 IbiéU^ t. vn, prëf. hist, p. ivm.
2 Jbid., U III, p. 492, lettre dccclxxxii, du 4i juin 169S* s Ibid., p. 506, lettre DCCCLOxyiii, du S8 juin 1692»