‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 56 sur 99 · CHAP. I?, SECT. IV, ART. I · texte numérisé non relu

CHAP. I?, SECT. IV, ART. I

( seule dévotion d'ailleurs qui lui fût commune avec les Jésuites^), réorganisait en 16A0, du fond de ce cachot de

ment accorder avec eux-mêmes Saint-Cyran et Lancelotj lorsque Tun dit et que Tautre rapporte ces paroles : a U est indigne d*un prêtre de s*amuser « à régenter des Classes de Jettres humaines et de sciences profanes, comme « on fait dans les collèges. sfA/em. de Lancelot, t. n, p. 167.) U ne faudrait pas cependant conclure de ce passage que Saint-Cyran fût un fauteur ardent de Véducation laïque. Ce n^étuit pas pour retirer des collèges les professeurs ecclésiastiques, mais c^était pour mieux retirer à ceux-ci leurs élèves que le fondateur des écoles dePorl-Royal déclamait contre Tèducation cléricale ; car il se permettait, en dehors des collèges, ce quMl blâmait ches les prêtres attachés à ces établissements : « Un jour qu*il alla acheter une . « paire de bas ches un marchand, il vit un petit garçon qui lui parut de « bonne espérance. U eut regret d'apprendre qu'on Tenvoyoit au collège, « où il étoit en danger de se gâter (roir plus haut, p. 38, n. 3), et il dit à « ce marchand qu'il Tenroyàt chei lui [il était prêtre depuis longtemps^ et ir qu'il lui feroit la leçon avec son neveu, ce qu'il fit pendant quelque ff tems. Mais cet enfant n^ayant pas correspondu depuis au bien qu'il lui « voaloit, il Ait obligé de le renvoyer. Dans sa prison il avoit pris trois • petits enfiints qu'il se donnoit la peine d'instruire... a [Mém. de Lancelot, t If, p. 843.J Saint-Cyran ne fut pas plus heureux avec les élèves qu'il s*était donnés sous les verrous qu'avec celui qu'il avait arraché à la coiv ruption des collèges. « Un de ces petits garçons, dit Lancelot (ibid,^ p. 333), « ayant commeocé par dérober à M. Singlin nne vieille calotte qu'il vendit « deux liards pour avoir de quoi jouer, et prenant ensuite tout ce qu'il « pouvoit friponner, il s*avança tellement à grands pas dans le précipice « qu'il' prit jusqu*à des cuilllers d*argent, et tomba dans toutes sortes de « désordres. >* M. Singlin, dont ce misérable déroba la calotte, avait été ordonné prêtre par Vincent de Paul, avant de connaître Saint-Cyran. (Cerveau, Nécrol.f t. m, p. 90.) « Mais, dit Lancelot ft^t'^, p. ShhU d'abord « que M« Singlin se Ait donné à M. de Saint-Cyran oelui-ei Ait ravi de la « proposition quMI lui fit de se consacrer aux enfants, et il ledestinoit à cet «r emploi pour lequel il me disoit autrefois que Dieu le lui avoit envoyé. ■ — U est Yrai que Saint-Cyran avait cru à cette mission avant que son élève eût dérobé une calotte; or ce dernier fait avait pu lui révéler Tincon^ vénient de donner aux enfants des précepteurs ecclésiastiques.

* Dans cette dévotion il y avait des nuances. Saint-Cyran ne fouettait les enihnis que pour de grandes ftiutes (Mém, de Lancelot, t. ii,p. 835); mais il mettait au nombre des grandes fautes les éclats de rire. Il y avait en outre une différence essentielle entre la manière dont Saint-Cyran cl les Jésuites entendaient leur dévotion. Cbei ceux-ci, on sait combien elle était • libérale, et eomne elle s'adressait gratuitement ù toutes les classes pauvret.

iS6 t£S FILS D'ARNâLLD D*AND1LLY.

Yincenues où l'avait jeté Richelieu, les petites écoles cU Port-Royal, dont il avait posé les fondements dès avaut

d« la sociélé. SaîiU-Cyran au coolraire avait à ce sujet des^ restrictiois beaucoup plus aristocratiques, a II ne pou voit souffrir qu*on Ht le capital, c dans réducatioB des enfents, des sciences et de Pélude, comme om f.'/f « auji}urd*hut, II rrgardoit cette conduite comme une des grandes Taotî^ c qu*on pou voit Taire dans la sainteté de cet emploi, et obserroît ifu^ootre

• quelle dégo&toit ceux qui ètoient tardifs, et donnoit de la Tanité au\ I autres [Saint-Cyran n'eût pas approuvé les concours généraux], eHe re-

• tomboit encore ensuite sur la république et sur PÉglise, chargeanrré- «r pouse de Jésus-Christ de quantité de gens quelle n'a point appelles, et rËtjl « d'une inGnité de personnes oisives qui croyent être audessus de tous, « depuis qu'ils savent un peu de latin, et qui ponserolent être déstionorés « de suivre la profession où leur naissance auroit pu les engager. C'est « pourquoi il disoit qu'entre les enfants dont on auroit été entièrement « maître, qooiqu'en grand nombre, on n'en auroit àd faire étudier que fort « feu, et seulement ceux en qui on auroit reconnu vne grande docilité et ff zoumUixon, et quelque marque de piété, et d^unc vertu assurée. ■(J/^it. dt Lancelot, l. ii, p. 388.) Heureusement ce n'est pas noire aHaiTC de Âèteudre ces théories contre les prétentions des capaciiéM, T9ous recommandons à celles-ci la lecture d'un autre passage de Lancelot {tbid., p. 194) *. « Ce qui I est bien remarquable, c'est qu'il ne se régloit nullement sur les talents

• naturels pour faire ce discernement [entre ceux qu'il fallait ou qu'Q ne

• fallait pas faire étudier] ; mais sur Jes semences de vertu qu'il voyo'.t que

• Dieu jcltoit dans le fond de Tânie. Lorsque j'allai à Saint-Cyran, à la fin

• de 1639, on me mit entre les mains un enfant qui paroissoit un prodige

• d'esprit pour son âge. La mémoire et le jugement alloient de pair, et f surpassoient tout ce qu*on en peut dire. Car à l'âge de huit ou neuf ans

• il apprenoit lui seul les principes du latin, voyant gue Je ne voulois pas < les loi apprendre, et il expUquoit quelquefois asseï heureusement rolfice « de l'Église. Il retenolt tout ce qu'il lisoit et entcndoit, de sorte qu'il savait

• une infinité de choses» sans qu'on pût presque dire comment il pénétroil

■ tellement dans tout ce qu'il lisoit, qu'il en fesoit ensuite des discours et « des livres. Je lui surpris une fois un traité qu'il avoit fait de l'Anteclirtst c composé de ce qu'il avoit ramassé de côlé et d'autrei qui avoit beaucoup

* a de suite et qui surprît tout le monde. M. de Saint-Cyran toulat qu'on le t loi envoyât dans sa prison pour le voir. On ne remarquoit en cet enfant

• rîeii qui tînt de la corrupliont mais seulement une avidité étrange de

■ savoir, jointe à une grande curiosité, avec un désÀr ardent de se jeiter « dans TÉglise et d'avoir des bénéfices, désir que set parent* lui avoient « inspiré sans quHl pût seulcmait savoir ce que fétoit, M. de Saîut-

• Cyran voulut que je lui eu disse mon avis, et aprts que je Ten eus averti,

CHAP. IV^ SBCT. IV. AET. U 187

1688 ^ Le jeune Villeneuve, âgé de sept ans, y entra en 16&1^. De 16&1 à 16A3, c'est à dire tout le temps qu'elles furent établies dans les.dehors de Port-Royal de Paris, il y demeura sous la conduite de Lancelot. En 16i8 elles furent transportées à Port-Royal-des-Cbamps, et plus particulièrement soumises à la direction du céLëbre avocat pénitent, Antoine Le Maistre, cousin-germain de son élève ^. Celui-ci^ qui avait aussi retrouvé parmi les habitants du désert son frère Luzancy , fut obligé en 16A& de quitter Le Maistre, Luzancy et le désert, par suite de l'éclat que faisait alors le livre du docteur son oncle, sur la Fréquente communion^. Jules émigra avec ses condiih ciples au Chesnay, près de Versailles, cfaee l'un des solitaires qui y possédait une demeure ^ £nl6A5 les jeunes émigrés revinrent à Port-Royal-des-Cbamps, et en 16AA à Paris, où les écoles furent ûxées pendant trois ansi près du Luxembourg, in^)a88e Saint-Dominique-d'Enfer^ sous la direction de W^allon de Beaupuis, dont les pria^

■ il coiidat sans différer qnHl ne falloit point du tout le faire étudier, et • eeta fut absolument exécuté. » Les Jésuites ont à se reprocher d*aToir feit étudier Voltaire. Nous ne croyons pas que Saint-Cyran ait bit Téducation d^aucun honune de génie; sa sagacité ne le mit en défaut que lorsqu'il s'agissait d^enfants qui, au lieu de songer à s*emvrer de la science de leurs maîtres, s'appliquaient à en dérober la calotte. (Voir la noteprécédente.)

1 D. Clémence!, Hisf. de P. R., tu, p. 83 et 448.— Cf. Mém. de Fontaine, sur les écoles de Port-Rojal, t i, p. cxiu; Mém. de Lancelot, t i,p. 290, 956 ; Goujet, Vie de Nicole, part, i, p. H; Vie de Wallon de Beaupaii^ p. 60.

? D. Clémencet, ibid,, t. ii, p. 450 ; t. ni, p. 944i et Menu de Lancelot, t. ti, p. 258 et 944.

3 D. Clémencet,i6iU, t II, p. 450; Mém. de Font aine, X^i^ p. 191, 195-198; Mém, de Du Fotsét p. 26 et 58 ; Mém. de Lancelot t t i, p. 108.

4 D. Clémencet, ibid*, t. ii, p. 451 ; Mém. de pu Fossé, nolscc, p. zvjii. B D. Clémencet, ibid,

s D. Clémencet, ibid. ; Mém. de Du Fossé, notice, p« xviii; Goujet, Vie de ^iicolc, part, i, p. 28,

188 LES PltS D'ARNACLD D'ANDIILT.

cipaux collaborateurs étaient Nicole et Lancelot <• En 1649 *, les écoles, transférées de nouveau au Chesnay, et en même temps aux Troux et à Magny, près de Port- Royal-des-Cbamps', en furent expulsées le 12 mars 1650S et se reformèrent, dès 1650 même, toujours àPort-RoyaJdes-Champs. Jules de Villeneuve y retrouva d' Andilly, qui s'y était retiré au moment où son fils avait quitté le désert pour Paris, vers 1646. En 1652, la Fronde porta le trouble dans les écoles^, et quoique Luzancy fût toujours censé en faire partie, vers janvier 1654, il étudiait à Port-Royal-des-Champs sous un précepteur particulier*. Enfin, le 20 mars 1 656, un ordre delà cour dispersa ces écoles, et les jeunes gens qu'elles contenaient se réfugièrent une dernière fois dans des résidences particulières ', jusqu'à ce que le 12 mars 1660 elles fussent k tout jamûs anéanties. ^

Dès 1666, le jeune Villeneuve, alors âgé de vingt et un ans, avait cru ne pas devoir prolonger cette éducation am-

1 D. Clèmeneet, HiêU ite P. A., p. W, 451.— Cf. Uitres deUiL Au^ tique, 1 1, p. 860 ; VU de Walton de Beaujmis, ^ 6S.

3 Goujet, Vie de Nicole^ part i, p. 96, place celte dlspeitioD en 1646.

s D. Cléoiencet, HUt. de P. it., p. 453; iUrm. deDu Foeeét notice, p. m; Goujet, Vie de Nicole, part, i, p. 28.

4 Goujet, ibid^, p. 87.

8 Dans la Vie de Walkm de Beaujmii, p. 72, il est dH que les écoles Bobsislèreiit à Paris de 1647 à 1658, sansdoote parcequ'eo 1652 la rVonde y avait rainené une partie des élères de la campagne.

« Mém. de U MaUtre daos le Bemeil in-f 2, p. 218 et 224. —Dès 1658 «ne partie des condisciples de Villenenve étaient retournés an Ch/emof avec Wallon de Beoopuis.rFi>a0lFa//ofi, p.7i.— Cf. I?rai^7in-12,p.?31.)

7 D. démeneet, î6î^., t. m, p. 84 1 ; ^énu de Du Fot»é, p. 1 69, et snrtoiit le rédt dePontchâteau dans le Recueil in-12, p. -228; Vie de WalloudeBesah puis,^99,

• Atém. de lancthU t. i, p. 817; le ll^nreiMn>12, p. 285; JTùf, ^i P€r$écuL, dise prélim., p, x ; Vie de Wallon de Beaujnth, p. 117-

CHAP. IV, SECT. IVj ABT. 1. 189

bulaôte que son père et Port-Royal n'auraient pas mieux demandé de transformer en vocatio^ définitive. Agitation pour agitation, il préféra celle des camps, où dès sa première expédition il trouva son repos dans la mort '• Un de ses compagnons d'études, Thomas Du Fossé, a consacré à sa mémoire ces lignes touchantes: « Ce fut (( alors [1656, lors de la dernière dispersion des écoles, « ou plutôt en 1665, car les sou,venirs de Du Fossé, <c nous le verrons plus tard, doivent le mal servir] que « je me vis séparé de M. de Villeneuve, avec lequel j'a- « vois été si uni, depuis Tannée 16A3 que j'allai demeu- « rer la première fois à Port-Royal. Comme il persista « toujours à vouloir embrasser la profession des armes, <( il mourut dès sa première campagne, lorsqu'il étoit 0 enseigne-colonel du régiment du maréchal Fabert..... n J'avoue que cette séparation de M. de Villeneuve fut c( pour moi le sujet d'une grande tristesse, car nous u nous aimions, et nous n'avions rien de secret l'un pour c l'autre. Il avoit beaucoup de disposition pour les étu- « des, et sa mémoire jointe à la pénétration et à la viva- '<( cité naturelle de son esprit, le rendoit capable de « soutenir avec éclat la gloire et la réputation de tous « ceux de sa famille. U étoit habile en blason et en généaa logie. Il savoit parfaitement la géographie et l'histoire. « U avoit trouvé de lui-même des r^les certaines pour « faire en très peu de tems toutes les anagrames qui se c( pouvoient faire sur chaque nom des personnes. U dé- « chiffroit tous les chiffres très promtement. .Enfin on « peut assurer que ce jeune gentilhomme avoit d'excel- (( lentes qualités; et s'il eût continué de s'appliquer aux

190 LES FILS D'AKlUtLD D*ANIHLLY.

a sciences, comme il avoit commencé, il auroit été aussi « loin en ce genre qu'on peut aller '. »

Cette courte oraison funèbre et les faits qui la précèdent contiennent les seules indications que l'on puisse jusqu'à cette heure recueillir sur Texistence de Jules de Villeneuve. Mais personne n'y avait encore puisé les éléments d'une biographie, malgré les plantes ékevée^ depuis longtemps à ce sujet par les éditeurs des Mémoires de Lancelot, contre tous ceux qui se sont occupés de la famille Amauld ^. Pour réparer cette lacuoe nous pouvons, grâce à notre dépôt, faire mieux que rapprocher des textes épars, mais connus, La corresp<Hidanoe de Fabert et de d'Andilly, nous l'avons déjà entrevu, contient sur Villeneuve des renseignements inédits, d'autant plus précieux qu'ils suppléent à ce que nous ignorons du fils, et ajoutent à ce que nous savona du çëre.

ARTiaE IL Biographie de Jules complétée par Fabert,

D'Andilly, qui, dans le siècle, avait destiné à l'ambî* tion celui de ses fils dont le caractère aspirait à la solitude ', retiré du siècle, voulait consacrer à la solitude \e plus jeune de ses fds, qui brftlait d'ambition. C'était toujours cette même volonté inflexible dans son ^oîsme, s'efforçant de façonner, de ployer, de tordre à son image tout ce qui l'environnait. Mais dans ses pérégrinatiws d'écolier le jeune Villeneuve avait été sousti-ait de bonne heure à cet ascendant impérieux, et tout en combinant

1 A/em. de Du Fossé, p, 129-130.

3 Mém, de Laneelot^ 1 1, p. Si^O, n.

< Voir plus haut, t. ir, p. 17M84.

CH4P. IV, SECT. IV, ilRT. U, S '• ^^1

ses anagrames, tout en décomposant ses chiffires, il rêvait beaucoup plus à Thôtel Rambouillet et à la carrière des ambassades qu'aux cloîtres de Port -Royal, Or d'Andilly, qui n'était plus dans le monde pour lui appre&dre comme à ses aines de quelle manière se tressaient les guirlandes poétiques ', et qui avait donné à son fils pi*éféré la carrière de la diplomatie, insistait par lui-même et par tous les siens pour que Villeneuve imit&t plutôt Lusancy que Pomponne. Voyant que rien ne pouvait y décider k jeune étudiant, il lui permit enfin de recoknmracer au loin la carrière chanceuse que le premier et le moins aimé de ses fils avait abandonnée après l'avoir obtenue à la suite d'une résistance semblaUe ^

$ h Vocalioa entravée*

C'était à Philipsbourg, à Metz et à Verdun, sur les frontières, et non par les molles oisivetés d'une vie de page ou de garnison, qu'Antoine avait dû s'initier dans le rude métier auquel l'avait condamné l'imputasanice d'en choisir un autre qui lui convint \ Ce fut à Sedan (nous savoqs pourquoi Sedan fut préféré à Metx ou k Verdun)^ que Villeneuve dut commencer son apprentissage. La corre^ondance de son ptee nous apprendra si

1 Voir plus haut, t. n, p. 44»

2 Voir également, t. ii, p. 1-20*

s II est juste de remarquer toutefois que d^Andilly atait laissé à son fils atné le choix entre Fontainebleau et Metz, après aroir touIu Texpédier à Philipsbourg, où les rerers d'un de ses parents [Isaac Amauld] ravalent empêché de se rendre, (àidm. de VaM ÀmauH part i, p. 21 et dS*] ^ Villeneuve ne parait pas avoir été consulté.

4 Voir plus haut, t, i, ehap. ii, ucU Uj art. i> $ i« — Cf. la VU di Ki* bcrt, du P. Barre, t. ii, p. 151* ^

192 LES riLS d*âbnacu> d'anihllt.

on lui en adoucit les débuts. — D' Andilly écrit à Faben le 18 novembre 1656 : « Monsieur, ayant conservé depuis ce tant d'années qu'il y a que je n'ay eu rhonneur de vou? « voir, la mesme estime pour vostre mérite, et la mesine « confiance en l'amitié que vous m'avez fait la faveur (( de me promettre, que si je n'avois point esté esloîgné « de vous, vous ne devez pas, s'il vous plaist. Monsieur, « estre surpris de la marque que je vas vous en donner « par la prière que je me resous de vous faire, et par la « plus grande ouverture de cœur avec laquelle on puisse « parler à une personne que l'on bonore parfaitement, (c — De quatre fils que Dieu m'a donnez» il y en a trois d dont je ne sçaurois estre plus satisfait gue je le suis. « [Nous savons à quelle condition il était satisfait d'Ana toine,déjà dépouillé des biens paternels \lôW\, et qu\ « bientôt [1660] devait l'être du patrimoine de sa mère.] tt Le quatriesme, qui est le plus jeune de tous, et qui a « environ vingt et un ans [il est donc né en 163 A], est tel (I que je vas vous le dépeindre. Il a tesmoigné avoir de « l'esprit dans l'estude des langues, de la philosophie, « et de quelques autres choses. Mais je ne sçaurois avoir « bonne opinion de son jugement ^ puisqu'il s'est porté <( à prendre une espée, quelques raisons que j'aye pu luy l! « représenter pour l'en destoumer ; et quoy que je luy

Iji! « aye dit pour luy faire connoistre combien il pouvoit

J || « estre heureux en suivant d'autres conseils que je luy

' |)i i La mère Angéliqae ayait à peu près la même opinion da père de Joies ;

Tp seulement elle Inexprimé moins crûment : « Voire bonté, lui dit^lc,

5' J ÎJ' t prêtant qnelqnefoîs an dessus de votre jugement. » (Lettres delaM^An'

IlSi gélique^ 1. 1, p. J9, lettre du J8 mai 4 «Î6.) — SI quelque chose avait prt-

[ t, Talo sur le jugement de d'AndUly, à Toccasioii de VilleneoTe, ce n'aait I

j'^|, coup sûr point la l>onté»

CRAP. IT, SEGT. lY. AHT. H, S <• 1^3

(c donnois. Ce qui me fait aussi voir qu'il ne se connoist a pas bien luy-mesme, c'est qu'encore que grâces à Dieu c( il ne soit ny petit, ny de mauvaise taille, il ne voit pas <( qu'il n'apas le corps fait d'une manière avantageuse, y (t ayant je ne sçay quelle contrainte, au lieu de la liberté (( qui rend la taille des hommes agréable, et qui donne (( de la grâce à ce qu^ils font; outre ce qu'ils {sic) parle <( avec une certaine lenteur dans laquelle U paroist quelle que chose de niais. Mais ce qui me donne le plus de <( peine à souffrir, c'est que non obstant ces deifauts, il u tesmoigne n'avoir pas mauvaise opinion de luy-mesme « et est si aveugle que de se persuader qu'il pourra faire « fortune. [Nous savons que les prédilections de d* Ance dilly reposaient sur celui de ses fils qui s'était montré « le plus apte à faire fortune.] Quant à ses mœurs, elles u sont fort bonnes jusques icy, grâces à Dieu ; et il a « l'humeur fort douce. — Voilà, Monsieur, une fidelle (( peinture de ce garçon. Que si elle est peu agréable, au (( moins vous fera-t-elle connoistre que je ne me flatte (( pas en ce qui regarde mes enfans. Voyant donc que « je né pouvois détourner celuy-cy de ce dessein, je luy « ay fait apprendre la perspectif e à desseigner, et l'exer- « cice du mousquet avec assez de méthode; car pour ce qui « est de l'esprit, il comprend les choses facilement ; et un (( peu à danser et à tirer des armes, afin de luy former « le corps ; à quoy je doute fort qu'il ait réussy. Après (( cela, considérant tous les amis que Dieu m'a donnez, « ne voulez-vous pas bien, Monsieur, que j'aye jette les « yeux sur vous pour vous supplier très humblement de (( trouver bon que mon fils aille apprendre auprès de a vous comme en la meilleure eschole du monde, à mon « gré, le mestier qu'il a résolu de suivre. Mais afin que

19& IJE6 mA D*AlllfAir.D D*A!«DI1LY.

m ma prière ne soit point indiscrète, je n*ay pas touJu « vous renvoyer sans sçavoir auparavant si vous Taure/ « agréable, et si ce n'est peint abuser de vostre bonté tt qœ de vous supplier d'en vouloir prendre quelque « soin. Ce soin iroit principalement. Monsieur, à vous 0 conjurer de commander qu*on le traitast en simple « soldat, et sans Tespargner en quoy que ce soit, afin fc qu*ii se rende capable de cette profession.

Noua verrons bientôt quelle est la sincérité, sinon do cette dernière recommandation, au moins du prétexte dont elle s*appuie, et si elle a pour but de former le jeune soldat à sa profession ou de l'en dégoûter; car dès sa secondelettre, datée du 11 décembrel665, d'Andilly écrit à Fabert : «La connoissance que j'ay de luy [de VOIcneureJ « et du siècle auquel nous vivons, où il faut ay(ûr un « mérite aussi extraordinaire qu'est le vostre pour con- « traindre la fortune de céder quelque chose à la vertu ff [toujours l'inaptitude au succès préoccupe d'Andilly], « me fait vous renouveller ma très humble supplication « de n'espargner, s'il vous plaist, à mon fils aucune de a toutes les fatigues' des moindres soldats, afin que l'exu périence d'un mestier si rude, faisant dans son esprit « l'impression que mes raisons n'y ont sceu faire, ou il « surmonte toutes ces peines par une violente inclination a pour la profession qu'il n'embrasse, à mon avis, que ^ (( manque de la connoistre, ou qu'il s'en rebutte, et rett vienne auprès de moy pour en choisir une [que je sçay « par mes propres espreuves estre] la plus heureuse du « monde [principalement à une personne qui, ayant es-

i La Binule da cette lettre, écrite par un Ncrétaire, portait amcume des fatigvtê ; è'e$t d'AAdilly qui ajoute de sa maiu ; ée timteê U» fatigues.

CHAP. IV, ^ECT. IV, ART. Il, § I. 195

! « tadié, a de quoy s'entretenir plus facilement avec Dieu

i « dans la solitude] . . . » '

f Fabert répond le 1" janvier 1656 : « J'ay trouvé tout

« ce que vous m'aviez comfiez du jugement que vous « avez fait de monsieur vostre fils. [Ainsi Villeneuve

I ec n'était plus à Port-Royal, comme le dit Du Fossé \ lors ft de la dernière dispersion des écoles, qui eut lieu le « 20 mars 1656.] ^ Je Tay fait mettre dans une pention (c avec beaucoup d'autres personnes de condition... Quand ' « à la fatigue, il n'y aura entre luy et le moindre soldat « aucune diférence. Je sçay cella estre important; et puis u vous l'ordonnez ainssy, qui est tout pour moy. » — Le jeune soldat se tire fort bien de ce noviciat aggravé, et Fabert croit faire plaisir à son père en le lui apprenant.

[10 février 1656.] « Quand à monsieur vostre fils,

« il vist îcy en sorte que vous devez en estre satisfaict. ù J'ay fait un voys^e d'un mois pour viziter les troupes « logées dans la Champagne ^... Celuy qui comande icy « en mon absence m'as3eure qu'on ne sauroit mieux vivre c( que monsieur vostre fils a vescu dans la condition où « il est à présent. Je sçay que cella vous donnera de la «joye...»

Voici comment se manifeste la joie de d* Andilly [28 février 1656] : « ...r. J'-ay un sensible desplaisir de ce que ff mon fils n'est pas tel que je le souhaiterois, pour pou- « voir profiter des avantages qu'il a d' estre auprès de tt vous. Car qu'est-ce d'avoir seulement des mœurs assez

1 Ce qui se inmve ici eabre [ ] se troufe dans la uàsm», mais Uiê par d'Andilly.

2 L'éditeur du Recueil iiHS, p^ S3i, faU d'aiOeoit la n«iiie Atute ifut Du Fossé.

» D. Clémenccl, Hist. de P. R., t. m, p. 942. — Ct p. 844. A Cf. le P. Barre, Vie de Fabert, t. ii, p. 154 el 803,

196 LES riLS D*ARNArLD D*AND]LLT.

0 réglées, et de manquer des autres qualités capables 0 de le faire aussi bien réussir que vous me faites Yhoù- « neur de le désirer..,?» — Fabert, un peu déconcerté. ou n* ayant rien de mieux à dire» se contente de répondre [12 mars 1666] : « Celuy [de messieurs vos fils] qui e<: <( icy, dans sa condition cherchera de la gloire. » Puis il ajoute comme par une triste prévision ' : a Je prie Dieu

t On sait que, diaprés les bruits popalaires, Fabert était doaé da doa de prédire l'aTenir. Noos transcrivons à œ sujet une note maniucrite que nous croyons dictée par M. de Paidmyt et qui se trouve en télé de la Vk du maréclial, par le P. Barre. [Biblioth. de l^Arsenal» imprimés, Ilist., n* 6840, in-il] : a J*ai entendu, dans mon en&noe^ des vieilfanis dcnit les « pères avoient connu le maréchal Fabert, et qui répéuneat encore que c Fabert avoit commencé par être soldat, eC qoe s'étaoC doaaé au diahie « pour devenir maréchal de France, le diable, apiès lui avoir tenu parole, tt s*étoit payé par ses mains en Tétranglant dans «ou Ul de mon. — O a sont deux sottises. — Fabert étoit ais d*un homme ridie, dpetàl-lila A^nn « homme anobli pour ses services. l\ avoit donc le drrât de oommencer « comme tant d^autres par le grade d^offider. U se fit cadet aux Gardes « Frauçoises ft Tàge dequatorse ans [Cf. le P. Barre, L i, p. li ], et le fut « quatre ans. Le service des cadets étoit réputé noble, comme celui des a Mousquetaires... Il parvint de bonne heure à une haute considératictt.

A quarante ans il avoit la confiance intime de Ricbelleii...-— €e qui a per- « suadé qoe le maréchal Fabert donnoit dans la magie est facile à ezfd»- « qucr. C'est i* L'audace extraordinaire avec laquelle il se présentoit aui a dangers, sa sécurité pour lûi-méme^ ses pressentiments pour d'autres « dont il a prédit les malheurs. Le soldat se figuroit que Fabert savoii « charmer les armes.,, 3* La complaisance qu'il avoit de laisser sobsisier a cette préiention sur ses connoissances surnaturelles ; c'étoit un des arts a de sa politique.. • 8* A l'audace et à la politique se joignoit chet Fabni « le Foible pour l'astrologie judiciaire et la confiance en son horoscope, qui « ne le raenaçoit qu'à soixante^trois ans... [Cf. le P. Barre, L u, p. 277.] « Ce fut ù cet Age qu'il mourut -^Fabert étoit un homme trop célèbre pour a que ses faiblesses fussent ignorées. On savoit donc qu'il croioit à Tastrih- « trologie judiciaire, science... qui dans l'opinion vulgaire se confond avec « la magie. De là naquit l'impertinente fable qu'à sa mort le diaMe lai « tordit le cou. Un écrivain qu'il avoit mécontenté inventa ce lieau récit; a et il se trouva des gens pour le croire. » (Cf. le P. Barre, Vie de Fabert, t. II. p. 203.)

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« qu'il y soit aussy heureux qu'il faut Testre pour y vivre ' « longtemps avec ce sentiment ! »

Trois lettres succèdent à celles-ci sans que Fabert fasse même une' allusion à sa jeune recrue ; et lorsqu'il en reparle, c'est pour dire [28 mai 1656] : « Quand à ce qui « est de monsieur vostre fils, H doit vous escrire ses sen- « timents, et me montrer sa lettre. Il advoue avoir le « defiaut de la veue, le pire qu'un homme de guerre c( puisse avoir pour luy-mesme et pour le service. Mais (( il dict que ne voyant nul moyen de s'establir dans la (( robbe comme il le souhaitteroit, ny dans l'églize avec « des bénéfices, qu'il ne luy reste que Tespée à laquelle « par force il se résoud; ne le pouvant de s'attacher au- « près de vous, par la craintte qu'il a qu'en vous perdant « il ne se trouvast perdu aussy, demeurant engagé pour « toute sa vie dedans un lieu où rien ne l'auroit fait en- (( trer que le <iésir d'estre auprès de vous. Je n'eusse « pas creu,. Monsieur, dans une personne de son aage ù trouver des raisons aussy fortes qu'il en donne pour 0 apuyer son opinion, ny tant de fermeté à un jeune « esprit qu'il en tesmoigne pour suivre ce qu'il choisit. « Je plain ce deffaut de la veue, car sans cella je serois « d'avis qu'il suivist les armées. Un homme d'autant de (( force y mouroit, ou y réussiroit. Mais ses yeux à mon (( opinion luy sont un grand obstacle à sa fortune. Je luy c( en parleré encor ; et eh cella et en toute chose, je feré, « Monsieur, toute ma vie tout ce qu'il vous plaira me, « commander. »

Dans la lettre suivante {2â juillet 1650] Fabert est

encore plus explicite : « J'ay veu la lettre que vous es-

(( crivez à M. de Villeneufve, laquelle il me (ïonna hier. 11

« m'a aussy fait veoir làresponce qu'il y faict. Je ne sçay,

n. ih

1^8 LES ms d'arnalxd d*andilly.

« Monsieur, que vous dire à cella. Il m'avoit pjiru plus ré- « solu qu*il ne fait à présent à s'engager dans laprofiession « esclésiastique auprès de M. son oncle [d'Angers], et je « ne sçay pas mesme s'il n'a pas pencé, en voiu escrivant « ainsgy quil a fait, vous faire parestre son obéisêance « entière. [D' Andilly eût donc mieux aimé gratifier, pour <c la seconde fois, l'Église et son frère d'un sujet douteax « que de partager dans le siècle ses soins entre deux de « ses flls, et d'y créer peut-être une concurrence à celui « qu'il jugeait le plus apte à parvenir.] Ce que je vous « dis sur cella procède de l'opinion dans laquelle je suis

' c( qu'il est impossible, 2q)rès ce qu'il m'advoua du deffaut c( de sa veue, qu'il puisse encor avoir d'inclination pour

, « la guerre- // com fessa qu'il poucoit s'y faire tuer^ sa fis (( pouvoir donner autre opinion de luy, sinon qu'il serait « allez aux ennemis sans les avoir veu^ et sans savoir (f qu'ils seroyent devant luy; qu'au contraire, venant à (( perdre des gens qui seroyent avec luy, l'on l'en accua seroit, et l'on diroit que ce seroit un crime de donner « tles gens à mesner au combat à un officier qui ne ver- « roit pas à dix pas devant luy. Enfin, Monsieur, daa> « nostre entretient, qui fust long, il me parust entièrea ment persuadé qu'il ne pouvait acquérir ny honneur a ny fortunne dans la profession dans laquelle il est... • Ainsi il demeure bien constaté pour d' Andilly que soi fils ne se jette dans la carrière des armes qu'avec li presque certitude de s'y faire tuer, et parcequ'il ne s*^ trouve ni suffisamment de chances pour s'établir dans b robe, qu'il préfère, ni assez de vocation pour entrer danl'Église, sur le seuil de laquelle il hésite ; surtout parcequ'il veut fuir Port-Royal, où son père a résolu de Tenfouir à vingt et un ans, sans s'inquiéter de l'y laisser

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