‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 57 sur 99 · CHAP. IV, SECT. IV, ART. H, § I · texte numérisé non relu

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bientôt seul, dépourvu de vocation pour le présent et de consolation dans l'avenir. — Le pauvre enfant préfère donc la mort. — Mais on ne lui laissera pas sans doigte accomplir son suicide. On veut le dégoûter seulement d'un état dans lequel lui-même convient qu'il ne peut acquérir ni honneur ni fortune.

(( Il faut, ajoute Fabert, laisser passer quelques jours, « et puis sy vous voulez l'on'luy pourra parler. Je n'ay « creu luy deVoir rien dire présentement, parcequ' outre « que rien ne presse, il faut, à mon opinion, le laisser (( pencer à loisir à. la permission que vous luy avez doB- (( née de demeurer où il est. Il faut ensuitte qu'il croye « qu'il ira à l'armée, et qu'il face un project pour sa con- « duitte à quoy je pence qu'il trouvera beaucoup de (( diflicultez. » — Ces difficultés doivent le rebuter ; mais Fabert ne veut point s'y prêter avec une excessive facilité. Trop abonder dans le sens du père, trop insista: sur l'incapacité du fils, semblerait peut-être un double prétexte pour décliner un service. — 11 poursuit : a Cepenc( dant, Monsieur, je vous offre un enseigne dam la gar- « nison de Sedan qui vaque à présent et que je garderé <i jusques à ce que vous m'ayez fait l'honneur de me « mander sy vous voulez que l'on la luy donne pour le «façonner un peu dans le cpmandement,, après quoy (( vous pourez le mettre dans un régiment d'imfanterie ; « car pour la cavallerie, vous savez qu'il y a peu de (( suitte, et que la guerre finie, elle est licentiée. Je souu haiterois, Monsieur, pouvoir pour M. rostre fils quelque €( chose utille à sa fortunne. Vous verriez avec combien « de joye je me porterois à le servir, pour vous tesmoi- 0 gner combien j'ay de patibn et de zélle pour ce qui « vous regarde.... M. de Villeneufve ne sçait pas ce que

« je VOUS escrit du drapeau vaquant icy. » — L* offre de Fabert pouvait tout concilier. Une charge de garnison n'expose à aucun danger et permet d'éprouver un jeune officier autrement que comme soldat. Une fois éprouvé dans ses véritables fonctions, ce serait au père de décider si son fils doit alTronter le champ de bataille. Le père, s'il devait un jour l'y laisser descendre, serait impardonnable de n'avoir pas saisi cette ouverture. Mais d'Andilly sans doute a fermement résolu d'en détourner à jamais Villeneuve ; car on voit comment il accueille les propositions de Fabert à la manière dont celui-ci lui répond, le 6 août 1656 : « M. de Villeneufve ne saura « jamais que je vous aye proposé quoy que se soit pour « luy. Je ne luy dire plus rien sur ses a/Taires. L'on ne « luy donnera nulle espérance de charge qui quelquc- (( fois vaquent dans la garnison de cette ville, et que des «jeunes gens sont bien ayse de faire quelque temps. « Enfin, Monsieur, s'il estoit aussy obéissant à vos voce lontez que j'y suis soubmis, vous auriez autant de « subjet d*estre comtent de luy, que vous en avez de me « croire vostre très humble et très obéissant serviteur. » En effet Fabert se montre d'une soumission excessive dans les lettres suivantes [26 août 1656] : a Je n*ay pas a parlé à M. de Villeneufve depuis que vous me fiste> « l'honneur de me mander qu'il vous avoit escrit d'unne « manière un peu différente à ce qu'il avoit comencè « de faire lorsque je luy avois dis tous vos sentimens ei « qu'il me sembloit qu'il m'avoit parlé assé librement « des siens. J'avois néantmoins remarqué en luy quelque « fermeté contre des raisons qu'il ne pouvoit condapner. « Mais je vous comfesse. Monsieur, qu'il ni' avoit persuadé « qu'il vous escriroit dans une entière soumission, à la

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« réserve d'aller auprès de vous où il me dict tousjours « qu'il ne se resoudroit que par le pur motif de l'obeys- (( sauce. J'ay creu depuis cella qu'il falloit le laisser. « Je l'ay moins caressé. 11 veoid des cadetz sortir d'icy (( pour entrer dans des charges, et je ne pence pas qu'il « ait nulle espérance de poùveoir sortir d'icy que par « vos ordres, ny parvenir à quoy que ce soit ny dans la « garnison, ny dans l'armée ; je ne sçay, Monsieur, sy « vous serez de mesme advis que moy que cella poura « plus opérer en luy que la répétition des choses qui « luy ont estez dittes, qu'il vaut mieux estre ruminées « par luy que dites plusieurs fois à un homme qui ne c( les gouste pas. Le temps et les réflexions qu'il fera de « luy-mesme, pouront plus opérer en luy que ce que je « pourois luy rebattre tousjours d'une mesme manière. « Mais sy. Monsieur, vous jugez qu'il faille en uzer au- « trement, vous serez obéy absolument en tout ce que « vous commanderez..... »

[13 septembre 1656.] « M. de Villeneufve ne m'a pas « parlé, ny moy à luy, depuis quelque temps. Je conti- (( nueré à vivre avec luy de cette sorte et vay donner à <( deux de ses camarades une lieutenance et une ensei- (( gne vaquante dans la garnison de la ville. Lorsqu'il « vous plaira que j'en uze autrement, vous me le coman- « derez, et je vous assure, Monsieur, qu'en cella et en « toutes autres chose vous serez obéy ponctuellement...

[1 octobre 1656.] mBesponce à celle du 23 septembre. « — Vostre désir est sy juste à l'esgard de M. vostre fils, « que quand je ne serois pas vostre très humble serviteur « au point auquel je le suis, j'agirois pour cella avec la « mesme volonté que j'ay de contribuer tout ce qui dé- « pendroit de moy pour le faire réussir. Les froids, qui vont

202 LES FILS d'arnalld d'aî^dilly.

« venir, peut-estre ayderont ceux que M. vostre fils j^eu:

|3^ 0 remarquer qu'on a pour luy, à le porter à prendre la rt>

t ' « solution à laquelle il n'a pu se porter. J'ay estez marn

l ^ (( que ceux auxquels j'ay baillez des charges qui ont va-

\f ce quez en cette garnison ne sy soyent trouvez pour s'en

j' o mettre en possession, affin d'augmenter encor son dcs-

(i gouL Après que cella aura estez faict, et que la saison

« rude luy aura fait de la peine, s'il demeure tousjours

« ferme, vous m'ordonnerez, s'il vous plaict, ce que

« j'auré à faire. Dès maintenant je vous asseure de ue

a disposer pas du premier drapeau qui vacquera, que par

« vostre ordre. Je croy que vous voudrez que M. de Vil-

« leneufve demeure quelque temps aire charge dans une

« garnison^ avant que de le mettre dans Carminé, Le

« temps peut-estre opérera en luy ce qu on ne peut eu

u avoir aujourd'huy... Le peu d'apétitqaevows avez me

« fait un peu de peine. Mais Dieu qui se sert de vous

« pour tant de bonnes choses ne vous laissera pas long-

« temps hors d' estât d'agir. Il fera bien plutost cella pour

«sa gloire, que par mes prières.. % »

Cela devait être si les prières de Fabert n'avaient pâs plus d'influence auprès de Dieu que ses conseils sur d'Andilly ; car Fabert, on le voit, tout en suivant d'uiie manière aussi stricte les prescriptions paternelles, continue à témoigner au père sa bonne volonté, au fils sa sollicitude, en réservant à celui-ci une charge de garnison. Le 25 novembre, d'Andilly répond qu'au printemps il fera connaître ses intentions. Fabert pense sans doute qu'elles seront conformes à ses offres, car le 7 décembre 1656 il écrit : (( J'aurois souhaitté avoir présente- « ment une charge vaquante dans la garnison pour la « donner à M. de Villeneufve. Mais comme il n'y en va-

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