CHAPITRE IL
ROBERT ARNAULD d'aNDILLT.
Les ouvrages connus de Robert Amauld se composent d'une collection de Lettres qu'il a publiées en 1645 avant d'entrer à Port-Royal; de Mémoires rédigés par lui en 1667, et mis au jour en 1784 ; enfin d'ouvrages religieux en vers et en prose et de traductions que réunissent poiu- la plupart huit volumes in-folio, imprimés en 1676. ' — Ses papiers inédits servent de complément et de commentaire à cette triple publication.
La dernière toutefois n'en reçoit que de médiocres éclaircissements. Ainsi la correction de nombreux passages des quatre derniers chants connus de la Pucelle de Chapelain, une traduction en vers latins des Stances françaises de Robert sur diverses vérités chrestiennes, ^ traduction faite par Godeau, évoque de Vence ^ et
1 Nous ne parlons ici que des productions de Robert réunies en corps d^ouvrage, non de celles qui se trouvent dispersées dans une foule de livres jansénistes, comme le» Vies édifiantes de Leclerc, VHistoire du Jansénisme, par dom Gerberon, les Mémoires de Fontaine^ les cinq volumes de lettres du grand Arnauld ( Œuvres du doct. Amauld, t. i, ii, m, iv et xlii) ; Tappendice du tome xxviii de ces Œuvres , etc. — Cf. Tabbé Goujet, Biblioth, franc,, t, v, p. 169, sur la traduction de TEnéide attribuée à d*Andilly. — Cerveau, yécrol., t. iv, p. 189, etc.
- Œuvres d*Arn, d^Andilly, i, p. 43.
3 On sait que Tami et le traducteur d' Amauld d*AndiUy avait obtenu, moyennant un faux, Punion de Tévêché de Grasse à celui de Vence, union à laquelle, par suite de ce faux, il fut obligé de renoncer (Richard, Dict des sciences ecclés,, t. m, p. 114, verbo Crasse) ; ce qui n'empêche pas les auteurs jansénistes de représenter Godeau comme un des plus ardents ad"
GHÂP. II. 5
membre de F Académie française; enfin des recherches communiquées par L'Huillier d' Interville sur différents recueils d'épigrammes latines n'apportent que des renseignements sans valeur sur les travaux et sur les relations littéraires d' Amauld d' AndiUy ^ Il en est tout autrement
versaires de la morale corrompue. (Cenreau, Nécrol.f t. m, p. 195*) — Il est oertaÎD quMl n'était point partisan des Jésuites, et qu'il Tétait au contraire deSaint-Cyran, pour qui il composa, au nom et par ordre du clergé français, un éloge que celui-ci rétracta plus tard. (Procét-verbaux des assemb, du clergé en 1655-1657, p. 550, 664, 804. —Cf. Gallia christ, édit. de 1606, t. IT, col. 831 ; Golonia, Dict, des liv.jansén,, 1. 1, p. 135; Af^. dt Laneeloff 1. 1, p. 83, 424, etc.) Godeau ne Ait pas plus heureux comme panégyriste qu'il l'avait été comme bénéficier. — Il le fut beaucoup plus comme poète; ses vers sont complètement oubliés.
> Il n'est cependant pas tout à fait inutile de rapprocher les travaux de Robert d'Andilly sur Chapelain de l'opinion qu'exprime son neveu, le célèbre Sacy, dans le testament littéraire qu'a recueilli Fontaine (Mém.^ ii, p. 523) : « Vous pouvez m'étre témoin, dit l'habile Janséniste à Fontaine, avec quelle f précaution j'ai toujours pris garde de parler favorablement, autant que je c le pouvois, des ouvrages de tout le monde, soit saints, soit profanes, soit en « vers, soit en prose. J'ai toujours estimé tout, jusqu'au poème de la Pucelle, « parcequ'il semble que t Porl-Royal ] ayant quelque réputation d*éloquence, c on mépriserait les autres. Cependant nous n'avons pu éviter quelquefois c qu'on ne nous accusât de cela. Vous avez vu Messieurs de Valois. Je ne « sçais comment ils s'étaient mîs dans l'esprit qu'on n'estimoit pas leurs lic vres ; et sur cette pensée, quoique fausse, ils se sont un peu emportés « contre nous. Mais le R. P. Dom Luc d'Achery les a détrompés..... Quand « je vois que S. Augustin, un si grand esprit, approuve, loue, et encourage f à travailler des gens qui ne sembloient pas grand'chose, un Orosius^ un « Licentitts qui mettoit sept pieds à un vers hexamètre, cela me fait voir c quelle modération [chex les ennemis de Port-Royal cette modération s'apc pelle du Jésuitisme] on doit garder avec toutes sortes de personnes ; et il c n'y a rien dont nous autres devions paroitre plus éloignés que de n'avoir
■ pas assez de considération pour ceux qui écrivent,* — Sacy et S. Augustin eussent-ils changé d'opinion en présence de la presse périodique? — A coup sûr Robert n'y eût pas changé de méthode, «car je me souviendrai toujours, c écrit son frère le docteur Amauld {Œuv,, t m, p. 78, lett. 652), de ce que
■ m'a dit autrefois M. d'Andilly, que quand on lui faisoit présent de quelt que livre, et qu'il craignoit qu'il ne fût pas trop bon, il en faisoit le
■ remerciement sitôt qu'il l'avoit reçu, avant que d'avoir eu le temps d'en
■ pouvoir rien lire, afin de n'être pas obligé de dire ce qu'il en pensoiL... ■ — Eseobar était Jésuite.
des recueils qui complètent ses Lettres et ses Hfémoires. Les lettres de d'Andilly que renferme notre dépôt se rapportent aux deux principales périodes de son existence ; les unes à ses relations de CQurtis^ii ; les autres à ses préoccupations de solitaire. — Celles-là sont les ipcûns pombreuses, et dès le d^ut il s'y trouve une ^gulière lacune.
SECTION t d'andilly a la cour.
ARTIGLB !•'.
ntm^lé de tTAndilly avec le ffré^ident d^ GrqmoméL
Avant de quitter le monde, Tboipme politique s'était efforcé d'y ressaisir toute la pureté du nom qu'il voulait enfouir sans tache dan^ la solitude '. Un président du parlement de Toulouse, Gabriel de Gramond^ avait pu- Wié en 1648 une Histoire de France depuis la mort de Henri / K ^, dans laquelle, après avoir indiqué les efforts tentés par d' Andilly pour s'insinuer dans les bonnes grâces de Gaston, duc d'Orléans, il citait un manifeste de 168J dans lequel ce prince accuse son ancien courtisan de
1 c ,... C'est un ftefoir de piété dont je m'aoqnitte*... pour cooierver à • mes enfans ce que je suis obligé comme père de leur laisser sans aucune t tache, et leur seul trésor qne je souhaite qu'ils augmentent sans cesse s par kur vertu.... > ( Utirf ^Am. d^AmdUhf, p. 46S.) c On ne doit pas « trouver étrange que je veuille laisser à mes enCkns, au moins une réputa- « tlon sans tache. • (Aftm. <f int. d^AndiUy, part, ii, p. 188.)
% Uiitoriarum Gallkf, ab €XÇ0$mu HeaHd /F, lib. xviti ; réimprimé par les Elsevirs, en 1658, avec les passages dans lesqueb Amauld d* Andilly se trouvait attaqué ; malgré ce qu^afiirme Tabbé Qouiei dans la préface des Mémifirts d^Anu <f initUy, avis, p. iv.^Void le jugement aussi laconique f Ug Ir^lfrafi en gftad AnianM sur oe livre : c ... Un président Gramend, fni il4 W|« Mes pitiiyaWi hii|#ii«. t (UB^irats du d^cim» Amtmiad, h in, p. 153. — Cf. Guy PaUn, Uitrei, 1. 1, p. IM, lell. §6.)
CMÂ9. U, SBGT. I, AftT. L 7
FaYoir entraîné, sous Finspiration de Richelieu, à des démarches compromettantes; accusation contre liKIuelle n'avait point réclamé l'inculpé ^ et dont s'appuie Fhistorien pour traiter Robert d'ewlave vendu au cardinal.
En 16i5, Robert publia pour sa défense non seulement les lettres qu'il ayait expédiées dans ce but au premier président du parlement de Toulouse, Bertier de Hontrave, mais celles qu'à diverses épocpies il avait écrites soit au duc d'Orléans, soit aux amis du prince. A ce recueil il ajouta même, avec un peu d'ostentation,la plupart des lettres qu'il avait adressées pendant vingt ans aux personnages les plus influents de l'époque, dans l'espoir sans doute que la preuve de relations éclatantes neutraliserait l'effet des accusations portées contre sa conduite.
Il eût été plus décisif de publier en même temps les réponses faites à ces lettres ; et si d' AndiUy n'avait pu le £ûre de son vivant, du moins eût*il dû réunir aux papiers qu'U légusdt à sa famille cette partie de sa correspondance qui renfermait une moitié de son plaidoyer ; or toute cette moitié, qui n'eût été ni la moins curieuse ni la moins concluante, a disparu des archives de Robert ; et sauf deux billets de Montrave, qui l'entretient des efforts tentés pour amener Gramond à se rétracter, et qui lui demande en échange l'envoi des productions jansénistes de sa famille, les deux cent quatre vingt dix-neuf lettres du recueil publié en 16i5 restent sans réponse.
On voudrait trouver l'explication de ce fait dans un passage des Mémoires de Robert ' où il est dit : « Plu- « sieurs pièces de feu mon père, et d'autres papiers fu~ u rent dissipés à Pomponne par les soldats, lors des
t Voir VÀpptn4U0, noie C.
3 P«rt. t, p. f s. — et Uitrw tUiaJé, Angéiitfw, U u, ^ 140.
« guerres civiles de 16i0 et de 1652. » — Mais d'abord si ces papiers eussent été précieux pour lui, comment Robert après les guerres de 16i9 n'en aurait-il pas soustrait les restes aux ravages de 1652? Puis si ces papiers précieux eussent été ceux qui manquent à notre collection, comment se seraient-ils trouvés en 16A9 et en 1652 dans une maison de campagne abandonnée ^ lorsque Robert, depuis 1646, habitait Port-Royal-des-Champs, y poursuivait sa correspondance, et conservait au sein de Paris, rue de la Verrerie ^, un hôtel à Fabri des surprises ! Enfin et surtout, si les gueiTCS de la Fronde eussent dispersé les réponses faites aux lettres écrites et imprimées par d'Andilly, comment plusieurs de ces lettres, antérieures à sa retraite, et par conséquent à la Fronde, également écrites par lui, mais inédites, celles-là même dont nous allons nous occuper, seraient-elles parvenues jusqu'à nous? A moins qu'il n'eût fait de sa correspondance une double part ; Tune pour la campagne, composée des lettres de ses amis ; l'autre composée des siennes, qu'il eût laissées à la ville en sûreté. — En dehors de cette hypothèse, il n'y aurait, à notre avis, aucune vraisemblance à rejeter sur la Fronde les lacunes qui se trouvent dans les papiers de Robert; et si elles sont préjudiciables à celui-ci, nous ne savons qui en accuser.
Mais si elles sont utiles à sa mémoire, peut-on l'en accuser lui-même? — Depuis la Fronde, il a soigneusement conservé des lettres choisies dans toute sa correspondance. Avant et pendant la Fronde il en a consei*vé cette partie
1 Elle ne l'était pas autant que le reraieut croire les Mémoire» de[d*Aiidill}'» -* Cf. Mém. de Vabbé Àrnauldt part ii. p. 159.
3 Mém, tVÀrn. d'Àndilly, part, i, p. i^, et plusieurs suscriptions des lettres qui lui sont adressées dans sa correspondauce inédite, pasêim.
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dont il est Tauteur ; évidemment, alors aussi, il pouvait en conserver Faytre : et s'il ne l'a point fait, les conclusions les plus favorables qu'il soit permis d'en tirer, c'est qu'avant de renoncer au siècle il attachait plus de prix à la copie de ses lettres qu'aux réponses de ses amis, et que depuis sa retraite la solitude lui avait appris à mettre de l'importance aux souvenirs du monde. — Dn jugement plus sévère sersût peut-être plus logique ; msds il ne s'appuierait jusqu'à cette heure que sur des présomptions. Ces présomptions résisteraient -elles au contrôle des faits? — C'est ce que nous apprendra un coup d'œil rapide jeté sur la \ie politique de Robert Amauld, et sur les documents connus ou ignorés qui s'y rattachent.
ARTICLE IL
D'Andilly, courtisan de Gastotiy duc di Orléans.
Ce qui frappe d'abord dans les écrits déjà publiés de Robert d' Andilly, après les complaisances sincères de sa vanité ' pour son amour-propre, c'est la bonne foi avec laquelle il expose les convoitises, les calculs et les mécomptes de son ambition. Introduit à seize ans [1605] dans le conseil des finances, dont l'un de ses oncles était intendant ^, il se lie avec MM. de Luynes d'après l'avis de cet oncle, qui, dit-il, prévoyait leur faveur ^. A la
^ « Il a de la yanilé à revendre. > (Tallemant, Hiitoriettes, t. ii, p. 313.) — Voir VAppendieêt note D.
3 Mémoire» d'Àrn, tTAndUlfff part i, p. 31 et 93.
s JbiiL, p. 107. < Comme mon oncle Tintendant [Isaac Amauld j était • extrêmement prévoyant, et qa'il jugeoit que rinclinatlon que le roi portoit < à HM. de Luynes les ponrroit porter un jour à une grande faveur ; il c m^avoît conseillé de faire amitié avec eux ; et je n'y eus pas grande peine» « parœqn^ils furent bien aises d'avoir quelqu'un qui les pût servir, comme « Je fmioiê, de tout mon pouvoir. » — Voir V Appendice^ note E.
te ROBEHT ARNAOLD D'AMHLLY.
mort de celui-ci [1617], il espère le remplacer comme intendant des finances. Mais Albert de Luynes, tout en lui promettant mieux (une place de secrétaire d*état), ^ fait échouer ses projets. ^
N'ayant pu réussir près du favori de Louis XIII, d' Andilly parvient ^ faire d'un de ses amis, du colonel Ornano ', le favori de Monsieur, duc d'Orléans, héritier présomptif du trône ; tandis que lui-niême s'insinue fort avant dans les bonnes grâces du prince de Condé ^ et de la reine-mère, Marie de Médicis ^, ces deux principaux eheis de l'opposition au sein de la famille royale. — L'influence de Condé valut à Robert, après la mort de Luynes, l'olfre d'une place de secrétaire d'état ^ qui lui échappa, parcequ'il crut se la faire donner gratuitement,
i Mém. <CAm. (CAndiily, part, i, p. 182.
2 Ibid., p. 115-118, 129-135, 154, i6S.
> Ibid.^ p. 117, 183, 146 ; part, ii, p. 10-17.
4 Ibid., part i, p. 163. t M. le prince me témoignoit alors toute la bonne t volonté du monde. • Nous pensons que plus tard le prince de Condé ne témoigna plus la même bienveillance à d'AndiUy. Le IS juin 1635, ce prince écrivait au maréchal de La Force : • J*ai mandé et commandé absolument t à M. Bellefonds de tous aller joindre. Je vous supplie de lui commander^ c ^n qu*il n'ait nulle escuse, car àt. d^AwliUy U gouverne,». » (Ucmoires du due de La Force, publiés par M. le marquis de La Grange, député, t. m, p. A27.]— Voir dans les Mémoires d*Àm, d^Andilly lui-même (part u, p. 9A) le refus qu^iJ fait, à cette même époque, d^obtempérer aux ordres du prince* —(Quant à la cause de ceUe désobéissance, voir i6û^, part i, p. 79, et part u, p. 73.)— «La princesse de Condé^ en 1643, portait encore un vif intérêt à Robert (Ibid*, part, it, p. 119.) — En 1646 Robert, près de se mirer à Port-Rojral, ne Ait prendre congé du prince que parccqu^il le rencontra chez le cardinal Mazarin, au moment où il prenait congé de (;clui-ci libid., p. 131). — Mais ce prince meurt le 26 décembre de !a même année, et dès 1647 Tabbé Arnauld écrit en pariant de son fils, le grand Condé : ■ M. le prince auquel M. Arnauld [le mestre de camp] et noire famille « étolent particulièrement attachés, n (Mém.^ part, ii^ p. 85.) — V^iir des preuves de cet attachement, ibid,^ p« 178-18i.
• ÈUm. èPAm. (CAndiUy, part i, p. 166; part ii, p. 11, 28, 117.
^ JHd., part i, p. 16M68.
CHAP. n, SECT. I, ART. IL il
contre la coutume fiscale de cette époque, ' — Avec l'aide de la reine ^, le favori de Gaston concilia à son ami la confiance de ce prince ^, qui le créa intendant général de sa maison et de ses finances [2â février 1625]. * — Hais bientôt les proches d*Ornano prirent Talarme, craignant de le voir supplanté *, et d'AndiUy fut éconduit [1625]. 6
Richelieu l'accueillit. D'étroites relations s'étaient établies entre d'Andilly et le cardinal ^ Celui-ci lui faisait espérer une place (gratuite sans doute) de^ secrétaire d'état K Déjà même les papiers les plus importants lui avaient été confiés pour le mettre au courant des aflaires; et c'était sur ces entrefaites qu'avait éclaté sa disgrâce près de Monsieur.
Richelieu fit jeter à Vincennes Omano, l'ancien ami, le rival de Robert®, et voulut réintégrer de force près du duc d'Orléans le favori disgracié *®. D'Andilly, sans se prêter à une intervention violente, essaya de tous les autres moyens pour ressaisir son crédit en l'absence
1 Mém. d*Am. <eÀndU(y, part i, p. 162.
> JbiéUf part, n, p. 60.
^ Ibid., p. 49* « n u'aTolt procvi^ )« conflaiwe de If omienr, >
4 Jtid,, p. S9, et Brevet de nomination* c Alors tout le monde regardoU « ce prince comme pouvant un jour monter sur le trône, le roi [après dix f ans de mariage] n^ayant point encore d^nlàns. > (Ibid., p. S7.)
s Jbid., p. SO-37, hi'hh, 49-5S.
• Ibid,, p. M.
7 Jbid,, parL u, p. il, 34, 35, 89, 40, 51. — n parait que la famille Âmauld étoit att»si alliée de celle du Tremblai, à laquelle appartenait le célèbre Père Joseph. (Mém, de Pabbé Amauld, part, i, p. 38.)
* Mém, «PAm. d^ÀndiUy, p. 40, 45.
» Jbid,t p. 47 et 59. — ■ 11 y en ayoit même quelqaea-uns qui disoient < qall y avoit p-ande apparence que je ue lui avois pas rendu de fort ^ bons offices, le Imr ferkai la bouche. » (IHd., p. 4fO
«0 ifrût, p, 48-55.
12 ROBERT ARNACLD D'ANDIUY.
d'Ornauo ^; mais il n'aboutit qu'à se faire donner publiquement son congé [1626] K Richelieu le punit de son échec par l'oubli : « Tant de choses qui arrivèrent en- « suite, dit mélancoliquement Robert dans ses Mémoires, « empêchèrent Son Eminence de donner son application (( à ce qui me regardoit. » '
Au bout de huit ans toutefois [163&] Son Eminence se rappela d'Andilly pour l'envoyer en Allemagne avec des fonctions bien inférieures à celles qu'il convoitait. ^ L'habile cardinal déploya même tout à coup à cette occasion une sollicitude dont le secret se trouverait peutêtre dans l'opposition sourde mais tenace que faisait alors le célèbre abbé de Saint-Cyran, l'ami et le maître de d'Andilly, aux mesures par lesquelles Richelieu préludait à la dissolution du mariage qui unissait le duc d'Orléans à Marguerite de Lorraine. ^
D'Andilly et ses amis, dont le rigorisme se ploya plus tard si facilement à la dissolution des vœux d'un cardinaljésuite ^ qui voulait devenir époux et roi, tentaient-ils alors, par l'opposition, de ressaisir sur l'héritier présomptif du trône un ascendant compromis par des liaisons avecle pouvoir? Deux passages des Mémoires de Robert jettent quelque jour sur ce point : « Après que Monsieur
i Mém, d'Arn. fCÂndiUy, p. 56-59.
2 Jbid,, p. 56. Cf. Lettrée de la Af. Angélique, 1. 1, p. 26.
A Ibid,, p. 60. — Afem. de Vakbi Arnauld, part i, p. 13; Uttre$ de la M. Angélique, 1. 1, p. 38.
4 Mém, d*Am, d^Andilly^ part, ii, p. 63.
s Arn. d'Andilly, Mém, sur Saint^Cyran (Vie édif, de P, R,, U u P«< 16 et 10) ; Mém, de Lancelot, t. i, p. 75, 176, 182, etc.; M. Sainte-BeiiTC, Port-Royal^ t. i, p. 348 ( Racine, Histoire ecclés,, L x, p. 155 ; Moreri, vei^bo Vei-ger; Mém, de Du Posté, p. 9 ; Œuvres du docteur Arnauld, t XXIX, p. 15 ; Tabbé Goujet, Mém, de Nieeron, U xx, p. 1A9*
6 Lettres de la M* Angélique, pasûm.
CHAP. n^ SEGT. I^ AET. IL 43
« fut de retour en France, écrit-il, ce prince m'envoya un a brevet de mille écus de pension, •. '. » Or Gaston était rentré en France le 8 octobre 163i, et c'était le 2 novembre que Richelieu en faisait partir Robert ^. « Le len- « demain de la naissance du roi [Louis XIV], écrit ail- « leurs celui-ci, Monsieur me dit dans un grand entretien « que j'eus seul avec lui : Ne m'admerez-vous donc plus « à cette heure qu'il y a un dauphin en France ? » ^
D'Andilly aima toujours Gaston; mais il aima beaucoup aussi le dauphin. Son affection alla même jusqu'à lui faire regarder comme le comble de sa fortune d'être chargé de l'éducation du royal enfant. L'éducation des princes était dans les goûts de sa race. L'ami, le très proche parent de d'Andilly, le marquis de Feuquières, avait été tout récemment désigné comme gouverneur du futur Louis XIV, lorsque la mort était venue le frapper [1640] *. Catherine, celle des sœurs de Robert qui donna le jour à Sacy et à Le Maâstre, ces grands instituteurs de Port-Royal, avait elle-même élevé ^ [1681-1634] la iilie unique de ce duc de Longueville qui épousa la
i Mém. d^Àrn. ttAndiUy, part ix, p. 117.
2 II se trouve quelque désaccord entre la date qu^indiquent les Mém, tTArn, d'Andilly pour Toctroi de la pension de mille écus que lui fit le duc d^Oriéaus, et la date que porte le brevet même de cette pension, qui fut expédié le 2 août 1637. Mais cette légère contradiction n*est d'aucune Importance. Il est certain que Saint-Cyran^ l'ami intime de d'Andilly, s'opposait âi la rupture du mariage de Gaston dès i63Ai et que id'Andilly s'était rapproché du duc d'Orléans, sinon quatre ans, au moins treiie mois avant que prît terme cette stérilité de vingt-deux ans suivie de la naissance d'un dauphin inespéré [5 septembre i638].
s /6iU, p. 58.
4 Mém. dArn, d'Andilly, part i, p« 75 ; Mém, dé Vabbé Arnauld, part. I, p. 188.
s D. aémencet, HisU gén. de P. R», t n, p. 201 ; Besoîgne, BitU de P, R., 1. 1, p. 308 et SIS ; Tallemant, JUstomitesp t. u, p. 818.
i& ROBERT ARHADLD D'ANDIIXY.
cousine, puis la sœur du grand Condé h Le frère du grand Condè, le prince Armand de Conti, ayaii épousé la nièce de Mazarin, et ce fut Saey qui dirigea l'éducation de leurs enfants K Toutes les branches de la dynastie sembladent dévolues à la famille Amauld. ^
ARtICLÈ lït.
D'Andillifi catfrtisan de la reine-mère, Anne d'Autriche*
% l^. Tentatives directes et personnelles de â'Ândill.v.
Robert sut se rendre agréable à la future régente *, i la nouvelle reine-mère, Anne d'Autriche ^ Près d'elle se trouvaient au pouvoir, depuis la mort de Richelieu, les
^ On sait combien cette sœur da grand Condé, la célèbre duchesse de LongueTille, fut elleHfnèmè dévouée au Jansénisme, et quels importants serrices die lui rendit.
2 Mém. de Fontaine, t. n, p. 471-491.
' A Tezception toutefois du grand Condé, qui fut élevé par les Jésuites (Tallemant, Histori,, t. tr, p. 18S\ et qui après avoir donné & son fils, M. le duc, un gouverneur qui tourna au /ansénisme (àfém. de Du Fôsté, p. 9S}, prit pour lui-même un directeur jésuite {OEuv, du doct.Arn., t. ii, p. 5S8, lettre 522 du 26 juillet 1685, et p. 55$, lettre 527 du 23 août 1685}.
< t Mon père, qui avoit toujours eu un attachement fort particulier pour « eUe [Anne d* Autriche], en reçut alors [lorsqu'elle devint régente] beau- « coup de marques de cooGance... « [Mém» de Cabbé Arn., part i, p. 8A6.)
B Mém. d'Am, d'AndiUy, part, ii, p. Ii7-126. — Si Téducation des pupilles royaux semblait dévolue à la famille Arnauld, la faveur des reinesmères semblait faire partie de son patrimoine. Ainsi le premier de tous, ^ Taieul de Robert, avait débuté par être procureur-général de Catherine de Médicis, et tellement aimé de cette princesse qu'elle Teicepta, quoique huguenot, du massacre de la Saint-Barthélémy. {Jbid,, part, i, p. 4.) Le fils de celui-ci, le célèbre avocat, père de Robert, fut aussi procureurgénéral de Catherine de Médicis. Robert dut sa fortune à Marie de Médicb (voir plus haut, p. 10, n. 5, p. il, n. 2, et Mém. de la Ligue^ t. vi, p. ISa); et la ûiveur d*Anne d'Autriche le suivit jusque dans sa retraite. (Mém, d'Am, d'Andilly, parL ii, p. 140 ; M. Sainte-Beuve, Port-Royal, U u» p. 254, n* 2.) Catherine, Marie et Anne sont les seules reines-mères en France dont les Arnauld aient été contemporains.
CHAP. If «CT. n, AftT. m, g I. Il
deux attires priûcipales du ministre qui aTsit tà cniBlleflieet persécufié cette princesse ; des Noyers et Ghavignf , sur lesquels reposaient alors les derniëi^ faveurs de Louis XIII, et à qui jemblait promise la plus bauië influence dans le conseil de régence ^ Chavigny était l'ami de Samt-Cyran ^; c'était l'être de Robert \ Des Noyers était voué aux Jésuites, pour qui il avsdt fondé un noviciat dans la rue dû Potrde-Fer ^; le seilpte Ro^ bert n'en fit pas moins son ami.
^ Mém, du due de La Roekefoueauld, p. i-3D ; Menu de La Ckaetre^ p. 385-308. On sait que d*Ândflly a revn le style des premiers, (toir M. Sainte-Beuve, Pitrî-Ho^aU n, p. 308.)
> c M. de ChavigD|r étoit fort rami de M. de Saint-Gjrrao » (Aro.
d'Aodilly, Menu eur SainUCyran ; VU édif.de P. )i., 1. 1, p. 43); C£ Mém, de Lanceiot, L t, p. 74» 474« 309, etc., et SuppL au Nécrot, de ll\ )?., p. i7i.)»« Sur Torthographe du nom de Safait-Gyniit,ToirV%nettl Marrille [Dom d'Argonoe], Mélangée d^kist, et de iiitéraU, t ui, p. 350.
' c Amauld d'Andilly avoU esté de tout temps Tamy particulier de « Chavigny. i ifiitL de VAttentA^ M~ de Conrart, t. z, p. 8S4i publié par M. de Monmerqué^ CelUtt. PttiioU t. UTiit, S** série, p. 334). — Voir voaA Mtfm. d' Am. d'AmCtUy, part, n, p. 40 ; Mm. de Ihe Foeeéf p. 16.
4 c M. des Noyers, secrétaire d'éuitt et tk passiomié pour les Jésuites» c ainsi que efaacnn le sçait, qu*on croît qn*il atoit lUt des Tceux.... (Ain* d*Andiliy, Mém. eur M. de Saint^C^ran, Vie édif. de P.iL,UifP. 29, Vie du docteur Arnaud, par Quesnel, p. 74; et Mém* de Laneelot, L i» p. 88). — t M . des Noyers étolt fort I*ami de mon père... • {Mém. de Vaèêé Amauld, t. h p. 189 et 389.) « n étoit Tsmi et le protecteur des Jésuites. * (IHd*f p. 386, et la lettre de des Noyers, Lettrée inéditee dee Feuquiéreê» L X, p. SSS). — Bn se rapprochant de des Noyers, coDune Jadis en serrant Richeileu, Robert ne foiaah pas seulement abstraction des grieft qu*aTait Anne d'Autriche sa protectrice contre ces personnages, mais il oubliait jusqu'aux giiefi que pouvait avoir sa propre famille. Des Noyers avait fait arrêter, et Richelieu avait fhtt eiécoter à Amiens le marquis d'Heueourt» gentilhomme picard, cousin-gennain de Robert, beau*frère du marquis de Feuquiéres qui, selon Texpression de Tallemant était ta reeeauree de leur famille. (Blém, du maréchal de La Force, publiés par M. le marquis de La Grange, t m, p. 448 1 De Vérité, Euai eur Vkiet. §énér. de Picardie^ V n, p. à84 1 Le Oerc, Atsf. de RiekeHeUf t iv, p. 464 ; Tallemant, iHeto* rkttee, t. n, p. 800. ^ (X Lett. inéd. dee Feuqméree^ publiées par M. Et Gallois, U I, p. 188, 159 (?), 160, 198, 330 (?), 813.
16 ROBERT ARNAUtD D'ANDUXY.
Ces liaisons l'éblouirent ; son œil de courtisan ne sut pas découvrir dans Tombre d'une modestie sournoise et de l'amitié de Chavigny, derrière laquelle il se blottissait alors ', le véritable régent, le cardinal. Mazarin. Aussi il faut entendre Robert dans ses Mémoires raconter d'abord l'assurance que lui donnait la reine-mère, avant la mort du roi, de mettre le dauphin entre ses mains pour relever comme ilvoudroit; puis s'écrier avec amertume : <( Le fantôme du Jansénisme ^ empêcha Sa Majesté (( de continuer dans ce dessein. Mais y eût-elle persé- « véré, M. le cardinal Mazarin auroit-il pu y consentir ? « Ceux à qui Dieu fait la grâce de mépriser tout ce qui « les regarde en particulier, pour ne considérer que lui « seul et ne penser qu'à s'acquitter de leur devoir, ne « sont pas propres à des favoris. L'intérêt de ceux-ci va
i Voir Mim, de Chouy, p. 55 ; Mim* ée Brienne, t. i, p. 287.— > « Dès « que leur protecteur [Richelieu, protecteur de des Noyer», de Le Bouthil* a lier de Chavigny et de Masarin] Ait mort, ils jugèrent que le seul moyen M de subsister estoit de n*avoir pas de discussion ensemble... Le cardinal « Maiarin et M. de Chavigny conjoints de tout temps s*unirent encore t plus estroitement. » (Mém, de La Choêtre, p. 287.) — M. Sainte-Beuve n*a pcut-^tre pas asseï distingué les temps quand il a dit, en parlant de Chavigny : «r Haï de la reine-mère, il devint la bête noire de Matarin, n (Port^Boyal, t. ii, p. 18.) La rupture de Chavigny et de Maiarin, rupture qui jeta le premier dans la Fronde, et Tamena presque à Port-Royal (Mém. de Fontaine, édit. de 1753, 1. 1 ; Mém. de Le Maisire, p. 123), nous semble une des principales causes de Tanimadversion du mmistre pour d'Andilly qu^unissait ft la famille Le Bouthillier, outre son propre intérêt, une amitié commune pour Saint-Gyran. (Cf. Mém, de Lancelot et de d'ÀndiUy^ passim ; le P. Barre, Vie de Fabert, t. ii, p. 82, etc.)
> Cette expression, créée par la famille Âmauld, est passée dans la langue de Port-Royal avec tout un cortège de synonymes, chimère, visions, ima^nations, etc. V<^ le Phantosme du Jansénisme, par le docteur Âr. nauld. Nicole a publié tes Imaginaires et les Visionnaires ; Fouillouz, Chi" mire du Jansénisme ; Cf. Quesnel, sous le nom de Dubois, dans la Foi et Vinnoeenee du clergé de Hollande; Tabbé Arnauld, Mém^, PVt. m, p. 79, 100, etc.
CHAP. n, SECT. I, AIT. TÛ, $ ïh 17
a à s^élever toujours de plus en plus, à aflermir leur au- « torité, à obscurcir le mérite des autres, k s'attribuer la « cause des bons succès, à rejeter sinr autrui celle des « mauvais, à se rendre les distributeurs des grâces et « des faveurs, et à faire que leurs maîtres ne voyent que « par leurs yeux, afin de leur être nécessaires ^ » A ce portrait peu flatté d'un ministre tel que lui semblait Ma- Mtrin d'Andilly oppose ensuite l'utopie d'un roi tel que Louis XIV eût été sans doute si la reine-mère le lui eût coùûépour i'étever comme il voudrait. — Qu'elle fut provoquée ou spontanée, telle était donc la suprême ambition de l'ami de Saint-Cyran; il voulait élever un roi à sa fantaisie. Mais les Mémoires de Robert ne nous éclairent qu'imparfaitement sur les démarches que lui dicta ce désir. C'est ici que sa correspondance nous vient en aide.
i IL Tentatives directes par des tiers.
Durant V honorable exil auquel Richelieu l'avait condamné en 163A, d'Andflly avait rencontré dans le Bassigny madame de Saint-Ange, qu'il entraîna depuis à Port-Rcyal. Dans le monde, il s'était lié avec cette dame d'une amitié telle, dit-il, u qu'il n'y en eut jamais de plus « grande '. » M. de Saint- Ange était premier maître-
*• Ce qu'il y a de singulier, c*est que ce passage des méiiHiires de d'Andilly était iouahé entre les mains de Loois XIV, qui le destinait à être inséré dans les instructions dressées par lui pour le dauphin^ son Gis; du moins c'est Tc^inion de Grouvelle, annotateur des Œuvre» de ce roonarqoe, t. II, p. 394« — Robert, qui n'avait pu endoctriner les princes de son vivant, était-H destiné à de^-enir leur instituteur postliQoie? — Noos douions que cette dernière consolation lui ait été réservée ; car Grouvelle indique, pour le fragment que Louis XIV aurait emprunté de ses Afi^MoiWa, la paginaUon de l'édition pritueps qui pamt vingt années après la mort du grand roi.
* « Après avoir passé quelques jours à Port-Royal près de mon père I. 2
IS ItOlUUlT ABNAUI.D D'AVUNUY.
d'hdtel de U reine, « eo la fidétit^ duquel, ajoute Robert, celle-ci avoit une entière confiance \ » Prto de la reine se trouvait aussi Nicolas de Bartillat, en qualité de trésorier général, « mon intime ami, dit ^core Robert, « à qui j'ai de très grandes obligations. [Jamais d'An- (( dilly n'a dit plus vrai.] Lui, madame de Saint- Ange et « feu son mari, étoient les seuls à savoir que j'ai été aases « heureux pour servir Sa Majesté [la reine-mère] en des « occasions si importantes qu'eUôs ne pouvoient l'être « davantage ^ » — Ces derniers mots sont suivis de ceux dans lesquels Robert consigne l'ouverture que lui fit la reine, au sujet de l'éducation du dauphin. Cette ouverture parait donc se lier dans son esprit au souvenir des trois personnes qui avaient la confiance de la reine, et la confidence des services que rendait d' Andilly à cette princesse. Or voici, selon nous, en quoi consistaient ces services.
D' Andilly écrivait des lettres ou des mémoires à propos de tous les points délicats qui surgissaient dans les affaires. Lettres et mémoires destinés à la reine étaient adressés à MM. de Bartillat et de Saint- Ange pour être mis sous ses yeux. On eût dit que Robert s'essayait à diriger la mère, pour révéler son aptitude à diriger le fils. Le ton magistral ne manquait pas à cet essai, ni les principes austères, dont l'habile courtisan tempérait la rigueur par les charmes de ce style qu'il appelait avec
« [Iel4jniiii648enre?eimnt d^talie}, nous allAma ft Paris loger cteei ' M M. de Sihit-Ânge, premier iii«ttre-4*hôtel de la reine, et tellement de noi * « amis, aussi Men que madame sa femme, que mon père avoit mis auprès (i d'elle une de mes sœurs qui avoit voulu sortir de Port-Royal, oè elle aveit u été élevée, et où elle 8*est depuis fïiite religieuse, comme madame de Saintn Ange eHe-méme. • {Mém. de rabbé Am,, part, n, p. îh$),
î Mém, (TArn, tV Andilly, part, ii, p. ilD.
* tbié.
CHAP. II, 6fiGT. I, ART. lU^ S II. 19
plus de vérité que de modestie le laagage de sa maison ^ et que 6^ famille ^, en ettei^ introduisit à Port-Royal.
Plusieurs de ces pièces font encore partie de notre collection. — La première est datée du 8 décembre i6A3, Dans le j^ecueil imprimé des Lettres de d' Andilly» il s'en trouve une sous la même date adressiée à inadame de Saint- Ange. La nôtre a pour but de rassurer la r^eate, et de lui indiquer les mesures & prendre après une défaite que nous croyons être celle de DutUngen. Au revers de cette lettre, d'Andilly a écrit de sa main : Pour faire voir à la reyne, et que S. M, a veues. — Une autre, datée du 16 décembre de la même année, engage la régente 4 faire appliquer dans toute leur sévérité les édits sur le duel au duc de Guise, qui venait de blesser mortellement Coligny en plein jour, au milieu de la Place Royale '\ — Un Mémoire sans date contre les duels nous s^nble avoir dû précéder cette lettre de quelques mois. — Nous voudrions pouvoir transcrire en entier deux pièces, également sans date, intitulées, l'une : Adtns à la reyne ♦,
* « Mon père dit aaUiefoJfl asseï agréablement, quo^u'avec un peu de c Yanité, qu*il n*y avoit pas lieu de ft^étonner si mon oncle ie docteur écri- « yoit si bien, et qu'il parloît simplement la langue de sa maison. > (Mim» de Vabbé Àmauld, Averliss., p. u.) — En revancbe le grand Amauld écHvait : « L^éloquence étoit à [mon frère Robert] d'Andilly un bien comme béréditaire. « [OEuvr. du docteur AmauU, t. xxx, p. 560« iv* factum pour les nereux dé Jansénius.)
2 Balzac Ta appelée la famiUe éloquente, (Tallemant, Hiêtorietttê, t. ii, p. 295.) a Le bon style va sortir de cette race. » (M. Sainte-Beuve, Port-Royal, 1. 1, p. 45. CI, Vigneul Manriile[Dom d'Argonne], Mélangée d^ histoire et de littérature, L i, p. 165; Artigoy, Nouv» Menu de littér., U m, p. 39).
^ Mém, de Madame de Motteville ,i. i, p. 200. — Voir V appendice note G.
^ Ce mémoire est aussi précédé de ce second titre : Pour attirer le» Bénédictionê du cte/, et la date où il a été composé semble résulter du passage suivant des Mémoire» de l'auteur (part, n, p. 126) : tL'un des pre- < mieis soins que la reiae-mère se crut obligée de prendre pour attirer lee
20 nOB£RT ARNAULD D'ANDILLY.
l'autre : Mémoire pour un souverain ^ qui offrent en quelque sorte le programme de l'éducation d'un prince, et un code abrégé de conduite pour la direction des affaires. Tout ce que nous pouvons dire ici, c^est que ces deux morceaux remarquables forment pour sdnsi dire la critique prophétique de la conduite ultérieure de Louis XIV ^. — Mais où tendait toute cette correspondance?
A la mort de sa femme [1637], d'Andilly avait pris dans son cœur la résolution de se retirer du monde '. Six ans, il est vrai, s'étaient écoulés depuis ce moment sans qu'il l'eût réalisée. Mais le 11 octobre 16A8, Saint-Cyran, cette autre moitié de lui-même, venait d'expirer en lui léguant son cœur, à condition qu'il se retirerait à Port-Royal *. Dès le 28 octobre suivant, d'Andilly annonçait à sa famille d'abord 5, puis à la reine ^ et peu après au monde \ qu'il était près d'ob-
e bénédictiom de Dieu sur sa régence, fat d*empècher les duels.» — C^est par un article relatif aux duels que commence VAdvis à la reyne,
^ « Lors de la majorité du roy Louis XIII, mon père fit un écrit intitulé : a Avis au Roi pour bien régner. » (Mém, d*Am. d'AndiUjf, part i, p. 45.) On Ta déjà vu, la fumillc Arnauld était Tune de celles où se conservaient le mieux les traditions.
2 Voir V Appendice note F.
* Mém. d'Arn. d'Andilly, part, ii, p. 128.— Lettres de la M. Angélique, t. t, p. 04, lett. 53 du 4 mars 1637. Cette lettre prouve que la résolution dont d'Andilly fait honneur à sa tendresse pour sa femme était antérieure à la mort de celle-ci {ibid., p. 113, lett. 64 du 28 août 1637), et provenait de IMmpression qu'avait faite sur Robert une de ses propres maladies. (Voir cependant i6t(/., p. 121, lett. 67 du 9 novembre 1637.)
* Mim. d'Arn. d*Andilly sur Saint-Cgran ( Vies édifiantes de P. R, [par Lcclerc], t. i, p. 16.) Lancelot, Métn., t. i, p, 256.
c Mém. dcCoulanges, p. 369. — Lett. inéd. du 5, du 20, du 25 novembre et du 1 5 décembre 1643.
Lett. inéd. du 5 novembre et du 15 décembre 1648.
"^ La nouvelle n'en était pas encore répandue à Port-Royal en octobre 1644, {Mém. de Fontaine, t. î, p. 257) ou du moins le lieu que d'Andilly choisissait pour retraite n'y était point connu. Mais nos lettres iuédites
CHAP. U, SECT. I, ART. m, g II. 21
tempérer à cette volonté suprême. Avant Saint-Cyran toutefois, lelA mai 16A3, était mort Louis XIII, et c était au moment où elle allait se trouver veuve et régente qu'Anne d'Autriche avait parlé à d' Andilly de lui confier le dauphin. Cela demandait bien quelque retard, ne fût-ce que pour laisser à la reine les instructions écrites du futur solitaire, à la place des enseignements pratiques dont sa retraite allait priver le nouveau roi. C'est alors, en effet, que les lettres et les mémoires se multiplient ; et si Ton pouvait douter de Tintention qui les dicte, un petit billet de six lignes en donnerait la clef. Ce précieux billet (qui n'est pas de lui), d' Andilly l'a soigneusement fixé sur une feuille de dimension plus grande, afin qu'il ne se perdit pas, et que son frêle papier fût préservé au milieu de tant d'autres. Il l'a annoté sur le revers, à côté sur la feuille qui l'accompagne. Toutes les passions en agissent ainsi. Une dernière ambition dictait à l'austère Janséniste ces miUe précautions qu'inspire à de plus mondains un premier amour. — Voici ce billet; a Du premier juin 1644, du château. J'ay c( receu la vostre par le pourvoyeur. Je suis bien aize « que vous ayez mandé à [ici un chiffre] ' qu'il envoyast
prouvent qu*aTant le 8 juin de cette même année les pensions de Robert étaient transférées à Simon, ce qui arait eu lieu d*après des lettres patentes vérifiées à la chambre des comptes (Mém, d*Arn, tTAndiUy, part, u, p. 128), de sorte qu'à cette époque, et même dès les premiers jours de 1644» moment où avaient commencé les démarches de Robert (lettre inédite du 3 mars 1644), la retraite de celui-ci n'était plus un secret à la cour, ni à la chambre des comptes.
^ Cette manie des chiffres et^ cette manière d'écrire à une personne en lui pariant d'elle-même comme s'il s'agissait d'un tiers étaient dans les habitudes de l'époque (voir entre autres pièces celle qui lors du procès de Fouquet servit contre lui de charge principale), et plus particulièrement dans les traditions de Port-Royal même dès Torigine. Ainsi le 15 septem*
12 ROBBRT ARNAULD D'ANIXIXY.
« du petit Museac à sa maistresse, et je sçais que depuis n douze jours elle a dict qu'un des plus grands t*egrets « qu'elle eût, estoit qu'il eût de certaines oppinions; et ic que sans cela il n'y eût eu personne en France entre les « mains duquel elle eût voulu mettre le roy qu'entre les « siennes. » — Ce billet fut écrit trois jours après que la Gazette de France < eut annoncé que la régente venait de nommer précepteur du roi l'abbé de Beaumont [Hardouin de Péréftxe], auparavant maître de la chambre du cardinal de Richelieu. Les notes dont d'Andilly accompagne l'officieux billet apprennent qu'il lui est adressé, et qu'il est écrit par M. de Saint-Ange \ C'est donc bien i Robert et de Robert que le maître-d'hôtel parle, soit directement, soit en le désignant par un chiffre. La maîtresse, c'est la reine. Le petit Museac c'était le secrétaire de d'Andilly, conune le prouve une lettre de l'un de ses fils, que nous aurons plus tard occasion de citer ^. Envoyer à ta reine du petit Museac, c'est lui écrire des lettres ou des mémoires.
Malheureusement la reine vient de prendre une pre* miëre mesure fort inquiétante, mais qui peut n'être pas définitive. La maison du prince est loin d'être composée. 11 ne sortira des mains des femmes que le 5 septembre
bre 164i le grand Arnauld écrit à Saint-Cyran {OEuv, du docteur Ar^ nauld, 1. 1, p. 18. } : « Pour tout ce que vous me proposez dans votre seconde lettre, et dans celle de M. R.,.., etc. »— M. R., disent les éditeurs, e*est M. Tabbé de Saint-Cyran lui-même.» Voir aussi ibid,, p. 600; et tout le volume des Lettres de Janténhu, mais plus particulièrement p. 89.
1 Gazette du 28 mai i64A» p. d80.
2 Au dos du billet : r M. de Saint-Ange touchant la Reyne. » Sur la fhiiUe où le billet est fixé, et dans laquelle il a été primitivement enveloppé : «BWtt de fctt M. de Baint-Ange à M. d*Andill j, tonchant le dessein qu^avolt le r^TM ie Éieltre le roy eotée tea tneUn.»
' Lettre de 8 nevenfeie i^M I «Aà^ iv« Met. n, urt. t, % |.
CBÀP. n, mil. I, àMi. m, S n- ^^
suivant. Le gouverneur et les sous-gouverneurs ne sont pas encore désignés, et quant au précepteur, il peut changer. Une foie déjà Richelieu lui-même avait nonuné à ces fonctions une de ses créatures, Lamotbe-le*Vayer. < Celui-ci écarté par le maître de chambre du cardinal, le maître de chambre ne pouvait-il l'être par un plus méritant? Donner du petit Mmeac à la reine, était le moyen d'amener cette solution. Aussi les amis de d'Andilly l'engagent à user du petit Mueeac envers sa maîtresse. Si le petit Museac avait réussi, d' AndiUy seraitril entré à Port-Royal? Le Jansénisme, dont le développement en France était dû à son alliance avec Saint-Cyran ^, et dont les destinées reposaient alors principalement sur son appui ^, devenu maître des abords du trône,
1 a Le cardinal de Richeliea aroit destiné cette charge à M. La Motlie- « )e-Vayer, [sortout] à cause du beau livre qu*il avait fait 9ur Pédueam fjdii lie âf. Ce Dauphin. La reyne ayant pris réMlutlon de ne donner « cet employ à aucun homme qui fost marié, il fallut par néoeisitè aongcr « à un autre, qui fut M. Âubert, abbé de Saint-Remy...; mais ny luy, ny « M. Gassendi..; nj M. Rlgand... après avoir esté mis à ia coupelle du Il cabinet, sans qu'eux-mesmes en Ausent advertis, a> réaiflèreot pat §{ « bien que M. Tabbé de Beaumont.. qui fust aussy préféré à un autre... du m clergé. » (Naudet^ Mascurat, p. 375.) « Lamothe-le-Vayer ayant manqué « en i«44 1> première plaœ qui poisse être confiée à un homme de lettres, « il eut en 1647 la seconde, celle de précepteur de Philippe... depuis duc « d'Orléans. Il ne laissa pas, à dater de may 1652, de faire aussi la fonction « de précepteur auprès du roy, comme le dit M. Pelisson..., par le propre « choix delà refaieHnète. (Nioeroo, Jftm., xo, p. ii%)
a Voir V Appendice, note G bie.
s ^L% iieur Aniaold [d*Andilly ] que tout le monde tient pour le chef m d*une nouvelle secte. » ( Lettre du cardinal Masarin» Mimoirêê de C&U' Imngeê^ p. S740— On connaît eette thèse soatcnue chet les Oraloriens d*Augert, où il est dit dans la préfhce, que le père général de Tordre ne soullrait pas que ses enfiuits apprissent une autre doctrine que celle de d'Andiily, et du docteur son plut jeoae frère. « iVon alio ^fuam AndHii et Àmaidi • dedrinm iagis enutriri fiiin p0§$u$ e$t ftmrûHe noêter pnspmtuB» • {Di9.d€§Hv. Jmmn.^ U iv, p. i09.)«*On coomU également la généalogie repportée par Tallcmant: « Paului gennit Augustinum, Auguetinuê Cal»
2ft ROBERT ARNACU) D'ARIHUY.
y eût-il monté dans la perscmne de Louis XIV, au lieu de se jeter dans l'opposition qui devait ébranler la monarchie et préparer le dix-huitième siècle ? — Voilà de bien graves questions à propos d'un billet de six lignes; mais ce billet, nous le croyons, les soulève, et leur gravité même nous engage à transcrire encore une lettre de d'Andilly qui semble la réponse faite à Sainte Ange : a Ce dernier juillet 16AA. Le reste pect m'empeschant d'escrire à la reyne [le respect n'a- « vait pas empêché d'Andilly d'écrire, en date du même « jour, une lettre au duc d'Orléans] ^, je vous supplie u très humblement de luy tesmoigner.... que pour mon c( particulier il ne manqueroit rien à mon bonheur, dans (( la grâce que Dieu m'a faite de me destacher de tous « les intherests du monde, sy Sa Majesté connoissoit le « fonds de mon cœur, puisqu'elle n'y verroit rien qui luy (c peust donner la moindre peine, et qu'elle y remarc( queroit une sy violente passion pour son service, et « un tel respect pour sa personne, qu'elle se trouveroit M sans doute obligée par justice d'adjouter plus de foy « à des paroles aussy sincères que seront tousjours les « miennes, qu'aux impressions que des personnes très « intheressées ou très mal informées s'efforcent de luy « donner pour lui faire croire des choses sur mon sujet, « ou qui ne sont point du tout, ou qui sont très inno-
« vinum, Calpinus Jauêenium, JarueniuM Sane^anùm, Sanqfranuê m Arnaldnm et fratreê ejm. {Hi$foriett€$^ t. ii, p. S17.) — On sait à fond « maintenant sar quels points Saint-Cyran était presque calviniste, et sur • qut\% autres il ne l*était pas du lonL » ( M. Sainle-Beute, Port-Royal t. I, p. 518. -> Cf. M. Consin ; Du Scepticisme de Pascal, Revue deê Deux Mûutki, t. IX, p. S84.) — Voir aussi plus bas, même ehap., teetiom n ; ckap, m, $eet, t, arl, ii ; et ehap, it, êect. tf, art, u, S 2, à la fin, etc.
^ Lettrée ilTArn, itAndiUff, p. 507. — An revers do la nôtre, d'Andilly a écrit : A /a H.
CHAP. n, SBCT. h ART. m, S II- ^^
tt centes. Il n'est pas besoin que je m'expliqire davan- « tage, puisque vous sçavez assës quelle est la tendresse « de mes sentimens pour cette personne sacrée, et qu'il <r ne me reste rien à souhaiter en quitant le monde, que « d'estre aussi bien dans son esprit que j'ay eu le bon- « heur d'y estre par un effet de sa bonté que j'avoue « n'avoir jamais mérité ; mais dont j'ose dire aussy ne a m'estre jamûs rendu indigne. »
Malgré des protestations si chaleureuses, la reine semblait persister dans ses préventions. Malgré l'air détaché dont il parlait de sa retraite, Robert persistait à ne pas l'effectuer : « Avec une si grande famille, dit-il dans ses « Mémoires ^y^ ne devois rien faire inconsidérément, et je <( voulus pourvoir à toutes choses ^ » Mais il y avait pourvu à l'époque où il répondait au billet de Saint- Ange. Ainsi son bien était dénaturé, et sa fortune capitalisée, dès le 21 février 16&3, comme l'atteste un compte-rendu de sa gestion à ses enfants, qui se trouve dans nos papiers. De cette nombreuse famille, deux de ses fils ' et ses six filles étaient dès lors à Port-Royal. L'atné des fils venait de renoncer au monde ' ; le second seul y restait *, et les dernières mesures qu'eut à prendre son père pour y assurer sa fortune étaient couronnées d'un plein succès dès le 8 juin 16iA ^ Onze jours après, le 19 juin, Robert écrivait au premier président
1 Part n, p. 128.
3 Liuaocy oomnie solilalre, cl VillencuTe comme élève. (Voir Lancdot, Mim., t. n, p. 358; Fontaint, 1 1, p. 195; et plttsbas, ekap. it, uct, m et ir.)
* Aotoioe Anunildt pins tard abbé de Chaumes. — Cf. Mhu de Vabbé Anumid, part x et n, p. 260, 263; et unelcitre da grand Aniaa!d, datée dn 49 septembre 1643, dans ses ÛSvvrej, t i,p. 85.
4 Simon deBrIoCtes, plos tavd marqob de Pomponne. » Lettie Inédite de cette date»
16 BOBBRT ABMAVLD D'ANULLY.
de Toulouse la dernière lettre^ qu'il lui adressa pour repousser les accusations du président de Gramond ; et la {Nresse avait en même temps rendu publique la défense de r inculpé ^. Les intérêts de sa famille ne le retenaient donc plus dans le monde, mais seulement les siens.
S IIL Tentatives indirectes par la presse.
Le billet de Saint- Ange était en quelque sorte la révélation officielle des obstacles qu'apportât depuis quelque temps à la fortune de d'Andilly l'excessive amitié dont son âme ardente s'était prise pour Saint-Cyran. — Jusqu'alors en effet cette amitié avait pu s'afficher sans péril. Longtemps l'austère Saint-Cyran avait été, comme d'Andilly, fort avant dans les bonnes grâces de Richelieu 5 ; et lorsque celui-ci par suite du revirement qui avait entraîné du Vergier à seconder la résistance du duc d'Orléans * eut fait mettre à Vincennes l'ami de Robert, non seulement aucun obstacle ne fut apporté aux i elations du courtisan et du prisonnier, mais la nièce et la confidente du cardinal lui-même, la duchesse d'Aiguillon 5, prit soin de les faciliter. Sans doute l'habile politique ne manquait pas de raisons pour en agir ainsi.
t La première est du 18 décembre 1648 ; et le 5 ftnier 1044 U anDonçait q«HI allait les lUre imprimer, i Uttre$, p. 460. )
> Uttrt$ ttArn. {fAndUty, p. 468 en date du 16 février 1644 ; P» ^''^' 497 en date du 19 juin 1644*
» Voir V Appendice, note G, vers la fin.
4 Mém. ifAm. étAnéiUff nw Smint-Cyran; Vkê édif. de P. H., IV^^ Udcic], 1 1, p. 18 et 84*
a C'était par ce même Intennédiaire que R<rtieH, quelques mois êi'**^ l'arrestatioo de Saint-Cyran, avait fkit nommer à Tévêché d'Alet, PavIlicO» qui fut depuis Tun des quatra évéques jaoséaftsiai les plus fermes dans K ur opposition. (MAr. ilefflèMAnMaW,.parl.m,p.60; tofarpliifeai, mêm^ ehapitre, uet^ n, mrU n, S 2 et 8.)
CHAP. H, «SGTâ II AHT. m, S IB- ^^
n était probablement de l'avis de Schomberg, surintendant des finances S qui^ à propos de d*AndilIy, son principal employé, murmurait entre ses dents : « Mon a Dieu I cet homme parle beaucoup I ' » Pendant la vie du cardinal, d'Andilly avait donc pu parler sans danger, pour soi du moins. Mais le cardinal mort, son amitié pour Saint-Cyran avait eu des éclats compromettants* ^ Non seulement Robert avait ardemment sollicité la liberté du captif; mais il l'avait lui-même ramené triomphant de Yincennes. La reine-mère, qui n'ét^t pas encore régente, l'eu avait félicité. Régente^ elle avait accordé à Barcos, neveu de du Vergier, l'abbaye de Saint-Cyran, qui vaquât par la mort de Mn oncle, en répondant à ceux qui Yen dissuadaient : « Que diroit tt M. d'Andilly si je refusois cette grâce au neveu d'un « homme qu' il a tant aimé ? — Je revins aussitôt de Pomtt ponne, écrit Robert, pour aller rendre mes remercie- (( mens à Sa Majesté, et sur ce qu'elle me dit : Vous « aimiez donc bien M. de Saint-Cyran, ? — et que je lui « repartis : Je lui avois. Madame, de si grandes obliga- « tions que je l'aîmois plus que ma vie. Il y a même a ajouté celle de me donner son coeur par son testament, tt et j'estime plus cela... Sur ce mot de cela. Sa Majesté, 0 par une présence d'esprit admirable me répondit en
1 Mém, SArtu d*AndiUy, part, i, p. 143.
2 C'est ce qu'insiDae assez clairement Lancelot, {MénUf t. i, p. 68 ; Cf. Tàllemant, Hiitoriettes., i, u, p. Si 2.)
s Les ennemis du Jansénisme n'avaient point manqué de s'en prévaloir, et le P. Pinlhereau, Jésuite, publia un pamphlet intitulé: Les Reliques de 'mestire Jean Duver^er de Hemranne, ttbbi de Saint-Cyran, qui comment çait uiasi : a Après les images que le sieur d^Andilly a publiquement érigées « ft la mémoire de Tabbé de Saint-Cyran, après les magnifiques épitapbea « 4«e aoB eber oeteii a grifttHirièD tèÉibèni.*, tOttsnepooTiei, leeteur, n plus rien ittfendre, 4tita q«è (|iiti^*aB ^Mi prtaentaat «es reliques.... »
28 ROBERT ARNâULD D*AMDILLV.
« serrant le bras du roi qu'elle menoit par la main : {( Que dêtre cela '. » Fine ironie qui sous le voile du badinage annonçait à Robert qu'il avait choisi entre l'amitié de Saint-Cyran et la royauté! En efiet une lettre de sa correspondance, que nous citerons plus tard, ^ apprend qu'au moment même où Anne d'Autriche raillait avec tant d'esprit le futur solitaire, elle cessait de s'opposer à sa retraite.
Cette condescendance, sur laquelle très probablement Robert ne comptait pas, avait dû lui ouvrir les yeux, et le billet de Saintr-Ange achevait de les lui dessiller. Mais que faire pour rendre à la régente ses premières dispositions ? — Robert avait publié, le 18 mars 1634, un Poème sur ta vie de Jésus-Christ, qui depuis lors avait eu cinq éditions. Tout récemment, le 18 avril 16A2, il avait donné au public des Stances sur diverses vérités chrcstiennes. Sa modestie y avait gardé [incognito sur le frontispice, en permettant toutefois aux docteurs qui avaient approuvé le livre de louer l'auteur dans la dernière page '. L'un de ces docteurs était Le Maistre, neveu de Robert. Mais Tapprobation de son neveu, qui lui avait suffi dans le monde, ne lui eût pas suffi sans doute dans la solitude. Avant de s'y ensevelir, en 1644, il donna donc une somptueuse édition de ses deux poèmes, sous ce titre : Œuvres chrestiennes de M. Arnauld dAndilly, sixiesme édition. Avant de quitter le monde, n'était-il pas bon de lui apprendre le nom du
1 Méttu (CAm, d'Ândiltjff part, ii, p. 125 ; Mém, de Lancelot, L i, p. 267.
2 Lettre inédite du 5 novembre 1648. Voir ckap, xt, tect, ir, art i, g 3.
3 II est juste de remarquer toutefob que cette approbation louangeuse ne fut pas mise à l'édition anonyme pour laquelle elle était Taite; mais seulement à la seconde édition, & celle qui portait le nom de Robert*
CHAP. n, SKCT. 1, ART. m, S lO* 29
futur solitaire qui le dotût pieusement, pour la dixième fois, d'un volume dont les deux tiers n'en étaient qu'à la seconde édition? Cela Tenait d'autant plus à propos que Fabbé de Beaumont n'avait encore rien écrit ' ; et que l'année même où Robert avait maladroitement étouflé sous Tanonyme la sensation qu'auraient dû produire ses Stances chrestiennes [1642], Lamotbe-le-Vayer produisait avec éclat ce livre de la Vertu des payens que réfuta depuis le grand Amauld dans son traité de la Nécessité de la foi^, et qui en attendant constituait à son auteur une réputation d'impiété.
Hais ce n'était pas de capacité seulement et de foi que Robert faisait preuve dans ses poésies orthodoxes. Ne l'accusait-on pas lui-même de Jansénisme ? c'est à dire, sinon d'opposition en matière de doctrine, du moins d'insubordination en fait de discipline à l'égard de Rome. Or, dans la préface des Œuvres chrestiennes^ on lit : a Ceux qm se plaisent à faire des vers devroient « choisir principalement des sujets de piété; et 11 y a de a quoy s'estonner que plus de personnes n'y travaillent « en un temps où nous avons pour exemple celuy qui (I possède si dignement la qualité de chef de l'Eglise. Qui « ne sçait que ce pasteur souverain des &mes joint aux a sacrées occupations de la première charge du monde a le soin de nous faire voir les miracles de la divinité « dans ses illustres ouvrages, où.... Rome se voit encore <( triomphante par la magnificence de ses vers? » Com-
1 CefuL en 1647 seulement qne Péréfixe publia son imHluîio Prineipii ad Ludovicum XlV^ qui, aTec V Histoire de Henri /K, dont Tédition ;irtiicep$ est de 1660» compose toute la collection de ses œurres ; à laquelle on peut ajouter cependant des statuts manuscrits pour la corporation des cordonniers. (Voir Le Long, BibL hUt, t, i, n* 5900.)
3 OEuv^ du doctt Amauld, U x, n* m.
mwt i^prè9 m^h aoouitr Robert A% nier h sup réaatio du pape, lai qui la proclamait jusqu'en po6«e t
Mais quelque importance que Port-Royal attachât à sa littérature* la préface des Œuvres chreitiennes ne pouvait passer pour un acte de foi. Aussi n'était-ce que Fadroit prélude d'une manifestation beaucoup plus importante, dans laquelle Robert voulait enfin aborder de front le grief capital que suscitait contre lui son amitié pour Saint-Cyran. £n homme de cœur, il ne voulait pas renier cette amitié ; en tacticien profond, il fit tout ce qui était humainement possible pour Tinnocenter. L'année qui suivit la publication des Œuvres chrestiennes, il se fit l'éditeur de la correspondance de Saint*Cyran, dont il ne donna toutefois qu'une partie ^ La préface des Œuvres chrestiennes était un appel à la bienveillance de Rome; la dédicace des Lettres de Saint- Cyran, offerte aux évêques de France [10 mars 16A5], s'adressait en même temps à Rome et à l'Église gallicane. Il faudrait pouvoir citer en entier ce chef-d'œuvre d'habileté, où l'accusé, après avoir protesté à mots couverts contre l'esprit de presbytérianisme ^ que l'on soupçonnait chez son ami, associe ses juges à sa cause, en leur prouvant que le corps même de l'épiscopat français a témoigné pour l'abbé de Saint-Cyran une déférence et une affection égale à la sienne ^. On nous permettra d'en reproduire quelques passages :
« Comme feu M. l'abbé de Saint-Cyran m'a confié
^ àlém. dé Lancêbl, L u p. 40; Cf. Uiire$ fUUM. AngiUq.^ 1. 1, p« S2S.
3 Voir M. Saiote-BeoTe, Port-Royal, L i, p. 878.
' On Mit a?ee qtielle babilolé Saint^CTran avait mis de soo côté la majorîté da daigé de France, en déDendant k outrance les maximes gallicanes dans son Petrui Aureliui ; (fo«r M. Sainte-Bea?8, Port-Royal, 1. 1, p. 329| voir aussi plus haut, p. A» n. 8.)
CHAP. n, suer, i, AftT. m, S m. Si
« rexéeulioii de ses deraièreB vokmtei, et rendu dépe* a sitaire de ses plus particaliëres el plus importantes <f intentions , je puis vous asseurer, Messeigneurs , et qu'ainsi qu'il a eu une affection générale et une eha- H rite catholique pour sa mère commune et générale, « qui est l'Eglise catholique, c'est à dire l'Eglise roa maine et universeUe ; de mesme il a eu un amour et a une charité particulière pour l'Eglise gallicane, qui est (( comme sa seconde mère, et une parfaite soumission <( pour ceux qui en sont les illustres pères. — Je ne puis a jamais ouUier ce que j'ay appris de ce grand homme, « que l'un des principaux exercices de TadcM^tion qu'tt (( taschoit de rendre à Dieu, estoit de regarder avec une a obéissance respectueuse sa volonté dans le ciel, et son ff Eglise sur la terre ; et que les deux premiers objets de « sa révérence dans cette Eglise, estoient l'EgÛse de u Rome, comme le chef du corps immortel de Jésus« « Christ, et l'Eglise de France, comme Tune des plus « saintes et des plus nobles parties de ce divin corps. — <( De sorte, Sfesseigneurs.... que j'accomplis en vous pré**
(( sentant ses lettres comme son testament ecclésiae-
« tique et spirituel, en rendant l'honneur qui est deu « à vostre puissance sacrée. — Mais si d'une part les a sentimens de vénération qu'il a eus pour l'autorité (( épiscopale m'engagent à vous offrir cette partie de ses (( œuvres, de l'autre les tesmoignages d'estime et de « bienveillance que ceux d'entre vous, Messeigneurs, « dont il avoit l'honneur d'estre connu, ont rendu k sa <( haute piété et à sa suffisance extraordinaire, m'y obii- « gent encore davantage; puisque, si M. de Saint-Cyraa M a esté très sensible aux mouvemens de respect envers (( vostre royale prestrise et vos personnes sacrées, il n'a
32 ROBERT ARNACLD D'ANDUXY.
« pas nK)iii8 ressenti ceux de gratitude dans les faveurs c( qu'il a receues tant de fois de tant de princes de « l'Eglise. Et ainsi, ce que je vous présente comme un u tribut de sa soumission et de son respect, est encore a un devoir de sa piété et de sa reconnaissance. ' »
Une semblable dédicace, où l'éloge entraînait doucement à la complicité, Où Ton sentait vaguement que le pan^rique pourrait, en cas d'échec, se transformer en réquisitoire, était sans contredit un coup de maître. ^ n fallait bien que Robert en attendit l'effet.
Et d'ailleurs le pendant obligé de la correspondance de Saint^Cyran n'était-il pas la correspondance de Robert lui-même ? 11 venait de prouver que son ami avait conservé dans l'Eglise les meilleures relations, en piété les meilleurs sentiments. Ne devait-il pas prouver qu'il avait lui-même les meilleures relations dans l'état, et les meilleurs sentiments en politique ? 11 ne s'agissait plus que d'en trouver le prétexte. Alors Robert songea, c'est lui qui nous l'apprend dans ses Mémoires, que les lettres à M. de Hontrave contre le président de Gramond, se trouvant imprimées « sur des feuilles volantes, qui se perce dent aisément, ne suflisoient pas pour détruire ce qui « se trouve escrit dans un gros livre. » Robert éprouvait donc ]e besoin de donner à son tour au public un gros livre '\ c( Aussi, dit-il, je résolus de rassembler plusieurs
^ Cette dédicace aurait dépla sans doute à Tauteur des lettres qn*dle précède. — (Voir plus bas, ekap, m, »eeU i, art, n, n.)
^ Aussi Lancelot l*a-t<41 fait réimprimer dans les pièces justificatives de ses Mémoire» apologétiques sur Cyran, 1. 1, p. 442.
* Mém. (tAm. ifAndiUy, part, ix, p. 433. Il ftillalt d*aiileurs qu*il eût un puisBant iotérèt à faire cette publicaiion^ car il y trouvait lui-même de graods ioconvénients, et il empêclia de réimprimer ses lettres après qu^îl Iht sorti des conjonctures à propos desquelles il les avait données au public (IM,, p. 184.)
CHA^. ït, SECT. î, AKt. m, S Uf. iS
tt de mes lettres qui pussent faire corps avec celles-là, « afin de former un juste volume d'une grosseur assez tt raisonnable. »
La nécessité d'atteindre ces dimensions valut au pu* blic, entre autres pièces curieuses, une lettre de Robert à un Jésuite, le P. Lejeune : « Mon révérend père, lui
« écrit-il, Dieu seul a esté l'auteur de nostre amitié,
« puis€[u'il n'y a que luy qui soit capable de former de H si puissantes impressions dans les esprits, entre des
« personnes qui ne se sont veues qu'une seule fois
(f 11 m'avoit [déjà] donné dans vostre compagnie, en la « personne du P. d'Haraucourt, un homme admirable, <( et qui ne m'aymoit pas moins que sa vie ; et me l'ayant « osté pour le tirer à luy, je crois fermement que, par ses « prières, il me le redonne maintenant en vous. »
Si ces paroles prouvent qu'il n'entrait pas dans les destinées providentielles de Robert d'aimer plus d'un Jésuite à la fois, ni dans ses projets de publier plus d'une lettre à leur adresse, elles attestent également que l'ancien ami du secrétaii^ d'état des Noyers, fondateur du noviciat delà célèbre Compagnie, n'avait point contre les membres de celle-ci la répugnance systématique dont on accusait Port-RoyaH. 11 est vrai que des deux Jésuites dont il avouait l'amitié, l'un était mort, et l'autre résidait au Canada. Aussi c'est à la faveur de leur souvenir
1 Cf. GuUbert, Mém. ekron, »ur le P» IL, t. ii, p. 23. Robert aval d^aîlleun toujours à sa disposition la parfuUièse mise par son père ik Van des violents factums que celui-ei dirigea contre les Jésailes : « Car je les ay « aîmez, et par adventure plus que je ne devoîs....B {Le fnmc et véritable diêcours sur le restablissement de$ JéauUet, p. 58.) C^estsans doute par nn reste ou par un retour d'affection pour la célèbre Compagnie que le ▼Inilent aîocat sVfforça, lorsque celle-ci eut été rappdée par Henri IV, de Ikire disparaître les écrits qu'il avait rédigés contre elle. (Baylc, Dict, hUt,, Yerbo Arnauid Antoine, 1. 1, p« 75.)
Ti'i BOBERT ARNADLD D'AMDILLY.
si peu gênant qu'il espère glisser jusqu'au sein de leur corporation un peu de bienveillance, qui le croirait? pour l'abbé de Saint-Cyran. Après avoir constitué ce dernier l*undes appuisdu Saint-Siège et Fun des Pères deFEglise gallicane, il ne restait plus qu'à en faire l'ami des Jésuites.
c( Par une admirable rencontre, continue le corres- (( pondant du P. Lejeune, M. l'abbé de Saint-Cyran, « mon intime amy, que je puis dire sans crainte estre <( l'un des plus vertueux et des plus grands personnages tt de nostre siècle, est entré en voyant vostre lettre dans <( les mesmes sentimens pour vous qu'il avoit pour ce (( grand religieux [le P. d'Haraucourt], lequel l'aymoit « de telle sorte, que je ne sçaurois recevoir une plus « grande joye que de connoistre que vous luy succédiez « en cette affection. Et si vous aviez pu voir avec quelle « instance M. de Saint-Cyran m'a dit de le recommander « à vos prières, vous jugeriez, je m'asseure, qu'il faut a que Dieu ait puissamment agy en cela ; dont j'aurois (( tort de m'estonner, sçachant le plaisir qu'il prend (( d'estre luy-mesme le lien de ses plus particuliers ser* « viteurs, et n'estimant pas qu'il y en ait aujourd'hui « qui soient plus parfaitement à lui que vous deux ^ »
1 Lettres d'Am. ttAndiUy, p. 868, lett. S22, du S2 jaD?ier 1642, au P. Le Jeune, Jésuite et supérieur des missions de Canada. «^ Il est à remarquer que d*AndiUy imprimait cette lettre au moment même où, diaprés ses Mémoires (part n, p. iH\ les Jésuites persécutaient le neveu de Saint-Cyran : i Madame de Gueméné [qui alors hésitait entre I Port-Royal et le Coedjutear ; Mrm. de Retz, p, 21 ] demanda et obt tint de la reine Tabbaye de M. de Saint-Cyran pour M. deBareos..., digne c neveu d*un tel oncle... Comme les Jésuites n'ont jamais plus haï personne
• que feu M. de Saint-Cyran, Il n*y eut point d'effort que cette Compagnie
• ne fit pour obliger la rdne à révoquer cette grâce...; parceqne chacun c sçait que leur haine ne meurt point avec ceux qui osent combattre les c erreurs et les dangereuses maximes de cette Compagnie.... t
CHAP. 0» SBCT, f| ART. lU» S "1- ^^
SuBt-Cyran «ssiioilé {>ar Robert à un Jésuit^ I touA deux placés par lui sur la même ligne, au comble de la perfection I Sans doute l'un pour F Europe, l'autre pour le nouveau monde, le Jansénisme n'aspirant qu'à l'ancien. .— Et Saint-Cyran qui se prend à son tour d'affection pour deux Jésuites ! Il fallait en effet, comme le dit Robert, que la grâce eût puissamment agi; et cela ne pouvait manquer de produire une certaine impression sur l'esprit de la reîne-mère.
Mais cela ne pouvait-il en opérer une autre en sens contraire sur l'esprit des amis de Robert, ses condisciples en Jansénius? — Nullement, car l'habile bommé avait commencé par se mettre en mesure avec ceux-ci. En 1628, Jansénius avait publié en latin un opuscule \ que Robert avait traduit et donné au public dès le 6 avril 1Q&2 (douze jours avant ses Stances chrestiennes, qui sont du 18 avril) sous ce litre : <( Traduction dCun dûu court de la ri formation de C homme intérieur, où sont « establis les véritables fondemena des vertus chresa tienn(9s, wtlon la doctrine de J5. Augustin, prononcé (( par Cornélius Jansénius, évesque d'Ypres, à l'esta- « blissement de la réformation d'un monastère de Bé- « nédictins. » Or, l'année même où Robert réimprimait ses Stance$ chrestiennes [16AA], c'est à dire avant de donner les trois luxueux in-quarto qui contiennent sa profession de foi poétique, catholique, gallicane, voire même jésuitique, il avait réimprimé dans le plus modeste des in-douze le discours de Jansénius. Hodeste-
1 Oraiià kdbitê in mouaiterio agUifeniensi^ cortfM..«» dreMejHsèopo meeklinientif cum H. D.Benedietns Van Haeflent ejusdem numoiterii jn-t»^ poilhu, et alH, in reformata ^enedUtina régula obêervantia, prùfeoianem emitterent.
36 ROBERT ARNAULD D'ANDILLT.
ment aussi il avait omis d'y apposer son nom, qu*il se résigna seulement à laisser paraître au frontispice des trois in-quarto. Mais les amis de Jansénius devaient être dans le secret, ' et l'auteur du Dictionnaire des Anonymes n'était pas là pour y mettre la reine, comme il nous y a mis, ^
Dans la quadruple évolution de Robert, rien ne s'opposait donc à ce que les trois manœuvres qui étaient à fleur d'eau attirassent sans danger pour lui l'attention de la reine. Celle-ci eut d'ailleurs tout le temps de s'en apercevoir. L'impression des Lettres de Robert fut terminée le 18 mai 16i6, et ce fut le 9 mars 16&6 seulement que fut constituée la maison du jeune roi '. Mazarin, qui était déjà son parrain et son premier ministre, devenait surintendant de son éducation. Le maréchal de Villeroi fut son gouverneur. L'abbé de Beaumont resta son précepteur.
Quant à d'Andilly, dès les premiers jours de la régence, Anne d'Autriche lui avait envoyé le brevet d'une pension de mille écus. C'était, on se le rappelle, dans un brevet semblable que s'étaient résumées pour lui les faveurs du duc d'Orléans lorsque ce prince était héritier présomptif. Ce fut aussi le seul dénouement qu'eurent les espérances de Robert près de l'héritier réel.— S'être rêvé tour à tour le favori de Luynes, de Condé, de Gaston, de Richelieu ; avoir cru se saisir de deux régentes et de deux rois, et ne se trouver nanti que de deux mille écus de
t Ce secret, on sait d'ailleurs avec qud scrapuleils le gardaient. l\ suffit de rappeler ce qui eut lieu pour le Petrus Aurelius et pour les Provin" ci.iles.
' Tome m, n» 17905. — A dire vrai, cependant, dès 1654, le P. Labbe a voit découvert Tanonyme, dans sa BibUothecajanteniana^ p. 92.
3 Gazette de France du 10 mai 4646.
CHAP. II, SECT. I, ART. lU, S '«• ^^
pension ! D' Andilly se retira définitivement à Port-Royal. Sa principale récréation (nous verrons tout à l'heure quelles y étaient ses occupations) y fut Thorticulture '. Mais jusque dans l'horticulteur on reconnaissait le Janséniste : il ne cultivait pas de fleurs ^. On reconnaissait aussi l'ancien courtisan : il ne cultivait que des arbres productifs, et il s'appliquait à en obtenir des fruits extraordinaires ^. Discernant avec une rare habileté les rejetons qui promettaient, il les écussonnait avec im savoir accompli. Aussi, à Port-Royal, on lui avait remis sans hésiter la direction des vergers, et lui-même y prit
1 Mém, de Fontaine, U i, p. 290 ; Mim. de Du Fossé, p. 74 ; Tallemant, UistorUtie», L u, p. M8. « M. d* Andilly se retira à Port-Royal, mais avec • son équipage ordinaire» et il y fit un fruitier et quelque petit logement
■ séparé des religieuses. Il a toujours été jardinier..., etc. »
2 M. Sainte-Beuve avance cependant [Pori-Royal^ t. ii, p. 253) que d^ Andilly cultiva à Port-Royal non seulement des fruits, mais aussi des fieurs. Le savant académicien ne s*appuie, quant à ce dernier fait, d*aucunc autorité; et il est à notre connaissance le seul auteur qui Tavance. Les contemporains de d^AndilIy ne parient que du premier^ et tout concourt à faire penser que Tami de Sainf-Cyran avait les goûts que M. Sainte-Beuve constate chei celui-ci : t Saint-Cyran, écrit Tiiistorien de Port-Royal « f t. I, p. S99 j, à la fin d^une de ses lettres, dit des fleurs du printemps «t qu*elles lui déplaisent, et parcequ^elles passent trop tôt, et parceque la « plus grande part se perdent sans porter de fruits» »
3 « Il se complaîsoit merveilleusement à forcer la nature, comme il
■ disoit, pour la rendre fertile en des fruits à qui on donnoit le nom de « monstres, à cause de leur grosseur prodigieuse. »(BesQignej Hist, de Port' Roffalj U IV, p. 81.) « Il avoit à Andilly jusqu*à trois cents sortes de poires « dont on ne mangeoit point. » (Tallemant, Historiettes, i. u, p. 318. « 11 a donné en i652, sous le nom de Legendre, curé d'Hénou ville, uu « livre intitulé : La manière de bien cultiver les arbres fruitiers. Il a « perfectionné les espaliers ; il a inventé les contr'espalicrs. — Voir VlUst, n delà Vie privée des François, par Legrand d'Aussy, t. i, p. 100. » (Les éditeurs de Tallemant, ibid.) — C'est le célèbre La Quinlinic qui consigne ce dernier fait dans la préface de son Instruction pour les jardins, — ( cr. Barbier, Diet* des anonymes, t u, n" i0734; et M. P. Levot, Biogr* untï., supplém.» t. Luvu, p. AiO; U Recueil in-i3, p. 213^ etc.]
M KOBKRT ARNAULD D^ANOEXY.
le titre de surintendant des jardins ', seule surintendance, hélas I que lui eût laissée Mazarin ! '
On nous pardonnera d'avoir autant insisté sur un seul des épisodes auxquels se rapporte la correspondance d' Amauld d' Andilly ; mais cet épisode, on le voit, jette un nouveau jour sur l'histoire de PortrRoyal. — On savait bien jusqu'à cette heure que lé Jansénisme n'avait été ni moins ardent ni moins heureux que ses ennemis à s'emparer de l'éducation de là jeunesse en dehors de l'Université '• — On savait que l'autorité avait été mise plus
^ Besdgne, HuU de Port-Royal, u it, p. 81 ; Méru de FontainCt 1 1, p. 289, f te ^ Voir la note G dans VÀppendic^»
s Voir entre autres documents : c Raisons de l^institntion des petites I écoles de Port-Royal par M. de Saint-Cyran, écrites par M. de Saintet Marthe, t (SuppL au NécroL deP.R., p. US ; Mém, de Du Foêsd, p. S5.) —D' Andilly lui-même était loin d*ètre fbvorable à Téducalion universitaire. «Mon père, dit-il dans ses Mémoire» (part, i, p. 91), ne voulut pas me t mettre au collège, parcequ'il sçavoit trop combien on y apprend de choses, t que Ton seroit heureux de n^avoir pas sçues.» Le père de Robert en agissant ainsi, et Robert en 8*exprimant de la sorte, se montraient peu sensibles à celte honorable décision qu^avait prise PUniversité, en faveur de la fbmille Amauld, ù la suite du plaidoyer gratuit [1 594] qu'avait fait pour elle, contre les Jésuites, le père même de Robert: «Tous les différents ordres de TUni- « versité devant s*obliger par serment à rendre &M. Amauld, à ses enfants c et à tons ses descendants tous les devoirs et services que de bons clients t doivent à un fi<lèle défenseur, et à être toujours prêts à défendre leur t honneur, leurs biens et leur réputation.... 18 mars 1595. t (Guilbert, Mém, chron. $ur P. A., t* r, p. 285.) Un des grands arguments qu*avait employés Pavocat de PUniversIté contre les Jésuites, c'est que ceux-ci, en lui enlevant Péducatîon de la jeunesse. Pavaient rainée, si bien que, réduite de 80,000 à 3,000 élèves {Le franc et véritable discour», p. 65;, elle était tombée • en un abyme de pauvreté, de misère et dMndIgence... prête & « rendre les esprits. » [Mém. de la Ligue, t vi, p. 178.) Le moyen de relever PUniversIté était-Il donc de lui soustraire les enfants ? ou cela n'était-il an crime que pour les Jésuites ? Une semblable mesure prise par le père de Robert pour l'éducation de son fils, et préconisée par le fils dans ses Mé. mojrtff , est d*aatant plus étrange, que Pavocat de PUniversité se vantait dans son plaidoyer d^étre Pélève du collège de Navarre, et que son fils, le eé-
CHAP. II, gËGT. I, AKT. Ul, $ 111. 59
d'une fois, par ses soins, à même de sévir contre les adversaires auxquels il reprochait des révélations peu cb^tables ^ — On a prétendu que sur les doctrines fondamentales, sujets de leurs querelles, Jansénistes et Molinistes avaient lutté d'incohséquence ; les uns émancipant la liberté humaine pour mieux la confisquer, les autres la confisquant pour mieux l'affranchir K — On n'ignorait pas qu'au moment où les Provinciales lacé-
ttbre docCear, ainsi que son petit-fils, le non moins ofHëbn Saey, aTaieni été élerés an coUége de Beauvais (Mém. deDuFosêé, p. iOS ; t6tU, p. 175); et qu'enfin Robert lal-nième, après avoir essayé de Tèducatlon particulière pour ses deux aînés (iUm, de Lanceht, 1 1, p. S64-36S;'» les avait rais au eoUége £ de Lisieux]^ où l'on «ppramt tant ée ckoêeê f «'|7 uroit heureux den'uvoir point gfues. (JUém, de VabU AmemU, part, i, p. 5).— U est vrai que Tavocat ne se vantait de son éducation univeraitaire que pour démon* trer qu'il n*était pas liuguenot, comme ravait été son pèse ; et que le cour» tisan confiait ses fils à TUniversilé, dans le temps où s'était refroidi à son égard le cardinal de Richdieu[i6M-ifi341» qui, lui aussi, ayant été élève du collège de Navare,(Launoi« fltsf. eoHU Navar., p. i053], donnait à la savante corporation des marques de son affection et de sa munificence, en feisant reconstruire à ses frais les édifices de Soii>onne [1639]. ^ c n parut des vers latins imprimés..., par lesquels les Jésuites repré-
■ sentolent Porfr-Rojal comme un enfer... J'envoyai ces vers à M. le car-
• dinai (Ma^rin qui avait défendu aux deux partis de s'atuquerj .... î\
• me manda qu'il s'en étolt mis' en grande eolëre, et que si je pouvois en
■ découvrir l'auteur, il le ferait châtier sévèrement Je n'y eus pas grande
■ peine, paroequ'ils se disiriboolent publiquement par les Jésuites, dans leur t ooUége de Gtermont, où ils avoient été Adls ; et il se rencontra qoe celui
■ qui en étoit l'auteur avoit, durant les guerres civiles, fait aussi des vers c les plus sanglans du monde contre Son Eminence. Je le lui fis sçavotr, t lui dis son nom.... » (JUdm* d^Ant, éPAndUty, part, n, p. iI7,) — Pour Robert d*aiUeurs, ced était une tradition conservée de sa vie de courtisan : « Lorsque M. le colonel Omano sortit de prison, j'allai an devant de lui, t pour l'infoimer si exactement de l'état de toutes les choses de la cour... , « qu'il sçut qui étaient ceux qui avoient fait voir durant sa disgrâce qu'ils « étoient véritablement de ses amis, ou n*en étaient pas,.;» Il fût reçu è « la cour comme en triomphe... On considéroit qu'il rentroit glorieuse-
• ment., auprès d'un prince, que chacun regardolt alors comme l'héritier
• présomptif de la cooromie. » (Jèid. p. 16.)
3 d L'ofidil deParii a condamné la version du Brévimre romain,., [par
&0 HOBERT ARNAULD D'ANDILLY,
raient si impitoyablement les complaisances du Molinisme, Port-Royal avait eu une amitié facile pour l'abbé de Gondi ^ ; que ses retraites s'étaient ouvertes pour une
Il Tabbé Le Touraeor, Janséniste]. Le sujet deoeUe condamnation esl que R Ton y fait voir la force de la grftce, au préjudice du franc aibitre ; ce ff qui déirait la doctrine de Rome, et particulièrement des jésuites. » (Gautte de Hollande du 26 avril i688, elc)
i Poit-Rojal a nié ses relations avec Gondi et avec la Fronde ; mais voir, entre autres autorités, Mém, de Joly, U i, p. 451, 499 ; OEuv, du doct. Ar, nauldt L ii, p. 58, etc. — Tallemant, Hûtorietteêf i, u, p. 317, prétend toutefois que la paitictpation de Port-Royal à la Fronde est nne invention des Jésuites. — Nous reviendrons plus tard sur ce si^et.— Ajoutons seulement id que si Port-Royal ne prit point aux troubles civils de la Fronde une part aussi considérable que Tavaient fait plusieurs Jésuites au temps de la Lrguc, il n*en vit pas moins quelques-uns des siens défendre, même sous Louis XIV, les doctrines que Tavocat Amauld reprochait à ses adversaires d'avoir défendues au setsiime siècle. Voici ce que le grand Amauld, fils de cet avocat, se voyait forcé d*écrire à H. Du Vaacd, son agent à Rome : c II n*y a qu'un endroit [ de vos remarques sur le Traetaiu» de n Ubertaiibuê Eeeleeia gaUieanœ] qui m*a blessé, c*e8t ce que vous dites « à Toccasion d'Henri IV; que s*il ne se fût point converti, on auroit pu « élire un antre roi, par un pouvoir que voue suppoeet qui réêide radiea^ « Ument dans le corps de Cétai, et quHl n'emprunte point d^ ailleurs. C'est « le fondement des cromwellistes et des parlementaires, qui ont détrôné « Jacques II... Et, le supposant bien établi, c^est faire perdre le procès au « roi légitime^ et donner gain de cause à Tusurpateur. C'est pourquoi je a serois bien fUché que ces remarques parussent jamais avec cet article... • Et ailleurs : « Je suis assuré que l'endroit des remarques... que je vous ai « marqué n'est pas bien. Il ftindroit trop de discours pour vous en dire la « raison, et pour répondre à l'objection que vous bites du changemen t « arrivé quand la couronne a passé dans les deux dernières .races; ce n'est « point par des eiemples que ces questions se doivent décider, ce sont des a coups extraordinaires de la providence de Dieu, dont on ne doit point « tirer de conséquences. Cependant on est content de passer cet article, « sans rien mettre de contraire. Je voudrais bien néanmdns qu'il pût être « effacé dans la copie de M. de Saint-<}uentin [Casoni^ plus tard cardinal, « et alors tont puissant sur son parent le cardinal Favoritij.f (OEuv, du doct. Amautdf U m, p. 238 et 249, let. 73i et 788 du 25 août et du 6 octobre 1689. )— Nous nous bornons à cette citation, car notre but est de prouver seulement combien il serait injuste de juger tout un corps, toute une réunion d'hommes éclairés et pieux, sur les doctrines de quelques esprits emportés.— En cda nous croyons être plus juste que l'auteur des Provinciales.
CHAP. n, SBCT. I, ABT. UI, S I^- , &1
autre amitié non moins facile du célèbre coadjuteur ' ; que ses plus austères cénobites, les sœurs de d' AndiUy, avaient accueilli avec empressement d'autres amitiés dévouées tour à tour à Gaston, à 1* infortuné Cinq-Mars, msds qui devaient un jour monter sur le trône de Pologne^.— Une curieuse découverte faite dans les papiers de Quesnel [1703] avait appris qu*à défaut des républiques du Paraguay le grand Arnauld avait songé à créer au Jansénisme une petite principauté européenne dans nie de Nordstrand, au sein de la Baltique ^ — D'autres révélations enfin avaient prouvé qu'en fait de richesses recueillies au chevet des mourants les propriétaires de la célèbre boite à Perette * étaient aussi bien inspirés que pas un de leurs rivaux. — Mais ce qu'on ignorait encore, c'est que les solitsûres de PortrRoyal n'accussdent si amèrement leurs ennemis d'avoir escamoté le confessionnal
^ t Le diable avoU appani... à madame la prinoesiie de Gucméné, et lui a apparaissoit souvent, éroqué par les conjurations de Iff. d'Andilly, qui le tt forçoît, je crois, de faire peur & sa dévoie ; de laquelle il étoit encore plus A amoureux que mol, mais en Dieu, purement et spirituellemenL (Tallemant, HUtoriettes, t. ii, p. Si if cite de singuliers ezemplèi de cette propension à Tamour platonique. ) « J*évoqoai de mon côté un démon qui « lui apparut sous une forme plus bénigne et plus agréable. Je la retirai « au bout de six semaines de Port-Royat, où elle ftiisoit de temps à antre <i des escapades plutétque des retraites, n (BUm, du eardin, de Retz, p. Sl.j
3 Lettre» de la Jf. Angélique, passim.
9 Voltaire, Siècle de Louis XV^ art Jansénisme; Racine, ttist, ecclès., t. XI, p. 5A9 ; Larrière, Vie d* Arnauld, t. ii, p. 985 ; Lettres (CEusébe Philaiithe [dom Clémencet] & Morenas^ p. 320, etc. — Nous reviendrons bientôt sur cet épisode trop peu connu de Phistolre du Jansénisme.
4 « Ce serait un curieux chapitre économique que celui des finances de « Port-Royal et du Jansénisme, depuis la donation du grand Arnauld, ju»- « qu'à la boîte à Perette* » (M. Sainte-Beuve, Port-'Royal, U ii, p. 46. — Cf. Œuv. du doct. Arnauld, t. u, p. 278, let. 437 du 24 juin, 1688; voir aussi ibid.^ L iv, p. 150, la lettre du 28 août 1690, où le docteur réclame si aigrement on legs de son ami l*abbé de PontcbAteau.)
&3 ROBERT ARMAULD D'ADIDILLY.
de Louis XTV ' qu'après avoir eux-mêmes inutilement tenté d'en escalader le berceau. ^
Mais les accusations que se renvoient ainsi les deux partis sont au fond basées sur un même grief, et aboutissent au reproche de chercher à se saisir de tout ce qui jette de l'éclat, et conduit à la faveur. Chacun allègue à l'appui de ce reproche des noms propres dont la nomenclature dressée des deux côtés n'offre guère que des récriminations banales. L'important serait de connaître, outre la liste des personnages enrôlés sous chaque bannière, les moyens par lesquels on les y a enrôlés. La correspondance de d'Andilly retiré dans le désert fournit à ce sujet des indications aussi piquantes et plus nombreuses que celles dont nous sommes redevables à la période mondaine de son existence.
SECTION IL D'ANDILLT DANS LA SOUTUDE.
Vers la fin de sa vie mondaine, d'Andilly, associé par Saint-Cyran à la propagation du Jansénisme, semblait plus spécialement chargé d'en ménager Tavénement dans les hautes régions dont il approchait, le célèbre abbé paraissant s* être réservé le prosélytisme du clergé
1 L*on avait tenté le conressionnal du roi pour Saint-Cyran lui-même. Aro. d'Andilly, Mém, sur Saint-Cyran ; Vie édif. de P, H.t U i, p. 19.) Sur les confesseurs jésuites de nos rois, consulter la liste qui se trouve Œuvre» de Loui$ XIV, L vi, p. 348.
' Aussi avec quelle amertume le grand Amauld n'écrit-il pas au pape Innocent XI, à qui il veut expliquer la répugnance de Louis XI V pour le Jansénisme : « Mirari desinet tua sanctitas, dum apud se reputaverit regem a pum/ùi Jesuîtîs assuefactum, eadem semper abeafactionc ea de rc eliain atque eiiam apud eu m inculcata, eos quos ascivlt sibi conscientia; arbitras hoc convicium, quasi per manus traditum, acerrime urgcre non destitisse, etc. {CEuw du docU Amauld ^ U ii, p« 83, let« 338, écrite vers 1680.
GHAf. n, fflSCT. n. &s
qu'il avait ébauché p^T son Petrus Aurelius ^ et qu'il poursuivait par la direction des consciences K Dans cette association du courtisan et du théologien, le rôle secondaire était pour celui-là. Après la mort de Saint-Cyran, le rôle de celui-ci ne pouvait être dignement continué que par le grand Amauld. Mais« frère puîné de d* Andllly à une distance de vingt-trois ans [1689-1612], et tout entier à la violente polémique que soulevidem ses débuts en Sorbonne* le jeune théologien laissa d'abord son alaé affecter Ja direction des e0brts communs; hi direction des consciences échut obscuréioent à M. Singlin ; et pour quelque temps la suprématie dans Port-Royal sembla déférée au courtisan devenu solitaire. — Celui-ci en usa avec une telle habileté qu'il put se flatter un instant d'avoir procuré i son parti, entre autres conquêtes, celles du guerrier le plus pur ' et du pénitent le plus célèbre de cette époque, d'un maréchal de France, l'honneur du peuple dont il sortait ^, et d'un réformateur, la gloire du cloître où il entra : nous voulons parler de Fabert et de Aancé. — Les tentatives dont ils furent l'objet de la
i Pétri ÀurttU tkeûlogi aperçu — GC Besoigne, JKfl. <U Pari-Royal, U ui, p. 86i«
3 Mém* detamcelotfUi, p. 2St-96S, etc.; Lettres de Saini^C^ran^^^^ ûm\ Mém, sur Saint'Cyran, par d^AndilIy, Leclerc, Vie édif, de P, 1. 1, p. 15 ; nnlerrog. de Saint-Cjnin, MeeueU in-lS, p. 17, etc.
* Nous parions id sdon les idées dn monde; car au point de vue rell* gieus, nous sommes complètement de Tavis du P. Barre, qui dit dans son Histoire de Fabert , t ii, p. 327 : f La religion fut souvent la règle qui c conduisait le marécbal Fabert. Nous souhaiterions qu'elle eût toujours « été le motif de ses actions. Mais on ne peut dissimuler quMI n'ait aussi 0 agi par ambition. >.— Le chapitre que nous allons afouter à son histoire confirmera, si nous ne nous trompons, le jugement du sage géiiovéfâin.
4 • Le premier anobli de sa famine étoit son grand-père. » (Le P. Barre, Vie de Fabert^ L i, p. 3.) Voir plus bas une note du chap. it, sect. ly, art. n, S ^
&& ROBERT ARNAULO D'AinHUY.
part de d' Andilly sont jusqu'à cette heure complètement
ignorées. Nous gagnerons plus d'un enseignement à les
constater.
ARTiaE V\
Correspondance de d^ Andilly aoec le maréchal Faberu
Fabert et d' Andilly s'étaient entrevus pour la première fois durant cette campagne de 16SA à 16S5, qui avait servi de prétexte à Richelieu pour éloigner de Paris l'ami de Saintr-Gyran. « Ce fut alors, écrit Robert, que je fis une amitié si étroite avec M. de Fabert, et dont il m'a donné des preuves si particulières, comme plus de deux cens lettres que j'sd de lui le témoignent... ' » Ces lettres font encore partie des archives de d' Andilly ; maïs si elles témoignent de l'étroite amitié qui l'unissait à Fabert, elles prouvent en même temps que cette amitié ne se montra point d'abord très exigeante. Pendant vingt ans [16S5-1666] elle n'a doté notre collection que d'une seule lettre. Pendant sept ans [1656-1662] elle y en a déposé cent soixante-deux. '
S I•^ Cîreonstaiioes dans lesquelles s^oane cette correspoudance.
La lettre unique que fournit une période de vingt années est d'une époque où Fabert végétait encore dans les rangs secondaires de l'armée ; et l'on ne saurait dire si elle procède d'une étroite amitié ou du principe que s'était posé Robisrt, « de fahre des amis de toutes sortes de conditions '. » Les cent soixante-
1 AIcm. de d*AndiUy^ part* ii, p. il4«
2 Cette partie de la correspoodance de d* Andilly reuferme ccut vingtdeux lettres autographes et les copies de deux lettres de Fabert; plus trente-neuf lettres de d* Andilly» du marquis Isaac de Feuquières et de quelques parents ou hommes d'alEiires du maréchal.
s Af/m. de d^AndiUy, part, i, p. 156»
CHAP. n^ SECT* n, ART. J, $ L &5
deux lettres subséquentes sq[>partienneDt à l'époque où Fabert s'élevait au faite des honneurs militaires.— Ainsi depuis 16S5, date des premières relations, jusqu'au 27 octobre 16A2, date de la première lettre qu'échangent Fabert et d'Andilly, le futur maréchal de France avait été investi de missions importantes, sans cesser tou* tefois d'être simple capitaine aux gardes-françaises ^ — Mais le 21 septembre 16&2 Richelieu l'avait créé gouverneur de Sedan ^, souveraineté naguère indépendante dont l'artificieux cardinal venait de spolier la famiUe princière de Bouillon K A l'occasion de cette marque significative d'une confiance toute puissante, d'Andilly avait félicité Fabert, qui lui répond [27 octobre 16A2] : « Monsieur, je ne m'estimois pas assé heureux pour « croire d'estre encor dans l'honneur de vostre souvenir. a Ma bonne fortune m'a bien obligé de me conserver ce « bonheur, que j'estime plus que chose du monde. » Le reste de la lettre est sur ce ton, d'après lequel on peut juger de l'étroite amitié qui, selon d'Andilly, existait depuis sept ans déjà entre lui et Fabert.
Vn mois après cette lettre écrite, ce dernier perdait le cardinal de Richelieu [3 décembre 16A2]. Sa correspondance avec Robert demeura interrompue pendant treize années. — D'Andilly la rouvre par une lettre du 18 novembre 1665, et voici les premières lignes de la réponse que lui adresse Fabert [5 décembre 1655] : « Monsieur, « je ne croyois plus que mon nom fiist dans vostre mé-
1 U n^avait même obtenu ce dernier grade qne le 48 octoi>re 4639. Le P. Barre, VU de Fabert^ L i, p. 392; Pinard, Ckron. At«f« milit.f t II, p. 6i7;.
2 Le P. Barre, Vie de Fabert, U i, p. 4i4 ; t u, p« 140, s Mém» de Cabhé Amautd^ part, n» p» il5.