ROBERT ARlf4Ct|> l>'4NMU.Y
tt moire, quoy que les grftodes choses qu'on raeompte « continuellement de vous, ayeniteUementaccreu l'estime « qu'il y a sy longtemps que j'ay pour les dons que Dieu (( a mis en vous, que je puis vous jurer n'y avoir homme (( en France, avoir pour vous la vénération que j'ay. De (( là, Monsieiu-, jugez quelle joye ce m'a esté de recevoir « une marque que vous ne m'avez pas mis en oubly. n Cette fois la liaison s'engage véritablement, et la correspondance de d' Andilly et de Fabert ne doit plus discontinuer.— Celui-ci était désormais un personnage important dans l'état. Le A février 16i&, il avait été créé maréchal-de-camp, quelques jours avant celui où Sedan fut définitivement incorporé à la France ^ En mai 1660, le roi avait érigé ses terres de la Ré et de Cérilly en marquisat K Le 20 septembre de la même année, il l'avadt créé lieutenant -général ^. En 1652 il lui avait confié l'inspection de toutes les places de la frontière, sur la Meuse *. Le & janvier 1664, il l'avait choisi pour commander un corps d'armée dans le pays de Liège ^ et le 16 juin il l'avait désigné pour en commander un autre sur les frontières de Champagne^. A la tète de ces troupes, Fabert avait pris Stenay et recouvré Mézières \ Il tenait dans ses mains les clefs de la France vers les Pays-Bas; et le 30 octobre 1666 il s'était cru en mesure de demander à Mazarin le bâton de maréchal, que ce ministre lui promit, mais pour ne le lui accorder qu'un peu plus
* Le p. Barre, Vie de Fabert, 1. 1, p. 452.
2 JbiiL, t II, p. 44 et 889; Pi»ard, Chron, hi$t, mt/if., t ir, p. 619.
» nid., t. Il, p. 44; Pioard, ibid.
4 /àûC, t 11, p. 60; Pillait, ibid.
B /6tU, 1 11^ p. 88, iOO, etc. ; Pinard, ibid^
* Ibid. 9 1. u, p. 186; Pinard, t^ûL.
'' /Hd., t. II, p. 118 et 18S ; Pinard^ ibid,, p. 630.
CHAP. H) SEGT, II, ART. h S L AI
tard K C'était huit jours après cette démarche que d' Andllly avait adressé à Fabert la seconde lettre dont nous venons de parler. Nous ne voulons cependant ni de la coïncidence des dates arguer à la relation des faits* ni de Tempressement de Robert conclure à une sympathie trop prononcée de sa part pour les maréchaux de France. Le solitaire de Port-Royal était, à notre avis, guidé par d'autres motifs.
Fabert n'aspirsût pas seulement aux succès de l'épée; il ambitionnait ceux de la parole. A l'ardeur du guerrier il joignait le zèle d'un apôtre, et réussissait d'autant mieux dans ce second rôle, qu'il y employait, k ce qu'il parait, les ressources du premier. « Je vous enverrait n écrivait-il à sa fenune en 1666, un dénombrement du a peuple de Sedan ; vous le présenterez & la reine. S& c( Majesté verra que depuis que Sedan est au roi quatre « cens Huguenot» êont sortis de cette vilks et que seize u cens ont embrassé la foi catholique. Cela fera voir à la « reine que j'ai plus soin de la religion dans le fond que » je n'en fais paroltre extérieurement, et qu'il y a de « meilleurs moyens que l'aigreur et la dispute, pour ra- « mener les hérétiques à l'Eglise ^. » De ce passage ne semble-t-il pas résulter que Fabert, comme voie de persuasion, remplaçait l'aigreur et la dispute par l'exil? — Sur deux mille Huguenots, les quatre cinquièmes avaient accepté une première moitié de son dilemme, la conversion; mais un cinquième avait subi l'autre, et s'était expatrié. On né pouvait exiger mieux avant la révocation de l'édit de Nantes, qui eut, on le sait, toutes les
< Le p. Bam, Vie de Fabert, t n, p. 145.
2 /M., L n, p. 183. Géoéraienoit d*all]eiin> Fabert se aimlrait ptui tolê« rwit qiie ne le ferait supposer cette ]etti«.---Totr iMtC., t* n, ^ 183, tAO, ci^
hi KOBBRT ABNACLO D'ANDIIXY.
sympathies de la famille Arnauld ^ — La principauté hérétique des anciens ducs de Bouillon rentrait donc ainsi peu à peu au sein de l'Église catholique; mais d'Andilly devadt savoir, par l'expérience de sa propre famille, qu'il restait toujours aux Calvinistes convertis un peu de peine à se soumettre entièrement à la direction de Rome : et il pouvait espérer de leur voir accueiUir ces restrictions mises & l'autorité des papes que Port-Royal s'efforçait de constituer en corps de doctrines. '
Un obstacle cependant aurait pu s'opposer aux vues de d' AndiUy, et faire échouer ses espérances. Fabert sembladt avoir une haute estime pour les Jésuites ; car il leur avait confié à Reims l'éducation de ses fils ^, dont l'alné, après être sorti de leurs mains, venait, précisément en 1656, le 18 octobre, c'est à dire un mois avant que se renouât la correspondance de d' AndiUy et de son père, d'être nommé à la survivance de celui-ci comme gouverneur de Sedan. *
Mais les premières impressions de Fabert n'avaient rien d'opiniâtre, surtout quand elles étaient contraires à ses intérêts ^. Toute son existence le prouve. — A son début il s'était attaché au duc d'Epernon ; mais il s'était rendu hostile le fils de ce seigneur, le duc de La Vallette, dont il avait tué un favori, et qui était venu l'assiéger jusque dans le château de sa famille ^. Deux ans
1 OKttp. du docU Arnauld, t. ii, p. 571 • 6S2, etc.
3 Ce n^eût pas été la première fois d'ailleurs que Port-Royat se tti mis en rapport avec les reUgionnaires convertis de Sedan. Voir le Hecueil in-ll, p. 291, etD. Gerbcron, HUt, du Jan$én,, t ii, p. 184*
s Le P. Barre, t^td., t. u, p. 193.
4 Ibid^j L II, p. 137 et 165.
6 Dans tout autre cas, Fabert paraissait fort enclin à Topiniâtreté.^ Ibid,, U II, p. 291, chap. intitulé : De l'opiniâtreté attribuée à M. de Fabert. i Le P. Barre, ibid,, 1. 1, p. 27-90.
CflAP. n, $BCT. n^ ART. h $ h &9
à peine écoulés, Fabert avait recouvré les bonnes grâces de La Vallette ^ — Le cardinal, frère de celui-ci, refusa pendant quelque temps sa confiance à Fabert, qui était parvenu à se mettre trop avant dans les bonnes grâces de Louis XIII ; mais il la lui donna bientôt à un tel point ^ que l'objet de ses affections en devint suspect à Richelieu, et que le favori commun de Louis XIII et des frères La Vallette voulut perdre auprès du roi le terrible cardinal, leur ennemi commune — L'un des deux frères exilé, et l'autre mort, Fabert était devenu le favori de Richelieu K — Après la mort de Richelieu, il avût paru s'attacher au ^cardinal de Retz, et en était resté odieux i Mazarin^. — liais au moment où l'Eaûnence italienne vit son pouvoir ébranlé par la Fronde, Fabert méritait déjà qu'elle lui remit entre les mains sa famille et ses trésors ^. — Le dépositaire de tant de confiance l'était en même temps, il est vrai, del'amitié deFouquet, qui comptait sur lui pour armer en sa faveur, dans le cas prévu de sa rupture avec Mazarin. ^
Cet ecclectîsme politique de Fabert autorisait^ on le voit, d'Andilly, qui l'avait lui-même pratiqué, à présumer que les sympathies de son ancien ami pour les Jésuites n'étûent point exclusives, et qu'elles ne l'avaient pas irrévocablement aliéné de Port-Royal. Le prétexte qu'il prit pour tenter de le conquérir, assez bien imaginé en apparrace afin de donner le change sur son
« Le p. Barre, ibid^ 1. 1, p. 99.
a IkiéL^ L I, p. 126.
> /6tU, 1. 1, p. S3A-S53.
4 IkUU, t. I, p. 929, 951 et t n, p. 912.
6 /6iU, t. n, p. 197, Cr. p. 190.
c i6iU, t. Il, p. 198, et p. 9149 i4S.
^ Ibid,, U II, p. 207.
50 ROBERT ARNàULD D'AIfPIIf y,
intention, aurait pu cependant, à notre avis, éveillejr les soupçons de Fabert, s'il avait plu à celui-ci d'en concevoii'.
S IL Fabert cooTerli aa Jansénisme.
D' AndiUy, après cette anûtié de vingt années qui s'éiaii entretenue par une lettre, venait remettre aux soins du prochain marédial la f<Ml;une militaire de son plus jeune fils, Jules de Villeneuve ^ L'atné, Antoine d'Andilly, avait été précédenunent confié dans le même but à la famille de Feuquières 2, que les liens d'une étroite parenté et d'une amitié plus étroite encore unit pendant tout le dix-septième siècle à la famille Amauld ^. Cet aîné, assez promptement retiré du service, n'avait pu épuiser la bienveillance des Feuquières, et il eût été naturel que son puiné vint en réclamer l'héritage. Verdun, ville frontière et ville forte, dont Isaac de Feuquières était gouverneur ^, offrait à l'avancement autant de chances que Sedan ; et d'ailleurs Robert ne voulait pas l'avanc^nent de son fils. Son unique désir était de ramener à la solitude de Port-Royal cet enfant prodigue qui, s^rës les avoû* goûtés, n'en avait pas compris tous les charmes K Pour cela les Feuquières, récemment convertis ^ et de tout temps voués aux intérêts de Robert, devaient lui paraître de meilleurs auxiliaires qu'un ami négligé depuis si longtemps, et qui avait fait élever son propre fils par les Je-
1 Voir plus bas ehàp» nr, êecU iv.
2 Mém. de Vabbi Amauld, parU i, p. 33, 58, 93, 126, 186, etc.
s Voir M. E. Gallois, Lettre» inéd. dee Feuquières^ passim ; et U a, introd., p. vn ; t m, introd., p. xxiii, et t. iv, introd., p. xxiv. 4 Jlnd*f 1. 1, p. 265 ; Mém. 4^ Vabbé Amauld, partt i, p. i9A. ^ Voir plus bas chap, ir, eeet^ if« s Voir V Appendice, note B.
CBAf. Ji, S]SCT. n, ART. I, $ lU 51
suites. Ce fut ppendaut à cet ami q^ Robert s'adressa. — Aussi Fabert tout surpris lui écrit ^ : « Je me sens, « Monsieur, sy glorieux de ce que vous me choisissiez « pour me mettre un de MM. vos enfans en main, que je «crains d'en devenir trop vaifi; et je craîn enporque « quand...... vous saurez que je vis autrement qu'on ne
« doit, pour estre maintenant trop contjent, je me veoye « afligé 4e la pertte d'un bien que je croy >^cowî?^rt ]re- « couvr(6] avec plus d'honneur pour moy qu'on n'en « ressoit des roys. Oui, Monsieur, je metz vostre estime « plus haut que l'esclat des hautes dîgnitez ; et pour me tt la conserver, je veux à l'advenir m*eubrcer à bien vivre, « et à faire veoir au monde que Dieu vous y rend sy util, ce que tout ce que vous faittes fructifie pour luy qt pour sa « gloire. »
Cette fois, il faut bien le reconnaître, Fabert va au-delà des assertions et sans doute au-delà, des prévisions de d' Andilly . Le passage que nous venons de citer témoigne plus que de l'amitié, et semble mettre la conscience du guerrier à la discrétion du Janséniste. L'habile Fa^rt connaissait-il le faible de son correspondant pour les louanges? avait-il deviné les intentions de son prosélytisme? ou bien n'obéissait-il qu'à ces habitudes àe prévenance élogieuse, dernier vestige d'une condition longtemps subalterne, dernière et doucereuse enveloppe à travers laquelle les contemporains du soldat parvenu savaient parfaitement distinguer à fleur de peau une volonté de fer*. Nous ne saurions encore décider. Mais d' Andilly, étonné
^ Même lettre que plus haot, sont la date do 5 décemlire ta55.
3 L*enveloppe mêoie était souvent percée à jour. Fabert avait des aocèt anex fréquents de brusquerie, comme la plupart des personnes qui se montrent d*uoe excessive politesse. (Le P. Banei Vie de Fabert, U t, p. 218, 440, t. o, p. 292, 300, etc.)
53 ROBERT ARDÏACLD O'ANDILLT.
à son tour, répond [11 décembre 1655] : « Je vous avoue, « Monsieur, que je n'ay pu voir sans une incroyable joye <( que lorsque Ton est si heureux que d'avoir rencontré un « amy tel que vous estes, on le retrouve au bout de vingt « ans dans les mesmes dispositions qu'on l'avoit laissé, « sans que ny le temps ny l'absence ayent pu y appor- « ter du changement. Ce qui me confirme dans la créance (( que j'ay eue toute ma vie, qu'il n'y a point de bien si tt asseuré et si véritable que l'amitié des personnes qui « vous ressemblent. »
C'est sous l'empire de cette conviction sans doute que d' Andilly ajoute*bientôt [9 janvier 1656] : « Je puis « dire avec vérité [vous] avoir toujours regardé comme (( une personne qui fait grand honneur à un siècle tel (( qu'est le nostre. Cette parole comprend tant de choses, (( quelle pomToit fournir du sujet à un long entretien de « vive voix, et j'ose vous dire. Monsieur, que je n'en dé- « sespère pas. Car comment poûrriez-vous désormais, « quand vous viendrez à Paris, ne point adjouster à ((tant d'autres faveurs que vous me faites, celle de « vouloir bien faire six lieues pour venir dans nostre dé- « zert : où quelque esloigné que l'on soit du désir de « recevoir des visites, on ne se contentera pas de vous « ouvrir toutes les portes, mais on ira mesme au devant « de vous, comme au devant d'un homme de l'autre c( monde, qui vit dans la guerre avec plus d'ordre que les « autres ne font dans la paix, qui reçoit autant de béné- « diction des peuples que les autres en reçoivent de ma- « lédictions, et qui, pour dire tout en un mot, montre que (( Ton peut faire son salut dans une profession qui n'est « aujourd'huy qu une source trop féconde de toutes sortes « de crimes. »
GHAP. liy SECT. n, AKT. 1, § II. 53
A cette lettre était joint un envoi de livres jansénistes, et Fabert y répond [ 10 février 1656 ] : « J'auré l'honneur, a Monsieur, de vous aller remercier de bouche, puisque « vous me le permettez, et la joye de veoir la compagnie « sy sainte dont j'admire les œuvres il y a bien longet temps Ml y a peu de libvres où elle ait travaillé, que je « n'aye fait venir ; et hormis le petit, ceux dont vous m'ac( vez honoré estoyent desjà céans : car, Monsieiu:, j'ay une « trop haute opinion de vous, pour ne chercher pas, par « vos belles lumières, à me conduire pour faire mon sa- « lut. )) — «Je ne croyois pas, réplique d'Andilly [29 fé- « vrier 1656], que les ouvrages de ce dézert fussent si « heureux que d'avoir desjà trouvé place dans une place « de guerre. Mais puisque cela est, je vous envoyeray tout « ce que mon frère [le docteur] a fait pour sa défense « contre cette injuste et insoustenable censure ^, qui a trop « esclaté pour croire que le bruit n'en soit pas allé jusci ques à vous, fattens pour cela que j'aye pu ramas- « ser toutes ces pièces, ausquelles il s'en ajouste tous les (c jours. »
Fabert, de plus en plus surpris de cet empressement, se récrie de plus en plus sur son indignité ; mais sa mo-
1 Fabert promit longtemps et souTent à d^Andilly de faire ce voyage, trouva presque toujours des prétextes lorsqu'il était à Paris pour éluder sa promesse, et ne la réalisa qu'une fois. {Lettre inéd. du 3 avril 4659.)
3 n s'agit ici de cette censure par laquelle la Sorlionne déclara [3i janvier 1656] téméraire, impie, bloMphématmre, frappée d'anathéme et hérétiqwe une des propositions avancées par le docteur Amauld dans sa Seconde Lettre à un duc et pair [M. de Liancourt] & qui M. CHlier, curé de Saint- Snlpice, avait fait refuser les sacrements jusqu'à ce qu'il eût rompu avec Port-RoyaL — On sait que tout gradué, pour être reçu en Sorbonne, fut tenu depuis lors de signer cette censure. ( Œuvre» d^Amauidf t xix et x\ ; Larrière, Vie d^ Amauld^ 1. 1, p. 483-473; Qnesnel, Vie d^Àrnauld^ p. 98 ; Pnpin, Hist*. eceU». du dix-eeptiéme JtVcfe, t. u, p. 86 1-400, etc.)
56 ROBERT ARNAULD D'ANDIUY.
destie lui sert en même temps de préservatif contre des tentatives dont il ne connaît pas encore toute la portée. Il consent à admirer les vertus de Port-Royal du sein de là vie mondaine ; il consentirait difficilement à les pratiquer dans la solitude, où il soupçonne peut-être, mais tien à tort, qu'on désiré ï' entraîner. Il s'abrite donc derrière son humilité, pour tracer avec autant d'adresse que de franchise la ligne de conduite qu'il prétend suivre dans ses relations avec le parti dont Robert estl'iriterprêté. [12 mars 1656] : «Je me sens. Monsieur, sj (( indigne non seulement de la bonne opinion que voùâ « avez dé moy, mais des grâces dont vous m'honorez, « que Je ne puis qu'à Dieu attribuer cella ; et cella « mesme faict que je cognois les mériter d'autant moins, « que ma vie n'est pas telle qu'elle doit estre. Le monde « néantmoins n'est pas se qui m'empesche ; je le cognoîs « à fond, et en ay un extrême mespris. Mais la vie dans « laquelle j'ay esté engagé de jeunesse, ni'emporte à la « mort, sans que mon esprit puisse en changer le che- « min '. Je sçay bien que Dieu veut des hommes de toutes
« sortes Je suis un pauvre soldat dans l'ignorance,
« privé des lumières de l'estude, mais qui avec celle que « Dieu donne, cognoist fort bien que la règle du salut est « ce qui part de vos mains, puisé dans TEvangille, et dans <( les Pères qui n' on cherchez en escrivant que d'esclairer « les hommes par les lumières qu'ils avoyent eûees de « Dieu... Après cette déclaration, jugé, Monsieur, sy je « ne me tiendré pas fort honoré d'avoir les libvres que
1 Le 26 octolire 4059 Fabert écrit encore : « Diea n*a pu mis en moy les frftoes qn*i] a TerMées si abondamment en vous... Ma ne a estes tempestveuie et agitée par les choses du monde auMpieiles j*ay de jeunesse estes abandoones. L^armée où fay passé mon aige jos^pies à mon etil en ce lien, tt>n est pas on à former on homme an derofa- d*aQ Chrestien.,.*
CHAP. n, SECT. n, ART. I, § Ù. 55
« VOUS m'avez envoyez, etsy je ne rechercheré pas avec « soîng tous ceux qui se feront à T advenir. Je mande « à celuy qui faict mes affaires à Paris, de m' envoyer ce « qui c'est faict depuis peu contre le jugement de la Sor- « bonne. Ainsy, Monsieur, s'il n'y a quelque chose qui « ne se vende pas chez vostre imprimeur ordinaire, il ne « sera pas nécessaire que vous preniez la peine de me « rien envoyer, si ce n'est un mémoire de tous les libvres « faict dans votre saînttè et illustre compagnie ; car je « serois marry, sy je ne les àvoîs tous. »
Ce que proposait Fabert était précisément ce que désirait d'Andîlly. Un prosélyte qui devait être bientôt maréchal de France, un partisan dont l'apostolat s'étaîl exercé déjà sur seize cents néophytes, dévenait bien plus utile dans le monde que dans la solitude. Aussi Robert lui envoie-t-îl exactement non seulement le catalogue qu'il demande [21 janvier 1657], mais les livres qu'il refuse*, — Du nombre se trouvaient, avec des copies de lettres qui faisaient partie d'une correspondance entre d'Andilly et Mazarin relative à Port-Royal, quelques fragments des premières Provinciales *. Fabert écrit [8 mai 1656] : « Je vous rends. Monsieur, très « humbles grâces des copies de lettres que vous m'avez « renvoyées. J'useré des unesdiscrettement, et des autres « selon F intention avec lesquelles (sic) elles sont faittcs. « J'ay eu une extrême satisfaction de les lire, et je vous
1 &L Qnoy que Ton tous euToye, monsieur, tous les escrits qui se font « sur les matières présentes, je tous suppife de trouTor bon que je tous a les enroye aussi, si Ton continue d*en faire, c^est à dire si la liberté que n Ton 8*efforce par tous moyens d*en oster le peut permettre. »fLe//reiii^<(. de d'AndUly, du 28 décembre 1656.)
î On sait que la première Provincidlc est dat^ê du 23 janTl^r 165«, li deuxième du 39 janrier^ la troisième du 9 ftrrier^ etc.
56 lOURT AMàUiD D'ANNLLT.
« comfesse n'avoir jamais rien veu de sy beau, de sy fort, « ny de sy convûnquant que cella. J*admire que les « hommes résistent si opiniastrément à la lumière, et « ay pitié de ce que la plus grande partie ayment mieux (( suivre les opinions impertinentes de gens qui s*insi- « nuent par quelque complaisance, que la règle donnée « par Jésus-Christ, et la raison que Dieu donne à tout « homme. Il faut, conune vous dites, que la malice soit « venue à un bien haut point, de veoir les choses en « celuy où elles sont réduittes. » Et ailleurs [23 août 1666] : «Je ressus, vendredy dernier, la lettre que vous « m* avez fait l'honneur de m'escrire le 13, et les trois « de la suitte de celles au Provincial; en mesme temps (( que celuy qui fait mes affaires à Paris m'en envoyoit « aussy que je luy avois demandée. Je vous suis, Mon- « sieur, bien obligé de l'honneur de vostre souvenir, et « du soing qu'il vous plaict avoir, d'empescher que je c( ne me laisse aller dans la fosse où tumbent ceux qui tt se laissent conduire par des aveugles. Mais, Monsieur, ce peut^n dire aveugles ceux qui ont des yeux comme c( les autres, et ne s'en servent que pour fuyr la lumière. « Il y a en cella je ne sçay quoy, qu'on ne sauroit « ny nommer, ny assez détester. J'ay honte mesme, que « parmy les Chrestiens, ce que ces lettres font veoir « avec tant d'horreur ait peu s'espandre durant im sy fc long temps, sans esmouvoir les magistrats des lieux « contre une coruption de mœurs aussy grande que « celle de la religion '• Dieu a voulu réserver cette gloire ce à vostre compagnie, et ces lettres que j'ay veuëes font
1 Fabot, principal magistrat de Sedan, n^était pas dliameur, <» le ▼9it, à j laisBCr oorronvre 1« rdigloii. Voir plus haut p. 47 la lettre qui! écrit à la teiM en 1656.
cflAP. n^ sscT. n, art. i, $ il 57
« veoir sy nettement, que rien que le démon ne peut « avoir estably ceste faidce et maudite doctrine, qu'il ne « faut pas doubter que ceux qui les liront ne Tayent toute (f leur vie en détestation ; et de la sorte que l'on les a a conceuëes, il est certain que fort peu de personnes a voudront s'empescher de les veoir. J'en ay veu une ce escritte par ceux qui sont maltrsdttez par celles-là '• tt Hais outre les injures, je n'y ay remarqué qu'une préa somption esloignée, se me semble, de cette humilité « que Dieu demande à un Cbrestien. »
Dans sa joie de se voir si bien compris, d' Andilly avait sans doute Isdssé échapper à travers une de ses lettres, qui manque à notre collection, quelque homélie sur les dangers du monde, où ceux dont parle si vaguement Fabert avaient trouvé tant de partisans de leurs doctrines, et sur le mérite des travaux par lesquels on les combattait dans la solitude de Port-Royal; car il s'attire cette réponse : [26 août 1656] « Quand à ce que vous « me faittes l'honneur de me dire du monde, j'en suis f( absolument persuadé... et vous avez raison. Monsieur, ({ de songer à travailler pour Dieu ; c'est le seul ouvrage « qui trouvera son jM-ix dans l'éternité. Mais il n'est pas « comun d'avoir des sentiments eslevez à tous ceux qui « hayssent le monde. S'il dépendoit de moy, j'en serois ({ desjà hors. Les chaisnes qui m'i tiennent ne peuvent
1 U 8*agit sans doote Id des Bépanêeê [ encore maniucrites ] aux Lettres Provtneiales par le eeerétaire de Port-^Royal, etc., par les PP. Nonet et ADoat, Liège 1658, 1659. — Aox renseignements donnés par M. Barbier, Dict. des aiiony., t. m, p. 222, n* 16507, joindre ceux que donne Dapin, TabU des aut, du dùc-septiéme siécie^ p. S^iO, et Ribadeneira, on platât Sotwdl, Bibliotk. serip» soeiet, Jem^ p. 680. Ces denx derniers auteurs se trompent toolefois sur la date de la publication de Nouet, quMIs font paraître en 1647, dix ans ayant les Provindaks. — Cf. D. Gerberon, Hist. d ♦ Jansénisme^ t. n, p. 444*
se BOBERT ÀBNÂtttI b'kJXtiWLY.
« èstre rompues par moy. Une maîii plus forte le fera i qfuêlque jour, s'fl luy plaict ; mais en quel estât que à je puisse estre, je sere2 tousjours mille fois plus à
tt voua qu'à moy mesme » Cela était positif; Fabert
voulait rester dans lé monde, et ne voulait pas que son correspondant pût s*y méprendre.
iitaîs, nous l'avons déjà dit, lui seul s'était mépris. Il voyait une intention où il n'y avait qu'une maladresse. En se inontrant jaloux de sa liberté, il remplissait l'attente de d'Andilly non moins qu'en se montrant scrupuleux à tenir ses promesses. Sur ce dernier point, il dépassait les espérances de Port-Royal. Non seulement il lisait scrupuleusement tout ce qu'on lui adressait, mais îl le faisait lire à ses fils, et goûter de ceux qui l'environnaient; du moins ses lettres le disent: « [24 sep-
« tembre 1656] J'ay receu les deux exemplaires de
h la douziesme lettre [à un Provincial] de quoy je vous « suis infiniement obligé. Je Pavois fait venir de Paris. c( Elle est comme les autres, capable de désîller les yeux c( à tout le monde.... — J'ay bien de l'impatience que « la quinziesnie lettre paroisse. Maïs quoy que je ne « mette point en doubte ce que vous dîtte, je ne laisse « pas de ne pouvoir comprendre comment elle peut estre « plus belle que la quatorze. Celle icy m'a charmé et n teïleinent remply l'esprit d'admiration pour elle, que « je ne pence pas pouvoir jamais rien veoir de sy beau « [7 décembre 1656.] » — Et dix jours après [17 décembre] « J'avois leu V Extraie t des censures ^ et com-
1 Extrait de pluêieurs mauvaisei propoiitions tVun nouveau casuiste^ rtcueUlies ptir la Curéâ de Paris, et présenté à nosseigneurs de l'assemblée du clergéde France, S4 novembre 1650. (Dupin, Hist, ecelés. du dix-septième siècle, t. iv> p. 6640
CHÂP. n^ SÈCT. iï, ART. U ^U. 5$
« mencez à lire VAdrns de ÉîM. les Curez de Paris ^ « qu'on irfavoît envoyé dé Paris avec là quiriziesme « lettre que je leus au riiestne temps de sa réception ; « lorsqu'hier je ressus le billet qiie vous m'avez fait « l'honneur de in'escrirè le 7, et que je trouvay dans « le pacquet où estoyeht VAdviif des Curez et la suitte
«de YÈxtraici que je h'avois pas encor receu
« A vostre loisir, Monsieur, je vous supliré de comanc( der mesme à quelqu'un de mettre dans uii de vos <( billetz la liste de tout ce qui c'est imprimé depuis le « libvre de la Fréquente communion. Je serois le plus « fasché du monde sy je n'avdîs pas tout ; et je m'imagine « qu'il y en a des mémoires imprimez ou escrîts. Les « choses qui se glissent dans la religion par les patîons « de ceux qui l'administre sont sy dangereuse, et c'est « un poison sy doux à recevoir, que non seulement je « suis bien ayse de cognoistre ce niai pour l'éviter, mais n je le désire autant pour mes enfans^ qui ayant à pas- « ser par des aages qui tes rendront susceptîile de temps « en temps de toutte cette corruption, je veux s'il m'es « possible leur fortifier l'esprit contre cette contagion ; et (( à mon advis rien ne peut estre esgal aux lettres et aux « choses dont, à mon opinion, j'ay le tout à peu près, « C'est un ouvrage exellent pour le temps présent ; mais tt à l'advenir il sera tousjours bon ; car tousjours les « hommes meslangeront les intérests humains et tempoce rels avec les choses saintes ; et quoy que le crime qu'il
1 Adviê de» Curez de Parti aux Curez de» autre» diocèse» de France, »ur te» maxime» de quelque» nouveaux caMui»te»t 13 septembre 1656. (Dupin, Bi»t. eçcUe.dudix-eeptiemesiceUtU'u, p. 430 et U iv, p. 6640 On sait que le docteur Amauld prétait sa plume aux Curés de Paris. (Larrièrc, Vie £Amauld^ 1 1, p. 199).
60 ROBERT ARNàULD D'ANDILLY.
f( y a en cella soit aussy évident que le chasUement en a est à craindre, je ne puis assé admirer que non seu- « lement il se trouve des gens capable de cette faulte, a mais quil y en ait tant, et qu'ils ayent quasy tous n assez de hardiesse pour soustenir cest horible dé- ((voyement. Mais, Monsieur, je ne sçay cornent un « soldat oze entreprendre de vous dire une paroUe seule lement sur une chose sy esloignée de son métier. Il n est pourtant du debvoir d*un Chrestien de quelque « profession qu'il soit, de crier contre cella; et je Tay a pratiqué depuis plusieurs année tout le mieux que « j'ay peu, avec desseing deschauffer les autres à crier « comme moy, et par ce scandale, oster celuy que l'É- (( glise ressoit de ces choses mauvaises qui corrompent « les mœurs. J'espère que la quinziesme lettre sera de <( tout le monde placée au rang de la quatorze. Elle est « de mesme force ; mais elle a frapé en un lieu plus « sensible à mon opinion. » ^
A coup sûr d' Andilly, quand il entamait sa correspondance avec Fabert par des voies détournées, ne savait point que Pascal eût sur les frontières un si fougueux précurseur, ni Port-Royal un si vaillant interprête ; et ce n'est pas à nous d'expliquer comment Fabert, depuis plusieurs années, tonnait à Sedan contre la corruption de la morale jésuitique, lorsqu'à vingt lieues de là,, dans Reims, les Jésuites élevaient ses fils, pour lesquels il demandait un peu tardivement le contrepoison des Provinciales. — A moins cependant que l'ami de Robert n'eût prévenu celui-ci dans sa stratégie paternelle, et qu'il
1 Ou sait que, dans la quintième Provinciale, Pascal veut prouver que la morale des Jésuites leur permet de calomnier ceux par lesquels ils se croient injustement attaqués.
CHAP. n, SECT. n^ AIT. I, s n- ^^
n'eût confié ses fils aux Jésuites comme une amorce, en vue d'ime propagande.
Il faut reconnaître, en efifet, que Fabert espérait la conversion de la célèbre Société, et même qu'il y travaillait ; car nous ne saurions attribuer à un simple esprit de contradiction le fait qu'atteste la lettre suivante : [28 janvier 1657] u J'admire, Monsieur,
0 la bonté avec laquelle vous voulez me soutenir contre « la corruption qui gagne tant de gens. Vous avez tant « de force pour ce que vous entreprenez, que je m'en (( trouve souvent assez pour m'engager contre vos parties; c( et ce qui se passe en cella me confirme absolument que « la vérité ne se peut accabler. Hais qu'il est malaisé « de guérir des esprits une foy perverty par de faulces « maximes. J'ay fait veoir aujourd'huy avec plaisir la « lettre escritte au P. Annat ^ à un de la Société. Elle a tt faict ce qu'elle devoit faûre suri' accusation de l'hérésie. (( Mais je vous comfesae que je ne suis pas tout à fait perce suadé qu'on fust bien ayse de Testre, que vous fussiez « dans la voye du salut. Au contraire, je croy qu'on auroit « plus de plaisir de pouvoir vous faire des reproches de « manquements essentiel es choses de la religion, que de <c vous croire asseuré de la béatitude à laquelle avec tant « de soing et de charité vous conduisez les autres. » ^ Fabert était parfois plus complètement heureux dans ses tentatives. Deux mois après [2 avril 1657], il écrivait :
(( Je vous avois desjà mandé. Monsieur, que je ne
u pençois pas que rien pût estre comparé ny aux senti- H ments, ny aux œuvres de M. Amault. Mais j'ay au- « jourd'huy plus que cella à vous dire. Un Jésuite à qui
1 La dix-septième ou la dix-bttilièiBe Provinciatt,
^ pOhBfT ARNAJJLD D'ANDIIXT.
« je donnav ayant hier |a lettre à lire S nie la rendant « hier, m'en parla comme d'une très belle chpse, qu'A « avoit leuëe, dit-il, avec beaucoup de satisfaction,...»
IJ faut avouer cependant quje les confrères de ce traitable Jésuite goûtaient moins en général les productions du grand Ârnauld. Aussi, dès le 26 avril, nous lisons dans Fabert : « L'on m' avoit asseure? que les Jésuites soutien- « droyent les maxime? contre lesquelles avec tant de raî- <( sons l'on [vostre frère] avoit escrit^; mais je vous com- « fesse que je ne l'avoîs pas creu, et qu'encor j*ay peine « à croire qu'il y ait des gens capables de les soutenir « après l'esclat qu'on a fait pour cella. Néantmoins je « veoid bien qu'il y a une hardiesse extrême sur cette « matière-là, et sa estez avec bien de la joye que J'ay leu « ce que vous m'avez fait l'honneur de m' envoyer, et « que j'y ay apris que ceste estrange opiniastreté à sou- (( tenir le mal, ne lasse point ceux qui par un esprit cha- «ritable se sont engagez à l'abatre. J'espère, Mon- « sieur, que Dieu leur fera la grâce d'en venir bientost «à bou^, puisque la religion semble despendre de « cella. »
Ce que Ton ne gagnait pas du côté des Jésuites^ il eût été bon de le gagner sur les masses : « Je ressus avant « hier, écrit Fabert à d'Andilly [12 juin 1658], le quat-
1 Nous présumons qu'il s^agit ici de la quatrième Lettre apologétique imprimée pour la première fois en avril i6^i (Larrière, Vie iPàmaM. 1 1, ordre chronol., p. xt) ; ou plutôt, à cause de la date, la Réponâe à un écrit ffublié [par le P. Annat, conFesseur du roi, sous le litre de : Rabat joie des Jansénistes ] sur le sujet des miracles qu*iC a plu à Dieu de faire à Part-» Royal; fin de novembre 1656. (tarrière, iMd,^ p. 179.)
2 Fabert fait sans doute allusion à V Apologie des casuistes contre (es eaUmnies des Jansénistes tpar le P. Pirot, Jésuite du diocèse de Rennes], publiée en 4657, Cette apologie fut réprouvée, comme elle le méritait, par les gens sensés» et les Jésuites se gardèrent de la défendre.
^ tn^sycpe fiscrii < ^ vQjqts m'ayez, jifonsie^r^ pfi^ }'j^9~ « oeur de m* envoyer. Je ne puis assez you3 remercier a des grâces continuelles que je ressois de vous. Je les u respand autant quil m'est possible sur les autres, fai- « sant veoir à tout le monde icy , avec quelle charité vous « vous oposez aux maux qui mesnacent de ruyne la « chose par laquelle les hommes peuvent monter dedans «le ciel. Ce peuple se sent extrêmement yostre oblisfé; « et les principaulx^' admirent pas moins que moy les « dons dont Dieu vous a douez par dessus les autres hom- (( mes. » Et un peu plus tard [9 octobre 1658] : « Je restt sus avant hier, avec vostre billet du ày les deux copies ce de Tescrit de la censure de Y Apologie pour les casuis- « tes 2. Je vay, achevant ce billet, commencer à le lire. « Il ne me donnera pas plus d'advertion que j'en ay pouf « cette belle doctrine. Mais, Monsieur, j*ay tousjours c( une grande joye de la veoir combatue avec tant de tt force et de zèlle... Je vous rend cependant grâces très u humbles de ce que vous me fsûttes part de ses choses- « là, et par Jà me donnez moyen de servir ce pauvre u peuple, & Tempescher de tumber dans la corruption. » Dans son pauvre peuple, Fabert, bien entendu, n'oubliait pas les Huguenots : a J'ay, Monsieur, écrit-il le « 26 juin 1658, à vous remercier au double, puisqu^il « vous apleu m'envoyer deux exemplaires du Cinquiesme
1 En ikveur des Caiés de Paris, par le docteur Amauld. (Larrière, VU iCAminUd, L I, ordre chronol., p. xn. — Cf. Oopln, Bki* eeelés, dm é^ septième êiécte, L ir, p. 665).
9 Censure de la faculté de théoloffie de Paru contre t Apologie dm «asmsteê [16 juillet 1658]. Cette ceosure était en latin, langue qu*I|;norait Fabert (JLe P. Barre, Vie de Pabert^ ù i, p. 8, 14i et L n, p. 268) ; on dut lui en envoyer la traduction, et c*est peut-être ce qu'il veut dire en accusant réception de deiuc copies» (Dupin, Bist, cccUs. du dix-septiéme siécU^ t. n, p, AA2), ■ "
6& KOBXRT ARU AUID D'AHDILLT.
« escrit des Curez de Paris^. Je le leuz hier en présence « des principaulx ministres et Huguenotz dicy ^ audc( quelz j'en ay donnez un exemplaire. Ce qu'il porte a est sy raisonnable, qu'il est aisé, ce me semble, à le « persuader, et j'ay depuis plusieurs années affectez en « toutes compagnies, et principalement où il y avoit des « hérétiques, de blasmer cette effrénée licence et ce bonce teux relaschement qui donne tant de subjet de scandale « aux bons, et tant d'horreur de l'Églize à ceux qui s'en « sont esloingnez. »
Cette horreur, il faut bien le dire, semblerait par instants avoir été quelque peu contagieuse pour Fabert; car c'est au contact des Huguenots, plutôt sans doute qu'aux écrits jansénistes, qu'il faut attribuer dans ses lettres certaines boutades comme celles-ci, dont, à coup sûr, il n'avsût pas puisé l'inspiration chez les Jésuites: (( C'est, Monûeur, une chose sy ordinaire en France, « qu'on néglige celles du devoir de sa profession pour dis- (( courir et se mesler mal à propos du faict d'autruy, que fc vous ne devez pas vous estonner que je me sois laissez « aller à vous tesmoigner quelque desplaisir du peu de (( soing que je veois aux prélatz de faire ce qu'ils doivent. « Je n'ay, par respect pour vous, ozé passer jusques à « leur chef ^ qui nous avoit d'abord promis des choses que c( j'avois peine à me prometti'e d'une âme que je voyois « sy fort esmeuëe d^e son eslévation. Je suis mary extré- « mement de ne m'estre pas trompé, et de veoir l'Églize « pour longtemps sans les remèdes dont elle auroit be-
^ Voir plus haut p. 59 et 63.
' « Je n*ay pas creu, monsieur, debfoir profiter seul du libvre que vous « m^avez envoyez. Je Tay leu devant des gens doctes desquels U a estez « admirez..... » (Lettre inéd, de Fabert, du 8 octobre 1059.)
s Aleiandre VII, 61u te 18 ftvrier 1655.
CBAl^. ti, 8ÈCT. It, AKT. I, fi H. 65
« soing. Je vous demande pardon de vous parler avec « cette liberté. » [25 décembre 1658.]
Fabert obtint gon pardon, ou bien il perdit un peu de xon respect pour d' Andilly, carie 5 octobre suivant [1659] il lui écrit encore: a Je ressus avant-hier la censure de « Rome * que Y Apologie des casuistes avoit sy bien méri- « tée. Je prie Dieu que cella soit le comencement de la « corection que ceux qu'il a eslevez aux dignitez suprême « de l'Église doivent faire en tant de choses qui se font (( contre l'honneur de la religion. Je ne sçay comment « Rome a pu s'esbranler pour faire ce pas. Sy ce pesant « fardeau, sy mal aisé à esmouvoir, fait comme les choses « lourdes après avoir avec bien de la force sorty du lieu « d'un sy long séjour, ou endormissement^ avant que s'a- « rester, il fracassera bien des obstacles qu'on oposera à t( son cours. Je ne doubte pas que tant de censures faittes u par les esvesques les plus estimez de la France ^ n'ait « fait ouvrir les yeux à celuy qui est le chef de tous. »
Et le 26 du même mois : « Quand à ce qui est de
« la censure faitte à Home, je ne doubte nullement que ce « ne soit une chose attirée par celles de tant d'eves- « ques. Mais je prie Dieu de tout mon cœur que cette « suitte soit le commencement d'une réformation de a beaucoup d'abus que les pasions des esclésiastiques (( ont mis dedans l'Églize. » — Enfin, dix mois plus tard [26 juillet 1661] : (c Je veoid bien qu'il faudroit estre un « sainct pour vivire comme il faudroit dans cette corci ruption; qu'avec raison l'on craint qu'elle ne mine
* Décret de Vinquiniîon de Home contre TApologie pour les casuistcs [31 août 1659]. — Dapin, Hi»t, ecctéâ, du dîx-septiéme siècle^ t. ii, p. 507.
) La plupart de ces censures se trouvent indiquées par Dupin, Hitt, tcclé». du dix-'ieptiéme iiécte, t. ii, p. 496-505.
66 ROBEHT ARNiUtp p'à^UJ^lf.
(( VÉglise et h religion 4oQt vi&ibleqieQt 1^ fqndemenl» (( humilité et charité^ est attaqué et destruH p^iQy eu^ <( [les Jésuitç3i]. Mais, Monsieur, quel remède à cella? u Qu'i fait Rome? Les evesques quel psgard y ont-ils? u Qui, en terre, avec autborité s'opose à cette pouriture? a Chascun cherche à profiter des biens dont regorge FÉ- (( glize, et en imitant Rome, l'on veut eslever aes nepa veux ^ Dieu lui mesme le soufre, ce qui est plus este trange, et qui souvent me mest dans un estonnement « duquel j'ay peine à revenir, w
Pes évoques au pape, du pape à Dieu, la gradation semble naturelle. Elle n'était cependant ni juste ni complète. Entre le pape et Dieu, un élève de Port-Royal n'aurait pas dû l'oublier, se trouve l'Église. Aussi Fa^ bert se le rappelle, et bientôt il amnistie Dieu pour ne plus s'en prendre qu'à ceux qui professent la religion^. « Quand nous conciderons le Levant et l'Afrique perdu, (( l'Allemagne en partie hérétique, la Suède, le Dane- « mark et l'Angleterre entièrement, que nous voyons le « Turc nous taster sy longtemps sans oposition et depuis a peu avoir adjouxté la guerre de Transilvanie^ à celle u des Vénitiens; que l'on le laisse faire; qu'en France,
^ « Qnand à ee qui est des charges et dignités, je les crois establies pour c servir le pablicque, et que ceux qui les ont doivent se conôdérer comme « valets de ceux qu^ils croyent devoir leur obéir en tout Cette pencée.... « est tousjours dedans ma teste, et je ne puis comprendre pourquoy elle n*est « pas aussy tousjoors dans celles de tous les autres. Sy Dieu Vy avoit mises, c les nepveux des papes y perdroyent: mais tout le monde s'en trouveroyt a bien mieux. (Lettre inéd. de Fabert du 20 août 1661.)
2 Même Lettre du 36 juillet 1661.
' On sait que George II Racocxi, obligé de se démettre de la principauté de Transilvanie le 12 octobre 1658, par suite de Topposition que faisait à son autorité Mahomet IV, dirigé par son célèbre visir Mebemet Kuprogli, voulut ressaisir le pouvoir, se mit sous la protection de TEmpereur d'Allemagne LéopoUl !•% et fit renaître les hostilités entre la Porte et TEmplrr.
CBAK. U^ SKCt. n, ART. }, g II. 61
€ aa liau de ^ap^ec à rameaer «eux qui mm esloiftgaé « de PÉ^iee, Von iM^ des e£fbrts merVeilleui poup dé- « euDÎF ce qui est uny et jmnt, je voue comfeeee que je if ne puis m'eippeBcher de eroire eup h^ religion des H choses qui me font une bien gpai^de peine. Dieu veuille (( que ce que j'apréiiende n'arrive pae. Je ne veoid rien (I epie Uien qm le puisse empeseher. n
Fabert oublie que Port-Royal a la prétention d'aider en cela la Providence i ou s'il s'en souvient, c'est pour se déelarer peu sati^t de la manière dont il la réalise : « Je ne doul^te pas, poursuit-il, qu'il n'y ait des gens rem- « ply de zelle parmy le griind nombre d'évesques qui H sont en France, et celuy duquel vous m'avez envoyé la « copie de la lettre ^ est un homme d'une réputation sy « griMide que les ciècles passé n'ont rien veu de mieux tf intentionné. M^ ne ùluUH pas crier avec une voix forte « quand la ûmple paroQe demeure inutile f L'on veoid K bien qu'il n'est pas d'un mauvais sentimens ; mais Y on « ne veoid pas assez pour faire revenir lesr autres dedans tt le sien. Il confirme seulement ceux qui en sont déjà : « et en ce rencontre, sa modestie nuit Néaatmoins c'est tt un homme duquel l'on doibt croire que tout ce qu'il « luy plait de faire est bien. »
S»i Fabert jette ce demi-blàme sur les amis de son correspondant, ce n'est pas pour épargner leurs ennemis ; «Je croy que c'est avec raison, dit-il à Robert dans la « mâme lettre, que vous veus persuadez que les Jésuistes « pouseeront auasy loiag qu'ils pouront ce qu'ils ont sy
« Il s'agH très probablenent de la lettre adressée au roi par N. Pavillon, éfèque d*Alet, au sujet du formulaire. Cette démarche était la premièm par laquelle Tévéque d'Alet sf déduirait en faveur du Janténisiiie. H l'avait t#|iue MfirètSi el « lettie n*av«it puitre eipédiée ^u^en wpiê. ( Vie de PaviUon, par La (Umsasnc^ t« i^ p. If et SS.)
« fort advancez. Leur manière de ce gouverner qui ne (( donne pas Thautorité aux plus sages, les emporte dans (( une vie tumultueuze et violente bien contraire à celle « de celuy duquel ils ont le non. Je n'ay jamais pu pence cer sur quoy ils croyent pouvoir se maintenir dans ces « emportemens qu'on ne soufriroit pas aux gens du <( monde les plus descriez ; sy ce n'est, qu'ayant résolu (( de permettre toutes choses aux hommes, ils croyent « les avoir obligé à ne les contredire jamais. »
L'explication de sorties aussi chagrines nous semble résulter du dernier paragraphe de cette philippique : (( La solitude dans laquelle je suis [à sa maison de cam- (( pagne de Baricourt, où il se retire assez fréquemment « depuis le 13 février 1661, époque de la mort de sa « femme '] me fait cognoistre la misère dans laquelle « sont ceux qui vivent dans les affaires, et me comfirme « fort que la vie la plus briefve est la meilleure. Sur « cella jugez, ce que je croy de la mienne à soixante et c< deux ans I » Evidemment toute cette lettre est écrite dans un accès de misanthropie d'après lequel il serait injuste de juger absolument le pieux Fabert 2, mais qui révèle d'une manière fort curieuse les angoisses où se plongeait parfois son èspritsousl'effet combiné des doctrines de Genève et de Port-Royal. Aussi Ton ne s'étonnera pas qu après cinq jours écoulés [26-31 juillet] l'accès dure encore. Fabert est toujours dans sa solitude de Baricourt, et il écrit : <( Je sçay bien que de tous les « hommes les théologiens sont les plus violens dans leurs « passions, soit qu'ils croyent que prétextant leur em-
* Le p. Barre, Vie de Fabert, t. ii, p. 316.
1 Voir dau9 le P. Barre, Ilist. de Fabert, le chapitre intitulé : Des vertus chrétiennes pratiquées par M. de Fabert^ t. ii, p. 327,
CHAP. ir, SECT. II, ART. I, § II. 69
« portements d'un saint zèlle, ils puissent en tirer autant « d'honneur que les autres craignent de honte ne se mo- « dérant pas, ou que des gens qui penssent continuelle- « ment et travaillent à prescher pour persuader ce qu'ils « se sont persuadez, ne soyent pas capables de sviporter a qu'ils ne soyent pas suivis avec aplaudissement ; ou soit « qu'avec la science, l'orgueil se glise dans l'esprit de « beaucoup de gens ; tant y a que j'ay remarqué aux gens « d'Esgfise savaris et aux ministres parmy les Hugue- (( notz, beaucoup plus de penchant au sang et à la u ci-uauté que parmy les gens de guerre qui sont nouris « dans le carnage, et dans l'opinion que non seulement « ils sont obligé par debvoir à tuer, qu'il y a de Thon- « neur pour eux à le faire, et souvent nécessité pour « conserver leur vie. Je vous advoue que concidérant « cella j'ay estez estonné... Mais il y a encor tant d'aua très choses à s'estonner dans la religion ', qu à mou « advis il faut plustost admirer que Dieu les soufre, « que d'en parler. Lorsque la charité qui en est bannie (c y sera revenue, tout ira bien; car avec elle reviendra « l'humilité qui en a estez chassée par ceux qui devoyent « l'y retenir. Un soldat a tord de parler de cette swle; « mais la profession des hommes ne leur oste pas les senti- « Tnens que la nature leur donne pour la gloire de Dieu. » Le lien logique qui unit entre elles toutes ces citations nous a entraîné aux deraières limites de la correspondance de Fabert, sans nous permettre d'indiquer bien des épisodes curieux qui s'y rattachent et qui en font l'indispensable commentaire. Pour exposer les doctrines nous avons délaissé les faits, n'évitant la con-
1 Par la religion Faberl entend évidemment ici cet» qui la pratiquent
7a ROBERT ARMALLD D*ANDUXT.
fusion qu'aux dépens de la chronologie. Revenons à la chronologie et aux faits.
S in. Fabert plaideur.
Une année environ après que se fut renouëe la ôorres^ potldancé de d'Andilly et de Fabert [18 novembre 1665 — 8 décembre 1666], un grave incident faillit eii ootnprometti-e réflicacité. — Fabert était originaire de MetÉ ^ bû il avait encore une partie de sa famille. Le père d*Isaac de Fèuqtiières, Manassës, y avait été lieutenant du roi 2, et y avait également fixé une partie de sa famille '. Le fils d'Isaac, Antoine comte de Pas *, durant un séjour à Metz, avait été choisi comme légataire par. line dame de Saint-Léger qui, pour lui, avait déshérité ses propres neveux, dotit F un était beau-frère de Fabert. Les parents de celui-ci prétendirent que la dame était folle. La dame, de son vivant, avait p^ëtendu que ses neveujt « luy avoient enlevé tous ses meubles et eflets « plus précieux, après avoir corrompu ses domestiques k pour leur donner entrée nuitamment dans sa maifi son. ^ )) Feuquiéres plaidait pour son fils ; Fabert sou-
1 Le P. Barrei Vie de Fabert, 1 1| p. 6.
3 àiém, de Cabbé Amauld, part. i| p. 33. Lettre inéd, de» Feuqniéres, U t, introd. p. XTi.
* Le« branchés de Pré et d*0rthe ; Amauld, ooMéllIer au parlpitaetit de Meti. Mém, de Vabbé Arnauld, part i, p. 35, 58, etc.; Leiireê inéd. de» Feuqviére», 1. 1, p. 378, U m, p. bh et passim. — Cf. VÀpjtendice^ note B.
t Le titre de comte de Pas apparUnt successivement à trois frères do ttiarquis Isaac, qui l'avait porté Iuî«iii6aie avant la mort de son père. Ces frères sont Cyros, mort jeune, Cliarles, mort en 1053* et Henri, à qui demeura ce titre. — Antoine, Gis dlsaac, est presque toujours surnommé le ¥iarqni» de Pa» ; mais notre correspondance et une table généalogique du cabinet des titres (bibL du roi^ do»»ier Feuquiéres) prouvent qu'il porta aussi le titre de comte de Pas.
s LHirê Hiéi, risMe de ftmpiléret éa S dMee«bM 16».
tenait ses pietretits; Led rielAtiond ihtiitaeà i]Ue todd AetïX entretenaient avec d'ÀndiUy ne l^eHtiettiiient pas qu^il restât étranger à cette affaire. Fabeft le premier la lui conununiqaa, et Feu(|ulères le prit pour arbitre^ Là négociation était périlleUBe, et, disons-lë de suite^ Robert y déploya Une rare habileté. Interceptant lés paroles injurieuses^ transmettant les phrases bienveillantes-, (calmant les imt^atiences , excusant les lenteurs et com-^ pensant les intérêts, jamais sa diplomatie ne l'avait mieux servi.
On en jugera par ce qu'était au début la cotrespôttdance des parties. En voici quelques échaiitillons empruntés à deux billets que, par tin singulier hasard, Fabert et Feuquières écrivwent en même temps ^ le 4 février 1657 : « Je Vous jure, Monsieur, sur mon salut, a disait Fabert, que je n'ay agy pour les intérests dé é M. de Feuquières es (choses dont je me suis meslez, qùô (f de la mesme sorte que j'aurois falct s*il n'y eust eti rien « à desmesler entre mes proches et Itiy i j'entend pour <( l'action ; car pour le cœur, il n'en est pas de mesme^ (( et j'ay quelquefois estes resvant sur la manière d'agit « de luy à moy toute telle qu'il auroît pu l'avoir s'il « n'eust pas fait tout CB qu'il faloit faire pour me per- <i suader qu'il vouloit injustement avoir le bien de mon « beau-frère... » -^ « Monsieut- mon très cher cousin, û écrivait Feuquières, je vous envoyé uh billet séparé, et « une lettre pour monstrer, affin que vous choisissiez. Je (i me suis réduit lé plus que j'ai peu dans les termes obli- <t geans qxie vous m'ayez ordonné, et si voilë trouves que « je n'y aye pas encores esté assez exact selon [Vous?], je (i ne laissé pas d'estre bien satisfait de la Vletoii^ que j'ai « dblenue sur moy mesme, en dissimulant les picotteriës
72 BOBERT AKIAULD D'ANDULT.
« que M. de Fabert me fait dans sa lettre, et tant d'aua très pièces malicieuses. J'obéirai à tous vos commen- « démens, et de plus je me suis fortement résolu à le tt regagner s'il se peut. Mais il a deux parties fort conu traires à mon dessein ; l'une que quand il a avantage, « il insulte aux malheureux ; et l'autre, qu'il hait tous a ceux qui en ont sur lui. Vous le conoistrez à l'user ; tt pour moy il me suffit que vous ne me blasmiez pas, tt et que vous m'aimiez. » 11 est inutile d'ajouter que d'Andilly usa de la permission que lui donnait Feuquiëres de ne pas transmettre à Fabert ces tendresses. Aussi le 1" janvier suivant; [1058] son cousin lui écrit : « Dieu soit louél 11 y a longtemps que je luy rett demandois M. de Fabert, et j'aime encore mieux le «recevoir de vostre main que d'aucun autre; comme tt j'aime mieux que vous me donniez à luy que de m'y « donner tout seul; et cela pour faire connoistre que tt je ne veux rien faire ici à demy. Car je voy bien que « vous n'estes pas homme à qui luy ny moy nous vou- « lussions jouer.... » Pour obtenir ce billet, d'Andilly avait sans doute promis plus que Fabert n'avait tenu ; car c'est six mois après seulement, le 16 juin 1658, que celui-ci écrit à son tour : tt Je vous renvoyé. Monsieur, tt la lettre que M. le marquis de Feuquières vous a tt escritte, de laquelle je me tiens sy obligé, que quand il tt n'y auroit que cette seulle concidération, je serois son « serviteur. Mais, Monsieur, sa condition, ses calitez, tt l'honneur qu'il m'a tousjours fait de dire qu'il estoit tt mon amy, la paroUe que je vous ay donnée d'estre son tt serviteur, sont choses, ce me semble, à persuader tt que je ne saurois m'empescher de l'estre par la propre u concidération de ma réputation ; j'y serois outre cella
CHAP. n^ SECT. H, ART. I, S HI. 7S
« forcé par mon inclination. Toutes ces choses» Mona sieur, sont sufisantes pour me lier estroittement dans « ses intérests et vous pouvez l'asseurer que je tiendrez a fermement la parolle que vous luy en donnerez. Vous (( estes l'homme du monde duquel je me cacherois le « plus sy je voulois tromper quelqu'un. J'ay creu que ce « n'estoit point assé de vous dire cecy, j'ay voulu y adii jouxter un billet pour M. de Feuquiëres. Après les obli* c( gâtions que je vous ay, vous en uzez envers moy avec « trop de circonspection. Il faut que vous ordonniez avec a authorité tout ce qu'il vous plaira que je face. Pleut à « Dieu, Monsieur, de ne faire plus rien le reste de ma vie Cl que de vous obéir. La fortunne que cella m'établiroit « au ciel, vaudroit bien mieux que celle que j'ay faitte a avec le mousquet qui m'a baillé mon bien. »
Ces offres de service arrivaient à point pour l'heureux d'Andilly. Treize jours après les avoir faites, Fabert était enfin maréchal de France. [28 jmn 1658] II en reçut le bâton le 3 août suivant > ; et avant le l**" septembre d'Andilly lui avait demandé son amitié pour le second de ses fils, Simon, plus tard marquis de Pomponne. Fabert lui répond obligeamment qu'en cela son propre dessein avait été de le prévenir : « Mais , « ajoute-t-il [1« septembre 1658], Dieu en a disposé au- « trement, et je veoid bien qu'il veut qu'après tant d'autt très obligations , je vous aye encor celle-là, d'adjoux- « ter pour moy l'amitié d'un fils incomparable, à celle « d'un père sans pareil. Uzez-en, Monsieur, tout comme il « vous plaira. Donnez-moy à M. vostre fils ; j'y suis desjà « puisque vous n'êtes qu'un. Desclarez seulement vostre
1 Le P. Barre, VU de Fabert^ Un^p. 106.
la ROBERT ARNAULD O'AMMIXY.
H vdlonlé làHlessus et asseuré-le, s'il vous platt, que la « mienne en toutes choses despend sy absolument de la (I YOstre, qu'il n'est plus en mon pouvoir de m'empes- « cher de la suivre^ n D' Andilly, comme nous le verrons plus tard S se le tint pour dit; après s'être servi de l'un de ses fils pour s'acquérir un puissant prosélyte» il essaya d'employer la bonne volotité de ce prosélyte à la fortune de l'autre^ et en fit pour celui-ci un inteî*eesseur auprès de Mazarin. — Puis voyant Maearin rebelle à ses désirs^ de l'intercesseur il essaya de faire un ministre. C'eût été asâurer du même coup la fortune de sa ftunille et celle de Port-Royal.
] IV* Fabert candidat an ministère*
Ce projet d'ailleurs n'était pas une chimère. L'opinion publique secondait les efforts de Robert. A la mort de Mazarin [9 mars 1661], la cour désignait Fabert comme premier ministre 2. Louis XIV voulut le faire surintendant après la disgrâce de Fouquet [ô septembre 1661] '. D'Andilly avait beau jeu; mais il ne l'avait pas seul. Sans qu'il le sût, les Jésuites , nous le verrons bientôt, étaient de sa partie, sauf à en partager le gain. Tous voulaient de Fal?ert pour ministre. Lui seul refusait de l'être *. Ce n'était point l'éclat que ce véritable soldat recherchait, c'était la gloire. Il n'en voulait pas d'autre que celle du champ de bataille. L'épée seule< dans sa main et à ses yeux, dépassait le
i Cbap. IV, sect. 11, ait 1,(3.
2 Le P. Barre, Vie de Fabert, t. n, p. 19».
« Ibid., U II, p. S09.
« md., t. II, p. 300, ai4.
CHAI», tt^ 8BC!T. it> AAt. t^ % i\. 73
bâton de maréchal. Le bflton cotiquis. son ambition était satisfaite : son épée, jamais.
Il repoussa donc de bien loin les ouvertures de d'Andilly, qui d'ailleurs n'avait point perdu de temps pour lui en faire ; car la lettre où il les repousse une première fois est datée du 15 septembre 1668. Alors depuis quarante jours seulement le bâton était entre les mains de Fabert; la direction des affaires était encore pour près de trois années entre celles de Maearin, et très probablement d'Andilly prenait d'autant l'initiative sur la cour et sur Louis XiV* — Fabert lui répond : « Je vous direz, Monf( sieur, que je ne puis espérer rien d'esgal â ce que ce vous dites attendre de moy. Il faut duis le monde « adjuster tant de choses ensemble pour en faire quel- « qu'une qui ne soit pas despendante du grand courant «( qui entraîne les actions des hommes, et j'ay en moy si n peu de ce qui est absolument nécessaire pour cella, « que je ne songe pas à faire que ce que pourrolt faire le « moindre de tous les hommes. Quand j'aurois dans it quelques affaires rhautorité sans laquelle Ton est toustt jours forcé de céder k la manière corrompue d'agir, a laquelle est en pratique 4 je n'ay pas assé d'esprit « pour me bien desmeller deâ dificultez que l'on m'y « feroit naistre. Cella est une chose esprouvée par moy a depuis plusieilrs années en tant de rencontres diffé- « rends, qu'il ne me reste aucun lieu d'en doubter; et K mille fois j'ay admiré de veoir les opositions que j'ay « rencontrées en agissant; et après l'actioti, le blasme (( publique que j'ay receu pour des choses bien faittes et u utilles à ceux qui me blasmoyeht, autant qu'indiférente « à moy et à mes intârests* J« vous aaseute, Monsieur, « que la peine que j'ay eue de me justifier de ce que j'ay
76 ROBERT ARNADLD D'ANDUXY.
« faict de bon ea ceste frontière, m'a sy fort desgousté d'en- (( treprendre plus rien, que je crains les affaires plus que « je ne saurois vous dire. Je cognois bien que cella proie vient de ce qu'en agissant poiu* le bien de quelque « uns, Ton s'atire les autres [pour ennemis?], et que « c'est aller contre un furieux torend, que d'aller con- <( tre ce que font tous les autres : et je ne me sent pas « assé fort pour n'estre pas renverssé par de sy rudes « choques que ceux qu'il me faudroit soufrir. Vous « savez mieux que moy que la coiu* ne veoid pas de ses « yeux, et que c'est par ses oreilles qu'elle cognoist les « gens. Ainssy quand chascun parle d'acord contre un a homme, il faut qu'il sucombe, mesme en réussissant « quand aux affaires qu'il auroit entrepris. Et j'ay desjà « couru tant de fois ce péril, que vous en seriez estonné « sy vous le saviez avec les circonstances qui l'ont acte compagnez. Mais, Monsieur, il n'est pas icy question « de ma volonté, quand elle seroit d'entreprendre quel- M que chose, Je riy suis pas destiné; je ue veoid pas « qu*on ait de pencée^ que de se servir de moy en de « petites choses ausqueUes cette frontière a besoing d'un « homme d'esprit commun, et d'un peu d'expérience es « choses de ce pays. Voillà, Monsieur, l'estendue dans « laquelle je puis mouvoir. »
Robert ne se tient pas pour battu. Il redouble d* efforts dans une visite qu'après quatre années de promesses et de délais Fabert rend enfin à Port-Royal '. Celui-ci demeure inébranlable, et, pressé, harcelé par Tardent entremetteur de sa fortune, il lui adresse cet argument tout personnel [20 avril 1669] : « Certainement, « Monsieur, il s'en manque bien que j'aye de moy Topi-
1 lettre inéd* da S aYril i659.
CHAP. D, SKCT. n, AKT. 1, $ IV. 77
« nion que vous en avez. Je me cognois d'humeur à ne « pouvoir agir avec le monde qui hait la liberté de dire «ce que l'on pence, et veut en toutes choses estre n trompez. Un homme sans liaison d'intérest, sans ca- « balle, sans intrigues doit fuir tout employ, sy F on vouiiloit luy en donner; et à plus forte raison, doit- il « sempescher den rechercher. Vostre modération est un a sy bel exemple, que j'aurois honte de vous paroistre tt présomptueux, quand j'aurois le cœur portez à cella. « L'on vous a veu réussir partout dans les employs que « le feu roy vous a donnez, et attirer sur vous l'estime u et l'amitié de tout le monde. Les finances vous ont a donnez plus de gloire et d'esclat ^ que de richesses à (( ceux qui vous ont succédez : et après tant de choses « faittes pour vostre patrie, après une réputation sy « establie, vous voulez achever vostre vie dans un désert ! « Vous voulez que Dieu veoye qu'il y a des hommes « tout à luy, et que par ceux-là, il s'empeschent de « hayr ceux qu'il a f^t et qui le traittent avec ingrar- « titude. Vous faites veoir que vous craignez le monde; (( vous laissez les affaires couler es mains de ceux qui (( en mandient les employs ; vous qui pouriez parmy eux « arrester le cours de ce qui a gauchy, avez l'humilité de « ne croire pas cella. Et vous jugez d'un homme comme « moy, noury dedans l'imfanterie [cette expression, pour « le dire en passant, est chez Fabert celle de l'humilité « portée à son comble]' qu'il pouroit plus que vous! « Vous ne pouvez avoir cette pencée qu'en vous faisant
i « M. de Schomberg avoit les maios nettes, et d^Andilly auan. » Tallem., Hitiorieites, t. ii, p. 313.
3 « Un homme noory dans rimfanterie ne peut se persuader estre capa- « ble d'autre chose que d'admfaration pour les choses qui partent de mon- « sieur Tostre frère [ le docteur Amauld ].b {Lettre inéd. du 15 avril 1657},
18 KPBSRT 4|iN4»ii9 6'AHpiUY.
c( im\mm^ 4e tprôt- • « — ISea^uçau» jrtiw, mais ftiilTQment qqe ne 1^ cpayaH Fahert 5 c^r celui-ci ï^' était p^ dans le secret clés cqnyQitises déçues de soi) ami. Il ignorait que Vambitiu^ d? d'Andilly étai^ plus siqcëre dans ses conseils qu'elle n^ l' Avait été dans sa retraite, et qu invoquei* Texen^ple du solitaire c'était moins le Omettre en contradiction avec lui-ifléntP qu'avec s^ conduite apparente. Mais d'Andilly le s^v^Jt; et tout ce que Fabert lui s^dressait ep éloges, s^ conscience le lui traduisait en satire. Il s'en prenait à 1^ iiiodestie qui faisait sa condainnation secrète : (< Ne eroye^ pus. Monsieur, lui réa pondsût Fabeft [ii mai iC|g9], que ce soit modestie « qui ifî'a fait vous parlep et vous escrire comme j'ay « fait, En vérité sa estez la cognoissance que j'ay de u moy et des dificuUex que je ne saurois vaincre, man- (( que de force et de vertu. »
Ce n'était certes ni la vertu ni moins encore la force qui manquaient à Fabert. Seulement, oomnie nous l'ayons dit, il entendait les déployer non pas à la cour, mî^is dans les camps. K^lbeuren^çment pour ses projets, les camps allient se dissoudre devant le traité des Pyrénées, La ps^ix allaiit venger d'Andilly des refus de Fabert, et l'en faire tricunpher peut-être. Mais Fabert se flattait d'échapper à la paix ; et pour cela l'opiniâtre et habile maréchal conçut un prqjet qui, en paraissant satisfaire à ses sympathies, religieuses, satisfaisait surtout à son ambition. U ne s'agissait de rien moins que de renouveler les Croisades. Devant un semblable projet, d'Andilly persisterait-il dans ses efforts pour l'amener au pouvoir? Port-Royal voudrait-il donner un s^UQcesseur àM^zarin plulât qu'à Godefroi de Bouillon? et, de pr^érence auK Turcs, poursuivre les Jésuites?
CBàB. U, fi«CT. 0, 4ET. I^ g lY. |«
I^'i4t«F»ati^ éUiit piqaaata, et parsiqiim j^ ciDup »Ar i^'ea aituFait piévoir le dépouemem* Miôe dëa maiate- Kiwi ww oroyops pouvoir faire pressentir que «se projet, i tort ou j( raiso», était pour Faber^ la pierre de toucha du Jauséuîsme. « Avant que mourir, poursuit-il « dans sa lettre du il mai à d' AndiUy, j'ay fort dans la d teste de faire un voyage contre le Ture. La paix que a Yoills^ estaUie entre France et Espj^gae me doit ppr- « suader que eeux de mon métier sont dès à présent « inutils f^u roy. Je suis tout à fait résolu, sy sa Majesté « veut envoyer une armée à Venize, de demander d'y « aller. De là l'on peut tout le long de la coste ée, la « mer et de la Dalmaiie entrer dans l'empire Ottoman ; « et l'on auroit des vivres d'Italie n'y ayant que le golfe « à passer. En France l'on serait libre de ceux qui vien- (( droyent avec moy avec joye pour conserver les em- « ploys où ils sont. Et s'ils estoient cassez, ils pouroyent « dans les provinces, près des princes et des gr^inds sel- ¥ gneurs, soufler une révolte qui seroit peut-estre d'aur- « tant plus dangereuse i craindre, qu'elle seroit sous- « tenue par des gens aguerris s'il y en a au monde. Je « vous demande pardon de vous importuner de mes resa verieei. Il me semble que je vous doihs un compte de u mes seules poncées. En cecy je croy estre obligé par « les grâces que j'ay receu de Dieu; je n'ay plus que « peu de temps à vivre : Je voudroù le passer sermnt « €^ïUr4 les ennemis de Jésus-Christ. »
A cela d'Andilly ne répond rien; et le 18 mai suivant Fabert ajoute : « J'escris présentement à Son a Emineace [le cardinal Mazarin], sur quelque chose de « la paix ; et ensuitte je luy fait cognoistre que peut estre « elle trouvera bon de ne laisser pas dans le royaun^e
«0 KOBEnT AKNADLD D'ANMUY.
« tant de gens qu'il y a dans les armées qui mouroyent (I de faim, faute de guerre, qui est leur seul mestier ; et « que sy elle juge à propos d'en envoyer au secours des <( Vénitiens, que je me tiendrez obligez qu'elle m'en face « donner la conduitte par le Roy. Je vous advoue, Monte sieur, que de bon cœur j'yray contre le Turc, et que tt le désir de faire ce voyage m'a tellement gagné l'es- « prit que je ne puis pencer qu'à cella. Ceux qui vou- <t dront continuer la gueire trouveront là à la faire pour « Dieu. J'ay tant vescu et sy heureusement, que j'ay à « espérer que je pourois mourir, travaillant pour sa « gloire. ))
A cela point de réponse encore ni de d'AndiUy ni de Mazarin; et le 8 juin 1669, Fabert poursuit : « Jen'ay « encor eu nulle response de Son Eminence sur la pro- « position que je luy ay faitte pour le secours des Véni- « tiens. Je vous comfesse. Monsieur, que je ne sçay d'où « peut venir le désir violent que j'ay pour cella, n'en (( ayant jamais eu le moindre pour quelque employs que « ce fust, et m'estant tousjours laissez aller aux ordres (( qu'on me donnoit d'aller plustostà un costez qu'à l'autre. « Jusques àcecy de ma vie, je ne m'estois proposé pour « aucune chose. Je ne sçay sy l'on acceptera ma proposi- « tion ; mais sy l'on ne veut envoyer du secours en Portu- « gai ï , à quoy je veoid peu d'aparance ; et la paix [devant « se conclure?] entre les roys du Nort-, ayant estez signée « entre la France, l' Angletterre et la Hollande, qui mest
1 La paix ne fut signée entre la maison d'Autriche et celle de Bragancé que le 13 février 1668. La France s'était engagée par le traité des Pyrénées à ne pas secourir le Portugal, engagement qui ne ftat pas respecté.
1 Frédéric III, roi de Danemarck, et Cliaries X, successeur de Christine en Suède«
CHAP. n, SECT. n, ART. l, S ^' ^^
« ces deux princes, se semble, dans la nécessité d'en c( passer par là ^ je ne veois pas de lieu à ne pas croire c< qu'on ne soit bien ayse de conserver une armée de a gens aguerris, en l'employant contre les ennemis de a la religion, et en sortant de France des gens qui y « restant cassez et sans moyen de vivre, pourroyent y a faire beaucoup de mal et point du tout de bien. »
Enfin d'AndiUy témoigne non gu'il approuve Fabert, mats qu'il désire d'être tenu au courant de ses démarches : « Je vous ay mandez, lui répond ce dernier [28 juin 1659], Cl que la response que j'avois euëe-sur ma proposition... tt estoit civille, sans accorder ou refuser aucune chose, « et que depuis j'ay sceu que Son Eminence a parlé de c< cella à l'ambassadeur de Yenize, qui en a escrit au « sénat. Par mes lettres d*hier l'on adjouxte qu'il les u convie de me demander au roy. Voillà, Monsieur, ce « que je sçay de ce dont vous vouiez avoir la bonté destre t( instruict. L'on me fait sentir que beaucoup de gens « suivans la cour, et dailkurs, blasment ma fantaisie, a disant rien nestre plus contre mes intérests. J'ay tant (f de biens au dessus de ce que mon père m'en a laissé ; <i j'ay de la fortune sy fort au dessus de ma naissance; u et l'on me persécute que je ne veux pas considérer ma ((famille. Ne diriez -vous pas. Monsieur, que chascun « est d'accord que c'est perdre son temps de l'employer «pour Dieu? Je pence combien de fois j'ay hazardé «visiblement ma vie estant soldat et simple officier, « pour m'eslever un peu au dessus de ce que j'estois (c lors, sans pencer à ce que Dieu a fait pour moy. J'ay (I tant fait dans une longue vie pour monter au desgrez
^ En effet la paix entre ces deux monarques sniTÎt de près le traité d*OliTa [23 mai 1660]. Elle fut conclue 1« 7 juin de la même annéei I. 6
n lOBERT ABÏtACLD D'ANDOXT.
(( posez sur celuy auquel j'estois; pourois-je maintenant (1 m'efforcer d'esloîngner un désir dans lequel je veoid « quelque recognoissance envers Dieu pour les biens « qu'il m'a fait, outre la vie et les membres ^ qu'il K m'a conservez en tant d'occasions où je pouvms estre « tuez ou estropiez avec tant d'autres qui l'ont estez 7 Et (( quand la cause de Dieu ne seroit pas celle icy, pou^ « rois-je mieux employer ma vie sy inutille icy que de c( l'ofrir à employer des gens qu'il faut casser après tant « de services, ou leur donner de la besongne hors du tt royaume. Il seroit, à mon advis, dangereux de les res- « pandre mescontents par la France, et sans moyen de « vivre : et j'aurois peu de zelle pour Testât, sy, crai- « gnant cella, comme je le crains, je ne m'ofrois à faire « ce qui despend de moy pour l'éviter. »
A cela que répondre? Rien assurément, d'autant que jusqu'à cette heure le projet dumaréchal ne sortaitpasdes Ihnites de \9k fantaisie. Aussi Robert n'y répond pas ^ et Fabert continue le monologue de son rêve. Mais ce rêve peu à peu, de plus en plus, semble revêtir les apparences dç
* On sait avec quelle énergie Fabert avait secondé la Providence pourja conaervation de ses membres, en dépit des dédslons de là Faculté. (Le P. Barre, Vie de Fabert, X, i, p. 824.)
3 II est vrai que vers cette époque, un peu avant le 27 Juillet 1659 {Uttrè inéd, de Fabert lous cette date), d' AndiUy se plaint d'un retard dans les lettres que son ami lui adresse, retard qui semblerait d'abord pouvoir expliquer le silence du solitaire. Mais les plaintes de celui-ci sont surtout relatives à des jettrcs qui concernent la fortune de son fils Simon, lettres quMI avait fini par recevoir, bors une qui ne lui était pas encore parvenue à la date cidessus indiquée. »- D'ailleurs la correspondance où il s'agit de l'expédition projetée par Fabert contre les Turcs s'était ouverte le 11 mai 1659« c'est à dire depuis plus de deux mois. Plusieurs lettres avaient été échangées de Sedan à Port-Rojal, dpDt six écrites par Fabert et subsistant dans notre dépôt, mentionnent les diverses affaires dont l'entretient d'Andilly pendant ces deux mois, sans que rien y indique, sinon le fragment du 28 juin cité par nous« la part que prend ce dernier aux commonications qu'il reçoit du maréchal.
CHAP. OV ^Ct. n» ART. I, S IV. t%
la réalité : n De là fnaillàre que Son Eminence a parlez à « un de mes amis, H pouroît bien proposer à Dom Louys « d'Haro la guerre contre le Turc ; Tempereur y entrant « avec les deux couronne^, il a dict qu'il aroit des Moyens a de faire de gratids progrez contre lèâ infidelles. Sy la M maison d' Autriche ne veut pas s*en mesler , cest àmy « m'a dict qu'il crdit que la f rance n'envoyera point « d'année, mais seulement qtfeîle donnera aux Véni- « tiens des régîmens particuliers qui recognoistront « tous leurs hauts oficîcrs. Pour moy, je croy que Son « Emlnence n'a pa^ encdr dict sâ pencée là-dessus. Elle (( n'a pu accepter ma proposition, parlant de h paix avec « autant de retenue qu'elle a fait jusqueâ à maintenant. « Mais sy elle n^eustpas goustez la chose, cella se' pouu voit dire la gueite ou la paix se faisant [S7 juil- « let 1659]. »
Décidément le rfeve prenait un corps ; il était temps
de le combattre avant qu'il sortit tout à fait du pays
des chimères. D'Andilly toutefois n'ose l'attaquer en
face. Il oppose projet à projet. Il procède par inslnuâr-
tions. Et quel projet I et quelles insinuations ! a Je n'ay
« osez, répond Pabert [6 août 1669], rien proposer contre
« l'Angleterre qui est en alliance avec la France, et le
« roy [Charles II, qui ne fiit rétabli que le 8 mai 1660]
«gouvernez par des gens fort suspects, et peu capa-
« blés, à ce que l'on m'a dict. De plus je ne veoid pas
« grand advantage pour la religion qu'on calme un estât
« divisé en une infinité d'opinions unies contre les Cato-
«liques. Sy le roy [Charles II] estoit personne à se
« convertir, s'il avoit un party qui se put apuyer, et
(( qu'il fust de manière qu'il faut estre pour changer la
« religion entière du royaume, peut-estre pouroit-on à
84 ! ROQERT ARNACID D'ANNIXT.
(( la cour avoir quelque pencée pour son establissement. (( Mais en Testât auquel sont les choses, en yérité,Monsieur, «c'est la conqueste d'Angleterre qu'il faudroit pro- (( poser, pour ensuitte en faire un présent à celuy qui ne « se peut ayder en rien. Mais quand ces choses ne se- « royent pas, je n'eusse pas préférez ce desseing à celuy « de la Turquie. Ce sont des ennemis de Jésus-Christ. » C'était donc à l'hérésie qu'en voulait d'Andilly. Pour échapper aux Croisades, il proposait ime guerre entre Chrétiens. Ce sang racheté par le Christ, versé par le seizième siècle, et dont Portp-Royal voulait signer le front des Jésuites, conune du sceau de Caîn, c'était par les mains de Fabert que Port-Royal l'eût versé au dixseptième! Ce qu'avait fait la Ligue, d'Andilly voulait le recommencer. Il s'agissait de convertir tout un peuple et son roi. N'avions -nous pas raison de le demander ? Qui se fût attendu à ce dénouement? — Mais continuons : ••• « Ce sont des ennemis de Jésus-Christ. Ils nous ont a estez tout l'Orient et le Mydy. Ils nous viennent cher- « cher dans F Occident. Leur laisser faire progrez en a Dalmatie, est les appeller dans l'Italie par Testât de « Venize. Us sont forts. Le hazard leur peut donner pour «chef un homme de vertu, qui, tournant ses armes « contre nous, ne trouvera de résistance aucune sy nous « sommes en guerre comme nous estions Tannée passée. <( Ceux qui sont esloingnez d'eux ne font aucun effort « pour soutenir ceux qui leur sont voysins. Ils sont venus (( de loing. Ils nous ont ostez tous les saints lieux, la « coste d'Afrique, la Grèce et la Hongrie, qui sont à « présent leurs limites contre nous. S'ils les passent, <( jugez où ils seront, et ce qui restera de Chrestiens pour « leur faire barrière. Enfin , Monsieur, je croy qu'on
GHAP. n, SEGT. n, ART. I, $ IV. 85
(( ne sauroit.trop mesnager les temps qu*on peut les reu culer, ou dii moins leur faire veoir de sy grandes opo- (( sitions à des progrez contre nous, qu'ils jettent ailleurs « leur pencée. Les hérézies ne sont pas à craindre comme « cella. Il y en a eu en tous temps. Elles reviennent enfin « au giron de l'Eglize ! »
Ce magnifique plaidoyer, où le vieux soldat se transfigure en prophète, et voit flamboyer dans l'avenir le cimeterre des Kuprogli et des Mustapha, Sobieski l'eût compris sous les murs de Vienne assiégée, lui qui de monarque se faisait soldat pour le salut de l'Europe, lui qui trouvait assez de gloires dans sa Pologne pour en racheter les hontes de la Chrétienté, laissant la Chrétienté libre d'immoler la Pologne et son peuple rédempteur, n l'eût compris aussi ce transfuge du règne de Louis XIV, ce prince Eugène qui n'avait pas encore forgé les chaînes dont il menaçait sa patrie ^ lorsque sur le champ de bataille de Zeuta il contemplait les entraves et les menotes que Constantinople lui avait destinées à lui-même. — Mais Port-Royal n'avait-il pas à délivrer Louis XIV assiégé dans son confessionnal ? N'avait-il pas à rompre les chaînes dont la bulle In eminenti ^ menaçait la tombe de Jansenius? — Aussi Robert insista ; il se fit infliger les lignes suivantes : [20 août 1659] ... « Je ne vous repondrez rien sur l'An- « gletterre, jecroy vostre pencée fort juste; mais sy l'on y <( faisoit la guerre, je n'y aitrois nul part : et je ne crains « pas l'hérésie comme l'infidélité. Sy les Turcs poussoy en t
^ A cette époqne, il est vrai, Eugène avait déjà incendié le Oaupliiné ; mais il n^avait pas fait faire à Louis XIV les honteuses propositions devant lesquelles celui-ci dut reculer à La Haye, en 1709.
3 Coudretle, Uéfn, hitt, sur le formuL, t. i, p. i2 ; Dupiu, Hist, ecclé», du dix-êtptiéme êiêele^ t. ii, p, 64«
M ROBERT ÀRNACLD D'ANDOLY.
ç( leurs conquestes en Dalmatie et de là en Italie, jamais Ton ne les en chasseroit, et ils pouroyent ensuitte, a conduitz par un brave homme ruyner ce qu'ils ont fi laissé de Chrestiens; ayant destruit ceux qui estoyent If en Orient» et mettne aux saints lieux. Les hérétiques « ne sont pas tant à craindre; et jç ne doubte pas qu'ils 0 ne revinssent à l'Esglise, sy Ton la conduisoit avec un « peu plus de soing que Cen n'a du spirituelle^ et moins i\ 4'attachtment au profit que fen tirç d'estre aux prea tniers lieux, »
Cette dernière phrase pourrait être une épigramme à deux tranchants; et même, comme copclusion des efforts tentés près de Fabert pour Tarracher à sa Croisade et le rapprocher du pouvoir, elle s'appliquait plus directement à Port*Royal qu'à ses ennemis. Quoi qu'il en soit, d' Andilly ne revint plus à la malencontreuse proposition qui lui avait attiré cette réponse. Hais il déchargea sur le monde et sur la vie mondaine le mécontentement qu'il en ressentait et que lui faisait éprouver en même temps un échec essuyé par son fils Simon près de Mazarin'. Fabert reprit tout à coup les méfiances qu'il avait conçues au début de leur liaison. Il crut que, définitivement inutile à Port-Royal par le double éloignement qu'il témoignait du pouvoir et de l'effusion du sang chrétien, on voulait Tentralner à être utile du moins par l'éclat d'une retraite qui l'eût amené dans le s^int désert ; et ce point, on le sait, était encore l'un de ceux sui* lesquels le vieux soldat était fermement décidé à la résistance. Il écrit à Robert : [28 septembre 1659] « Je ne doubte pas, Monsieur, qu'estant « entièrement destaché de la terre comme vous Testes, « vous ne souhaittiez que ceux que vous aymez se mis-
1 Voir plus bas chap. rr, teet. ii, art» i, % ui.
GHAK g» â«CT» Of A»T. I, g ir. 87
0 seot en estât de jâuy r du repos dans lequel vous estes. 0 Mais sy Dieu n'eust fait les hommes de différentes iuu clluations, s'auroit estez un grand malheur pour eux, « estant aussy nécessaire qu'il Test que les uns soyent a utils aux autres par les choses difiérentes auxquels u ils s'adonnent. De plus le repos dans lequel vom croyez u estre^ seroit pour tout autre que pour vous un iravail 0 accablant Vous comptez pour rien des veilles contift nudles, et des jours employez sans relascbes pour le fc bien du prochain. Un autre qui n'a pas eu de Dieu le 0 zelle et la capacité que vous avez, seroit fort empes* tt ché de passer forces années auprès de vous. Je ne a parle pas pour moy en vous disant cella, car bien loing a d'aimer la vie du monde» je la hait à un point que je 0 n'oserois dire. Je croy mesme que dans une retraâtte ttj*ay mille badineries dans l'esprit qui pourroyent «m* occuper. Mais ma famille me retient, parceque M je ne croy pas qu'elle put ce. consoler de la cheutte u qu'elle feroit sy je ne lasoutenoît plus. Voilla la seule u chose qui me retient dans la vie que je meine sans y « prendre aucun goust. Il y a soixante ans que je suis « dans le monde. J'y ay monté de degrez en degrez jusa ques où me voilla. Dieu m'a donné du bien, et je ne a sçay comment. Je n'en ay quasy point de naissance; a point de parens de concidération. J'ay fait seul ma ts fortune. Je n'ay nulle incomodité de blessures ny de « maladies ; point d'ennemis, point de mauvaize affaire ; « ny dedans ma maison rien qui me donne subjet de a desplaisir ^ Combien d'hommes en France s'estime-
1 Fabert oublie les cbagrins que lui donnait parfois la propension qu*avait la marécbale Fabert à s*asseoir devant un tapis vert. (Le P. Barre, Vie de Faberi, U u, p. 193.)
88 EOBSRT ARNAtLD D'ANDILLT.
« royent heureux d'estre comme je me trouve ! Et cornet bien de fois songè-je chasque jour au bonheur que « j'aurois sy je pouvois achever le peu que j'ay encor à « vivre esloingné des affaires que j'ay pour autruy ' ou « pour moy 1 . . . Mais cette pation que j'ay pour la retraitte « est combatue par ce que je vous dis de ma famille. Le rec( gret de vous estre inutil m'augmente infinîement le des- <i goust où je suis des choses que tant d'autres estiment . . » L'explication cette fois était non seulement directe, mais elle prenait un caractère de personnalité. D'AndîUy, las de voir ses intentions interprétées d'une façon si contraire à la réalité, veut lui-même en finir avec les soupçons et les susceptibilités du maréchal : u Je viens « de recevoir, lui dit-il [7 octobre 1659], la lettre que « vous m'avez fait l'honneur de m'escrîre : et je pense « que vous n'aurez pas peine à croire que ce que je vous « ay dit touchant la retraite ne regardoit que mon fils « [Simon] et moy, et nullement vous, lorsqu'il vous plaira n de vous souvenir de la passion avec laquelle je me « suis donné f honneur de vous écrire tant de fois cornu bien je sotihaiterois de vous voir dans les grands em- « plcys dont vostre mérite vous rend si digne. J'ayme « trop Testât et le public, et sçay trop l'extrême besoin « qu'ils ont des personnes qui vous ressemblent, pour « n' estre pas dans ce sentiment. Il faut des hommes <( extraordinaires pour faire des choses aussi extraordi- « naires qu'est celle de remédier aux maux que la cor- « ruption du siècle, jointe à la vieillesse d'une monar- (( chie, ne sçauroit pas ne point avoir contractez. Et où
1 C*étatt Fabcrt qui tout récemment, à la prière de d'Andilly, s'était entremis pi es de Mazarin en faveur de Simon, 1*ud des fils du solitaire de Port-Royal. (Voir plus bas chap». iv, $€ct, ii, art, i, $ m.)
CHAP. n, 8ECT. n, ART. 1, $ lY. 89
« tronve-t-on des personnes qui aient tout ensemble, (( comme vous, la capacité, la générosité, le désintéresa sèment,, et l'amour pour leur pays, qui sont néces- (f saires pour cela? Voilà avec vérité, et sans nulle fl flatterie, ce qui me fait si fort désirer de vous voir « remplir Tune de ces principales places qui donnent « moyen de tant contribuer, après Dieu, à la félicité des (( empires; et vous sçavez combien de fois j'ay combattu a sur cela vostre excessive modestie , et les raisons « qu'elle vous faisoit alléguer pour vous en deffendre. » La réponse de •Fabert prouve combien ces dernières assertions étaient véridiques. « Je ne sçay. Monsieur, « écrit-il [12 octobre 1659] un peu honteux d'avoir (( trahi ses secrètes appréhensions ; je ne sçay comment « je me suis voulu expliquer sur le desseing que j'aurois (( de sortir de l'embarras du monde. Je ne me souviens « plus des termes de ma lettre ; mais je suis bien marry « de les avoir faits tels qu'ils vous ayent donnez opinion « que j'eusse celle que vous eussiez voulu me porter à « cella. Je sçay et j'ay souvent en la pencée ce que vous « m'avez dici ' et escrit là dessus pour me portef- à faire « tout le contraire. Et comme la haute opinion que j'ay (( des grâces que Dieu a mises en vous me persuade que « sans faillir l'on ne peut s'empescher de suivre vos (( conseilz, j'ay quelquefois de la douleur que le mespris <c dans lequel je suis des affaires du monde m'empesche « de poursuivre qu'on me mette en estât- d'agir comme « vous voudriez que je pusse faire. La raison qui sert « à ma consolation est que dans les employs il y a sy peu
1 G'éUir, on w le rappelle, vers le mois d*avril de Tannée même où celte leUrc fût écrite [16591 qoeFabert s'était enfin rendu aux vœux de Porl-Royal et avait TÎsîté le désert (Voir plus liaut, p. 76, n. )
M «OBEIT AftN4CU> D'AMIHLLY.
« de liberté d'agir, et que pour y servir à n mode, il u faudroit rompre tout ce qui est estably et se mettre a contre soy tant de gens qu'on ne pouroit y résister, « que c(mcidérant celia, il me paroist que c'est plustost u par une cognoissance de l'imposibilité qu'il y auroit tt de réussir, queje suis esloin^né du désir de cella, que « par répugnance au travail que F homme de bien et le « bon citoyen doit prendre pour le publique. »
Dans l'embarras de ses excuses, Fabert ne calculait pas mieux la portée de ses expressions qu'il ne l'avait fait dans les promptitudes de sa susceptibilité ; et cette fois d'Andilly put croire qu'il venait à résipiscence. U lui écrivit [18 novembre 1659] : a Des deux choses que vous
a me faites Vhonneur de m'escrhre Je demeure ab-
« solument d'accord de l'une^ et ose prendre la liberté «de continuer à contester l'autre autant que jamais; f( parceque, comme il est yray qu'il ne se peut rien ajou- « ter à ma passion pour vostre service, ny à ma joye « d'avoir le bonheur d'estre aimé de vous, il est vray « aussi que plus je considère les sentimens qu'il a pieu « à Dieu de vous donner et que luy seul vous pouvoit 0 donner ; plus je m'affermis dans la créance que le pu- 0 blic auroit besoin d'une vertu, d'une activité, d'une i( fermeté et d'un désintéressement tels que.sont les vos- « très pour restablir cet ordre qui fait les bons siècles et « la félicité des empires. Ainsi quelque peine. que vostre tt extrême modestie vous fasse prendre pour me faire tt changer d'opinion ; pardonnez-moy si je vous dis qu'au « lieu d'en venir à bout, vous l'avez encore augmentée, « parceque cette créance que vous avez que pour réussir « il faudroit, au milieu de mille dUficultez, aller chercher « toutes choses dans leur source [et que le temps ne
« penpet pas d'en user vinsï] ^ est selon Qion sens la « seule conduite capable de produire ç^ merveilleux ef- « fets qui font changer de face à tout un royaume. JV « voue que pour cela il faut remplir une grande place et 0 la remplir avec une grande autorité. C'est aussi ce que « je vous souhaite, non pas pour vostre particulier, qui « y auroit fort peu d'intére3t| mais pour le bonheur de la « France, qui a tant de sujet de le désirer ; et vous ne a sçauriez avec justice m'empescber de le souhaitter « toujours, puisqu'après avoir jette les yeux de tous n costez, et connoissant assez ce me senible le mérite des « hommes, je puis dire sans flatterie n'avoir trouvé en (( nul autre tant de capacité et de désintéressement joints « ensemble, qui sont deux qualitez sans lesquelles il est 0 impossible de faire rien d'utile et de glorieux pour un (( estât. Que vostre humilité ne vous fasse donc point, 0 s'il vous plaist, vpus trop abaisser dans la connoissance (I de vous-mesme, ainsi que la vanité fait que les autres « s'eslèvent au dessus de ce qu'ils sont, puisque vous ne a sçauriez mieux pratiquer cette vertu qu'en reconnois- (( sant que vous n'avez rien que vous ne teniez de la « bonté de Dieu, et qu'il vous oblige de l'employer pour a le bien des autres. Ily asi longtemps que je désirois « de vous dire ce que j'avois en cela sur le cœur, que je a me trouve fort deschargé de vous l'avou* dit. »
Probablement Fabert trouvait que le solitaire s'était suffisamment soulagé la conscience ; car il lui répond assez sèchement [26 novembre 1650] : « Je ne veux plus, (( Monsieur, contester contre vous. Je vous ay dict selon « que je le sçay tout ce qui est de moy. J'ay peine que c( vous soyez trompé dans l'opinion que vous en prenez
1 Les mou pUcéi ici entre [ ] sont ])i9és dans rerif inai.
92 EOBERT ARNAULD D*ANDILLT.
« meilleure que vous ne la devez avoir. Mais l'honneur n devostre amitié que vous n'accordez qu'à l'estime m'est tt cy chère, que pour me la conserver je donnerez les mains « que vous m'estimiez plus que je ne vaux. »
S V. Fabert reconquis par les Jésuites.
A la suite de'cette réponse polie,'mads brève et péremptoire, et de quatre autres lettres, à travers lesquelles se traîne encore }a correspondance de Fabert avec d'Andilly, leurs relations cessent tout à coup pendant treize mois [11 janvier 1660-27 février 1661], ou du moins les seules traces qui en restent ne subsistent que dans un billet de félicitation [9 juin 1660] sur le mariage de Simon, le futur marquis de Pomponne. Elles se renouent par des compliments de condoléance sur la mort de la maréchale Fabert. —Cette lacune est-elle le résultat d'une perte, d'une suppression ou d'un ralentissement dans la correspondance des deux amis? Peut-ètt^e toutes ces causes à la fois n'y sont-elles pas étrangères. Nous l'admettons volontiers pour les deux premières ; et pour la troisième, cela ne nous semble point improbable.
A l'époque où les épanchements de Fabert deviennent plus rares dans notre dépôt, le maréchal avait de nouveaux correspondants. Ces correspondants n'étaient rien autres que les Jésuites. Bien plus, au moment où il refusait de s'associer à Port-Royal comme ministre, il s'était associé des Jésuites comme apôtre. C'était sur eux qu'il s'était déchargé du soin de ramener à Sedan, parla persuasion, les hérétiques que d'Andilly voulait ramener par le glaive en Angleterre. —Avait-il trouvé le Jansénisme trop véhément ou trop ambitieux? Nous inclinerions pour la première supposition; car, nous l'avons
CHAP. n, SECT. n, ART. l, $ Y. 9^
déjà dit, ses nouveaux associés ne s'entremettaient guère moins que ses anciens conseillers pour l'amener au ministère. Et d'ailleurs le maréchal écrivait en 16^0 à l'évèque de Vence, ce même Godeau qui traduisit en vers latins les Stances chrestiennes de d'Andilly ^ sans doute pour expier le souvenir d'une scène bouffonne dont jadi» l'hôtel Rambouillet avait été témoin, et qui, de l'auteur au traducteur, s'était dénouée par des soufflets^; le maréchal écrivait, dison&-nous [1659] : a Ce n'est pas assez c( d'avoir raison, il faut la faire goûter; et ne la pas pro- « poser d'une manière choquante, qui en éloigne ceux « que vous entreprenez de convaincre. ^»
C'est vers la fm de l'année où il avait écrit ces lignes que Fabert semble en avoir tracé de moins fréquentes à l'adresse de d'Andilly; et vers la même époque il appelait à Sedan un Jésuite prédicateur, le P. Adam*. Le P. Adam, il faut l'avouer, n'apportait pas dans la chaire le bon goût littéraire de Port-Royal, encore moins la mâle élo* quence de son confrère le P. Bourdaloue^; mais il en
i Voir plas liaut, p. 4*
3 Menu de Cabhé Amauid, parL i, p. i4»
3 Le P. Barre, Vie de Fabert, L ii, p. 183.
4 Selon le P. Barre (t n, p. 304) le P. Adam fit trois missions à Sedan pendant la Tie de Fal>ert. Il nous semble qu'il en fit quatre. Dans ses leUre du 11 avril (t6ii<., U n, p. 188], du 31 avrii {jibid,^ p. 189), du 19 mai 1660 (ibid,^ p. 184), Fabert, entretenant le P. Adam des succès de sa première mission, lui en parle comme d'une chose récente et rengage à en commencer une seconde. Cela nous USX croire que là première mission a dû avoir lieu durant TAvent de 1659, ou durant le carême de 1660, au plus tard. La seconde eut lieu pendant TAvent de 1660. (Le P. Barre, ibid., p. 19i.) La troisième aurait eu lien durant le carême de 1661, d'après la lettre du 27 mars de cette année que nous citerons un peu plus loin. Enfin la quatrième parait avoir en lieu vers TAvent de 1661. (Lettre de M. Le Tellîer du 80 novembre 1661 ; dans le P. Barre, t. n, p. 304.)
B On sait que le résulut des prédications du P. Adam éuit parfois de rendre ses auditeurs préadamiteê; car, disait Vun d*eux (Benserade ou le
9k ROBERT AltNAnLH tf AlftHLLT.
faisait descendre des paroles tout évangélicjnes, du moins à en juger par les letires quePabert lui adresse [21 avril et 19 mai 1660], quelque temps après une première mission, pour rengager à en ouvHf une seconde : «En re- « venant ici, lui dit-il, vous pourrez travailler avec succi ces. Votre nianiêre d'agir y a donné une forte opinion « de votre ardent désîr pour le salut de ceux que vous « croyez en danger. Les Huguenots sont convaincus que (c vous n'avez d'autre intention que de leur faire du bien; « et la connoîssance qu'ils ont de votre capacité et de « votre modération est un préjugé favorable que vous ne « travaillerez pas en vain à leur conversion. Les minis- « très de Sedan parlent de vous avec iine grande estime « et amitié. Vous avez la clef de leur cœur ^)) C'était dans une généreuse tolérance que le Jésuite l'avait trouvée.
Mazarin avait cru devoir supprimer les gages des ministres et des professeurs calvinistes de l'académie de Sedan*. Cet argument était un peu moins meurtrier que ne l'eût été l'épée de Fabert à Londres,[un peu moins despotique que ne l'eût été leur exil de Sedan, dont jadis le maréchal se vantait comme d'un succèff. Mais c'était trop encore pour la charité d'un Jésuite. D'accord avec Fabert, le P. Adam se rendit à la eour, et y réclama en faveur de la liberté de conscience. Le 18 juillet 1660, le maréchal lui écrivit : « Je vous dois en cette rencontre la « meilleure partie de l'obligation que j'ai au roi et à la « reine. J'ai fait voir aux religionnaires et aux princi-
prince de Guemené } après TaTofr entenda, on ne me persuadera jamais que le P. Adam sok le premier homme du monde» Ménagiana, p. 89, édit de Hollande. — Balzac et Bayle proclament cependant ce Jésuite grand prédicateur. Bayle, Dict, ffist,, Terbo Adam (Jean),
* Lé P. Barre, Vie de Fabert^ t. ii^ p. i84 et 190.
9 /6irf., p. 187.
CHAPé D, SBGT. B, AAT. i, S ▼. ••
«c pavx de Sedan la recomioisaance qu'ils vous doly^ni Ci pour avoir si utilement porté leurs intérêts auprès de tt Sa Majesté ; ils ressentent ce bienfait comme ils le doi- « vent ressentir, et je leur en ai témoigné ma satisfaction « quand j'ai sçu qu'ils eu étoient aussi reconnoissans c( que moi* Ils m'ont dit des choses là^^essus qui m'ont If touché, et qui me font de plus en^plus connoltre que (c si vous ne faites pas avec eux ce que vous souhaitas c( pour leur réunion à l'Eglise, c'est que Dieu voudra pu- 0 nir mes péchés en n'accordant pas à votre zèle le «succès qu'il se propose ^» Ainsi Fabert, pour qui, en 1656, Vexil des Huguenots était un triomphe, et qui après trois ans de correspondance avec Port-Royal se trouvait entraîné de l'exil au massacre, après la mission d'un Jésuite réclamait en faveur des principes consacrés par l'ëdit de Nanteà ^ ; et c'était par les mains d'une Société
^ Le p. Barre, Vie de Pahert^ t. n, p. 188.
) Il ne faut pas eublier non plus la manière plône de toléranee dont Fabert se conduisit, après ses relations aTec les Jèsailes» dans raffaire dn Présidial de Sedan, lorsqu'il insista, en dépit da Parlement de Mets, ponr oonserrer ce tribunal mi-parti de Calvinistes : car le parlement messin s'opposait de toutes ses forces aux intentions tolérantes deFabeit. (Le P. Barve, t. n, p. 336.] L'esprit parlementaire, dont on connaît les propensions au Jansénisme, ayait pu être influencé à Metz par les familles Amauld et Feu* quiètes, dont plusieurs membres y avaient bit partie de la magistratorai {Lett. inéd. des Feuguiéree^ L i, p. 276 ; BibUoth, ro^»^ cabinet des titres, dossier des Feuquières ; Mém, (CÂrju d'AndiUp, part, x, p. 35, où l'on voit qu'un Arnauld, conseiller au parlement de Metz, était frère d'une religieuse de Port-Royal.) Les magistrats de Metz députèrent à Sedan quelques-uns des leurs pour entraver la tolérance de Fabert Celui-ci fut obligé de renvoyer les émissaires messins une première fois, et de les expulser une seconde. Leurs commettants eurent recours au roi. Fabert dressa un mémoire [iO mai 1 662] où il disait : « Je ne demande pas qu'on m'en croye sur ma parole. On peut « s'informer au P. Adam, Jésuite, si la religion catbolique recevra qudque m Préjudice de l'bonneur qu'on leur fera en leur donnant des charges du « présidîaL Je consens même qu'on s'en rapporte au P. Annat, confesseur du « roi, après qu'il aura sur ce point entendu le P. Bacio; etsur ce q«*Uraf-
96 ROBSET ARNAULD D'ANDOLLY.
si intolérante dans \e& Provinciales qu'il relevait la chaire de philosophie où quinze ans plus tard devait monter le scepticisme relaps de Bayle ^ Les Jésuites n'ont donc pas toujours cherché à renverser les chaires de philosophie, même celles qui pouvaient devenir les plus formidables, même dans le lieu où ils établissaient pour euxmêmes des coUéges; car en maintenant les chaires calvinistes à Sedan le P. Adam savait que sa Société voulait y fonder un collège. ^
Cette Société, si avide d^influence et de succès, tout en se ménageant une si terrible concurrence, se refusait d'ailleurs à recueillir le fruit de sa générosité. Tandis
ir portera an roi de bien oa de mal, Sa Majesté pourra me retirer ou me m laisser le pouvoir de nommer aux cliarges du P^teidial. » (Le P. Barre, t II, p. S4i.) Fai)ert l*emporU sur l>prit parlementaire. On l'assaillit de calomnies. C*est au P. Adam qu'il confie le dégoût que lui Inspirent ces menées odieuses : « Je consens à passer pour hypocrite et pour un enchan- « teur, comme mes ennemis osent le dire. Je veux bien qu'on y ajoute que A je suis d'accord avecEeelzebutb et Satan, que je me suis donné & eoi, que a j'ai le diable au corps [ Cr. ekap. ir, ueU iv, art. ii, % i, notes ] et que je % suis pis qu'un sorcier, pourvu que ma conduite envers ceux de la reli- « gion puisse contribuer à les faire rentrer dans TEglise. • (Le P. Baire, t n, p.'S^S.)^ Le Christianisme, qui dictait ces paroles, et celui qui les apfriaodissait valaient bien l'esprit pariementaire. t Chaufepié, Dict, Hi»U^ verbo BayU^ 1. 1, p. 183, Rem. D: a BayJe, verbo Adam (Jean). — n faut avouer toutefois que la reconnaissance n'étoil pas le fort de Bayle : « Ceux de la religion, dit-il fîWrf.;, se fl trouvoient fort à leur aise sous le gouvernement du maréchal Fabert. Les « choses changèrent après sa mort. Ils furent inquiétés en mille manières « par le P. Adam, et obligez de payer des sommes qui lui donnèrent moyen « d'établir le collège qu'il méditotU... » On peut comparer ce passage avec ceux où Fabert remercie le P. Adam avec tant d'eflusion des services qu*il a rendus aux Calvinistes. La violence de l'esprit de parti est-elle donc asseï grande pour anéantir la justice d'un philosophe ?— Ou bien les précautions que prenaient les Jansénistes pour ménager les susceptibilités de Bayle fGoujel, Vie de NieoU, part, ii, p. 274) avaient-elles plus d'influence sur son esprit que le bienfait d'un Jésuite n'en avait sur son cœur? —Dans ce dernier cas, on comprendrait mieux que jamais l'habileté de la conduite de t>ort-Royal envers les gens de lettres. (Voir plus haut, p. 5, n.)
CHAP. n, SECT. H) ART. l, S V. 97
que Port-Royal expédiait à Sedan, sous le couvert de d'Audilly, ses productions et son prosélytisme, les supérieurs du P. Adam se refusaient à la seconde mission de celui-ci. Ils l'avaient caché au fond du Poitou, et il fallut que Fabert fît intervenir la reine-mère pour obtenir les prédications du Jésuite ^
Il est vrai que le Jésuite intervint à son tour près de la reine-mère et du roi lorsqu'il s'agît d'appeler le maréchal au ministère : « Vous devez être assuré, écrivait c( à Fabert le P. Adam, que le roi et la reine-mère vous « honorent et vous estiment d'une manière qu'on ne peut (( exprimer. Dans une audience que leurs Majestés m'ont « fait l'honneur de m' accorder, la reine fit devant le roi (c votre éloge en peu de paroles, mais si portantes que a j'en fus réellement touché ; et le roi confirma tout ce « que la reine avoit dit. Presque toute la cour m'a de- « mandé l'état de votre santé ; presque tous vous desti- <( nent à un autre emploi que celui que vous remplissez , « à Sedan. Pour vous dire la vérité, on souhaiteroit vous (( voir à la tête des affaires. C'est la voix des grands et « du peuple ^. » Cette intervention, quoique moins pressante et plus détournée que celle de d'Andilly, ne nous parait guère plus excusable. Le P. Adam, selon nous, avait à s'occuper des âmes, nullement des portefeuilles ; et il nous semble beaucoup mieux dans son rôle lorsque, le 13 mai 1661, il écrit à Fabert: « J'ai assuré leurs Ma- (( jestés que les religionnaires de Sedan sont très dispoa ses à rentrer dans l'Eglise ; que les Ministres en usent ti parfaitement bien dans leurs prêches et dans leurs
i Le P. Barre, Vie dePabêrt, i. u, p. 491. 3 /6ii., p. i09«
yS RORKtT ABNAIILD D'ANDULY.
a conversationf^ ; qu*ils sont presque d' accord avec nous; « que dans la dernière guerre ils ne se sont jamais écartés n du respect ni de la fidélité qu'ils doivent à sa Majesté ; « qu'en continuant à payer leurs gages, on avancera u leur réunion; et que cet acte de bonlé et de justice (( fera connoître que sa Majesté n'est pas capable d' ouït blier les sujets qui lui ont été fidèles ^ » Le roi, sur ces assurances, combla de faveurs les Sedanais, et en congédiant le Jésuite missionnaire il lui témoigna le désir de le voir retourner parmi eux K Fabert le lui témoignait de son côté en lui écrivant le 12 juin 1661, «que par « ses [trois premières] missions ayant eu le bonheur <( d'avancer la conversion des Calvinistes, tout autre que (( lui ne pouvoit l'achever ; qu'il devoit penser que dans (( cette œuvre on n'a presque rien fait tant qu'il reste u quelque chose à faire'. » Le P. Adam se rendit i cet avis, et rapporta aux Sedanais, avec les faveurs du roi, la paix)lo de Dieu. En moins de deux ans c'était sa quatrièuu) mission K
Lo temps qu'avait mb Fabert à solliciter et à seconder U^ Jésuite, il n'avait pu le donner à d'Andilly, avec qui cependant sa correspondance reprenait une certaine activité dès l'époque où le P. Adam ouvrait son troisième apostolat. Il est curieux d'y voir conunent le maréchal, après ses violentes sorties contre les Jésuites, parle de ses nouvelles relations à celui qu'il avait rendu le dépositaire de ses anciens anathèmes: « Je ressus avant-hier « au soir, lui écrit-il [27 mars 1661], vostre billet du 18
1 Le P. Barre, Vie de Fabert^ L n, p.SOO.
2 Jbidn p. 303.
^Ibid.
4 Jbid,^ p« 204« — Voir plus haut la note 4 de la p. 99.
cHÂp. n, 8EGT. n, 4RT. 1^ s ^- ^
u avec 1^ trois oacrits ^ que vous m'avez envoyez. Je suis « mary de n'avoir pu les lire encor. Je fus hier sy occupé (( que je n'us pas un moment de loisir. Je les verrez « comme j'ay acçoustumpz de veoir ce qui part de u vous ou qui pp est aprouvé, c'est à dire avec une enn iiére estime. Mais, M[pnsieurj pour cç qui me conseme, (f je suis sy biçn persuada de tous vos sentimens «k'iY est n fort superflu que je veçye ses sçrtes de choses^ sinon (( pour pouvoir es; parler à ceux qui sont moinç instruit a que je ne le suis de vos iptentipps. Il y a içy le p. Adam « qui y presche Ip caresnie, et quisçait l'amitié que vous « avez pow: rnoy. Je ve^x Kre les escrits avec luy. Il est a homme sincère. U Ta montré ^n eacnvant contre le tt g. Daillé, n]inistre, comme il a fait, soutenant M. Ar- « nauld [le docteur], qu'il avoit attaqué^; dpnt, dans (( r ordre des Jésmste pexit-esire n' a-t -il pas eu une appro- « batlop gép^ale. Je vous maruffiré ce qu'il m' aura dicL^i Quelle froideur msûntenant pour les productions de Port-Jloyal I Fabert pn est saturé ; il est fort superflu qu'il voie ces sorte^de choses, sinon pour en parler. Illesestime; ilconnoit les intentions de ceux qui tes écrivent; mais voilà tout. — Et quel embarras en parlant du P. Adam I embarras à travers lequel on devine facilement qu'il en parle pour la première fois. S'il en eût déjà entretenu d' Andilly, eût-il manqué de lui dire que ce tiers connais-
i Peut-être les Mimoirtê du docteur Arnauld sur le renouTelleinent de la querelle du Formulaire, Mémoires maniucnts qui paraissent perdus. (Lanière, VU tP Arnauld^ 1 1, p. 201).— t Arnauld composa en 1661 iroi» fl écrite sur le Formulaire, mais il ne les publia qu*au mois de juin. ■ {Ibid.^ ord. cfaron., p. vnu) £taient-ce ces trou écrîtê dont Fabert avait reçu la copie, dès le 11 mars?
s Bayle, verbo Adam (Jean), p. 118, --Gf. Bayle, ver6o Daillé, et Nicéron, MéM.f U m, p. 66.
106 ROBERT ARNADID D'ANDILLY.
sait leur amitié ? — Quelle crainte aussi d'être accusé de trahison ! Comme il met sous la protection du nom d' Arnauld ses relations avec un Jésuite 1 Comme il cherché à isoler celui-ci de son corps, pour que d'une défection partielle on ne puisse conclure à une défection complète 1 — Et quel rôle enfin que celui d'un maréchal de France qui, pour n'être pas accusé de perfidie, se fait espion ! car il s'engage à provoquer le Jésuite et à livrer sa réponse sans savoir ce qu elle sera. Il doit même présumer qu'elle sera hostile à Port-Royal. Le P. Adam en effet était l'un des adversaires les plus ardents du Jansénisme '; et Fabert, si bien instruit des livres du Jésuite qui pouvaient être agréables à la famille Arnauld, n'i^orait pas sans doute que ce même Jésuite avait publié des Heures catholiques pour les opposer aux Heures de Port-Royal^ ^ production de cette même famille. — Mais, hâtons-nous de le dire, la promesse qu' avait faite Fabert n'était que l'effet d'une surprise ; il ne la renouvelle plus, et, nous allons le voir, il en a honte. 11 fait tout ce qu'il peut pour l'éluder. Elle ne trahit que son embarras, nullement son caractère ; et la seule impression qui nous en soit restée, c'est que Fabert, mis en méfiance comme beaucoup d'autres contre la Société, plus judicieux que beaucoup d'autres, voulait étu-
1 (I Jamais homme ne fut pins propre que le P. Adam a être déuché tr contre le parti [janséniste]. Il était hardi et bouillant.... » (Bayle, 'DiVf • //isf., verbo Adam (Jean), « Le P. Adam prêcha dans Téglise de Saint-Paul (I contre S. Augustin qu*il appela V Africain échauffé et le docteur bouii- N tant. » (Guy Patin, Lett, xxxvii, p. 86, 1. 1«) a II s'éleva un conflit entre « les Jansénistes et le P. Adam. » (Bayle, ibid^ — Cr. D. Gerberon, Hùt, du Jansén,^ t. m, p. 335, 356 et 376.)
2 Beuchot, Biogr. univ. verbo Adam (Jean), — Cf. Racine. Hiât. de P. A., p. 113 ; Cerveau, ^'écrol., t. iv, p. 258, etc. — Bayle, verbo Adam (Jean), n. K. ^ Le P. Adamavaitaussi publié en 1654 te Tombeau du Janâénisme, ( Joly, Hnnarqtiea iur Bayle, p. 57. }
CHAP. U, SECT. Il, ART. I, § V. 101
dier par lui-même quelques-uns de ses membres ; et que, le P. Adam devenant d'une manière plus spéciale l'objet de son étude, il avait oublié dans sa préoccupation que des ennemis trouveraient des griefs où lui-même ne voulait faire que des observations psychologiques.
C'est en effet cette dernière disposition seulement que nous semble indiquer un billet postérieur de trois jours [27-30 mars 1661] à celui qui précède : « Je viens a de lire le Mémoire ' et les deux lettres ^ que vous m'a- (( vez envoyées. Je ne suis pas théologien; mais d'un « mettier sy esloingné de cette science et de toutes autre, « que vous ne vous estonnerez pas sy je ne vous dis sm* a cella, sinon que ce que j'ay leu me paroist sy clair et (( si nest, que je ne sçay conunent contre cella Ton peut « trouver de la réâstence. Je m'en vay les bailler au « P. Adam pour veoir comment il prendra cella. Je serez (( bien ayse de veoir sy la passion poura sur iuy ce quelle « peut sur tant d'autres! » Mais d'AndiUy n'oublie pas la promesse imprudente du billet précédent. Lui aussi il est curieux de savoir comment le P. Adam a pris cela. II le demande deux fois coup sur coup à Fabert, qui est obligé de lui répondre [8 mai 1661] : u J'ay receu vos (( deux billetz des 22 et 28 du passé. Je masseure que « vous aurez jugez que quelque raison -m'empeschoit d'y « faire responce, puisque je n'y en faisois pas. La per- (( sonne de laquelle vous me parlez est tellement dans « le sens que je Vous ay mandé, qu'à une autre de sa u Compagnie, qu'il ne cognoist pas trop, je Iuy ay ouy
* Sans doule le Mémoire êur les moyen» d* apaiser k» diêputes^ publié par le docteur Arnauld en ré?rier 1661. (Œuvre» d'Ârnauld, 1. 1\, n* xiii.)
^ L*uiie dvi deux lettres devait être la lettre d'mi théologien à C assemblée générale du clergé, (Œuvre» d* Arnauld, L x, n" xii.)
102 ROBERT ARNAULD D'AEVDILtY.
« dire de fort belles choses sur celta^ et l'autre les apl-ou- . « ver, et convenir qu'il faudroit que tout le corps aban- <( donnast âa manière d'agir. r>
Décidément Fabert revient peu à peu vers ses premières sympathies, et voici déjà deux Jésuites amnistiés. Jusqu'à un certain point d'Andilly ^uVait s'en accommoder, cat lui-même, noUs le savons, avait eu ses deux Jésuites d'etception^ Mais que dut-il penser quahd, au lieu des violentes diatribes dont toute la Compagnie était jadis l'objet dans leur correspondance, il reçut cette lettre de Fabert le 22 juin 1661 : « L'on me mande que « la congrégation des Jésuistes à Rome y a résolu qu'on « repurgerd leurs àutheurs des propositions qui ont fait (c tant de bruit, et qui pouroyent blesser la pureté de la « morale chrestienne ; et qu'à l'advehir il ne sufira pas, « pouï" soustenir une opinion, d'alléguer cpi'eire a esté « enseignée par d'autres j mais qu'on pèzera les raisons « plus que rhàutorit'é, la laissant toute entière dans les « mîstère de la foy. Le P. Duneau *, de nies amis, est l'un « de ceux qui doit travailler à cella, et la personne dont a je vous ay escrit depuis quelque temps ten a fait l'ou- « verture par des lettres. Les Jansénistes ont opéré cctla. « Il seroit à souhaiter que les Jésuistes leur en seussent (( gré, et que cella les portast envers eux à plus de mo- « dération. Il y en a ^ ceux qiie je eognois qui sont de « cette opinion. «
Mais d'Andilly trouvait sans doute que les Jansénistes avaient trop bien opéré, et il était tout disposé à diminuer pour les Jésuites le fardeau de la reconnaissance. Il cherche donc à rallumer dans l'esprit de Fabert des
i Voir pltts haut p. S3.
) Voir DapiDf TabU %n\v. du amt, ucU$ù !• lit» eol. I7S.
CHAP. U, 8ECT. Uf ART. I^ $ V. 103
préventions expirantes. Mais Fabert lui répond [10 juillet 1661] : « Sy, conune Ton me l'âvoit mandez, Ton fait a oster des libvres des Jésuistes les choses qui ont donniez « le scandale qui a tant fait d'esclat, ce sera un grand « bonheur pour eux, sy Ton peut de leur cœur oster Tai- « greur avec laquelle vous me fautes pare9tre qu'ils agis- (c sent dans l'affaire que vous croiyez terminée, et que je c( croyois fmie aussy^ Il y a parmy eux de fort hon- 9, nestes gens, capable de gôuster ce qu'on leur dict u contre cette manière d'agir de tout leur corps, hautt taine et fière plus que la religion ne semble pouvoir a permettre. Hais je croy que les honunes ne sauroyent a composer un grand corps, où les choses aillent bien, « allant aux plus de voix, [Un maréchal de France, sous « Louis XIV, devinait mieux le Grand Turc que la mo* a narchie constitutionnelle.] C'est le malheur de ceux qui « vivent dans les comunautez où Ton n'a nul esgard à la tt vartu de ceux qui pouroyent lea mesner sagement, et a où un emporté mest son contentement à faire parestre a qu'il a autant d'autfaorité qu'un plus sage que luy. a Ailleurs; où l'on se mest soubs le comandement^ « ceut-là qui l'ont en main en uzent avec un empire « insolent, et ceux qui sont soubmis gémissent soubs (I des extravagans. Les saints qui fondent les ordres ne a laissent pas leur esprit avec leur règ^e, et l'infirmité de « ceux qui leur succèdent a bientost corompu ce qu'ils « croyoient devpir tousjours durer. Dieu qui soufre cella « sçait mieux que nous pourquoy. »
Cette lettre, où les concessions faites au blâme se rétractent par tant d'excuses, fut, avec les deux boutades
> Sans doute raflaire du Formulaire, qui avail éiù reprise \vr$ lu fin de 1660. rCoudretle, Mém, kist, gur lé FormuL, U i, p. i86;.
10& BOBERT ABNAULD d'ANDILLY.
misanthropiques ^ dont nous avons déjà parlé, les seules consolations que d* Andilly reçut désormais du maréchal. Cependant Fillusion du solitaire put se prolonger dans ce mirage de compliments qui se déroula jusqu'au dernier instant sous la plume obséquieuse de Fabert. — Mais à cet instant fatal d' Andilly dut soupçonner qu'il avait eu à faire à l'un de ces esprits scrutateurs qui veulent étudier par eux-mêmes les partis ; et que son ami lui avait fait subir avec toutes les formes de la plus excessive politesse une expérimentation de laquelle il n'était pas sorti triomphant.
Fabert en effet, se sentant frappé de mort, avait convoqué une partie de sa famille et de ses amis ^, celle-là pour la mettre sous la protection de ceux-ci. A ceux-ci il disait : « J'ai un frère, quelques autres parens et alliés, « néanmoins je passe stir leur tête pour venir tomber sur (c la vôtre, et vous donner beaucoup de peine et d'em-
« barras Il est vrai qu'en vous chargeant de ma fa-
« mille, je trouble votre repos ; mais pourquoi m'avez- « vous aimé, et pourquoi vous ais-je aimé ^ ? » Puis il leur indiquait parmi les absents ceux de qui ses enfants devaient surtout solliciter les conseils : c'étaient MM. de Noailles, de Crequi et Voisin *. Il écrivait à ce dernier le 16 mai 1662, veille de sa mort : « Il faut, Monsieiu-, u que la destinée m'ait poussé avec une grande force à
f Voirp!usIiaut,p.65-69. Cc9 deux lettres, datées da 26 et du 31 juillet 4664, vieunent, dans notre collection, immédiatement après celle du iO juillet que nous venons de citer. En rapprochant celles-là de celle-ci, qui est si calme et si bicnTciranfc, on se convaincra de plus en plus que les premières sont de pures boutades écrites dans un accès de misanthropie.
a Le P. Barre, Vie de Fabert, t. ii, p. 245-M7,
3 Jbid., p. 255.
4 Ibid., p. 257.
CHÂP. n^ ttSGT. Uf ART. I, $ V. 105
(( tomber sur vos bras, puisqu' après ma mort il faut que « je vous sois. à charge. Je vous conjure, par cette amitié « si tendre dont vous m'avez honoré, de vouloir trouver 0 bon que M. de Termes vous consulte quand je ne serai tt plus en vie sur les propositions qu'on pourroit lui faire
« pour les mariages de mes enfans Si d'autres a/*-
c( faires importantes leur arrivent, au nom de Dieu, « Monsieur, donnez-leur vos avis. Je n'ai que vous au a monde entre les bras de qui je puisse les jetter ^ ? » — Et d' Andilly ? Etait-il donc absent de la pensée du maréchal? — Pas autant peut-être qu'on serait tenté de le supposer; car le fils aîné, le successeur de Fabert à Sedan, l'ancien élève des Jésuites, voyant Candie étreinte depuis vingt années dans les tenailles du Croissant, et près d'y succomber, dut suivre pieusement les volontés de son père, et consulter ses amis avant de mettre son épée au service de la Croix, et de voler à l'île assiégée où les Turcs ne pénétrèrent que sur son cadavre ^.
Mais si Fabert se méfiait de l'enthousiasme de d' Andilly, il ne se méfiait peut-être pas de ses doctrines ; et, sans lui léguer le soin de sa famille, il pouvait léguer à Port-Royal le soin de ses néophytes. — Ses affaires terrestres mises en règle, le moribond s'occupa des affaires étemeUes. Il fit venir le chef du conseil souverain de Sedan, le président Morel : « Je meurs trop tôt, lui « dit-il ^, pour le grand dessein de la réunion des reÛ- « gionnaires de Sedan à l'Eglise. Ils étoient dans les « meilleures dispositions du monde. Mon seul regret en « mourant est de laisser cette œuvre imparfaite. Je vous
* Le p. Barre, Vie de Fabert, n, p. 15Î. a Ibid., p. 365.
S Jbid,^ p. 349.
106 ROBERT ARNACLD D'AHDIUT.
R prie de ne point vous démettre de votre charge. Jl y (( auroit de la lâcheté d'abandonner votre poste, pouvant
ce être utile à la religion et au roi Je vous conjure
« if écrire au P. Adam de venir achever ce qu'il a com- (( mencé avec tant de succès, «t de ne point négliger une a affaire où il va de la gloire de Dieu, du salut du pro- « cbain et du service du roi. » — Le maréchal rendit le dernier soupir le 17 mai 1662, à cinq heures et demie du soir, et le 18 mai, près du lit funèbre, le président Horel écrivit au P. Adam : « Dieu nous a affligés, mon « révérend Père ; il a retiré de ce monde Monseigneur le « maréchal de Fabert, pour le faire vivre heureusement u dans l'autre. Mon cher maréchal est mort. Votre ami û et le 'mien n'est plus. Prions Dieu pour lui ^ » — Non seulement le P. Adam pria pour lui, mais le vicaire général Oliva lui fit décerner les prières de toute la Société de Jésus K
Quant à d'Andilly, après avoir échoué à faire un roi, il avait échoué à faire un ministre. — Dans le monde, Hazarin et Pérefixe lui avaient enlevé Louis XIY. — Jusqu'au sein de Port-Royal, le P. Adam et les Jésuites étaient venus lui ravir le maréchal Fabert.
ARTICLE II
Correspondance de (tAndilly avec l'abbé de Rancé.
Après un premier naufrage dans le siècle, après cet autre naufrage dans le port, lorsque du port elle avait " voulu regagner le siècle, il ne restait guère à la diplomatie de Robert qu'à s'exercer abritée dans les limites
* Le P. Barre, Vie de Fabert, U ii, |). 263. ' IbiiL, p. 242.
cHÂp« iH ^ct. tt, ikT. û; $h . 107 • de la solitude. — Ad dehors, un flot trop hôdIéUx peut ouvrir les filets sur les plus richeâ ca|)tureé. — AU de^ dans, une amotte bien disposée défie mieux les vagues. — Le Jansénisme en k-obe courte échappe ; en le retient plus facilement en robe longue. A défaut de Tun, d'Andilly espérait bieti saisir Tâutire; à défaut du maréchal Faberti î'abbé de Rancé.
Cette troisième tentative du pilote transitoire, qui entre Saint-Cyran et le grand Amaùld manœuvra la flottille janséniste, se trouve, comme nous l'avons dit, aussi complètement ignorée que tes deux premières. — De même que celles-ci, elle a ses enseignements. Mais pour en seiitir toute l'importance il est nécessaire de rappeler avant tout ce que Ton sait jusqu'à cette heure de la conversion de l'abbé de Rancé et de ses relations avec le Jansénisme.
S t"*; Laeaiie dans la ^e de Ranoë.
(( Il existe, dit M. de Chateaubriant ', un traité dé n 230 pagesin-12, imprimé à Cologne chez Pierre Mar- « teau; il porte pour titre : Les véritables motifs de la « convei'sion de l'abbé de la Trappe, avec quelques ré- « flexions sur sa vie et sur ses écrits.... » L'auteur anonyme de ce traité donne à la conversion de Rancé le • double motif d'un amour malheureux et d'une ambition trompée^. C'est la première de ces deux assertions que l'adinirable )[^lUme de !lt. de Chateaubriant cherche à faire prévaloir ^ C'est la seconde que semble appuyer
1 Vie de Rancé, p. 57.
2 Cf. Bayle, Nouvel, de la Bép* du lettrée 1685, p. 667. i Vhdètàncé,p.i7'^i.
108 BOBERT ABNADLD D'ANDHXY.
une plume non moins admirable, et de plus contemporaine de Rancé, celle de Saint-Simon '.
Si nous avions à nous prononcer entre les deux versions de l'anonyme, nous inclinerions, on le pressent, pour la seconde. Nous n'y serions pas décidé toutefois par le témoignage de l'anonyme même, dont l'opuscule n'est qu'un libelle, ni par la seule autorité, quoique prépondérante, de Saint-Simon. Mais Rancé lui-même nous aiderait à sortir de l'incertitude. Avant de transformer l'austère pénitent en précurseur de La Vallière, nous ouvririons ses lettres 2. A travers son style incolore, nous rapprocherions facilement, mais vainement, ses rudes pensées ; jamais il n'en jaillirait une étincelle sur la sécheresse de ses lignes : et il deviendrait certain pour nous que jadis dans le cœur du pénitent les sens ont pu porter le trouble, mais non laisser l'amour. Que s'il s'agissait au contraire des mécomptes de son ambition, sans les attribuer précisément à cette circulaire faite- ^ nom du cardinal de Retz, qui, selon l'anonyme 5, auraîl. aliéné l'esprit de Mazarin et du roi, et dont Rancé affirme lî'êti-e pas Fauteur*; sans même les rapporter, comme semble le
^ Mém, de Saint-Simon^ U ni, p. 331. l
2 Lettre» de jiiété écrite» à différente» penonne» ; lettre» publiées 1 M. Gonocl, etc. — On le voit^ et nous TaTOUoDs avec crainte, nous somii loin de partager Tadmiration de Nicole pour le style dePabbé Raocé. (Vo les Quatre lettres de sainte Marthe, p. 8.)
' ff L'abbé de Rancé, à qui on avoit remarqué de tout tems de beau! « dons pour la satyre, estoit celui que son parti [le parti dévoué au cardina? • de Retz] cboisissoit d'ordinaire pour parier et pour écrire. De tout ce qu'il' « a dit pendant longtems rien n'a esté si contraire à sa fortune qu'une « lettre circulaire qu'il composa sons le nom du cardinal de Reti à. tous les « évéques de Krance, dans laquelle il atUquoit non seulement le cardina! « Maiarin, mais le roy mesme dont il blamoit la conduite. » (Le» véritable» motifs de ta eonver»ion, etc., p. 10.) * D. Le Nain, Vie de /«««ce, 1. 1, p.233, lettre de Rancé du 27 septembre i685.
CHAP. n^ SEGT. n^ ART. U, $ h 109
faire Saint-Simon, à la part active qu'avait prise le jeune abbé aux troubles de la Fronde, nous nous contenterions de remarquer, avec tous les historiens de Rancé, que les premiers symptômes de sa conversion se déclarent immédiatement après sa retraite de l'assemblée du clergé ^ retraite que lui avait fait opérer, d'après son propre témoignage, la certitude d'être tombé dans la disgrâce du cardinal Mazarin K
Mais quels qu'aient été les motifs d'une conversion d'ailleurs indubitable, comme le Jansénisme semble n'y être entré pour rien, nous n'avons à nous en occuper que pour en fixer la date, et déterminer par suite quel laps de temps s'écoule entre cette date et les premières relations du pénitent avec le Jansénisme. — Or, l'assemblée où Rancé encourut la disgrâce de Mazarin le vit assidu à ses séances du mois d'octobre 1656 au mois de février 1667 '. Vers la fin de février, sa belle campagne de Veretz l'accueillit fugitif*, A la fm de 1657, elle le vit amendée Dans le monde on le proclamait converti. — C'était le 28 avril
1 Maapeoo^ Vied^ Rancé; Mano0ier,i^V/., 1 1, p. 25 ; D. LeNaio, ibid. , 1 1, p.id; Chaleaubriant, ibid.9 p. 59 ;D. Malachied^lDgaimbert, ibitL^ t. i,p. 37. « AUora fti la prima Tolta che Tabbate prindpiaflse a riflettere serSamente, etc. ■
2 « Ceux qui Touloient se rendre maîtres des affaires [dans rassemblée « da clergé de 1655-1657] firent dire à Tabbé de Rancé qu'il étoit suspect « au premier ministre... Celui-ci crut qu*i] feroit mieux de céder au tems^ « de prétexter des affaires et de se retirer de rassemblée. Ce fut le parti • qu'il prit. 9 (MarsolUer, Vie de Rancé j t. i, p. 35.) — L'avis qu'on avait donné à Ranoé était faux, et ses amis l'en avertirent. « Mais, dit Marsollier, c itrid,, p. 26, il prétendit qull... n'avoit pu mieux faire que de déférer à « cet a?is, que s't7 eût tardé de le faire, la feinte awrait bien pu $e changer « en réalité, •
* C'est par une erreur de typographie sans doute que D.Le Nain, ibid,f U I, p. 13, met 1656 pour 1657.
4 Marsollier, ibid., U i, p. S7 ; D. Le Nain, ibid^, 1. 1, p. 13. B Marsollier, ibid., U i, p. S7-4i ; D» Le Nain» ibid,^ U i, p. 15-30»
IIP . BOBERT 4BNAULD D'ANI^IIXy.
cle cette ^nêIne anqée c(i^' était ipprtp Madame de ftlontbazon ^ — Six années s'écoulèrent avant que §on ancien amant substituât Vaffreuçç Thél^ïde du perche à la splendide et riante solitude de Yeretz \ [16574663.]
De ces six années, les trois pi^emières [^657-1660] ne fournissent jusqu'à cette heure aucun renseignement sur le sujet qui npus occupç. C'est k l'Oratoire surtout que Rancé semble alors accorder sa confiance. C'est le P. de Mouchy, prêtre de cette congrégation, qu'il choisit pour directeur 5. Certains membres de FOratoire, il est vrai, avaient une secrète proppnsion vers le Jansénisme, et le P. de Mouchy ne lui était pas hostile *•
S !!• Rancé Janséniste modéré.
Mais durai^t les trois demiërçs années qu'il passe, daqs le monde [1660-1603], Rancé ne remet plus au seul Oratorien la direction de 9a conscience. Il en confie; les perplexités à quatrç évêques ^ qui tous (Seyaient jouer im grand rôle dans les querelles du jansénisme, MM. de Comminges, de Châlons-sur-Mame, d'Alet et de Pamiers ^. Durant ces tristes querelles, les deux premiers
1 hu véritables motifs de la conversion, p. iS ; le P. Ansdme, But. généaL^ 1 1, p. 471 ; t. ir, p. 63. — Ct JUém deU* de MottevilU, L ir, p. 270, et Biém, de Mademoiselle, L m, p. 466.
3 C'est le 18 juin 166S que Rancé entra au noYÎdat de rétioite observance de Qteaux. (MarsoUier, Uid., 1. 1, p. 139 ; Le Nain, i6û/., 1 1, p. 50.) 0 A proprement parler il demeura dans le monde jusques au 13 juin 1663, « qu'il le quitta, en prenant Thabit de l'étroite observance, t (MarsoUier, i^U, 1 1, p. 66.)
5 SlarsoUier, ibid., 1. 1, p. 38 ; D. Le Nain, ibid,, U i, p. 19.
4 MarsoUier, ibid., L i, p. 72 et 130 ; Acies, Utt,, relaU, in-4% t ii, n» 12, p. 175 du journal di; 1665 à 1669*
6 MarsoUier, ibid., L i, p. 68-94 ; D. Le Nain, ibid., L i, p. 26.
« MM. Gilbert 4e Clioîseul, Félix de VJalar, Nicolaï PaviUon et François de Caukt.
GHAP. U, SBCT. n. An. n, $ ÎL 111
remplirent surtout le rôle de conciliateurs ^ Les deux derniers, que le grand Amauld entr^a plus tar^ (laqs une opiniâtre résistance aux volontés de Ronie et de la royauté, leur étaient alors entièrement soumis^. En cela Us suivaient surtout les conseils de Yincenf de Paul, leur ami commun \ Les diocèses de ces quatre évèque^ étaient situés sur les confins du royaume. Non loin de Paris et à Paris même, où se rendadt fréquenmient le pénitent perplexe, était situé le double monastère de Port- Royal. A quelque distance de Yerets se trouvait un membre éminent de la famille Amauld, l'évéque d'Angers, qui avait pour métropolitain l'oncle de Rancé, Victor Le Boutbillier , archevêque de Tours, et avec qui d'ailleurs le jeune pénitent était personnellement en rapporta Jainais, au contraire, ce dernier ne s'y était mis avec les prélats d' Alet et de Panûers ; mais des liens étroits l'unissaient à
i Coudrette, Menu HùU $ur U Formulaire, 1 1, p. 115, 209-272 et 291 ; Œuvres tC Amauld, L i, p. 399^ et L n, p. 1-27B pa$$im^ La Cbassagne, Vie de PavUhn, t. ii, passlm ; Besoigne» Vies des quatre évég,, 1 1, p. 89^ 159, 185, 190, etc. ; Mém* de Cabbi Amauld, part m, p. 99; Lan^gre, Vie d^Arnauld, t i, p. 168 ; Recueil, in-12, p. 564 ; Goujet, Vie de Ntcolef part ti, p. 7 ; ( Hist. de» Penéeut,^ in-A", p. 71, etc. — Dans les négocSatioos, Tèréque de CMkma ii*a que le rAle secondaire; U se fBodèle la plupart d^ temps sur Tévèque de Gommiiiges.
2 La Chassagne, Vie de Pavillon, t. ii,p. 1; Besoigne, Vies de$ quatre évéq,, U t, p. 4> 158, etc. ; D. Gerberon, Hist, du Jansiu*, U u, p. 500. Dam la résbUnce, Févêque de Pamien n^est que le satelUte soumis de TéTèque d'Âlet, à qui appartient le rôle principal. (Cf. Vies des quatre évéq,, t i, p. 80, 158, etc.)
' La Chassagne, Vie de Pavillon, t. ir, p^ 3 ; Vies des quatre évéq,, U II, p. 123, 156, etc. Caulet, dans sa jeunesse, avait même déposé juridiquement devant Laubardemont contre Saint-Cjrran. (Mdnu de Lancelot, 1. 1, p. 114 et t n, p. 479 ; Becueil, in-12. p. 126.)
4 Voir les lettres inédites de Rancé du 8 octobre 1058, du 26 noTembre 1658, etc.
112 KOBEKT ABNAULD D'ANDILLY.
œux de Cbàlons et de Comminges^ Durant cette période décisive de son existence, les amis et les conseils du prochain réformateur appartenaient donc à la partie la plus modérée du Jansénisme.
Les points sur lesquels il demanda leur avis étaient au nombre de cinq *. — Il jouissait dès son enfance de revenus ecclésiastiques ; son père, durant sa minorité, et luimême depuis avaient mésusé de ces revenus; était-il tenu à restitution? — Sa maison de Veretz était trop magnifique pour un pénitent; devait-il la conserver? — Il possédait plusieurs bénéfices; cela était-il licite? — Parmi ces bénéfices se trouvaient trois abbayes en commende ; valaitil mieux y rétablir la régularité? — Enfin il se sentait invinciblement porté à la solitude; fallait-il s'y ensevelir?
L' évoque de Châlons, consulté le premier, se prononça plus particulièrement pour la restitution des revenus illégitimement employés, et contre la solitude ; renvoyant les autres points à la décision de Tévêque d* AleU'. Celuici, adoptant Tavis de son collègue, y ajouta le conseil de vendre la terre de Veretz, d'en appliquer les premiers deniers à la restitution exigée, et le surplus aux hôpitaux de Paris ♦. L'évêque de Pamiers, renchérissant sur ces décisions, voulait que Rancé se réduisit à un seul bénéfice, mais lui permettait de le posséder en commende ^ Enfin Tévèque de Comminges tolérait la commende, mais
* MarsoUier, Vie de ïiancé, L i, r« 70, 73, 78, etc. ; D. Le Naîn, Vie de Rancé, t. I. p. S6-29.
2 Marsoiiier, ibid.^ 1. 1, p. 68-94; D. LeNain,t6}<(., U i, p. 26.
3 ManoUier, ibid.^ t i, p. Ih,
4 /6ii., 1. 1, p. 79.
» Ibid., p. 85.
CHAP. n^ sficT. n, ART. n^ s II- i^S
conseillait de préférence la régularité i. Tous avaient à /envi dépouillé le pénitent; mais tous unanimement lui avaient interdit la solitude absolue ^. Le P. de Moucby s'était rangé au sentiment de ces prélats ^.
Cette quintuple consultation dura jusqu'à la fin d'octobre 1660^. Le 13 juin 1663, Rancé avait accompli tous les sacrifices qu'elle lui imposait. Dépouillé de ses biens, il enchaînait sa liberté comme novice dans l'étroite observance de Cîteaux *, pour ne rentrer à la Trappe, devenue son unique bénéfice^, qu'en qualité d'abbé régulier. La régularité qu'il y rapportait le 14 juillet 1664 ' n'excédait point les bornes des conseils qu'il avait reçus. — Les grandes austérités de la Trappe, dont la moindre est l'excessive solitude, ne datent que du mois de mai 1666 *. Or l'interdiction d'une excessive solitude était, on vient de le voir, le seul point sur lequel ses cinq directeurs se fussent trouvés unanimes.
Après avoir mis trois années [1660-1668] à exécuter si ponctuellement leurs prescriptions, même celles où. il se rencontrait quelque incertitude, comment, au bout de trois autres années [1663-1666], l'obéissant cénobite cesse-t-il soudain de se conformer au seul avis qui ait rallié tous leurs suffrages? Comment surtout, avant de l'enfreindre, ne cherche-t-il à le faire rétracter que par
1 Marsollier^ Vie de R($ncé, p. 89.
2 IHd., p. 74, 76, 83 et 87.
8 /«!(., p. 7î et 129.
4 D. Le Nain, Vie de Raneé^ 1. 1, p. 27-91. Ranoé était de retour k Vereli . le 17 octobre. Cf. M. Gonod, Leit* cet, p« 340. s Voir pltt8 haiil, p. liO, n. 2. *
< D. Le Nain, Vie de Rancé, 1. 1, p. 33 et 51. 7 m<L^ p. 58.
B Ibid.^ p. 90.
lift ROBERT ARNADLD D*AND1UT.
le moins éminent de ses cinq conseillers, par le seul P. de Mouctiy^ se contentant de prévenir les évèques lorsqu'il est sorti de la ligne qu'ils lui avaient tracée < 7
Durant cette dernière péliode, les anciens oracles de Rancé étaient devenus peu à peu ceux du Jansénisme. Le principal d'entre eux, celui au sentiment duquel tous les autres déféraient, l'évèque d' Alet avait perdu en 1660 son illustre et saint ami Vincent de Paul, et depuis la fin de 1068 le grand Amauld, dont jadis [1667] il avait repoussé les suggestions, était parvenu à dominer son esprit ^. — On était alors dans tout le feu des querelles du Formulaire. — Le nouveau disciple d' Amauld fut le premier des évèques dont éclata la résistance contre les deux pouvoirs. Buzenval, évèque de Beauvais, suivit son exemple, puis Henri Amauld, évèque d'Angers, frère du docteur. Enfin l'évèque de Pamiers compléta cette minorité rebelle de l'épiscopat ^ pour laquelle les prélats de Cbâlons et de Comminges avaient précédemment déployé et déployèrent toujours une intervention bienveillante. Les démarches les plus actives de cette intervention sont de 166S*. Le grand éclat des quatre évèques date de 1666 ; et c'est en 1666 que Rancé élève
1 Manotliert Vie de Raneé, t. i, p. 428-133; D. Le Nain, ibitL, L i, p. 47 et 50.
3 La Chaasagne, Vie de Pavillon, t n, p. 4 et 327 ; Goudrette, Mém, Hist sur le PormuL, 1 1, p. 216. — En résistant au grand Amauld, si Ton en croit la famille de celui-d, Pavillon faifalt acte de conâcieDoe plutôt que de gratitude ; car Tabbé Arnauld (Mém., part m, p. 80) prétend que Tévéque d*Alet devait sa prèlature à Tinfluence de d*AndiUy for madame d*Aiguillon. — (Cf. Mém. de Uneetot, L ii, p. 289 et 429.)
9 Goudrette, Mém. Hist, «yr le PormuL, 1 1, p. 284 ; Vie de PavilUm^ t. Il, p. 177; Besoigne, Vies des quatre évéq., passim ; Œuvres du doet* ArfCauld ; Hist, du FormuL, t. IIT, p. 167.
4 Nous ne parlons pas des démarche^ de 1668 (Vie de PaviUonf U ii, p. 348, etc.). Elles ne sont pas de notre sujet.
. CHAP. 01 6KCT. O) ART. O, S "• ^^^
entre lui et ses andens conseillers les barrières d'une solitude absolue.
Ce rapprochement de dates trouve un* utile commentaire dans deux lettres de Rancé, dont voici quelques fragments : « J'allai voir M. l'évëque d*Alet, il y a bien a quarante ans; et j'eus la consolation de le trouver tel a qu'on m'avoit dit qu'il étoit ; je Veux dire rempli des tt véritez et des maximes de l'Evangile, en rendant à a l'Eglise une soumission parfaite dans les troubles dont tt elle étoit agitée. Il mf^ parla des matières du temps a avec beaucoup d'étendue; il me loua d'avoir embrassé « les décisions du Saint-Si^, et m'exhorta de tout son « possible à ne rien écouter de contraire. Il me mena un (c jour dans son cabinet, où, après m' avoir lu quelques « écrits des plus sçavans qui eussent été composes [par c( les Jansénistes] contre la signature [du Formulaire], il « me dit, en levant les yeux au ciel : Ces ouvrages %ùnt u beaux et éloquens. Cependant je ne vois rien de solide, « rien qui prouve que l'opinion de ceux qui ne veulent a pas signer soit véritable^ ni qui détruise te sentithent ce de ceux qui sont persuadez qu'un Chrétien est obligé « de suivre les décrets du Saint-Siège. Il faut demeurer « fermes, et mourir dans ces sentimens; les raisons coîi-
(( traires ne valent pas la peine d'être écoutées ^ La
« veille de mon départ, il fit porter deux sièges à trois (( cens pas de sa maison, sur le bord d'un torrent, où, « après un entretien de deux heures, il me répéta ce
i D. Le Nain, Vie de Ranci, U ii, p. 48S. — Get entreties, on se le rap* petle, avait iieu en 1660, et en i667. Lancelot^ dans son voyage d'Alet {Hém^, !• n, pb 463), prétend qoe le teint évÊqve, par esprit de panvreté, non seotemcnt n'avait p« de Ubliotbèqoe, nais qu'il manquait même de bréviaire. (Cf. md., p^ W.)
415 KOBERT ARNAULD D'ANDHXY.
(c qu'il m'avoit dit sur cette matière, me conjurant de « demeurer ferme dans les sentimens où il me laissoit, « nonobstant toutes les conduites qu'on pouvoit prendre, « et les raisons dont on pouvoit se servir pour m'en faire « changer. Par la grâce de Dieu j'y ai été fidèle, et je « le serai jusqu'au dernier soupir de ma vie '...• Je sçai (( qu'il changea depuis de sentimens; mais je sçai aussi « de quels artifices on s'est servi pour l'y porter «.... La « vérité est que je n'ai jam^s été plus surpris que quand (( j'ai sçu qu'il avoit changé d'avis, et qu'il étoit entré « dans le parti des adversaires de la souscription; et en « un mot, j'ai cru qu'il y avoit plus de sûreté de suivre « M. d'Alet, qui n' avoit en ce temps-là consulté que « Dieu seul et écouté sa parole,-, que d'embrasser ses « pensées lorsqu'il se fut laissé aller aux instances près- « santés de ceux qui entreprirent de lui faire changer u d'opinion » ^.
S m. RancéjaittéDiste malgré luU
Ainsi se dénouèrent les relations intimes qui s'étaient d'abord établies entre le réformateur de la Trappe et le
1 D. Le Nain, Vie de Ranci^ t. i, p. Ai.
2 Ibid., t. II, p. 437.
» Ibid,, 1. 1, p. 40. a ... SuiTanl en tout le» avb de Tévêque d'Aïet, qu'il a respecta toujours comme un saint, jusqu'à ce qu'ayant connu très cer- « tainement que cd prélat avoit changé de sentiment sur la doctrine de « l'Eglise, par les menées de M. Aniauld (et de M, Du Vaucel, théologien « d'Alet qui se retira depuis auprès dudit sieur Amauld et du P, Quesncl « dans les Pays-Bas, et qui fut député à Rome par le parti [janséniste] « pour élre son agent, où il avoit pris le nom de Valoni ), qui l'engagea « malheureusement dans son parti, M. de la Trappe rompit absolument • avec lui... " (Ibid,, 1. 1, p. 34. H faut se rappeler que Dom Le Nain était frère du savant historien janséniste, Le Nain de Tillemont, pour apprécier toute Taulorilé de son témoignage. — Cf. LetU de Le Nain de TUlem, à M, de Hancé, p. 105, etc., et Mém, de Laneeioi^ t. ii, p. 40i.)
CHAP. n^ SEGT. 11^ ART. U, S lU- ii7
Jansénisme. Ce dénouement toutefois n'entraina pas une rupture. Le parti janséniste fit tout ce qu'il put afin de sauver les apparences, et de paraître aux yeux du public conserver les sympathies de Rancé. Il eût été trop dangereux pour ce parti, dont le mot de raliement était la réforme, de se montrer hostile à la fois pour ceux qu'il accusait de méconnaître la morale évangélique, et pour ceux qui la pratiquaient dans toute sa rigueur. — Le réformateur, de son cdté, eut des ménagements tout particuliers pour les doctrines et pour les hommes qu'avait répudiés sa conscience. La sainteté de sa vie lui donnait le droit d'être sévère pour tous. Il usa de ce droit si largement que le Jansénisme seul parut avoir des titres à sa charité.
Que s'il s'agissait des évêques, il écrivait [septembre 1687] : « R. n'a pas tant de tort que l'on le pource roit dire sur la conduite des évêques de France ; car, (( en vérité, on fait de la plus sainte marchandise un « étrange trafic '....» Il est vrai que le Jansénisme ne se faisait pas faute de déclamer contre les évêques ^. S'agissait-il du simple clergé? « Pour ce qui est d'al-
^M. Gonod, JMt, Lxxxi, p. 489. — On sait anssi avec quelle Tiolcnce Rancé attaqua Fénélon dans la querelle du Quîétisqiei et avec quelle admirable liumilUé Fénélon lui répondit, -^c Je ne puis penser ù ce bel ouvrage « de M. de Cambrai sans indignation, s écrîTait Rancé ù Bossuet. — t Si TOUS ro^eussiez fait l*honneur de m*écrire ce qui tous avoit scandalisé dans mon livre, disait Fénélon à Rancé, j'aurois lâché ou de lever votre scandale ou de me corriger... Je ne puis finir celle lettre sans vous demander le secours de vos prières et celles de votre communauté ; jVn ai besoin. Vous aimez TEglise; Dieu m^est témoin que jn ne veux avoir de vie que pour elle... » (M. Gonod, Lett. ccxvii, de mars 1697, p. 398. — Cf. de Bcausset, ^ij/. de Fénélon, t. i, p. 399 et 568.)
2 Jliém, de Laneelot, t. i, p. 163, 192. -*- Cf. Lettres de ta M. Anrjc^ lique, U m, p. 446, et plus bas chap. iv, scct. i, art, i, n.
118 HOBBRT ARNACLD D'ANDILLT.
« 1er servir des curés (conseil que lui donnait un criti- (1 que), c'est, disait Rancé, une vision toute pure. Où « trouvera-t-on des curés en ce temps-ci qui méritent « qu'on les serve?.., [22 novembre 1688.] * » Rancé oublie que l'Oratoire, où il a reçu de si pieux conseils, institué pour la réforme des curés, avait réussi à se les agréger en partie. Après s'être servi des Oratoriens, ne pourrait-il donc les servir? — Serait-il ingrat?
Il écrit en parlant des femmes [septembre 1687] : « Les a hérétiques ne veulent de pénitence que celle que l'on (( trouve dans le mariage, et en cela ils n'auroient pas « tant de tort si c'étoit l'esprit de pénitence qui leur fit « épouser une femme, ses mauvaises humeurs, les incon- « vénients qui sont attachés à cet état. Selon moi, je n'î- « magine point de Trappe comparable à celle-là ; et celle a où nous sommes me parolt un lit de roses ^ » Derrière le guichet des Carmélites, ce n'était pas sur un lit de roses que reposait La Valliëre I
Mais Rancé n'épargne pas plus ses liens présents que ses anciens souvenirs : a Puisque vous voulez savoir des « nouvelles de notre affaire [la réforme complète de « Cîteaux], je vous dirai, écrit-il à l'abbé Favier, son (( ancien précepteur devenu son ami [3 octobre 1675], « je vous dirai quelque juste qu'elle fût, qu'elle a été « jugée entièrement contre nous '. Et pour vous parier
1 M. GoDod, Leit xcy, p. 159.
3 Idem, Lett. lxui, p. 159.
S L^ordre de Clteaux avait quelque répugnance à multiplier dans son sein le nombre des candidats à la béatiûcation, du moins à en juger par ce passage de l^abbé d^Olivet, qui dit en se plaignant de voir le nombre des grands seigneurs se multiplier au sein des académies : « Je me souviens « d'avoir lu que Tordre de Clteaux assemblé capitulairement fit un statut «r par lequel il Ait ordonné que, vu le grand nombre de leurs religieux qui
GHAF. ii> éwoT. n, ÀMi* n, g ni. ill
a francbement, ma pensée est que l'ordre de Citeaux est « rejeté de Dieu ; qu'étant arrivé au comble de l'iniquité, a il n'étoU pas digne du bien que noua prétendions y a faire, et que nous-mêmes, qui voulions en procurer a le rétablissement, ne méritions pas que Dieu protégeât « nos desseins, ni qu'il les fit réussir < » •
Ce jugement sévère, sa corporation le méritait en partie \ En était-il de même des autres corporations monas^ tiques qu'il attaque? a Je sais par ma propre expérience, « dit-il [19 août 1676], et je l'éprouve tous les jours, jus^ a qu'où va l'injustice et la violenee de ceux qu'on apr « pelle Molinistes. Il n'y a point de calomnies dont ils ic n'essayent de ruiner ma réputation; poipt de bruits inju- « rieux qu'ils ne répandent contre ma personne. Comme fc ils ne sauroient attaquer mes mœurs, ils attaquent ma ^ foietmacréancej ettrouventdanslesrèglesdeleur mou raie, et dans la fausseté de leurs maximes, qu'il leur est « permis de dire contre moi tous les maux que l'envie et ft la passion leur peut suggérer. •• Ma conduite n'est pas « conforme à la leur. Mes maximes sont exactes, les « leurs sont relâchées. Les voies dans lesquelles j'essaie
m avoient été inscrits an catalogue des saints» ils ne poursaÎTroient désor. « mais la canonisation d^aucun ; et cela de peur que la trop grande quantité « n*en fit baisser le prix t Ne mulHiudine $ancH vHeêcerent m oréine. « (Voy. FépUre dédicat. du P. Thomas Leblanc, en fèto de la Tîe du P. Vin- « centCaraffe.) Précaution sage et nécessaire saqs doute dans les temps N héroïques de ce ftimeux ordre, lesquds, je Tavoue, me sont encore moins « connus que ceux de la Gièce. Quoi qa*il en soit, je ne serois pas ftché « que les académies fissent un statut dans ce go(il-là, d'autant plus qu'elles «r n*ont pas riiifaillibilité de PEglise. A force de multiplier nos héros, les c véritables y perdront, les faux nV gagneront pas, et le monde se fera Cl tellement à nos apothéoses qu^elles ne signi|ieroiH plus rien. » (lUcueU (Cojnucults tilt,, p. lAA.)
^ M. Gonod, Lett. xixtii, p. 56.
3 MiiaoUier, Yi0 4$ ^nçé, u h p. iOd.
120 ROBBKT ARNAULD D*ANDILLY.
« de marcher sont étroites, celles qu'ils suivent sont larges « et spacieuses. Voilà mon crime. Gela suffit ; il faut « m'opprimer et me détruire '. » Rancé termine son parallèle par cette citation du livre de la Sagesse : Opprimons le juste dans sa pauvreté. Sa vue nous est insupportable, car dans sa vie il nous est dissemblable ^. A ce passage de T Ancien Testament Rancé aurût pu enjoindre un du Nouveau : Mon Dieu, Je vous rends grâces de ne pas ressembler au reste des hommes. Ils vivent de rapines, d'injustices, d'adultères^ comme ce publicain. Moi je Jeûne deux fois pour le sabbat^ I Mais si l'humilité du Trappiste se montrait trop spontanément pharisaîque, sa charité ne se trouvait en défaut que parcequ'on l'y avait mise. — On lui faisait croire que la plupart des attaques dont il était l'objet venaient des Jésuites. — Ainsi, rien n'était plus propre à le blesser que de voir attribuer son changement de vie à l'ambition ou à l'amour brusquement trompé; et le grand Arnauld disait de l'œuvre anonyme où pour la première fois cette assertion s'était produite : a On a imprimé en Hollande un libelle très « injurieux contre lapersonne et contre lelivredeM. l'abbé (( de la Trappe. Il y est parlé tant de fois et si hors de «propos du P. Bouhours [Jésuite] et de ses divers ouvra- <( ges, qu'on ne peut s'empêcher de croire qu'il en est c( l'auteur *. » Or l'auteur était un protestant, Larroque, fils d'un pasteur de ce nom, et depuis employé dans les bureaux des affaires étrangères sous l'administration du marquis de Torcy, élève et gendre du marquis de Pom-
1 M. Gonod, Ijett, ccTn, p. S55.
3 Sageêu, chtp. xi, t. 10.
* 5. Lue^ chap. xtiii, v. ii et 12.
4 Œuvres <P Arnauld, U ii, p. 554» ietlre duviii, do S4 août 1665.
CBAP. n, 8ECT. n^ ART. 11^ $ IH. 121
ponne^ Si les Jésuites avaient employé Larroque, on les eût accusés d'avoir dirigé sa plume. Les Jansénistes faisaient mieux : ils employaient Larroque et attribuaient aux Jésuites les productions de sa plume \
Mais si l'on peut accuser le grand Amauld d'avoir concouru à répandre sur ceux-ci une opinion qui excitait contre eux les ressentiments de Rancé, il faut reconnaître que le célèbre docteiu* n'en agit pas de même à l'égard des Bénédictins, chez qui le Jansénisme comptait plus d'tm adepte ^. Le censeur des évêques, des curés, du mariage, des Cisterciens et des Jésuites eut, on le sait, un démêlé fort vif avec MabiUon sur les études monastiques, et à ce sujet Amauld écrivait * : « La manière dont
1 Cf. Bayle, Nouvel, de la Rép, des lettres, 1685, p. 665 ; \eJourn, de Ver* dun, t^OS, p. 9, et lettres de Tabbé d*OUvet da 6 juillet 1738 dans le recueil intitulé Opuscules littéraires, etc., p. 199. U est vrai queTabbé d*OUvet attribue remploi qu^obtint Larroque à rinterYeution de Tabbesse de Fonte- Yrauld en sa fateur (p. 302). Mais il oublie de dire quelle intervention valut à celui-ci les faveurs de Tore; dont parie le Journal de Verdun en 1 708, p. 9.
3 II y eut quelqu'un qui fit mieux encore que les Jansénistes ; ce fut Tobbé Des Fontaines. II imprima sous son nom un ouvrage de Larroque, et prétendit que oelui-d écrirait très mal. D*01lvet réclama contre ce jugemenL {Recueil tFopusc, litt., p. 206.) Nous nous rangeons à Topinion du spirituel académicien, et nous espérons même y conquérir celui d'entre ses illustres successeurs qui a mis dans la bouche de Rny Gomei ce bel hémistiche :
Le cœur n'a point de rides!
quoique Larroque semble le contredire dans le passage suivant : n Le cœur « a SCS rides aussi bien que le front. Quand une fois elles sont tracées, c'en • est fait t il n'y a plus de remède. C'est le caractère du vieil homme : 11 est 0 ineffaçable. » (Les Vérit. motifs de la eon», de M. Vabbi de la Trappe^ p. 112.)
S Dom d'Acheri, dom Gerberon, D. Thierry de Viaixnes, D. Bourgoiiig, D. Aubin, D. Oaret, D. Clemencet, D. Martin, D. Massuet, Dom Chazal, etc., à différentes époques.
4 Cf. ReeutU de pièces concernant M, Arnauld, p. 185 ; Œuvres pos^ thumes de D. Ma.mon, 1 1, p. 805, etc.
m BOBBET 4RNAULD Q^NDILLYt
(( M. de la Trappe parle des Congrégations de Saint- 0 Vanne et de Saint*Maur va beaucoup à les décrier. Or (I quand une Congrégation de religieux est bonne en soi, (( et que ceux qui s* y retirent sont en état de se sauver, <f quoi qu'il y ait quelque chose à désirer afin qu'ils fus- « sent dans une plus grande perfection, et qu'on y puisse u fnême remarquer des défauts assez considérables, on f( ne doit pas les décrier par des livres publics, ni dé- « tourner par là ceux qui, n'étant pas capables d'une vie ff aussi austère que celle de la Trappe, auroient la pensée a de se retirer dans des réformes moins parfiaites. U n'y « a presque rien dans ce monde qui ne soit mêlé de bien « et de mal, de vertu et de défaut, d'avantages et d^in- (( convéniens. Il me semble donc que pour en porter un « jugement absolu, il faut avoir égard à ce qui y prête vaut du bien et du mal; et que de plus, pour en parce 1er dans un livre public, il faut considérer s'il est plus (( avantageux à l'Église qu'une telle personne, ou un tel
(( institut soit exposé aux mépris des hommes C'est
« par là que de grands hommes Nicolas Pavillon,
« évèque d'Alet, François de Caulet, évêquede Pamiers, « ont jugé qu'on devoit faire connoître les Jésuites pour « tels qu'ils sont, à cause du mal que cette Société fait (( présentement à l'Eglise. Mais apparemment ils n'auc( roient pas cru qu'on dût parler désavantageusement « dans un livre public d'un ordre tel qu'est la Congréga- « gation de Saint-Maur K » Pom- bien comprendre la secrète amertume de ce passage, il faut se rappeler que les évêques d'Alet et de Pamiers avaient été jadis les conseillers de Rancé ; et pour se faire une juste idée de l'im-
1 Œuvra (CArnauld, t. u, p. 275, leUce ccGCttTi» de juin 1683.
CHAP. n, 8EGT. n, ART. U, ^ UL 123
partialité qu'y déploie le grand Arnauld, il feut savoir qu'après qu'il eut écrit ces lignes [1692], un Bénédictin, membre de cette famille 8ainte-Marthe, dans laquelle le Jansénisme compte de si illustres partisans, publia contre l'abbé de Rancé, sans encourir le blâme du docteur, un factum bien autrement injurieux que celui dont la charité de ce dernier avait faut les honneurs au P. Bouhours '.
L'indulgence d'Arnauld pour ceux qui étaient favorables à Port-Royal se convertissait ensolUdtude pour ceux qui s'y étaient affiliés. Mais dans ce dernier cas, nous l'avons dit, Rancé, devenu moins rigide, rendait par ses tempéraments cette sollicitude surabondante. Ainsi par deux fois il arriva qu'une dissidence s'établit entre l'abbé de la Trappe et des amis zélés du grand Amauld. La première, cela provint de ce que le réformateur, supposant à ses religieux des fautes pour exercer leur humilité, employait à leur égard ce qu'il nommait des fiction$^ ce que de moins parfaits eussent appelé des fnensonges, Leroi, abbé de Hautefontaine, en Champagne, qui, bien que Janséniste, était au nombre de ces derniers, quoiqu'il eût aspiré à être du nombre des premiers \ écrivit
* Le factum d*afl1eurs fort spirituel de Denis de Sainte-Marthe {Quatre Lettres A M» de Ranci) était si violent, que les Bénédictins eui-mêmes furent obligés de déposer son auteur d*nii prieuré <|u*i!s lui avaient conféré dans la Touraine. — Voir V Apologie de l'abbé de Ranci, par Tliiers, etc.
3 L'abbé de Hautefontaine, qui avait été le collègue de Rancé, comme chanoine de Notre-Dame de Paris (Bacine, Hist, eeelé$,, L xii, p. 617, etc.; D. Le Nain, Vie de Rancé, 1. 1, p. 103), et qui, nous le verrons plus tard, avait quitté Port-Royal pour s'adjoindre k ïlancé dans sa solitude de VereU; depuis la retraite absolue [1669], et après la plus austère réforme de celui-ci, avait voulu affilier son abbaye à celle de la Trappe, oA se trouvait Tancien prieur de celle de Hautefontaine, D. Rigobert. Leroi, dans ce but, s'était démis de son abbaye en faveur de D. Rigobert Mais Rancé, détrompé alors du Janséolime, a'était refusé à tontes les InsUnces de LeroL (D. Le
12& ROBERT ARNAULD D'ANDQXY.
un mémoire afin de restituer aux fictions de la Trappe leur véritable titre, et le fit parvenir à Rancé [1672] K Celui-ci, comme on le voit, n'était pas Tagresseur, 11 se défendit. Sa défense, qui d'abord demeura secrète, comme l'avait été l'attaque ^ est conçue dans des termes qu'il faut comparer à nos citations précédentes pour en comprendre toute la modération ^.
Et cependant le grand Amauld apporta tous ses soins à étouffer cette querelle naissante. Il se rendit avec Nicole à la Trappe, et à peine de retour il écrivit à l'abbé Leroi [30 septembre 1673] : « Je ne revins qu'hier au « soir de la Trappe, et j'y avois pris la résolution de vous « écrire sur les merveilles de cette sainte maison, que je « n' avois connue jusqu'ici que sur le récit des autres.... « Je devois aussi vous assurer que le saint homme dont c( il a plu à Dieu de se servir pour renouveller en notre « tems la première ferveur des religieux de Saint-Ber- « nard, continue toujours d'avoir pour vous une très <( grande estime et une affection très sincère. Il est per- « suadé que la charité que Dieu vous a donnée pour lui « n'a point été altérée par le petit différend qui semble « avoir été entre vous. Ce différend, au reste, toutes « choses considérées, se réduit presqu'à rien, puisque (( de sa part il déclare qu'il ne prétend point autoriser « les fictions proprement dites, et que de la vôtre vous « protestez ne vouloir combattre en aucune sorte les
Nain, Vie de Rancé^ L i^ p. 95, 103. C'est trois ans après ce refus que Lcroi critiqua la conduite de Rancé.
* Larrière, Vie <CArnauld, L u, p. 56.
2 Œuvre» d' Amauld, U u, p, 1, lettre ccxcvi du 22 mai 1677 j Larrière, Vie d* Amauld, t ii, p. 56.
s Lctlre sur U sujet des humiliation», etc.
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« humiliations dont on se sert avec tant de fruit.... ^ » Depuis quatre ans [1678-1677] cette lettre avait assoupi la querelle, lorsqu'un libraire cupide parvint à se procurer une copie de la défense de Rancé, et la vendit au public *. L'auteur, trahi, n'était pour rien dans cette seconde agression. On pouvait l'accuser tout au plus d'avoir communiqué trop complaisamment ses manuscrits. — Le solitaire Hamon, médecin de Port-Royal, se rend à la Trappe, sous prétexte d'y soigner Rancé ', et le grand Arnauld reprend avec Leroi sa correspondance : « J'ai eu bien de la peine de ce qu'on a imprimé la « lettre de M. de la Trappe sur votre dissertation. w.., et c( je ne suis pas le seul. Tous nos amis sont sur cela dans « le même sentiment que moi. Je pense que vous savez « que cela est arrivé par l'avarice d'un libraire,^ qui l'a « imprimée sans en parler à personne, sur une copie u pleine de fautes qui lui ëtoit tombée entre les msdns. « Vous me direz que si on n'en avoit pas donné de copie, « il n'auroit pas eu celle-là. Gela est vrai ; et on ne peut (( nier qu'il n'y ait eu de la faute de celui [Rancé] à qui « vous aviez écrit. Mais enfin, la chose étant faite, et (c étant certain que les ennemis de la vérité tireroient un « grand avantage de la contestation gui seroit entre vous, a je crois que vous ne sauriez rien faire de plus agréait ble à Dieu, dans cette rencontre, que de montrer par « votre exemple, plus efficacement que vous ne feriez « par des paroles, que bien loin d'être ennemi des morte tiûcations. Dieu vous fait la grâce d'en souffrir d'assez
i OEutreê d^Amauld, Ui,p* 7i5| lettre ccLXXxi* 2 IHd,9 U il, p. i, lettre ccxcn.
' Ibid,, t« n, p. 8, mtee lettre*
« rudes sans vous plsdndre.., ^ » En effet, celle-ci n'était pas une fiction, et Leroi n'en eut que plus de mérite à l'accepter.
Arnauld» de son côté, avait eu quelque mérite à la conseiller ; car cinq ans après [1677-1682] il écrivait encore : « Pour vous parler dans la sincérité chrétienne, (( comme il peut y avoir quelque chose de répréhensible « dans la conduite des saints..*, il y a une chose qui m'a (( fait de la peine dans la conduite de ce saint abbé. « C'est le différend qu'il a eu avec M. l'abbé Leroy, tou- (( chant les manières mortifiantes dont les supérieurs des « monastères peuvent et doivent user envers leurs infé- (( rieurs. Car il est certain que M. l'abbé Leroy n'avoit (( point condamné généralement dans sa lettre ces sortes « de mortifications, comme M. l'abbé de la Trappe le (c lui attribue dans sa réponse, mais seulement celles où « il y a de la fiction et quelque sorte de mensonge ; ce (( que M. de la Trappe témoigne aussi ne pas ap- « prouver 2. »
La seconde circonstance dans laquelle Rancé crut devoir se séparer ^i'un ami de Port-Royal se rattache encore à la direction de son monastère. Dans les instructions qu'il faisait à ses moines» il se posait cette question : « La pauvreté et les nécessités pressantes des « pères et des mères ne sont-elles pas des motifs suffi- « sans pour obliger les religieux à quitter leur solitude
1 OEuvreê d'Arnaud, U ii, p. I , même lettre.
2 ïbid,, L II, p. 122, lellre cccLni, du 9 janvier 1682. t L'abbé de Rancé « ne prélendoit pas autoriser les fictions proprement dites, » (Larrière, Vie d^Amauld, L ii, p. 56.) — En condamnant Rancé, les Jansénistes ne se rappelaient pas sans doute «que ThumHité de M. ée Saint-Cyras aHoit « encore plus avant ; car souvent il s'impuloit des foutes dont il n'éldt « nullement coupable* » {Mém. de Lancelot, u n, f, 945.)
GHAP. n^ 9BCT. tt, ART. H, $ ÏH. )ït
li afin de les secourir ^ ? n 11 répondait négativement et de la manière la plus absolue. Un prêtre janséniste nommé Floriot, choisi jadis comme Préfet pour diriger les écoles de Port-Royal ^, avait fait en même temps le catéchisme aux familiers de cette abbaye ^, d'où la persécution l'avait depuis écarté *. Floriot venait d'imprimer sous le titre de Morale du Pater quelques-unes des instructions qu'il avait données à ses anciens auditeurs [1672] ^^ au moment même où Nicole et Amauld se rendaient à la Trappe [1678] pour y assoupir une première mésintelli^ gence. Or, dans là Morale du Pater, Floriot soutenait précisément le contraire de ce que Rancé enseignait à ses religieux touchant les devoirs de la piété filiale. Nouveau grief sur lequel les deux visiteurs ne crurent point dans leur conscience devoir faire droit à leur hôte ^. Après leur retour, celui-ci écrivit à Nicole, qui communiqua sa lettre à l'auteur dont il se plaignait \ Floriot répliqua, et une polémique s'ensuivit, polémique anodine, et qu'on tint enfouie toutefois jusqu'en 1741 ^. En 1688 cependant, Rancé avait rendu publique, dans son livre sur ta Sainteté de la vie monastique, l'opinion con-
1 De la sainfeté et des devoirs de la vie monastique, t ii, p. 69, et Sclairdssemens, p. 195.
2 Racine, HisU ecdés,, t xu, p. 858; Cerveaa, NécroL, t m, p» S66 ; Métn. de Lancelotf L n, p. 120, etc. ; Floriot, Morale chrétienne, t n, éloge, p. 6.
* Besoigne, iRst, de P. B., U it, p. 600 ; Floriot, ibid. -- Cf. lAflres de la M. Angélique, 1. 1, p. 453.
4 Besoigne, ibid,, t u, p. 9 ; Floriot, ibid,
B Cerreau, NéeroL^ U iv, p. S80 ; Besoigne, Hist. de P. Jl, t. tt, p.' 600.
^ Besoigne, ibid, ; Floriot, ibid,
^ Floriot, Morale chrétienne, U vx, recueil de lettrea, p. 1«
s Floriot, Morale chrétienne, p, ir-xxxn*
128 ROBERT ARNACU) D*ANDILLY.
traire à celle de Nicole, de Floriot et du grand Arnaold. Aucun de ceux-ci ne l'avait combattu; ils avaient laissé ce soin à Tauteur anonyme, qu'Amauld insinuait charitablement devoir être un Jésuite, -et qui fut plus tard pensionné de sa famille ^
Cette condescendance du grand Amauld n'était pas seulement le prix de la modération de Rancé envers les partisans de Port-Royal ; c'était aussi l'appât destiné à l'attirer de plus en plus vers Port-Royal même ; et à tout événement c'était la fiction ménagée pour faire croire à sa conquête. Mais cette fois les Jansénistes durent se contenter de la fiction. Rancé eut à l'égard de Port- Royal les ménagements qu'il avait pour les affiliés de cette maison; rien de plus. Seulement à toutes les avances de ses alliés fictifs le saint abbé répond avec un embarras qui décèle sa cratrainte, et tombé dans des contradictions qui décèlent plus que de l'embarras. Hélas I comme le disait Arnauld ^, la conduite des saints n'est pas toujours irrépréhensible; et nous craignons bien que Rancé n'ait introduit dans ses relations avec Amauld lui-même les systèmes qu'il avait défendus contre les amis de ce docteur. —Tous les chrétiens ont besoin de mortification. — Un allié est moins qu'un père. — Arnauld était prévenu. 11 pouvait s'attendre à être humilié et abandonné.
Ce côté si curieux de la vie d'un des membres de la famille Arnauld appartient trop à notre sujet général pour que nous ne prolongions point ici de quelques détails l'étude particulière que nous avons entreprise sur
1 Larroque, VériU moiifê <U la conv., p. 104.
2 Voir plus haut p. 126.
cHiip. n^ SECT. n, ART. n, s ^' ^^^
les relations connues de Rancé avec le Jansénisme. Ce sera en apparence une parenthèse mise à la biographie de d'Andilly en faveur de son frère. Ce sera en réalité une suite de ce que nous venons de dire sur le réformateur de la Trappe, et une introduction pour ce qui nous reste à dire sur le dictateur passager de Port-Royal.
S IV. Rancé en présenoe du grand Arnanld.
C'était, on se le rappelle, en 1666 que Rancé, au plus fort des querelles du Formulaire, avait délaissé les conseils de ses anciens amis devenus les partisans trop exclusifs de Port-Royal. Il les avait délaissés au moment où ceux dont il les avait reçus refusaient d'obéir à une bulle du pape y, qui, en leur demandant de signer ce Formulsdre, selon eux inacceptable, blesssdt leur conscience. Chose singulière ! En 1667, Rancé lui*mème, au sein d'une assemblée générale de l'ordre de Clteaux avait publiquement protesté contre une bulle qui contrariait sa réforme ^. Sa protestation était pendante, lorsqu'on 1668 la duchesse de Longueville, qui mettait au service de la Fronde religieuse l'activité que lui avait laissée la Fronde politique, parvint à ménager aux Jansénistes leur paix avec toutes les puissances. ^
^ La bulle donnée par Alexandre VU le d6 octobre 1656. (D. Gerberon, Ilisf, du Jansén*^ 1. 1, p. 816 ; Mém, HiêU sur le FormuLf t. i, p. 172, etc.
2 ManolHer, Vie de Rancé, 1 1, p. 284 ; D. Le Naîn^ t6i<i., t. r, p. 93 ; Lettre de Le Nain de Tttlem,, p. 71.
3 Quesncl, Hi$t, du Formul, et de ta paix de Clément IX; Qiicsnel, la paix de Clément IX; D. Gerberon, Histoire abrégée de ta paix, dans son Hist, dujansén,, t m, p. 917 ; Varâ, Relation de ce qui s*e»t passé dans l'a faire de ta paix de t* Eglise (Quesnel, éditeur) ; Guilbert, Mém. ehron. et hist,^ t u, p. 22 ; MémM de Fontaine^ U n, p. 225 ; Mém, de ÎAtncelot, t. I, p. 271.
Iâ2 • ROBERT ARNAULD D'ANDILLY.
Ici, à en croire les Jansénistes, le saint abbé devait se permettre une légère fiction : « Témoin, disent-ils, trois c( des plus savans religieux qu'il ait jamais reçus en sa <( maison : M. Cordon, docteur de Sorbonne et vic^dre de « Saint-Merry à Paris, sous le fameux M. du Hamel « [Saint-Merry était la paroisse de la famille Amauld]; «M. Hardi, supérieur du séminaire et théologal de « l'église d'Alet, sous M. Pavillon; et Dom Augustin, « religieux célestin d'un mérite distingué. Ces trois per- « sonnes déclarèrent en arrivant à la Trappe qu'ils ve- « noient embrasser la vie pénitente qu'il y avoit établie, (( mais que c'étoit à condition qu'on ne leur parleroit « jamais de signature. Cette déclaration n'empêcha pas « M. l'abbé de les recevoir à bras ouverts, et de leur « faire faire profession ; et, ce qui est en quelque façon (( plus considérable, de les combler d'éloges après leur « mort, comme on peut le voir dans les relations qu'il a (( publiées de 1^ mort de ses religieux ^ , parmi lesquels ces « trois [personnages] tiennent des premiers rangs 2. ...» — <( On est bien assuré, dit le grand Amauld, que les prince cipaux de son monastère, quelque vénération qu'ils « eussent pour sa personne, n'auroient point trouvé bon « [s'il les eût consultés] qu'il eût parlé en leur nom en (( la manière qu'il fait. Il est certain aussi qu'il a reçu « beaucoup de religieux tant de ceux qui vivent encore
1 RelaHon de la vie et de la mort de quelque» religieux, etc.
3 Lettre de Le Nain de Tillcm,, p. 69. — Cf. Les leUres de Ranoé au sujet de Tadmission de Hardi, dansD. Le Nain, Vie de Rancé^ Li, p. 107, et M. Gonod, Lettr, €cin et cciv,du 5 avril 1670 et du 28 juillet 1672, p. 843 et 345* On y verra que »i Hardi consenrait des opinions jansénistes, comme l'aiFntne raiitcur que nous venons de citer, du moins il s^était soustrait à rinlluence et à'Ia direction de Tév^que d'Alet. — Cf. Mém, de Lancelot, t. II, p. 440.