‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 8 sur 99 · GHAP. D, 6ECT. U, ART. II, § IV · texte numérisé non relu

GHAP. D, 6ECT. U, ART. II, § IV

« que de ceux qui sont morts. . . et dont il a fait lui-môme « réloge* qui ne se seroient jamais engagés dans sa mai- (( son s'il avoit exigé d'eux qu'ils fussent dans la dispo- « sition de signer le Formulaire au cas qu'on le leur « présentât ^..))

Mais si Rancé avait parfois laissé forcer secrètement aux Jansénistes le guichet de son monastère, en public du moins il dressait soigneusement autour de sa personne le cordon sanitaire qui devait leur en mesurer l'accès. « Ceux « qui vous ont dit, proteste-t-il à l'abbé Favier, que jen'a- (( vois vu que des Jansénistes à Paris, ne vous ont pas dit « vrai. Je n'y ai fait aucune visite ; et quoique j'aie fait ce « que j'ai pu pour éviter que l'on ne m'en rendît, j'y ai « été vu de toutes sortes de personnes, et même de celles « qui tiennent les premiers rangs dans le royaume, Made- « moiselle. Madame de Guise, Madame de Longueville, et a quantité d'autres, M. le cardinal de Retz, de Bouillon, « M. le premier président, et un grand nombre de gens « très qualifiés... Véritablement la foule fut si grande à. « l'Institution [des Pères de l'Oratoire] où fétois logé, « que cela me concilia l'envie. Je m'en aperçus, mais il « ne dépcndoit pas de moi de l'empêcher, quoique je « fisse toute chose pour ôter les occasions. [ 3 octo- <(brel675.]2»

En agissant ainsi Rancé avait acquis le certitude de ne pas mécontenter ses alliés impassibles de Port-Royal, car l'année même où il avait écrit la lettre précédente, il écrivait encore ces ligneà vraiment curieuses : « Il y a (( cela de bon avec les Jansénistes, que quand on ne dit « pas de mal d'eux, ils disent du bien de vous. Mais

I Œuvres tCAmauld, t. ii, p. 123, lettre ccclvh, du 9 janvier 1682. 3 M. Gonod, Lettre xuviiy du S octobre 1675, p. 56.

a pour ces autres [les Molinistes], à moins que l'on n'é- « pouse leurs passions et que Ton n'entre en tout dans u leurs excès et dans leurs emportemens, ils vous con- « sidèrent comme leur ennemi, et n'oublient rien de ce « qu'ils croient capable de vous nuire. Je vous avoue que (( rien ne m'a tant éloigné d'eux et de leur conduite que a ce mauvais procédé '• »

Nous avons déjà vu un exemple de ce mauvais procédé, et nous savons quel en était l'auteur^. Mais Rancé était d'autant plus excusable de méconnaître celui-ci que, d'après les Jansénistes même, le réformateur n'était point doué en général du don de discernement ^, et qu'en ce cas particulier le grand Arnauld l'avait aidé à se méprendre ^ Heureuse méprise I qui en 1676 valait à Port-Royal les lignes suivantes : « Je ne nie point que dans le nombre a presque infini de crimes et de maux dont je me sens « redevable [comptable] à la justice divine, celui d'avoir (( imputé aux personnes qu'on, appelle Jansénistes des « opinions et des erreurs dont j'ai reconnu dans la « suite qu'ils n'étoient pas coupables, n'y puisse être (( compris. Etant dans le monde, avant que je pensasse « sérieusement à mon salut, je me suis expliqué contre (( eux en toute rencontre, et me suis donné sur cela une w entière liberté; croyant que je le pouvois faire sur la « relation de gens qui avoient de la piété et de la doc- « trine. Cependant je me suis mécompte, et ce ne sera (c point une excuse pour moi au jugement de Dieu, d'a-

1 Lettre à la M. Agnès Carmélite, en 1675, à la suite de la Leitt-e de Le Nain de 'lilUm,^ p. m*

3 Voir plus haut, p. iSO,

^ n Cet abbé n^avoit pas en un degré éminent le don du disceruemcut « dos esprits. ■ (Lettre de Le Nain de TiUem.^ p. 26}.

A Voir plus haut, p. 120.

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« voir cru et d'avoir parlé sur le rapport et sur la foi « des autres. Cela m'a fût prendre deux résolutious que a j'espère de garder inviolablement avec la grâce de Dieu. tt L'une est de ne croire jamais le mal de personne, quelle « que soit la piété de ceux qui le diront, à moins qu'ils (c ne me le fassrat voir avec évidence, [sans doute avec (c cette évidence qui permettait de confondre le Jésuite 0 Bouhours avec Larroque le protestant] ; l'autre est de n n'en dire jamais, à moins qu'avec l'évidence je n'y «sens engagé par une nécessité indispensable.... Pour « parler franchement, je ne suis rien moins que Moliniste tt [y a-1ril à le proclamer nécessité indispensable ' ? nous f( le verrons par la suite], quoiqpie je sois parfaitement

0 soumis à toutes les puissances ecclésiastiques. Je ne c( pense point comme eux pour ce qui regarde la grâce « de Jésufr-Christ, la prédestination de ses saints, et la (C morale de son Evangile, et je suis persuadé que les (( Jaménisies n'ont poini de mauvaise doctrine^. » Nous avons besoin de prévenir que c'est à la suite de cette citation que Rancé ajoute : a J!ai vu depuis que j'ai quitté a le monde, les différons partis qui ont agité l'Eglise.

1 h9 Janséniste Tillemont écriTait àRancè en pariant des ianséuistes:

1 Pourquoi tous déclarer contre des personnes que le monde n^aime pas et « ajouter de nouTelles douleurs à leurs playes?! {Leit, de Le I^ain de TUkKUt p. 41* } La réflexion n'en eût pas été moins juste pour s'appliquer aux Jésuites.

2 LetU de Le Nain de TitUm.t p. 118. — M. Oonod, lett. gctii, à M. le duc de Brancas, le i$ août 1670, p. 893. -• t J« eroii la foi des Janf sénistes 1res saine et très catholique ; et quoique Je n'entre point en tout « dans leurs sentimens et dans leurs raisons^ il ne s'ensuit pas pour cela f que je les juge^ ni que Je les condamne. Ils n'entendront jamais dire qu'il c soit sorti rien de ma bouche qui regardé teur penonne en jtarticutier, I qui ne soit plein de toute l'estime et de toute la considération qu'ib peu- « Tent désirer que j*aic pour cux.t (Lettre ft madame de Saint*Loup, en i 677, h la suite de la keit. de U Sain de TUtem.^ p. 113.)

136 ROBEET AUfAULD D'ANOILLY.

a J'ai VU de tous les cotez les intérêts et les passions qui « les ont continués; et par la grâce de Dieu je n'y ai pris « aucune part que, celle de m'en affliger, d'en gémir de- « vaut Dieu, et de le prier d'inspirer des sentimens de c( psdx et de charité à ceux qui paroissent en avoir de « tout contraires. T ai vécu entre les uns et les autres en « état de suspension.... ' »

Rancé avait la conscience trop timorée pour ne pas se mettre tôt ou tard en règle avec cette dernière assertion. Il avait donné au duc de Brancas, à qui s'adressaient les lignes précédentes, l'autorisation de les communiquer; et soit que son correspondant eût usé de la permission, soit que les Molinistes, d'après les froideurs, soupçonnassent les antipathies du réformateur à leur égard, un bruit se répandait à la cour que l'abbé de la Trappe était Janséniste. Celui-ci écrivit une autre lettre ostensible au maréchal de Bellefonds : « Je ne puis m' empêcher de vous ou- (( vrir mon cœur touchant les bruits qu'on ne se lasse point « de répandre sur mon sujet, et auxquels, par la grftce de c( Dieu, je n'ai jamais^donné aucun fondement légitime « par ma conduite. Je ne vous en parle pas pour votre a éclaircissement, parceque vous ne doutez point de la « pureté de mes sentiments , et que vous me rendez en « tout une entière justice ; mais afin que vous puissiez « dans les rencontres, si vous jugez à propos de me don- « ner cette marque de voire bonté, dire précisément ce nfai toujours été, et ce que je suis encore sur les ma- « tiêres du temps. — Je vous dirai donc. Monsieur, que n depuis que je ne suis plus du monde, je n'ai jamais été « d'aucun parti que de celui de Jésus-Christ et de son

> M. Goiiod, itUL, p. 357. ^ LetU de Ije Nain, p. iii.

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