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262 LES PETITS-riLS D'AUUULD D'^lSINaXT.
' « cbon ayant lui-même condamné son livre, et le pu provincial des Jésuites, accompagné du P. Péruss^:.-/ u m'ayant déclaré que l'auteur vous assureroit par èc': tt si vous le voulez, qu'il désayouoit et rétractoit q^>.*- « ^ues faits personnels et injurieux qu'il avoit ^^ân: H au sujet de M. Arnaud, dont il avoit reconnu depuis u « fausseté ; que d'ailleurs en combattant ses scsdj&eiis. tt son intention n' avoit jaraads été d'offenser une fanûlli « qu'U respecte, et encore moins we personne de vort c( caractère et de votre dignité; Sa Majesté croit gjt tt vous avez lieu d'être content; et d'autant plus que !à tt révocation du privilège accordé pour l'impression du a livre \ et l'ordre que le roi m'a donné de retrstDcbei « du nombre des censeurs royaux celui qui l'a approuvé^ 0 achèveront de vous procurer la satisfaction la plus tt désirable pour vous, puisque c'est à Sa llLa\es»\fe même tt que vous en serez redevable. Vous ne doutez pas de la « grande attention que j'aurai, suivant l'intention àa if roi^ i empêcber qu'op n'imprime plus de livres qui tt contiennent des excès semblables. Vous savez i quel « point je suis, Monsieur, votre très affectionné serviteur. « D' Aguesseau. — Versailles, 18 février 1748. »
' Cette lettre était un véritable triomphe pour l'abbé à Pomponne, Mais, ou il lui était interdit d'en révéler la teneur, et alors son trlompbe était illusoire ; ou il pouvait la rendre publique, et alors il se montra fidèle à ses habitudes de succès incognito en renfermant son trioicphe dans son enveloppe, et en le déposant tout scellé k 17 février 1748 chez le notaire qui avait dressé sa pnn
t Syhain Péruueaa, confesseur du duphin, fib de Louis XV. ' Ajfpendice^ note R. 15 féTrier 1748.
CHiB, ¥>j 8£€V« n, ART. IT. 3«$
cur^tiw ^t epregistré sa requête. L^enveloppia portait
cette suscription : a Lettre secrefte et très iooportaate à
tt M* Tàbbé de Pomponne, dpyen du conseil, chanceUei'
iL des ordres du roi, à Paris ^ » Lettre secrHe ! eea mots»
et les précautions prises i propos de cette lettre par soQ
heureux possesseur, semblent âémanti*er qu o^ avait pri-*
mitivement fait du silence de celui-ci la clause d? la répa^
ratiojUt Mais sans doute les démarches des Jésuites, la ^
révocation d'un censeur royal et le retrait d'un privilège
de librairie n'avaient pu s'accomplir sans provoquer les
commentaires du public. Nécessairement la çurio^té
excitée venait a* enquérir près de l'abbé de Pomponiie ;
et ce dernier, réduit à la nécessité de subÎT) s'il se tai^
sait, la flétrissure qu'il ne méritait plus, et d'encourir,
s'il parlait) la disgrâce de la cour» devait solliciter de
celle-ci la pernûsaion de rompre,, au moins pour ses amis,,
le mystérieux cachet.
C'est ce qui uqus semble résulter d'une lettre écrite par l'abbé lui-mém^ [entre le 17 février et le 2 foars) Mh& ^ à l'abbesse de Maubuisson % lettre qui d'ailleurs offre le seul échantillon que nous ayons pu recouvrer du style de Vb<xnorable académicien, k Mon afiaîre en (( questioip, écrit-il, est heureusement terminée ^ m^k u grande satisfaction par les bontés et la justice du roi. « 1* Sa Majesté a fait chasser M. de Marscilly et déplacer ((l'approbateur du livre*, et lui a retiré sa pension.
ï Appendice^ note R. 47 février 1748, p. 2 et 7.
s Dans cette lettre Tabbé de Pomponne parie du paquet déposé chez le DOlaire le i? février, et dit qu'A ii*était pas encore ouvert. \\ le fut le 2 mars suivant.
' Voir le Galk, ehriât., t. vu, col. 938.
4 M. de RfordllT et Fapprobaleur du Kvre nous semblent la m£me personne. Le procès-verbal, dressé sous les yeux et à la demande de Tabbé de
26& LES PEITTS-FILS D'ARNACLD D'ANDILLT.
Cl punition exemplaire en pareille occasion, et qui fil' « grand bruit dans Paris. 2"" Elle a fait supprimer pr a un arrêt du conseil le privilège accordé pour ce mr « chant livre. S* Elle a ordonné à monseigneur le cliar- « celier de m* écrire de sa part une grande et loagur a dépèche qui porte en substance que Sa Majesté, ayaot « sçu les plaintes que j'ai portées à ses pieds après aroir a retiré par ses ordres ma plaûnte portée au parlement, « ma satisfaction devoit être entière puisque le P. Piclion a s'étoit rétracté de la totalité de son livre, et que moL- « seigneur Tarchevêque de Paris Tavoit condanîBe; « qu'elle s'étoit fait instruire et avoit eu un écrit des « Jésuites ' par lequel ils désavouoient Jes faussetés, les « termes injurieux et tous les excès où s'étoit porté le « P. Pichon, leur confrère, promettant qa'à Tavenir il « ne paroîtroit aucune chose semblable centre lA. Kt- « nauld, mon grand-oncle, auquel il porteroii honne'jr « et à toute ma famille, à ma personne et à ma dignî n a Cette dépêche est signée de M. le chancelier, de lapr. « du roi. A moi permis d'en faire tel usage qu'il nie coi^a viendra et d'en distribuer dans toutes les branches i « ma famille^; Sa Majesté entendant par tout ce qui e'» « dit ci-dessus qu'il n'arrive rien de semblable contre 1î
Pomponne, porte, p. 5 : t Sa Majegté a ordonné à M. le dianoelîer de n^c du catalogue des censeurs royaux M. de Mardlly, docteur de SoitooK, t approbateur du livre du P. Pichon. •
1 Ced est faux;'T6ir la lettre du chancelier.
2 On ne trouye rien de semblable dans la lettre du chancelier. D*ai.i<^'-^ s'il a été permis à Tabbé de Pomponne de faire de cette lettre tel ttt^r qui lui conviendrait, à quoi bon cette permission spéciale d'en distrib^' danê iouteê le» branekei de ea familUf Enfin si cette permission, quelq*^ restreinte qu'elle soit, a été accordée dès le principe, poorqi^oi eafem^^ sous enreloppe cachetée cette Utire. HcréteT
GHAP. y^ 5EGT. IL ART. lY. 265
il personne de M. Arnaold et contre sa famille. Je vous (( envoyerai la copie de cette dépêche quand elle sera ({ retirée de chez le notaire où .elle est en dépôt. Cette « satisfaction, qui me vient de la part du roi, m'est plus a honorable que si les révérends pères Jésuites des trois « maisons étoient venus, comme je m'en étois contenté, <c me faire satisfaction chez moi. [Nous sommes persuadé « que les Jésuites aussi préféraient cette solution, et que (( sur ce point du moins ils se trouvaient d'accord avec « la famille Amauld.] Ils n'avoient qu'à nier le fût, et « je n'en aurois eu aucune preuve. Au lieu que cette « lettre de M. le chancelier est une pièce authentique, ({ qui sera conservée dans toutes les branches de ma face mille. Les cardinaux Rohan et Tencin, et M. de Mire- (( poix ' ont fait le diable à quatre. Mais Sa Majesté, « malgré toute leur sollicitation, a bien voulu me donner » des marques de sa justice et de sa bienveillance. »
Il ne manquait plus à cette bienveillance que de la rendre publique, et sans doute Pomponne obtint la permission de le faire ; car le 2 mars 1748 ^ il se transporta chez son notaire, puis, en présence de celui-ci et d'un de ses collègues, il retira la précieuse lettre de sa trop discrète enveloppe et fit consigner le tout dans un ample procès-verbal. Dès lors son secret put s'échapper de l'étude où il l'avait enfoui. Les plumes des clercs valaient bien pour cela les roseaux mythologiques, et bientôt le secret prit son essor. Les copies de la lettre se multiplièrent. C'était à ce qu'il parait la seule publicité que la cour eût permise. Mais soit que Pomponne là trouvât
1 Jean-Baptiste de Ghampflotir.
2 Voir VAjfpendiee, note R, & cette date.
M6 LES PEtrrs-Fiis d'arnacid d'âiidilly.
Insuffisante, soit qu'elle parût telle à des amîs du grand Amauld qui n'avaient rien à ménager avec la faveur, un jour la lettre parut imprimée sous ce titre : Le triomplii . ée M. AmauM^. Grand fut l'émoi. Les auteurs même des NoHvetles ecdêsiasîiifWes, tes organes violents du système janséniste, qui depuis deux ans poursuivaient i outrance te livre du P. Picbon*, blâmèrent une semblable démwcbe. t< H parott, disaient-ils, un imprimé de huit « pages in-quarto, auquel, par une affectation générale- * ment désavouée, YédUteur inconnu a donné ridicole- *ment pour litre: Ttiompke de M, Amauld^.^ Ou ^ nous nous trompons fort, ou Xéditeur n'était ps^s ausâ ; inconnu des folliculaires jansénistes qae ceux-ci l'avançaient. Au m^nnent où leur parti se trouvait en butte à tant d'ennemis, ils ne se seraient pas joints aux agresseurs s ils avaient craint d'atteindre un ami cacYiè. Dans leur lange^ amer, n'y aurait-il pas te ressentiment d'une trahison et comme un arrière souvenir de la démissioD à propos de laquelle ils aiguisaient naguère leur ironie*? Ce qui nous le ferait penser, c'est que les copies manuscrites répandues par l'abbé de Pomponne paraissent n'avoir reproduit que la lettre du chancelier et l'acte de dépôt; à cela du moins se bonie le contenu du seul exemplaire que nous en ayons pu découvrir^; tandis que Timprimé contient, outre ces pièces, la procuratimi, Fadhésion et la requête qui dès lors ont dû sortir direc-
1 Appendice, note R.« soos le a** 17 his» i NouvelL eccUs,, de i745 à l748, pasêim*
s IbitL^ n« du 30 avril 17^8, p. 73. — CU SuppUtiu aux Nauv. etcUu, du h juin 1748» p- S9«
i Voir plus haut» L ii, p.^51.
5 C'est le no 17 du recueil de VtMIKt D^tt» Âppenéhe^ mie H.
cttAP. y, ^t. û, aM. IV. 26Î
t^nent de Tétude où les avait déposées Pomponne, dont elles intéressaient l'amour-propre sans rien ajouter au triomphe du docteur Amauld. Cette hypothèse d'ailleurs serait assez conforme aux habitudes am)nynies de Tabbé. Mais en tout cas celui-ci, efiSrayé comme d'ordinaire d'un succès qui côtoyait uu péril, renia Tneuvre, qui, si die n'était pas la sienne, était celle d'un ami.
Alors intervint l'arrêt suivant ' : « Le roy ayant été « informé qu'on répandoit dans le public tm écrit inti- « tulé : Le triomphe de M. Arnauld, Sa Majesté auroit « reconnu, par le compte qui lui en a été rendu, qu'on y « avoit eu la t^értté de publier des faits qui s'étoient u passez sous ses yeux, et même une lettre écrite par « son ordre au sieur abbé de Pomponne, doyen de son tt conseil et chancelier de ses ordres ; ce qui auroit en- « gagé cet abbé à porter ses ptatntès au râg d'une ima pression faite à son insçû^ qui Vofet&fOit personnette- « mm^ autant qu'elle étoit contmire au respect \!pA est « dû à Sa Majesté) et dont it la supjdioiî de né laisser suba sister aucun vestife. Que d'ailleurs le titre mênore qu'on a <( donné à cet écrit suffittnt seul pour Mre voir manifes- « tement qu'mi aVoit cherché à abuser d'une lettre qui tt n' avoit pour objet que la rétrâtctatton de quelques faits « injurieux à la personne du feu sieur Arnaud, sans qu'il « fût question de ses sentimena, l'auteur qui se rëtrac- « toit ayant semtement déclaré sur ce pidint^ qu'en les « combattant, son intention n' avoit jamiûs été d'o/fefiser « la famille m fa personne du sieur nbbi de Pomponne ; ti et que cependant on avoit voulu présenter au public <( cette rétractation comme une justification solemnelte
i Appendice, note R., d« 18.
268 LES PBTIT8-FII.8 d'AENAULD D'ANDSLLT.
« des sentimens du feu sieur Arnauld, malgré la censure « toujours subsistante qu'ils avoient éprouvée de la part il de la Faculté de théologie de Paris, en sorte qu*il étmt « visible que œux qui ont fait imprimer cet écrit n &a voient eu en vue que de troubler de nouveau la paix de tt l'Église. A quoi étant nécessaire de pourvoir. Sa Maujestéi étant en son conseil, a ordonné et ordonne que a récrit qui a pour titre : Le triomphe de M. Arnauld, « imprimé sans privilège ni permission, sera et demeu- « rera supprimé. Enjoint à tous ceux qui en ont des « exemplaires de les remettre incessamment au grefle du a conseil pour y être supprimez. Fait, Sa Majesté, très « expresses inhibition et défenses à tous imprimeurs, « libraires, colporteurs ou autres... d'en imprimer, ven- « dre, débiter ou autrement distribuer, à peine de p\i- « nition exemplaire. Enjoint au sieur Berryer, maître des a requêtes, lieutenant-général de police dans la ville et tt banlieue de Paris, de tenir la main à l'exécution du « présent arrêt, lequel sera /ii, publié et affiché partout « où besoin sera. Fût au conseil d'état du n>y> Sa Maiijesté y étante tenu à Versailles, le 27 avril 17&8. a Signé : Phelypeaux. » — « Cet arrêt, disent les auteui^ « des Nouvelles ecclésiastiques ^, diminue, non le triom- ((.phe de. M. Amauld» qui, au jugement des personnes tt instruites et impartiales, a toujours triomphé et triomtt phera toujours, mais la satisfaction dont M. l'abbé de « Pomponne s'étoit flatté ; car il résulte évidenmient du « préambule de l'arrêt, que ce qu'on a fût pour le satis- « faire n'a eu pour objet tout au plus que la rétractaUoo tt de quelques faits injurieux à la personne du grand Ar-
i N* do 4 juin i748t p* 90, S i^*
^ GHAP. y, 6ECT. n. ART. IV. 269
^ a nauld, et qae tout s'est réduit de la part du P. Pichon à « déclarer que son intention n'avoit jamais été iC offenser