‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 82 sur 99 · SECTION IL · texte numérisé non relu

SECTION IL

ANGfiUQUE DE SAINT-JEAN, FILLE D'ARNAULD D*ANDILLY.

Angélique de Saint-Jean a beaucoup plus et même beaucoup mieux écrit qu'aucuixe des femmes de sa famille ^ Ses ouvrages sont presque tous connus du public; mais ses lettres ont été moins nombreuses ou plutôt moins bien conservées que celles de ses deux tantes. ^

1 «t M. Nicole estime qa*elle avoit plas d'esprit même que M. Arnauld,

< très eiacte à ses devoirs, très sainte, mois naturellement un peu scientif fique, et qui n'aimoit pas à être contredite. » (Racine, Fragm, sur P. A., GEuT., t IV, p. 298«) < M. de Pompone demandoit un jour à M. Nicole : c Tout de bon, croyez-vous que ma sœur ait autant d'esprit que madame c Duplessiê GuinegaudfU. Nicole traita d*un grand mépris une pareille ■ question. » (Ibid,^ p. 299.) t Madame de Longueville ne l'aimoit pas, et « pourtant convenoit de loules ses bonnes qualités. Elle avoit plus de goût

< pour la mère Du Fargis, qui savoit beaucoup mieux vivre.» (/6tU, p« 298.) Tout en admirant la mère Angélique de Saint-Jean, nous avons déjà fait et nous luisons de nouveau une restriction. Elle est bien loin, à notre avis, de ^ posséder Tesprit de charité à un degré aussi éminent que ses deux tantes, la première Angélique et la mère Agnès. Sa fermeté est presque toujours voisine de la rébellion et de PentétemenL Avec une nuance de plus, cette fermeté deviendrait chez elle ce qu'elle est devenue ches quelques-unes de ses compagnes, de l'aigreur^ de Temportement et presque de la haine ; ses Relations ne s'éloignent pas asses du ton qui règne, par exemple, dans celles de la sœur Geneviève de rincamation Pineau (sur la singulière vocation de cette Glle voir Mém. de ta M» Angélique, 1. 11, p. 323), ton que peut faire excuser, mais non approuver, la position difficile dans laquelle se trouvaient ces filles. (Voir ffist, des Persécvt,^ p. 3S5'Aik2.) Quelle différence entre ces violents factums et la relation si calme et si touchante où la pauvre Thérèse raconte que sa tante, la mère Agnès, la laissa libre de signer, sans vouloir même rinfluencer par un ans! (Àet., letf,, relat,, t. i, n* iv, p. 29-65.)

> Voir cependant Le Clerc, Vies édif. de P, R„X, i, p. 256-321, et t. iv, passim ; ainsi que la plupart des recueils et histoires relatifs à Port-Royal, où ces lettres sont citées ; comme le HenteH in-42, p. 877, 386, 533 ; Hist, des Persécut,, p. 51, 108, 237, 270 ; Actes, tett., retat,, n"* i, p. 49, n" v, p. 10, 26, 33, 46, relation de la captivité, etc.; ilnd.^ n'vi, lettres de la mère Angélique de Saint-Jean à M. Arnauld, etc , et t. 11, n^xii, p. 51.

394 ^^ REUGIEUSES DB ^ PAIOIXB ABNAULD.

Il ne s'en trouve que fort peu de publiées, et notre dépôt n'en renferme que dix-buit inédites. — Celles de la première Angélique qui nous sont parvenues donnent une idée complète des relations de celle-ci avec des étrangers, avec ses amis, avec ses proches. — Celles de la mère Agnès ne sont adressées qu'à ses compagnes ou i des personnes amies.— Les lettres d'Angélique de Saint-Jean se rapportent presque exclusivement à sa famille. Dans celles qui sont imprimées, il n'est guère question que de Sacy et du grand Arnauld. Dans les nôtres, qu'elle adresse presque toutes à d' AndUly , son père, elle se montre surtout préoccupée de lui, des petits-enfants du solitaire et de Luzancy. — Ce sentiment est d'ailleurs celui auquel s'abandonne le plus volontiers cette fille de Robert^ même dans ses autres écrits, où les intérêts, les périls, les catastrophes de Port-Royal sont un thème que reviennent presque toujours dominer les réminiscences du foyer domestique. Ces réminiscences, il est vrai, s'absorbent tout en Dieu ; mais peut-être, devant Dieu même, avaientelles quelque chose d'excessif ^

ABTiaE I".

Angélique de Saint-Jean et son père.

Nous aurions grand regret toutefois à ce qu'Angélique se fût moins préoccupée de sa famille, car l'histoire y perdrait de curieux renseignements sur les persécutions de Port-Royal, et notre dépôt des lettres comme celle-ci : « Je ne scay [mon père] si vous vous persuaderez faci-

* Voir comment, k ce sujet, AugéUque de Saint-Jean avoue 9on impei-fection et iVn confeiu; Mém delai/L 4n^''*f«^^ ^ h P* &2.

CHAP. YJ^ SBCT. II, ART. {, 335

u lement à quel point je ressens mon bonheur, pârceque (c je doute si vous avez bien creu combien il m* a falu dona ner à Dieu depuis plus de deux ans [la lettre est datée (c du 1" mars 1668] pour me priver de la consolation que a je reçois aujourd'huy en me donnant l'honneur de vous a escrire, et qui est une suitte de celle qu'il vous ^ pieu « enfin de me donner après un si long silence [dont le « motif ou le prétexte était la persécution de 166A-1668]. tt J'ay creu revivre quand j'ay veu vostre billet; car il « sembloit que jusques-là nous fussions au rang des a morts de ne recevoir aucunes marques de vostre souci venir, et vous ne pouriez pas vous imaginer de com- (( bien les années m'en ont paru plus longues. — Il n'y « avoit pas jusques à cette parfaitte amie que Dieu nous a <( ostée ^ qui ne le ressentit comme moy,'quoy qu'elle eût (( incomparablement plus de vertu. Et encore ce m'estoit <( un soulagement de m'en pouvoir consoler avec elle, a Mais je pense que Dieu a eu pitié de moy à présent tt que je ne l'aurois plus, puisqu'il vous a donné sitost u après sa mort la volonté et l'occasion de nous consoler « d'une si grande perte, et de toutes les autres afilictions « de nostre estât dont vous nous parlez d'une manière si « avantageuse 2, qu'il ne faut qu'estre pleinement per- « suadées, comme nous le sqmmes, de toutes ces grandes « véritez pour n'avoir nulle impatience d'en sortir et « nulle appréhension de tout ce que les hommes pouce roient encore y adjouster de rigueur ; puisque la mea sure de nos soufirances sera la mesure de la grâce et

1 Sœur Anne de Saiute-Eugénie de Boulogne, dite dans le monde madame de Saint-Ange, morte le 13 décembre 1667.

2 Voir la lettre écrite par d'Andilly à sa fille le 23 janvier 1668, Le Clerc, Vies édif., 1. 1, p. 858.

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