‹ La vérité sur les ArnauldChapitre 14 sur 28 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les études que nous avons faites jusqu'à cette heure sur la biographie des membres de la famille Arnauld nous ont toujours plus ou moins entraîné au spectacle de la vie séculière et de ses agitations; et toujours le choc des passions humaines est venu ébranler, sous nos yeux, les vertus les mieux fondées, en renverser les apparences, en découvrir les misères. C'est à peine si quelques ambitions ou quelques faiblesses, succombant à cette rude épreuve et se traînant à l'écart pour panser leurs blessures, ont attiré par instant nos regards vers les solitudes de Port-Royal, dont nous n'avons entrevu que les abords. — Là cependant est la véritable splendeur de la famille Arnauld ; là sa gloire parmi les humbles ; là sa force parmi les femmes.

Bien loin, à l'horizon, se trouvent Versailles et Paris, l'éclat et le bruit, les courtisans et les docteurs; ceux qui intriguent et qui disputent. — Plus près, hors du mur d'enceinte, un reflet, un écho de tout cela ; l'éclat amorti et le bruit confus, les courtisans qui prêtent encore l'oreille l en faisant pénitence, les docteurs dont les

1 « Vous apprendrez par la mère prieure Télat de la maison, et par mon «frère [D'Andilly] les nouvelles du dehors.» (Lettres de la M. Angélique, t. in, p. I74, lettre dcccxx, du 4 février 1656, etc. ) « Ils ont connu « les affaires de la vie; ils ont admis dans leur sein des hommes battus par « les vents des factions. » ( M. Villemain, Mélanges, p. 353 ; de Pascal.)

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29 't LES RELIGIEUSES DE LA FAMILLE ARNAULD.

lèvres s'agitent dans le silence, ou murmurent tout bas ; en apparence un cercle d'ermites, en réalité une réunion de malcontents. — Mais au dedans quel calme et quel silence î ! quelle humilité et quel détachement ! Comme tout bruit expire aux pieds de la foi, comme tout éclat disparaît sous les pieds de la pauvreté !

Ce n'est pas cependant que ces murmures des docteurs, que cette inquiétude de tous ne glissent quelquefois du parloir au sanctuaire, et que les cloîtres ne s'en émeuvent. Parmi les solitaires, il en est de si tendrement aimés ! La famille et ses liens viennent ressaisir sur l'autel des cœurs qui s'y étaient fixés, et ramènent l'agitation où Dieu avait mis le repos. Douce et triste punition de ce retour vers le monde qu'aucun de nous ne voudrait condamner, mais que la miséricorde divine voulut peut-être faire expier ici-bas à ces âmes pour lesquelles un autre monde ne devait avoir que du bonheur. — Ames tendres dont le besoin d'aimer fit toute l'erreur, dont l'erreur ne fut que de la confiance, mais dont la confiance devint de l'obstination. — Croyaientelles réellement en Jansénius 2 ? Elles souffrirent pour ce nom; mais elles ne croyaient qu'à leurs familles et en Dieu 3. — Qui donc oserait leur dire anathème ? Anathème à ceux qui les ont trompées, peut-être ; à elles, jamais.

Pour nous, avouons-le, nous ne pouvons songer sans

1 Cf. Racine, Hist. de P. /?., p. 61.

2 Cf. Lettres de la M. Angélique, t. î, p. 218, 23J, 233, 292, 436, 478; t. il, p. 346, 363, 365, 435, 441, 487, 517, 529, etc. Voir aussi ce qu'il y est dit des Jésuites, t. î, p. 233, 240, 309, 451, 603; t. n, p. 10, 21, 33, 34, 342, 353, 365, 441, 487, 564, 573, 575: t. m, p. 24, 39, 172, 198, 203, 435, 534, 543, etc.

3 Voir tous les interrogatoires dans l'Histoire des Persécutions.

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