‹ La vérité sur les ArnauldChapitre 20 sur 28 · SUPERSTITIONS A PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

SUPERSTITIONS A PORT-ROYAL

Que certains membres de la famille Arnauld, vivant dans le monde, aient cru à la chiromancie, à la sorcellerie, aux horoscopes (Voir plus haut, t. u, p. ^8, n. 2 et 3; Mém. de l'abbé Arnauld, part, i, p. 112, 129, 192 ; part, n, p. 168; Lettres de Voiture, lxxx, p. 190, etc.), il n'y a là rien qui nous surprenne. Leur époque les y autorisait, et ils n'étaient pas tenus d'être plus éclairés que leur siècle. Mais que les Arnauld de Port-Royal, qui avaient la prétention de diriger le siècle, et dont personne ne saurait révoquer en doute les lumières, se soient montrés plus superstitieux que tout ce qui les environnait, aussi superstitieux qu'on l'était du temps de Grégoire de Tours, c'est ce que nous n'avons jamais pu comprendre,et ce dont, à notre avis, il est curieux de réunir les preuves. — Elles seraient innombrables.— Nous nous contenterons d'en choisir une qui se rapporte au premier, et trois qui se rapportent au second des deux modes de superstition qui étaient le plus en vogue sous les premiers héritiers de Clovis.

§ Ier. — Sorts des saints l,

« Le jour de l'octave de la sortie de M. de Cyran [du fort de c Vincennes]...., après la messe et le Te Dcum, il envoya son do- « mestique dans la sacristie, dire qu'il prioit tous les ofliciers et le « célébrant de s'assembler, et de lui tirer un pseaume tel qu'il plai- « roit à Dieu de nous l'envoyer, qui lui pût servir de cantique de « joie et d'action de grâces pour dire à pareil jour, c'est à dire « tous les vendredis, et tout le reste de sa vie. Nous nous unîmes « tous ensemble, et après avoir invoqué Dieu, le diacre [M. Arec nauld le docteur], tenant un pseautier, le prêtre [M. Singlin] « ficha une épingle dedans, afin de prendre ce que Dieu nous en- « voyeroit pour consoler son serviteur. C'est ici, ce me semble, où

1 Cf. Gregoriiun Turon., Hist. ccclcsiast, Francorum, lib. n, cap. xxxui ; lib. iv, cap. vu ; lib. v, cap, xiv, etc.

« Ton a tout sujet d'admirer sa providence et sa bonté, et d'attendre « avec patience le jugement qu'il prépare aux ennemis de la vérité « et de ses défenseurs; car le pseaume qui nous échut fut le xxxiv,

« Judica, Domine, nocentes me C'est un pseaume tout de

« consolation pour le serviteur de Dieu, et en même tems tout de

« feu et de colère pour ceux qui persécutent les justes Quanta

« M. de Saint-Cyran...., il fut d'autant plus surpris de la rencontre « de ce pseaume, qu'il n'y en a point de plus formel pour la con- « joncture où l'on étoit, et qu'il avoit sujet de croire que Dieu le « lui envoyoit par l'entremise des ministres de l'autel, sans qu'il y « eût aucune part. Il voulut le chanter à l'heure même, avant que « de sortir de sa place. 11 pria pour cela que l'on fît retirer tout le « monde de la chapelle, afin qu'il pût se répandre avec plus de

« liberté en la présence de Dieu Néanmoins nous fûmes bien

« aises de le considérer, M. Singlin et moi, d'un lieu où il ne nous « pouvoit pas voir, pour nous édifier de sa dévotion. M. de Saint- « Cyran étoit dans une effusion de larmes en chantant ce pseaume, « à la fin duquel, ne pouvant plus se tenir, il se jeta la face contre « terre, et demeura là longtems à gémir et à soupirer devant « l'autel. » [Mém. de Lancelot, t. i, p. 212-219; Cf. Dom Clémencet, Hist. de P. R., t. n, p. 248 ; Mém de la M. AngéL, t. i, p. 195, etc.; Hist. des persécut. de P. R., p. 25, 38, 78, 208, 293, etc.; Quesnel, Vie d' Arnauld, p. 112; Actes, lett., relat., t. i, n° iv, p. 26; n° v, Captivité d'Angél. de Saint-Jean, p. 73, 108. etc.; Leclerc, Vies édif. de P. R., t. i, p. 391-394; t. iv, p. 129, 309, etc.; Lett. de la M. AngéL, t. i, p. 306, etc.)

§ II. — Correspondance avec le ciel 1.

« Comme les religieuses de Port-Royal enterroient une de leurs « sœurs [le 18 mai 1664], la mère Angélique de Saint-Jean lui mit « entre les mains une requête addressée : Au grand pasteur des « brebis que Dieu a ressuscité d'entre les morts, qui contenoit « un appel à Dieu de la violence que l'archevêque [de Paris] venoit « de faire à Port-Royal. » [Mém. de la M. AngéL, t. m, p. 536.)

« Le 14 août 1664, l'on mit sur l'autel, pendant la sainte messe, « une requête que la mère Agnès avoit dressée la veille, au nom de « toute la communauté, à notre Seigneur Jésus-Christ couronné

1 Cf. Gieg. Tur., Hist, ecclesiast. Franc. , lib, v, c. xiv.

« d'épines, et que quelques sœurs avoient signée, dont voici la « copie : Supplient humblement, les filles consacrées au service de « votre divine Majesté dans le monastère de Port-Royal, disant « qu'ayant renoncé au monde, etc. » (Hist. des persêcut. de P. IL, p. 289.)

« Le 25 août 166^, les religieuses de Port-Royal mirent sous la « nappe de l'autel la requête suivante : A notre très saint roi « Louis IX, qui règne maintenant avec Dieu, et que Jésus- « Christ fait régner dans son Eglise en qualité d'intercesseur

« et de médiateur envers lui Supplient humblement, etc. »

[Ibid., p. 298.)

« C'étoit une coutume à Port-Royal d'envoyer tous les ans une « personne exprès à Clairvaux, dans l'octave de S. Bernard, pour « y porter un papier signé des religieuses, par lequel elles déniante doient à Dieu, par l'intercession de S. Bernard, quelques grâces « particulières, selon les différons besoins de la maison. On met- « toit ce papier sur l'autel pendant la messe. On appelloit cette « dévotion vœu, à cause de la promesse qu'elles y faisoient de dire « tous les jours quelques prières particulières pour obtenir les « grâces qu'elles demandoient. » (OEuv. du doct, Arn., t. i, p. 187; Cf. Guilbert, Menu cliron., t. n, p. 21/j, etc.) — Il se trouve dans notre dépôt la copie d'un vœu de cette espèce.

Note O bis, ou P; t. n, p. 49, 78, 110, 134, 215.

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