‹ La vérité sur les Cent-joursChapitre 3 sur 23 · SUR LES · texte numérisé non relu

SUR LES

Cet obwnratloot patrloUqaes, !«• cttoyoM qui habitent la France voudronUlli lai aocncllllr comine Tobole du proacrit?...

Le premier volume des Mémoires du géné-

1^1 Lamarque, qui me parvient aujourdliui

sur la terre étrangère ;, parle de ma conduite

dans les Cent-Jours. Le chapitre onzième de

cet ouvrage répète une erreur déjà avancée

dans plusieurs pamphlets , et que j'aurais

peut-être dû signaler plus tôt. Mon estime pour

le général Lamarque m'oblige à rompre le

silence^ et à démentir l'assertion qu'après

Waterloo je pressai Napoléon d'abdiquer,

dans l'espoir d-étre ministre pendant la longue minorité de mon neveu.

Laisser epcore cette fois sans réponse une pareille assertion , lorsqu'elle est répétée par l'un des meilleurs citoyens qu'ait eus la France I ce serait la confirmer. Non-^seulement cette assertion est fausse; mai^ elle 6st précisément l'inverse de ce que je proposai dans ce moment de désastres : je prends la plume pour rétablir la vérité.

Ce onzième chapitre m'ayant paru mériter quelques autres remarques , je crois devoir aussi les publier. Je transcris ici le texte deLamarque, et je fais suivre chaque article par mes observations. Je garantis leur sincérité : j"e$père qu'elles ne seront pas inutiles aux historiens de cette époque^ et qu'elles jetteront quelques nouveaux rayons de lumière sur le caractère, encore en pat*tie mal apprécié , de ce grand chef de la ré^ publique fVançaise , qui , en montant sur le trône impérial, ne cessa pas un moment d^lre tout entier à la patrie.

Non , jamais le pouvoir ne fut confié à un plus grand citoyen. Jamais cœur plus haut et plus "patriotique ne battit dans une poi-

trine française. J'eus souvent une opinion contraire à celles de Napoléon , et j 'eus toujours le courage de mon opinion ; ïnais le temps y qui met tout à sa place , me démontre tous les jours davantage que^ pour bien juger un colosse, il faut le voir à distance; et que les hautes questions politiques^ examinées dans l'effervescence de la jeunesse ou dans le calme de l'âge mûr, peuvent changer d'aspect.

N'écrivant que pour la vérité , je ne chercherai pas à faire coïncider forcément toutes mes opinions d'il y a trente ans avec mes opinions actuelles : je les offre telles qu'elles furent alors , et telles qu'elles sont aujourd'hui. Si l'austère leçon de l'expérience en a modifié quelques-unes, pourquoi le dissimuler? et quel homme public pourrait s'en étonner?

J'entre en matière

« Napoléon , ne se fiant pas à la chambre des repré- « sentanSy et croyant ne pouvoir la dominer que par « l'ascendant delà victoire, c'est elle seule qu'il crûgnit « quand il se vit vaincu. H ne pensa plus aux Anglais « ni aux Prussiens qui allaient envahir le territoire; il « pensa aux jacobins qui, réunis à Paris, pouvaient « le précipiter du trône , ou même abattre ce trône que u ses mains avaient élevé par tant de ruses et d'artifices. « n oublia qu'aller au milieu d'eux sans son armée, <i c'était se mettre à leur disposition ; il oublia que , u tant qu'il serait à la tête des troupes , en face de l'en^ « nemi que sa présence aurait contenu quelque temps y « jamais l'assemblée > dcmt il méconnaissait d'ailleurs « les intentions , n'aurait songé à attaquer sa puissance, « C'est lorsqu'on le vit, pour ainsi dire, abandonner M la patrie qu'on crut pouvoir se passer de lui. » (1)

(1) Extrait du Chapitre XI du premier volum<^ «des Mémoires du général Lam arque.

Le reproche que le général Lamarque fait ici à Napoléon d'avoir quitté son armée et d'être venu à Paris se confier aux chambres , fut presque universel *à cette époque, et je partageai vivement cette opinion avec les autres membres du conseil du gouvernement, présidé par le prince Joseph. Je pense que nous raisonnions fort logiquement, et cependant ie suis aujourd'hui convaincu que Napçjiépu ne de,>^it pas agir^^qtxçiijjf mt qu'il ne l'a,Ê^ît. Nqu$ raisonnions logiquçjaipptr pai^ce qdç nous n^ènvisagîonâ qoe k pérU loù ^'lex-r jf>odait l'^topereoF.* Il était «fvidt^^ qti'il était pliis Tdrt au tnilittï de krfi ai[*ihéfe^, 4itfnt «plu* si'éurs 'èôi-ps h''ëMènt'pag étidôt^è' entàtoés , que dans lencemte de Pans , . ou s agitaient t^n|; ^« I pasjsipns , et ou il pouvait se trouver en çQllisîon avec, les i.chwibreç.repré^eptatiyeS)) «qtjte dÂfférienee de position > toute, à son'défistfmntsge^ était ia(ppré€iiée:paf tous les esprits : âiisBi \ë tiameil écU goun'èriieniént èi^édïâ-t-il un càûrm -pxixif fetkjp^lier Teiïipefeûr (ïé suspendre son ritoùr /Et cependant l'empereur ne pouvait pas, -ne- devait -pas £iûvrafKiotre.avi^..U raisoiwait ^m logiquement que nous , mais il partadt d'un a»tre

principe, et il devait nécessairement arriver i une autre conséquence : le sentiment 4e sQn bien-*>être personnel y la conservation àfi sopi trâne, l'amour de sa famille et de spn fils , n' entrèrent pour rien dans la déçisipn d^ Na^ poléon; il s'agissiût bien pour lui de ses intén rêtB et des nôtres !

Cest de. U Eranoe qu'il s'occupait uiuque^ ment. Quel était le meilleur , le pluB prompt moyen dé défendre Paris contre les ^.^mées victorieuses qui s'approchaient? voilà le ^eul piroblème qu'il cherchait à résoudre; et la réunion patriotique de tous les corps de l'Êt^t lui paraissj^nt la meilleure, la plus courte, Vunùjue route de salut, devait-il hésiter à s'engager tête baissée dans cette route , au risque de son trône, au risque de sa vie?

— Ah ! si (comme le dit plus loin Lamarque) les chambres avaient répondu à une confiance héroïque; si elles avaient appelé la levée en mas^ ; . si elles s'étaient pressées aur tour du chef de l'État; demandons-le aux plus audacieux dé nos ennemis auraientils osé mas'eher sur Paris?

N'est-ce pas la; nouvelle de nos folles divisions qui encouragea les alliés à s'aventurer

l6 LA VERITB

au milieu de nous? Prévenir ces diyisions autant que cela dépendait de lui^ voilà quel ëtaît le devoir de Napoléon. Voilà le sentiment qui lui fit quitter ses soldats pour s'ex«* poser à l'aveugle légèreté des factions.. Il n'i^ gnorait pas les périls auxquels âl s'expoi^it en sortant de son camp, pour accourir seul au Forum , le lendema,in d'une défaite. Il savait que les orateurs ont une autre sorte. d'é^ loquence devant un prince à la tête d'une armée dévouée (i) , ou devant un prince isolé dans une grande capitale. Mais ce» motife

(i) Nous n'en donnerons d'autres preùyes que le discours adressé par la députation de la G)iambre des Re^ présentans à l'empereur , le 11 juin 1815 , jour de son départ pour l'armée ;

Sire,

La chambre des représentans a recueilli avec une profonde émotion les paroles émanées du trône dans la séance solennelle où votre majesté , déposant le pouvoir extraordinaire qu'elle exerçait , a proclamé le con»mencement dç I4 monarchie copstitutionnelle.

Les principales bases de cette monarchie protectrice de la liberté , de l'égalité , du bonheur du peuple , ont été reconnues par votre majesté, qui , se portant d'elle-même au-devant de tous les scrupules comme de tous les voeux , a déclaré que le soin de réunir nos constitutions éparses et de les coordonner , était une des plus

SUR LBS.GBlifT'JOURS. I7

personnels n'entraient pas dans les élément de son problème : à ses yeux le péril était

importantes occupations réservées à la législature. Fidèle à sa mission, la chamLre des représentans remplira là tâche qui lui est dévolue dans ce noble travail. Elle demande que , pour satisfaire à la volonté publique , ainsi qu'au vœu de votre majesté , la délibération nationale rectifie le plus tôt possible ce que l'urgence de notre situation a pu produire de défectueux , ou laisser d'imparfait dans l'ensemble de nos constitutions. Mais en même temps , Sire, la chambre des représentans ne se montrera pas moins empressée de proclamer ses sentimens et ses principes sur la lutte terrible qui menace d'ensanglanter l'Europe. A la suite d'événemens désastreux, la France envahie ne parut un moment montée sur l'établissement de la constitution, que pour se voir presque aussitôt soumise à une charte royale , émanée du pouvoir absolu , à une ordonnance de réformation toujours révocable de sa nature, et qui , n'ayant pas l'assentiment exprimé du peuple, n'a jamais pu être considérée comme obligatoire pour la nation.

Reprenant aujourd'hui l'exercice de tous ses droits , se ralliant autour du héros que sa confiance investit de nouveau du gouvernement de l'État^ la France s'étonne et s'afflige de voir des souverains en armes lui demander raison d'un changement intérieur , qui est le résultat de la volonté nationale, et qui ne porte atteinte ni aux relar* tions existantes avec les autres gouvememens , ni à leur sécurité. La France ne peut admettre les distinctions à l'aidedesquelles les puissances coalisées cherchent à voiler leur aggression. Attaquer le monarque de son choix, c'est attaquer l'indépendance de la nation. Elle est armée

l8 LA VÉRITB

dans la division des esprits, à Paris; et c'est là qu'il devait accourir.

tout entière pour défendre cette indépendance , et pour repousser , sans exception , toute famille et tout prince qu'on oserait vouloir lui imposer.

Aucun projet ambitieux n'entre dans la pensée du' peuple français. La volonté même dii prince victorieux' serait impuissante pour entraîner la nation hors des limites de sa propre défense ; mais aussi pour garantir son territoire , pour maintenir sa liberté , son honneur, sa dignité , elle est prête à tous les sacrifices.

Que n'est-il permis, Sire, d'espérer encore que cet appareil de guerre , formé peut-être par les irritations de l'orgueil et par des illusions que chaque jour doit affaiblir , s'éloignera devant le besoin d'une paix nécessaire à tous les peuples de l'Europe , et qui rendrait à votre majesté sa compagne , aux Français l'héritier du trône ? Mais déjà le sang a coulé ; le signal des combats préparés contre l'indépendance et la liberté française , a été donné au nom du peuple qui porte au plus haut degré l'enthousiasme de l'indépendance et de la liberté. Sans 4oute, au nombre des communications que nous promet votre majesté, les chambres trouveront la preuvç des efforts qu'elle a faits pour maintenir la paix du monde. Si tous ces efforts doivent rester inutiles, que les xn^lh^ur? de la gueii:e retombent sur ceux qui l'auront provoquée;

La chambre :des représentans n'attend que les docu^ mens qui loi sont annoncés pour concourir de tout ^n pimvoir ant mesures qu'exigera le succèsd' une guerre AKissâ légitime* Il lui tarde , pour énoncer son vœu , de connaître les besoina et les ressources de l'État ; et tan-

SUR LB5 CJKNl>-iOURS. 19

Ltmarquedit ayec raison ^ que c'étaient les jacobins que craignait Tempereur. Oui , $»ns

dis que Totre majesté^ opposant à la plus injuste aggre^sion la valeur des armées nationales et les forces de son génie , ne cherchera dans la victoire qu'un moyen d'arriver à une paix durable , la chambre des représentans croira marcher vers le même but , en travaillant sans relâche au pacte dont le perfectionnement doit cimenter encore l'union du peuple et du trône , et fortifier aux yeux de l'Europe , par l'amélioration de nos institutions , la garantie de nos engagemens.

Sa majesté a répondu :

t< Monsieur le président et messieurs les députés de « la chambre des représentans,

M Je retrouve av€C satiisfactioa mes propres sentimen» K dans ceux que tous m'exprimez. Dans ces graves cir* R constances , ma pensée est absorbée par la guerre im- « minente au succès de laquelle sont attadbés l'indé-^ « pendaficeet l'honneur de la France.

« Je partirai cette nuit pour rhe rendra à la têts de « mes armées s les mouvemensdes différens corps en* « nemb y rendent ma présence indispensable. Pendant « mon absence, je verrais avec plaisir qu'une com^ M mission nommée par chaque chambre méditât sur « nos constitutions.

« La constitution est notre point de ralliement , elle tt doit être notre étoile polaire dans ces momens d'orage. « Toute discussion publique qui tendrait à diminuer <« directement ou indirectement la confiance que T^^n « doit avoir dans ses dispositions , serait un malheur

doute, il les craignait, mais c'était poar la patrie. Il savait qae le fanatisme de ces hommes de cœur et de main , était d'autant plus redoutable qu'il partait d'une conviction sincère. Mais la liberté , la vertu , la philoso-

« pour l'Etat; nons nons troorerioiis aa milieo des « ëcaeils , sans boussole et sans direction. La crise où « nous sommes engagés est forte : n'imitons pas Texem- « pie da Bas-Empire , qui , pressé de tons c^tés par les « barbares , se rendit la risée de la postérité , en s'oe- « capant de distractions abstraites au moment où le « bélier brisait les portes de la ville.

« Indépendamment des mesares légÊslatiyes qa'ezi- « gent les circonstances de l'intérieur, vous jugerez « peut-être utile de vous occuper des lob organiques « destinées à faire marcher la constitution. Elles peu-* M vent être l'objet de vos travaux publics sans avoir au- « cun inconvénient.

« Monsieur le président et messieurs les députés de la M chambre des représentans , les sentimens exprimés u dans votre adresse me démontrent assez l'attache-* « ment de la chambre à ma personne et tout le pâte triotisme dont elle est animée. Dans toutes les affaires M ma marche sera toujours droite et ferme. Aidez-moi M à sauver la patrie. Premier représentant du peuple, « j'ai contracté L'obligation que je renouvelle , d'em- « ployer , dans des temps plus tranquilles , toutes les « prérogatives de la couronne et le peu d'expérience « que j'ai acquis , à vous seconder dans l'amélioration M de nos institutions. »

phie , la religion ^ que font-elles aux hommes lorsqu'elles sont souillées de sang et de boue? Le monde peut^il , doit-il reconnaître Minerve sous le masque des Euménides? Mutiler un corps politique pour le faire marcher, le brûler pour l'éclairer , le renverser pour le soutenir. é... n'est-ce pas le triste résultat de la démocratie jacobine? N'est-ce pas à cet épouvantable système qu'a dû sa chute notre grande république, qui, par la plus injuste prévention, a pour ainsi dire hérité de ce qui l'a tuée, en gardant sur sa mémoire la haine et l'horreur amassées sous le régime antiré^ publicain de la terreur? — Oui, c'est ce régime de funeste souvenir qui a retardé d'un demi-siècle la réforme constitutionnelle de l'Europe.

En domptant cette hydre, Napoléon remporta la plus utile victoire : ce serait déshonorer son nom que de pactiser jamais avec cette faction et d'encourager ses erreurs. Ah ! puissent tous les esprits éclairés et généreux de la jeunesse française, puissent tous les adeptes de la grande déesse, se répéter souvent , qu'exhumer les livrées et les exemples de la terreur, c'est servir le despotisme!....

^^ LA. VÉBfTE

Évoquer les noms de Robespierre, de Marat, de Saint- Just, c'est faire rétrograder^ par bonds, ▼ers les ténèbres du passé, rhumanité qui s'avance. Il faut que tout cœur d'homme et de citoyen se ferme à ces provocations futièbres. Il ne faut jamais cesser de repousser chacune de ces provocations par un concert de réprobation universelle et vigoureuse ; car ee sont là (quoique bien intentionnés) les plus mortels ennemis du progrès social.

Tous ceux qui ont encore présens les forfaits ^i ont souillé la France dans une autre gé^ nération, doivent les rappeler aux généra^ lions suivantes , lorsque, dans leur fougue imprudente, elles les oublient pour ne s'attacher qu'à des vérités spéculatives que professaient aussi les hommes de gS , tout en égorgeant un monde de victimes. — S'agis- ^ait-41 de jurés alors que l'on jugeait et exé^ cutait sur les degrés sanglans des prisons publiques ! S'agiâsait-il d'idées libérales lorsij^ . là même charrette traînait à Féchafau^ les trois générations de Maleshei4)e8 ! lorsque les vieillards , les enfans , les jeunes femmes , ne trouvaient plus sur la terre des Firanes un seul appui pour tes défendre, une seule bov-

SUR LE8 CENT-JOURS. û3

che assez hardie pour les plaindre ! lorsqu'on battait monnaie sur la place de la Révolu** tioni lorsque les rois^ les reines^ les grands^ les savans , les artisans , les guerriers et les hommes du peuple^ tombaient péle*méle sous la faux du grand Moloch! — Tout cela, nous l'avons vu. — Et nous devons le répéter i nos enfans : tout est préférable aux fureurs du fanatisme démagogique , tout..... même le despotisme de l'Orient. Car si l'Orient nous montra quelquefois, à la suite des combats^ des pyramides.de têtes humaines, les mariages jacobins (et non républicains) de la Loire, les mitraillades, les boucheries de prisons , les glacières sont plus horribles que les pyramides de Tamerlan.

Nulle épée n'immole à la fois plus de victimes que la tyrannie démagogique. Son champ de bataille, au lieu d'être cir(K)nscrit comme celui d'un conquérant , embrasse tourtes les cdtés et tous les hameaux , et se multiplie en quarante mille champs de bataille <, où l'on frappe sans pitié ceux qui furent trahis par la victcnre. C'est ainsi que le granit d'Egypte nous représente dans aes sculptures .colossales un géant, debout , réunissant dai»»

34 ^^ VERltE

sa large main les mille et mille chevelures des vaincus , et tranchant toutes les têtes de cette immense multitude, d'un seul coup de son cimeterre. — Ce géant hiéroglyphique de l'ancien monde n'est pas une image exagérée du géant de gS. Non; mille fois non.

Loin de nous à jamais la sacrilège admiration des jours de la terreur ! .

Je m'arrête ici. — Mes oreilles sont frappées des clameurs dont retentissent les murs de

la pairie française Fous allez juger des fa"

cobins..... Point d^ amnistie Des jacobins !

pour mériter un pareil nom, il faut des ac^ lions et non pas des paroles. Les jacobins furent des bourreaux législateurs..... Ceux-ci ne sont ni législateurs ni bourreaux I * — Les jacobins se servirent du nom de la loi pour

immoler les vaincus après le combat Qui

proclame aujourd'hui une doctrine pareille?

Qui veut encore après le combat immoler les vaincus ? Est-ce l'accusé, ou l'accusateur? —

Voilà cette pairie française transformée en tribunal révolutionnaire ! Le souffrira-t-elle? Mais du moins ne confondez pas sous le même nom le crime et Terreur. Ne calomniez pas

SUR LES CBinrWOURS.

avant de frapper. Vos accusés sont des républicains qui n'ont pas même vu les jours de la terreur. Ce sont des enfans de l'héroïque Paris y des ouvriers de la malheureuse Lyon qui furent égarés ; si pourtant l'insurrection n'est pas légitime contre les pouvoirs que le vote public n'a pas consacrés. Sans do;ute vous aviez le droit de combattre pour vous défendre ; mais vous n'avez pas le droit déjuger les vaincus après le combat. En les privant de leurs moyens de défense , vous les assassinez. — Ce net sont pas lés accusés qui ont besoin d'amnistie ! ce ne sont pas eux que l'on doit flétrir du nom de jacobins!

Revenons à Waterloo ( i ) . A Tèsprit démagb gique malheureusement vivacé dans quelques imaginations trop ardentes^ se joignaient traîtreusement les passions des amis de l'étranger et les lâches espérances de toutes les amîbitions. C'était bien avec raison que Napoléon vitdans cet élément de désordres l'ennemi qu'il était le plus urgent- de combattre; et c'est parce qu'il craignait cet ennemi trop redoutable^

(i) Voyeï à la fin du volume les pièces historiques.

• Note de l'Éditeur,

qu'il devait s'exposer à tout personnellement pour le prévenir. C*était le pont d'Aroole^ d'Italie, qu'il fallait franchir , à tout prix, le drapeau de la concorde nationale en main.

Le plus grand nombre méconnut alors , et , je l'avoue avec un profond et douloureux regret , nous-mêmes , nous ne sûmes pas d'a-^ bord apprécier ce dévouement sublime , qui aurait dû suffire pour que les deux chambres se levassent en masse comme un seul homme.

Le succès! sans doute, c'est d'après le

succès que les événemens humains s'apprécient. Le dévouement de Napoléon doit être encore aujourd'hui* méconnu en partie par plusieurs, puisqu'il ne fut pas heureux; aussi avons-nous à déplorer que même le généreux citoyen, le puissant orateur, le vaillant gé* néral dont nous examinons les Mémoires, ait jugé Napoléon d'après l'oracle capricieux de la fortune*.. Etait^e donc la première fois que Napoléon avait exposé sa puissance et sa vie , et qu'il avait , seul , bravé tous les périls pour courir au secours delà patrie ?--^Il l'avait déjà fait plus d'une fois; et la fortune avait alors couronné son audace, que l'on n'eût plus appelée qu'erreur et faiblesse s'il avait

SUR LES GBfNT^JOURS. 2J^

oehoué. — U TaYait fiiît pluft d'nne>foi€|. •'^ Voyez^le quitter son armée d'Egypte et^ seul, s'élancer au miliei^ de& mers ou donirnait l'Angleterre victorieuse; son audace alovs pe futrelle pas moins excusable que dans les Geat-rjQurs?.Oui sans donte^ mais la France était en péril ; il fallait tout osev i ^^. i\ osa t -nr il vint. -^.Brumaire et Maveago sawièrent la patrie et justifièrent le départ d^ Egypte^ Plus lard^ après lajlérésini^, il. quittai ajuSsi son armée ; il vint seul au n^ilieu de la grande capitale de la grande nation > sans dissimuler nos désastres , il ne désespéra pas de )a pa^ trie ; on ne se di^isu point aiôns i et Lutaen et Bautzen» les plus admirables peut-être de nos vietaires, fustffièi'enù le départ do Mussù^. Pourquoi donc lui faites-*vaus le reproche d'avoir tenté , après Walerl6o-> ce qui avait relevé la fortune de la France en des crises pareilles? Vous ne jugez donc que d'après la

fortune Eh! qui pourrait s'en étonner?

Si un vaisseau anglais eût pris Napoléon à son retour d'Egypte , nous eussions tous condamné son départ. — Si à son retour de la Bérésina on l'eût abandonné^ il n'eût pas vaincu àBautzen. — Si le brick de l'île d'Elbe ne

38 Ul yérite

fut pas arriTe sur la côte de France , la plus héroïque résolution de l'histoire ancienne et moderne eût été regardée comme l'acte d'un insensé. — Telle est l'équité des jugemens du vulgaire/ et quelquefois celle de l'histoire; mais un homme comme Lamarque devait mieux apprécier les résolutions de Napoléon, il ne devait pas l'accuser d'avoir désespéré de la patrie.

C'est précisément parce qu'il n'en désespérait pas encore , qu'il vint en appeler au patriotisme de vos représentans ; c'est pour cela que ses dangers personnels, et l'avis unanime de ses. frères , de ses ministres , de ses conseillers, ne retardèrent pas d'une mi«« nute son arrivée à Paris. — Il se dévoua pour faire son devoir. Le peuple et l'armée firent leur devoir. — Les chambres seules manquèrent à la patrie.

SUK LES CBNT-JOURS. ag

« Fouché n'avait cessé de conspirer ; le moment était « venu d'agir. Laissé à Paris , il avait gagné la con* « fiance d'un grand nombre de représentans , qui ne « pouvaient pas voir un agent des Bourbons dans un « juge de Louis XYL II rappelait aux d'Argensoti , aux « Manuel et à tous les amis d'une constitution sage et « libérale, qu'on ne pouvait attendre de l'Empereur « qu'un gouvernement militaire et une monarchie « orientale ; il faisait croire aux gens timides et peu « clairvoyans que les puissances étrangères voulaient <( seulement renverser Napoléon , et que , fidèles à « leurs promesses , elles laisseraient à la France la li- M berté de se donner le gouvernement ou du moins de u se choisir le souverain qui lui conviendrait. Enfin il « insinua à tous que l'Empereur, battu par les An-^ « glais, déconsidéré dans l'armée qu'il, avait abandon- <i née après Waterloo , comme après le passage de la M Bérésina, comme après la bataille de Leipsick, ne

5o ^X VÉRITÉ

« pouvait offrir aucun moyen de résistance, eC qu'il « devait cesser de régner, puisqu'il avait cessé de « vaincre. »

La vérité avant tout. — La justice pour tout le monde. Fouché est ici accusé d'un tort qu'il n'eut pas. Souâ le consulat^ sous ce gouvernement 9 le seul qui appartienne au 1 8 brumaire ( car la monarchie dictatoriale qui suivit brumaire ne doit pas plus lui être imputée que l'anarchie qui l'avait précédé ) , sous le copsulat^ ^ont l'abaAdôn fut peut-être la plus fatale erreur de la révolution française^ les intrigues du ministre Fouché ne furent que trop réelles : c'est par ses sourdes et habiles manœuvres que le consul, assailli de soupçons exagérés y adroitement rendus probables , éta:it sans cesse tiraillé hors de la large irôute que lui indiqfuaient son regard d'aigle et son cœur de citoyen; c'est à Fouché qu'on doit imputer en très-grande partie les divisions de notre famille; c'est à lui seul que l'attribue , ,pour ma part , tout le déborde-ment de calomnies dont on a sali mon nom dans tant de ces méprisables écrits , ^qui^ quoique dédaignés par mfoi , n'en contribuèrent pas moihà alors à m'éloignei* de mon frère.

SUR LES CEPiT-JOURS. 3l

Foaché fut l'homme le plus fiital dans les derniers jours de la république^ et personne n'a plus contribué que lui à monarchiser le consulat. 11 espérait ainsi mieux établir son crédit personnel p et l'emporter sur ses rivaux — but unique et constant de sa vulgaire ambition*

Syéyes, l'auteur "àe la constitution mutilée de brumaire , l'auteur de cet admirable sy&téme d'un grand électeur ( système qui^ malgré le pamphlet du comte Rœderer , n'en était pas moins la perfection de la monarchie anglaise appliquée à une grande république) , l'immoitel Syéyes^ ainsi que €ambacérès, moi et tous les autres ministres, nous ne pensâmes jamais qu'à prolonger le consulat 'de Napoléon pendant toute sa vie , afin d'assurer ainsi le triomphe de la république. Napoléon luimême regardait alors ce but comme la dernière limite de ses prévisions ; mais on lui représentait chaque jour , et à chaque heure , que les mœurs de la France étaient restées monarchiques 9 on se^emamdait avec un feint patriotisme ce que deviendrait la patrie à la mort du premier consul ; on provoquait partout des manifestations dans le sens hérédi-

5a LA YEUTÉ

taire; et Fouché contribua plus que tout autre individu à pousser Napoléon hors du port consulaire.

Si je rappelle ici l'influence Êitale exercée alors par cet homme public , ce n'est que pour donner plus de poids à la justification de sa conduite dans les Gent-Jours. Les longues calomnies de sa police n'ayant pas eu le pouvoir de me blesser , ni moi ni les miens , il se-' rait injuste de me taire sur ce que personne ne sait mieux que moi ; ce serait presque de-* venir calomniateur à mon tour.

Je le déclare donc volontiers : il n'est pas vrai que pendant les Gent-Jours le duc d'Otrante ait trahi l'Empereur. Proscrit avant le 20 mars par les Bourbons (i), il travailla con-

( I ) Voici la liste des proscrits qui fut remise le 1 6 mars 1815 par LouisXYIII àM. de Bourrienne^ nommé préfet de police.

* Fouché.

'*' Davoust.

Le Comte, rue du Bac, au coin de celle

de l'Université. (Il a les fonds de

Fouché.) Hingueriot.

Le Maire.

Gérard ( le général ).

tre eux avec ardeur ; il pensait à servir la nouvelle monarchie constitutionnelle de l'empire y et non pas à conspirer contre elle. Sans doute il eut toujours des communications confidentielles avec le prince M etternich ^ à qui , plus d'une fois y à cette époque , il expédia des agens secrets. Ce secret ayant trans-

Mejean.

Legrand.

Etienne.

Rovigo.

Real.

Mounier.

Arnauld.

Norwins.

Bouvier Dumolard.

Maret.

Duviquet.

Patris.

Lavalette.

Syèyes.

Pierre Piere.

Flao.

Excellmance.

Jos. Thurot.

Les astérisques qui précèdent les deux premiers noms , sont sur l'original et indiquaient que l'on insistait plus particulièrement sur leur arrestation. Nous ayons respecté l'orthographe de la liste qui fut écrite de la main de M. de Blacas.

pire y un bruit vague de trahison enveloppa bientôt le duc d'Otrante, et je reoonnaîs l'écho de ce fkux bruit dans l'accusation de Lamarque.

Les agens secrets envoyés par Fouc^é à Mettérnîch étaient connus de VEmpereifTy quoiqu'ils dussent paraître les agens d'une conspiration mystérieuse dirigée contre la puissance personnelle du père en faveur de son fils. J'ai moi-même^ par ordre de Napoléon , pris part à la direction de cette manœuvre politique, qui aurait pu détacher l'Autriche de la coalition , si la fortune n'eût pas abandonné pour toujours l'homme de la France. Cette diplomatie souterraine ne nous parut alors qu'un moyen de jeter de l'indécision dans la marche de nos ennemis ; et niain tenant je pense que nous ne comprenions pas tout Napoléon : je suis aujourd'hui convaincu que si l'empereur d'Autriche s'était interposé entre la France et les alliés^ et qu'il eût offert son petit-fils comme un terme moyen , Napoléon eut abdiqué ; et qu'après avoir établi son fils et une régence constitutionnelle y il fût parti pour les États-Unis d'Amérique.

Ainsi tout n'était pas astuce dans les né^gociaiions secrètes de Fouché , et il n'y avait pas l'ombre de trahison. Lamarque a été trompé y comme tant d'autres qui prennent naïvement au pied de la lettre tous les mots échappés à Napoléon dans une conversation habituelle ^ ou à Parid , ou à Sainte-Hélène : ils oublient trop qu'en politique on feint parfois le mécontentement , la colère et même l'imprudence, et que Ton modifie souvent ses paroles suivant la personne à qui l'on parle et le but (quelque minime qu'il soit) que l'on veut atteindre. L'épanchement d'un souverain ( et ce qui vaut mieux d'un grand hoïkimë ) a tant d'attraits pour la vanité d'un interlocuteur, qu'il prête foi, sans effort, aux augustes paroles qui * chatouillent ses oreilles. Cette réflexion peut s'appliquer à bien des mémoires historiques de nos jours.

Fouché, loin d'avoir trahi , n'a rien négligé pour décider l'Empereur à réveiller le lion populaire et â l'appeler au secours de la patrie. — Il eût voulu couvrir la Franee de fédérés armés, et certes ce n'était pas le moyen de faciliter le retour des Bourbons. La répugnance de Napoléon pour recourir â ce moyen

de défense tient à d*aiitres oonsidératidns que je n'exunine pas i(à; mais quelque nom qu'on veuille donner à cette répugnance , il n'en est pas moins évident que Fouché aidait le gouvernement de tous ses moyens.

Ce rusé ministre de la police connaissait trop l'opinion du jour pour penser et dire aux autres que l'Empereur était déconsidéré dans son armée. Ne voyait-il doncpas^ comme nous^ ces héroïques blessés de Waterloo, mutilés et sanglans, traverser sur leurs mi lie charrettes les rues de la capitale en criant : F^i\^e r Empereur! notre Empereur a été trahi : des armes ! des armes ! il me reste un bras pour l'Empereur. Fouché savait bien que loin d'avoir perdu sa magique influence sur l'armée, Napoléon n'en avait jamais eu davantage.

Certes, en justifiant ainsi un homme que je n'aimai jamais , je n'entends pas le représenter comme capable de sacrifier son intérêt à un principe ou à un sentiment quelconque; mais si l'empereur de France ne s'était pas abandonné lui-même , Fouché l'eût servi tant qu'il y aurait eu possibilité de succès. — Si l'empereur d'Autriche n'avait pas abandonné son petit-fils, Fouché se serait rallié à

SUR LBS:CENT-JOURS. 5j

Napoléon IL — Ce ne fut qu'en voyant , en entendant TEmpereur^ après Waterloo^ se croire frappé d'impuissance s'il n'avait pas le concours absolu des chambres ^ qu'il jugea la dynastie impériale perdue , et qu'il se retourna vers la dynastie royale... Il a fait ce qu'ont fait tant d'autres. Les corps collectifs seuls ont tout perdu en se séparant follement de leur chef au moment du péril.

38 LÀ TBBITÉ

« Cependant le grand nom de l'Empereur imposait « encore : malgré sa tyrannie , ses fautes et ses revers , « il était toujours la révolution aux yeux du peuple , « et la gloire aux yeux des soldats. Ceux-ci ne voulant «c ni lui donner ni prendre sur eux la responsabilité « des derniers désastres , les attribuaient à la trahison « de quelques généraux et étaient encore prêts à com- M battre et à mourir. Il n'était donc pas facile de décider « les représentans , dont la grande majorité était mue <« par des sentimens éminemment patriotiques , à écra- M ser Napoléon dans le malheur. Fouché trouva, le « moyen d'engager le combat, et c'est par la crainte qu'il « rendit l'assemblée offensive. Le bruit se répandit que <t l'Empereur n'était revenu que pour dissoudre l'as- « semblée nationale et renouveler le 18 brumaire. « Lafayette , montant à la tribune et élevant une voix «( que les anciens amis de la liberté durent reconnaître , « s'écria : — Il est temps de se rallier autour de l'ancien

SUR LES CBNTWOURS. Sq

<« étendard tricolore , l'étendard de 89 , de la liberté, « de Tordre public , le seul étendard que nou3 devions <( défendre contre les prétentions étrangères et la tra- <« bison intérieure. — A la suite de son discours, il fut « résolu que la cbambre se déclarait en permanence , « que toute tentative faite pour la dissoudre était un « crime de baute trabison ; que les ministres de la K guerre, des affaires étrangères, de la police et de « l'intérieur^ seraient invités à se rendre sans délai à « l'assemblée. C'était se constituer corps gouvernant; u mais l'assemblée ne songeait qu'à échapper au dan- « ger imaginaire qu'on avait mis devant ses yeux : il c< était tellement imminent pour certains membres, « qu'un d'eux s'écria : — Il faut prononcer sans déli- « bérer, parce que dans peu d'instansla cbambre pour- « rait être dissoute. »

Observons d'abord combien le commencement de cet article contredit la fin de l'article précédent, w L'Empereur, dit-on ici, était toujours la révolution aux yeux du peuple, ef la gloire aux yeux des soldats, qui attribuèrent' nos désastres à la trahison de quelques géné<raux, et étaient encore prêts à combattre et à mourir. » Le ministre de la police était-il seul à ne pas voir ce que voyait tout le monde ? il ne pouvait donc pas représenter l'Empereur comme déconsidéré aux yeux de l'armée.

4o LA YÉEITÉ

— ^Non y ce n'est aux efforts d'aucun individu que nous ayons dû nos derniers désastres; nous n'avons pas succombé sous une force conspiratrice ; ce fut un aveuglement universel.

Les bons et les mauvais sentimens se réunirent et formèrent un affreux mélange. Celuici ne pensait qu'à son propre intérêt et calculait ce que lui vaudraient les maux publics! — Celui-là croyait revenir aux beaux jours de 89, en désarmant le chef de l'état, et en envoyant des commissaires de la grande nation^ implorer la générosité des souverains étrangers ! — Cet autre , sacrifiant à la peur , ne voyait que son comptoir à sauver ! — Quelques fidèles du drapeau Bourbonnien , frappés au moins d'un vertige chevaleresque^ ne voyaient la patrie que dans les Bourbons! — : D'autres ne voyaient en Napoléon qu'un monarque; •et dans leur ardeur républicaine, Napoléon et Louis XVUl leur paraissant également odieux, ils frappaient sur celui de ces princes qu'ils pouvaient atteindre! — Enfin les adeptes de cette; doctrine qui chercha toujours l'avènement de la dynastie d'Orléans, et qui , par une constance d'efforts qui n'est

pas saos mérite , traversa les mouvemens de nos derniers règnes et les mille phases de notre révolution, sans perdre un seul moment de vue le but qu'on se proposait depuis la régence, ces adeptes rusés et disciplinés poussaient partout des cris d'alarme ! — Toutes ces nuances diverses aboutissaient dans les chambres législatives ; et s'y mêlant en désor^ dre, elles produisirent cette triste couleur qui salit autrefois la fin du Bas-*£mpire et dont la souillure n'est pas effacée depuis tant desiècles. — On a imprimé plus d'une fois que, mécontent de l'indécision démon frère, j'avais dit que la fumée de Waterloo lui avait porté à la tête.... Âh! certes, ce n'est pas au mo* ment des revers que mon esprit d'opposition se serait montré. La fumée de Waterloo n'a* vait porté qu'à la tête des représentans du peuple. C'est là qu'une erreur déplorable entraîna les meilleurs esprits ; ou, comme le dit Lamarque, la crainte d'une dissolution les préoccupa si exclusivement qu'ils ne virent plus que leur intérêt personnel à défendre.

Cette crainte de dissolution était trop natu-< relie pour avoir besoin d'être soufflée par Fouché; elle était le résultat nécessaire de la

4^ LA VSftirÉ

résdtntîon prise par les diambres d'abandonner l'Empereur.

La charte que Tenait de voter le peuple français donnait à l'Empereur le dnàt de dissolu^ {ion ; et, dès qne les diambres vonlaieiit se révolter contre lui et oontre la charte, en se déclarant en permanence, elles devaient craindre que le gouvernement ne se servit de son droit suprême pour lâire un appel au corps électoraL Une fois frappée dé vertige, la chambre fut conséquente en ne gardant plus de mesure; en appelant les ministres dans son sdn elle proclama la guerre civile; et si l'Empereur eût agi comme elle, la responsabilité de la guerre civile serait retombée tout entière sur la tête des députés. Une seule chose eût pu les absoudre.... le salut public... qui peut seul absoudre d'un attentat politique.

— Après avoir brisé dans les mains de l'Empereur son sceptre et son épée, il fallait sans lui sauver la patrie; déclarer, comme lés dignes adversaires d'Annibal, que le sénat ne traitait avec ses ennemis qu'après les avoir repoussés hors du territoire sacré ; appeler aux armes, aux cris de la Marseillaise, deux mil'lions de gardes nationales; se retirera Orléans,

à Lyon , n'importe où , et se défendre, comme s'étaient défendus les Espagnols et les Russes* - — 11 ne fallait pas moins que la réussite de ces grandes mesures pour absoudre les chambres; et encore la délivrance de la patrie ne pouviait pas les soustraire à la nécessité de soumettre leur audace au jugement du peuple, et d'obte-^ nir de ce maître suprême un bUl d'indemnité* C'est là ce que firent les hommes de bru*** maine, qui, après. avoir sauvé la patrie, se soumirent à la votation individuelle des citoyens; votation qui consacra leur ouvrage de telle sorte, que quiconque peut les condamner encore, malgré le jugement, populaire, prouve par cela seul ou qu'il ignore ce dont il parle, ou qu'il n'a point de foi dans le dogme politique qu'il proclame d'une bouche hypocrite. Et en effet, sous le voile saint du dogme religieux, que de fois le vice et le crime n'ont^ilspas caché leur hideuse figure ? et combien de lâches intérêts ne se sont-ils pas également cachés sous le voile de la souveraineté populaire? Pour combien d'hommes égarés ou coupables ce grand nom de peuple souverain ne signifie-t-il que le moi souverain d'un parti ? Malgré le vote du maître dont

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