VI II L
Au commencement de cette aunéé (H Janvier) était inaugurée une des très-utiles institutions patriotiques, je veux dire de l’inauguration de la Société du Tir National.
Cette Société peut servir l’Italie sous deux rapports également profitables; instruire les hommes majeurs pour qu’ils deviennent citoyens-soldats expérimentés; les influencer sur l’éducation des mineurs, par ses relations intimes avec tout le monde dans les villes et dans les campagnes.
Le peuple désormais sera en relations directes avec les patriotes doués de haute intelligence des libres-penseurs, qui innoveront dans 'les cœurs de ces braves gens de populace, le devoir d’être bons et hontWes citoyens sans se préoccuper du ciel. Dorénavant dune on peut se passer des faux docteurs de moralité du cobfessional, moralité vermoulue. A bas donc les pharisiens ! et vivent les précepteurs de moralité de la Justice, les docteurs des Codes civil et criminel I Vive la Constitution ! Vive le Roi fit
Les pharisiens (le clergé) ont eu trop longtemps l’instruction populaire dans leurs mains, et qui ne sait pas aujourd'hui, que la tactique des prêtres se base sur ces paroles: « le royaume des cieux appartient aux pauvres d’esprit... > Quelques-uuS tâchent même aujourd’hui, de persuader qu’il est inutile de penser aux intérêts de la patrie, car la patrie c’est l’église, dont le chef invisible est le Christ et le pape son chef visible ; et que toute la récompense sera payée dans les cieux aux bons, dans l'enfer aux mauvais; tout pouvoir vient de Dieu...
1,’absolulion du confessional est une des plus grandes causes
d'immoralité générale parmi les orthodoxes (l’Occident et d’Orient... C’est par les procédés d’une telle tactique que les catholiques, tant romains que grecs, sont plongés dans l’ignorance et l’abrutissement... N’oublions pas que de celte même tactique découle tout le pouvoir des prêtres des deux rites : ils se montrent à leur troupeau religieux (à force de su|>ersiition , de préjugés et d’obscurantisme) des êtres plus sublimes, doués dë la grâce de Dieu, etc... A bas donc le confessional et l’instruction dont le peuple recevait des prêtres! ■ Il faut bien se garder de se laisser séduire par la lumière terne et blafarde de la sagesse du sacerdoce... • a dit Le Sage, à propos de la doctrine des prêtres.
Leur perversité transpire dans toutes leurs actions. Par exemple : ils sont infatigables à faire la recolle du denier de St. Pierre ; ils maudissent publiquement ou secrètement, selon les circonstances, les plus honnêtes actions des patriotes italiens, commençant de notre bien-aimé Roi-galantuomo et n’epargnant personne; ils sont au fond de leurs tendances des partisans de l’Autriche, parce que par elle ils espèrent rétablir le trône vacillant du papisme , trône d’obscurantisme et d’absolutisme !
De la part des vrais libres-penseurs qu’y a-t*il à attendre?.... Ils procédérout rationnellement dans toutes les circonstances de la vie humaine, en récompensant ou punissant publiquement chacun de leurs compatriotes selon les actions ; et pour y arriver il faut se laisser toucher par la lumière sincère et vraie de la science qui, seule, peut revêtir le corps de bien-être et l’esprit de liberté.
L’opinion publique, librement exposée dans la presse, est le meilleur espion, délateur des mauvais actes , et en même temps le meilleur moyen de perfectibilité humaine.
L’instruction saine et compréhensible, ensemble avec la bienfaisance de la presse libre, dirigées toutes les deux par les librespenseurs démontreront au bas peuple, que c’est ici-bas notre véritable paradis — le séjour des bien-heureux, autant que nos misères matérielles, ou morales , le permettent ; et qu’un tel paradis peut être accessible à tout juste et honnête citoyen, homme, ou femme — n’importe, pourvu qu’il soit vertueux!
Les libres-penseurs ne pousseront le bas-peuple, à la manière des prêtres, dans l’absurdité, pour qu'il croye des miracles, des revenants, la nécessité de payer des offrandes aux églises, à leurs saints patrons ou patronnes, de porter son denier au pape sous ,1e nom de denier de St. Pierre etc. Au contraire, les libres-penseurs propageront parmi toutes les sphères de la société , des idées justes et utiles. Ils diront à chaque membre de la nouvelle Italie (et même partout dans les autres pays), qu'il faut travailler de toutes scs forces pour le bien de la patrie, ne nuisant point à ses proches ! t La prière est tout, quand elle est l’étude et le travail • , nous dit M. Vaillant et autres libres-penseurs. « Le travail est l’étude du corps, et l’étude est le travail de l’esprit. Le travail et l’élude sont les liens dont l’homme attache son corps à la terre, son esprit au ciel, son intelligence à Dieu... » Or, travaillons, étudions et point de prières que l’Eglise recommande !
Grâces aux paroles de Victor-Emmanuel, nous savons qu’en Italie déjà beaucoup est fait, mais reste encore beaucoup à faire (1)... Travaillons donc, et étudions !
, Ce sont les libres-penseurs qui apprendront au peuple que l’éternité en dehors de notre demeure ne nous regarde point, mais que nous sommes obligés d’étérniser les bonnes actions et d’éviter les mauvaises .. <
Ce sont les libres-penseurs, placés dans toutes les branches du service public , qui doivent persuader les peuples catholiques qu’il n’est pas juste de croire les prêtres, quand ils répandent de fausses idées à propos des dispositions du gouvernement italien et français , parce qu’il faut être convaincu , qu’après l’accomplissement de la rédemption de toute la terre d’Italie, et des quelques "autres travaux utiles à l’humanité, ces gouvernements n’auront point besoin d’entrelénir de grandes armées permanentes, qui ruinent les finances, c’est-à-dire l’existence des Etats
(1) Ce sont les paroles du roi d’Italie Victor Emmanuel, proférées à la députation des membres du Parlement, pendant la réception de la nouvelle année : quelles graves paroles ! Chaque; Italien doit les retenir dans sa mémoire comme le programme de ses devoirs, de ses pensées et de ses actions!
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et que les armées, sinon tout-à-falt supprimées, toujours elles seront réduites à moitié , et même à un quart de leur force numérique actuelle. . .
Les dépenses gouvernementales amoindries causeront la diminution des impôts directs, et même indirects; mais pour le moment tout Italien patriote, homme de cœur, doit être d’accord avec les libres-penseurs, et ne doit pas reculer devant aucun sacrifice autant de ses biens que même de sa personne, pour répondre dignement à la demande du gouvernement de Victor- Emmanuel, de cet Elu-Roi des Italiens honnêtes.
Peat-ètre demandera-t-on , qui sont actuellement, qui seront en avenir ces libres-penseurs, précepteurs , docteurs et moralisateurs du peuple d'Italie?... La réponse à une question semblable doit être la plus laconique et explicite, pour que tout le monde puisse la comprendre. Sans des subterfuges et vains raisonnements, je dis franchement :
Le Roi constitutionnel de l’Italie, son Sénat et son gouvernement, personnifié dans chacun de ses employés, dont le programme doit être: loyauté, énergie et point de demi-mesures; les membres du Parlement, — répresentants du peuple d’Italie; sa valeureuse armée régulière et ses volontaires, patriotes, qui du sein de la Société du Tir National, sortiront a temps donné (1), préparés
(I) L’institution de la Société du Tir National peut causer des immenses profits sous tous les rapports sociaux, mais particulièrement le pays italien gagnera sous l’égard stratégique, comme cela observa le Président de celte Société, S. A. R. le prince Humbert, — disant que « chaque citoyen apte à porter le fusil peut devenir soldat expérimenté... »
Cette Société peut servir d’une sorte de cadre pour la formation de légions de volontaires. Chaque district, mettant à la disposition de la patrie, une escouade, correspondante par sa force numérique à la population du district, coucourrait par un tel mode à former quelques légions de volontaires, qui agissant sous le commandement d’officiers expérimentés, augmenteraient l’armée régulière de quelques dizaines de mille des guerriers dans la première ligne de bataille ; tandis que la seconde ligne et toutes les garnisons seraient composées de la Garde Nationale mobilisée. .
La guerre, à laquelle non§ nous approchons à grands pas, sera
à la lüllc décisive, laite à mort, avec tous les ennemis d'Italie et d’humanité , avec tous les adversaires du nouveau droit des peuples — du suffrage universel, — voilà les docteurs, les moralisateurs, les précepteurs de la Justice, de la Vérité, de la réalité!!!
Eux seuls, par l’influence morale et par les relations intimes avec le bas-peuple lui inculqueront que mieux vaut être honnête homme , libéré de la domination autrichienne et cléricale, c’està : dire, être citoyen italien et libre-penseur, que se plaire avec les prêtres, abbés, chanoines, évêques, cardinaux et enfin avec leur pape, et vivre par cela même dans les préjugés d’autrefois et dans l’ignorance abrutissante, créatrice de la bigoterie ou de l’indifférentisme, également insensibles aux maux de la famille, de la patrie et de l’humanité; parce qu’avec les prêtres seront rétablis demain, dans une année, dans dix ans, mais sans le moindre doute seront rétablis en Italie — la domination autrichienne, et en France le Bourbonisme, avec tous leurs moyens de démoraliser et d’avilir le brave peuple italien ou français... L’absolutisme d’épée et de crosse , et par-dessus tout , l’inquisition , voilà, pour dire la vérité, un bel avenir.
acharnée... Nos adversaires sont armés jusqu’aux dents; leurs armées bien alignées, exercées, disciplinées... mais tout cela ne leur servira guère: l'enthousiasme du patriotisme des peuples qui s’allieront avec nous, vaiuquera les forces de nos ennemis I Organisons donc nos tirs! Que la poudre brûlée jusqu’aujourd’hui inutilement pendant les cérémonies d’église, comme cela eut lieu dans toute l'Italie méridionale, que cette poudre précieuse serve à l’exercice du tir de ces jeunes gens, qui ont déjà l’àge d’entrer dans les rangs des combattants... Que les municipaliiés veillent paternellement sur les tirs; qu’ils désignent des récompenses aux bons tireurs — et l’Italie trouvera son million de combattants, demandé par l’illustre général Caribaldi !!!
Les patriotes allemands ont envoyé une adresse au général Garibaldi, en le choisissant pour leur chef. Ils disent que tout Allemand qui aime sa patrie, la liberté et l'humanité, se lèvera pour combattre leurs ennemis. Ils invoquent les peuples italien et hongrois, avec lesquels le peuple allemand veut se réunir sur les champs de bataille... Tant mieux I Le drapeau que relèvera le général Garibaldi est véritablement libéral : sous un tel drapeau, tous les peuples, plus oppressés qne les Allemands, les Italiens ou les Hongrois, accourront, sans aucun doute, pour combattre leurs oppresseurs.
Le résultat de cette guerre pour l'Italie sera la délivrance de la Vénétie, de Rome et des autres contrées qui, quoique italiennes, appartiennent actuellement aux autres... Cette guerre apportera un vrai profil pour tous, mais il faut que tous y prennent part selon leurs forces. Les Polonais comprennent leur devoir — mourir ou vaincre... La même devise doit être aussi le programme des Hongrois et des Slaves... Les Russes, les Cosaques (Petits-Russes), les Finlandais, les Caucasiens et les Sibériens doivent se décider à . la fin à se réveiller avec la hache à la main pour briser le tzarat... Quand les Allemands et les Hollandais unis, auront vaincu les partisaps du vieil ordre des choses et du féodalisme, l’Autriche, son plus exécrable support, tombera, écrasée sous les coups que lui porteront d’un côté les patriotes allemands, et de l’autre, les Italiens, les Hongrois, les Slaves, les Polonais et les Roumains... Si le tzar russe voulait aider les Hapsbourg et le pape, dans ce cas l’alliance anglo-française, ensemble avec les Scandinaves, qui sont
liés avec les auteurs de cette alliance par les pactes conclus à la On de 1855,. devront jeter leurs glaives sur le plateau des patriotes — et la cause juste remportera pleine victoire!...
11 est vrai que l’Autriche espère dans le dualisme qu’elle a suscité au sein de la Confédération germanique, attirant dans son camp presque tous les gouvernants- roitelets et princes microscopiques, qui se pavanent au milieu des Allemands indécis, l’Autriche espère anéantir les tendances et le mouvement des libéraux.
L'Autriche ne demande pas moins de ces gouvernants que la garantie de ses possessions non-allemandes, c’est-à-dire qu’on serait d’accord que tout le territoire de l’empire autrichien ferait partie de la Confédération germanique, et serait défendu par toutes les forces armées de celte Confédération : un pour tous, tous pour un !.. . Et ce sera alors que l’Autriche mettra toute son espérance dans l’épée et cherchera par tous les moyens à être attaquée par l’Italie, pour l’agresser à son tour de tout le poids de ses forces, avant que celle-ci n’ait pu être tout à fait préparée à la lutte...
Préparons-nous donc et tenons ferme!!! La Justice est de notre côté, et c’est de notre côté que nons avons l’honnête France et son énergique gouvernement, dont le chef-génie adhérera volontiers une autre fois (1), pour que l'air de la Marseillaise et
(1) L’empereur Napoléon 111 se rendant en Italie au mois de mai de 1859, était accompagné depuis les Tuileries par le peuple de Paris, qui grossissait à chaque pas. Sorti en équipage, il a été obligé, par la densité de la multitude stationnée daus les rues, qui conduisent à l’embarcadère du chemin de fer de Lyon, d’aller à pas lents. Les fanfares des Cent-Gardes étaient couvertes par les acclamations unanimes du peuple, qui, comprenant toute la signification du moment et toute la valeur de l’acte entrepris par l’empereur Napoléon, demanda à haute voix qu’on jouât la Marseillaise... Le chef de la musique était indécis d’adhérer à une telle demande.. il se retourna vers l’empereur, et Lui, avec son sourire d’affabilité ordinaire, avec son regard magnétisant, donna le signal approbatif. Trouver des paroles pour décrire l’explosion de satisfaction, d’enthousiasme et de reconnaissance du brave peuple parisien — dépasse mon dictionnaire ... mais l’action de ce peuple même, qui, dételant les chevaux de l’équipage de l’empereur, l’a
l’enthousiasme de cette chevaleresque et honnête France l'accompagnent dans l’accomplissement d'un devoir, d'une gloire, d’une vertu — réhabiliter les peuples oppressés.
De notre côté, il faut l'espérer, se mettra aussi l’Angleterre’ car autrement il faudrait désespérer de l'honnêteté de cette nation, si elle voulait se maintenir neutre, comme en 1859, pendant la guerre pour l’Indépendance italienne (1).
De notre côté se rangera chaque peuple entier qui sera délivré par la guerre qui est à la veille d’éclater, — la guerre d’extermination I
Mais il est à supposer que de la part des Hapslwurg se mettront tous les gouvernants de l'Allemagne, le gouvernement d’Espagne et même tous les consorts de la sainte-alliance ; est-ce que tous ces despotes pourraient nous arrêter sur notre route, qui
porté sur ses propres bras jusqu’à l’embarcadère, dépeint bien mieux la circonstance!... Eh, bon Parisien, brave Français, espère dans ton Grand chef, empereur-homme, qui ne tardera à adhérer une autre fois à accomplir sa tâche, dans laquelle les difficultés, que les événements ne tarderont pas à éclairer, l’ont arrêté... et • En avant enfants de la patrie!... • (Traditionnelle .)
(I) Les glorieuses entreprises accomplies par les Anglais à côté des Français aujourd’hui ne permettront jamais à la Grande-Bretagne de s’abstenir de l’intervention armée en faveur de l’Italie, si elle était attaquée par l'Autriche. Ici il faut se rappeler les paroles de lord Clarendon, quand il disait, le 11 avril 1856, au comte Cavour : « Je crois que vous aver. raison (allusion à la guerre des couteanx, dont parlait l’énergique et génial homme d’Etat, comme de l’unique moyen qui restait aux italiens d’arranger les comptes avec l’Autriche); je crois que vous ave* raison, votre position devient bien difficile. Je conçois qu’un éclat devienne inévitable, seulement le moment d’en parler tout haut n’est pas encore venu .... Oh certainement, si vous êtes dans l’embarras, vous pouvez compter sur nous, et vous verrez avec quelle énergie nous viendrons à votre aide... »
Les circonstances sont presque de la même tension en 1862 comme elles se trouvaient en 1856: pourrait-elle, cette fière Angleterre, se rélrancher, sans honte et aujourd’hui, derrière la neutralité, comme déjà cela a eu lieu en 1859 ?... Non! mille fois, non ! Le léopard d’Albion est brave : il combattra pour une juste cause, à côté de l’aigle de Napoléon III '. ...
glorieusement nous conduit à Rome et à Venise ? ... Par la Justice! Tant mieux! Rangés dans les deux camps, nous livrerons notre dernière bataille avec les vieilles traditions, avec le vieil ordre de l’absolutisme et de l’obscurantisme... Que l'Autriche, conlianle dans ses alliés, devienne plus gaillarde dans son entêtement: car elle jette déjà feu et flammes des subterfuges, des remontrances, des frayeurs, pour attirer dans son camp toutes les forces de l’Europe légitimiste et théocratique ; qu’elle espère que toutes scs commères se mettront à tirer avec leurs pattes les châtaignes, dont la plupart elle espère s’approprier, selon sa pratique séculaire, tout cela se peut, et je peux en être un bon augure... Tant mieux pour la cause de l’Italie et des peuples oppressés!.. Si l’obstination de l’Autriche, la poussera jusqu’à tenter un nouveau coup d’épée sur les bords du Mincio, pour sauver la vieille Europe avec toute sa tricherie absolulo-cléricale, — tant mieux ! La tricherie revient à son maître..., > t
Or, Italiens — alerte ! Votre ennemi-débiteur, au lieu de restituer votre propriété, réunit tous ses efforts pour se préparer à vous désapproprier même de ces richesses, dont 1859, 1860 et 1861 vous ont dotés !... Votre ennemi mortel, le tricorne noir, commandé par tous les mitrés et par la tiare, augmente les forces du bâton, de la baïonnette et du knout. Mais leur expiation s’approche! — Donc, tenez fermes, braves Italiens!
L’Autriche se trouve dans une terrible alternative : attaquer, ou attendre l’attaque... Dans le premier cas, elle doit comprendre quelles tempêtes, quelles foudres tomberont sur son aigle — monstre noir à deux têtes... Dans le second cas, comme elle ne sait ni le jour ni le point d’attaque, elle doit se résigner à se dissoudre, à se fondre sous la pression de sa prochaine banqueroute. Eu admettant ces deux cas, il faut s’attendre que l'Autriche, avec des dettes par-dessus la tête, et ne pouvant pas sortir de son insoutenable état des finances et des dépenses, — se jettera tête baissée et en avant ! — à la lutte, que le génie politique qui — soutient la cause juste — a arrêtée en 1859... Chaque jour de plus dans une telle alternative amoindrit les forces de l’Autriche et augmente les terribles difficultés pour les Hapsbourg ... Autrefois ils
étaient si renommés par leurs diplomates et par leurs armées, par leur machiavélisme et par leurs richesses; .aujourd'hui le voile est tombé : leurs armées ont |>erdu leur prestige sur les champs de Palestro, de San Martine, de Magenta et de Solferino; leurs diplomates, leur duplicité, leurs richesses, tout cela est détruit par la libre presse, nouvel adversaire, aussi terrible que le génie politique qui a soufflé la paix de Villa franco ! ...
C’est en vertu de celte paix que les peuples gouvernés par l'Autriche, réveillés par les tonnerres de la mémorable et éphémère campagne de 1859, ont commencé à voir clairement leurs erreurs politiques, par leur docilité à la Cour intrigante de Vienne. La politique astucieuse des Hapshourg opprimait tous ces peuples, les retenait dans les chaiues les uns par les autres, et combien de fois ourdissait les carnages et les entre-dévorements de ces aveugles, pauvres léthargiques .. Le canon de Magenta et de Solferino les a réveillés... et il faut être persuadé qu’aujourd’bui les Hongrois ne seront pas si stupides pour aller combattre les Italiens ou les Polonais; les Croates et autres branches de la famille slave reconnaitront que, guerroyer pour le prolit de l’Autriche, afin d’ôter la liberté aux Italiens, aux Polonais ou auxMadgyars, ce serait le signe d'idiotisme de la part des Slaves... Aujourd’hui les Bohémiens doivent oublier toutes les dissensions avec leurs voisins.,. Aujourd'hui les Pôlonais doivent consentir à toutes les demandes des Itulbéuiens et des Roumains de Boukovina, de même que les Hongrois à celles des Slaves et des Roumains de Transylvanie, afin qu’à leur tour les Roumains, les Slaves et les Ruthéniens aident par tous les moyens le vœu des Polonais et des Hongrois de reconquérir leur autonomie politique, leur liberté, leur nationalité.
Si les peuples, opprimés par le despotisme, à l’instar des despotes s'alliaient entr’eux, nonobstant que ce serait une véritable sainte-alliance, ils seraient à jamais libres! parce qu'invincibles, et invincibles car l’union fait la force! Il faut espérer que la raison de la Justice, que la lumière de la vérité les éclaireront sur la Voie qui bientôt s’ouvrira devant les opprimés... Cette voie les conduira à la liberté... La récompense y attend tous les honnêtes
ouvriers-soldats vivants; la gloire y couronnera les martyrs, et la renommée gravera dans le temple de cette liberté les noms de morts sur les champs de bataille.
On demande aujourd'hui aux Italiens beaucoup de prudence, de confiance et de fermété, — vertus également nécessaires sur le champ de guerre et dans les circonstances pendant la trêve actuelle...
Que le courage civil et militaire reste à jamais le fond du caractère du peuple italien ! De l’énergie, dans tous les actes, niais point des demi-mesures! c’est ce qui doit distinguer notre gouvernement. L'heure du rappel du citoyen-martyr Joseph Mazzini, de cet infatigable ouvrier-propagateur , même père de l'unité italienne, s’est approchée: cet acte est nécessaire, et ce sera l’acte de Justice... Les gouvernements de France et d’Italie agiront bien en oubliant le passé...
Que le premier Citoyen-Roi-Hérot d’Italie Victor- Emmanuel, appelle auprès de Lui le premier soldat-citoyen, l'illustre libérateur de l'Italie méridionale 1 Que Victor Emmanuel demande aux Chambres de décerner au plutôt à tout Italien le titre, le beau litre de citoyen, et que les Chambres au nom de la nation Le dotent Lci-ueue du litre de Roi-citoyen!
Cet appel du général Garibaldi auprès du Roi , le retour dans la patrie du citoyen J. Mazzini et le'changement de titre des Italiens, seraient de ia part de notre gouvernement des actes de haute politique...
Ces actes et l’approbation de propositions touchant la papauté et la sécularisation de l’état clérical, seraient peut-être une déclaration de guerre avec nos adversaires; mais le premier coup de canon ne devrait pas partir de notre côté... N’avons-nous pas le droit de réorganiser le pays sous tous les rapports? Notre gouvernement n’esl-t-il pas dans son droit, entreprenant tous ces changements, toutes ces réformes, que l’esprit du temps et ta Justice demandent?... Notre Roi-valeureux, Roi-Galantuomo a plein droit de faire le bien et, procédant selon la Justice, de rendre la justice au mérite. Son gouvernement, le Parlement, et toute b nation le suivront sur cette, route, car elle est belle et utile...
Ressouvenons-nous de l’élasticité de la condition de non-inter vention, posée dans la modeste, mais alors incompréhensible pour le plus grands nombre , et jusqu'à présent peu comprise, paix de Viiiafranca, ratifiée par le traité de Zurich. Sous l’égide de cette non-intervention, il nous sera permis d'organiser nos propres affaires: exécutons donc toutes les réformes intérieures: lihérons-nous du prêtre, parce qu’un seul d’entr’eux, laissé non-sécularisé sur le territoire italien, tôt ou tard sèmerait de nouveau toutes les turpitudes dont nous voulons, une fois pour toujours, nous débarrasser...
Qui donc pourrait nier aux Italiens, quand ils constituent une grande nation de plus de vingt six millions, le droit d’arranger leurs affaires intérieures?,.. Qui pourrait nier à I’Elü de cette nation, le droit de rendre la Justice au mérité?... Qui?... Les absolutistes — mais le temps s’approche, où leur domination séculaire va être abattue, détruite, déracinée à jamais !
Les peuples , pour lesquels les noms de Napoléon , de Victor- Emmanuel, de Garibaldi, sont les synonimes de sauveurs, de réprésentants de la liberté et de la Justice, ces peuples attendent impatiemment le signal du combat... Le premier coup de canon, tonnant sur les bords du Pô, du Mwcio, ou ailleurs, sera le signal bienfaisant pour tous les peuples: Us se leveroat contre leurs tyrans cruels ou indolents, parce que même pour les plus opprimés parmi ces peuples qui espèrent leur salut et le droit à la liberté, à l’indépendance, — l’imprescriptible droit de s'appartenir arrivera pour eux avec le premier moment de la guerre invoquée par nous tous, de cette guerre qui doit être la guerre d’extermination!
En vertu de mes dires dans cette longue exposition sur les affaires de l’Italie, qui touchent particulièrement ses citoyens, et généralement toute l’Europe, même tout le monde civilisé, je pose le dilemme suivant: *
Italiens! Choisissez! Ou conservez le prêtre et tout son corollaire et avec lui la damnation qui vous changera en parias de l’Indoustan* ou sécularisant tout votre état clérical, voué deviendrez honnêtes
libres-penseurs, citoyens-soldats, qui porteront le salut, la liberté et la félicité aux autres frères-peuples moins fortunés; c’est-à-dire: ou vive le pape (roi, ou non roi, la même chose!) Vive l’Eglise! Vive la fiction qui abrutit!... Ou vive le Roi-Galantuomo.Héros-d’Italieü! Vive la Justice delà vérité!!! Vive la réalité honnête!!!
Et en un mot: Choisissez! Ou vivent le pape, l’Autriche et consorts ! Ou vivent l’Italie et tous ses amis et alliés, et périssent les prêtres et l’Autriche!!!
L’imprescriptibilité de ce dilemme confirme le génie du défunt Câvour. Par l’autorité de ce grand ouvrier de l’indépendance et de l’unification de toute l’Italie, je vous adjure, o Italiens! croyez à mes paroles!!! Vous tous, vous devez voas rappeler ce qu’a dit dans sa lettre du 12 avril 1856, cet infatigable, énergique et tant regretté Comte de Cavour... Les années 1856, 1859 et la présente ont pour l’Italie la même importance: l’Autriche et la papauté sont aujourd’hui, ce qu’elles étaient hier, ce qu’elles seraient demain, si on les laissait empoisonner l’air d’Italie, même d’Europe... Italiens! Lisez les paroles du hrave Cavour au Lord Clarendon dont j'ai fait plus haut la mention ; les voici :
«...Ce qui s’est passé prouve deux choses : 1° que l’Autriche est décidée à persister dans son système d’oppression envers l’Italie; 2» que les efforts de la diplomatie sont impuissants à modifier son système. 11 en résulte pour le Piémont (c’est l’époque du congrès en 1856) des conséquences excessivement fâcheuses. En présence de l’irritation des partis d’un côté, et de l’arrogance de l’Autriche de l’autre, il n’y a que deux partis à prendre:
ou se réconcilier avec l’Autriche et le pape, ou se préparer à déclarer la guerre à l’Autriche dans un avenir peu éloigné. Si le premier parti était préférable, je devrais à mon retour à Turin conseiller au roi — d’appeler au pouvoir des amis de l’Autriche et du pape. Si au contraire la seconde hypotèse est la meilleure, mes amis et moi nous
ne cr.iindrons pas «le nous préparer à une guerre terrible, à une guerre à mort, the w«r to tiie knifp. la guerre jusqu’avec les couteaux... »
M’est-ce pas le programme de mon dilemme?... Yesl-ce pas le même positivisme, avec lequel je traite toutes les matières dans mon travail exposées?... M’esl-ce pas la même guerre d’extermination que l’énergique ministre se prépare à faire et dont je parle avec tout le sang-froid d’un soldai expérimenté?
Le proverbe dit: si finis bonus laiidabile Muni... Si dans les résultats je suis d’accord avec le grand homme d’Etat, peut-être dans les moyens nous ne différerions pas... Or que mes paroles soient approuvées par les vivants Italiens! Elles m’étaient dictées par le bon sens, par l’esprit du temps et par la Justice.
Le moment des grands événements s’approche. La question italienne doit être résolue , car le maintien du statu quo actuel est impossible. Comme j’ai dit plu haut , — en Europe il y a deux camps : des progressistes et des conservateurs, en d’autre mots : des libéraux et des esclaves... Pour les uns comme pour les autres, il faut en finir... Toutes les ressources et l’activité des peuples, s’épuisent en inutiles efforts : il faut donc finir, pour que la terre italienne, celte riche terre, ce berceau de notre civilisation, soit une fois pour toutes, libérée de ses oppresseurs.
On dit qu’ il y a dans l’air des signes précurseurs de guerre qui ne peuvent échapper à tout esprit observateur: les agitations de l'Italie , comme le congrès des évêques projeté par le saintsiège, sont des avertissements auxquels il serait imprudent de n’attacher aucune importance. #n sait quelle influence exerce le Soldat-Citoyen Général Garibaldi sur les destinées de l’Italie moderne: je cite donc des paroles qu’il a récemment adressées à la jeunésse italienne:... • Vous étiez au nombre de mille en 1860, soyez au nombre d’un million en 1862, et ne vous occupez- pas d’autre chose. Des résultats, nous en parlerons ensemble! •
Soyons donc, nous tous, qui pouvons porter une arme, soyons prompts à répondre dignement à ce généreux et énergique appel: Aux armes H!
Peut-être on demandera : qui je suis?... Je suis soldat de la cause juste... Qui me comprend?... Peu de monde, mais ce sont des honnêtes.... Qui m’à donné le droit de parler en tels termes?... Mon devoir et ma conscience... L'un et l’autre m’ont fait connaître à mes amis dont le nombre n’est pas grand, et à ces quelques cen. taines de volontaires, qui, après la glorieuse bataille de Milazzo, ont été remis sous mon commandement, par le Dictateur en Sicile l’illustre Général Garibaldi. L’un et l’autre m’ont gagné l’estime et l’amitié des citoyens de la ville de Barcellone, dont la garde m'a été aussi confiée... C’est à eux que je dois une nouvelle patrie, patrie d'adoptiop, dont la destinée est aussi chère pour moi que celle de la Pologne, de ma malheureuse Pologne!!! Le bienveillant lecteur sait maintenant qui je suis : donc qui pourrait me refuser la liberté d’exprimer mes idées, ou le droit de dire la vérité à qui <jue ce soit?... Qu’on me juge le plus sévèrement possible, mais avec impartialité pour mon travail consciencieux ; mais qu’on continue de marcher dans la voie tracée par la raison, par l’expérience et par la Justice de la Révolution I