DEUXIÈME PARTIE
Avant d’entrer dans les observations sur la Russie, qui constituent l’objet de cette partie, qu'il me soit permis de faire quelques réflexions.
Tous les événements , ceux mêmes qui par leur petitesse semblent ne pas tenir aux grandes lois delà nature, en sont une suite aussi nécessaire que les révolutions du soleil. Les événements actuels partout ont, aveé les précédents, une liaison fondée sur le principe évident, qu’une chose nejieut pas commencer d’être, sans une cause qui la produise. Nous devons donc envisager l’état présent de tous les peuples européens, qui cherchent leur indépendance et l’autonomie politique, comme effet de leur état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre.
Autrefois, et ce temps n’est pas bien reculé, les phénomènes extraordinaires, comme p. e. les comètes, les éclipses, ou les plus simples, comme la sécheresse, ou les pluies continuelles, étaient' regardés comme les signes de la colère de Dieu. On l’invoquait, et même il y a encore des croyants froqués et laïques , qui l’invoquent pour détourner les funestes influences, c’est-à-dire, conséquences. Si quelquefois venait l’idée de prier ce même Dieu, ainsi personnifié, d’arreter le cours du soleil ou de la lune, suspendra-t-il son mouvement pour une heure, pour dix minutes, pour une seule minute, et s’est-on demandé quelles conséquences suivraient un tel arrêt?... Une simple intelligence est persuadée de l’inutilité d’une telle prière ; or il est inutile de s’effrayer et de prier que les comètes
— i TA —
qui se sont rendues visibles, que les éclipses qui ont eu lieu, que la sécheresse ou les grandes pluies qui ont ruiné les espérances des laboureurs, et qu’elles peuvent être la cause d’une famine, d’une mortalité outre mesure,' d'une peste, . etc., que tout cela n’ait pas eu lieu; si notre vie consiste en honnêteté, 'instruction et travail, alors nous pouvons être heureux et sans prières.
La même chose en politique. C’est en vain qu’on s’adresse à Dieu pour qu’il aide quelque peuple opprimé! Ce peuple doit se ressouvenir d’un proverbe « aide-toi, le ciel t’aidera... • et se préparer à entrer en action tant que se présenteront les circonstances favorables... C’est vrai, que la consuétude est une autre nature, et c’est pour cela qu’on lient, et on tiendra encore longtemps le langage où les mots Dieu, ciel, etc. sont des expressions inévitables, pareeque la plupart des hommes, élevée dans la routine d’autrefois,' trouve bien juste d’employér-ces mots. Mais si au contraire on ne demande rieu du ciel, mais qu’on combine les exemples, les faits, c’est-à-dire l’expérience acquise dans le passé, avec cela ce que doit être entrepris, on gagnera plus de temps pour faire du bien, et on évitera beaucoup de fautes et de désenchantements...
Ces quelques réflexions, je Içs mets expressément dans cette appendice qui regarde l’empire russe, parce que là le peuple est religieux jüsqu’au mysticisme, grâce à l’éducation qu’il reçoit, à l’instar du peuple polonais. C’est la véritable cause qu’il a été esclave jusqu’aujourd’hui, qu’il est ennemi de toutes autres croyanees, adversaire réciproque avec le peuple polonais, et un aveugle, instrument dans les mains de ceux qui les gouvernent...
Pourquoi M. Proudbon n’a pas teuu une telle exhortation aux Polonais et aux autres? Comme ils lui sauront gré!!! Mais il a choisi une autre roule, et les reproches et les conseils donnés aux Polonais seuls, ne pouvaient point obtenir l’approbation des hommes libéraux et des Polonais, et n’ont pas cette valeur qu’ils pouvaient avoir. Aussi je profite de cette circonstance pour répéter encore une fois que les Polonais en Posnanie agissaient raisonnablement protestant contre les actes et les dispositions illégaux du gouvernement et même du Parlement, comme cela a eu lieu pendant les dernières séances de l’assemblée de Berlin. Les dé-
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pûtes polonais ont démontré une sagacité politique en s’abstenant du voyage à Koenigsberg, pour y assister, au couronnement de Guillaume 1er, proneur du droit divin.*.
Les députés polonais au Rcichsralb à Vienne ont agi comme la justice et la raison ordonnaient, eu défendant les droits de la nation hongroise, exposés dans le mémoire de Deak ; en demandant l’application des institutions libérales dans la Gallicie, etc... Aux Polonais des provinces qui sont gouvernées par le knout et la baïonnette du gouvernement russe ne restait rien de plus que protester par les réminiscences bistorico-politiques, par les cérémonies et chants religieux, qu’ils demandent là justice et la vie pour leur patrie. Mais j’avais assez amplement parlé à propos des griefs des Polonais dans le même texte de mon travail, donc cette appendice je la consacre particulièrement aux affaires des Russes mêmes, pour les convaincre de mou amitié et de la sincérité de mes bonnes intentions à leur égard. •
Je connais à fond les défauts et les bonnes qualités de cette nation , et je ne la confonds point avec son exécrable et rétrograde, quoique bien raffiné et rusé gouvernement, basé sur la routine de la bureaucratie tarlaro-allcmande; mais je trouve fort utile d'exposer quelques observations eti ce qui regarde la situation actuelle, dans laquelle se trouvent les différentes classes de cette nation. Plus haut j’ai exprimé ma conviction à l’égard de son gouvernement , qui égale, si je disais même que, le gouvernement russe est le bourreau de ses propres sujets. Chaque homme qui connaît - la Russie ne peut se rendre compte de cette abnégation dans laquelle la nation russe passe sa vie politique. Il semble que les Russes ue se prennent même pour des êtres réellement existants, car dans le verbe primitif être, ils n’out pas le présent et l’empruntent du slave. Pour un Russe n’existe pas l’expression je suis, tu es, nous sommes, vous êtes, il s’exprime impersonnellement dans le passé, et il a le futur... Cette observation se confirme par cette passivité dans laquelle tant de générations de ce peuple ont végété, et c’est plus qu’étonnant qu'à la lin le. peuple russe n’a pu comprendre cette situation précaire dans laquelle le tzarisme l’a induit par l’avidité des conquêtes.
Cette avidité se démontre de la meilleure manière par le rapprochement des avants-postes russes en Europe , aux principales villes Scandinaves et allemandes, et dans l’Asie, au centre de cette partie du monde. Ainsi nous voyons qu'à 1 772 Stockholm été distancié de la frontière russe 234 kilomètres, et à 1861 seulement 153 kilom. ; — Koenisberg 350, — .4 48: — Berlin 1494, — 318;
— Breslau 1287, — 81; — DrèSde 1531, — 325; Prague 1539,
— 333 ; — Vienne 1607, — 475; Teberau, en 1772 — plus de 1250 , en 1861 seulement 410; la frontière des possessions anglaises dans les Indes Orientales plus de 4000 avant le démembrement de la Pologne, aujourd’hui 1400; et Pékin seulement 650 kilomètres !!!...
Ici sera bien de se ressouvenir d’un proverbial dicton en Russie, que le temps et l’espace sont les deux véritables alliés de la Russie ; mais chaque grandeur a seulement une valeur réelle quand elle ne demande pas des efforts surnaturels pour se maintenir.
En Russie non seulement des provinces hétérogènes, mais même des provinces centrales, peuplées par les Grands-Russes, il faut actuellement contenir par la force des armes. Pour le moment je ne parie point de la Pologne, de la Lithuanie, de la Volhynie, de la Podolie, de l’Ukraine ; j’ai en vue Sl-Pétersbourg, Moscou, Kharkoff, Kasan , Perm, Riasan, et autres points de l’empire, partout où la jeunesse universitaire et les libres esprits du peuple ont commencé à donner des signes, des faibles marques, de son réveil moral; et que voyons-nous là?... De terribles répressions à coups de knouts, de baïonnettes et de coups de fusil : arrestations, jugements, sentences, déportations, punitions corporelles, ‘incarcération dans les forteresses, voilà le tableau de la Russie, qui se déroule de plus en plus clairemeul devant nos yeux. . . L’expiation de ce gouvernement et la libération de toutes les peuplades subjuguées par le sceptre absolu du tzar s’approchent à grands pas ; mais pourtant le peuple russe n’est pas encore pourvu en valeur civile, pour s’enhardir jusqu’à se demander, ce que lui coûte l’entretien d’une si grande force militaire et des gendarmes, de ces terribles licteurs des tzars moscovites. Oh! si ce bon peuple pouvait s’élever à un tel point de sa propre conviction, il verrait que c’est au prix de sa liberté, de sa sueur, de son sang, que le gouver-
nement a pu le vexer, l’opprimer et l'abrutir. Quaad ce peuple arrivera à une telle persuasion, s’en sera fait du tzarisme; ses chaînes seront rompues par la force du peuple... et il est bien fiarl, jusqu’à, se garolter par ses propres mains. . .* Des soldats qui appuyenl le tzarisme, écrasent tout selon sa volonté , vexent tout le monde, ne sont-ils pas des instruments pris parmi le peuple russe?...
Un des publicistes, après avoir démontrée la détérioration de le société européenne, s’exprime ainsi à propos de la Russie;
« Là, à l’Est, comme une grande montagne dont la cime est seulement visible , parmi les uuées de vapeurs qui couvrent ses pieds, se dessine un Etat en adversaire imposant, et il y a eu des époques , où il se ruait sur l’Europe comme une avalanche. Le peuple de cet Etal se croit l’héritier des Européens , prompt à accélérer la lente agonie de ses prédécesseurs... Cet Etat, deux siècles en arrière presqu’iucounu , entra sur la scène politique sans aucuns droils, sans aucune invitation, parlant grossièrement et à haute voix au sein des conseils des Etats européens, et’ demanda sa quote-part dans les butins politiques et diplomatiques... Personne n’a pu lui refuser de s’entremêler -dans les affaires de l’Europe usée...!
Mais sonna, j’adjoins de ma part, 1853, et le premier combat de l’Ouest avec l’Est a démontré la force du colosse russe, de même que les moyens de lui apporter des améliorations et les moyens d’arriver à la fin à la liberté et à la propriété inconditionnelle qui lui manquent même encore aujourd’hui.
Oui, presque tout le monde aujourd'hui en Russie à la fin s'est convaincu que le manque de liberté politique, de conscience, d’enseignement et de commerce, est la plus principale cause de toute cette misère, dans laquelle végète cette riche puissance ; mais c| u * réveillera le peuple russe pour qu’il osât se constituer, se convertir en nation. libre, gouvernée par les lois émanées des besoins des temps et de la volonté de toute la nation, et non par l’arbitraire et le caprice d’un individu qui s’appelle tzar?
Les faiseurs de brochures et de journaux en défense du gouvernenemeut russe le démontrent si progressiste qu’ils chantent les odes de louange pour l’affranchissement de ses serfs-pavsans. Qui con-
naît (Je plus près cette affaire, trouve qu’il y aura beaucoup à faire aux mêmes paysans pour arriver à cet affranchissement tant désiré. L'élat des esprits dans les provinces de la Grande Russie démontre que le gouvernement n’a pas compris la portée des réformes qui devaient être introduites, ni des conséquences de ces mesures administratives qu’il a prescrites. Tant mieux pour la liberté de l’Europe, que ce colosse mougolo-allemand, masqué en costume slavo-russe, crève par "sa propre réaction, et par cela permette à l’Europe d’échapper à la. domination cosaque.
De savants économistes statistiques ont dit : « Quand le sens public augmentera en Russie et seront vaincues les distances énormes qui divisent les frontières de celte puissance,' c’est-à-dire, quand les moyens de locomotion moderne seront appliqués dans toute la Russie, alors sa force d’aggression sera proportionnée au nombre de sa population, dans la même proportion, comme sa force défensive correspond à l’immensité de son territoire, non interrompu, mais entouré par les mers.... •
Mais avant que se réalisent les moyens de communication pour servir toute la Russie, ses habitauts supportent d’énormes pertes par celte centralisation gouvernementale bureaucratique, même dans l’exécution des voies de communication. L’expérience démontre que la centralisation à St-Pétersbourg de toutes les branches administratives a réagi de la manière la plus nuisible, parce que là sont accumulées aussi toutes les directions industrielles, à l’exception de quelques-unes. De là toutes ces défaillances qu’ont subies tant d’entreprises industrielles, qui coûtaient plus d'un milliard, qui out compromis tant de personnes, et qui ôtent le désir de s’aventurer dans de nouvelles entreprises. . .
'Je n’énumère point les autres difficultés: les. nouvelles qui soufflent de temps en temps de Russie sont à la portée de la connaissance de tout le monde, et démontrent que les Russes sont dans de graves embarras. . . Le gouvernement s’obsline à poursuivre la fausse route de la réaction et de la compression. . . Un tel gouvernement n’est pas à la hauteur de sa mission. . . De mon côté, je suis bien convaincu que les habitants de l’empire russe gagneraient énormément s’ils se décidaient à entrer franchement en révolution
politico-sociale, pour se diviser politiquement, restant- liés entre eux socialement, commercialement, par les voies de communication perfectionnées, par les télégraphes, par l'amitié et le bon -voisinage.
La révolution politico-dbciale sauvera les habitants de l’empire russe de l'inertie, de la stagnation, de la léthargie politique dans lesquelles ils se trouvent; et une des premières conséquences de cette salutaire révolution serait la dissolution, c’est-àdire, la subdivision du tzaral
Une telle subdivision «étant spontanée devrait être accomplie sur les bases suivantes, savoir ;
lo La Finlande, la Carelie, une partie de l'Ingrie et tout le pays depuis le lac Ladoga jusqu'aux embouchures du Duna du Nord, doivent être érigés en Etat autonome ou joints à la Scandinavie, selon la volonté des habitants. Tout ce pays appartenait autrefois aux Scandinaves (Suèdes), et en petite partie aux Slaves (républicains de Novgorod). La majorité des habitants, étant des Finlandais pur sang , préféreront se fusionner avec la Scandinavie , avec laquelle, sous tous les rapports, ils ont une foule d’affinités d’intérêts et de coutumes, et des relations de parenté de famille, de langue et de culte. * *
2° La ville de St-Pétersbourg, avec un arrondissement convenable, représentant un Etat indépendant, à l'instar de Hambourg ou d’autres villes anscatiques, ne cesserait pas d’être une source d 'enrichissement pour ses habitants libres de toute pression et
du faux éclat du tzarisme. Le commerce libre et les chemins- ferrés
que demandera ce commerce, maintiendront St-Pétersbourg comme un des principaux points commerciaux de la route directé de la mer Blanche à la Baltique : cette route, une fois exécutée, sera pour les citoyens de Pétersbourg un véritable Eldorado.
3» Les provinces baltiques, c’est-à-dire, le pays situé entre le golfe finnois, le littoral de la Baltique, le Duna de 'l’Ouest, et le chemin de. fer Pétersbourg-Dunabourg, composeraient un Etat indépendant à l’instar des principautés Danubiennes.
4'» Le pays situé sur la rive gauche du Duna de l’Ouest et sur la droite du Dniéper, ensemble avec le royaume de Pologne, ou
iudépendetnment, ayant pour sa frontière du Sud le littoral de la mer Noire entre le golfe du bniégfr et celui du Dniester et le cours de ce dernier, constituerait à son tour un Etat autonome,
5“ Les goubernies de TcbemigofF, de Moghileff (sur le Dniéper), les parties méridionales des goubernie9.de Smolensk, de Koursk, de Yoronèje et de TambofT, les goubernies de Poltava, de Kharkoff, la partie de la goubernie de Catherynoslaff, située sur la rive gauche du Itniéper, la Crimée, l’arrondissement de Taganrog, et tout le pays des Cosaques du Don, situé sur la rive droite de ce fleuve au-dessous de la slanitza (1) Kalatcheff, et surloutes les deux rives de ce fleuve au-dessus de cette stanitza, constitueraient une nouvelle grande unité politique, autonome et homogène.
fi» La Bessarabie doit être restituée aux principautés Danubiennes, parce qu’elle est un pays Roumain.
7° Les pays entourés par la rive gauche du Don (jusqu’à Kalatcbeff), le chemin-de-fer Volga-Don, la rive droite du Volga (depuis Tsarilzin jusqu’à ses embouchures), le littoral du Caspien, les frontières de la Perse et de la Turquie d’Asie, le littoral de la mer Noire et de la mer d’Azoff, représentent une autre portionde l’actuel empire russe, qui gagnerait énormément sous tous les rapports d’une pareille subdivision territoriale; et étant érigés en un Etat, dont je parlais plus haut, ses habitants se civiliseraient en peu d’années, apportant de véritables proflts tant pour l’Europe que pour l’Asie. '
8° Les goubernies de la Russie européenne non-menli6nnées ci-dessus constitueraient une autre, toujours bien grande portion de l’empire, comme un Etal autonome, presque homogène, dont là capitale Nijniinovgorod, est le point important sous tons les Rapports.
La grande et riche ville de Moscou, érigée, à la manière de Washington, sur le terrain neutre, en ville des congrès commerciaux et industriels, des expositions universelles et des réu-
(1) Une slanitza équivaut à un grand village, et Stanitza Kalatchelf a une population de près de dix mille habitants.
nions scientifiques pour tout l'Orient d’Europe, représenterait pour
ses citoyens libres un avenir digne d’envie et à la fin
9* la Sibérie et le Kamtchatka, d'ensemble avec la province d’Amour, une dernière portion de l’empire russe, représenteraient un Etal très-puissant, si la liberté politique, de conscience et de commerce, commencera à vivifier ces contrées situées dans l’extrême Orient. Des milliers de colons de toutes parts du monde trouveraient là des moyens de subsistance abondante, et ces contrees, aujourd’hui désertes, sans voies de communication, sans véritable vie sociale, pourront devenir un pays tout à fait riche, fort et bien peuplé.
En ce qui concerne les possessions de la Russie dans l’Amérique du Nord, elles sont si lointaines, que leur annexion aux possessions de la Grande-Bretagne, ou aux Etats Américains apporterait utilité réciproque, sans léser les intérêts des citoyens particuliers.
Le suffrage universel, composé des Élus parmi les Élus, dans chacun de ces nouveaux Etats, à l’exception du premier et du sixième pays, déciderait gui et comment les gouvernerait selon les * Constitutions, assimilées aux besoins et aux mœurs des citoyens et au climat de chacun de ces nouveaux Etals.
Les frontières des Etals nos 7, 8 et 9, limitrophes avec les peuplades d’Asie, devraient être gardées par des armées permanentes, dont l’entretien regarderait tous les Etats d'Europe, qui, par un tel arrangement, éviteraient de faire les énormes dépenses actuelles pour payer leurs armées, qui dépassent cinq millions d’hommes.
Partout la garde nationale, les corps des volontaires et la milice de police territoriale, représenteraient les uniques forées publiques armées ; mais l’éducaliou militaire de la jeunesse serait répandue parmi toutes les classes de la société. Le superflu de la population de tous les Etats européens et les volontaires pour le service militaire qüi pourraient être une sorte de pionniers de la civilisation européenne dans l’Asie, seraient dirigés à l’extrême Orient, aux frais de leurs concitoyens, ou gouvernements, s’ils étaient pauvres, et à leurs propres frais, si leurs fortunes permettaient d’entreprendre un tel voyage d’expatriation.
Voilà les données générales d'au arrangement tout à fait nouveau et profitable à tous les hommes honnêtes, .paisibles, à l'exception des courtisans du tzarisme, du tzarat et du tzar même.
Pour mieux comprendre ma pensée — à qui je vise en disant courtisans du tzarisme, je mets l’observation suivante.
Les tchines, les titres et les ordres, à part l’appointeraent que le gouvernement russe paye, et le revenu accidentel que l’employé sait jirer de la société par l'influence de son emploi ( ousiatka ), voilà des amorces pour des essaims de tebinovniks. Neuf dixièmes des employés civils, militaires t et cléricaux russes, sont les serfs les plus obéissants, les plus dociles aux commandements du gouvernement, qui les oblige par la force du serment à être prompts même au rôle de délateurs; un dixième à peine, et c’est seulement après des efforts inouïs des Hertzen, des Ogareff, des Gogol, des Bieliuski, et des autres qui travaillent à l’inté-
rieur de la Russie, dans chaque université, lycée, gymnase, académies militaires de l'état major, de l’artillerie et du génie, dans tous les corps de cadets, en un mot, dans tous les établissements ' d’instniction publique , — un dixième, à peine, est véritablement libéral , indépendant , prompt à la révolution pour changer l’ordre social, administratif et politique dans ce pays-là. Or, les employés serviles composent la plus nombreuse classe de la race des courtisans.. Après eux viennent les monopoleurs de toute sorte, qui voudraient le système prohibitif appliqué à chaque occasion, — et au moins, pour protéger leurs intérêts — le système protectioniste aux prix élevés . . . Ces rétrogrades représentent la seconde classe des courtisans du tzarisme, très-dévoués,
même à un 'plus haut degré que la première classe, parce que, même sans tzarisme, les employés ne cesseront d’exister, devenant d’utiles citoyens-employés, bien rémunérés par le pays et respectés par leurs concitoyens qui, pour la plupart, les éliraient parmi les hommes véritablement honnêtes, civilisés et aptes à fonctionner par mérite et non par favoritisme ou ancienneté; tandis que, le tzarisme disparu, les monopoleurs avec leurs systèmes seront remplacés par la concurrence du commerce libre sous tous les rapports.
Mais les plus obstinés soutiens du tzarisme, les plus assidus courtisans, qui tous briguent sans exception les faveurs du tzarisme, sont les popes et les moitiés orthodoxes du rite oriental. C’est la plaie de l'humanité, dont les putrides excréments démontrent le mieux l’état du chancre qui ronge l’humanité et qui s’appelle tzarisme !
Pour combattre le tzarisme, il faut des mesures plus qu’ordinaires, et malheur ! si l’on s'arrête à moitié chemin pour le détruire. ..
Le passé de la Russie avant la campagne de Crimée était plein d'erreurs. . . Cette campagne a aidé le gouvernement russe à ouvrir les yeux, uon pour chercher les moyens de se civiliser réellement, mais pour renforcer les points faibles et, pour ainsi dire, vulnérables sous le rapport militaire. Par bonheur, la destruction du tzarisme est une chose possible par la même outrance avec laquelle le gouvernement a poursuivi les améliorations des choses militaires, ne voulant d’aucunes mesures réellement civilisatrices sur le champ de la vie civile. La meilleure preuve de l’impartialité et de la vérité de mon jugement se présente dans cette Question des paysans, laquelle en 1857 (novembre) portait la dénomination « Amélioration du sort des paysans ; ■ en 1861 (mars) changeait en « Abolition du servage, avec obligation » pour les paysans de rester encore deux années, deux longues années, en état de transition, étant obligés à payer les redevances éh corvées et en espèces; mais en réalité ne changeant que de mailres, — autrefois le propriétaire foncier, aujourd’hui lui et l’employé, et demain le seul employé, — cette Question doit être le fondement d’un changement, non-seulement social, mais en outre politique et administratif! *
Cette grave Question, au lieu d’être résolue au contentement du basqieuple au moins, est décidée sur le papier au détriment de ce même peuple et de la classe des propriétaires, lésés dans leurs intérêts, et démontre l’impuissance du gouvernement du tzar à faire une réforme raisonnable quelconque. Les demi-mesures ne conduisent jamais aux résultats satisfaisants. Le mode d’appliquer le nouvel ordre de choses sous le rapport économique, prouve
l’incapacité et même la malveillance' des gouvernants envers les gouvernés. . . La dernière réponse du tzar à Pollava, aux paysans, ne permet d’espérer rien de buu, c’est-à-dire qu’eux n’ont rien de plus à obtenir de sa part, à devenir véritablement citoyens.
Tout ce qu’ils ont obtenu ne les satisfaisant- point, parce qu’ils sont parfaitement convaincus qu’on les vexera jusqu’à l’heure où ils auront le droit d’égalité devant la loi; tout ce que dans celte grave Question le gouvernement ordonna, lésant les intérêts fiuanciers et sociaux de tous les propriétaires fonciers, ce tout doit être changé par la révolution, -dans laquelle les ‘paysans et les propriétaires doivent agir unis, pour mieux combattre le despotisme de la chancellerie du tzarat. Le feu couve sous les cendres... Un bienfaisant souffle de l’Occident, et la flamme de la justice et de la liberté illuminera tous les coins de la Russie. . .
Actuellement il se présente en Russie deux partis, dont l’un, avec la hache à la main, se mettra bientôt à l’œuvre : le bouleversement général suivra ce mouvement social ; l’autre espère encore que le gouvernail restera dans les mains du gouvernement. Mais quel est le programme de ce dernier parti ? Il y en a tant!!!
Voici le mien depuis 1 856 ; . ce programme se base sur les besoins réels des habitants de l’empire russe.
Les propositions modestes que je présente peuvent être efficaces à civiliser toutes les peuplades gouvernées par le sceptre-knout du tzar; mais- c’est la question’ de savoir s’il voudra le changer contre une raisonnable Constitution, qui comprendrait les points suivants : 1° Avant tout, point de religion d’Etat, et la plus large liberté de conscience, de culte et d’instruction ; 2° la liberté de la presse, supprimant la censure préalable et promulguant des lois sur la presse ; 3° La fixation du budget, en le déclarant d’avance et le soumettant à la discussion publique dans l’Assemblée des représentants du pays; 4° l’appel a la nation, pour convoquer une telle assemblée ; 5° la liberté de la discussion devant tous les tribunaux réorganisés, et l’introduction de la police correctionnelle, avec l’abolition du droit que s’arroge la police exécutive et la gendarmerie; 6° l’abolition des peines corporelles, en abrogeant tout le code actuel, où il y a tant d’articles qui portent atteinte à la
dignité de l’bomme ; T les réformes dans le code militaire, en ce qui regarde l'humanité et l’économie politique: 8" l’abolition du tchin, cette institution cbino-mongolo-allentande, et 9° l’institution du mariage civil
Si ce soleil atteindra, arec ses neuf rayons, le géant du Nord, la glace des préjugés de l’esclavage se fondra, et celte énorme puissance se divisera, comme par le contact d’une baguette magique, pour former les parties dont j'ai parlé plus haut, et c'est le cas de proférer aussi de ma part : qu’il soit ainsi !
Dès le moment que l’empire russe,, spontanément, par la volonté des peuples aidés par l’Europe libérale, crèvera, l’affluence dés étrangers capitalistes, industriels, colons, créera une vie sociale et économique tout à fait nouvelle dans toutes les contrées; nouvelles relations commerciales, nouvelles industries, ou le perfectionnement des industries existantes; nouvelles voies de communication; nouveaux produits, ou abaissement des prix pour ceux qui sont confectionnés, dans l’empire russe actuel, ou importés de l’étranger; et bien d’autres améliorations que tes habitants-sujets n’obtiendront jamais du tzar, se réaliseront par les citoyens des nouveaux Etats, car c’est seulement le régime constitutionnel bienfaisant parce que rationnel, qui aurait la force de créer toutes les institutions énumérées ; mais ce régime ne pourrait jamais efficacement gouverner un pays d’une pareille étendue, laquelle est occupée aujourd’hui par cet empire-monstre.
Chacune de ces fractions ou de ces nouveaux Etats formés de la Russie actuelle, peut alimenter de nouveaux millions de citoyens, et voilà le moyen le plus efficace, non-seulement d’amoindrir, mais d'arrêter l’augmentation du paupérisme et du prolétariat en Europe, qui concourant à la propagation et à une bonne issue de la révolution sociale dans le tzaral mongolo-russe, modelé par le -caporalisme allemand, aurait acquis un droit incontestable à une pareille récompense.
Une révolution politique et sociale en Russie peut garantir la sécurité générale et l’équilibre politique de toute l'Europe et même de l’Asie. Pour éviter un tel cataclysme, il faut supposer, qu’à force de tous les subterfuges, intrigues et tromperies, le tzar
consentira à faire des concessions, à l’instar des Hapsbourg; mais ce sont seulement les enfants ingénus, ou les idiotes, qui croiraient à la sincérité de ces concessions : la conduite de l'Autriche et de la Prusse en 1849, — voilà le programme du gouvernement russe; même l'exemple de l'électeur de Hesse a aussi pris quelque autorité parmi les absolutistes; et ils savent profiter des circonstances pour regagner le terrain qni a manqué sous leurs pieds. . . Non, je ne crois pas à la promesse d’un absolutiste, et tant plus à la parole d’un tzar russe ; l’histoire de Russie, écrite par un Russe, par Karamzin, appuie mon opinion , dans laquelle je resterai inébranlable !
A présent quelques mots à propos de la religion de l’Etat. Je suppose que mon lecteur est un homme instruit, pqur lequel deux mots suffisent, et qui comprend ce que c’est que celte religion ; or, je me limite, en disant que le rite moscovite (orthodoxie grecorusse) est propagé en Volhynie, Podolie et Ukraine depuis le démembrement de la Pologne, et en Lithuanie, dans plusieurs communes, ce rite fut installé seulement sous le règne de Nicolas I er , et il faut dire qu’on le propage avec rage.
L'introduction du culte orthodoxe russe dans ces provinces par Cathèrine II et Nicolas 1er un écrivain russe, M. Hertzen, la flétrit du nom ■ le crucifiement de la Pologne.... • C’est le rite moscovite, religion de l’État, ensemble avec toutes les dispositions du tzarisme, qui dénationalise aussi les provinces ci-dessus mentionnées, dont les habitants, bon gré malgré, sont continuellement en contact avec les popes.
Un écrivain russe a fait récemment dans son ouvrage sur « la Rutliénie ■ de précieuses confessions, en ce qui regarde le clergé orthodoxe russe: «... L’influence du clergé moscovitien, qui, protégé par les Tatars, est devenu leur auxiliaire pendant la triste époque de la domination mongolienne, ne sut prêcher à la patrie opprimée que la soumission à un pouvoir établi par la violence, oubliant complètement l’indépendance et le patriotisme. Subissant l’influence de leurs oppresseurs, les Russes perdirent les vertus généreuses de leurs ancêtres. Ils se trouvèrent assimilés à c es barbares que leurs chefs conduisaient comme des troupeaux.
Ils perdirent tout sentiment de noblesse. Devenant ainsi tatare elle-même, sans caractère et sans vigueur, notre malheureuse patrie a subi la tyrannie de Grozuoï (Yvan le Terrible), ce lâche Néron, n’ayant de virilité que pour la destruction... » Le clergé moscovite d’aujourd’hui imite ses prédécesseurs : esclave lui-même d’un pouvoir établi par la violence, il enseigne aux autres un esclavage pareil ; mais le peuple le méprise au point de cracher en signe de dédain quand il rencontre un pope, supposant que par ce crachement il se libère du mauvais œil du pope ou moine.
Quelle morale tirer d’un trait si remarquable ?... Selon moi la suivante : les vils précepteurs spirituels soutiennent d’exécrables dominateurs temporels, en les équivalant; or les sujets de tels maîtres et docteurs ne peuvent être que barbares et ignorants dans toute la force du mot.
Pour finir cette appendice je donne quelques renseignements sur l’affinité des langues polonaise, russienne (rnlbène) et moscovite (russe). C’est commettre une grave erreur que donner à ses deux dernières langues le nom de russes. Pour prouver que la langue polonaise est bieu plus rapprochée de la russienne, je n’ai qu’à dire qu'un Polonais, qui n’a pas étudié cette langue, la comprend parfaitement, tandis que ni lui, ni un Ruthène, un Russien, un Cosacq, un Petit-Russe, (comme l’appelle un Moscovite), ne comprendra la langue des Grands-Russes (Moscovites) sans l’étudier.
Selon M. karamzin, historiographe et patriote, selon les philologues russes, et, à la fin, selon M. Szaffarik, philologue slave, la langue des Grands-Russes (langue officielle), contient une foule de mots et principalement des verbes, tirés des langues des peuplades conquises par les Moscovites. Par un tel mélange la langue moscovite est incompréhensible pour les Slaves méridionaux, pour les Polonais et pour les Ruthéniens, dont la langue actuelle peut s’appeler plutôt un patois polonais que moscovite.
L’influence gouvernementale est si grande en Russie sur la jeunesse, que, malheureusement, elle réagit même sur l’homme formé. Cette influence soutient que ■ la nationalité russe (moscovite) s’étend partout où l’on parle la langue russe; » il ne faut donc pas s’étonner
qu’il y u une quantité de Russes, surnommés libéraux, qui Suivent l'impulsion reçue dans leur enfance.
Un tel avis* à propos de la langue et de lu religion embrouille les relations parmi les patriotes russes et polonais , mais à mon point de vue ils font leurs comptes sans hôte. Selon moi il faut se ressouvenir que les Ruthènicns (Kussiens, Russes Blancs, Cosacqs... appelez-les comme vous voulez), peuvent aussi prétendre avoir quelque droit sur l’autonomie de la langue et de la religion dans leur patrie. En vertu de cela une ligne de démarcation , conduite du Nord-Est, commencée de Polock et passée par Minsk, .Niéswiz, Brzesclitevvski, Horo^llo et Przemvsl (en Gallicie), diviserait le pays contenu entre l’Oder et le Dnieper, et entre le Baltique et les Carpathes, presque en deux égales portions des citoyens, pour lesquelles une sage et libérale constitution servirait le trait d’union politique, les dotant de toute la liberté de conscience, d’enseignement et de commerce.
Plus de deux siècles de domination de Mongols sur les principautés de Moscovie, de Vladimir, de Twer, de Yaroslaw, de. Toula, de Kalouga, etc., et les continuels combats et relations de ses habitants avec les peuplades barbares de l’Asie . ont changés sous tous les rapports les Finnois-Slaves, gouvernés autrefois par les descendants de Rurick, aujourd’hui les Granda-Ihisses, par la grâce du knout des Romanoff-Gottorp, à tel degré, qu'à la fin leur race, de même que leur langue, se présente d’une nationalité, tout à fait opposée à la nationalité polono-rutheno-slave. Sur ce sujet la presse de Paris a doté le public de différents livres, parmi lesquels le plus remarquable est « l’Histoire de la Lithuanie et de la Ruihénie p3r J. Lelewel > (autorité historiographe, appréciée et citée aujourd'hui même par des Russes, gens de science). Cet ouvrage a paru à Paris l'Année passée en traduction française, par M. Rykaczewski, qui l’augmenta par ses notes, fort remarquables.
Une si grande appendice demande un épilogue; en voici un, que je trace sans exagérations ni exclamations, mais que j'ai voulu faire convaincant et énergique.
La politique du gouvernement de St-Pctersbourg n’aime point la liberté d'aucunes couleurs. Cette politique est la base du tzarat et
du tzarisme russe. C'est quelque chose asiatique, mongole, qui s’appuie sur les tchinownicks — employés de bureaucratie, inoculée par des Allemands à ce terrible parasite, qui s’appelle rfrcorianstu o, gens de cour ; et sur les pope * — bureaucratie d’église, apportée de Constantinople avec la religion grecque. Ces deux branches bureaucratiques constituent tout le secret de la suprématie de la race moscovite. *
Par cela même elle a dans ses mains la suprématie gouvernamentale, qui pèse sur toutes les autres races, gouvernées par le sceptre des tzars, qui est la cause de la centralisation administrative, du monopolisme de toute sorte, de l’asservissement et de l’avilissement de tons les habitants-sujets du tzarat. La justice n’est pas et ne peut pas être connue sous un tel régime, dont l'existence finira avec le premier cri de liberté, que la révolution sociale et politique prononcera dans l’empire russe. A une telle révolution doivent prêter la main les Moscovites mêmes, parce qu'ils établiront sur les ruines du trône de tzarisme les droits de l’homme, dont profiteront tous les habitants de cet empire, sans distinction des races et des classes.
Ici je rappelle aux Moscovites mes contemporains que Karamzin a dit à propos des Moscovites contemporains de Groznoï (Y van IV), ... • qu’ils étaient lâches, supportant jusqu’à sa mort une tyrannie sans nom ; qu’ils étaient plus qu’infâmes par leurs docilités... » Oui, cela est vrai ! Chez les Moscovites du XVI' siècle il y a eu quelque chose d’incompréhensible: non-seulement ils supportaient la tyrannie furieuse et les exterminations de ee tzar ; mais encore processionqellement, ayant à leur tête le clergé, portant les images de l’église orthodoxe russe, ils priaient â genoux Yvau le Terrible de faire d’eux tout ce qui lui plairait ! Prenez garde, Moscovites ! Votre clergé est imbu des mêmes principes qu’autrefois; votre tzar actuel a commencé son règne comme ce même Y van IV, qui, dans les premières années de son tzarat, était assez libéral ; votre tzar actuel a un naturel dont quelques traits coïncident avec le naturel d’Yvan Groznoï, qui aussi aimait beaucoup la chasse aux ours, luttant avec la bête féroce presque corps à corps; le nectar de vie et des Hébés n’était méprisé ni par l’un ni par l’autre. .. Prenez
Jt
donc garde ! Démontrez à tout le monde que vous valez mieux que vos ancêtres ! Donnez un bon exemple à tout sujet du tzar : l’heure de l’action s’approche!
Mais quand à la Gn sonnera celte heure suprême de la révolution décisive pour la Russie?... Restera-t-il toujours si ignorant, si credule, si barbare, ce has-peuple en Russie, comme il en était jusqu’aujourd’hui?... Se permettra-t-il d’étouffer par cette armée d'employés-tchinownicks, dont se compose la pyramide de quatorze degrés? Les derniers comme les premiers sucent sang et or de toute la nation ! La jeunesse, en majorité libérale en Russie, après l’avancement à la dixième classe , commence à fléchir dans son libéralisme. Dans la neuvième s’incline visiblement du côté des conservateurs; arrivant à la huitième, augmente le nombre de ceux-ci; et tant que quelqu'un tchinownick touche le grade plus élevé, savoir: septième, sixième, etc., tant il recule du premier libéralisme, n’importe, était-il même le plus rationnel!... C’est pénible, mais cela est vrai!!!... Mais ces terribles tchinownicks s'appuient sur une grande armée, aveugle instrument des ordres suprêmes du tzar! N’y a-t-il d’espoir que cette armée puisse faire une fois, une seule fois, cause commune avec le peuple, quand il aura demandé ses droits?... Peuple et armée de Russie! c’est seulement vous, forts, ingénus et non encore corrompus, qui pourrez détruire cette exécrable pyramide : soyez donc inexorables! Ne laissez pas même une pierre sur l’autre! Retournez au vieux Viétch (aujourd’hui suffrage universel)!!! Que votre viétchévoï kolokol (la cloche qui sonna la réunion en assemblée publique de tous les citoyens) resonne de nouveau dans les murs de vos villes et campagnes, et les oppresseurs se dissiperont comme la fumée, et les viles mercenaires, soldés par le suprême entre eux, auront bientôt fini leur règne ! La lutte sera courte, mais terrible ! En avant donc, braves ouvriers! Jettez le gant à la tyrannie! Elle peut nous ôter la vie; l’honneur — jamais ! Humble soldat de la révolution italienne, fils et soldat de la révolution de 1 830, je vous invite à vous réveiller, car le jour de la gloire arrive: abattons les oppresseurs pour devenir hommes libres, consciencieux et frères aux autres peuples ! ! !
Expressément à la Qu de cette appendice je me suis réservé à dire quelques paroles à propos des finances et du budget de l'empire de Russie, pour mieux faire ressortir la situation fort critique des premières et de l’insuffisance du second.
Les dépenses gouvernementales en Russie sont éuormes: deux tiers des revenus sout engloutis par le département de la Guerre. L’entretien des 80,000 hommes, qui composent le corps des troupes de la garde, demande des sommes effrayantes, lesquelles seraient suffisantes à maintenir une armée de 550 mille hommes.
Toutes les forces armées de l’empire sént actuellement amoindries, pourtant elles coûtent au Trésor, c’est-à-dire au pays, trop cher. La marine de sa part demande des dépenses importantes, d’autant plus qu'après la campagne de Crimée, tout dans cette branche était à refaire, à reconstruire...
On dit qu’à présent le tzarat a. son budget : mais ce serait encore mieux s’il se retrouvait un Plener (1) pour les finances russes, alors tout le monde saurait sur quelle route se trouvent ces finances. Les crises: financière, monétaire, industrielle et commerciale sont si étroitement liées entre elles dans cet empire, que nuis efforts, nulles émissions de bons ou d’obligations du Trésor ne pourront le sauver de la banqueroute. .
La Banque de l'Etat a- publié son bilan ; là est dit pour quelles sommes circulent les billets des différents noms en Russie. Ce sont des. milliards ! et on veut les augmenter davantage... Tant mieux pour l’Europe libérale; tant pis pour les sujets du tzar, s’ils les accepteront H!
Pour améliorer l’état des finances, on veut augmenter les impôts: pauvres sujets du knout! N’étiez-vous pas assez grevés? Et savez-vous, oii et comment est employé votre or, que vous gagnez par votre sueur? Nou ! vous ne pouvez donner la réponse demandée; mais vous pouvez, à votre tour, demander à vos maîtres, la hache à la main, comment ils régissent la fortune publique à eux
(() Le compte-rendu par M. Plener. ministre des-finances en Autriche, à propos de l'institution financière (Je cet empire, a découvert la banqueroute des Hapsbourg.
confiée? Ressouvenez-vous de ces belles promesses, extorquées à votre tzar après la campagne de Crimée, — promesses si séduisantes ! Elles ont été faites au commencement de 1 856 ; aujourd’hui finissent six longues années, eu quoi consiste la réalisation de ces promesses?
En monument érigé à Nicolas 1er ; en inauguration de la cathédrale de Saint-Isaac et en émigration en masse des Tatares de Crimée? Peu de choses!... pourtant les milliards qui étaient dépensés en ces six ans, mériteraient être démontré au pays avec plus de conscience...
Empire russe ! Ta colonne de granit, debout sur la place devant le Château d'fliver (résidence du tzar) à Saint-Pétersbourg, est crevassé par l’influence du climat ; tes finances, o empire du tzar! sont crévées,.. croulez-donc, et sitôt que cela soit possible! Croulez tous les deux ! ! !
4 me APPENDICE
Le sort de l’Italie m’intéresse sincèrement au point de vue humanitaire, 'car c’est ici que se traite une grave question morale, qui est relevée depuis tant d’années, et sert a tant de disputes et de débats dans les assemblées, cabinets, brochures et journaux politiques. L’Italie m’intéresse aussi sous le rapport patriotique, parce que ce pays est devenu ma patrie d’adoption: travailler pour l’Italie et pour la Pologne est donc mon vœu; sera-t-il justement apprécié ou non, approuvé ou désapprouvé, peu m'importe ; je fais mon devoir comme cela convient à un homme libre et consciencieux, à un soldat-citoyen.
Combien de fois j'ai lu et entendu parler ces politiques du jour, que c’est le gouvernement de France, qui est l’unique ennemi de l'Italie ; que c'est lui l’unique coupable, qui retarde le dénoûment de la Question romaine et de toutes les affaires d’Italie tant extérieures, qu’intérieures. Je suis convaincu que le gouvernement de Napoléon III quelquefois recula.... pour mieux sauter. Les faits accomplis donnent raison à une telle opinion de ce gouvernement; mais tous ne peuvent pas se placer sur le même point d’observation.
Plusieurs, et même des hommes d’Etat disaient depuis la paix de Villafranca, plusieurs parmi eux répètent encore aujourd'hui que le
gouvernement de France ne veut pas eutendre parler de l’Italie unie, car le chef de ce gouvernement, protège le pape à Rome par uue garnison forte et préparée a toutes les éventualités de la guerre... car Napoléon 111 voulut plutôt protéger la Confédération italienne, que l’unité d'Italie, dont la force matérielle pourrait même devenir dangereuse pour la France... car l’empereur des Français entretient les meilleurs relations avec les ennemis de l’Italie, etc....
Que dire de tels propos, môme s'il sont prononcés du haut de la tribune parlementaire ?.... Plaindre leurs auteurs, et en deux mots les éclairer, s’ils veulent l’être ; voilà le devoir de ceux qui sont plus prspicaces, c’est-à-dire, qui apprécient mieux les actions du gouvernement impérial en France, Or je dis : si la France du second empire suivait la ligne de conduite politique, supposée par quelques politiques-routiniers; si elle voulait suivre la politique à la Lamartine, à la Mazarin: elle l b n’entreprendrait pas la campagne d’Orient.... 2“ n’adhérerait pas à l’entrevue de Plombières... 3° n’aurait pas versé le sang de cinquante mille de ses braves guerriers, tombés sur le champ de bataille, pendaut la glorieuse cam* pagne de 1859.... et 4° n’aurait pas posé parmi les conditions de la paix de Viliafranca, sanctionnée par le traité de Zurich, cette inéxorable condition de non-intervention , qui est devenue la base de tout ce qui s'était fait et ce qui se fera, sur le territoire italien sous les égards politiques et administratifs, de par la volonté du peuple italien, personnifié par son gouvernement , par son Parlement et par son Itoi-héros sur les champs de guerre. De mon modeste point de vue; j’observe que la France a deux grandes raisons qui l’obligent à maintenir un corps d’occupation à Rome, et agir de manière que les myopes l’ont suspectée dans son amitié pour la cause d’Italie. Mais ce n’est pas le temps opportun pour dire mes suppositions à l’égard de cette dernière hypothèse ; je veux donc seulement me limiter eu disant quelles sont ces raisons , que je trouve très-positives , pour continuer l’occupation de Rome. La première est une mesure de haute stratégie.... la seconde est ordonnée par la morale, non pour contrarier les intérêts italiens, mais pour les stimuler, raffermir, éclairant en même temps devant l’opinion
publique en France et ailleurs, tous les défauts et inconvénients du pouvoir temporel des papes....
La France quelques années auparavant était plus catholique-romaine que Rome elle-même. En Italie existe un proverbe terrible pour la religion, qui dit: < chi Roma non vede, ha fede: Renia veduta, fede perduta » (qui ne voit pas Rome, conserve la foi : Rome vue, foi perdue); or il était plus que nécessaire de travailler moralement la France, la préparer à la suppression du pouvoir temporel du pape. En France l’opinion publique, en ce qui regarde la papauté, était encore fort arriérée, et il fallait, par tous les moyens, démontrer au brave peuple français que, le temps de foi aveugle était passé. Une moitié de ce peuple, c’est-à-dire les hommes, sont plutôt libres-penseurs , quoique les prêtres les prennent pour des moutons ignorants, tandis que les femmes françaises étaient presque toutes des ultramontaines... Que sont-elles devenues aujourd’hui?... Sont-elles persuadées à la fin que le trône papal ne les regarde pas, et que leur devoir consiste à tricoter des bas, faire le ménage, élever des enfants, au lieu de se mêler dans les débats de la politique, même celle qui concerne l’Église?... Et pourtant, en 1860 encore, la plupart des Françaises se sont intéressées beaucoup du sort, qui se dessinait en perspective au trône papal; et en Italie, on n'aura jamais une juste idée, à quel point de hardiesse était arrivé l’ultramontanisme, appuyé sur les femmes, rangées en bataillons, composés des membres de ia Société de Saint Vincent de i’aul, et commandés par les archevêques, éyêques, chanoines, curés, etc.
11 fallut la force et la perspicacité de l’inimitable politique de Napoléon III, — qui voyait clairement toutes les tendances des légitimistes, des jésuites et des orléanistes, — pour savoir arrêter à lemps l’explosion d’une guerre civile, mettant, par des dispositions opportunes, faites de la part du gouvernement, un frein à l’ardeur des mitrés cléricaux, (procès de M.Dupanloup, évêque d’Orléans, et d’autres individus), et démasquant par la voie de la presse et des tribunaux toutes les menpes des cléricaux contre les principes de 1789 et contre le gouvernement actuel de France... Qui voudrait apprécier toutes les phases de cette question-lutte à mort qui se
déballait entre le gouvernement français et le pape, depuis 1859, qu’il lise le Moniteur Universel : là, se trouvent des ébauches de ce tableau qui se déroulera bientôt aux yeux de tout le inonde, — tableau qui représentera Rome libérée de la présence des papes...
Chaque homme raisonnable, positiviste, qui connaît ia France, et la force des prêtres enraciné^ encore dans les cervelles ignorantes, cela veut dire bien catholiques, bien crédules des Françaises ; chacun concevrait que le gouvernement de Napoléou III a su préparer les paratouuerres contre les foudres politiques accumulées par l’Eglise sur sa tète.
Outre la liberté de la presse progressiste et révolutionnaire,, et le frein mis sur la plume de la presse cléricale et de celle qui défendait les intérêts légitimistes, la tactique gouvernementale est au-dessus de toutes les louanges par son savoir-faire en matière de la réorganisation de la Société de Saint Vincent de Paul, qui a été une société politique, légitimiste-ultramontaine, couverte des tendances charitables.
Le gouvernement impérial, fortement organisé, n’a pas voulu agir directement contre celte Société, et laissant parler la presse, a su tirer tout le profit que prépara l'opinion publique, parce que c'est seulement après des dénonciations par les journaux, qui ouvertement parlaient contre les trames ourdies à l’étranger et en France par le Comité général de ladite Société, — que le gouvernement a commencé à agir, feignant que jusqu'à ce jour-là il n’en avait rien su...
Quels étaient les desseins des Paulistes tout le monde le sait: préparer la contre-révolution , le retour des Bourbons , l’omnipotence de l’ultramontanisme, et les douceurs de la sainte inquisition, tout cela était couvert du masque de la charité: porter des secours aux pauvres. Fort de cet appui de l’opinion publique des patriotes, le gouvernement, n’adressant pas une parole de reproche aux Paulistes , n’a pas voulu les arrêter dans leurs travaux utiles aux pauvres; mais comme cette Société n’a pas eu l’autorisation gouvernementale pour fonctionner, or le .gouvernement ordonna que tous les comités de celle Société, couvrant toute la France d’une sorte de réseau politico-religieux, se pourvoyassent d’une telle
autorisation, émanée des fonctionnaires locaux politiques. Uni pourrait voir dans une telle mesure gouvernementale quelque injustice, ou une menace contre la liberté d’action de ladite Société ? Au contraire, ça était très naturel que dans un état civilisé et bien organisé, tout pouvait se faire au grand jour; mais la Société des Pauiistes se croyant persécutée par cette démarche, dans beaucoup de départements de la France les Comités se sont abstenus d'accomplir les prescriptions du pouvoir politique, et refusèrent de s’occuper à l’avenir du sort des pauvres.
De cela dérivait que beaucoup de monde commença à s'inquiéter de cette situation, qui tantôt devenait plus grave, parce que les rigueurs de l’hiver étaient à la porte des pauvres gens. Mais le gouvernement de Napoléon III ne transigea et ne recula devant les difficultés les plus graves pour arriver au but arreté. Les préfets et les maires ont fait appel, dans toutes les localités où les paulistes se sont refusés à porter secours aux pauvres; la charité des particuliers a dignement répondu à cet appel: de nouveaux comités de pure Chariié se sont installés et les sommes apportées à ce dessein ont surpassé l’attente générale, démontrant aux pauvres qu’ils ne sont pas oubliés par les bien-aisés, et que les fonds des nouveaux comités sont en état de secourir un plus grand nombre d’indigents, parce que ces fonds auront pour unique et spéciale destination de les secourir ouvertement, sans renvoyer secrètement de fortes sommes à Rome comme obole de Sl-Pierre.
De l’abstention de la Société de St-Vincent de Paul on voit que les pauvres n’en seront pas menacés, et en outre tout le monde se convaincra que c’était le budget des pauvres français qui alimenta une grande partie du budget pontifical, et par ces dispositions du gouvernement français, nous verrons entrer la question de Rome dans une nouvelle phase.
Aujourd’hui, quand le gouvernement de France, après avoir refréné tous les mitres de froc et la Société mentionnée, a, pour ainsi dire, les mains plus libres; aujourd’hui, quand l'opinion publique en Italie va secourir son gouvernement dans toutes ses dispositions raisonnables, qui organiseront le nouveau royaume d’Italie ; aujourd’hui donc s’ouvre devant les Italiens un vaste champ
aux reformes sociales qui leur manquent et qui peuvent être réalisées sous Y indestructible égide de non-intervention.
L’Italie était jadis le berceau de la civilisation. . . Les barbares et la papauté l’ont transfigurée à tel point que, sous beaucoup de rapports, elle se trouve en arrière de la France, laquelle, quoique bien encore encapuchonnée, pourtant possède des institutions purement civiles, dont le manque se resseut en Italie. Ici point de mariage civil ; ici le prêtre a encore conservé presque toute son omnipotence du moyen-âge; ici, si vous êtes en nécessité de prêter un serment, on vous présente la bible ou l’évangile, ou on vous demande quelque livre d’une autre religion, si vous n'appartenez ni aux rites qui se basent sur la bible, ni à la communion catholique, et on veut que vous profériez votre serment mettant votre main sur quelque chose qu’on nomme sacré, au lieu de vous présenter le Code des lois, oü se trouve celle qui prescrit une rationelle punition du parjure...
Guidé par une volonté bien décidée de faire de ma part tout le possible pour combattre les vieux préjugés et l’indifférentisme de quelque couleur que ce soit, j’adjoins à ma réponse aux lettres de M. Proudhon, qui regardaient la Pologne, une nouvelle appendice, où, non content de me ranger de sa part, je présente comme dans un miroir en miniature (I), lout à fait nouvqpu pour beaucoup d’Italiens, de Polonais, de Russes et d’autres, une vérité puisée dans les lettres de M. Proudhon, adressées à M. l’archevêque Matthieu. Cette vérité, enchâssée dans un .cadre, composé des différentes observations, est la raison pourquoi j’ai donné le titre à mon livre : ■ La Vérité sur les Lettres de M. J. Proudhon. »
Au commencement de mon travail j’ai dit que tout ce qui est juste dans les Œuvres de M. J. Proudhon, je l'apprécie de toute ma conviction ; or, c’est l’occasion de le démoutrer par les citations empruntées à cet auteur. T ai puisé, dans son précieux ouvrage ■ De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise (Paris 1858),»
(1) Je procède selon l’avis de M. Proudhon même, quand il dit (pag. J5, 1. 5, De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise) : . « Philosophons d’abord avec l’ampleur que la vérité méconnue
exige : après, la parole sera aux abréviateurs. » (l’auteur.)
pour dire la vérité, à pleine main. L’affaire de Rome est une de ces questions qui peuvent être tranchées avec les armes que cet ouvrage nous présente. M. Proudlion me pardonnera qu’après l’avoir combattu, je devienne un allié qui trop cavalièrement profite de l’arsenal de son coramiliton. Que le but excuse l’action ! Je me suis servi au fur et à mesure des armes élaborées par la plume de M. Proudbon, et je commence par la citation de l’argument pour huitième élude dans l'ouvrage mentionné : c’est l’étude sur la
CONSCIENCE ET LA LIBERTÉ î
« Quels que soient le dogme et la constitution d’une église, si cette égiise admet la réalité et l'efficacité de la conscience, — en d’autres termes, le principe de la justice imminente, elle perd sa raison d’être et cesse d’exister; si elle reconnaît en dehors du commandement divin une différence entre le bien et le mal, elle cesse d’exister; si elle a l’intelligence et le respect de la liberté, elle cesse encore d’exister. L’Eglise donc nie la suffisance de la conscience et la réalité de la justice; elle nie la justification de l’humanité par elle-même: elle nie la distinction subjective du bien et du mal, et elle accuse la liberté, qu’elle ne comprend pas, d’être l’ennemie de Dieu. De là, en premier lieu, le pyrrhonisme moral, qui, sous prétexte de sanction divine, fait le fond de toute théologie ; de là, ensuite, ce régime d’autorité et de discipline par lequel l’église entreprend de contraindre au bien des natures lâches et déchues; de là, enfin, lorsque la foi religieuse vient à s’éteindre, la corruption et l’esprit de tyrannie qui s’emparent de toute notion en qui la critique, ayant tué la religion, a laissé la morale sans fondements. Comment alors relever la société affaisséé ? ... Sera-ce par la Justice, dont la notion, en dehors de la théologie, existe à peine, et qu’une si longue préoccupation du sujet divin empêche de sentir ; ou par la liberté, dont le mystère est encore plus impénétrable, et que nient formellement les philosophes ? Les nations anciennes out succombé devant le problème, et nous sommes menacés d’y succomber à notre tour. — Ici de nouveau la Révolution se lève : elle démontre contre le pyrrhonisme théologique la réalité et l’efficacité du sens inoral ; contre les sophismes de la raison d’Eglise et de la raison d’Etat, la certitude de la distinction du bien et du mal ; contre le fatalisme des philosophes et la mythologie de la révélation, la nature et la fonction de la liberté. •
Ces graves paroles servent de base à cette appendice, qui apprécie les circonstances morales dans lesquelles l'Italie et beaucoup d'autres pays se trouvent actuellement.
Appuyé sur cet argument, j’ai le droit de soutenir qu’il est plus que rationnel d’accepter comme base du bonheur public une Constitution sage, libérale et perfectible, comme un bien préparé par ta science et l’expérience de l’homme. Le principe d’uu vague amour, proclamé part le christianisme, a vécu ses années ; aujourd’hui, il ne vaut grand’chose. .. Comme preuve de cela, qu’il me soit permis dè représenter de quelle matiière mensongère le catholicisme a appliqué jusqu’à présent ce principe de l'amour chrétien, car les autres sectes chrétiennes ne possèdent pas encore ni cette force, ni cette importance dont Rome catholique jouissait au moyenâge. Le christianisme catholique, conduit sous le symbole de la croix, portée par la sainte inquisition, a brûlé, pendu, massacré avec le plus grand sang-froid, des millions d’êtres humains qui ne savaient, ne pouvaient ou ne voulaient pas comprendre le soi-disant bonheur , préparé pour les catholiques dans l’autre monde, et les jouissances exclusivement réservées à ceux qui seraient munis de viatique, comme les catholiques, aposloliquesromains !
Mais pourquoi les prêtres de chaque culte promettent-ils à leur manière les mêmes jouissances, le même bonheur dans l’autre monde aux croyants qui y sont expédiés par eux, quand ici-bas ils ne peu\ent être d’accord sur les dogmes des religions qu’ils professent, et pourtant tous soutiennent et jurent que l’origine de leur religion est divine? Pourquoi?... Parce qu’ils sont trompeurs ou trompés, qui ne veulent ou n’osent ouvrir les yeux pour voir la lumière de la vérité, et se convaincre que la religion véritablement divine, c’est la religion naturelle, la religion d’Harmonie, unique pour tous les hommes, qui consiste en peu de chose: Fais ce que dois, advienne que pourra; aide-toi, le Ciel t’aidera; et fais aux autres, ce que tu veux qu'on fisse pour toi.
Dans ces simples maximes se renferme le mystère de notre bonheur terrestre ; si tous pouvaient comprendre ce mystère, alors, pour sûr, nous serions plus heureux pendant notre vie!
- Ifil
Mais les hommes 1res souvent rejettent la simplicité, recherchent des difficultés pour mieux subjuguer les autres, — ou même pour être plus facilement subjugués, et finissent par errer dans un labyrinthe psychologique, d'où il n’est pas facile de sortir quand on y a longtemps demeuré... Et quelles sont les causes d’un état si fatal?...
Pour y répondre positivement, je dis : l’instruction rend tout possible ; le bien et le mal sont conventionnels, selon la doctrine des hommes. . . Chaque doctrine se changeant au fur et à mesure de son développement en croyance, loi, religion, c’est-à-dire en force obligatoire pour arrêter le cours de la libre raison, — commet par cela même une grave erreur, parce qu’elle entrave le développement de la raison consciencieuse, qui ne peut être limitée par aucune barrière, parce qu’elle reçoit sa force de la vérité. Je dis : la raison consciencieuse, c’est-à-dire, celte raison qui admet la perfectibilité, qui a toujours existé pour le genre humain, doit agir selon les besoins de l’époque, et ne finira qu’avec les hommes.. Il n’y a que la maladie ou la mort qui puissent tracer une limite à la raison d’un individu; mais des lois générales de la nature, qu’on nomme Dieu, ne se mêlent point aux affaires humaines, de manière que la raison, la conscience d’homme, devant la nature, est tout à fait libre ; qu’est-ce donc qui l’oblige à observer de diverses prescriptions, et ose limiter sa perfectibilité?... Ce sont des doctrines, prescriptions d’autres hommes plus ou moins raisonnables, et en vertu de cela plus ou moins durables...
Chaque doctrine est un fruit de science d’un ou plusieurs hommes qui, étant doués de facultés mentales bien supérieures aux autres, et favorisés par toutes sortes de circonstances, tracèrent une ligne de conduite à leurs contemporains, qui, à leur tour, l’ont transmise à leurs descendants. La doctrine de Pythagore, de Coufucius, de Moise, de St. Paul, de Luther et tant d’autres, durèrent ou durent encore, avec plus ou moins grande force obligatoire, selon les circonstances qui les changèrent en religions d’État, ou les obligeaient à se cacher. Dans le premier cas, elles devenaient même tyranniques, et par cela insupportables; dans le second, elles étaient même la cause d’actions vertueuses.
Dès lors qu’une doctrine devient religion d’Etat, le gouvernement d’un tel Etat s’affuble par la force des choses dans les tendances doctrinaires, et p. ive les habitants de cet Etat de leur liberté de penser en matière qui regarde le dehors terrestre... Nous vivons dans une époque où la raison humaine se débarrasse de plus en plus des liens qui l’ont suffoquée autrefois dans cette matière.
Le peuple italien, polonais, russe, en général tous les peuples, aujourd’hui des frères parmi eux, doivent ouvrir les yeux pour comprendre’ à la fin toute la stupidité de se laisser gouverner* berner par des tbéocrates et par leurs doctrines. Le peuple italien principalement, qui se constitue par la voie révolutionnaire en un grand Etat, doit abjurer la férule cléricale, cause de tous les maux qui l’ont rongé tant de siècles; doit se convaincre que la source de tous ces maux est le gouvernement théocratique, dont le chef, pape-roi, soi-disant substitut, lieutenant, ou vicaire de Dieu, résidant à Rome, et qui ne veut entendre de liberté d» pensée, ni de droits de l'homme. . .
Pour démontrer que la révolution italienne n’a pas encore accompli toute sa tâche, puisque le trône papal reste debout, je vais présenter quelques idées, qui, peut-être, faciliteront le dénoùmenl de cette tortueuse question de Rome; mais pour mieux préparer le lecteur à ces idées, je dis : chaque gouvernement se compose d’hommes et non de créatures irréprochables ... Le gouvernement constitutionnel est le plus rationnel de tous les 1 autres, parce que l’opinion publique a une grande influence sur tous ses actes, parce qu’il admet uue opposition, une perfectibilité, et par cela, il peut éviter les fautes et les malheurs des gouvernements absolus. Le gouvernement constitutionnel n’étouffe pas la liberté de la pensée; il permet à l’opinion du pays de s’exprimer sur tous les objets; il tâche seulement d'éclairer le pays par tour les moyens qui dépendent de lui, ne craignant point la critique et la discussion. Les gouvernements absolus agissent contrairement : mais le pire parmi eux est le gouvernement des prêtres, — c’esi -à-dire, le pouvoir de l’Eglise.
Dans ce cas, je cite expressément quelques extraits de la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise , posant devant le lecteur l’argument suivant :
• Le pyrrhonisme, après avoir frappé les idées, s’attaque aux mœurs. Le problème de la certitude philosophique se trouve ainsi ramené au problème des droits et des devoirs, au problème moral, en sorte que la solution de celui-ci donnerait la clé de celui-là. Or, le problème moral ne peut être résolu que par la Révolution ou par l'Eglise : la première, organe de la pensée purement juridique; la seconde, organe de la pensée religieuse. Toute éthique rentre fatalement dans l’un ou dans l’autre système. Mais, grâce à l’opinion qui rattache à une considération surhumaine le principe de la justice et des mœurs, la question de droit u’a jamais été franchement dégagée de la question de foi ; toujours un peu de religion s’est mêlé à la cause de la liberté, toujours un peu de liberté s’est introduit dans le système religieux; et ni la Révolution n’a pu enlever l’Eglise, ni l’Eglise triompher de la Révolution (1). Il semble donc que le moyen d’en finir, de sauver avec la Révolution la conscience et la certitude humaine, soit de changer d’hypothèse, d’abord en renonçant à toute pensée de conciliation entre deux puissances manifestement incompatibles; puis, et surtout, en posant la question de droit en dehors de toute théodicée. Alors de deux choses l’une : ou c’est
(1) C’est le mythe de tous les peuples et de toutes les légendes. Le Prométhée des Grecs est le plus beau type de l’opposition contre l'Eglise prédominante... Les autres religions, dans leurs légendes, représentaient la Révolution sous les noms des Arimahn, des Eblis, des Satan, etc., mais c'est toujours la même chose... Le mythe de Prométhée cache l’allusion de la résurrection, non telle que la représente l’Eglise chrétienne; mais il faut supposer la résurrection de la justice, de la raison, c’est-à-dire de la Morale. Comme c’est juste, beau et désirable!!!
l’Eglise qui possédera la vraie science des mœurs, avec elle la raison de l’humanilé et des choses, et conséquemment la Révolulion devra être écartée comme immorale , ou c'est le contraire qui aura lieu... »
Voici un autre extrait, où le même auteur déploie devant le lecteur ses convictions à propos de l’argument ci-mentionné; mais n’oublions pas que cela a été dit il y a quelques années déjà, et les circonstances se sont changées au profit de la Révolution.
■ L’existence de l’Eglise n’est pas moins merveilleuse dans sa longue durée que celle de la Révolution dans ses débuts. Toujours battue, elle a survécu à toutes les défaites, elle a grandi par l’humiliation, elle s’est nourrie pour ainsi dire de son adversité même.
«Chose étonnante, que personne ne paraît avoir relevée, l’Eglise, qui aime tant à parler de ses triomphes, en réalité a perdu autant de batailles qu’elle en a livré. Elle a succombé dans toutes ses luttes : depuis Jésus-Christ jusqu’à Pie IX, elle compte ses années par ses désastres.
• Qu’est-ce donc qui la fait vivre ? Comment expliquer le problème de cette étrange existence?
Le problème de l’Eglise est, mais en sens inverse, le même que celui de la Révolution : la persistance de l’une et les embarras de l’autre tiennent à la même cause. Formée par un concours de circonstances, l’Eglise du Christ s’alimente, se fortifie et s’engraisse du détritus d’autres Eglises, dont la dissolution est incessamment amenée par d’autres causes. Mais de ces églises, elle n’en triomphe point, pas plus que l’arbre ne triomphe du cadavre enterré sous ses racines; elle ne peut pas, je le répète, se vanter d’en avoir vaincu une seule. Une église, quelle qu’elle soit, ne se laisse jamais vaincre, cela est contre sa nature ; elle se dissout d’ellemême, quelquefois elle se fusionne, ou bien on l’extermine.
« Ainsi l’Eglise succomba dans sa lutte contre le judaïsme : le livre des Actes en contient l’aveu formel. (1) « Puisque vous re-
(1) Viendra le temps où le triomphe du Mosaïsme sera le plus éclatant .. Non sans raisons les Israélites soutiennent que sans le judaïsme nous n’aurions le christianisme. . . L’affinité est trop remarquable; les réformes diront leur dernier mot...
poussez la parole > , disent Paul et Barnabe aux chefs de la synagogue, • nous nous tournons vers les Gentils, converlimur ad geutes. •
• Une église qui crucifie, comme faux christ et faux prophète, le fondateur de l’église rivale; qui chasse, lapide, précipite les apôtres de celle-ci; qui, plutôt que d'accepter l'interprétation messianique des Nazaréens, se fait exterminer en masse et meurt héroïquement pour sa foi, cette église a-t-elle été vaincue? Titus, après lui Adrien, détruisirent la naiionalité judaïque. Nombre de transfuges, désespérant de Jéhovah et de Moïse, allèrent grossir les rangs chrétiens; d'autres se rallièrent, qui aux Egyptiens, qui aux mages; la Synagogue protesta toujours; elle proteste encore...
• Ce «que je viens de dire du judaïsme, s’applique à toutes les puissances que l’Eglise a eu à combattre : paganisme, magisme, égyptianisme , druidisme, pythagorisme, platonisme, gnosticisme, arianisme, pélagianisme, manichéisme, mahométisme, schisme grec, réforme, renaissance, philosophie ancienne et moderne, tiers-état, empire, royauté, parlement, science, art, liberté, finalement la Révolution .
• L’Eglise n’a pas plus vaincu le paganisme qu’elle n’avait vaincu le judaïsme. D’après un calcul statistique cité par Malter, les chrétiens, lors de l’avènement de Constantin, formaient environ le vingtième de la population de l’empire. Sur tous les points, leurs coufréries se composaient de ce que la dissolution générale faisait perdre chaque jour aux religions locales, frappées dans leur principe .par le progrès des idées, surtout par la domination impériale.
Loin que l’Eglise ait vaincu le paganisme, elle en a pris, au fur et à mesure, comme elle a fail pour le judaïsme, tout ce qu’elle a pu; elle en a adopté les codes, la hiérarchie, les institutions, les rites. C’est pour lui plaire et afin d’entraîner les masses, dépossédées de leurs dieux, autant que pour obéir à la logique de son propre mouvement, qu’elle posa, au quatrième siècle, la divinité de son Christ (1), et que plus tard elle conserva le culte des images.
(1) Ici je rappelle à la mémoire dÉ^ lecteur la nouvelle doctrine, ou fable, n’importe le nom, de là Conception de Marie- Vierge : c’est une nouveauté qui n’a pas réussi, mais sert à merveille au
•Avec les gnostiques, héritiers des anciennes doctrines de l’Egypte, de la Syrie, de la Perse, de l’Inde et de la Grèce, l'Eglise n'en finit qu’eu donnant elle-même une gnose, bien moins savante que celle ■» de Valentin, bien moins sévère que celle de Marcion, de Cerdon, de Tertullien ; bien moins poétique que celle des deux Bardesane, mais telle qu’il la fallait à une multitude grossière, qui voulait aussi avoir ses parfaits, passer pour spirituelle ou pneumatique, et ne supportait pas le reproche de psychisme, que lui adressaient les gnostiques.
« Or, comme la vitalité d’une Eglise est en raison directe de l’intensité et de l’homogénéité de sa foi, laquelle à son tour est en raison inverse de l’activité intellectuelle qu’elle soulève, les sectes gnostiques, trop livrées à la dialectique, trop métaphysiciennes, trop idéalistes, trop libérales dans leurs gouvernements, quelquesunes trop suspectes dans leur moralité, s’éteignirent peu à peu, et leurs débris, gardant leurs spéculations in petto, se réunirent au groupe orthodoxe. La force y aida: furent-elles vaincues?... Non, certes. Elles donnèrent, dès le commencement, le spectacle de ce qui attendait la grande Eglise elle-même, quand une fois elle se trouverait aux prises avec la raison, le goût, la liberté, la nationalité, la justice.
• Que sont, en effet, l’arianisme, le manichéisme, le mahométisme, le schisme grec, la réforme, indépendamment des questions de doctrine, toujours étrangères aux masses, et qui officiellement les séparent de l’Eglise romaine, sinon des déclarations d’incompatibilité entre l’unité catholique et l’autonomie des nalioQs et des intelligences?
• L’arianisme fleurit surtout en Orieut, patrie du monothéisme sémitique. Avec les Grecs, les Romains, les Gaulois, les Barbares, il dure peu; mais il renaît en Mahomet et se fixe sous la tente arabe, dans la vie patriarchale, oit ne pénétrera pas le dogme
, chrétien.
« En Perse, l’orthodoxie recula devant le dualisme zoroastrien , réveillé par Manès...
• Au neuvième siècle, les Grecs, déjà séparés depuis quatre siècles par le fait du partage impérial, consomment leur scission d’avec les Latins. Après la prise de Constaulinople , en 1455, le patriarcat
judaïsme et prouve où peut ^er la hardiesse cléricale, — même à l’absurdité scandaleuse...
passe à Moscovie. Il irait à Pékin plutôt que se réconcilier y avec Rome.
• Au seizième siècle, c’est l’Allemagne, l’Angleterre, l'Ecosse, la Suède, le Danemarck, la Suisse, qui se séparent à leur tour. Qu’importent ici les thèses des docteurs et leurs variations?
« Les confessions de foi de la Réforme ont été jetées au panier, pendant que Rome a continué de chanter son Credo: compterf-elle cela pour une victoire?...
• Qu’est-ce que l’empire de Charlemagne.se posant au moyen âge en face de la papauté , trop heureuse d’être sa cliente? — V église politique , qui se réforme après une éclipse de 325 ans, par le démembrement du temporel. La papauté a-t-elle vaincu l’empire?
• Qu’est-ce que celte organisation du laïcisme , formée sous le nom de tiers-état, en dehors de la noblesse et du clergé, par l’établissement des communesl — L’église industrielle, qui se constitue à son tour en regard du monachisme, comme l’empereur et le roi de France , les chefs de l’église politique, s’étaient constitués euxmêmes en face du saint-siège. Le clergé s’est opposé tant qu’il a pu à rétablissement des communes: a-t-il vaincu le tiers-état?
• Qu’est-ce que l'institution du Parlement? — L’église du droit formée pour l'administration de la justice ayant sa juridiction épiscopale, ses écoles en dehors des séminaires, son droit distinct du droit canon. La Révolution a transformé les parlements? l’Eglise prétendrait-elle que c’est elle-même qui les a vaincus?
« Qu’esl-ce que ce grand mouvement de la Renaissance ? — Encore une formation d’églises, pour le culte de la philosophie, des lettres, des arts, des sciences, et dont le premier mot est de faire abstraction du Christ et de sa religion. Abstraction du christianisme ! c’est toute la pensée de 1 ’Organon de Bacon, c’est la quintessence de Descartes. Raphaël, avec ses vierges, ne proteste pasmoins contre le christianisme que Luther avec son libre-examen. Sous Louis XIV, les gens de lettres, chrétiens par leur baptême et dans leurs prières, communient avec l’antiquité païenne. Par la résurrection des anciens ef la translation des muses grecques et latines dans notre idiôme, ils fondent la catholicité littéraire, catholicité merveilleuse, qui admet toutes les langues, tous les styles, toutes les idées, et de tant de productions diverses, fait une même et universelle littérature I L’Eglise a-t-elle triomphé de la Renaissance?
< D’après les lois qui régissent les êtres organisés, l’Eglise devrait avoir péri mille fois. Que lui reste-t-il de tout ce que pouvait
atteindre la spontanéité de la conscience, l’indépendance de l’esprit, la souveraineté des nations, la puissance des empereurs et des rois? Elle a tout perdu, et ce misérable domaine qu’elle tint jadis de la dévotion d’une prinæsse (i), ce pauvre héritage de St Pierre, lui est encore disputé.
• Et cependant l'Eglise résiste à toutes les attaques, elle survit à tous les schismes, à toutes les hérésies, à tous les démembrements, aux institutions de SaiBt Louis comme aux libertés gallicanes, à Pothier comme à Descartes, ù Luther comme à Voltaire.
• Elle a survécu à ses propres immoralités; elle a eu des pontifes réformateurs longtemps avant la Réforme ; et maintenant que la Réforme n’est plus qu’un mot, le concile de Trente régit sans contestation l’univers orthodoxe. Que dis-je? à mesure que les églises plus avancées qu'elle dans la philosophie et la liberté tombent en dissolution, elfe en recueille les lambeaux, et se réforme sans cesse par son immobilité même.
• C’est ainsi qu’elle vient sous nos yeux de succéder à l’Eglise gallicane, dans tout ce qui reste en France de cœurs chrétiens; c’est ainsi qu’elle succédera à toutes les églises soi-disant réformées, à moins que la raison de l’humanité ne conclue définitivement contre la raison de ses églises, contre la théologie (2). L’Eglise n’a que le souille, et ce souflle est plus vivace que toutes les énergies qu’elle a vu naître ; plus fort que toutes les institutions qui se sont formées hors d’elles en l’imitaut.
(1) J’avais eu, l’année passée, dans mes mains deux brochures, imprimées en langue italienne, dont les titres étaient; • Dei béni ecclesiaslici del papa-re (des biens ecclésiastiques du pape-roi) , et Da Ho ma a Gerusalemme (de Rome à Jérusalem). • Les contenus
•très-restreints de ces brochures parlaient nettement de la fausseté des actes de la dotation, faite par la princesse Mathilde, de la fausseté de tous les actes de l’Eglise, et de toutes les turpitudes par lesquelles les papes se sont fait coupables pour agrandir les domaines de l’Eglise, que le lecteur devenait tout ù fait persuadé de la vérité exposée dans ces brochures.
(2) M. Proudhou n’a pas prévu, ou feint de ne pas prévoir ces circonstances dans lesquelles se trouve l’Eglise en 1862. Le second empire Napoléonien a compris le rébus du sphinx de Rome: sa réponse va être bientôt annoncée... L’Italie héritera le domaine de St Pierre, et il faut savoir comprendre les ultérieures fins pour conduire celte affaire de Rome une fois pour toujours à un arrangement compatible avec les exigences de la justice. (l’aoteob.)
• Ici donc, comme dans la Révolution, il faut admettre la pré* sence d’un principe resté en dehors de toute atteinte; principe, dont l’affaiblissement graduel est indubitable, puisque partout oii l'Eglise s’offre' avec un certain mouvement de la pensée et un degré supérieur d'instruction, comme chez les gnostiques et les réformés, elle marche à une dissolution rapide; mais ce principe qui, ayant conservé sa racine au plus profond des consciences, suffit à entretenir l’Eglise, à lui ramener sans cesse les cendres de la dissidence, et qui la ferait renaître elle-même, s’il était possible que ce principe, subsistant toujours dans les cœurs, l’Eglise qui eu représente la foi, cessât d’exister.
« Ce principe , créateur et conservateur de l’Eglise, est la Reliligion.
• La Révolution affirme la Justice, disais-je tout à l’heure; elle croit à l’Humanité: c’est pour cela qu’elle est invincible, et qu’elle avance toujours.
« L’Eglise croit eu Dieu: elle croit mieux qu’aucune secte: elle est la plus pure, la plus complète, la plus éclatante manifestation de l’essence divine, et il n’y a qu’elle qui sache l’adorer. Or, comme ni la raison ni le cœur de I’ homme n’ont su s’affranchir de la pensée de Dieu (?), qui est le propre de l’Eglise, l’Eglise est indestructible (???)
• A toutes les époques de l’histoire , antérieurement à la promulgation du christianisme et depuis sa propagation où le genre humain a cru, d’un consentement unanime, que la société avait pour base nécessaire la religion ; que la loi théologale était sine qua non de la vertu, et que toute Justice avait sa source et sa sanction dans la divinité.
• Les rares exemples de protestation athéiste que l’histoire de la philosophie a recueillie n’ont fait que confirmer la commune croyance, en montrant que les athées ou niaient la Justice et la morale, ou n’en donnaient qu’une fausse théorie, ou remplaçaient la garantie religieuse par celle d’une subordination arbitraire.
• Or, l’analyse des ideé religieuses et la logique de leur développement démontrant que, nonobstant la diversité des mythes et des rites, tous les cultes sont au fond identiques; qu’il n’y a par conséquent et ne peut y avoir qu’ une seule religion , une seule théologie, une seule Eglise (I), enfin que l’Eglise catholique
(I) Une fois j’ai lu un manuscrit polonais, où la religion était présentée comme une sorte de codex , qui dans les mains des
est celle, dont le dogmatisme, la discipline, la hiérarchie, le progrès , réalisent le mieux le principe et le type théorique de la société religieuse, celle par conséquent qui a le plus de droit au gouvernement des âmes
prêtres de toutes les Eglises, devient un instrument bon à pêcher dans les coffres des croyants, et que l’unique point cardinal sur lequel tous les prêtres tombent l’accord — c’est — d’être payés, n’importent la forme et la manière du tribut, — en récompense de leurs travaux, c’est-à-dire de leurs prières au salut des âmes des payants...
Posant que cela est un axiome, on peut donc dire que l'inven- ' leur primitif de la religion, était un homme bien astucieux, qui aux dépens de son proche l’affubla dans la toge et prit le titre d’ami et confident de Dieu , pour devenir le protecteur de son semblable , plus faible en force mentale, doué par la nature des nerfs plus délicats, sur lesquels avaient influence toutes les causes matérielles, comme la foudre, le tremblement de terre, l’éruption des volcans, dont le nombre selon les données géologiques, étaient jadis illimité; comme le vent, la mer avec ses terribles tempêtes, et tout ce qui avait la force destructive, et pouvait l’effrayer...
Voilà pourquoi dans tous les pays de l’antiquité les réligions primitives avaient presque toujours le même principe, et le culte du feu sous ses différents noms et formes; le culte du vent et de l’eau avaient aussi leurs dieux-directeurs auxquels les mortels accouraient avec des prières et des offrandes, etc.
En réalité c’est très bien apprécié; mais selon moi, s’il devait y exister quelque culte aux forces surnaturelles, qui sont presque visibles mais incompréhensibles, ce doit être le culte du feu des anciens (chaleur, combinaisons des gaz, mouvement, électricité); et le culte du froid (inertie, espaça, repos, magnétisme), c’est-àdire le culte de la vie et de la mort; le culte de la vertu et de la patrie dans les jours destinés aux souvenirs glorieux de l’une et de l’autre, oii pourrait être destiné un jour à la réminiscence de ses parents. . .
De cela il résulte que la société aurait 36 jours de repos, 5 ou 6 jours de culte et 324 ou 325 journées de travail.
Un tel culte s’appellerait le culte d’Harmonie, répandue dans toute la nature, harmonie entre le Mouvement et le Pepos (la cha- < leur et le froid). Une de ces forces, prise à part, est la cause de destruction partout et toujours .. L’Harmonie entre elles, c’est la cause de la création et de l’existence pour notre monde visible et comme en dehors de lui, nous ne pouvons rien savoir, parce qu’il y a une infinité de mystères dans ce même monde, dont la portée et les causes ne pouvait et ne pourra connaître jamais la
« A toute objection' du libre examen, à toute lin de non-recevoir de l’autorité séculière, l'Eglise peut éternellement répondre, sans qu'il soit possible à âme croyante de rejeter sa réponse.
« Croyez-vous en Dieu?
* « Croyez-vous à la nécessité de la religion?
« Croyez-vous par conséquent à l’existence d’une Eglise, c’est à dire d’une société établie sur la pensée même de Dieu, inspirée de lui, et se posant avant tout comme expression du devoir religieux?
« Si oui, vous êtes chrétien, catholique, apostolique, romain; vous confessez le Christ et toute sa doctrine; vous recevez le sacerdoce qu’il a établi; vous reconnaissez l’infaillibilité des conciles et du souverain pontife; vous placez la chaire de Saint Pierre au-dessus de toutes les tribunes et de tous les trônes; vous êtes en un mot, orthodoxe, — «un Escéave. »
« Si non , osez le dire ; car alors ce n’est pas seulement à l'Eglise que vous déclarez la guerre, c’est à la foi du genre humain, et vous êtes « un Juste LIBRE-PENSEUR. »
« Entre ces deux alternatives, il n’y a de place que pour l’ignorance ou la mauvaise foi.
• Il faut l’avouer : il ne s’est pa9 rencontré jusqu’à ce jour de nation pour dire: Je possède en moi la Justice; je ferai mes
raison de l’homme, or, pour ne perdre inutilement le temps à faire de vaines prières, la religion et les cultes doivent subir une réfbrme radicale. L’instruction répandue parmi les populations autant que possible; la récompense de la vertu et la punition du crime, distribuées ici-bas avec la justice et l’amour du travail, enraciné dans tous les cœurs, voilà l’Harmonie, dont' le culte ne demandera pas de parasites-prêtres , et tous les pères de famille rempliront les fonctions du sacerdoce dans ce culte, qui voit la divinité répandue partout — dans l’individu et dans toute la nature.
mœurs; j’a n’ai pas besoin pour cela de l'intervenlion d’un Être suprême, et je saurai me passer de religion.
• L’argument subsiste donc; et comme au point de vue religieux, principe de toutes les églises, le catholicisme latin est resté, et de beaucoup, ce qu’il y a de plus rationnel et de plus cojn plet , malgré tant et de si formidables défections, est la seule légitimé (?)
• D’où vient alors qu’elle souffre de tout part contradiction? D'où ‘vient que résumant tous son histoire et tous son dogme, toute tradition et toute spéculation religieuse, à ce litre pouvant revendiquer l’initiative et la propriété de tout ce qui constitue l’état social , en tant que fondé sur la religion , elle se voit souffletée par ses lils, traiter de prostituée par ses filles, tourner en ridicule par les plus petits de ses petits-enfants , contester jusqu’au pain qu’elle mange , jusqu'à la tombe qu’ elle s’ est choisie?... »
A cela l’auteur répond très-ingénieusement:
■ ... Ah! c’est que l 'âme humaine (?) bien qu’elle se dise religieuse , ne croit en réalité qu’à son propre arbitre ; c’est 'qu’au fond elle estime sa Justice plus exacte et plus sûre que la Justice de Dieu (?) ; c’est qu’elle aspire à se gouverner elle-même, pat sa propre vertu; c’est qu’elle répugne à toute constitution d’Eglise et que sa dévorante ambition est de marcher dans sa force et de son autonomie. La foi à la Justice propre, abstraction faite de toute piété, et même contrairement à toute piété: voilà ce qui, depuis le commencement du monde (?) soulève la guerre contre l’Eglise et qui anime la Révolution?... >
En m’arrêtant ici dans les citations des paroles de M. Proudhon, il est de mon devoir d'exprimer que je diffère avec mi seulement dans ce cas, oü il parle de l'âme, à la manière de ces écoles , qui prétendaient la connaître et qui voulaient éclairer les hommes sur cet être, qu’on appelle Dieu. Non! Jusqu’aujourd'hui personne n’a pas pu nous dire ce que c’est que l’âme , Dieu ; demain passera et nous n’en saurons pas davantage sur la substance de la première, et quand le second commença à fabriquer le commencement de ce monde terrestre...
Les connaissances de l’homme en cette matière sont bien limitées ; elles s’enrichissent .si lentement que sur beaucoup de choses visibles et bien simples, nous sommes encore dans les mêmes notions que la légende, et ensuite l’histoire écrite nous ont permis aequerir. Laissant donc de côté sur ces sujets toute la controverse qui ne pourrait conduire à leur véritable définition , j'aime mieux être d’accord avec M. Proudhon dans les autres choses, qui sont à la portée de mon sens de loucher par une des parties de mon cerveau, que je nomme « le nœud d'association des idées. •
M. Proudhon se demande donc • d’où vient que l’Eglise se voit tourner en ridicule par les plus petits de ses petits enfants?... • et il répond à cela , paceqne • l’âme humaine estime sa Justice plus exacte et plus sûre, que la Justice de Dieu... •
Dans la dernière partie de cette appendice j’expose quelques idées à propos de cet Être ; mais ici je profite de l'occasion pour mettre en évidence que la Justice de Dieu, c’est-à-dire de l' Eglise, ou du pape son chef, pour les catholiques, du tzar, pour les Russes,
est de differentes couleurs ; cela veut dire qu'ils ont deux poids et deux mesures pour traiter les pauvres hommes : les peuples polo* nais et italien et leurs clergés prouvent cela le plus évidemment.
Tout le monde parlait l'année passée que les églises de tous les cultes servirent en Pologne, comme de moyen du rétablissement de la nationalité polonaise, menacée par les velléités du tzarisme et du germanisme d’anéantir cetté nationalité. Je n’y crois pas sans restriction ; pourtant je rends des louanges, dues au clergé catholique et d'autres rites, qu'ils se sont distingués par la fraternisation entr'eux dans les cérémonies publiques-patriotiques.
Sous le patriotisme des prêtres catholiques je ne veux point y voir la main <le Rome, qui, pour capter le pape russe à soutenir le trône pontifical, croulant de toutes parts, a voulu déployer sa force en Pologne; je veux seulement voir que les prêtres en Pologne agissaient bravement en bons patriotes polonais, qui défendaient leur troupeau, pour qu’il ne devint pas, avec le temps, orthodoxerusse. La même observation peut-être aussi avancée pour ce qui regarde la Prusse protestante, car l’appui des baïonnettes des Hohenzollern , nécessaire pour le trône du Vatican , sera obtenu plus facilement, quand ces Hohenzollern auront vu quel prestige moral exerce le pape de Rome sur les Polonais de Posen; or il ne faut pas s’émerveiller si le bas clergé polonais pur-sang servait les vues du pape-roi de Rome, croyant servir la sainte cause de sa patrie.
La même chose je ne peux pas dire de ce clergé catholique et polonais, qtii autrefois a permis la germanisation de tous les pays slaves dont j'ai parlé plus haut dans la seconde appendice; les prêtres de cette époque-là, étant peut-être pour la plupart des Allemands, ont de grand cœur concouru par tous les moyens possibles à dépoloniser les habitants de la Silésie, de la Pomérauie , etc.; et venue la Réforme, elle changeait toute la nature de leurs mœurs, coutumes, et même la langue... ,
Ne voulant continuer mes suspicions-récriminations, je préfère de dire quelques paroles, qui démontreront palpablement toute la raison d'avis de M. Proudhon, plus haut mentionné.
Autrefois le clergé d’une partie belligérante quelconque, évo-
quait l’aide de Dieu pour remporter la victoire sur ses adversaires, qui de sa part, par la voix de ses prêtres, chantaient des hymnes et des odes, pour capter Dieu par la suavité de ses encens, et par les dons, que les croyants faisaient, apportaient et offraient de tons • les côtés, aux églises de son Dieu, afin qu'il permit de mieux égorger ses ennemis, éventrer leurs femmes, tailler en pièces leurs enfants et leurs vieillards...
Voici donc une situation assez délicate de ce Dieu, et voilà aussi pourquoi, à la fin des fins, dans ses mécomptes, Pâme de l’homme a préféré sa Justice à celle du Dieu des chrétiens, des israélites, des musulmans, des protestants, etc...
Dans ce travail j’ai cité quelques épisodes historiques, pour tirer quelque moralité du passé, et pour l’accorder avec la hardiesse d’hypothèse et de probabilités dans l’avenir, et je serai très-heureux, si mes observations du passé pouvaient servir de base aux combinaisons de l’avenir. Expressément je place ces pensées et ces observations dan» cette appendice, pour que les Italiens, bonshommes, instruits pour la plupart par les prêtres, soient convaiucus que la Justice de l’Eglise, c’est-à-dire de Dieu, est très-équivoque. Jugez-en par les exemples que nous présente la Pologne malheureuse. ,
Le conflit séculaire engagé sur les bords de la Yistule continue toujours sourdement. Le despotisme du gouvernement russe ne foule pas aux pieds une nation, mais il outrage toute l’humanité et la civilisation. Les chefs moscovites ont démontré qu'ils héritèrent cet orgueil stupide et féroce qui animait les Mongoles, quand ils ont envahi les pays gouvernés par les descendants de Rurick. Il faut dire que les souffrances des Polonais sont au-dessus des descriptions : exil des principaux habitants; enlèvement d'ouvriers pour les mines; incorporation d'étudiants dans les compagnies de discipline ou dans les bataillons de Sibérie, d’Orenbourg ou du Caucase, profanation des églises, transformation des prêtres en recrues, tout cela est bien cruel!.. .
Jusqu’au moment où j’écrivais ces lignes, le gouvernement rosse s'acharnait surtout contre les prêtres. Ce n’est pas sans une vive émotion et sans une profonde sympathie qu’on a appris
dans l'Europe libérale le jugement de l’abbé Bialobrzeski, administrateur du diocèse de Varsovie, par un conseil de guerre.
Son crime était ostensible, d’avoir ordonné la fermeture des églises, profanées par les événements du 16 octobre; — réel, qu’il voulut être un patriote: Ce prélat, condamné a mort, a reçu la commutation de celle décision et fut envoyé à la forteresse de Bobruysk, pour y être enfermé pendant un an. Le diocèse, après beaucoup de pourparlers, a obtenu un nouvel archevêque dans la persoune de M. Felinski, présenté par le tzar, avec deux autres candidats, et par cette mesure, les membres du chapitre de Varsovie évitaient d’être forcés à voter sous le bâton pour le nouvel administrateur, ou suivre l’exemple du doyen condamné.
Pendant les pourparlers entre Ja cour de St-Pétersbourg et celle de Home, le siège apostolique a répondu primitivement par la négation de se mêler dans les affaires du clergé catholique de Pologne avec le gouvernemepl russe, non parce que l’humanité et la justice demandaient celte intervention morale, mais parce que le gouvernement russe n’avait pas cédé au pape le droit de la nomination et de l’installation à Varsovie et à St-Pétersbourg de nonces apostoliques. Aujourd'hui cette question est aplanie par le premier pas de la part du tzar, qui avait présenté au choix du pape trois candidats â l’archevêché de Varsovie, faisant aussi promesse d’accepter un nonce apostolique romain... L’exemple de Possevin (t5S2) n’a apporté aucun fruit. ..et les Polonais doivent se convaincre que, de l’accord des deux papes entre eux, il ne sortira rien d’utile pour la malheureuse Pologne, parce que les tzars et les papes n’agissaient jamais - désintéressomment...
De cela on peut voir que la religion, c’est-à-dire, le spirituel, est la base des ruses et des intrigues du pouvoir temporel du pape. Les mots, partis de St-Pétersbourg : «...Abandonnez les Polonais, ou on reconnaîtra le nouveau royaume d'Italie», ont produit un effet magique I Ces mots, pour sûr, étaient approuvés par les autres compères de la sainte-alliance, comme cela transpire dans la récente réponse, donnée à l’ambassadeur français, M. Lavalette, , à Rome, par M. Anlonelli, cardinal premier ministre du tzar de
Rome, par les paroles du pape-même: « Attendons les événements. • (1) Aujourd’hui les Polonais ont un nouvel archevêque, mais que
(1) Pour éclairer ces fameux mots, il faut que je cite toute la note de M. Thouvenel, ministre des Affaires étrangères de France, à M. Lavalette, en date du 11 janvier: ,
« En reconnaissant le royaume d’Italie, le gouvernement de l'empereur a agi dans la conviction que la restauration du passé n'était plus réalisable. Parmi les monarchies catholiques, trois seulement, l'Autriche, l’Espagne et la Bavière, se sont abstenues de renouer des relations officielles avec Turin
• Aucun cabinet ne songe à réagir par la force contre l'ordre de choses inauguré en Italie. Ouvertement proclamé ou tacitement admis, le principe de .non-intervention est devenu la garantie de la paix européenne La Cour de Borne n'attend certainement pas un secours étranger pour reconquérir les provinces perdues. Je me refuse à croire que Rome consentit jamais à provoquer, au profit d’un intérêt temporel, dont le succès serait fort douteux, une des plus formidables conflagrations.
• Les leçons de l’expérience commandent au Saint-Siège de se résigner, sans renoncer à ses droits, à une transaction de fait, qui ramènerait le calme dans le sein du monde catholique, qui renouerait les traditions de la papauté, qui a si longtemps couvert l’Italie de son égide; le Saint-Siège s’unirait ainsi aux destinées d'une nation qui a été cruellement éprouvée et reviendrait à son état primitif après tant de siècles.
• Nous avons besoin de savoir si nous devons nourrir ou abandonner l’espoir de voir le Saint-Siège se prêter, en tenant compte des faits accomplis, à étudier les combinaisons qui peuvent assurer au Souverain l’ontife les conditions permanentes de dignité, de sécurité et d’indépendance nécessaires.
« Cet ordre d’idées admis, nous ferons des efforts sincères, énergiques, pour faire accepter à Turin le plan de conciliation dont nous aurions fixé les bases avec le gouvernement de S. S.
• L'Italie et le pape cesseraient alors de se trouver dans des camps ennemis, et reprendraient bientôt leurs rapports naturels, en vertu d’obligations d’honneur, garanties par la parole de la France. Rome trouverait au besoin l’appui qui lui est nécessaire du côté même oh le péril lui semble menaçant. Un tel résultat exciterait dans la catholicité entière de vifs sentiments de satisfaction et de reconnaissance. »
En voici la réponse de M. Lavalette du 18 janvier:
• J’ai conféré avec le cardinal Antonelli sur l’objet dont il est question dans la note du 1 1 courant :
• Déjà dans deux conférences précédentes, j’avais exposé au
doivent-ils espérer de lui?.., Suivra-t-il la route de son prédécesseur? (Sa libération, on dit, est réclamée par le pape, de
pape le désir de concilier Rome avec l’Italie. Le Saint-Père, quoiqu’il écoùtàt avec une condescendance affectueuse, avait toujours répondu : Attendons tes ■événements.
« J'ai été plus affligé que surpris, lorsqu’à toutes les considérations que j’ai soumises au cardinal Antonelli, celui-ci me répondit par un refus absolu, en disant que toute transaction était impossible entre le Saint-Siège et ceux qui l'ont dépouillé; qu’il ne dépendait ni du Souverain Pontife, ni du Sacré Collège, de céder la moindre partie du territoire de l’Eglise.
■ J’ai fait observer au cardinal Antonelli que je laissais tout à fait de côté la question de droit, et que mon unique but était d’offrir au gouvernement pontifical l’occasion de sortir d’une situation désastreuse pour ses intérêts, menaçante pour la paix du monde chrétien.
« Le cardinal, remerciant de cet affectueux intérêt, ajoutait qu’il était inexact qu’il y eût désaccord entre le souverain pontife et l’Italie. Si le Saint-Père avait rompu avec le cabinet de Turin, il se trouvait en rapports excellents avec le peuple italien. Lut. premier des Italiens, il gémit par la raison de leurs souffrances, et voit avec douleur les cruelles épreuves qui frappent l’église italienne.
« Quaut à entamer des arrangements avec les spoliateurs, il ne le ferait jamais. Toute transaction sur ce terrain est impossible. Le Souverain Pontife, ainsi que les cardinaux, s'engagent, avant leur nomination, avec serment de ne céder aucune partie du territoire de l’Eglise. Le Saint-Père ne fera donc aucune concession de cette nature. Un conclave n’aurait pas le droit de la faire, un nouveau pontife non plus, et non plus ses successeurs, de siècle en siècle.
* A la demande de V. E. si l’on peut nourrir l’espoir d’un arrangement, il croit devoir répondre négativement... •
l)e ces deux note?; on voit qu’autant le langage du ministre français est sympathique, sage et empreint de cette haute raison de la politique de Napoléon III , autant le langage du cardinalministre est amer et plein de cet entêtement systématique qui est le fond de la politique du Vatican. Ainsi le pape repousse toute concession. . A la bonne heure ! Attendons les événements !
Le cardinal Antonelli parle de l’affection de ses sujets. Tant mieux ; puisque le gouvernement du pape est sûr de l’affection de la part de tous les Italieus, alors le mieux qu’on pourrait faire, ce serait de recourir au suffrage universel, et que, devant la décision du peuple entier, nous nous inclinions : elle nous démon-
même que le renvoi de Sibérie et d’autres lieux de Russie des prêtres condamnés politiques.) Peut-être M. Feiinski imitera-t-il l’exemple de Siemasxko, renégat de Yilna?... Le temps nuus démontrera' si le rite orthodoxe moscovite s’augmentera d’un nouvel archevêque prosélyte.
Patience donc! il n’y a eu de raison d’être émerveillé que le pape ne s’émouvait pas de la persécution et de la tyrannie auxquelles étaient exposés la nation polonaise et son clergé, parce que cette nation se montrait plutôt polonaise que catholique romaine, par ses démonstrations politiques et patriotiques, et non par les grosses sommes du denier de Saint-Pierre; parce que les Polonais se sont plus volontairement enrôlés sous la bannière de Garibaldi que sous celle du pape. . .
Toute l’Europe a crié contre les homicides exécutés à Varsovie l’année passée... Toute l’Europe a trouvé des paroles de sympathie pour les Polonais, le pape seul se taisait, lui, qui se donne l’air de lieutenant du Dieu de miséricorde, n’a rien tenté pour arrêter les bourreaux du Nord sur la voie des cruautés bestiales ... et seulement aujourd'hui, après l’accord entre lui et le tzar, il réclama — non les droits de la nation outragée, spoliée, torturée, mais la restitution des prêtres, condamnés sans son adhésion !...
De celte inexcusable indifférence pour la Pologne, chaque hon- Bête homme comprendra facilement que le siège apostolique ne (Kiuvait élever sa voix en faveur des Polonais, sans nier sa doctrine
trera si celle spoliation de laquelle parle M. Antonelli; n’est pas précisément faite pour le bien du sainl-siége et des Italiens; et que la dotation du trône papal par tous les biens n’était pas basée seulement sur l’abus de la crédulité des âmes pieuses, c’est-à-dire des hommes et des femmes ignorants ou coupables, qui croyaient se sauver de l’enfer par les prières du clergé; mais qu’il y entra aussi pour quelque chose le vol, le poison, l’épée et le poignard, vénal ou fanatique...
11 sera bientôt trop tard, quand viendra le tour des Italiens de dire aux propositions du pape ; 1 Son possumus! Aujourd'hui la situation se dessine très-nettement. Le pape a repoussé tous les moyens d’arrangement. Attendons les événements et prouvons à tout le monde que le pape n’a pas eu le droit de se jouer ni de l’Italie et bien moins de la France I ...
sur le droit divin, et sans consacrer, aux dépens de ia force de l’absolutisme, la justice des droits des nations, que lui combat ostensiblement en Italie, dlandestinement en France et partout oit la Révolution a établi ses droits. L'intérêt temporel (pouvoir temporel) n’a pas permis ce que l'intérêt spirituel (justice, morale) ordonna; en conséquence de cela, ce dernier a été mis de côté, parce que le tzar de Rome et le pape de St-Pétersbourg puisent leurs doctrines dans les mêmes sources. La communauté d'intérêts s’est rencontrée avec, l’identité de tendances de ces deux gouvernements, précisément là, où on ne pourrait point les supposer. Une telle identité s’est créée pour appuyer l’absolutisme, et pour faire triompher, malgré la civilisation et les nouveaux droits nouvellement conquis par les peuples, le principe et les théories sur lesquels se base tout despotisme, et principalement le despotisme clérical.
Mais ici, je ne dois pas mettre en oubli une démarche de Pie IX, qui, en juin passé, balbutia quelques mots de désapprobation de l’Autriche et de la Russie, et précisément cette missive doit rappeler aux Polonais les indubitables démonstrations de sympathie papale pour les ennemis de leur patrie. Les traces de celte sympathie se trouvent dans les annales de la Pologne; elles prouvent jusqu'à quel point les Polonais pourraient avancer leurs espérances sur la Cour de Rome, s’ils pouvaient être assez aveugles pour se fier à l’aide de cette cour-là.
En juillet 1831, peu de temps avant la capitulation de Varsovie, pendant la guerre pour l’indépendance de la Pologne, le cardinal Bernini déclara que le saint-siège ne pouvait faire autre chose pour les Polonais que compassionuer avec eux...
En juin 1832, le pape Grégoire XVI, dans son encyclique écrite en expression indigne de l’humilité chrétienne, faisait ordonner aux Polonais de s’assujétir aux ordres du gouvernement régulièrement établi, gouvernement légal et légitime du tiar 1 ....
Presque deux ans après, en 1834 (janvier), faisant des réprimandes aux vaincus et des éloges au vainqueur, ce même pape répétait des ordres injurieux aux Polonais et à leur clergé, et donnait des assurances au tzar Nicolas • qu’il peut demander de
la part du clergé polonais tout le concours à lui nécessaire, «parce que ■ lui, chef spirituel de ce clergé, a prescrit une aveugle obéissance de la part de ce clergé pour le chef temporel et légitime de Pologne ! •
Enfin les Polonais se ressouviendront que, pendant que les sbires féroces des Hapsbourg inondèrent de sang et couvrirent de deuil toute la Gallicie en 1846, ce même Grégoire XVI, dans une épître à l’évêque de Tarriow, approuva ces scènes d’horreur, et, avec une impudencq abominable et inouïe, recommanda la politique et les dispositions du gouvernement d’Autriche, selon ce pape, gouvernement paternel et légitime !....
Pendant les derniers mois, en Pologne, outre le clergé catholique, étaient persécutés des ministres du culte israélile et des cultes protestants, et furent traînés aussi à la citadelle de Varsovie.
La persécution des juifs laïques de la part du gouvernement russe est également digne d’être remarquée : les Israélites figurent comme une septième partie. du nombre des victimes que le gouvernement du tzar a étranglés à Varsovie et arrachés de la Pologne. A la fin les Israélites polonais ont fourni des preuves de patriotisme et des sacrifices, et il était déjà grandement temps de prouver de leur côté, que pour eux la patrie est Jà où ils vivent, et point dans leur religion et dans leurs intérêts. Qu’il s’accomplisse donc, au sein d'une persécution commune, cette grande réconciliation, cette fraternisation définitive, si nécessaires entre ces deux races, et depuis longtemps désirée par les amis du progrès et de l’humanité!!! Par elle, les forces matérielles et morales des citoyens polonais, égaux devant la loi, seront décuplées sous tous les rapports, et par elles, cette Pologne, si malmenée par l’influence du catholicisme et du talmoudisme, doit se décider à créer une nouvelle religion, religion purement humaine, où la Constitution serait une loi suprême — Dieu visible I
Une telle religion n'aurait pas eu besoin de concordat, pas même un semblable à celui proposé par M. Proudhon. De ce concordat, je parlerai à sa place; ici je fais remarquer, par la dernière réponse d’Antoneili plus haut mentionnée, qu’il n’y a pas à
espérer, que le parasitisme du clergé cessera une fois pour toujours son obstination à régir le genre humain... Pauvre genre! Toi seul dois avoir deux maîtres, tandis que toutes les autres espèces n’en ont qu’Un — l’Harmonie de la Sature...
Cette pauvre humauité n'arrivera pas sitôt à une pareille conviction, parce qu’elle est de longue date habituée à vivre dans des illusions au dehors du monde réel, au dehors de la Justice tout à fait terrestre , mais pourtant véritable, et croit dans la justice de Dieu, savoir de l’Eglise, du clergéu Mais qu’est-ce que cette justice de Dieu?... De clergé a eu beau en dire, mais les libres-penseurs, les positivistes, qu'en parlent-ils? Je ne veux citer ni Yolney, ni Voltaire, ni J. J. Rousseau, ni Cabanis, ni les autres dont chacun, à sa manière, rendait témoignage à la justice religieuse; je mets devant le lecteur ces courtes paroles de M. Proudhon, où il dit pour convaincre tous :
* Dans l’hypothèse religieuse, quelle qu’elle soit, la justice de Dieu ayant sa réalité hors -de l'bomme, se réduit pour l’homme en une pure notion de l’entendement, sans action sur la conscience (persuasion); qui de plus, par cette ablation de sa faculté justicière, ablation qui fait l’essence de toute religion, l’humanité se trouve constituée en un état de dégradation naturelle et d’immoralité invincible, dont la religion est impuissante plus tard à la faire sortir. . . »
Oui, les événements en Pologne peuvent démontrer ces vérités les plus évidemment. La Justice de l’Eglise n’à apporté rien, tout a fait rien aux Polonais, et ils doivent éspérer tout de la Justice de la Révolution, faite par eux et pour leur salut. Cette dernière Justice n’a pas deux poids et deux mesures comme l’Eglise, qui en Pologne, il semblait qu’elle eût combattu pour la nationalité du pays des opprimés, tandis qu’én Italie la moindre sympathie à la nation, qui courageusement veut reconquérir son indépendance, sa liberté, son droit, est refusée par la même Eglise.
Plus haut, j’affirmais que je ne crois pas inconditionnellement au patriotisme du clergé catholique polonais; c’est-à-dire, je ne
pouvais pas en être convaincu. Cette opinion était déjà prise depuis longue date, après avoir vu les actions des membres de ce clergé en Pologne, en Russie, au Caucase... Tristes souvenirs! Je ne dis point qu'il n'y aurait pas eu d'exceptions : non, il y en a, mais si peu, et elles out eu lieu seulement parmi le bas-clergé, si peu, que cela mérite à peine d'être mentionné... l’ourle haut-clergé, — ce sont de gros bénéficiers, qui chantaient sur l’air: du pape, toujours... du tzar, depuis qu'il règne dans la Pologne, presque toujours... et autrefois, du 'gouvernement de la République de Pologne, selon les ordres venus de Rome- La meilleure confirmation de mon opinion de cette classe du clergé polonais, ressort des dispositions activités de l'archevêque de Posen et de la rétractation du chanoine Rialohrzcski, publiée par le gouvernement russe. Le premier, quelques mois en arrière, prêchait de si édifiantes homélies patriotiques, écrivait de si belles lettres pastorales, imprégnées de patriotisme, à ses ouailles et subalternes, qu'on l'a applaudi et presque glorifié pour son courage civil et pour sa tendance politique, par lesquels il approuva et même ordonna le chapt des hymnes patriotiques dans les églises et pendant les cérémonies religieuses. Aujourd'hui — aujourd’hui le vent du Vatican a souffle une autre tendance, et ce prélat — défend le chant, parce que l’appui du cabinet de Berlin au trône papal a été acheté à ce prix ; mais je voudrais que les devins, tant initi és que couronnés, fussent répudiés par les événements et la justice de la Révolution, et que les Polonais, oppressés par le gouvernement prussien, cessassent de croire à la force des chants religieux, et, aiguisanLieurs faux, se préparassent à entonner avec l’accompagnement d^pnons sur les champs de bataille, Thymne de la guerre de vengeance, d’espérance polonaise, l’hymne sacre : < La Pologne n’est pas perdue tant que nous vivons >
En ce qui regarde le chanoine Bialobrzeski, voici une lâcheuse nouvelle publiée par le gouvernement russe, qui (remettant au lendemain la querelle théologale avec Rome catholique sur la véridicité et l’infaillibilité des traditions par lesquelles divergent les credo et les lilliurgies de ces deux églises) s’était reconcilié aujourd’hui avec le pape, pour réfréner les Polonais dans leur mou-
vemcnl patriotique et enfouir leur cause dans la poussière de la bible et de la diplomatie. Il s’agit d’un acte d'apostasie publique de la cause nationale, fait par le chanoine Bialobrzeski. On a publié de la part du gouvernement russe une lettre de ce prélat, dans laquelle il aurait beau parler au tzar que, l’ordre donné afin que les églises fussent fermées, était dicté par sa conscience, pour que par le chant dans les églises de l’hymne « Boze cos Polske » la profanation de ces églises ! • ... Comprenne qui peut un tel procédé ! 1 !
Est-ce à la terreur qu’a ressenti ce vieillard, condamné à la mort, et, en vertu de cette lettre, gracié ; est-ce au rapprochement récemment opéré entre la cour de Rome et celle de St-Pétersbourg, qu’il faut attribuer l’actuel reniement de Bialobrzeski ? Ou est-ce une nouvelle imposture concertée par deux papes, au détriment des Polonais, et d’autorité du même Bialobrzeski, pour le perdre dans l’opinion de l’Europe et des Polonais? ... Oh! je dis franchement : je vais admettre la dernière supposition, car autrement pourquoi renvoyer dans la forteresse un rusé, mais fidèle serviteur de l'absolutisme, si ce n’était qu’une mesure pour le sauver de la vengeance de la nation polonaise ? ... Attendons les événements ! Ils nous apporteront, et peut-être bientôt, la clef de tous les mystères de l’obscurantisme appuyé par le despotisme. Oh ! ce sont de graves mystères I Ils représentent la providence du Dieu des prêtres et des tzars; ils réalisent sa justice... Les faits abondent pour prouver ce que vaut une telle providence, ce qu’il fâut espérer d’une pareille justice... Défions-nous donc d’une telle Justice qui nous ordonne de croire en réalité en dehors d^homme; ne demandons jamais rien à la providence des prédd et des tzars , et tâchons de nous constituer en un autre état d’élévation progréssive, pour conquérir la vraie moralité, où la religion et le tzarisme ne joueront aucun rôle.
Dans ce cas la Statistique nous fournit des données bien précieuses. Les statistiques disent que sur cent criminels, plus que neuf dixièmes sont illettrés et presque tous athées; les criminels du dernier dixième sont plus ou moins lettrés, mais aussi athées que les premiers.
D’où vient cette énorme différence entre ces deux chiffres, et quoi produit cet athéisme?... »
Tous ces gens-là ont reçu les notions du cathéchisme, comment donc la religion a-t-elle été impnissante de les retenir sur le penchant criminel? Ici on voit clairement que l’homme se faisait de la Justice divine une notion de l’entendement, et qu’étant sans suffisante instruction, pour perfectionner sa conscience, il tomba dans une dégradation, d’où la religion, qui ne veut point dans l’homme un citoyen, libre-penseur honnête, n’a pas pu le faire sortir, ou le soutenir sur la voie de la vertu.
Une fois la croyance, prescrite par la religion , ébranlée dans un individu quelconque, il se donne facilmenl aux vices et aux crimes, car l’instruction, qui fait tout de l'homme, ne pouvait pas l’aider; or, si l'éducation religieuse est impuissante pour préserver un si grand nombre d’individus, dont nous parle la Statistique, à commettre des crimes, et si dans ce nombre, la plupart des criminels est composée des illettrés, c’est-à-dire des ignorants, et au contraire les lettrés se présentent dans la proportion minime; or, il faut changer l’éducation populaire et remplacer le cathéchisme par ces notions , qui ne perdraient jamais leur force obligatoire , basée sur la vérité. Ce sont des notions des droits de I’ homme ; de droit civil et criminel; ce sont des notions de l’histoire abrégée de son propre pays, où les vertus citoyennes seraient mises en relief devant la jeuneusse; ce sont des notions primitives d’arithmétique, qui causant tant d’utilité à celui qui les a appris, ne perdent jamais leur force de conviction par des études profondes, au contraire acquièrent de plus en plus une nouvelle force irrévocable; ce sonj des notions de botanique, d’histoire naturelle, qui de la plus tendre enfance , quand l’homme est le plus rapproché de la nature , peuvent être étudiées facilmenl, et une fois acquises le servent avec une véritable utilité commune.
, Ce sont donc ces notions, que chaque membre de la société, de la plus pauvre condition, doit graduellement apprendre, au lieu d’étudier le cathéchisme, qui ne lui sert à rien de bon ; c’est par des notions pareilles que l’homme s’enrichira en moralité, et ne l’oubliera jamais !
Je ne parle des aulres notions des sciences plus élevées : elles doivent être acquises $elon les forces mentales de l’écolier et selon sa position sociale, plus ou moins aisée; ici j’ai en perspective l’éducation primaire, qui pour chaque enfant est presque égale dans tous les pays et dans toutes les conditions sociales.
Je m’attends à des terribles objections de la part des individus pieux, pour lesquels le cathéchisme est une sorte de sainteté, comme tabou pour un polynésien, mais elles ne m'elTrayent pas.
Disputer avec ces gens-là. c’est perdre inutilment son temps... S’ils ne veulent se convaincre qu’ils ont tort, ne voulant pas se persuader par ces deux chiffres que la statistique m’a fournis; par ces exemples qu’ils peuvent rencontrer à chaque pas; par ce raisonnement, que de toutes parts les libres-penseurs, hommes de cœur émettent devant l’humanité, réveillée par la grande Révolution; il faut donc laisser en paix ces âmes pieuses avec leurs entendements offusqués par la religion. Leur nombre diminuera chaque jour davantage , de même que leur pouvoir social ; car en vertu de la nouvelle éducation populaire nons pourrons avoir un plus grand nombre, non d’athées, propres à devenir scélérats, mais de citoyens honnêtes, aptes à toute action vertueuse; et de cela dérive que la moralité du genre humain gagnera dans la même proportion, dans laquelle sera amoindrie l’immixtion du clergé dans l’éducation populaire.
Appuyé sur cette courte observation, je dis avec M. Proudbon : la Révolution explique à différents modes, par quelle illusion de l’optique intellectuelle l'homme pose hors de lui ce qui est en lui, et de sa propre justice fait à part une idole, qui après devient une idole très-difficile à abattre... • • . • ' ,
Dans l’enfance des sociétés du genre humain, comme dans l’enfance d’un individu quelconque, l’éducation devait différer selon l’âge des apprentis... Autrefois inventé, le famerix dogme du péché originel, commun à tant d’églises et à toute théodicée basée sur la Bible, - aujourd’hui devrait être exclu de l’instruction des jeunes gens, parce qu’il exalte leur curiosité et les conduit , malgré eux , dans la tentation , avant la puberté naturelle, de connaître en quoi consiste ce péché.. !
La bible pouvait servir lu société avant qu'elle n'eut pu conquérir tant de notions, dont nous profitons actuellement, c’est-àdire: les sociétés nouvelles, qui se formaient sur les débris de l’empire romain et ailleurs, pouvaient, sans scrupules, ou avec répugnance , accepter ce livre avec tous ses apologues et contesgras arabes, grecs et hébreux, comme base de leur instruction: mais demander aujourd’hui le même, c’est trop ingénu, ou trop perfide ! L'apologue qui regarde ie péché origioel . une fois démontré comme uue absurdité nuisible à la santé et à la végétation des jeunes gens, cette apologue doit être rejeté au-dessous de l’édifice d’instruction morale, comme une poutre vermoulue. Qu’un tel édifice croule, et sur sa place, l’expérience acquise et la raison mettront la vérité, appliquée a tous les âges. . . Mais les prêtres disent, que la religion, que l'église, que leur Dieu défend d’y toucher. « Non possumus» , est ordinairement la réponse-refrain du clergé.
Oui! C’est le clergé qui s’obstine à ne pas laisser le genre humain se débarrasser des langes, dans lesquelles le premier vent constamment retenir le second : le désir,- unique désir des prêtres, consiste en ce que les hommes, tant qu'ils existeront, restent dans la même erreur... C’est par cette obstination que les prêtres-imposteurs étaient devenus tyrans , et qu’ils veulent aujourd’hui se poser en martyrs...
Sommes-nous aujourd’hui dans les mêm^ conditions sociales , politiques et administratives dans lesquelles se trouvaient nos ancêtres?... Non, assurément non ! «
Avons-nous les mêmes richesses scientifiques dont jouissaient nos grands-pères, ou si nos trésors de science se sont augmentés, de combien est-il plus grand notre capital? De beaucoup, et sous tous les rapports. Prenez tous les Traités, Théories, Manuels, etc. des sciences que nous étudions, et comparez-les avec ces Traités Manuels et Théories, qui ont été publiés cent ans eu arrière pour l’usage de nos grauds- pères, de nos bis-aïeuls, et vous verrez de combien nous sommes sur beaucoup des matières en avant d’eux... Qui pourrait contredire cela?
De cela on peut se persuader à quelle absurdité arrivent les
prêtres voulant nous maintenir in statu quo comme aux premiers siècles du christianisme en matière de lois, qu’ils nomment morales, mais qui, au fond des choses, sont plus qu’immorales.
Le salut de la société et de l'individu, c’est la Justice de la Révolution : aujourd’hui elle est trop forte pour permettre aux prêtres de retenir le genre humain dans ce statu quo ; elle est trop éclairée pour martyriser ces prêtres; aujourd'hui la société peut se gouverner sans les lois de l’Eglise.
Autrefois, les augures romains, les sacrificateurs d’autres cultes, en un mot les prêtres, en se rencontrant, riaient de la crédulité, de la bonne foi des croyants ; les prêtres d’aujourd’hui ressemblent aux anciens; mais pour cela ils ne méritent j>as qu’on les martyrise; la plus juste, et pourtant, la plus pénible punition pour eux doit consister en satire contre tout ce qu’ils ont inventé. Les ridiculisant, et, grâce à l’esprit du temps, se libérant de leur exécrable et abrutissante tutelle, voilà la procedure contre eux la plus raisonnable.
Pour les ridiculiser travaillent les autres... Je prends à moi la tâche de démontrer par toutes les preuves , qu’on peut recueillir sur quelques pages conscienscieusement écrites, au profit des Italiens , des Français, des Polonais , des Russes, des Allemands et d’autres, que l’Eglise, c’e^t à dire les prêtres, n’ont pas ni ces droits,. ni ces vertus qu’ils usurpent; et que selon toute la Justice il faut une fois en finir avec leurs empiètements, pour ne pas devenir ce qu’ils se sont proposés : changer l’homme en un néant de volonté et de moralité; étouffer la liberté de conscience et d’enseignement et anéantir la Révolution.
L’Espagne , la Russie et bien d’autres pays , servent de bons exemples de ce que c’est l’éducation du peuple sous la ferule des prêtres... Malheur à ceux qui la supportent! Et la Pologne, ma pauvre Pologne, qu’a-t-elie gagné pour tant de docilité chrétiennecatholique?. . Malédiction donc contre le dieu des prêtres qui a permis le démembrement dé ma patrie chérie! Elle était trop catholique ; les prêtres, ensemençant et pufs .excitant la foi, la bigoterie et le pyrrhonisme, qui naissaient dans beaucoup de cœurs polonais, les prêtres sont les premiers coupables, qui peu à peu
déracinèrent la force de l'amour de la patrie, en voulant le rem* placer par l’amour de Dieu, etc. Quels résultats se sont-ils obtenus de la tactique prêtresque ? Tout le monde le sait bien.
La France et l'Italie se convainquent à la fin de l’inimitié de leurs evêques et archevêques.
La guerre, presque ouverte, déclarée par le haut clergé de ces pays à leurs gouvernements, devrait désillusionner ces patriotes qui croyaieut à la conciliation de l’Eglise avec la Révolution. Je voudrais faire une exception pour le clergé polonais; mais, malheureusement, je ne me permets pas d’êtré si crédule jusqu’à penser que ce clergé combat autre chose , hors du schisme russe ; parce que je suis convaincu, que si demain le tzar avec ses sujets du rite moscovite révoquassent leur religion et devinssent catholiques romains, le clergé polonais fera volte-face à la cause patriotique polonaise, et prêchera avec acharnement la soumission de la Pologne au tzar, n’importe qu'il Tut resté russe, mais en vertu qu’il serait devenu un fils le mieux aimé de l’Eglise romaine!...
Croyez-moi, le clergé ne peut jamais être patriotique, parce que pour lui la patrie n’existe pas hors de l’Eglise, qui n’approuve que le néant de la volonté et de la moralité, de la raison et de la liberté, autant dans les pays des Italiens, des Français et de toute l’Europe civilisée et libérale, que dans les domaines de l’absolutisme, de l’obscurantisme et de la barbarie.
Parlons pourtant seulement de l’Italie.
Qui veut la fin, veut les moyens. Si la société veut être formée de citoyens, de travailleurs et de héros, que son éducation ait pour point de départ la justice, la liberté et la vertu: si, au contraire, on veut continuer la société composée de sujets, de gueux et de bonshommes, qu’on donne la préférence au système, où l’éducation procède de la double conscience, pour arriver au servilisme et à l’hypocrisie. L’Italie est la patrie des héros de l’antique Rome, et où est-elle arrivée aujourd'hui par l’éducation des prêtres?., La réponse, les Italiens eux-mêmes la donneront.
Mais pouvait-il en être autrement ?... Non. Pourquoi?... Parce que la bible est la base de tout l’enseignement, et aujourd’hui nous sommes persuadés que la première page de ce livre contient tant
d’absurdités, p. e. celle-ci où il est dit que sans soleil s'étaient répété trois fois (journées) les matins et les soirs; que le soleil était créé seulement dans la quatrième journée, pourtant sans soleil toutes les plantes, herbes, etc., ont végété, mûH, fructifié, et à quoi le plus simple campagnard ne prêtera point de foi. N'allant pas plus loin, parce qu’iL ne vaut pas la peine de lire ou de dépenser du temps pour répéter ces absurdités, qui, étaient ellesmêmes des figures allégoriques, toujours valent peu de chose, par le défaut de la vérité dans le commencement; n’allant donc plus loin dans la lecture de la bible, et s’arrêtant sur la première page, chacun peut se convaincre que ce livre, dont cette page donne de pareilles impossibilités, lesquelles ne peuvent soutenir la critique ni de l’astronomie populaire, de la chimie, de la physique, de la géologie, ni des recherches historiques-philosophiques, et ne peuvent pas être appuyées ni par Humboldt, dans son incomparable ouvrage « Cosmos • ; ni par M. J.-A. Vaillant (1), dans son Histoire vraie des vrais Bohémiens (Paris 1857); ni par d’autres savants des siècles passés, ou de celui, dans lequel nous sommes les témoins de. si nouvelles et si graves recherches et découvertes dans tous les genres des sciences. Ce sont seulement des ignorants ou paresseux, qui ne savent pas ce qu’ils ont dit: Spinosa, Volney, Voltaire, J. -J. Rousseau, Diderot, Dupuis, Dumas (chimiste), Arago
(1) Le même auteur a doté le monde philosophique et en général littéraire d'un autre ouvragé, édité par M. Lacroix, libraireéditeur, à Genève, sous le titre ; • Clef magique de la fiction et du fait.» Cet ouvrage fut mis à l’index même en France. . . L’auteur pourtant a présenté son travail à S. M. Napoléon lit , à M. le comte de Persigny, ministre de l’Intérieur, et à M. Rouland, ministre de l’instruction publique. L’argent de cette nation sort à l’étranger, principalement à Bruxelles, à Genève, à Londres, etc., pour aller chercher des livres défendus. C’est le temps que le couronnement de l’édifice de Napoléon III embellisse tous les faits accomplis par sa politique virile et grandiose! C’est aussi grand temps que le Neveu finisse par où l’Oncle commença, parce que l 'Oncle a fini par où le Neveu a commencé... Les monnaies d’une belle époque de la France entre Fan XIII et 1808, portent sur elles des légendes, qui éclaircissent mes paroles et prouvent que, le plus beau titre est celui de l’empereur-citoyen de la République Française l!l
Larroque, et tant d’autres! Mais à part toutes ees autorités! Demandons seulement à notre campagnard, et nous verrons que ses simples jugements obligeront d'arracher la première page de la bible, comme l’a déjà arracbée Galilée par son génial système, comme l’ont arracbée uon moins savamment Copernic, Newton, Monsieur-Nicolas et tant d’autres.. . Et que vaut un livre privé de la première page par la saine raison et par les faits des sciences ?... Est-il digne d’étre confulé, quand son commencement est faux ! En vérité, non ! Trois fois non !!! •
Tout ce qui se base sur le faux est faux ; donc tous les dogmes qui se basent sur ce livre sont faux et ne valent rien I ... Un tel livre doit être un volume des bibliothèques, comme tant d’autres mythologies, plus belles que celle-ci qui est contenue dans ce volume. Une simple comparaison entre elles démontrera ce que vaut la bible... Ici je recommande au lecteur un beau livre instructif et amusant, publié à Paris, avec le titre : L'Univers, ou Histoire et Descriptions de tous les Peuples, de leurs religions, mœurs, coutumes, etc. Dans ce livre illustré et publié, en 1835, par Firmin Didot, on trouvera quelque chose de plus instructif que dans le mysticisme de la bible.
Autrefois, dans le moyen-àge, après la destruction de l’empire romain et de la force obligatoire de ses lois, les chrétiens primitifs pouvaient se régir par la bible, par l’évangile et les écrits des pères de la nouvelle église, qui, par cela même qu’elle se fonde sur le faux, se subdivisa des premiers jours de son existence, en tant de schismes, ou, pour dire le vrai mot, en tant de contradictions ; mais aujourd’hui même tl’en parler, c’est perdre le temps, et la citer comme autorité, serait plus que de l’ingénuité, ce serait- ou stupidité ou lâcheté : stupidité, par l’ignorance des autres sources de la science ; lâcheté, en les sachant, continuer la tromperie séculaire ..
Aujourd'hui les codes, émanés de la logique et des besoins contemporains, suffiront à l’humanité entière, et non-seulement à la société chrétienne.
Autrefois les citoyens de la République romaine et de l’empire des Romains, jusqu'aux jours de leur décadence, c’est-à-dire, les
citoyens de l'Italie, étaient à la tête de la civilisation, par leurs vertus, leur valeur civile et militaire; pourquoi donc aujourd'hui les descendants de ces citoyens se refuseraient-ils de suivre cette même route, de laquelle déjà les sujets des empereurs romains, guidés par le pyrrhonisme et le christianisme, se sont réfugiés sur le chemin tracé par les prêtres de la nouvelle doctrine, dont le chef se dit pape; — pourquoi donc aujourd’hui les citoyens de l’Italie ne voudraient-ils pas montrer à tout le monde qu'ils sont pleins de valeur civile, rejetant cette fausse doctrine, rejetant les prescriptions et l'autorité des papes, c’est-à-dire, de l’Eglise, pour faire sortir l'humanité chrétienne de ces ténèbres perfides, où la poussait la doctrine des prêtres; pourquoi donc aujourd'hui les Italiens ne pourraient- ils pas donner l’exemple à toute l'humanité, que le règne de la vérité, de la lumière, de la science et de la justice est meilleur que la tutelle de l'obscurantisme évangélique ?...
Une constitution sage et libérale, révisée tous les sept ans, pour être perfectionnée, vaut mieux que toutes les bibles, légendes, révélations, doctrines, évangiles, miracles, etc., dont l'humanité est dotée par les prêtres I
Les sciences modernes et leurs cultivateurs, véritables savants, nous ont dit quelque chose de plus que nous ne pouvons trouver dans ces bibles, légendes et autres livres recommandés par l'Eglise, fût-elle brahmanique, qui compte déjà quelques incarnations, ou chrétienne, avec son incarnation du Christ... C'est le cas d'emprunter chez M. Proudhon, de sa Justice dans l'Eglise et dans la Révolution, les paroles suivantes :
• D’après l’étude de l’évolution polythéiste, le dogme de l’Incarnation, développé et rendu populaire du premier au quatrième siècle de notre ère, semblait de nature à relever singulièrement notre espèce et à l’énorgueillir. Mais l'Incarnation était le corrélatif de la chute, dont le sentiment l’emportant dans les âmes produisit une tristesse mortelle. L’apôtre (Rom. VIII, 22) en rend témoignage en disant : • Nous savons que toute créature gémit et qu’elle est au travail.... (2 Cor. VII. 10.) : La désolation du siècle produit la mort.. > Et que peut être plus terrible en effet qu'une doctrine dont le principe est qu’il n’y a pas, parmi les humains,
d’âme foncièrement honnête; que la justice est étrangère à ce bas-monde, que la vertu n’appartient pas à l'humanité, et tant d’autres propos de misanthropie dévote?! L’Eglise, après une telle déclaration d'indignité universelle, ne peut noiis donner rien pour la réforme ' des mœurs , et elle , au lieu de nous tirer de l’ahime, est plutôt faite pour nous y enfoncer davantage. Pour une telle Eglise, la fin s’approche, et l'heure a sonné pour une religion, quand la conscience troublée vient à se demander, non pas si cette religion est vraie : le doute frappant sur le dogme ne suffit pas pour faire tomber une religion ; non pas davantage si elle a besoin de réformes : les réformes en matière de foi prouvent la vitalité religieuse: — mais si cette religion, réputée si longtemps la gardienne et le soutien des mœurs, suffit à sa tâche, ce que je traduis en d'autres ternies , si elle a véritablement une morale? C’est par là que périt le paganisme... Il s’écroula le jour où toutes les intelligences furent saisies de cette idée que le paganisme n’avait point de morale,- qu’il était immoral. Ainsi en sera-t-il tout à l’heure du royaume messianique. Je suis la voix qui, après tant et de si fatigantes controverses, demande, au nom de la conscience universelle, non plus si la loi esl d’accord avec la raison , s’il y a des abus à corriger dans l’Eglise, si le clergé a des mœurs édifiantes, etc.; il ne s’agit plus pour notre époque de la métaphysique du dogme, pas plus que de la vie privée des prêtres; — mais si le christianisme possède une morale, ce qui est tout autre chose? »
* Le dogme chrétien parle de la réhabilitation qui se passe en figures, affaire de mysticisme et de spiritualité. Le royaume du Christ n’est pas de ce monde : cette dignité précieuse, que l’empire avilissant de César . faisait perdre aux personnes, le christianisme promet de la leur rendre, . . dans l’autre vie ! Et il en est de même de la liberté, de l’égalité, dé la richesse, «le la science, de l’amour, de la sanctification. Ces biens, que rien ne saurait compenser, conditions de toute morale, ne doivent se réaliser que dans le ciel. C'est bien autre chose, vraiment, pour ce qui esl de la pénitence et de la mortification : là est, suivant l’Evangile, la véritable réalité terrestre. Dès qu’il s'agit de punir, le royaume du Christ apparaît, — riches, pour vous dépouiller, puissants, pour vous humilier; esclaves, pour vous entretenir dans votre misère... Non, le christia-
nisme n’a point de morale, il ne peut pas même en avoir une...
• Nous savons ce que dit le dogme : suivons-en les effets dans la pratique et dans Hiistoire.
« Le système des sociétés polythéistes, dans lequel la pensée religieuse, n'intervenant que comme auxiliaire de la Justice, était loin de produire toutes ces conséquences, pouvait se définir : système de la prérogative personnelle, ou du DltOIT.
• Le système chrétien, où la religion, parvenue à sa plénitude, est faite principe de la Justice • (il faut toujours tenir dans la mémoire que c’est la bible et l’évangile, la base de ce système, ordonné par l’église) « et qu’il n’est permis à personne faisant profession de foi religieuse de renier, peut se définir à son tour : système de la déchéance personnelle, ou du NOS-DROIT !
■ Ceci est autre chose qu’une vaine antithèse.
.Le christianisme importé d’Orient, à une époque révolutionnaire, • au moment où la Gaule, l’Espagne, l’Afriqhe, l’Asie, se soulevaient à la fois contre l’empire; où les armées prétoriennes se détruisaient pour le choix de leurs césars; le christianisme, saturé d’idées juives, égyptiennes, persaunes, hindoues, expression de la misère des peuples, du désespoir de la plèbe, de la dégradation des esclaves, devait nécessairement opérer celte interversion de l’idée juridique et de l’idée religieuse. Ce qui, dans l’école, pouvait n’être qu’une récrimination dialectique, passant à la faveur de circonstances exceptionnelles, dans les faits, est devenu pendant dix-huit siècles la formule officielle de la morale ;. il ne pouvait pas y en avoir d’autre. C’est le temps de dire que l’église chrétienne, après dix-huit siècles d’existence, se trouve dans le même cas où se trouva, après deux mille ans de durée, l’église polythéiste, qui périt parce qu’elle n’avait point de morale, — elle est perdue... *
Voici des extraits de la Justice dans la Itévolulion et dans l'Eglise , pour ce qui concerne en général les hommes de tous les pays, et en particulier les affaires religieuses et' politiques des Italiens. Outre ces extraits je cite encore de la même œuvre quelques pensées , qui se rapportent à la femme. Qui sait si mon livre ne tombera dans les mains des quelques-unes d’entre elles?
En lisant l’extrait suivant, peut-être elles voudront lire tout, et de cela la société remporterait beaucoup de profit , parce que c’est la femme qui prend une si large part dans l’éducation de notre société.
La dixième Elude, ■ de la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise ■ ,oii l’auteur traite de l’amour et du mariage, devrait gagner la sympathie des femmes. Pour mon but, qui bientôt se découvrira au lecteur, cette Elude apporte une grande utilité : la science et l’expérience acquises par M. Proudhon , peuvent servir la société ; de ma part, aux paroles de ce grand savant, j’adjoins quelques observations dont j’ai pu m’enrichir pendant ma vie. Je ne demande pas davantage seulement que le lecteur et la lectrice donnent toute leur attention aux premières, et accueillent avec la bienveillance les secondes. ,
Le lecteur ne doit point s’étonner que dans un livre, qui traite une matière aussi grave et positive, comme c’est le mien, qu’il va trouver les paroles : amour, mariage. Dans cette appendice je touche la question sociale, qui ne peut pas exister sans l’inOtience du pre-
niier, et qui doit être réglée par le second, pris comme une mesure économique, juridique, statistique ..Je suis l’exemple de M.Proudhon qui, dans ses lettres à un archevêque, jugeait indispensable d’exposer son jugement aussi et sur cette matière, parce qu’elle est la cause de la propagation et de la perfection de la race humaine. N’écrivant à un froc, mais aux honnêtes, je voudrais être lu par toutes les femmes-mères et par les filles à la veille de leur mariage, afin qu’elles puissent comprendre, ce grand rôle qui est dévolu aux femmes, si elles veulent et si elles savent devenir véritablement heureuses et émancipées. Lisez donc et jugez ces quelques lignes:
« Tout révèle dans le mariage une institution qui à pour but de subordonner l’amour à la Justice, conformément à la théorie de la perfectibilité, et de faire de celte passion, essentiellement idéaliste, l’auxiliaire le plus puissant de la conscience . partant le moyen le plus énergique du progrès. Comment se fait-il que la religion en sanctifiant le mariage, n’ait pas su en conserver la dignité, à ce point que l’institution n’a cessé de déchoir, tant au for intérieur qu’au for extérieur; -que le mariage chrétien est resté inférieur au mariage païen , et que l’Eglise' a toujours confondu l’union légitime avec l'union concubinaire ? Comment se fait-il qu’à force de diviniser l’aniour, le mysticisme des théologiens, aussi bien que la spéculation des philosophes, le pousse à la plus infâme corruption?
« Toutes les religions ont méconnu le caractère de la femme: d’abord elles l’ont injuriée: puis elles l’ont exaltée outre mesure, et lui ont promis une destinée égale , si non supérieure, à celle de l’homme. Que signifie cette contradiction? C’est que la religion, prenaut pour elle même la mission de la femme, qui est de porter l’homme à la Justice par l’attrait de la Beauté, n’a plus su ensuite que -faire de la femme: que, la considérant en dehors de sa destinée, la religion devait trouver dans la femme un être impur et sans objet, qui dès-lors, elle n’avait à proposer que des noces célestes et la gloire de l’autre vie.
• La Révolution, après avoire réfuté l’utopie platonique et chrétienne de l’égalité de sexe, donne la théorie du mariage, discipline l’amour, rétablit la femme dans son rôle et lui dit: Reine de grâce, moule sur l'autel I... Lorsque le christianisme fit son entrée dans le monde, l’amour et le mariage, l’un par l’autre détruits, sur toute le face de l’empire agonisaient. Pour des réformateurs qui auraient eu l’intelligence des symptômes,, la médication était indiquée.
« Il fallait, en premier lieu, rétablir le vrai sens de l’amour, qui est le sacriûce et la mort; définir l’essence du mariage, tant au for intérieur, qu'au for extérieur; déterminer le rôle moral de la femme dans la famille et la société ; éteindre enfin, par la supériorité du nouvel idéal, cette luxure dévorante qui, faisant de l’union de deuxsexes un commerce insipide, les poussait à des jouissances contre nature et à leur négation mutuelle.
• Ces conditions , toutes de moralité personnelle , supposaient en outre, exigeaient une réforme générale des rapports économiques ; division des grandes propriétés foncières, latifundia; abolition de l’esclavage, rétablissement des libertés locales et politiques. Sans liberté et sans égalité, il n’y a pas mariage et famille qui se soutienne ; cette vérité est de tous les siècles , et jamais son application ne fut venue plqs à propos. L’homme alors redevenu travailleur et citoyen, la femme ménagère et première institutrice des enfants , l’amour rasséréné , le mariage remis en honneur , la prostitution tombait d’elle-mème , le conçubinai s’anoblissait, l’horreur publique aurait fait justice du reste.
• Nais une résolution qui se produisait au nom du ciel ne
pouvait procéder avec cette sagessé, et moins que de personnes on devait l’attendre des prédicateurs de l’Evangile. Le christianisme réagit contre la dissolution des moeurs païennes de la même manière qu’il réagit contre l’esclavage , l’exorbilance des propriétés et l’autocratie de l’empereur; il (christianisme) changea, avec grand accompagnement d'anathèmes , les termes de la question, il ne la résolut point. Comparée à la théorie romaine, la théorie chrétienne du mariage fut même un pas rétrograde
•A l’idéal d’amour qu’avaient rêvée, l’une après l’autre, de la diversité de leur point de vue, l’école spiritualiste- de Socrate et l’école sensualiste d’Epicure, le christianisme ne fit donc que substituer, de son point de vue particulier, un autre idéal, l’amour mystique. Des réformateurs judicieux n’eussent eu à faire qu’une chose; c’était, en interprétant le symbole sacramentel, de rétablir le sens juridique du mariage. Fidèles à leur haine de la nature et de l'humanité, les missionnaires de Christ enchérirent sur tous les raffinements de la philosophie païenne. La même cause qui avait perdu la famille antique devait perdre’ aussi la famille nouvelle ; de quelque manière que vous absorbiez le poison, en poudre, en liquide ou en vapeur, il vous tue.
• Qu’est-ce d’abord que cet amour mystique?
• L’amour mystique, variété de l’amour platonique, consiste à
rapporter à Dieu, beauté éternelle, amour créateur, le seuliment que la nature a établi entre l’homme et la femme, et que les Grecs indiscrets avaient étendu à la uature entière , sans distinction de règne, d’espèce, ni de sexe. Du reste , de même que •l’amour platonique, et bien plus encore que l'amour platonique, l’amour mystique tend à une continence absolue, à la castration mentale; ce qu’emporte toujours la négation de sexualité et finalement de l'amour même. L’origine de ce mysticisme se confond avec celle des religions. Sans parler des mystères aphrodisiaques’, qui y conduisaient, on sait que chaque ville (dans l'antiquité la plus reculée) se regardait comme unie conjugalement à un Dieu (comme le chrislianisme qui l’imita avec ses saints patrons et patronnes), qui la prenait sous sa protection et à qui elle se dévouait par un culte spécial....
• Le christianisme, condamnant la chair et tout attachement à la créature, devait porter au plus haut degré l’amour mystique, le développer, l’enseigner sous toutes les formes, en faire un précepte et une condition de salut.... Le nouveau testament, les pères (d’Eglisc), les mystiques, les sennonaires, ne parlent que des noces de Christ avec son Eglise, du mariage de l'àme avec son créateur, de l’union des vierges avec Jésus, leur divin époux. De même que le paganisme, on peut dire que le christianisme se résout tout entier dans une idée, l’amour.
• On comprend que dans ce système le mariage soit regardé comme une espèce d’infidélité, dont l'auteur de tout biea . de toute beauté et de tout amour, Dieu, est jaloux, et qu’il ne permet que par un excès de miséricorde...
« Celui qui est sans femmes, dit l’Apôtre (1), ue songe que plaire à Dieu, tandis que l’homme marié doit contenter encore son épouse. Pareillement la vierge qui se garde pure de cœur et de corps, ne songe à plaire qu’au Seignenr ; au lieu que la femme mariée doit s’occuper encore du inonde et plaire à son mari.
« De fait et de droit le mariage chrétien , accordé par tolérance , réservant à Dieu , à l’Eglise , au prêtre , les préférences
intimes du cœur, est un concubinage, pis que cela, un adultère... •
(I) Celle prescription de l’Apôtre est la base du dogme excentrique de la secte des châtrés, répandue en Russie; mais au sein de celle secte «ont affiliés même les hommes et les femmes mariés, après qu’ils ont eu un enfant.
• I.e christianisme a beau élever son idéal, protester que son langage est pure métaphore ; la parole implique l'idée, et par son idée le christianisme, malgré qu'il en ait, rend hommage à l’amour; il en reconnaît la condition essentielle, qui est la distinction et l'union des sexes; et plus il s’exalte dans sa contemplation érotico-lhéologique, plus il -rend chez le mystique l’union amoureuse souhaitable, irrésistible, instante.
■ Je comprends, jusqu'à un certain point, qu’on prenne pour une allégorie la noce mystique de l’àme avec Itieu ; mais le Christ proposé pour époux à la religieuse ; mais la Vierge immaculée qu’adorent à l’envi Carmen et franciscains, mais le mariage de Marie et Joseph, qui leur sert de modèle, sont-ce là des métaphores? Et ne sommes-nous pas sur la pente d’une corruption d'autant plus profonde, qu’elle aura enfoncé plus avant ses racines dans l’idéal? Au reste, c’est par leurs fruits que se jugent les doctrines . . . Descendons de ce ciel de l’amour chrétien, et voyons ce que sa semence a produit sur la terre,
« Soit que le christianisme se bornât à abolir la prustitution, plus ou moins sacrée, en élevant les Saintes de Vénus au rang des concubines ; soit, ce qui eût été plus démocratique et plus décisif, qu’il fît disparaître d'un seul coup les deux modes inférieurs de l’union des sexes, en décidant que tout amour serait élevé à la dignité du mariage, il fallait, pour cette réforme, assurer préalablement à tout homme les moyens d’entretenir femme et enfants, ce qui impliquait la reconstitution économique de la société. Loin de rebuter les réformateurs, une telle perspective était faite pour exciter de plus en plus leur enthousiasme. Le socialisme de 1848 l’avait compris; il ne recula devant l’idée. Tous, tant que nous étions alors, nous affirmions avec une égale énergie le droit au travail et le droit au mariage, le premier comme gage et condition "du second : c’est dans la combinaison de ce double droit de l’homme et du citoyen qu’est toute l'émancipation de la femme !
« Le christianisme, avec son dogme de la chute, avec sa légende désespérée du travail, avec ses concessions à l’endroit du servage, avec ses préventions contre le commerce et l’industrie, avec son ignorance absolue des lois de la production et de la circulation de la richesse, avec son esprit d’autorité, de hiérarchie et de patriciat, était au-dessous de l’entreprise.
■ La famille et la société désorganisées,’ il se trouve, donc impuissant à rien rétablir; il n’ont d’énergie que pour flétrir l'homme et la nature, détruire les monuments de l’ancien culte, persécuter ses
ministres, s'emparer de ses biens et dotations, et se déchirer luimême pai' la définition de ses dogmes (I).
■ De même qu’il ne sut sauver l’empire de la dissolution et de l’invasion , il ne sut pas davantage préserver le mariage et la
(I) Du- vaste livre de la Parole que se prépare à publier M. J.-A. Vaillant, je fais cet extrait, pour confirmer mes observations et celui, de M. J. l’roudhon, et de tant d’autres libres-penseurs qui ont parlé à ce propos, que les prêtres et leurs alliés despotes ont fait pour détruire tout ce qui pouvait découvrir leurs intrigues, escroquerie et fausseté en ce qui regarde les dotations de l’Eglise, ou démasquer l'imitation qu’ils ont fait des mythologies différentes, pour, en un mot, anéantir tous les œuvres des libres-penseurs leurs devanciers ou contemporains. M. Vaillant nous dit : .
• En vain donc Jacques (dit saint) a-t-il conseillé de jeter ce qu’il appelait mauvais livres dans la mer; en vain l'empereur Constant a-t-il condamné tout livre arien aux flammes, et à mort quiconque en détiendrait une copie; en vain Théodose et Valentinien ont-ils condamné au feu tous les écrits de Nestor et de Porphyre, ainsi que ceux des 1730 adversaires des 318 jésuites de Nicée; en vain Ilonorius et Théodose ont-ils ordonné aux mathématiciens de brûler .leurs livres sous peine d’exil; en vain Valentinien et Marcien ont-ils fait brûler ceux d'Eutychès et d'Appollinaire sous peine de bannissement perpétuel; en vain Justinien en Gl-il autant pour les écrits de Sévère et lit-il couper la main à qui les copiait; en vain le 'sixième et le septième conciles écuméniques ont-ils fait brûler, l’un les livres des monothêlites, l’autre ceux des iconoclastes ; en vain Théodose, pour obtempérer aux ordres de l’évêque Théophile, s’est-il empressé de détruire en Egypte tout ce qui avait appartenu à la religion de ce pays; en vain le pape Grégoire, dit le Grand, a-t-il fait brûler dans toute la chrétienté les livres de Cicéron, de Tite-Uve et de Tacite; en vaiu l’Inquisition a-t-elle éclairé ses abominables folies d’autodafés sans nombre; en vain, enfin, l’Eglise romaine s’est-elle efforcée d’anéantir par sa propagande les livres indiens qui pouvaient trahir sou origine et dévoiler toute imposture ; — la Vérité n’était pas que dans ces livres: elle était dans l'ünviers, elle y est restée et restera toujours écrite par les grands caractères de l’Eternel, par ses planètes et ses soleils, ses astres et son ciel, sa mer et ses lies, ses monts et ses pics, ses rochers et ses écueils, ses glaces et ses glaciers ; par les monuments et leurs ruines, et jusque par la voix et la parole des hommes, qui ont tout nommé dans une langue dont le Sanscrita est la fille ou la mère, et dont la mienne est le passe-partout. ■
Ce' sont seulement de vrais érudits, philologues expérimentés, qui, après avoir voyagé dans l’Inde, au Thibet, dans l’Asie cen-
fr— — *
famille de la lèpre qui les rongeait. Le. mal ne fut pas guéri ; il changea de caractère. Comme une éru|tlion répercutée , il passa à l’état chronique, et la constitution tout entière fut ébranlée.
« Et d’abord l’idolâtrie interdite, les sectes communistes exterminées, la femme qui jadis, sous la protection du culte public,
traie et mineure, en Syrie et Arabie, en Egypte, en Grèce et ailleurs, qui, vérifiant sur les lieux ce que raconte la bible et le nouveau testament, et ce qu'ils voyaient, entendaient et lisaient dans les pays que je mentionne, o-it pu nous doter d’une lumière duvrai entendement. C’est après la comparaison des divers cultes de l’antiquité qu’on arrive enfin à comprendre que le christianisme est leur imitation; que toute la bible et le nouveau testament sont des contes allégoriques- astronomiques, mais personnifiés de manière que le lecteur n’apprend rieu pour pouvoir être éclairé dans cette inépuisable science ; n'apprend rien de l’histoire vraie critique, à l’exception d’un chaos, par lequel ce gros volume commence dans sa première partie (le vieux testament ou la bible) et par lequel il finit dans l’apocalypse. C’est étonnant ! On ne dit pas aux hommes la vérité, toute nüe, pendant toute la durée très longue, de la lecture de toutes ces deux parties, on finit par une œuvre d’une imagination enflammée, par n'importe quelles causes, — œuvre que personne n’a jamais pu comprendre et ne comprendra jamais, parce qu’elle n’a pas pour sa base la vérité de la Justice, et après tout cela on en veut à la société, on lui reproche qu’elle est plus apte à devenir mauvaise que lionne, et on la condamne pour sar conduite, aprè% l’avoir expressément obligée à dévier de la voie de la vérité d’ITarmonie naturelle.
Eh! précepteurs-pédants! doctrinaires-absolutistes! prêtres-geôliers du genre humain ! Prenez- vous-en à vous-mêmes, foudroyezvous, entre-dévorez-vous, brûlez-vous réciproquement; mais laissez la société tranquille! elle est lasse de vous; elle commence à vous comprendre; elle doit vous rejeter! Laissez-la en paix se gouverner par les lois compréhensibles, perfectibles et humaines, qui, sous le régime constitutionnel, permettent le libre examen de ces mêmes lois, la discussion publique sur leur application, et, selon l’esprit du temps, des changements raisonnables... Regardez lâ France ! Son gouvernement éclairé, par les actes de son chef (24 novembre 1880 et 14 novembre 1861). nous donne un exemple d’une véritable sagesse, modération, et, dans le même temps, d’une assurance dans sa force : l’humanité peut espérer beaucoup de cette sagesse, de celte modération et de celte force ; mais vous, pharisiens] — vous recevrez d’elle un traitement mérité...
se vouait à l'amour libre’ (1), fut jetée, sans forme de procès,
aujr gémonies... H egrettérons-nous la prostitution religieuse?
A Dieu ne plaise; mais il est permis de regretter que des créatures humaines , qu’on n'a pas su pourvoir, dont on est forcé de tolérer , de protéger le commerce , n’aient gagné à la réforme évangélique qu’un degré de, plus d’avilissement. La prostitution ne Gnit pas avec le polythéisme, comme nous savous tous : mariée à la misère , proscrite devant les Dieux et devant les hommes , écrasée sous l’infamie, elle devint plus abominable, plus hideuse...
• L’étal moyen du concubinal , expression exacte de l’idèe chrétienne, semblait devoir obtenir grâce: (il n’en fut rien. Son nom était impur: il dut opter entre la bénédiction du prêtre et la déclaration d'infamie...
• On alla plus loin : les femmes des prêtres , au moyeu-âge, furent assimilées aux concubines, et quand le célibat eut été déclaré pour tout le clergé (catholique) séculier, il fut question dans un concile de Tolède , d'accorder à ces concubines , à litre d’indemnité, les galères, l’oint de théocratie sans célibat, et sans théocratie point d’Eglise , point de religion , point d’obéissance. Si le mariage laïc est déjà une menace pour l’autorité (de Dieu, de l’Eglise), à combien plus forte raison le mariage du prêtre?...
Au surplus, il est arrivé du concubinage comme de la prostitution: il n’a jamais cessé d’exister; il grandit tous les jours parmi le peuple ((en ville), qui ne comprenant du lien légitime que la dot, l’abandonne aux riches. On dirait que le cœur bumajn , trompé par sa religion , trompé par ses légistes , cherche dans les lois économiques de l’union concubinaire la réstauralion du mariage...
« L’Eglise, pudibonde et sévère, n’a donc voulu conserver que le sacrement : on sait ce qu’entre ses mains le sacrement est devenu ..
• De même, selon l’Évangile, que la Justice, la liberté, la
(I) En visitant la Pompée, qui de plus en plus dévoile, par ses monuments, enterrés pendant plus que dedix-sept siècles, et qui n’etaient point touchés par les mains des prêtres chrétiens , ou peut voir et comprendre quel culte était des antiques. J’ai vu avec surprise que pour la plupart le christianisme a copié servilement des dogmes de culte ancien... Oh! ces ruines île Pompée sont un musée bien instructif pour qui sbit contempler et juger le présent... ,
richesse ■ (à l’exception de celle des et de l’Eglise
en général ), « la science et la paix ne peuvent s'obtenir ici-bas et doivent être regardées comme des prérogatives de l’autre vie; de même le pur et parfait amour est promis seulement pour le ciel, là, où l’on ne se marie plus, dit le Christ, puisqu'il n'y a plus de sexes, mais où l’on s'aime sans unir à la manière des auges. Sur cette terre, où .le démon plus encore que la nature nous a fait mâles et femelles, l’amour est essentiellement impur; et si le mariage, nécessaire à la conservation de l’espèce, jouit à cet effet d’une dispense de l’Eglise, il n’y faut voir toujours, comme dans l’eau du baptême et l'huile de la confirmation . qu’un signe physique (I), une figure creuse, qui ne contient de l’amour que le nom et n’en donne que l'ombre...
« Tout cela n’eùl été qu’imperlinenec de pédants et defafards, si les laïcs avaient pris le sage parti de se moquer des clercs; mais on n’est pas religieux à moitié. Ce que la théologie avait séparé, la pratique séculière le sépara a son tour et s’il est un trait qui distingue les mœurs chrétiennes, c’est cette idée étrange, passée en aphorisme, que l’amour étant une chose, le mariage une autre, il est contre toute bienséance de les réunir.
• Quelques-uns font honneur au christianisme de la galanterie chevaleresque et du respect don elle entoura la femme... L’amour chevaleresque n’est autre chose que la transformation chrétienne de l'amour platonique, avec ce caractère nouveau qui suffit à en déceler l’origine et qu’on oublie trop, c’est que, d’après la théorie des cours d’amour , l’ami de cœur d’une dame ne pouvait plus devenir son mari, et que, si par aventure ils s'épousaient, elle devait chercher un autre chevalier...
(1) Il est bien de remarquer que les prêtres prenant dans leurs mains le droit de bénédiction de toute sorte, exécutaient divers rôles, savoir, de statistiques et de percepteurs d’impôts de divers noms, etc., sous le rapport matériel ; et s’imposant dans tous les actes les plus solennels de la vie, dont ils devaient être témoins et directeurs spirituels, ils exécutaient et même exécutent encore aujourd'hui une influence immense, tenant dans leurs mains le pouvoir et l’autorité comme des docteurs d'âmes, juges des consciences, précepteurs de l’évangile, de la bible, et d’autres livres des différentes doctrines,.. Lisez., jugez, ces livres ! Ils vous démontreront que dans tous les pays, leurs clergés, blancs ou noirs, séculiers. ou réguliers, ont la même tendance, la même velléité, et suivent la même route...
■ Ainsi selon l’idéal chrétien , idéal théologique , féodal roma nesque ou chevaleresque, comme, il plaira de l’appeler, mais l’idéal le plus faux qui se puisse concevoir, le mariage xi’a rien de commun avec l’amour: c’est une fonction oh tout est réglé en vue de la lignée , de la succession , de l’alliance , des intérêts , mais dans lequel la suprême bienséance pour les conjoints est de rester, quant à l’amour, et nonobstant la cohabitation et la génération , aussi étrangers l’un à l’autre que s’ils ne s’étaient vus jamais.
« Sans doute , ici comme partout , la nature a fait fléchir la doctrine: le cœhr humain, plus puissant, plus haut que la théologie, a réparé de son mieux la brèche faite à la morale par uue sotte idéalité. Mais puisque toute société se formé sur sa religion, j'ai le «droit de juger la religion et son idéal d’après les mœurs que cet idéal engendre : or, le christianisme , qui a balayé , mais dans ses cathéchismes seulement, la fornication, et frappé sans succès le concubinage ; qui a popularisé et mis à la mode, sons le sobriquet de chevalerie, son amour mystique, chanté, célébré par tous ses orateurs et ses poètes; qui, enfin , pad ce raffinement absurde , séparant l’amour de l’hyménée , a séparé autant qu'il était en lui l’époux et l’épouse, et rendu le divorce, qu’il condamnait, universel, le christianisme peut-il se vanter d’avoir purifié l’amour et relevé le mariage?...
« Si du moins le prêtre, cause de toutes ces absurdités, que l’Eglise ordonne croire comme les sacrements reçus des mains de Dieu, qui s’est donné la mission de nous initier à l’amour des séraphins, pouvait en fournir de sa personne un exemple authentique et de bon aloi, le miracle de cette vertu céleste accordée par grâce spéciale aux instituteurs des nations fermerait la bouche à l’incrédulité. A la vue de cet élu , heureux de cette vie de la privation du bien qu’il laisse aux autres, nous reconnaîtrions la présence de l’Esprit de pureté dans un sacerdoce sans souillure...
«’ Mais vous savez,... combien le clergé est loin de cet idéal ! Quelle incontinence afflige le clergé â tous les siècles de son histoire! Quelle paillardise sacrilège !... Et c’est toujours le même fond de débauche secrète, hypocrite et athée; toujours la même félonie du prêtre vis-à-vis de la femme, de l’enfant, de la famille, de l’humanîtè...
.«En raison de son caractère et de l’autorité qui lui est confiée, le crime du prêtre est un composé, de l’inceste , de l’adultère et
du viol; tout ce que l'imagination peut enfanter de plus horrible se trouw réuni daps le prêtre libidineux!...»
Il n’y a aucune raison de se fâcher pour cela contre le prêtre, parce que lui, avant de devenir prêtre, était homme... il faut donc chercher les moyens, qu’il devienne homme de nouveau.
Pour devenir prêtre, le jeune "homme se laisse conduire au séminaire par les supérieurs comme un aveugle par les autres aveugles. Là il mène la vie dure, régime sévère, travail pénible et assidu, sous la surveillance continuelle, en existence en commun, en assujettissement à la discipline; en esclavage de l’esprit, des yeux , des oreilles , de l’imagination , du cœur ; en privation de boissons spirilueuses, de café , de bonne chère ; en exaltation de l’àme, de la pensée, par la méditation, l'oraison, le jeûne , les
edhférences Le corps succombe , par compensation l’esprit
s’enivre, l’imagination s'allume, le cerveau s’embrase ; il se croit dépouillé du vieil homme, revêtu de la perfection angélique... Mais sorti de là, quand il retrouve aisance comparative, liberté, loisir, bonne chère , fréquentation des femmes , le sage de vingtquatre ans, quesges supérieurs ont pris pour un ange, qui luimême se crut tel, tombe, du ciel et devient l'homme devant quelque pénitente , avec laquelle , par les rapports du ministère du conlëssional, il lie les relations sociales, parceque le cœur même d’un prêtre, éveillé par une soudaine commotion, sort de sa léthargie; demande agir selon la loi naturelle, et, ou il se fait un rebelle contre cette loi commettant le suicide lent... ou il devient l'homme prêtre libidineux...
Kegardez-bien autour de vous et vouz trouverez une multitude d’exemples qui apprécient ce jugement impartial...
Pour clore ces longs extraits de l’incomparable œuvre de M. Proudhon, je fais la citation des quelques lignes du XXXV e chapitre de la onzième Etude sur l’Amour èt le Mariage. Là il parle de la destination de la femme en ces termes :
«... Le problème parait doue insoluble : qui rachètera la femme ? si elle ne se peut racheter par l’idéal? Et si la femme n’est rachetée, si elle doit rester serve, que devient l’homme et la société.
Le pacte conjugal déclaré impossible, la Justice reste sans organe; elle retombe à l'état de simple notion; toutq moralité .moule liberté expire ; la création est absurde... Femme , tu ne peux pas être ni mon associée ni mon épouse, et je ne te veux pas pour courtisane. Eh bien! malédiction sur la nature; et que. le monde finisse: je t’écrase...
• ... Or... qu’est-ce que la femme?
■ La femme est la conscience de l’homme personnifiée. ' C’est l’incarnation de sa jeunesse, de sa raison et de sa Justice, de ce qu’il y a en lui de plus pur, de plus intime, de plus sublime, et dont l’image vivante, parlante et agissante lui est offerte, pour le reconforter, le conseiller, l’aimer sans fin et sans mesure...
• La femme est un auxiliaire pour l’homme dans la production de l’espèce ... et lui, content de réparer et entretenir sa machine, ne travaille que pour sa femme et ses enfants.
• La femme est un auxiliaire [tour l’homme, parce qu’en Jui montrant l’idéalité de son être, elle devient pour lui un principe d’animation, une grâce de force, de prudence, de justice, de patience, de courage, de sainteté, d’espérance, de consolation....
■ La femme est l’auxiliaire pour l’homme, ^l’abord dans le travail, par ses soins, sgi douce société, sa charité vigilante... Auxiliaire du côté de l’esprit, par sa réserve, sa simplicité, sa prudence, par la vivacité et le charme de ses intuitions. La femme n’a que faire de penser elle-même : se ligure-t-on une savante cherchant au ciel les planètes perdues, calculant l'âge des montagnes} discutant les points de droit et de procédure? La nature, qui ne crée pas de doubles emplois, a donné un autre rôle à la femme : c’est par elle, c’est par la grâce de sa divine parole, que l'homme donne la vie et la réalité à ses idées, en les ramenant sans cesse de l’abstrait au concret ; c’est dans le cœur de la femme qu’il dépose le secret de ses plans et de ses découvertes, jusqu’au jour où il IKiurra les produire dans leur puissance et leur éclat.
• Auxiliaire du côté de la Justice, elle est l’ange de patience, de résignation, de tolérance... ,
• Contre l’amour même et ses entraînements, la femme, chose merveilleuse, est pour l’homme l’unique remède, soit par la honte qu'elle lui inspire lorsqu’elle se refuse, soit qu’elle le fasse re|tenlir de son indiscrétion en se livrant et s’enlaidissant...
• L’homme et la femme se sont vus : ils s'aiment. L’idéal les exalte et les enivre, leurs cœurs battent à l’unisson; la Justice vient de naître dans leur commune conscience... Le mariage est
l'union de deux éléments hétérogènes — la puissance et la grâce: le premier, représenté par l'homme, producteur, inventeur, savant, guerrier, administrateur, magistral: le second, représenté par la femme, dont la seule chose qu'on puisse ilire, est qu'elle est, par nature .et destination, l’idéalité réalisée, vivante, de tout ce dont l’homme possède en lui, à un degré supérieur, la faculté, dans les trois ordres — du travail, du savoir et du droit. Voilà pourquoi la femme veut l'homme fort, vaillant, ingénieux : elle le méconnaît, s’il n’est que gentil et mignon ; pourquoi lui, de sou côté, la veut belle, gracieuse, bien-disaute, discrète et chaste... >
Voilà un tableau bien attrayant de la vie de famille, dont j’ai donné seulement quelques traits ; mais le livre ou je les ai puisés est digne d’être lu et relu d’un bout à l’autre, parce que la vérité, se trouve là sur chaque page, mérite d'être connue par chaque père et mère, comme une instruction la plus simple, et plus compréhensible, plus utile que les subterfuges ou métaphores des livres que l'Eglise recommande, ou que les pédants ont écrits.
Maintenant je présente au lecteur une observation en rapport de ce qui a été dit plus haut, — à propos de l’amour céleste.
' Selon la logique de la Chimie, on aurait bien raison de mettre à l’inverse les paroles du Cbrisf, quand on l’oblige de dire, que dans le ciel, c’est-à-dire dans l’espace, « on s’ainte tans t’unir. ■
Non, c’est faux, il faudrait dire: • on s'unit sans s'aimer * , parce que de celte vérité nous convaiuct la première notion de la Chimie. (Voir la Chimie appliquée aux Arts, par M. A. Dumas, livre XIII, Introduction à la Statique chimique des êtres organisés). Là est dit :
« Dans lés études de chimie minérale, on voit la matière toujours immuable, changer de forme et d’aspect , acquérir des propriétés nouvelles par son association en groupes diversement disposés. Chaque molécule reste, cependant, ce qu'elle était: si on l’isole, on la retrouve inaltérée, toujours la même, mais, par son union avec d’autres molécules , les caractères qui lui appartiennent se masquent on se modifient, à tel point, que l’analyse seule peut nous apprendre qu'il existe du plomb métallique dans la céruse, du fer métallique dans la rouille, et du charbon dans le marbre le plus blanc. A l’aspect , rien ne l’aurait fait supposer.
• Dans les animaux, dans les plantes, des matières plus éloignées encore de leur origine élémentaire nous apparaissent. Entre la molécule simple qui en fait partie , et le tissu ligneux ou la chair des animaux , la distance est si grande, qu’il ne faut pas s’étonner, si on a admis dans leur formation des mystères étranges, si on a cru que ce pouvoir créateur , refusé aux forces de la Chimie minérale, existait dans les êtres organisés; si on a cru,
du moins, qu'il leur était donné de transformer certains éléments de la Chimie, en d’autres éléments distincts de ceux-ci.
• De même, quand on voit nu animal périr, se putréfier; quand on voit du bois disparaître par la combustion, on à quelque peine à ne pas se laisser préoccuper par des pensées de destruction. Mais, avec un peu de réflexion, on arrive bientôt à comprendre que, si, dans la nature minérale, rien ne se perd, rien ne se crée, il en est de même dans la Bature organique. Jusqu’à présent on ne connaît ni création , ni transformation d’éléments ; tous les changements qui s’opèrent continuellement à la surface du globe, sont dûs à des combinaisons qni se font, ou à des combinaisons qui se défont. La matière du lapis de verdure qui , aujourd’hui , revêt un prairie, fait partie, le lendemain, des animaux qu’elle nourrissait ; quelques jours encore, et elle passera peut-être dans notre propre organisation , d’ôù elle s’en ira dans l’atmosphèrè, qui , la cedant à de nouvelles plantes , reproduira, plus tard , une nouvelle végétation^ La matière du bois que flo$ foyers consument aujourd'hui, fera peut-être demain partie de quelque végétai d’un pays lointain... » (1)
Ces quelques paroles , bien simples, convainquent même que la Cosmogonie biblique est une absurdité et qu’il est temps de finir de croire à ce livre et à toute la doctrine qui se base sur lui ; mais pour le moment cela ne peut pas être le thème de ce travail.
Comme vrai libre-penseur, je dis : les combinaisons des gaz , dont quelques-uns à peine sont connus par la science, — ont été la cause de la création de notre globe et de tout ce qui s’y trouve... •
La condensation et la fixation de ces gaz étaient, dès les premiers moments de leur formation, analogues aux actuelles.
Ce même chimiste prouve, qu’une telle hypothèse autrefois, est devenue un axiome aujourd’hui. Il dit :
• Quand on réfléchit à l'énorme quantité de carbon fixé continuellement par la végétation , on ne peut s’empêcher île se
(1) Shakespeare, cet intelligent observateur de la nature, et par cela même de l’homme, nous a déjà dit quelque chose d’analogue, dans son Hamlel, mettant dans la bouche du fossoyeur un tirade à propos de l’existence et de la transformation d’un ver de terre; car la vérité puisée dans la nature, est une, tant pour l'homme-moraliste, que pour l’hommc-chimiste. *
demander s’il est bien vrai qu'il provienne, sinon entièrement, au moins à très peu de chose près, de la décomposition de l’acide carbonique de l'air. Un sait que l’air contient ordinairement 4)10.000 de son volume, ou bien 6)10,000 de son poids d’acide carbonique : tout prouve que cette quantité est suffisante, et un calcul bien simple fixera complètement les idées à ce sujet.
• Supposons, en effet, que l'air soit comprimé par une force qui lui donnerait la deusité de l’eau, la colonne d’air, à cette densité, aurait une hanteur de 10 mètres environ; dans cette colonne de dix mètres, l’acide carbonique entrerait pour quatre millimètres, et en réduisant l’acide carbonique à l’état de carbone, ou trouverait enfin que la quantité d'adde carbonique, existant dans l’air, serait représentée par un véritable vernit de diamant, recouvrant toute la terre d’une concbe d’un tiers de millimètre d’épaisseur à peu près. Cette quantité parait minime, mais si on tient compte de la surface des mers, de celle des régions polaires, des déserts de sable, ou trouve là un régulateur suffisant pour un phénomène, où il y a des perles et des gains de chaque instant... •
Que le lecteur ne s’étonne point que j’ai fait une telle citation. Je me suis placé sous tous les rapports sur un nouveau, et bien hardi, point de vue...
De ce point est facile de combattre les tâtonnements des physiologues d’antiquité et les errements des psychologues d’aujourd’hui ; ■ mate, pour y réussir, il faut s’appuyer sur les notions que l'Astronomie, la Géologie, la Chimie, la Physique, la Physiologie et d’autres sciences modernes nous ont apportées. Elles nous diront que la transition des gaz à l’amour c'est à dire à la force, qui unit, fixe, crée, n’est pas si excentrique, qu’au premier coup d’œil' elle pourrait paraître.
Outre cela, pour mieux comprendre ce que c’est que l’amour, il faut connaître, autant qu’jï est possible, ce que c’est que l’homme en général, et son système cérébral en particulier. Pour réussir dans cette difficile tâche, il faut étudier l’homme sous les considérations générales et sous le rapports de son organisation physique avec toutes ses facultés mentales. Il faut connaître l’histoire physiologique des sensations humaines, telles au moins, que nous
la rapportent les notions puisées dans le passé du genre humain, critiqnoment exposé... .
Il faut savoir apprécier toute cette force qu’exerce sur l'homme l’influence dp âges sur ses idées et sur ses affections morales, c’est-à-dire sur son cerveau , siège des facultés mentales , ou en d’autres paroles, sur son système cérébral , qui est l’Alpha et l’Oméga de la créature humaine.
Elle, par l’influence du régime en général, savoir des climats. ’ et de la combinaison des gas qui composent l’aié' qu’elle respire, et en particulier, par l’influence des comestibles, des boissons, des logements, des vêtements, du traitement, de l’éducation, par l’influence des .sexes sur le caractère de ses idées et de ses affections; par l’influence des tempéraments et des maladies sur la formation de ses idées et de ses affections, qui, autant dans l’enfant allaité que dans la femme ou l’homme âgé, changent parfois leurs caractères ; et, à la fin, par l’influence de tout cela, qui réagit sur les dispositions et sur les habitudes tant physiques que morales de l’enfant, qui grandit, n’importe qu’il soit un garçon ou une fille, ou de l’homme ou de la femme déjà formés; elle, cette créature humaine, représentée par son système cérébral, enveloppée dans le tissu charnel, qui renferme tout son Etre, est aujourd’hui un peu mieux connu qu’autrefois, où l’on a écrit des Traités psychologiques à part, les subdivisant des physiologiques.
Or, quand on considérera l’homme- en tout ce qui touche sa vie animale, c’est-à-dire quand on connaîtra toute cette influence que le physique de l’homme peut avoir sur son moral et viceversa ; quand on comprendra que l'instruction fait de l'homme tout possible ; quand enfio, on sera d’accord que l’hygiène pbilosophomorale doit contrebalancer l’hygiène physiologo-végétale, et doit former une nouvelle science, tout à fait simple, — • la science d’améliorer la race humaine et le sort de cette race ■ , parce qu’elle est digne de cela ; alors nous saurons jusqu’à quel point le système cérébral , organe spécial de la pensée et de la volonté, ait une influence sur tout notre Etre.
Autant que ce système est mieux développé par la nature dans le sein de la mère; bien nourri, après naissance, par la combi-
liaison des gaz, qu’on appelle l’air atmosphérique, et rationnellement perfectionné avec une lionne instruction; autant la créature * humaine, douée par un tel système cérébral, devient plus parfaite, et ne peut pas se complaire , seulement en contact avec les autres créatures , dont la nature correspond plus ou moibs à la sienne, c’est-à-dire, qu'une telle créature peut sympathiser parfaitement seulement avec ses semblables...
Après un tel» préambule , je présente ma définition de ce qu’est l’amour. Cette définition ne doit paraître ni surprenante, ni invraisemblable, ni extravagante; elle est nouvelle, mais les données, dont je me servis pour la former, étant puisées toutes dans la nature des hommes, sont vieilles comme eux. Avant d’exposer ici , pour la première fois publiquement devant le monde qui me lira, j’ai senti et compris par moi-méme cette définition; je l'observais autour de moi dans chaque individu , autant que les circonstances m’étaient propices ; je faisais des hypothèses qui bien des fois furent réalisées ; et c’est enfin qu’aujourd'hui, dans des moments si graves pour la société, où elle se prépare à divorcer avec les fausses doctrines du passé, je me décide de me présenter non comme un nouveau doctrinaire (que la raison me sauve d’un tel péché,'), mais comme un observateur consciencieux et combinateur hardi , qui olTre à son lecteur le fruit mûr de ces combinaisons, approuvées par de striétes observations.
Tout ce qui regarde les hommes, je l’observe de mon point de vue v qui sera peut-être appelé ; trop simple, ou très-excéptibnuel, ou à la fin fort excentrique, peu m'importe; parce que les résultats de mes observations, étant presque p4lus, me satisfaisaient par leur réalisation; ou. Si je me trompais, ils me servirent comme une sorte de leçons pratiques, pour m’éclairer en d’autres cas. II est bieu vrai que la voie d'une telle pratique est bien longue et pénible, mais en récompense elle nous conduit à la fin, à la connaissance de la vérité, laquelle une fois connue, nous rémunère largement de toutes les peines souffertes.
La définition de l’amour trop poétique, autrefois représentée par Platon, coincide avec la mienne fort positive, dans une mi-
nime identité d'action des agens, sans aucune ressemblance avec les agents mêmes. Le philosophe grec rêvait que les âmes des êtres humains, avant d’arriver dans ce monde, étaient dans l’au-' • tre monde, divisées en deux moitiés , par un Dieu j aïeux des charmes et des délices, dont se réjouissaient les amoureux : . selon lui, voilà en quoi consistait le mystère d’attractiou réciproque de deux amants, parce que leurs âmes-, comme les deux moitiés corrélatives, tant qu’elles se rencontraient, tendaient toujours et par tous les moyens à s'unir.
A une telle idée, doctrine ou apologue de Platon, l’expérience acquise par le genre humain pendant les siècles, qui nous divi? sent de l’époque où vivait ce philosophe, permet de répondre: Se non era vero, è stato ben trovato (s’il n’était vrai, fut bien trouvé). La plupart des vivants dans notre époque, même sans penser à Platon, mais ayant vu suggérer par l’église chrétienne une idée analogue, façonnée à la manière des pères de cette église , la croyent et la.... déifient...
Selon moi, la chose est tout à fait simple, et consiste toute dans la matière pure, sans aucune immixtion du Dieu jaloux, de la pauvre âme taillée en deux et de toutes ces conséquences, que l’imagination riche du philosophe-poète et des poètes non philosophes, pouvaient inventer.
La nature oblige toute créature à agir et à se reposer, en la dotant d'un seul sens, qui est le sens du toucher (de toucher ou d’être louché). Tout ce qui peut se toucher, peut aussi s'unir et se désunir. Cela se voit dans tous les êtres, qu’ils soient organisés ou non; mais pourUnl avec une telle diversité des dons facultatifs, sur lesquels se dlkiivise ce sens de loucher , qu’il semble que les uns de ces êtres sont privés de toüs ses dons, taudis que les autres êtres en sont pourvus avec une grande libéralité de part de la nature. Je publierai un autre livre pour traiter plus particjilièremenl cet objet-là ; ici je me limite à ce que j’ai dit, et parcourant l’échelle des créatures depuis la molécule jusqu’à l'homme, qurse croit le roi de toute la nature, j’arrive directement à lui, c’està-dire à l’être, que je peux connaître, si je me connais moi-même. Je vois que l’homme ou la femme depuis leur puberté jusqu’à l’ex-
tinction des forces propagatrices dans l’état normal de la santé de toutes leurs forces, sont doués aussi de l’unique sens de toucher, qui se subdivise pour eux eu six dons facultatifs , savoir: la vue (nos yeux étant touchés par les objets, avisent le système cérébral des impressions reçues, et reçoivent la définition de c& impressions, p. e. des couleurs , de la hauteur, etc., que nous ne pourrions connaître si nos yeux étaient fermés, c’est-à-dire u’étaient pas touchés par ces objets ); l’ouïe (si quelque cause divise, c’est-à-dire arrête la vibration du son, au point qu'elle ne peut pas toucher le tympan de notre oreille, nous ne pouvons rien entendre, et. notre système cérébral ne reçoit et ne renvoie aucune impression par la voie de l’ouïe, et en d’autres termes, que notre système cérébral n’est pas touché par la voie ou par l’instrument de l’ouïe) : l'odorat , le goût , le toucher (comme le toucher dans le sens général), et à la fin le don facultatif de l'intelligence (qui étant composes des différents nœuds du cerveau formant pour aipsi dire une unité gouvernementale de l’être, oit le nœud de l’association des idées, joue le rôle le plus important); si tous ces dons facultatifs n’étaient ou ne pouvaient pas être touchés par les objets du dehors, le système cérébral ne recevrait et ne rendrait aucune impression, c’est-à-dire, le moi se trouverait dans une inertie, dans laquelle l’homme végète pendant son sommeil... Chacune de ces facultés peut être perfectionnée, mais le don d’intelligence est le plus perfectible par l’instruction...
Voici donc l’homme et la femme, dans leur état normal, peuvent être parangonnés à deux instruments à six cordes physico-morales... Pour obtenir une bonne harmonie entre ces deux êtres-instruments, il- faut parmi eux un accord parfait... Si moi, l’homme, je rencontre une femme (ou vice-versa), dont toutes les six cordes harmonisent par leurs sons avec le diapason de mes cordes-dons facultatifs , c’est-à-dire, que notis, tous les deux êtres, nous voyons, nous sentons, nous nous apprécions... or nous sympathisons réciproquement dans toutes les nuances, ou par toutes les facultés de notre sens du toucher, prenant le mot toucher-contact dans toute son élasticité... alors — nous nous aimons!!!...
Autrefois une telle parfaite sympathie a reçu le nom Dieu-Amour;
mais pourtant ce dieu de sa grandeur tomba graduellement au mariage naturel, qui provenant de la différence des sexes, était la plus raisonnable sympathie-harmonie çutre l’homme et la femme; se changea en concubinage, de celui-ci* en promiscuité, de la promiscuité en pédérastie, de celle-ci en omnigamie, et à la fin à la mort...
Par l’influence de la fausse éducation que la société reçoit depuis que le catholicisme, ou même le christianisme s’est affublé des droits de religion de l'Etat, l’onanisme se propage parmi la jeunesse des deüx sexes chaque jour davantage.
Lecteur, retournez sur la page 1 99. Là est dit : «Le 'mysticisme chrétien (principalement catholique) recounaît la distinction et l’union des sexes, et, plus l’homme et la femme s’exaltent dans la contemplation érotico-théologique, plus il rend en lui l’union amoureuse, irrésistible, instante...» De cette juste défluition de la contemplation érotico-théologique, on conçoit facilement la cause de la propagation de la masturbation, parce que de l’onanisme mental à celui de fait, il n’y a qu’un pas, qui, une fois franchi, presqu’à l’insu de l’individp, privé de cette force de volonté et de conscience, qui peut armer l’homme ou la femme par libre-examen et accomplissement de, leur destination, — ce pas conduit cet individu malheureux à la rébellion contre la nature et à sa mort. Les exemples ne manquent pas...
Ravageant les forces des membres de la société, atteints par cette terrible maladie, elle amoindrit la force de l’amour humain, supposé Dieu-Etre par les chrétiens primitifs de même que par la chevalerie, par le prétisme et par le jésuitisme (t), seulement
(1) Les chrétiens primitifs nommèrent l’amour Dieu, à l’instar des gentils. Depuis le premier jusqu’au neuvième siècle, les sectes ; des gnosliques , des nicolaîtes , des adamites , des carpocratiens, des condormans, des manichéens et d’autres noms, maudissaient le mariage et la génération. Elles tenaient pour peu de chose la fornication, l'adultère, l’inceste; elles contentaient leurs chaires dans leurs temples, en s’accouplant dans les ténèbres au hasard; et après la satisfaction charnelle, faite de toutes leurs forces, quand les lumières venaient à illuminer ces temples , les sectaires se donnaient sans distraction à la con-
divinise par eux à la manière distincte de chacuue de ces institutions.
A ce chancre physico-moral de la société peut avec le temps remédier le changement des programmes d'instruction et des relations des deux sexes, c’est-à-dire de leur éducation morale en commençant de la plus tendre enfance. Espérons obtenir cela de la femme honnête, vrai Dieu-créateur du genre humain, dont parlent les plus antiques légendes des indiens, des Cbaldéens, des Egyptiens, des Grecs, des Romains et d’autre peuples de l’ère anti-vulgaire.
La bible, faible imitation de ces légendes, ne dit autre chose dans son premier verset, traduit par M.J. -A. Vaillant, analyste et
templation de ce Dieu , qu'ils nommaient 1’ amour , représenté par une fille chaste et une des plus belles. Ne parlant de l'extravagance de l'imagination de la chevalerie, le prétisme et à la fm le jésuitisme ont doté tous les deux sexes par deux images de ce dieu d'amonr, recommandant particulièrement aux femmes l’image de Jésus en différentes poses ; et aux hommes l’image de Marie, représentée, ou debont'avec un enfant sur son sein , ou dans les autres positions, mais toujours comme le type de la beauté. Les cantiques et les lithanies des catholiques confirment mes paroles : là il n'y a assez de louanges qu’on n’étalerait pas avec profusion extraordinaire, devant ces deux êtres images; et ces louanges, adressées dans toute l’ingénuité des croyants, endommagent les cerveaux eufantins et juvéniles, les abrutissent quand même ils sont déjà virils et mûrs... Si dans l’instruction primaire il n’entrait pour rien le catéchisme, et on expliquerait la morale par des faits et non par de vaines paroles, alors, quand l’homme et la femme deviendraient formés, qu’on Jeur explique que le nom Marie (en Sanscrita Mana-bnha. Marie grande) signifie (au point de vue céleste ou astronomique) mer du ciel en haut et mère du ciel en bas, ciel pur, l’azur élhéré, l’enceinte céleste de la lumière du mondé, etc., et (au point de vue terrestre ou humain), vierge qui, rendue grosse au contact avec l’homme, devient l’enceinte de l’intelligence qui l’emplit et qa’elle porte, — intelligence qui devient son sauveur quand elle s’en trouve délivrée, en devenant mère d’un fils qui sera père à son tour... alors le seus mystique et sacerdotal des tableaux et des litanies ne causera aucune exaltation, et tout le monde saura que Marie, mère de Dieu, signifie ciel, mer de lumière,
Marie, reine des anges.
Marie, reine des patriarches Marie, reine des prophètes Marie,' reine des apôtres
ciel, réuulateur des astres, ciel, régulateur des éléments, ciel, régulateur des saisons, ciel, régulateur des mois, etc.
moraliste d'une force extraordinaire, de lu manière suivante : Texte
Hébr. Mrt Slllt (<) bara Elotm let as' a maint let ertz../’)
Grec Gunè Isis' eyines en Elious de aèsin ouranon dechersou...
Latix Parens Isis paru eleme.nta et aer coelori'h et herteh...
Fra.XÇ. Ta fcniiit Isis rngindn les suleils cl l’air des maj>|ies et 1a terre...
(1) Cette Sith hébraïque est la SH ha indienne, et Viseth égyptienne dont I7sis grecque, est la traduction.
(2) C’est le Sankô-niathou (antérieur à l'auteur des cinq livres de la bible, Helquiah ou Hilkija archiprêtre à Jérusalem, qui vivait selon le lime livre des [lois , verset 8 et les suivants , oü est raconté une trouvaille d’un livre (de quel livre W) presque six cents vingt-cinq ans avant l'ère vulgaire) ; c’est le Sanko-nialhon quia, en plus d’un cas , servi de modèle au législateur îles Hébreux, qui a dit les paroles du premier verset de la genèse.
Le nom de Sanko-niathon suffit seul à prouver son origine indienne , cas il n’est que Sonkon-ialha ou sanko-niatha, le Jatha on le maître parfait, en sanscrit: Sankia-natha, qui pour les antiques ftoMES (voir Histoire vraie des Vrais Bohémiens par le susmentionné M. I. A. Vaillant, page 112 et suivantes), était le maître parfait, imité par l’auteur de la génèse hébraïque. 11 n’a point dit ce que lui font dire les chrétiens hebraïstes et les Hebreux cristianisans, mettant dans sa bouche les paroles . < Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre • ; non ! ce sont des Roues, appréciés par le grec et le latin qui répètent le paroles de Sankoniathon, • Bèrè Sit bara Eloim iet as’ a maïrn iet ertz. . »
Selon M. Vaillant, les Roues sont Phéniciens, et il ne faut point douter que ces Phéniciens sont des Romnia de l’Inde, qui longtemps Pélasÿfs ou Pélestel, c’est-à-dire maîtres de la terre qu'ils couraient en tous sens, se sont enfin fixés sur les cèles de la mer Rouge et de la Méditerranée, dont il se sont faits la lumière, le phare, le fanal. • t
Et le culte des antiques Jimaiis, Ass, apporté par eux en Lithuanie et ailleurs où le culte du feu a eu ses autels et ses mystères, dont le point central existait autrefois à Romny parmi, les forêts primitives de Lithuanie? Je vois clair que ce culte et particulièrement l’endroit oü son principal autel était érigé, a une connexité extraordinaire avec les Bûmes et Romnia de M. Vaillant... Ici c’est le cas de répéter: l’instruction fait tout possible de l’homme et pour l’homme... Oui : écoutez et lisez les hommes savants-érudits, mais point les pédants, et vous apprendrez toujours quelque chose nouvelle et utile!... Oui! toute notre vie, c’est une belle leçon pour nos déscendants: instruisons-nous donc; apprenons aux autres, et travaillons toujours pour avoir des droits à la reconnaissance de- la postérité ! .
Selon moi, comme je disais antérieurment, l 'amour terrestre est un fait de l'harmonie complète entre les deux êtres qui la matérialisent par leur action...
Représentant la totale force des facultés dont ils sont dotés par la nature, l’amour-union de deux êtres quelconques, devient, sans mériter pour cela êlrç déifié, une personification de la force ■ de création et de propagation dans tous les sens...
Autant que cette force-harmonie existe dans les deux êtres sympathisants et liés par cette même sympathie entre eux, ou comme je disais, entre les deux instruments physico-moraux, parfaitement accordés , qui ,. en raison de cet accord, s’entre-harmonisent en toutes les notes de leurs cordes; autant l'existence de ces deux êtres -est plus enviée , plus fortunée . plus satisfaisante pour eux , et en disant : ils aiment , on a tout dit.... Mais y a-t-il un grand nombre de tels heureux-mortels?.... Je ne donne ni la réponse affirmative à une telle demande , ni la définition d’une réplique négative, qui dirait pourquoi on rencontre tant d’êtres qui vivent en visible désaccord : analysez les dous facultatifs de leur ten » de toucher, et vous verrez s’ils pouvaient sympathiser, c’est-à-dire s’entre-harmoniser entre eux ...et ces deux mêmes êtres vous donneront la réponse desirée...
Dans une noie, antérieurment donnée sur la page 169, j’ai mentionné un manuscrit polonais , dont ^quelques idées j’ai présénté au lecteur. Ici, à propos du premier verset de la genèse, où son auteur expose son idée cosmogonique, je trouve raisonnable d’annoncer que, j’espére, en temps opportun, publier la Cosmogonie de l’auteur de ce manuscrit. Elle est bien simple, néanmoins bien hardie, mais, basée sur les données, que les résultats des recherches scientifiques modernes, nous ont enrichi; elle semble bien compréhensible eà vraisemblable. Il me manque encore quelques observations astronomiques, lesquelles, selon la Théorie des probabilités , posées comme une sorte de fondement, ensemble avec les données élémentaires d’autres sciences, peut-être me serviront à former un tout , digne de l’attention publique. Mes désir sont bons, mais leur réalisation est trop difficile : je tâcherai d’agir de mon mieux, espérant qu’en matière si grave, uniques sondes, de quelque valeur, peuvent être: les résultats du travail des savants et mes propres observations, concertés en un tout par la patience et l’inspiration.
Dans les premier cas, après l'épuisement de la force de propagation, ou pour ainsi dire, de l'harmonie sonnante, les relations entre les deux êtres donnés se transforment toujours en sentiments tranquilles qu’on désigne indifféremment par les noms d’amitié, d’estime, de douce habitude etc., tout cela est égal;, c’est toujours
un besoin de continuer à s’entre-loucher, à s’entre-harmoniser dans
les cordes encore vibrantes de leurs systèmes cérébrals... Dans les autres cas, quand -les deux êtres, n’importe leur âge, qui ne sympathisent entr’eux, sont liés par une sorte de contrat, qu’ils ne peuvent rompre à volonté, leurs relations s’aigrissent de plus en plus, et, à la fin, elles se transforment, tantôt en une habitude froide, de se souffrir sans se vouloir de mal, (habitude dirigée par une multitude de raisons, soumise aux convenances sociales et à la fin domptée par cette éducation . dont étaient pourvus les deux êtres infortunés par désaccord des dons facultatif de leur loucher ) et tantôt en une antipathie, qui ne leur a pas permis de vivre sous le même toit, ou qui conduisait l’un des ces êtres malaccordés , mais liés par le mariage, sanctifié par l’eglise, — jusqu'au crime pour se débarrasser de l’autre....
Voici donc pour les premiers deux êtres supposés, leur âge de vieillesse arrive, ils le passent, plein des charmes , causés par la forcé des réminiscences de l'harmonie sonnante, dont ils jouirent dans leur jeunesse ; tandis que pour les êtres malaccordés il ue leur reste pour la fin de leur .vie que des chagrins, des infirnplés, des reproches, des malédictions...
Cette théorie est bien facile à comprendre : des milliers d’exemples nous démontrent, que le bonheur du mari et de l’épouse, c’est-à-dire de l’homme et de la femme , en général , dépend de la sympathie entre leurs dons facultatifs, de l'harmonie entr’eux, dont ils sont vivifiés: plus elle est parfaite, plus parfait est leur bonheur dans chaque instant de leur vie...
D’une pareille exposition de l’amour, on voit clair que ni Platou avec son dieu jaloux, ou d’autres dieux des .cultes de l’antiquité, ni les chrétiens primitifs avec leur dieu-amour charnel ou dieuamour idéal de l’église chrétienne postérieure ne se mêlent point dans les affaires des deux êtres humains que je nomme iuslru-
mens physico-moraux, qui, se rencontrant sur la voie de la vie, peuvent s’entre- harmoniser sous tous les rapports... Tout entre ces deux êtres est humain, materiel, sans minime immixtion des forces surnaturelles, réputées, dans le dictionnaire théologal, célestes, reçues' de dieu, etc.
De cela résulte que l’immixtion du prêtre dans les affairés de famille sous le prétexte de donner la bénédiction de Dieu (ou de l’eglise, ou de ce même prêtre, ce qui veut dire la même étoffe), aux fiançailles et au mariage, cette immixtion est non-seulement superflue, mais nuisible à la société. ,
Les rôles, la destination de l’homme et de la femme sont également graves... Leur amour et leur mariage peuvent se dispenser de cette immixtion... Leur bonheur sera infaillible , s’il se basera sur l’harmonie de leurs dons facultatifs.,.
Leur liaigon définitive , c’est-à-dire leur mariage doit être apprécié par la loi civile, comme une simple mesure, demandée par la statistique et en partie par l’économie politique, mais point du tout par la moralité, parce que celle-ci distinguera tous les membres de cette société civilisée, qui saura se libérer de la tutelle prélesque...
Ici il me faut faire une courte mention que le baptême ou la mesure bygiéno-statistique devrait aussi être exempte de l’immixtion 'du prêtre...
Les devoirs de la femme réhabilitée par la raison pratique, recevant l’appréciation de toute la société, obligeront cette société à changer l’éducation de l'enfani. L’homme et la femme relevés et placés à la hauteur physico-morale, à laquelle la créature humaine doit aspirer, peuvent se passer» sans aucun concours du prêtre, de l’église , du dieu , inventé par l’eglise , c’est-à-dire par le prêtre.
Arrivant à ce point de mou livre, quelque lecteur se demandera, pourqnoi l'auteur dans une appendice qui traite des affaires d’Italie, a rassemblé: des extraits de l'œuvre de M. J. Proudbon, de M. J.-A. Vaillant, des données de physiologie, quelques notions élémentaires de Chimie et dés citations d’autres savants; et en quelle relation tout cela peut être avec la réponse, aux lettres de M. Proudhon?... ,
Pour y répondre suffisamment, je commence par un dicton: parfois la fin excuse les moyens. Mon but consiste à démontrer à tous qui liront ce livre, qu'il est grand temps de se libérer de la tutelle du prêtre, — n’importe qu’il soit français, italien, polonais, allemand, russe, ou d’une autre nation et d’un rite quelconque. Tous les préjugés internationaux, si nuisibles à l’humanité, seront facilement détruits, quand leur base, composée des préjugés, semés par les prêtres de tous les cultes,— sera rejetée, et remplacée par la Justice de la vérité , qui peut devenir le domaine de l’humanité.
Jusqu’à l’heure où chaque culte peut armer la main fratricide d’un peuple contre l’autre, disant que telle est la volonté de la providence, jusqu’à celte heure la vraie justice, la vérité, la liberté et autres vertus ne pourront pas être reconnues parla société.
Sur les ruines du passé dominent les prêtres : sur les ruines des doctrines théocratiques régneront la Justice et les vertus civiles!
Qu’on ne s’étonne donc point que j’ai tâché de réunir dans ce livre tant et si diverses données, pour qu’à leur aide il me fût plus facile de prouver que, les doctrines théocratiques sont en opposition
au bonheur du genre humain, parce que ces doctrines le privent de la Justice, ia posant en dehors de lui, et obligent ce pauvre genre humain à devenir involontairement pyrronisle et immoral.
Comme un soldat, qui, se préparant à entrer en campagne, non-seulement doit aiguiser sa baïonnette et remplir sa giberne, mais après avoir été bien exercé en manœuvres, évolutions, et rompu en toutes sortes de fatigues et privations, doit être pourvu de -solides vêlements, pour que son corps soit bien couvert contre toutes les intempéries, et même de bonne chaussure, pour que ses pieds ne deviennent pas nus après quelques jours de marche , qui le rendrait inepte à continuer la campagne, et permettrait de dire que l'ennemi peut être battu même par de la bonne chaussure ; ainsi, dans le cas qui me concerne, il était nécessaire que je me pourvusse de tous les moyens de science, nouvellement appliqués pour combattre les -adversaires. De cela est dérivé que je me base sur tous les genres de preuves scientifiques presque palpables, quoique si différentes, comme sur une sorte d’appuis solide, qui, confirmant mes raisonnements et hypothèses, mettent hors de doute mes définitious.
Ici, c’est le lieu de citer quelques paroles de M. J.-A. Vaillant, extraites de son œuvre intitulée : « Clef magique de la fiction et du fait. •
Pour prouver que Jésus, la lumière, une, égale, éternelle, a toujours été, en tout pays et pour tous les peuples le dieu de d’humanité, mais non tel dieu comme le présente l'Eglise chrétienne, M. J.-A. Vaillant dit, dans la Ire partie, VI* chapitre, à U 57 e page :
• Je me contenterai de dire qu’il a été et qu’il est encore :
• En Arabie, aïsa (les Arabes appellent Jésus aïsa , parce que
comme pour eux, comme pour les Hébreux. Aïsa, anagramme d'Asia, est la lumière du soleil et l'intelligence de l'homme (aïs), toutes deux venues d’Asie, aussi bien la lumière d’Adam que l’intelligence d ’lsai). , *
Au Japon, isié. En Grèce, seb-asios.
En Chine, heüssié. En Judée, iosué.
Aux Indes, késu. A Troie, isos.
ry - -■
Eu Gaule, hésu. A Jérusalem, ios-ias.
Eu Phrygie yés. * Eu Etrurie, ias-ius.
Eli Italie, sab-esius. A Sanios, ias-ius.
En Eolchide, J a son. A Argus, ios-us. »
Cela prouve que quelques-uns de ces noms sont égaux à Jésus, et, comme lui, sont l'expression de la lumière et de l’intelligence de la parole et du verbe, et cela' définit ce savait même très-ingénieusement, disant :
• Je le prouverais par le nom Jason, d’où dérive pour les Slaves le mot iasik oti iesik, qui signifie langue. Or Jasun est à îasik, comme la lumière du soleil verbe du monde est à la lumière de la parole, verbe de l’homme. Donc Jason est, comme- Jésus, la lumière et l’iutelligeuce, la parole et le verbe de l’humanité. •
Sur la page 62 et suivantes, on lit :
• Ces boudhisles du Boutan et du Thibet étaient des théosophes indiens; des har-iésu, ou fils de la lumière; des sages du Pa listan, aujourd'hui le Nepaul, dont un Elymas ou Samuel, fut aveuglé à Paphos par St. Paul, et qui, missionnaires.ou proscrits, ayant franchi le Sind, semaient partout en Occident la doctrine allégorique et la science |K>sitive de l’Inde, sa morale et sa réforme astronomique; ils annonçaient un ère ou lumière nouvelle; ils prédisaient, la chute prochaine de l’ancienne loi de l’ancien temple de Satwa, qui est Iselh, de Salo-mon, qui est Salamine; la fin des temps anciens du premier Bud-dha, qui est Dai-both ou Da-vid, la fin de l’année mosaïque ou lunaire. Ils prophétisaient le prochain avènement de la loi nouvelle, du nouveau temple et de la nouvelle Jérusalem, de l’année de C'ésuri, incarnation de Vis’uû, de l’ère de Christ'en,' fils de Bud-dha, type de Christ, incarnation de David ; ils affirmaient que ce lion astral, Surîah ou Syrius, était ce Sir des Perses, ce Sathès d’Egypte, ce lion du solstice, issu du bélier de l'équinoxe, ce lion, dit l'agneau, ce soleil brûlant de la canicule qui devait briser les sept sceaux du livre, comme il délie les sept sources et inonde les sept branches du Delta du Nil, et devenir ainsi le Soter ou sauveur du monde. Ils appuyaient leurs prédications sur une prophétie de la langue indienne, qui, prêtée à Késu- Chris' -len, vieille alors de mille ans, et répétée, avec plus ou moins de clarté, par les mos' alins, muses ou prophètes de Judée, et par les poètes et muses de la Grèce, — disait : « Je me
montre d'âge en âge pour le salut des justes et la perdition des méchants, lorsque décline la vertu et que le vice triomphe....*
Dans la 2 e partie, VI e chapitre, pages 132 et 133, on litî
* Pour opérer une réforme sociale, il faut illuminer les hommes 'd’une lumière vraie, qui. ne puisse plus s’éteindre; éclairer tous
les esprits de celte lumière morale de la science, et remplir tous les cœurs de cette science lumineuse de la monde...
• Il faut s’identifier avec le principe de la Justice éternelle, se bien ^pénétrer que cette juslice, lumière du niveau et niveau de la lumière, est l'égalité du poids et de la mesure, du droit et de la loi, du jury et du juge ; il faut se bien pénétrer que le droit est le fond de la justice, la justice le fond du devoir, le devoir le fond de la loi, la loi le fond de l’ordre, l’ordre le fond de l’harmonie, l’harmonie le fond de la paix, et la paix le fond du bonheur de tous, si la justice est réellement l'issnç du droit et si la loi est réellement l’issue du devoir. 11 faut se bien pénétrer que, hors de là, tout est hypothèse et fausseté, sophisme et erreur; que la fausse idée de la justice a fait les dogmes faux, et que, si ces dogmes, contrairement à .la nature morale de l’homme, ont pu établir l’ordre dans la tyrannie, les axiomes de la science doivent, à plus forte raison, fonder l’ordre dans la liberté.»
Il me faudrait encore faire bien des extraits de ce précieux libre , écrit - tout à fait d’une manière facile à comprendre , même pour les plus simples entendements; mais les circonstances me pressent à accélérer l’impression de ce livre ; pourtant je ne puis pas passer sous silence l’Avant-propos, que j’ai trouvé dans le même œuvre de M. Vaillant. Cet avant-propos appartient à un ' homme de cœur, ami de l’humanité, comme cela est prouvé par les suivantes paroles, qui convergeant au même but. où je me dirige avec mes travaux , devaient trouver place dans ce livre-ci. A la XVII' page, M. Henri Disdier s’exprime...
< Les hommes ne sauraient abuser de leurs semblables qu’en leur faisant accepter l’erreur comme vérité; dès lors pour tirer profit de la crédule ignorance des uns et de la paresse intellectuelle des autres, il a fallu que les exploiteurs eussent au moins le talent de fonder leurs exigences sur des sentiments naturels à
l'homme, «t sur des tendances réelles de 1 humanité. -L’homme, grâces en soient rendues à son Créateur, est un chef-d'œuvre, à tel • point admirable qu'on ne peut jamais fausser sa nature, et encore moins en pervertir l’essence, mais qu’on peut seulement fourvoyer la créature humaine en faussant chez elle l'application de ses aspirations les plus naturelles et les plus nobles. Cette assertion est fondée sur tous les faits du passé que l’histoire a consignés pour l’instruction du présent et de l’avenir.
« Les premiers bienfaiteurs (éulaireurs) de l'humanité ont eu des descendants qui, bientôt égarés par des vues égoïstes, ont méconnu le noble mandat qui leur avait été transmis, et se sont servis de leurs connaissances pour atteindre un but indigne de tout coeur généreux et toute belle àme.
«Si, pour les uns, la ratéou en a déjà fait justice, le bon sens en fera de même et autant pour tous les autres, dès que l’instruction sera plus répandue.
• Les premiers bienfaiteurs des hommes furent aussi les plus instruits; on ne saurait trop le reconnaître afin d'évitet tout malentendu. Itien de plus normal... Plus tard, par des circonstances multiples internes et externes, qu’il serait trop long d’analyser ici, ces mêmes hommes parfois, mais le plus souvent les héritiers de leur science, ont abusé du savoir acquis ou transmis et de la position qife l’admiration et la reconnaissance du peuple leur avaient faite. La grandeur de leur mandat méconnue, ils durent s’efforcer d’en tirer profit: et c’est aussi ce qui se passa.
■ Le savoir cessa d’être un ministère, reflet de la bonté divine, pour devenir une spéculation. La science ne fut plus la bienfaitrice et la lumière des ignorants, mais servit de masque à l’qmbition, en devenant 1a complice de la force brutale. Dès que cet état des choses s’intronisa, l’esprit humain fut dévoyé, le progrès arrêté, sinon interdit pour la masse, et l’application des tendances naturelles à l’homme faussée.
• Le mal ne s’arrêta pas là, tant il est vrai que c’est le premier pas qui coûte. Une fois lancés sur cette pente fatale, les hommes instruits, mais égoïstes et puissants, durent prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur domination et en jouir le plus longtemps possible. Us ne tardèrent pas à découvrir que le savoir sans habileté n'est pour l’égoïste qu’une demi-garantie. Aussi ne négligèrent-ils aucun élément de succès et s’efforcèrentils de prévoir tous les dangers’, afin de mieux se mettre à l’abri de la colère passagère de ceux qu’ils exploitaient ; et comme la
ruse est la mère de la sécurité pour le trompeur, elle devint la qualité principale de tout savant égoïste, 'c'est-à-dire de tout exploiteur de la niasse. Alors on eut recours à ces mêmes idées sur , la grandeur de Dieu, sur l’incompréhensibililé de ses dispensations et sur le respect dont devait être entouré son nom ineffable et tout ce qui serait censé venir de lui. Ce qui jadis avait été dit et soutenu par un sentiment de respectueuse admiration, fut enseigné moins pour aimer Dieu que pour faire respecter ceux que la foule pourrait croire les représentant^ visibles de la divinité.
• On comprit bientôt que le .prestige ne pourrait être durable que s’il avait sa source dans le ciel : la dispensation censée venue de Djeu pouvait seule être tenue pour inattaquable et perpétuelle. De là l’utilité pour les puissants de faire remonter le principe du commandement (1) et l’exercice du pouvoir jusqu’à Dieu, de qui procéderait toute autorité (2). Puis, comme en dehors de la vérité nulle puissance n’est stable, on fut naturellement conduit à faire reposer l’instruction, l’éducation et les lois civiles et politiques sur les vérités révélées, et dès-lors on se rendit aussi redoutable qu’on parut nécessaire à la multitude... •
Qu’en dira-t-on, non-seulement en France ou en Italie et en Angleterre, mais partout, partout, partout?!! Les hommes dans tout pays sont de la même nature, façonnés par l’influence de tout cela dont j’ai parlé plus haut ; or il faut espérer que la vérité, représentée sus les pages de mon livre, - sera comprise partout!
Si j’étais si heureux de pouvoir par la parole écrite et de vive vbix. de propager de nouveau les mêmes convictions parmi les Polonais et les "liusses, je ne m’arrêterai un instant devant ce noble et difficile travail... Aujourd’hui, me trouvant adopté par un pays libéral, qui combat le préjugés prélesques , je fais mon devoir publiant ces convictions dans la langue de la nation libérale, qui par la grandeur véritable de sa politique actuelle, est devenue universelle.
Il y a un grand nombre de liusses, d’Allemands et de Polonais
(1) Voilà en un mot l’éclaircissement des prétentions de la légitimité de tous les Bourbons, Romanoff, Holstein-Gottorp, Hohenzollern, etc...
(2) Sera utile de se rappeler dans cet endroit des ridicules paroles de Guillaume 1er , prononcées à Kœnigsberg et ailleurs..
qui lisent volontairement tout ce qui est écrit dans cet idiome, par celte raison j’ai lié la défense des droits des Polonais, des Allemands et des Russes contre l’absolutisme des trônes, à la defense des droits de toute l’humanité contre l'obscurantisme des églises.
J’ai voulu démontrer la coassociation de ces deux plaies du genre humain. Dans l’Europe, les soutiens du dernier sont représentés par les trônes, qui se maintiennent à Vienne et à Saint- Pétersbourg': abattre ces deux trônes et faire crouler le trône papal, c’est le voeu de toute ma vie. Le croulement de l’un d’eux entraînera la ruine des deux autres : la plupart des régnants sont de leur côté, mais du côté de l’opposition, dirigée par le génie de l’alliance anglo-française, sont tous les peuples.
Pour éclairer ces braves peuples plusieurs travaillent, chacun à sa manière et selon ses forces. De mon côté j'ai choisi la manière démonstrative, hardie et peut-être même nouvelle, pour aider les libres-penseurs et savants qui se sont voués a cette tâche difficile. C’est dans ce but que j’empruntais ù l’ouvrage de M. Proudhon tant d’arguments irrévocables et de démonstrations persuasives; c’est dans ce but que j’adjoignais de mon côté quelques définitions dont je me suis enrichi en .étudiant les chefs-d’œuvre des sciences positives et abstraites, et par la pratique acquise dans ma vie.
A'ppuyé sur tout ce que ces sciences, ma raison et ma conviction m’ont prouvé, je dis : il n’y a pas raison de croire aux fables cosmogoniques de la Génèse et d'autres livres qui fe suivent; il n’existe pas un tel dieu comme la bible nous le représente; il n’existe ni une telle âme, cornmè les prêtres l'ont inventée, ni un tel autre monde, où cette âme est renvoyée par eux, soldats de l’Eglise, pour être jugée, punie et récompensée par leur dieu, façonné d’une autre manière par les chrétiens catholiques romains, d’une autre par les juifs pharisiens; représenté autrement par les protestants, autrement par les saducéens; dépeint différemment par les Indiens, autrement par les Musulmans et les autres.
C’est le temps de rejeter toutes ces fables ! C’est le temps, de dire franchement, à tout homme et femme : sois honnête et juste, et tu vivras ici-bas dans un bonheur physico-moral, parce que ton âme, c’est ta conscience, inséparable de toi, et elle est ton Dieu
rémunérateur, tou Dieu puuisseur par tes propres actions, qui te récompenseront, puniront, par l’intermédiaire deS lois, émanées de la société.
Imitant le style de l’évangile pour les bigots, qui peut-être me liront aussi, je dis : • le royaume du ciel, des bons existe • , mais jci-bas, où règne un dieu plus puissant, plus infini et plus inépuisable que le dieu des tbéologues, et quoique ce dieu d’ici-bas on peut même le représenter comme une trinilé, pourtant il est compréhensible pour chaque honnête : ce dieu c’est la Justice ou la trinité composée du travail, de l’instruction et de la vertu!
A côté de ce royaume on voit très-souvent, aussi sur cette notre terre, un enfer, plus terrible que l’enfer du Dante ou de Virgile, où V Arbitraire de l’Injustice de tout genre tient son sceptre, et la balance à deux poids.
C’est dans un tel royaume du mauvais esprit des ténèbres, et en langue vulgaire, de l’ignorance, que cet esprit, entouré de tous les vices, de tous les crimes, c’est-à-dire que l’homme vicieux et la femme perdue, bien souvent devenant criminels, tourmentent leurs proches, et cherchent à abattre et détruire l’ordre, la félicité et l'harmonie, créés par le dieu du. bien, du juste, de l’utile, c’est-à-dire, par l'homme et la femme vertueux, instruits et laborieux.
Après avoir lu cette appendice, écrite selon ma conscience et selon toute 1.1 franchise de mon caractère, chaque homme et femme honnête comprendra que la. non-existence du dieu chrétien, de ce outre-tombe matérialisé, inventé au bénéfice des prêtres, que celte non-existence oblige à changer les programmes de l’instruction primaire, ordonne d’établir d’autres relations sociales, et demande de bons précepteurs de la morale de ce monde, des précepteurs hommes, exemplaires pour leurs disciples, afin que les disciples puissent à leur tour devenir hommes et femmes honnêleî , bons citoyens et exemplaires pères et mères de famille.
Or, puisque l’àme chrétienne n’existe pas, parce que vous n’en trouverez point, pas même son ombre, ni dans la Chimie . des êtres organisés, ni dans les recherches physiologiques, — à part toutes les autres ; ni dans mon explication de l’amour et du système céré-
lirai ; ni à. la fin dans toutes les recherches des savants, librespenseurs; donc, cesse la nécessité d’entretenir des directeurssauveurs de celte âme, et tous leurs supérieurs avec leur chef, divinisé par son corollaire froqué. encapuchonné, chaussé et déchaussé... Pour conduire cette âme, avec toute la pompe, si vous êtes riche (si non, qu’elle s’en aille, comme elle veut et où elle veut, les prêtres ne se soucient point de l’âme d’un pauvre homme, c’est pour eux de la canaille, qui s’en ira sans leurs chants, encens, etc.), - pour conduire donc l’âme du défunt ou de la défunte, gens aisés, — là, où n'a pas pu pénétrer et ne pénétrera jamais même la fiction des doctrinaires-psychologues, les prêtres, Jeurs disciples, ont inventé tant de cérémonies, momeries, niaiseries!... La psychologie, cet art de tromper le genre humain et (a base de toutes les doctrines religieuses, a créé tant de différons outre-tombes! Les catholiques romains en ont eu leur part; les protestants, les schismatiques grecs et moscovites, les mahométans, les indiens, les juifs-pharisiens, etc., s’en sont pourvus aussi, où ils envoient les âmes des morts, dans ces différents départements de leurs outre-tombes, et selon les départements, ces âmes reçoivent différentes formes , • traitements , etc... Oh prêtres ! Vous êtes partoùl et toujours de la mênie force de tromperie, d’escroquerie, de brigandage, affublés de la toge de l’hypocrisie!... Quand à la fin cesserez-vous votre cbarlatanerie ? Quand’?... Jamais, si le genre humain veut être berné et trompé, et" ne veut pas voir clair votre aboraibable conduite ; ou par fortune, dans ce jour, dans lequel la société civilisée sera libérée de votre haleine pestilentielle, dans lequel elle se décidera à être valeureuse et ne trembler devant vos foudres spirituelles...
Ce’ sera un grand jour !!! L’aurore de ce jour, invoqué par tous les libres-penseurs, illumine déjà l’horizon... Attendons les événements! et le soleil de la Justice , de la Vérité et de la Liberté • par ses rayons bienfaisants, ravivera toute l’humanité !
En attendant ces événements, il faut être rationnel : il faut se limiter .dans notre demeure terrestre, apprécier sa situation sociale et politique, ne pas se contredire dans ses besoins et se décider à trancher le nœud romain.
Pour arriver à la bonne issue de cette entreprise; il faut se poser la question suivante : Après tout ce qui était dit de l’Eglise la mieux disciplinée, mais non moins hypocrite que les autres, le siège du chef de cette église peut-il occuper Rome, la capitale naturelle et historique de l’Italie? ...
Non ! Ce siège doit être supprimé ! La perverse doctrine du chef du catholicisme, sécretemeut secondée . et encouragée par les ennemis de l’Italie, nouvellement appelée à la vie d’une grande et libérale naliou, cette doctrine et ses défenseurs veulent maintenir ce chef sur son siége-trûne ; or, ce siège représentant l’ unique obstacle à la consolidation politique et morale du nouvean royaume d’Italie, ressuscitée par la Révolution, doit être supprimé par les Italiens eux-mêmes.
Selon Napoléon III, les forces de la Révolution doivent être dirigées, mais jamais arrêtées, comme les ondes d’un torrent ou d'un grand fleuve, dont les eaux-basses, de même que leurs crues, ne peuvent jamais être retenues par des digues transversales, sans causer des malheurs aux habitants des pays arrosés par ces cours d’eau ; sans être par eux renversées; tandis qu’en dirigeant dans les, mêmes torrents ou fleuves leur eau basse ou crue, par des remparts parallèles au courant d’eau, on peut obtenir une nouvelle utilité des forces de cette même eau, qui, mal dirigée, ruine tout ce qui se trouve sur son cours...
Quelle ^instructive comparaison ! ... Se ressouvenant des paroles de cet empereur-homme, publiées par le Moniteur du 14 novembre, de l’année passée, où il dit : • Fidèle â mon origine, je ne puis regarder les prérogatives de la couronne ni comme un dépôt sacré auquel on ne saurait toucher, ni comme héritage de mes pères qu’il faille avant tout transmettre intact à mon Ois. Elu du peuple...» c’est-à-dire, que par ces paroles il affirmait que c’est la Révolution qui l'a mis à la hauteur actuelle, pour savoir diriger les forces de cette même Révolution et prudemment gouverner la grande nation qui l’a élu ; or, se ressouvenant de ces paroles trop importantes, le peuple italien en général, le peuple romain en particulier doivent concourir à la suppression'du pouvoir papal et poursuivre la glorieuse Révolution, dirigée ingénieusement depuis 1 858...
Avec la décision de reconnaître la Justice de la Révolution, qui chassera le pape de Rome, les peuples, non-seulement catholiques, mais de toute la chrétienté et même de l’humanité entière se convaincront de.Ja fausseté de la doctrine prêtesque ; car celte doctrine, profilant de la stupidité des ignorants et des fanatiques, servit seulement l’avidité de la. caste Sacerdotale des richesses et les tendances de celte caste’ à la domination sur toute l'humanité.
Mais les partisans de l’Eglise, n’importe quelle qu’elle soit, diront à cela:
« L’Eglise plie et ne se rompt pus, et quoiqu’elle succombe dans toutes ses luttes, elle durera toujours, tantôt signant des pragma-tiques sanctions, tantôt des concordats... • ■
Oui, elle durera ensemble avec toutps les autres religions jusqu’à l’heure où la Révolution aura enfin débarrassé ta Justice de celle sanction divine , dont les Eglises de tous les noms se nomment les suprêmes représentants. L’Eglise, durera .tant que la polémique pour le choix d’und religion ne s'épuisera: tant que les sectes continueront leurs disputes; tant que les écrivains-psychologues la chicaneront dans ses dogmes et ses mystères: tant que les autres écrivains-philosophes contesteront l’authenticité de ses Ecritures, voudront refaire sôn histoire, dévoiler ses origines, ses empiètements, ses emprunts, expliquer ses myles, railler son culte, blâmer sa discipline, étaler ses hontes, rappeler ses abaissements et ses vengeances, ou désireront établir des concordats ou fonder de nouvelles religions...
Aujourd’hui donc, la conviction en main, au lieu de chercher quelle est , pour le bonheur de l'humanité, la meilleure religion, — il faut démontrer à tous et devant tous que la Justice n’est pas possible ‘avec aucune Eglise, et que celte Justice, œuvre tout-à-fait humaine, n’étant jamais exercée ni conçue dans sa pureté et plénitude, été constamment mêlée avec la théologie, et représentait le droit corrompu par la foi ; et que c’est une nécessité absolue pour le bien de la société toute entière, de se décider enfin à oublier toutes les conceptions religieuses et à suivre la roule belle, large et facile
sur laquelle depuis le berceau jusq'au tombeau une seule Justice sera notre unique directeur, gardien et sauveur.
Or, point de pragmatiques sanctions ou concordats; mais aussi point de persécutions! Une fois sous l'étendard de la Révolution, on ne transige avec l’Eglise. C’est tout dit; parce que mieux n’avoir de croyance, mais d'agir selçn la conviction de Justice, que de se trouver, bien -des fois, obligé’ de croire et dans le même temps compromettre la Vérité de la Justice, c’est-à-dire la Justice même, ou en d’autres termes: le droit et le devoir, en tout ce qui concerne notre demeure ici-bas , - parce que c’est la Justice qui est le principe fondamental, organique, régulateur — des sociétés; qui tout gouverne, châtie ou fécompense. —
Il y a quelque temps je proposais dans une brochure des idées • de sécularisation du clergé en général , et en particulier, du clergé italien. Avant d’exposer mes conditions à propos d’une telle sécularisation , voilà les neuf points du concordat , proposé pour le clergé français par M. Proudhon. Je- les mets les uns près des autres pour démontrer une sorte d’analogie, existante entre mes vues, conçues parmi les montagnes du Caucase, et celles élaborées à l’Occident de l’Europe. — Le concordât proposé par M. Proudhon contient:
« Art. 1 . Réunion des deux pouvoirs , spirituel et temporel , dans la souvraineté française;
■ 2. Enseignement par le clergé, dans les grands et les
petits séminaires, dans la écoles et dans les lycées, des principes de la Justice et de la morale, conformément à la doctrine de la Révolution ; .
■ 3. Accomplissement par les ministres du .eulte de toutes cérémonies relatives aux naissances, mariages, funérailles, anniversaires nationaux , etc., sur la simple demande des citoyens , et sans qu’il soit besoin de fournir des billets de confession ou de faire profession de foi ;
. >> 4. Suppression des couvents des deux sexes et de toute congrégation religieuse;
■ 5. Abolition des vœux perpétuels dans le clergé; en conséquence, faculté pour tout ecclésiastique, après six aimés de service actif à dater de son ordination , de quitter à volonté le miuistère
et de se marier, si mieux n'aime l'Église abolir dès à présent • «
le célibat des prêtres, comme a fait la Réforme;
• 6. Restitution aux Communes de toutes propriétés ecclésiastiques, et défense absolue à tout membre du clergé d’accepter pour le compte de l'Eglise aucune dotation;
' « 7. Défense aux prêtres , à peine de retrait d'emploi et d'amende, de' se livrer à aucune opération de commerce, banque, industrie, librairie, souscriptions, érections de monuments, institutions, etc. ;
■ 8. Etablissement d’une pénalité plus sévère pour tous les crimes et délits commis par des ecclésiastiques, notamment ceux qui regardent la pudeur ; , •
. ■ 9. Abolition de l’autorité épiscopale et papale; l'administra-
liou ecclésiastique réformée sur les principes du droit commun, et les jugements de l'ordinaire ressortissant au conseil d’Etat et à la cour de cassation. >
Il faut se ressouvenir que ce sont des conditions de 1858 ; aujourd’hui, peut-être, il est trop tard d’arranger les choses sur ces. bases, même en France-
Avant d’exposer devant la raison de l'opinion publique les conditions proposées de ma part et appropriées aux affaires de l’Italie, pour laquelle la question de Rome est un oméga de l'actualité, je trouve nécessaire de dire quelques paroles à propos de cette ville, parce que c’est à Rome que doit être évoln ce grand rôle de capitale du nouveau royaume d’Italie.
L’immense prestige moral de cette ville peut* seul obliges de cesser toutes les prétentions municipales en Italie de tous les cbefs-lieux detronisés; et c’est autour de l’antique Rome que tous les membres de la grande famille italienne peuvent vivre rassemblés et gouvernés par le sceptre constitutionnel. Mais Rome n’est pas encore disponible pour que nous puissions y librement entrer et relever dans le Capitole un trône simple mais splendide, parce que constitutionnel, léger à supporter mais durable, parce que basé sur la Justice et l’amour, trône pour le héros-roi Victor-Emmanuel : à Rome végète encore le pape et ses acolytes, protégés par les baïonnettes françaises!
Le gouvernement de France prodigue cette protection à un prix
très-élevé : des Italiens doutent de son amitié désintéressée; le pape et tons prêtres abhorrent son appui; et enfin les Français libéraux désapprouvent une telle conduite, selon eux, déraisonnable. Selon eux les baïonnettes françaises ne doivebt plus, longtemps étayer le trône croulant du Vatican, auquel se cramponne le pouvoir temporel, pouvoir, selon l’avis de l'absolutisme, nécessaire pour le libre exercice du pouvoir spirituel des papes.
Pour nous, simples mortels, ce retard de rappel de la garnison française de Rome , se présente comme une énigme ; mais au fond il doit y avoir quelques raisons invincibles pour que la France continue l’occupation de Rome par ses troupes, qui dernièrement étaient même renforcées...
Point d’actions sans causes... Les deux raisons, ddnt j’ai parlé plus haut, sont appréciées par tous ceux qui voyent clair dans la politique de Napoléon III ;• mais peut-être il y a encore d’autres raisons de cette occupation... De telles choses parler haut aujourd’hui ne convient pas encore...
L’empereur Napoléon lfl sait éviter des écueils , sur lesquels a naufragé son Oncle, et le Neveu sait prendre l’initiative dans les affaires intérieures et extérieures de la France , ou s’en abstenir. Dans, les plus graves événements de son règne, par exemple: l’expédition de Crimée, celle d’Italie, l’amnistie, le traité de commerce, il a pris seul l’initiative et n’a point cherché à se décharger sur les Chambres d’une responsabilité trop lourde...
Mais aujourd’hui se présente un symptôme, qui démontre une sorte de rénonciation volontaire de la part de l’empereur de son pouvoir dictatorial, assumé en 1852. Après celte epoque le public, les partis, et le pouvoir même, se sont mis à se rapprocher des errements du régime parlementaire. Le 24 novembre (1 860) est le premier pas du pouvoir fait à l’abdication des prérogatives absolues, en ce qui regardait la discussion dans les Chambres...
Un. autre pas, plus décisif, c’est l’acte du 14 novembre (1861), par lequel l’empereur Napoléon III par ses paroles plus que significatives : « Elu du peuple... • , abdique ses prérogatives dans l’ordre financier, et ces deux pas de renonciation volontaire sur des points d’une haute importance , permettent d’être con-
vaincu qu'il y d’autres problèmes, dont l’empereur laissera la solution à l'opinion publique, à l’intervention du pays tout entier...
Cette conviction s'accrédite de plus en plus, voyaul plusieurs questions capitales demenrec sans solutions définitives...
L’opinion publique en France, sur une foule de points, ne sent plus au môme degré que précédemment la volonté impériale, à laquelle la France presque s’était accoutumée. Aujourd’hui laTrance commence à discuter sur ses affaires, mais avec quelle solennité et assurance, avec quelle gravité et modestie... t
Aujourd'hui chaque parole est pesée , parce que après la parole suit immedialament l'action...
C'est un sigfte des temps que l’opinion publique en France après mûres méditations se demande que font les Français à Rome? Que veulent-ils y faire ?... Quelle est la politique de la France relativement à l’Italie? Est-elle pour l’unité de l’Italie ou non?... Quels seront les rapports entre l’Etat et le clergé; et pourquoi le gouvernement impérial, voyant que la grande majorité du clergé français a pris une attitude décidément hostile à l’esprit des institutions, approuvées par tout le pays, laisse ce clergé miner ces institutions, — institutions achetées au prix de tant de victimes?... Pourquoi est-il permis au clergé de travailler au renversement du régime impérial? Pourquoi le gouvernement a admis ces esprits pervers, sujets humbles de papaulé, à l’instruction de la jeunesse française?... Peut-être pour que ces soldats du pape enseignassent la haine des principes de 1789 et l’horreur de la civilisation moderne?...
Voici des problèmes sur lesquels discutent actuellement les Chambres de France, et elles seront à la hauteur de leur mission, en dotant le pays par la solution des questions qui regardent la dignité, l’utilité et la gloire de la France même; l’organisation et même le sort de l’Italie, et le progrès de l’humanité...
L’expérience, conquise par la France ne peut tourner qu’au profit d’elle-méme et de toute l’humanité...
La force morale et matérielle acquise par le second empire ne peut causer que l’annihilation de la force brutale et étouffante de
l'absolutisme... Mais au nom de la Raison , du bpnheur de l'Humanité et au nom de la Justice de la Révolution, que la France par la voix de ses Chambres tranche à la fin toutes les questions pendantes, comnfençaul par celle de Rome, en demandant la cessation de l’occupation militaire de celte ville.
Cette occupation doit être finie avant que là, ait eu lieu ce nouveau concile, annoncé à tout le monde dans le seul but, dit-on, d’augmènler le chiffre des canonisés; mais peut-on croire le prêtre?. Tout evêque, à qui ses travaux spirituels, auprès de son troupeau, permettront de se rendre à Rome, y est appéié auprès du pape, pour être présent à la canonisation de vingt-trois individus, autrefois égorgés par les Japonais, — individus qui n’étaient pas autre chose que des agents du papisme et leurs prosélytes ... — Or, celte occupation doit cesser, avant cette nouvelle comédie, pour que la glorieuse bannière de la France, ne protégeât pas, dans la seconde moitié du dix-ueuvième siècle , ces nouveaux actes de l’obscurantisme.
Mais on dit que la garnison 'française ne bougera point de Rome jusqu’à la publication du résultat de la réunion épiscopale, exceptionnellement si solennelle ....
On dit que le gouvernement) français , veut aller jusqu'à l’impossible , démontrant devant tout le monde catholique sa déférence pour le pape, même s’il conspirait ouvertement, à la tête de ses acolyt.es, contre la France et l’Italie...
Nonobstant à tous les égards, témoignés au pape de la part du gouvernement de Napoléon III , ne voit-on pas que la tiare pontificale' se maintient toujours dans son programme ordinaire de • Non-possumus • , et n’à jamais d'autres paroles à toufes les représentations amicales, faites depuis le 1839 jusqu’aujourd’hui par le président de la République, Elu ou 'peuple, actuel empereur des Français !
Non ! H n’y a rien à espérer ni aujourd’hui ni demain de ce siège , nommé apostolique et saint !... C’est la même chose qu’espérer que les grenouilles scdécideront d’assister le laboureur à dessécher leur demeure... Or, soyons persuadés que , jusqu’à cette heure-ci, que la pantoufle-tabou restera protégée et gardée à
Digitù
Rouie |»ar les troupes françaises, — cette Rome ne cessera d'être le centre non-seulement de l’obscurantisme , mais même de toutes les conspirations contre la Révolution et le progrès, dont le drapeau tient haut dans sa main le Chef du second empire des Français. N’abondent-ils pas des actes officiels pour confirmer mes paroles?...
Il est grand temps d’en finir, et cette indulgence que la France montre envers le prêtre de Rome <Joil cesser!
Une fois la garnison française partie des bords du Tibre , les italiens se rendront d'eux-mènies la Justice.
On ne peut pas nier que les demandes des citoyens d’Italie d’avoir Rome libérée de la présence du pape ne soient plus que rationnelles. Les Ilalieus ont plein droit de recouvrer cette ville pour fa capitale, de leur patrie, afin d’installer au Capitole le trône de Victor Emmanuel, ce .nouvel Elu nu peuple.
Plus haut j’ai tâché présenter des raisons, confirmées par toutes ' sortes des preuve invincibles, qu’il est déraisonnable croire aux traditions, histoires écrites et monuments, préparés par les prêtres. Ici je répète de nouveau: tout cet échafaudage du pouvoir papal, construit sur la bible, sur l’évangile, sur les écrits des pères de l’eglise etc. vulgairement nommés les saintes écritures, tout cet échafaudage n’est autre chose qu’une invention doctrinaire que la théocratie chrétienne appelle — divine, à l’instar de tant d’autres doctrines. — Les hrahmanistes, bondhaïstes, mosaïstes, musulmans, etc., tous soutiennent que leurs doctrines et livres saints, viennent aussi'directemcnt de Dieu!!!... Les deux premiers s’affublent des légendes d'incaruations de leur Dieu, comme j’ai mentionné, plus haut, donc de telles religions ne peuvent soutenir la sevère critique de la raison contemporaine, de l’esprit de notre temps; elles doivent être remplacées par le €ode de la Justice, dans lequel une haute et pure morale humaine, prescrivant de faire le bien, aimer sa patrie et sacrifier tout pour elle , obligera tous les hommes à suivre la route de la vertu et des bonnes actions, sans entrer dans la métaphysique et le transcendentalismc. L’instruction et le commerce, c’est-à-dire la civilisation fera de tous les hommes des frères et amis...
Un tel Code regardera tous les hommes comme égaux ; et personne ne pourra se placer devant lui 'comme un être infaillible , comme cela se voit à Rome de la part des satellites des papes. — lieutenants — vicaires du fils de Dieu vivant !... Si ; le nouveau Code et une bonne Constitution, — voila la base, sur la quelle se fondera un nouvel ordre social.
La nation ne doit avoir deux chefs — temporel, et spirituel : La loi , voilà son chef unique, dont- empereurs, rois, etc. sont les premiers fonctionnaires... Une nation quelle qu’elle soit est seulement dans ce cas rationnellement organisée, quand elle se compose de deux classes , savoir : gouvernante , dont les membres , pourvus du pouvoir par l’inOuence de l’organisation administrative, deviennent, à temps donné, des membres de la seconde classe, savoir : de» gouvernés, qui à leur tour , selon lçurs instructions et mérites peuvent devenir gouvernants, ou membres de la pre- . miere classe.
Une fois, l’axiome d'inutilité de papauté décidément posé devant l’opinion publique du monde catholique , et principalement devant la France et devant l’Italie, les plus intéressées dans cette question de Rome, celle opinion -se prononcera pour cet axiome par la voix des deux Chambres des deux Etats...
Supposons donc qu’est déjà venu le temps de rappeler de Borne *le corps d’occupation française et qu’il se retire; dans ce cas le pape ne peut rester à Rome; or, parlant de là, où ira-t-il se nicher? Peut-être à Vienne, à Jérusalem, à Madrid, à Berlin, à Moscou, ou même au Japon?... N’emporte où! pourvu qu’il s’en aille, bon gré malgré, cela ne regarde les italiens qui ont le droit de reprendre Rome comme la capitale de leur patrie ; cela ordonne la Justice! Oui! le pape ne peut rester à Rome!!!
Mais les préjugés invétérés ne se déracinent pas facilement.... Parmi les catholiques, en général du sexe féminin, et particulièrement le parti légitimiste en France . parti féodal catholique et même d’autres rites en Allemagne et ailleurs, et enfin le parti absolu de partout, où il existe, donc, parmi ces catholiques, excités par la bigoterie tantôt de principes et tantôt d’ignorance féminine, peut-être se retrouveront quelques-uns pour se poser en cham-
pions défenseurs des prétentions, de ce qu’ils diront, les droits de papauté, dont le cathéchisme est bien connu à tout le mohde...
Il faut être persuadé que tout le vacarme des vociférations et des protestations , des bénédictions et d 'excommunions , qui est déjà jeté et qui se fera de jour en jour plus bruyant , enfin émouvra l’Autriche, membre de la sainte-alliance, protectrice et cointéressée du droit divin, jusqu'au point de la décider une autre fois d’entrer en lutte, en agressant à l’improviste le nouveau royaume d’Italie, pour y étouffer la Justice de la Révolution...
En s’établissant sur les possessions de l'Eglise , le nouveau royaume d’Italie aidera l'humanité à reconquérir tout ce que l’Eglise lui a ôté; les desseins de l’Atriche, au contraire, tendent à réhabiliter l’Eglise avec tout son arbitraire d’inquisition , c’est-àdire, réhabiliter le pouvoir temporel et spirituel des papes dans toute leur splendeur du moyen-âge, afin qu’elle, cette damnée Autriche puisse en même temps, réaliser, la signification d’un ridicule dicton de ses hommes d’État, qui soutenaient que A tutrice E si Imperare 0 rbi D ninerso.
Mais s’il pouvait se irouver des esprits timides qui craignent une telle témérité aggressive de la part de l’Aulriche, — que ces esprits se rassurent : les temps se suivent, mais ne se ressemblent pas!
L’Aulriche en 1 859 a reçu une bonne leçon , dont le souvenir ne se perdra si facilement... Elle est refrénée incessamment par une condition de la paix de Villafranca — celle de non-intervention ! Outre cela aujourd’hui l’Autriche a sur ses bras quelques embarras de plus, qu’à cette époque-là, avec les Slaves, les Hongrois, les Transylvains qui, d’accord avec tous les peuples hétérogènes, savoir: italien, polonais, roumain, croate etc., dont se compose cette monarchie de casernes et de forteresses, sont tous à la vigile de leur libération, tant par des efTorts communs, que par la décision de tous les tribunaux de l’Europe libérale, qui ne tarderont pas de prononcer leur sentence sur la banqueroute de la maison des llapsbourg, et feront exécuter leur jugement...
On disait autrefois: • pas d’argent, pas de Suisses! », — aujourd’hui, quoique les paroles de ce dicton se soient changées, —
reste pourtant toujours le même leur sens. Si le trésor public ne trouve pas dans les recettes assez d’argent pour couvrir les déficit qui vont crescendo, pour payer les dépenses, parmi lesquelles une des plus urgentes — l’acquittement des intérêts des dettes antérieurement contractées; un tel trésor n’aura pas de crédit pour contracter de nouveaux emprunts afin de se tirer des difficultés, un tel trésor n’aura pas d'argent pour payer ses armées, un tel trésor est un banqueroutier...
Le trésor autrichien, comme cela se voit de l’exposition de M. Plener, actuel ministre des Finances à Vienne, se trouve précisément dans la situation donnée ; rien ne la sauvera de la banqueroute...
Mais, dira quelqu’un : les compères de la Sainte-Alliance peuvent venir au secours de leur co-associé... Eh! je répète mon dictonrefrain r les temps (et les hommes) se suivent mais ne se ressemblent pas !... Laissons donc tranquilles tous les deux autres
co-alliés, ne nous en occupons point pour le moment! L'un d’eux
s’est chargé de témoigner devant tout le monde et à chaque occasion qu'il s'est enrichi par une antiquité, contemporaine aux tables de Moïse, dont le prix est de la même valeur que ces tables, parce qu’il l’a reçu aussi des propres mains du bon Dieu-biblique.* Qui n’a pas dans la vive mémoire les paroles du roi de Prusse, prononcées à Kœuigsberg, à Berlin et ailleurs?... (1)
Laissous-le donc haranguer! Si de nouveau, des paroles si gra-
(1) Dans sa harangue aux pasteurs, prononcée à Lelzlingen, le même personnage a démontré une haine implacable, violente , une grande haine de la Révolution, et c’est à douter s’il pardonnera à son peuple de s’être laissé conduire par l’esprit nouveau, jusqu'au poiul de ne pas craindre de tourner en ridicule les cérémonies du couronnement, et d’être si hardi d’envoyer à la Chambre les libéraux avancés, les démocrates de 1848!
Mais c’est le signe des temps et ce signe est pour nous de bon augure: c’est pour cela que S. M. prussienne, par la grâce de Dieu, n’y voit que le symptôme précurseur de l’abomination de la desolatiou du temple. Toute son allocution de Lelzlingen peut se résumer dans les paroles finales, que le roi a adressé à ses sujets en leur disant
» Qu’ils devraient remercier Dieu d’avoir un roi par la grâce
ves sortaient de la même bouche, nous nous approcherons au dénouement de la comédie, commencée depuis longtemps, et rémontée de nouveau dans les premiers jours d’octobre passé c'est un rébus, — devine-Ie — qui peut!.. Le temps me donnera raison..'.
L’autre compère de la sainte-alliance, se pourvoyant déjà depuis quelques années, du même bijou d’antiquité, pour le moment n’en parle personnellement, seulement il l'affiche devant ses esclaves et devant tout le monde, mettant ce bijou, ce par la grâce de Dieu à la tête de tous ses ukases, manifestes etc...
11 a une haute opinion de tous ses frères et cousins qui sont par la grâce de Dieu pur-sang ; il voudrait sans aucun doute venir à leur secours, comme autrefois a fait (1849) son prédécesseur d’impérissable souvenir, Nicolas I : mais heureusement, ce membre de la sainte-alliance a pieds et poings liés par les affaires intérieures de ses trop vastes domaines ...
Or, à la fin des comptes, qui peut se ranger sous les bannières des Hapsbourg pour faire restaurer le trône papal? Ce sont des légitimistes, des féodaux et des prêtres, des fourbes et des ignorants , qui grossiront des bataillons guidés par le monstre à deux tètes , si le nerf de la guerre, — l’argent ne manquait pas aux maîtres de ces bataillons. Mais supposons qu’ils ont de l’argent, des armées bien disciplinées, des milliers d’agents officieux, dévoués et rusés, et tous les moyens pour conduire la guerre selon la tactique de vieille date, aurions-nous à nous effrayer devant le déployement de telles forces?... Jamais! Toutes ces forces devant la Justice de la Révolution se disperseront comme les évaporations terrestres devant le soleil!... Oui! Les forces de l’Autriche, c’est
de Dieu, et de ne pas en être arrivés encore aux principes politiques qui régnent en France et en Italie? •
Bons habitans de la vieille Germanie, vous qui aspirez à l’unité fondée sur le droit uouveau , verrez-vous toujours la verge de Moïse dans le sœplrç des Hohenzollern?... Ce sont des paroles de l’opinion publique qui condamne l’étrangeté du langage du roi de Prusse, qui, en seconde moitié du XIXe siècle, se croit avec toute l’obstination féodale — en directes relations avec Dieu-biblique , ou youdrait que les autres soyent aussi stupides pour le croire! ...
vrai, peuvent arroser abbomlamment de sang les champs de ces terribles batailles', mais seront bientôt dispersées par les armées des peuples unis, qui combattront à côté des Italiens pour la réhabilitation de leurs droits !
Je ne crains point me montrer excentrique proposant d’augmenter la force numérique des agents officieux du pape, c’est-à-dire des Hapsbourg, après que le pape partira, ou sera obligé de partir, ou, à la fin, sera trasporlé de Rome, avec tous les égards, dûs à sa vieillesse; non, je ne m’arrête pas à exposer les conditions que je propose vis-à-vis de tout le clergé italien. Peut-être on trouvera utile d'appliquer de pareilles conditions au clergé même d’autres pays... Voici donc de quoi il s’agit : la chose est bien simple, c’est la sécularisation générale de tout l’état clérical.
Tous les prêtres et moines, tant des grades supérieurs qu’inférieurs, s'ils sont du rite catholique, ils sont des soldats dévoués au pape, leur général en chef; s’ils représentent les clergés d’autres rites, ils sont des membres d’une caste privilégiée, qui s’arrogea un rôle, duquel j’ai parlé plus haut, — celte classe ne peut dès-lors tromper la raison humaine et vivre aux de|>ens de la société ...
Ici j’ai en perspective les individus des deux sexes qui composent la société lliéocratique, catholique, romaine. Pour séculariser cette société je propose de la diviser sur les trois catégories . sans aucune exception pour qui que ce soit.
La première catégorie des sécuiaVisés contiendrait ces prêtres et moines, qui, se rangeant de toute leur bonne volonté du côté du novel ordre des choses, se marieraient, serviraient leurs pays comme des bons citoyens, se voueraient à ces branches du. service public, on à quelques autres métiers, auquels ils étaient préparés selon leurs inclinations naturelles. Une telle mesure décisive permettra que, des dizaines de milliers d'utiles individus seront retrouvés tout d’uu coup, parce que d’une grande partie des ecclésiastique la 'patrie obtiendrait tous ces services , dont ils sont capables à la doter, particulièrement sur le champ d’instruction publique. Par exemple un savant tel que M. Passaglia , devenant par le mariage, — homme-citoyen, — pourquoi ne pourrait-il pus occuper, quelque haute fonction déconseiller, directeur et même
ministre? Le nombre lie vrais talents, génie même, autant qu’ii en est permis à l'homme, augmenterait la force morale de l'Italie, et une telle force ne nuirait jamais ...
La seconde catégorie serait composée de ces cléricaux qui acceptant la sécularisation, demanderaient l’autorisation du gouvernement de vivre en communauté , société , ' club , association , n’importe le nom , mais sans ancune tendance réligieuse — claustrale pour toute la vie. Si de telles sociétés voulaient se constituer avec le but scienlitique, artistique, industriel, commercial, économique, ou à la fin, hygiénique, tant particulier que généralisé, sous les rapports mentionnés, le gouvernement d’accord avec l’opinion publique du pays, sanctionnant par son approbation des pareilles sociétés, gagneront visiblement, parce que dans ces associations a termes definis , n’importe, si même-ascétiques , mais spontanément contractées parmi leurs membres , régneraient la paix, la vertu, la morale, basées sur la Justice, car sans elle rien ne peut jamais être durable, autant que les institutions humaines peuvent durer (I)....
A la fin, la troisième catégorie serait composée de ces prêtres et moines, qui s'obstinant a rester fidèles soldats de la papauté, n'accepteraient la sécularisation.
De tels indiviuus peuvent être de deux espèces : lès uns, trompeurs par métier, sont trop pervers pour s’en dessaisir; les autres, trompés, dans la pauvreté de leur entendement, sont ou ignorants tout bonnement par leur naturel, ou idiots par l’influence du dérangement de leur système cérébral, causé par la masturbation.
Voilà les trois subdivisions de tous les cléricaux, et chaque pays
(I) C’est ici le lieu de prendre en simple considération, combien de bons exemples de pareilles communautés, réagissant sur le bien-être général, serviraient à moraliser toute la masse de la population du pays... Oh! Pensez-y! pensez-y, vous, qui lirez ce travail d’un homme sincère , pour qui le dieu visible existe en un bon Code des lois, dans les bonnes oeuvres, dans l’instruction laïque et dans la femme, — bonne mère de famille; lui ne recherche point dieu invisible, car il ne le retrouverait nulle part, Je voyant partout et en tout ce qui l’environne II!
profitant de la coopération des deux premières subdivisions, qui contiendraient désormais des hommes utiles, gagnera énormément en se débarrassant des individus contenus dans la troisième subdivision. Les renvoyer au pape, là où il se trouverait, en leur procurant même toutes les commodités de voyage , serait le devoir des gouvernements de ces pays, qui ne voudraient plus longtemps maintenir des parasites sur leur territoire.
Dans ce cas, agir avec toute la résolution, inflexibilité et même avec la rigueur, mais sans aucune persécution, cruauté ou tyrannie, serait pour les citoyens et les gouvernants un devoir de même valeur, afin qu’on puisse déraciner, une fois pour toujours, l’herbe mauvaise...
La sécularisation des nonnes pourrait être exécutée avec les mêmes conditions proposées pour les cléricaux ; chaque homme ou femme serait libre de se retirer du monde bruyant , — non pour devenir à jamais un esclave volontaire, ou tant de fois forcé, mais pour satisfaire Son désir momentané, ou sa vocation définitivement prise.
Par la sécularisation proposée des cléricaux des deux sexes, chaque pays gagnera une quantité de bâtiments, dont pourraient profiter l’instruction publique, la charité et la force armée. Les églises qui ne pourraient être reconstruites pour écoles, hôpitaux ou casernes, pourraient servir le public comme un lieu de réunion pendant la journée pour tout le monde (hommes, femmes, enfants), pour y entendre les chants et les musiques patriotiques, qui ont tant d’influence sur tout notre être, et principalement sur les gens du peuple, qui pourraient aussi y apprendre par les leçons appliquées à leur entendement, les premières notions de ces sciences naturelles que tout homme honnête peut comprendre, en les utilisant pour son propre compte et pour celui de la société.
La presse a changé tontes les relations particulières et internationales. Aujourd’hui ainsi, chaque citoyen , après avoir appris à lire, n’a pas besoin d’être harangué par quelque prêtre, fanatique ignorant, parce qu’il obtiendra un véritable profit en apprenant tout ce qui peut lui être utile dans son ménage, travail, et dans
sa vie politique, lisant de livres utiles, appropriés à l’entendement et aux occupations du campagnard ou du bourgeois.
Les ex-églises, pendant les soirées, serviraient de salles de réunion aux seuls hommes majeurs, pour y traiter des affaires d'économie politique, tant locale que générale. Calculant une exéglise pour quatre cents familles, plus ou moins, toutes les autres pourront devenir des établissements utiles à la société civile, les changeant en hôpitaux, magasins, dépôts, etc.
Après cette courte exposition, je demande à tout le monde honnête: y a-t-il dans mes propositions quelque danger pour la sécurité générale et pour l’ordre civil? J’espère qu’on n’en trouvera aucun; au contraire, j’ai l’espoir que les gens bien sensés, que les honnêtes et les patriotes de chaque pays, et principalement de l’Italie me sauront gré, d’avoir posé les moyens si faciles de séculariser toute la société, car il faut dire une vérité bien amère , toute la société est partout trop écclesiastique , c’est-à-dire imprégnée des maximes cléricales , — conséquence que le clergé, n’importe de quelque religion qu’il soit, — tient dans ses mains l’instruction primaire, quelquefois gymnasiale et même universitaire, dont les résultats sont: lq crédulité et l’gnorance, ou ce qui est pire, — l’indifférentisme, l’hypocrisie, le pyrrhonisme ou le scepticisme.
Peut-être quelque femme criera à l'assassin ! ,une autre se lamentera; ou à la fin s'en trouvera même de telles qui vociféreront contre une pareille mesure , qu’importent leurs cris I Ils seront jetés par des femmes aux prêtres pour plaindre leurs bien-aimés...
Je ne crains point les foudres prétines, elles ne peuvent jamais m’arrêter de démontrer que la religion est pour les prêtres une sorte de ciseaux dont ils se servent tantôt pour cueillir la toison d’or des poches de leurs corréligiouaires crédules; tantôt pour tailler des ailes à la pensée des forts esprits.
J’espère que tous les frocs et capuchons crieront ■ au scandale ! ù l’ hérétique ! • tant contre ce livre que contre son auteur, dont
ils proclameront blasphémateur du bon Dieu; mais cela ne m’émouvra point: qu'ils vocifèrent et même qu'ils m’excommunient; les défiant je reste inébranlable dans ma conviction. Dira quelqu’un :
• c’est une nouvelle religion ! ...» Eb bien, soit! Mais une pareille religion n’a pas ni de nom, ni de préjugés, et pour elle toutes les déGnilions de ce qu’est Dieu, sont insuffisantes, mais également belles, quand elles se rapprochent à la nature et ne sont puisées dans l'érudition scholastique et cléricale...
Parlant de Dieu un poète italien s’exprime :
• lo son fesser d’ogni ente, il re del fato,
Che dentro e fuor di me , me sol rimiro ;
. Io do la fuga a' tempi , a’ cieli il giro La vila al niente, ed alla vita il fialo...
Uso sempre pielà. nè mai compato;
Fulmino pib vendette, e non m'adiro... *
Col verho intendo , ed immorlal inspiro Ineffabile amor, amante , amato...
Son di tutti i possihili volumi...
Posseggo sempre il lulto e sempre dono...
Palese ed incomprensibite nel lume...
Servo la gloria ed a m’è l'empireo trono...
Beato di me stesso elerno nume - Solo non solitario... Io son chi sono. • (I)
(1) « Je suis la source de toute existence ; maître du destin ; je ne contemple au dedans et en dehors de moi que moi seul ; l’éternité et l’espace viennent de moi , comme celte vie du néant, qui aussi exhale... J’ ai de pitié toujours et pour tout, sans avoir de compassion: et lançant des foudres comme un vengeur, je ne me fâche jamais ... L’harmonie du mouvement universel est ma parole, dont j’insinue ensemble avec inexprimable amaur à tout ce qui aime et peut aimer... Je suis, en même temps, et un tout, le plus grand, et un atome, d'une molécule la plus petite... Quoique je me manifeste pur la lumière visible, et quoique toujours rendant mon-tout, je le possède intact, néanmoins je suis incompréhensible comme la lumière même... Je suis le serviteur de la gloire, dont le trône sert à moi seul, content de moi-même, déité éternelle, seul, pas solitaire: je suis l’harmonie de l’Etre... •
Ce n'est pas une traduction à la lettre, mais elle s’approche autant que possible à l’original, dont la beauté a été appréciée par tout brave homme qui l’a lu ou entendu.
C’est pour moi aussi beau que i’idéal de quelque chimiste, qui dirait que Dieu, c'est la combinaison des gaz, c'est-à-dire leur mouvement, qu'ils soient éthériques, fluides, ou fixes, qui sont l’unique cause de création, d’existence et de recomposition de tout ce qui remplissait le passé de l’univers et qui remplira son avenir, représentés par l'espace , où s’accomplit tout mouvement et tout repos. . .
Le commencement d’un tel passé et sa fin s’enchaînent dans l’actualité, qui, en changeant chaque instant la forme, reste éternelle harmonie: du mouvement et du repos; de la lumière et de l’espace, de la chaleur et du froid ; en un mot : c'est l’harmonie de l’Élre!!!
Un lalmoudhiste, un musulman, ain brahmaniste, etc., chacun à sa manière, ou pour ainsi dire, selon l’instruction reçue, nous représentent leur Dieu; or, lui ce bon Dieu — c’est l’instruction, qui peu à peu se grave sur le cerveau enfantin, juvénil, et devient à la fin une image finie dans l’homme déjà formé, à laquelle toucher sans génuflexion est un sacrilège pour les hommes ; mais pour lui, qui est représenté par une telle image, c'est tout-à-fait égal. Qui ne voit pas cela dans toute la nature visible pour nous ? ...
En elle tout nous parle de cette imprescriptible harmonie, qui y règne, et que l’homme doit tâcher d’imiter par ses bonnes actions, et quoiqu’en elle tout concoure à maintenir ordre , beauté et utilité, pourtant elle ne s’émeut point si les hommes n’accomplissent leurs devoirs : les propres actions des hommes les récompensent, et les punissent pendant leur existence...
De tout cela dérivé que I’ instruction fait tout possible de l’homme et pour l’homme ; or c’est cette instruction qui doit être prise pour l’image de Dieu, mais point des signes qui pourraient le représenter ici-bas !.. Mieux de n'y penser, mais s’instruire, instruire, en se préparant à la plus haute perfection, dont l'homme ou femme honnêtes peuvent atteindre...
Comme première base de l’instruction doivent servir ces simples prescriptions: Faites du bien partent et toujours; travaillez toujours, et ne demandez rien du ciel, mais faites votre devoir, — alors un tel Dieu, qui à nous se présente sous l’image de l’instruc-
tion nous pourvoira de la Justice, el nous rendra heureux autant que cela est possible.
Certes tout le monde n’est pas doué de la même force, sans distinguer la force intellectuelle de la force physique, parce que la source, la hase de toutes les deux est la même matière, comme cela démontre un vieux dicton romain et grec du temps d’Esculape et de Gallène ; mens tana in corpore sano... pourtaut à devenir bon, juste et utile à soi-même, et à la société, il ne faut pas une grande instruction, mais juste et basée sur la vérité...
Selon la nature de notre espèce, les hommes devraient naître avec les mêmes inclinations, variées selon les différentes circonstances physiques; nonobstant cela, nous devenons des êtres très-différents taut dans notre physique, que sous le rapport moral, par l’influence de causes presqu’imperceplibles qui réagissent sur nous depuis le' moment de la conception de notre être, jusqu’à notre tombeau ... Mais c’est après la naissance, avenue plus ou moins favorisée par des accidents, pour le nouveau membre de l’humanité, qu’une bonne instruction, étant pour lui un bienfaisant créateur de son moral, aide ce nouveau membre de la société à devenir utile à elle et à lui-même; au contraire, une mauvaise instruction, une éducation anti-humanitaire auraient pu changer le même individu en une plaie de la société... Un individu fortuné par son organisation physique, mais laissé à végéter dans l’ignorance la plus complète ou dans les préjugés, qui nuisent à la société civilisée, devient très-facilment dans les mains des fourbes un instrument de leurs intrigues, fort dangereux pour cette société.
Ces trois données peuvent servir d’emblèmes pour les trois classes dont est composée la société actuelle : le premier individu, ce sont des honnêtes gens, plus ou moins instruits, et libres penseurs ; le second par son éducation, par les conditions d’état par lui embrassé, il s’est posé hors des droits de l’homme, parce qu’il s’est fait prêtre ou moine; le troisième, pauvre iguorant ! c’est le bas-peuple, fort, robuste, — mais credule, docile instrument des intrigants et des prêtres, pauvre victime des préjugés...
Partout et principalement en Italie on se convainc! de plus en plus de la mauvaise éducation et de l'influence, qu’en général, les
prêtres exerceut sur toutes les classes de la nation et particulièrement sur le bas- peuple. Pour que la société soit purifiée de celte influence il faut supprimer l'état clérical et rapprocher le peuple aux hommes honnêtes, libres penseurs. La sécularisation, réalisée de la manière ci - dessus proposée, permettra enfin d’atteindre un tel but utile a tout le monde. *
Les seuls libres-penseurs sont en état de relever l’esprit et les tendances patriotiques, dans tous les cœurs italiens, français, polonais, ou d’autres nations ... Plusieurs, parmi le peuple italien, sont même aujourd’hui indifférents au sort de la patrie, dont une des plus belles parties gémit dans les chaînes autrichiennes; dont la capitale naturelle est inféslée par les miasmes émanés du Vatican; mais cela ne doit étonner personne.
Tant d’actes anti-patriotiques, accomplis par les prêtres italiens de différents grades, persuadent tout homme positif , que -la majorité de ces prêtres ne peuvent pas être vrais patriotes italiens, parce qu’ils sont des soldats du pape. Leur désir unique est de reconquérir le pouvoir, arraché de leurs mains, rétablir la domination papale, comme elle était au moyen-âge, et subjuguer tout le monde par le pastoral... Quiconque croit au patriotisme que quelque prêtre afflchc, celui-ci se trompe grandement; c’est le patriotisme factice, parce que la soutanne et le capuchon ont pour unique patrie, — l'église avec le pape en tête.
Et après cela comment supposer que les prêtres seconderont les patriotes à la libération de la Vénétie des Autrichiens et à élever dans le Capitole le trône pour le Roi des Italiens?...
On répète très-souvent les paroles : « Libre Eglise dans libre Etat > , paroles qui, autrefois, ont pu avoir une signification et servir pour base d’opérations ultérieures, si le clergé avait compris cette liberté de conscience et d’enseignement que proclamait le grand homme d'Etat; mais aujourd'hui, nout Après tant d'actes d’inimitié ouverte, de la part du clergé, coutre le gouvernement italien,, contre le parti progressiste-révolutionnaire, représenté par tous les patriotes, commençant de Victor-Emmanuel, Garibaldi, Mazzini, et tant d’autres; et, à la fin, contre les intérêts des citoyens de toute l’Italie, parce que c’est seulement l’unification
el l'indépendance de l’Italie qui réveilleront le travail et la moralité, qui à leur tour causeront la richesse de la nation ressuscitée, — après tout cela, il faut se poser la demande ; serait-il opportun de sc maintenir sur le terrain du programme susdit? Pour y répondre, analysons ce programme.
Il se compose de deux idées: la première est: libre Eglise... la seconde : — libre Etat... Que veut dire la première ?
Libre Eglise, veut dire : libre propagande de n'importe quelle doctrine religieuse ou morale, dans le but d’apporter à la société la plus grande utilité sur le champ de l'instruction publique, laissant de côté les autres vues. Mais, quand les docteurs de la religion, c’est-à-dire les prêtres^ se mêlent dans les discussions politiques, et servent plutôt les intérêts des ennemis de la pairie... Quand les prêlres'sont les uniques instigateurs auprès de jeunes militaires, trop catholiques qui, par l’indécision de leurs chefs, sont presque forcés de rester sous la férule cléricale, car le confessional, la messe et autres cérémonies — instruments d’abrutis- -sement, sont jusqu’aujourd’hui obligatoires pour toute l'armée italienne... Quand les prêtres insinuent aux soldats la désertion, leur facilitant la fuite pour grossir l’armée autrichienne, comme cela démontrent tant de procès, intentés contre les ecclésiastiques des différentes couleurs et degrés, doiif quelques-uns étaient déjà jugés el punis, tandis que les autres sont dénoncés presque journellement par la presse libérale , à cause de leurs nouveaux dtÿits contre la nation. . . Quand les prêtres se jettent dans un jeu dangereux, irritant et provoquant le peuple, en général le bas-peuple, contre les actes du gouvernement et contre son chef, bien-aimé Victor-Emmanuel , Soldat-Roi-Galautuomo ; excitant ce peuple par tous les moyens à se révolter contre le gouvernement qui, comme quoi, l’oppresse par les impôts, par la conscription, par le cens, etc... Quand les prêtres entretiennent des correspondances et d’autres relations avec les ennemis de l’Etat, leur fournissent de l’argent, les encouragent parles renseignements les plus minutieux et par leur dévouement connu par tout le monde pour la eause du pape, c’est-à-dire de l'Autriche... Quand les docteurs de l’Eglise italienne sont coupables de
tous ces crimes de lèse-nation, peut-on les laisser libres d’agir 4 leur volonté?... De tels prêtres, moines de toutes les espèces, doivent être punis, et la meilleure punition pour eux consistera en leur renvoi au pape, n’importe où il se trouverait.
Et qui pourrait contredire l’utilité d’une telle mesure ? Toutes les actions des membres de l'église ont démontré qu’ils ne sont pas autre chose que les soldats du pape ; et comme lui, est le premier ennémi de l’Ualie nouvellement reconstituée, or, il est raisonnable et juste, d’agir décidément contre ceux qui reçoivent le mot d’ordre du Vatican — siège de toutes les intrigues, non-seulement contre l’unificalion, l’indépendance et la liberté de l’Italie, mais même contre la France, son gouvernement, et principalement contre son chef actuel. Dans de telles circonstances, on ne peut pas .doter l’Eglise du laisser- faire, c’est-à-dire, que libfe Eglise ne peut pas exister dans l’actuel état des choses.
En ce qui regarde la seconde partie du programme, qui concerne l’idée comprise dans les paroles : « libre Etat » , analysant celte idée, nous voyons que nous n’avons pas encore notre Etat tout à-fait libre, c’est-à-dire libéré. Les ennemis de l’Italie sont campés sur deux points, occupant la Vénétie et Rome : est-il donc libre, notre Etat ? Non ! Avant de dire ces paroles, il faut expugner nos ennemis de Idfars positions, reconquérir tout le territoire italien, le doter de la liberté et de l’utilité des institutions qui régissent les provinces qui composent le nouveau royaume d’Italie; il faut répaudre sur tout son sol l’égalité devant la loi et la fraternité, établir le trône constitutionnel de Victor-Emmanuel au Capitole et déployer la bannière tricolore sur toutes les hauteurs des Alpes et sur le littoral de' l’Adriatique jusqu’à Fiurac. Après avoir accompli tous ces travaux, nous pourrons proclamer . que «Notre Etat cjst libre; » et alors on pourrait laisser toute la liberté de l’établissement, de n’importe quelle église, doctrine ou institution. »
Reconquérir donc Rome et la Venétie doit être pour chaque patriote d’Italie une idée prédominante. La réalisation du second s’effectuera au lendemain de l’entrée triomphante de Victor-Emmanuel dans la légitime capitale de l’Italie ; car soyons convaincus, les Hapsbourg sont prêts à mettre tout leur tout sur la dernière
carte , supposant regagner leur suprématie ' en Italie, en rétablis* sant le pouvoir du pape par les coups de canon.
Par cet hasardeux pas, ils esperent éviter une honteuse banqueroute sur toute la ligne, et arrêter la dissolution de leur monarchie autrefois si forle et habile.
Mais, objecteront plusieurs, on demande la sécularisation du clergé, c’est-à-dire : on veut suppriuier le pouvoir spirituel, anéantir l’eglise, la réligion, unique bride pour conduire le bas-peuple sur la voie de moralité ; on veut la ruine de la société I!!
Oui ! .Nous libres-penseurs, nous voulons la ruine de l’Eglise, mais non celle de la société !.. De mes démonstrations, preuves et données, rassemblées dans ce travail, on voit le contraire, parce que, demandant la suppression de la condition cléricale, j’ai en me l’amélioration de la société, et point sa ruine.
La justice, la vérité et de bonnes lois appliquées inexorablement et avec impartialité, prouveront bien que l’humanité peut se passer sans l’éducation et sans la tutelle des prêtres, qui se vantent même aujourd’hui de son pouvoir spirituel. Ils soutiennent impudemment cette fausse opinion, qu'ils sont eux seuls qui peuvent modérer les passions et refréner les vices de la populace.
Non! maîtres-pharisiens! Aujourd’hui votre prestige s’est déjà évanoui; aujourd’hui on peut se régir par une saiH instruction, basée sur la vérité, et par la simple Justice, compréhensible à tout le monde (Code penal, juge, jury, carabinier, bonne police territoriale)... Le bas-peuple, quoique plein de l’ingénuité, mais doué dans le même temps du positivisme, qui est dans la nature du genre humain , ce même peuple comprendra toute l’utilité et la facilité de l’éducation laïque : elle l’aidera à devenir homme intelligent,- autaut qu’il trouvera nécessaire à sa position sociale; honnête, car depuis le berceau jusqu’au tombeau, la vérité sera la base de toutes ses actions ; et, à la fin riche, autant que cela permettront ses facultés mentales et les circonstances...