POUR LA 4* APPENDICE
A propos de la Société de saint Vincent de Paul.
Quelques paroles qui sont placées dans ce livre sur la page 150 à propos de la Société des Paulistes, sont confirmées par l’opinion publique, qui se manifeste non seulement en France ou en Italie, mais même ailleurs.
Voici la lettre de M. Baudon, ex-président du conseil général de la Société de saint Vincent de Paul. Cette lettre est bien grave.
• Paris, le 24 janvier.
< Monsieur et cher confrère,
• Je crois devoir porter à votre connaisance personnelle une mesure qu’en vertu des pouvoirs qui m’ont été délégués par notre conseil général je viens de prendre dans la situation où se trouve notre Société.
• Notre conseil n'a pu accepter les propositions qui lui ont été faites par le gouvernement, et qui tendaient à modifier gravement le caractère et le règlement de la Société. Je ne sais si, plus tard, la négociation pourra être reprise, mais dans le doute j’ai crju prudent de songer à l’avenir.
• Comme le conseil est empêché et que la présidence et l'unité de la Société ne reposent que d’une manière viagère sur ma tête en cet instant, j’ai pris les précautions suivantes pour le cas où je vien-
(Irais à mourir ou à cire empêché par un cas de force majeure ou par la maladie.
« J’ai délégué dans celle triple supposition mes pouvoirs aux trois présidents conjointement, de Bruxelles, de la Haye et de Cologne, afin que, si je meurs, ils fassent élire un nouveau président général • conformément au réglement, et que, si je suis empêché, ils gouvernent. la Société durant tout le temps de cet empêchement, prononçant à eux trois, et à plus forte raison avec le concours des autres présidents des conseils supérieurs, membres de droit du conseil général, toutes les agrégations de couférence, ayant le droit de les suspendre ou de les dissoudre, exerçant en un mot, les fonctions du conseil général tant qu'il sera empêché.
• Cette délégation cessera de plein droit le jour ou un nouveau président général sera élu, ainsi que le jour où l’exercice des pouvoirs pourra être repris, soit par moi, soit par le conseil général actuellement empêché.
« Uue telle mesure aura pour effet, j’espère, de sauvegarder l’unité de la Société, s'il plaît à Dieu de lui faire subir une crise nouvelle, elle doit rassurer les conférences hors de France, puisqu’elle leur prouve que, si je meurs, l’unité et la direction de la Société n’en doivent pas souffrir ; elle montre enfin le caractère franchement catholique et universel de l’œuvre.
« J’espère que vous l’approuverez: vous verrez dans votre sagesse si vous croyez devoir communiquer celte lettre aux membres de votre conseil ou la garder pour vous seul; j’ajoute que tant que les ca» ci-dessus spécifiés ne se présenteront pas, j’ai la ferme intention de continuer à gérer la Société comme par le passé ; c'est assez vous dire combien j’ai besoin d’être soutenu par votre concours et par votre prière. •
Le Pays accompagne cette lettre des réflexions suivantes :
• L’ancien conseil général de Saint-Vincent de Paul nous ménageait de bien étranges surprises. Ce n’était pas assez d’avoir vu ce conseil refuser pour président un cardinal français objet de la vénération universelle, l’opinion publique était destinée à de bien autres révélations. Voilà qu’un journal italien achève de déchirer le voile en publiant une lettre de M. Baudon à un de ses associés à l’étranger.
< Dans cette lettre , l'ex-président du conseil général de Saint- Vincent de Paul déclare qu’au mépris de la loi il continuera de
diriger les conférences de Saint Vincent de Paul dans toute la France, cl qu’en cas de mort ou d'empêchement, il delègue ses pouvoirs mystérieux à l'étranger.
• Nous ne ferons aujourd'hui aucune réflexion.
• La France entière saura maintenant à quoi s’en tenir. •
A propos de cette lettre, un journal belge, V Indépendance Belge, dans son numéro du 10 février, s’exprime:
• Nous avons pubblié il y a quelque jours , d’après le Pays,
• une lettre de M. Baudon, président suprême des conférences de
• Saint Vincent de Paul, de laquelle il résultait que, à raison des . mesures prises contre la Compagnie par le gouvernement fran-
• çais , M. Baudon en avait confié la direction provisoire a un
• triumvirat siégeant à l’étranger. D’après ce qu'on nous mande
■ de Paris , ces projets ont causé une certaine émotion, notam-
■ ment dans la haute sphère administrative en France, et peut- « être cet incident pourrait-il avoir plus de gravité que ne le
• supposait le correspondant qui nous la signale le premier.
• On ne peut nier , en effet , que la lettre de M. Baudon ne
• révèle dans l’organisation de la Société de Saint-Vincent de
• Paul, non-seulement en France, mais dans toute l’Europe, un
• véritable instrument politique très-puissant entre les mains du
• parti clérical.
• Celte révélation n’a, du reste, rien d’inattendu pour nous,
• car c’est toujours ainsi que nous avons considéré cette insli- « tution. en dépit de l’apparence qu'elle veut se donner, d’être
• exclusivement une institution de bienfaisance. Ajoutons que, par-
• tisans comme nous le sommes de la liberté, nous la réclamons
• pour cette association comme pour toutes les autres , et que
• notre désir serait non pas que la société de Saint Vincent de
• Paul eut à subir en France des entraves, mais que toute lali-
• tude lui fût laissée, à la condition que toutes les associations, « politiques ou autres, pussent jouir d’une liberté égale. Malheureu- « se ment la législation française n'en est pas là encore et diffère
• complètement, sous ce rapport, de la législation belge'. »
Le temps nous démontrera à quoi doivent s’en tenir l’opinion publique et les gouvernements de l’Italie et de la France, en tout ce qui concerne ladite Société.
A propos du concile écuménique pour la canonisation des Japonais.
Sur la page 238 de ce livre, j’ai fait une courte observation à propos du Concile des evèques , convoqué pour le mois de mai prochain. Je n’ai pas voulu dire davantage de cette nouvelle intrigue du Vatican, je me suis limité de rémarquer qu’il ne faut jamais se fier aux paroles des prêtres. Aujourd'hui la lumière se fait, de plus en plus, sur les tendances papales, qui a choisi le prétexte de la canonisation pour réunir sans aucun suspect tous les mitrés de la catholicité. Pour confirmer mes paroles j’extrais des journaux parisiens, le Moniteur , du 20 février, le Temps et la Presse, du 21 et celle du 22 février, les articles suivants, à propos du voyage présupposé des evêques de France et des dispositions du gouvernement de ce pays.
On lit dans le Bulletin du Moniteur :
• Le gouvernement de l’empereur a cru devoir demander à Rome des éclaircissements sur la lettre du cardinal préfet du concile appellant tous les évêques de la chrétienté à la cérémonie de la canonisation de phisieur martyrs. Ces éclaircissements étaient devenus nécessaires, parce que la lettre de convocation avait été publiée en France sans avoir été préalablement communiquée au gouvernement.
« Le cardinal Anlonclli a répondu que la lettre adressée aux évêques n’était qu’une invitation bienveillante , sans nul caractère obligatoire, et pour une solennité purement religieuse. Dans cet état de choses, le gouvernement a exprimé la pensée que les évêques
ne devraient quitter leur diocèse et demander l’autorisation de quitter l'empire, que dans le cas où de graves intérêts diocésains les appelleraient à Borne. •
On lit dans la Presse :
« On se rappelle la convocation insolite faite par le gouvernement romain de tous les évêques de la chrétienté. On prétextait, pour motiver cette réunion extraordinaire, la consécration d’un certain nombre de martyrs japonais.
• La lettre du cardinal-préfet du concile avait été adressée directement aux évêques français. Le saint-siège, ne se préoccupant pas plus du gouvernement français que s’il n’existait pas, ne lui avait notifié en aucune façon cette extraordinaire mesure. Une si étrange manière de procéder a éveillé de justes susceptibilité. Des explications ont été demandées. Le cardinal Antonelli, dans sa réponse, parait avoir considéré la chose comme une bagatelle. La lettre adressée aux évêques était une invitation bienveillante, sans nul caractère obligatoire , etc., etc. Le gouvernement français a pris le cardinal aux nçols de sa réponse. Il a jugé fort inutile que tout l’épiscopat abandonnât ses diocèses pour des motifs aussi peu urgents. •
On lit dans le Temps :
■ Le Moniteur annonce ce malin que le gouvernement, inquiet de savoir le but d’une réunion des évêques à Rome , a fait demander au saint-père des esplicalions, et que n’ayant pas obtenu de réponse satisfaisante, il invite les évêques français à ne point quitter leurs diocèses. A quoi servira cette mesure? Son premier résultat, — le seul facile à prévoir, — sera une levée de boucliers de toute la presse cléricale, une série de mandements et de lettres pastorales, dans lesquels on parlera de martyre et de persécution; en un mot, une nouvelle campagne du spirituel contre le temporel.
• Est-ce là un résultat bien digne d’envie? et ne serait-il point temps d’arriver à des mesures décisives?
• Lorsqu’il y a plusieurs mois, M, le ministre de l’intérieur a publié sa fameuse circulaire sur les associations charitables, aux applaudissements unanimes de la presse soi-disant libérale , nous avons seuls réclamé , au nom de la liberté, contre celte mesure.
Nous disions à la fuis qu'elle serait impuissante contre la Société dô Saint Vincent de Paul, et qu’elle serait funeste aux autres associations. Les événements nons ont-ils donné assez raison ? D’une part, nous voyons par la lettre de M. Baudon que la Société de Saint Vincent de Paul n’est ni moins hostile que par le passé, d’autre part, nous avons vu la franc-maçonnerie soumise a un grand maître qu’elle n’a pas eu la liberté de désigner elle-même.
« Aujourd’hui, nous disons que l’interdiction aux évêques d'aller au concile n’aura pas d’autre résultat que d’accroître l’agitation cléricale, sans aucun profit pour le gouvernement ; qu’elle n’empêchera en aucune façon nos évêques de se rattacher à un gouvernement étranger, et d’accepter de lui son mot d’ordre.
• Pourquoi donc au lieu de s’en tenir à ces demi-solutions qui ne résolvent rien, le gouvernement ne se décide-t-il pas à comprendre qu’il faut enfin séparer légalement ce qui est séparé de fait, le spirituel et le temporel?
■ Si les évêques, en effet, sont des fonclionaires de l’Etat, salariés par lui, le gouvernement a le droit incontestable de leur interdire des réunions à l’étranger lorsqu’il considère ces réunions comme dangereuses. Il est certain, par exemple, que si les préfets, des 89 départements voulaient se reunir à Turin sous la présidence, de Victor-Emmanuel pour examiner une question quelconque , le gouvernement le trouverait fort déplacé. En se mettant donc au point de vue de l’Etat, on trouve qu’il a raison.
« Que si l’ou se place, au contraire, au point de vue des évêques, on est également obligé de reconnaître qu’ils n’ont pas tort. A côté, ou plutôt au dessus de leurs devoirs envers l’Etat, ils ont leur devoir d’évêque et de catholique, qui est d’obéir au pape pour tout ce qui est du domaine de la conscience. Si par conséquent, le pape les convie à se réunir à Rome « pour des affaires de piété. • ils doivent s’y rendre sans avoir besoin pour cela de preudre la permission de César.
« Mais, dit-on , la piété n’est que le prétexte, et tout porte à
• croire que le but de la réuniou est l’examen de la situation ■ temporelle du pape, c’est-à-dire un affaire politique, de même « que la société de Saint Vincent de Paul couvre du masque de
• la bienfaisance uue action politique incessante. >
• Soit! mais à qui la faute ?
• N’est-ce pas un peu au gouvernement, qui conserve précieusement à Rome, au prix de mille sacrifices une confusion déplorable entre le gouvernement temporel et le pouvoir spirituel? N’est
ce pas encore au gouvernement qui maintient en France la même confusion en traitant comme des fonctionnaires publics les desservants des différents cultes? Voilà toute la question.
Supposez que le pape , au lieu d’être roi de Rome . soit tout simplement le chef de la catholicité ; quel inconvénient y auraitil à ce qu’il réunit périodiquement ses évêques autour de lui pour leur donner des instructions sur leur administration spirituelle?
• Aucun.
« Supposez en outre qu’au lieu d’être des fonctionnaires salariés, protégés contre les attaques non-seulement comme particuliers, mais comme fonctionnaires et comme prélats, les évêques n'aieDt rien à démêler avec le gouvernement, ut qu’ils ne puissent ni le servir, ni le compromettre, ni l'attaquer; quel conflit pourrait-il y avoir entre le spirituel et le temporel? S’ils restaient dans leurs domaine spirituel, l’Etat n’aurait pas à s’en inquiéter; s’ils en sortaient, ils seraient soumis aux mêmes lois que les autres citoyens.
• Supposez encore qu’au lieu d’être seuls autorisés à prêcher, à se réunir et s’associer , les cléricaux se trouvent, comme en Belgique, dans un pays de libre prédication et de libre association, croyez-vous que s’ils voulaient combattre les conquêtes de l'esprit moderne, ils ne nous trouveraient pas armés pour la lutte ?
• Supposez enGu que les quarante millions consacrés au culte et le budget de l'occupation de Rome soieut consacrés à l’éducation des masses par l’installation d’écoles nombreuses dans toutes nos campagnes , et que cette éducation première soit complétée par les discussions d’une presse libre, qui n’auraient pas de peine à remplacer avantageusement les petits livres mystiques si libéralement estampillés par la commission de colportage; croyez-vous que l’action des gens qui spéculent sur l’ignorance des masses aurait l’influence redoutable qu’on lui attribue?
■ Si, par conséquent, le gouvernement est justement inquiet des menées cléricales; s’il veut, enfin , faire disparaître un ferment actif de discorde: point n’est besoin de prendre des mesures de détail qui irritent les personnes sans résoudre les questions; point n’est besoin de refaire perpétuellement cette toile de Pénélope des mesures répressjves.
« Qu’à Rome et à Paris, le gouvernement sépare avec résolutiou ce qui ne peut ni ne veut être uni; qu’avec les économies énormes résultant de cette politique, il répande partout l’instruction ; qu’il laisse à là société civile et à la liberté le soin de se défendre elles-mêmes.
« On verra bien alors si ie peuple qu’on dit si calbolique, si facile à conduire par le clergé, lui donnera les moyens de combattre contre la liberté italienne et de défendre Rome contre Paris.
« C. DtTVERNOIS. ■
Voici l’article de la Presse du 22 février :
« Nous avous publié hier la note du Moniteur relative au concile convoqué à Rome, sous prétexte de canoniser nous ne savons quels martyrs japonais. Le Monde publie aussi cette note, et ajoute : ■ Nous reproduirons ce que diront le Siècle, la Presse, « l 'Opinion nationale et autres journaux de même couleur libérale, • au sujet de cette déclaration du Moniteur. • Nous ne savons ce que diront le Siècle et l 'Opinion nationale, quant à nous, voici ce que nous disons :
• Le clergé expie ses fautes passées, et il les expie justement. Le jour oü il a commencé à se convaincre que le monde échappait à son influence, il a réuni son glaive à celui de l’Etat, espérant trouver dans celte union le complément de sa puissance, fl n’y a le plus souvent, sous Louis XIV par exemple, trouvé que la servitude. La religion s’est perdue dans le droit public, elle est devenue un ressort de la politique.
• Par des contrats étrangers à sa mission, le clergé a revendiqué des exemptions, des privilèges et des honneurs qui l’ont mis dans la dépendance du pouvoir civil. Il a voulu ainsi s’affranchir des charges que l’Etat impose à tous les citoyens, et il a compromis son indépendance spirituelle. Mais essentiellement orgueilleux et perturbateur, il a refusé de reconnaître dans le pouvoir suprême un pouvoir supérieur au sien; il a voulu se mettre au-dessus de la loi commune, et son ambition lui a été funeste. Après avoir fait considérer et rétribuer la direction des âmes comme un service public, il a refusé de subir l'action du gouvernement. Il a eu d’inépuisables ressources pour braver l’autorité civile; il a porté aux lois publiques des atteintes dérisoirement réprimées ou complètement impunies, parce qu'elles étaient le fait non d-’individus isolés, mais d’un corps prétendu sacré et inviolable.
« Il y a là un abus et des prétentions intolérables; pour avoir le droit d’être fier et de se dire libre, il faut être indépendant, et le clergé ne l’est pas. Quiconque, pour un service public, reçoit un salaire de l'Etat, doit se considérer comme un fonctionnaire
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de l’Etat. Si le clergé trouve cette situation trop lourde, s’il veut avoir le droit de dire qu'il exerce des fonctions indépendantes, qu’il renonce à un traitement qui suppose des fonctions obligées. Mais tant qu'il gardera les avantages de sa position, il doit en subir les inconvénients, L’Etat, qui nomme les ministres du culte, a le droit de surveiller leur conduite et de réprimer leurs écarts. Cela ne se discute pas, c’est une affaire de bon sens.
• Voilà ce qu’a produit la violation d’un grand principe, la séparation de l’Eglise et de l’Etat; voilà ce qu’on a gagné à vouloir identifier la religion et la politique. Deux choses d’une nature aussi hétérogène ne pouvaient entrer en relations sans altérer leurs principes constitutifs. L’Etat, pour s’être méconnu au point d’entrer en partage de sa puissance supérieure et indivisible ; le clergé, pour avoir mêlé les choses de la vie civile à celles de la vie religieuse, et s’èlre fait payer avec les honueurs de la terre l’accomplissement de devoirs dont le salaire est dans le ciel, se sont condamnés à vivre au milieu des orages. Leurs rapports n’ont été que des conflits, conflits également funestes à l’Eglise qu’à l’Etat. L’une a aliéné sa liberté, l’autre n’a pas re«;u les services qu’il a payés.
• Il est réservé à notre temps de proclamer d’autres principes et de reconnaître que la matière des transactions entre l’empire et le sacerdoce est épuisée. Il faut affranchir la politique et . la religion de l’influence qu’elles ont jusqu’ici exercée réciproquement l’une
/ sur l’autre. La séparation absolue de l’Eglise et de l’Etat, en consacrant la liberté religieuse, doit rendre à l’Etat la plénitude de son pouvoir souverain, et à la religion la plénitude de son indépendance légitime. Il ne doit plus y avoir, en présence de la loi, que des associations religieuses jouissant des mêmes droits et soumises aux mêmes devoirs. Ces associations, ayant un antre but que la société politique, ne peuvent communiquer à leurs membres, quels qu’ils soient, évêques, pasteurs, rabbins, muftis, aucune immunité personnelle ni aucune dispense des obligations imposées par les lois. Dans la balance politique, l’Etal ne pèse les religions que sous le rapport de l’ordre social. Pour lui, les bonnes sont celles qui se conforment aux lois; les mauvaises sont celles qui les violent. 11 doit protéger tous les cultes, et n’entrer en relations avec aucun d’eux en particulier. .
• Le problème des rapports de l’Etat à la religion se résout ainsi par la liberté, et l’expérience prouve qu’il ne peut' se résoudre
autrement. Cette liberté, nous la demandons entière, absolue, pour tous les clergés et pour tous les cultes sans distinction.
« Le Monde veut savoir ce que nous pensons de la note du Moniteur. Le voilà. a. petrat. ■
Qui, après avoir lu mes propositions à propos de la sécularisation, et le contenu de cet article consciencieux, qui pourrait se refuser à rendre à nous, libres-penseurs, pleine justice, quand nous émettons nos vœux à propos de la puriGcation et de la pacification de la société? ...
Les demi-mesures ne conduisent à rien : que la France et principalement l’Italie se décident à entrer franchement et résolument dans la voie raisonnable de la sécularisation du clergé, de finir une fois pour toutes leurs menées, et de servir de bons exemples aux antres -pays, dont les habitants, sont-ils catholiques, protestants, réformés, schismatiques, vieux-croyants ou néo-catholiques; sontils israélites, musulmans, indiens, brahmanisles, — c’est la même ■.chose! — ils feront bien quand ils rejetteront leurs religions et se contenteront de la lumière et de l’harmonie qui peuvent être les résultats de la justice et de la vérité humaines, sans rien emprunter des prêtres..
A propos des récentes manifestations en Italie, faites par des citoyens de toutes les conditions, en guise de réponse aux paroles du ministre d’Etat du pape, le cardinal Antonelli (voir pages 1 78 el 232).
Presque dans toutes les villes d'Italie ont été faites des manifestations par lesquelles le peuple italien a voulu démontrer qu'il ne ressent pas pour le pape les dispositions, dont parlait le cardinal Antonelli. Les cris: Vive le roi d'Italie Victor-Emma uuel à Rome! Au Capitole!!! Vive Garibaldi ! Vive le pape-non-roi ! à bas le paperoi ! tous ces cris sont bien expressifs...
Je n’entre point au fond de cet événement. Je ne discute pas, si ces manifestations de rue étaient nécessaires, opportunes et utiles; mais à mon point de vue. les municipalités de Milan et d’Aquila ont agi dignement ouvrant la souscription d’une adresse, dans laquelle devait être exposé que les Italiens de ces deux villes ne veulent entendre parler du pouvoir du pape... On lui refuse seulement le pouvoir temporel, laissant pourtant celui de spirituel ; — reste à savoir si cela lui conviendra ou non...
Dans le même sens on agit sur plusieurs points de l'Italie, même à Rome, et voici le texte de la proclamation adressée à la population de Rome par le Comité National Romain :
• Romains !
. Ensuite de la noté du gouvernement de l'empereur des Français, à son ambassadeur à Rome, vous avez compris que la question du pouvoir temporel des papes est arrivée à tel point qu’on
peut en prévoir la solution dans un temps prochain. Quoique le comité national ait toutes raisons de croire qu'après avoir su faire preuve de sagesse pendant le temps où une incertitude pénible sur le résultat final s’ajoutait aux autres maux que nous avons éprouvés, vous saurez également être sages, maintenant que vous est donné le soulagement de l’espérance, il a cru cependant devoir vous adresser quelques paroles en harmonie avec la situation.
. Une fois déjà le comité a eu l’occasion de déclarer que le sacrifice réclamé des Romains par l’Italie était un sacrifice de patience et de longanimité. Ce sacrifice, vous avez su l’accomplir jusqu à présent avec une abnégation exemplaire, et l’Italie vous en est reconnaissante : mais tout le passé «'aboutirait à rien, si vous ne saviez pas à l’avenir vous montrer dignes des hautes destinées qui nous attendent, et dont l’accomplissement dépendra en grande partie de votre sagesse et de votre conduite.
« Soit que la cour de Rome, écoutant des conseils pacifiques, accepte la médiation du gouvernement de l’empereur, pour traiter avec le gouvernement italien; soit que, persistant dans son obstination, elle refuse, ainsi qu’on peut le croire, tout arrangement juste et raisonnable, de manière qu’il devienne nécessaire d arriver à la solution de la question par une autre voie ; dans l’un et l’autre cas, il est de toute nécessité que Rome sache se conduire de manière à démontrer, en même temps, la pleine et inaltérable confiance qu’elle a dans l’avenir... . . ,
Puisqu’il s’agit d’une question dont l’importance principale repose sur les intérêts religieux, intérêts que les partisans de la cour de Rome s’attachent à faire croire compromis par 1 abolition du pouvoir temporel, le gouvernement du Roi doit rassurer à ce sujet les peuples et les gouvernements catholiques, et il doit le faire non seulement en leur offrant des garanties qui puissent être formulées et stipulées dans un contrat, mais aussi il doit avant tout les rassurer, en leur montrant par des faits que si les peuples de la Péninsule, loin de renouveler eux-mêmes la coura- ■ sion faite par la cour de Rome entre la religion et la politique, ont la ferme et unanime volonté de reconquérir à tout prix leur nationalité, en s’unissant sous le sceptre d’un seul Roi
c-esi à vous, plus qu’à tout autre peuple de l’Italie, à fournir au gouvernement du Roi la preuve la plus fondée des garanlies qu’on doit présenter à l’Europe, le moyen le plus efficace de rassurer les consciences timides. Maintenant il est important.
pour le salut de Home et pour celui de l’Italie, que les Romains s'abstiennent de tout acte qui pourrait sembler irrespectueux envers la religion et le chef visible de l’Eglise catholique. Il est important, en un mot, que chacun de vos actes soit une preuve nouvelle de ce ... que vous ne voulez pas qu’on entrave votre droit d’être Italiens.
« Certes, on ne pourrait pas prétendre ni espérer raisonnablement, et on ne le voudrait même pas, que les Romains, qui ont concouru avec les autres peuples d’Italie, par les sentiments et par les arts, à la rédemption de la patrie commune, dussent dei meurer spectateurs froids et indifférents, dans un moment où l’on a entrepris efficacement la solution dont, en grande partie, dépend le salut de l’Italie, auquel celui de Rome est entièrement attaché. S’il se présentait donc l’occasion de faire des démonstrations pacifiques de sentiments nationaux, et ces ‘occasions, certainement, ne tarderont pas; le comité, au lieu de les désapprouver, vous engagera lui-même à les faire. Mais, le cas échéant, vous devez vous même vous rappeler que les louanges que vous avez méritées de l’Italie entière, ensuite de la manifestation du 18 janvier, vous les avez méritées par cela même que vous avez prouvé avoir concilié et uni dans votre cœur la nation et la liberté....
« Le comité croirait vous faire injure, s'il vous exhortait à déposer les haines et les rancunes, qu’un long assujettissement à un gouvernement ennemi aurait pu vous avoir inspirées. Connaissant votre caractère généreux, il est bien persuadé que vous ne voudrez pas rester en arrière des autres villes italiennes, qui, à la chute des gouvernements qui les ont opprimés, toutes sans exception, ont su donner à l’Europe ainsi qu'à l’histoire un témoignage de modération et de générosité, témoignage qui n’est pas seulement le plus beau laurier de l'Italie régénérée, mais eucore une des raisons principales de sa résurrection.
• Grandes et magnifiques et certainement dignes du passé seront les nouvelles destinées de Rome, que la nation a désignée pour sa capitale; mais les devoirs que la nouvelle situation imposera au peuple de celle ville seront également grands. Vous devez montrer que vous saurez les accomplir, en fournissant déjà maintenant des preuves de force d’àme, de sagesse et de droiture.
• D’ailleurs le comité ayant la conscience d’avoir accompli son devoir et de pouvoir continuer à l’accomplir jusqu’au moment où Rome sera restituée à l’Italie, il croit avoir le droit de vous demander que vous ayez en lui confiance pleine et illimitée. Serrez
donc vos rangs, en maintenant la discipline la plus sévère, et gardez-vous d’accueillir des insinuations ou d’exécuter des ordres qui ne vous arriveraient pas par l'intermédiaire des chefs reconnus de l’opposition nationale,
« Romains! pour bien mériter de la nation, pour triompher des artifices hypocrites de nos ennemis, pour que Rome, siège de la religion catholique, devienne bientôt aussi par le fait, comme elle l’est déjà de droit, la capitale de l'Italie, voici notre mot d'ordre, notre devise ;
■ Vive le Pape, non-roi ! •
• Vive Victor-Emmanuel II, roi d'Italie l
• Rome, 6 février 1862.