‹ La vérité sur les lettres de M. J. ProudhonChapitre 2 sur 15 · UES VÉRITABLES MOTIFS DE L’ÉTAT DE SIÈGE EN POLOGNE · texte numérisé non relu

UES VÉRITABLES MOTIFS DE L’ÉTAT DE SIÈGE EN POLOGNE

Depuis plus d’un mois, le royaume de Pologne est en état de siège. ‘Une pareille mesure a toujours un grand retentissement. Cette fois, la déclaration d’état de siège a été presqu’immédiatement suivie de scènes qui ont excité au plus haut degré l’attention de l’Europe. , •

Nous avons fait preuve d'impartialité en publiant, à côté des récits dus à nos correspondances, la relation officielle de ce qui s’est passé à Varsovie dans la journée du 15 et dans la nuit du 15 au 16 octobre. Nos lecteurs ont pu comparer et juger. Nous ne voulons pas revenir en ce moment sur ce sujet ; qu’il nous suffise de faire remarquer que les journaux les plus dévoués à la Russie n’ont pas cru pouvoir accepter la version officielle (parccqtlO tout CC qui est émané du pouvoir en Russie dans les circonstances semblables, est mensonge), comme l’expression complète et sincère de la vérité. Tous ont fait leurs réserves. Les nôtres n’ont pas besoin d’être renouvelées. Oublions donc, pour un moment, ces conséquences immédiates de l’état de siège pour rechercher les causes , jusqu’ici trop négligées , qui ont déterminé le gouvernement russe à recourir à celte mesure.

On a dit, que cette résolution extrême avait été motivée par les manifestations qui, depuis quelques temps, se sont produites presquç simultanément dans toutes les parties de l’ancienne Pologne. Il est nécessaire de faire remarquer d’abord, que ces démonstrations ont toujours eu lieu sans armes, qu’elles n’ont jamais été accompagnées de violences ni de menaces, et qu’à part une ou deux circonstances, une partie du peuple s’est laissé entraîner par les provocations et l’exemple de quelques hommes sortis on ne sait d’où , elles ont

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toujours été sans danger pour la sécurité des biens et des personnes. Mais les faits prouvent surabondamment que là n’est pas le véritable motif de la mise en état de siège.

Depuis six mois, c’est-à-dire, depuis la dissolution, au mois d'avril dernier, de la Société Agronomique, l’autorité russe a-t-elle eu besoin de l’état de siège pour couvrir le pays de troupes : pour pénétrer à toute heure dans le domicile des citoyens : pour arrêter, emprisonner, déporter qui on a voulu; pour établir partout le régime de la loi martiale?... Euavait-ou eu besoin, au mois d’août, pour commettre à Mlawa les profanations quPse sont renouvelées, le 15 octobre, à Varsovie?...

Il était d’autant moins nécessaire de recourir , pour le royaume, à une pareille mesure, que les ukases de 183.", toujours en vigueur, ne sont autre chose, peut-être seulement sous un autre nom, que l’état de siège permanent. Ils autorisent la concentration de tous les pouvoirs dans les mains de l’autorité militaire: ils permettent au lieutenant de l’empereur de suspendre l’ordre des juridictions et de substituer, par sa seule décision, aux tribunaux ordinaires, des commissions militaires qu’il compose à son gré. Une nouvelle mise en état de siège était donc parfaitement inutile; elle n’a rien ajouté aux pouvoirs dont l’administration n’a pas cessé d’èlre açmée depuis bientôt .trente ans.

Mais alors pourquoi la déclaration de l’état de siège au mois d’octobre? Quels en peuvent être le but et la portée?... A quoi bon , dans un pays déjà place depuis trente ans hors 13 loi, ce nouveau déploiement d’arbitraire, ces nouvelles menaces? Tout cela n’a eu qu’un hut: neutraliser violemment, et d’une manière générale, l’effet des concessions promises au mois de mars, et tardivement octroyées par les ukases du mois de juin; empêcher enfin la réunion des conseils nationaux élus en vertu d’un acte de la souveraineté impériale.

Les promesses du mois de mars étaient à peine échappées à la générosité de l’empereur, que déjà on cherchait autour de lui les rendre vaines et à’en paralyser les effets. On avait, en dernier ressort, compté que les élections serviraient ces projets ; on espérait qu’elles seraient accompagnées de desordres, que les choix s’arrêteraient sur des hommes violents, ou exaltés, peut-être même sur

des exilés. Or, les élections se sont accomplies, au contraire, dans le plus grand ordre; les choix se sont portés sur des hommes modérés, qui u’ont cessé de recommander le calme, la soumission, et d’en donner l’exemple. Ce n’est pas tout : les listes des nouveaux élus sont devenues le gage éclatant de l'union qui existe aujourd’hui entre toutes classes de la population et de l'oubli d'anciennes divisions. On a vu figurer ensemble sur les listes des prêtres catholiques et des israélites, des ouvriers , des commerçants, des propriétaires.

Kn même temps cette Union, qui seule suflira (I), s'il le faut, au salut de la Pologne, se révélait par d’autres signes non moins évidens. Le conseil d’Élat, où quelques-uns des meilleurs citoyens étaient entrés par dévoilaient, malgré son origine et son organisation toute impériale, recevait, dès ses premières séances une pétition revêtue d’innombrables signatures et demandant pour les juifs l’admission à la juissance des tous les droits civils. Aux funérailles de l’archevêque, ou voyait plus de 2000 paysans (juifs, protestants — eu multitude), venus à Varsovie pour rendre hommage à la mémoire d’un prélat vénéré, se mêler aux propriétaires, répondre à leur accueil par des témoignages de confiance et de sympathie, et proclamer bien haut leur résolution de l'ester fidèles à ce que, dans leur langage pittoresque, ils appellent l’union du frère cadet et du frère aîné.

Les anciennes divisions, les entraînements d’un peuple essentiellement brave et belliqueux pouvaient seuls permettre à la ltussie de perpétuer son œuvre d'oppression et de réaliser celle pensée que son ambition poursuit : l’absorption complète et la transformation en province russe de tout ce qui porte encore le nom de Pologne. Fidèles à leur programme d’union, de modération persistenle et d’ordre, les Polonais ne peuvent que ruiner les espérances et les prétentions de la Russie. Comprend-t-on maintenant pourquoi une nouvelle

(I) l.'uninn de toutes les classes de la société à Varsovie doit servir d'un grand exemple aux dissensions qui jusqu'aujourd'hui existent dans l'émigration polonaise; la fraction démocratique, et le parti conservateur des traditions aristocratiques doivent s'unir; autrement leurs chefs, ne sachant s'entre-coneilier, doivent être répudiés par la nation. (Autecr).

déclaration d’état de siège est venue s'ajouter surabondemment aux ukases qui régissent le royaume? Il fallait empêcher cette union de se manifester dans les nouveaux conseils; il fallait rompre le lien qui la consacrait officiellement et la 'faisait entrer d’une manière régulière dans le domaine de l’action commune. Peut-être encore a-t-on pensé que par un dernier effort, par une véritable déclaration de guerre, on réussirait à faire sortir le peuple polonais des voies pacifiques, dans lesquelles il se maintient, depuis bientôt un an, avec tant d’héroïsme.

Voilà, nous n’en saurions douter, les vraies causes de la dernière mise en état de siège de la Pologne. Les nouveaux conseils étaient * élus; les choix étaient inattaquables ; il allait devenir indispensable d’accepter ta libre discussion des vœux et des intérêts du pays.

On a mieux aimé se rejeter en arrière par un acte qui, sous le vain prétexte d’une mesuré défensive, n'est qu’un défi jeté tout à la fois à la nation polonaise et à l’opinion de l’Europe.

Les. Polonais ont su résister à cette provocation nouvelle, à ce suprême abus de force ; nous les en félicitons. Leur courage ne saurait grandir dans de nouvelles luttes. Qui pourrait mettre en doute la bravoure d’un peuple associé depuis soixante ans à tant de pages glorieuses de notre propre histoire, et qui ne se souvient des batailles sanglantes de G rochovv et d’Ostrolenka? C’est par la modération, par la persévérance, par la force même de leur droit et l'héroïsme de sacrifice que les Polonais gagneront leur dernière victoire et assureront plus sûrement le triomphe de leur cause!

. C’est à l’honneur de cette cause qu’il importait que fût connue la vérité sur les dernières mesures, prises par le Cabinet de St-Pétersbourg. Elles ne sauraient trouver l’Europe indifférente, puisqu’elles perpétuent et aggravent la violation des traités qui garantissaient à la Pologne, sous l’empire des czars, la vie et les institutions nationales que, depuis plus de trente années, elle s’efforce de reconquérir.

(La Patrie de Paris, 24 novembre 1861).

L’événement auquel on s’attendait depuis quelque temps déjà à Varsovie est annoncé aujourd’hui par une dépêche de St-Pétersbourg. M. Wielopolski a donné sa démission, qui a été acceptée par l'empereur. Le fait peut n'être pas éxact. En tout cas, il est vraisemblable et qu’il soit arrivé il y a quinze jours, ou qu’il doive s'accomplir le mois prochain. Le marquis Wielopolski n’en saura pas moins désormais à quoi s’en tenir sur la possibilité de ces transactions, sur le sérieux de cette politique de fusion, dont il désirait être l’expression vivante auprès de ses compatriotes, et qu’il a espéré de faire adopter par le Czar ou par ses conseillers. L’insuccès de ses efforts, le mépris qu’on a fait de ses idées, le discrédit où lui-même n’a pas tardé à tomber dès qu’il a été à même de présenter à St-Pétersbourg ses plans d’administration et de gouvernement politique, tout doit lui prouver que le cabinet russe n’a pas changé en ce qui concerne la Pologne, et qu’il (M. le Marquis ! ) s’est fait à cet égard la plus singulière illusion.

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