‹ La vérité sur les lettres de M. J. ProudhonChapitre 6 sur 15 · APPENDICES · texte numérisé non relu

APPENDICES

l re APPENDICE

Les paroles du Kolokol appliquées à la Lithuanie se confirment par la citation de la suivante disposition, émanée de la chancellerie de gouverneur général de Kieff. Voici le texte :

■ Les derniers événements survenus dans le royaume de Pologne ont eu un retentissement dans quelques gouvernements (goubernies) de l’ouest de l’empire, qui s’est manifesté par une série de faits qui portent le caractère de sympathie pour l’époque .oit cette contrée, qui continue depuis fort longtemps un apanage de la Russie (?) s’est trouvée temporairement incorporée au ci-devant royaume de Pologne.

« Pour mettre fin aux désordres qui s’étaient manifestés à cette occasion , parmis les mesures sanctionnées par S. M. l’empereur et publiées par des ukases du sénat dirigeant, on a procédé entre autres, dans les governements administrés par le gouverneur général de Viluo 'et dans celui de Minsk , au , désarmement des habitants. •

* S. M. l’empereur a daigné réserver au gouverneur militaire de Kieff et gouverneur général de la Podolie et de la Volhynie la faculté de mettre cette mesure à exécution également dans les gouvernements qui lui sont confiés, dés qu’il In jugerait nécessaire.

« Ayant en vue la tranquillité qui paraissait alors régner dans la contrée, le gouverneur général n’a pas cru nécessaire de recourir à cette mesure, dans la supposition que la population polonaise des gouvernements à lui confiés, comptant à peine iüô, 000 catholiques. sans distinction d’origine, sur une niasse de population de plus de 5,250,000 âmes, appréciant sa position et scs véritables intérêts.

no se permettrait aucune espèce de manifestation, de. désirs et de tendances contraires à l'ordre existant ; et il s’est borné à une constatation des armes qui se trouvaient en la possession des habitants. •

« Malheureusement à la suite d’instigations malintentionnées qui agitent les esprits et nourrissent les tendances chimériques de la partie oisive et irréfléchie de la population polonaise dans quelques localités de la contrée, celle derniqre s’est livrée à des manifestations fort déplacées , qui consistent- à chanter dans les églises des hymnes patriotiques polonais, qui quelquefois empêchent mérite la célébration du service divin et violent la saintété du temple de Dieu et le respect dù à la religion ; à célébrer des services funèbres pour quelques patriotes polonais , à eriger sur des places des croix eu manière de démonstrations politiques, qui dernièrement enfin ont conduit à Jitomir (1) à des désordres qui ont obligé le gouverneur général à déclarer celte ville en état de siège.

’ « Malgré tous les avertissements que S. E. a fait à la noblesse < par l’intermédiaire de ses maréchaux, ces manifestations continuent.

Afln de retenir la population polonaise dans les bornes de la légalité et de lar convenance , le gouverneur général se voit réduit à recourir à des mesures indispensables de rigueur et de précaution et à ordonner le désarmement de tous les habitants d'origine polonaise, sur les bases suivantes:

« 1" Les autorités de police feront savoir aux habitants qu’ils aient à livrer toutes les armes qui se trouvent en leur possession, dans les villes aux chefs de police dans l’espace de quinze jours, et dags le districts aux officiers de police territoriale dans l’espace d’un mois au plus tard ; et que ceux chez qui l’on en trouverait après le terme prescrit, seraient considérés comme recéleurs et encoiycraient toute la rigueur des lois.

« 2° Quant à l’ordre qui doit être suivi pour la réception des particuliers et la délivrance aux compagnies d’invalides , pour la transmission aux arsenaux, des armes tant ordinaires que de luxe ou anciennes, les autorités de police se. conformeront aux prescrip-

(1) On a érigé pendant la nuit une croix sur la place devant la maison du gouverneur civil, et comme la police a abattu cette croix , la population a demandé sa restauration et la punition de la police

• (L’Aoteüb.)

tions de S. E. énoncées dans ses instructions au chef du gouvernement...'

• 5° Les armes qui se trouvent dans les magasins, pour la vente, et qui sont consignées sur les registres de la police, pourront y rester en dépôt , à condition de n'en vendre que sur la permission donnée par écrit par le chef de gouvernement ; les propriétaires des magasins en prendront l’obligation par écrit, et seront avertis que , pour la vente d’armes contrairement à cette règle , ils seront mis on jugement d’après toute la rigueur des lois, et sous l’inculpation de recel d’armes prémédité. Tour surveiller l’observation de cette règle par les marchands, la police procédera de temps en temps, dans le magasins et boutiques, à la vérification des armes, et prendra des renseignements sur les ventes qui en auraient été faites.

• 4“ Les armes seront laissées: 1° à tous les nobles russes, employés , marchands et bourgeois de la religion orthodoxe et du culte protestant’; 2° parmi les individus du culte catholique romain un fusil de chasse aux maréchaux de noblesse et aux employés au service , ’ pour lesquels leur supérieur administratif se rendra caution; 3» aux paysang temporairement obligés et de la couronne, pour la destruction des bêles fauves qui occasionnent souvent de dégâts considérables dans les campagnes, lorsque le chef de gouvernement le jugera nécessaire à cette effet, sous la la directiqp et la caution des autorités, des volosles et des communes ; 4° à quelques propriétaires catholiques et selon la volonté du chef de gouvernement, un fusil de chasse, sous le cautionnement de deux personnes qui méritent confiance, et sous leur responsabilité qu’il ne sera pas fait abus de la confiance témoignée;

5“ aux marchands israélites qui mériteut confiance, seulement un fusil de chasse (par individu ou pour tous un fusil?)

« Par rapport aux armes qui seront laissées aux personnes cidessus désignées , il faudra se conformer exactement aux règles prescrites pour la consignation des armes dans les livres spéciaux l

institués dans Jes administrations de police. •

Et que dire après la lecture d’une disposition semblable dans le pays, qui depuis trois quarts de siècle se trouve sous la domination paternelle (selon M. Proudhon ! ) du gouvernement de Pétersbourg?.... Les mêmes |)aroles que M. Herlzen a publié à propos de la disposition en Lithuanie rendue par un autre gouverneur

général de Vilno, c'est-à-dire que le même gouvernemeat trouve que les goubernies ( provinces ) de Volhynie , de Podolie' et de Kieff ne sont jusqu’aujourd’hui dénationalisées et qu’il ne peuveut dormir tranquillement tant que les armes resteront dans les mains dés quelques milliers de patriotes. Mais vains efforts! Le mouvement moral qui se propage de l’Ouest, marche lentement à l’Est et gagne chaque jour les mêmes orthodoxes russes, qui sur la rive gauche de Duna et sur la rive droite du Dnieper représentent une majorité de la population.

Le mouvement moral ne s’arrête pas devant les baïonnettes: l’exemple de Nicolas 1er nous prouve que pendant son règne les idées libérales se sont répandues dans tout l'empire , pareeque les libéraux condamnés à l’exil ou aux fers dans les mines, à Kamtchatka, à Sibérie, à Orembourg , au Caucase , à Aland, étaient les meilleur!» apôtres de la liberté pour les populations de ces contrées-là , et que ce sont eux qui ont ensemencé les idées , dont ses fruits commencent aujourd’hui à mûrir

De nouveau, des milliers d'infortunés sont ravis à la familfe, au pays polonais, mais non à l’humanité : ils sont condamnés à traîner leur vie dans le Caucase, dans les déserts d’Orembourg, de Sibérie et de Kamtschatka; beaucoup d’entre eux sont condamnés aux compagnies de discipline ou aux fers dans les minières. . . Ce sont de nouveaux apôtres d’instruction et de liberté pour les pauvres Russes ignorants, par la volonté suprême du tzarisme. . . Ce sont de nouvelles victimes de l’absolutisme : leurs noms doivent être gravés dans la mémoire de tout honnête homme ; peut-être ces victimes seront les dernières....

Mon travail était déjà sous presse, quand je trouvai dans le Siècle du 9 janvier une lettre adressée à ce journal de Saint-Pétersbourg. Cette lettre complète à merveille le tableau de l’empire russe.

ébauché ici; je profite donc de celle missi\e, l'insérant littéralement à la suite de cette appendice, dont elle fait un précieux pendant. Elle prépare le lecteur à comprendre toute la gravité qui est contenue dans la 3' appendice de ce livre.

21 décembre 1861

. Saint-Pétersbourg, ------- (t).

• Vous me demandez de vous dire ce qu’il en est des forces et ' des moyens de l’empire russe. Les ouvtages russes qu’on a depuis

quelque t“mps imprimés en si grand nombre fourniront eux-mêmes la réponse. Je vais pourtant jeter un coup d’opil d’ensemble sur cette question. Et d’abord je séparé la nation du gouvernement ; le gouvernement , en Russie , ne s’appuie pas sur elle , et souvent suit une route tout à fait personnelle. Le gouvernement de Nicolas se basait, comme on le sait, sur l’armée et la police; la bureaucratie ne formait qu’une section de l’une on de l’autre. Quel a été, sous ce règne, la force de l’élément militaire? C’est ce dont nous avons pu juger pendant la campagne d’Orient. Cet élément, d’ailleurs, depuis l’avénement d’Alexandre II, faiblit tons le» jours.

• On a réduit de plus de moitié les cadres des corps d’armée; les principes abandonnés de la discipline militaire n’ont pas été remplacés par des principes nouveaux , aucun du moins ne s’est encore acclimaté dans ce pays: le vol n’est pas extirpé des rangs de l’armée russe; l'ancienne organisation militaire de la Russie, bien que fort défectueuse , comme ou sait , qui valait mieux que rien pourtant , n’a pas été remplacée. Aussi l'empire des tzars serait-il hors d’état aujourd’hui de soutenir une guerre offensive: il ne pourrait envoyer à l’étranger plus de 100,000 hommes, et cela même à condition de n’avoir pas à craindre un soulèvement armé dans les provinces polonaises. Quant à une guerre défensive,

(I) La manière de composer le calendrier en Russie est tout à fait diverse qu’en Occident; les Russes sont •< 2 jours en arrière de toute l’Europe ; pourtant ils prétendent que les Européens ont tort en n’acceptant pas leur calendrier. Celte fcontroverse devrait être à la fin résolue, comme celle de l’unité des mesures et des poids; l’humanité est une, et commet une grave erreur celui qui veut qu'elle reste sans progrès et sans changements des institutions et des lois qui régissent cette humanité. (acteur.)

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