PREMIÈRE PARTIE
Pour ne pas être jugé, comme un pessimiste qui dépeint l’empire russe avec des couleurs trop sombres, et que je suis guidé par quelques motifs haineux, qui me rendent partial, je mets devant les yeux du lecteur un extrait de la lettre d’Alexandre I« tzar, avant sou avènement au trône. Cette lettre a été adressée à son ami le prince Kolchoubeî ; elle se trouve imprimée, en français, dans un livre russe intitulée « De l’avènement au trône de l’empereur Nicolas • , par M. le baron Modeste Korf, secrétaire d’Etat, actuel membre du Conseil de l’empire, et directeur de la bibliothèque publique de Saint-Pétersbourg. L’autorité et la foi politique de cet employé, fidèle serviteur dii tzarisme, ne peuvent pas être suspectes à personne, non-seulement à l'etranger, mais même en Russie. '
Voici les termesde la lettre d’Alexandre 1": elle sert de préambule à cette appendice :
. . Oui, mon cher ami, je le répète, je ne suis nullement satisfait de ma position : elle est beaucoup trop brillante pour mon caractère qui n’aime que la tranquillité et la paix. La cour n’est pas une habitation faite pour moi: je souffre chaque fois que je dois être en représentatiou, et je me fais de mauvais sang en
voyant ces bassesses qu’on fait à chaque instant pour acquérir une distinction, pour laquelle je n'aurais pas donné trois sols.
• Je me sens malheureux d’être obligé d’être en société avec des gens que je ne voudrais pas avoir pour domestiques, et qui jouissent ici des premières places, tels que, etc qui ne méritent pas même d’etre nommés, qui, hautains avec' leurs inférieurs, rampent devant celui qu’ils craignent. Enfin, mon cher ami, je ne me sens pas du tout fait pour la place que j’occupe dans ce moment, et encore moins pour celle qui m'est destinée un jour et à laquelle je me nuis juré de renoncer (i), soit d’une manière, soit de l'autre . . .
• Nos affaires sont dans un désordre incroyable: on pille de tous côtés, tous les départements soqt mal administrés; l’ordre semble être banni de partout, et l’empire ne fail qu’accroître ses domaines; aussi comment se peut-il qu'un seul homme puisse suffire à le gouverner, et encore plus, à corriger les abus?. C’est absolument impossible, non seulement à un homme de capacités ordinaires comme moi, mais même à un génie; et j’ai toujours eu pour principe qu’il valait mieux ne pas se charger d’une besogne, que de la remplir mal ; c’est d’après ce principe que j’ai pris la résolution dont je vous ai parlé ci-dessus. Mon plan est, qu’ayant une fois renoncé à cette place si scabreuse (je de peux pas fixer l’époque d’une telle rénonciation (2) ), j’irai m’établir avec ma femme aux bords du Rhin, ou je vivrai tranquille en simple particulier, faisant consister mon bonheur dans la société des mes amis et l’étude de la nature... •
L'histoire nous a dit comment il à monté au trône; son règne a été long ; mais les abus qu’il signalait , continuent comme au-
(I) Oh! libéral! et la chambre de chaleau de Michel à St-Aersbourg, convertie en une chapelle publique, pourquoi a-t-elle reçu un surnom, celui de boucheriel... Ce surnom le lui donna un des princes du sang eu 1858... L’auteur delà lettre citée a-t-il prévu quelque chose de cette boucherie?... et pour arriver là où il n’a pas voulu, n’a-t-il consenti à quelques pactes?...
• (2) L’époque de la rénonciation, est le 19 novembre 1825, jour de sa mort, qui eut lieu dans la ville de Tagaurog. Après la mort du tzar, cette viHe, haïe par feu le prince Vorontzoff, alors gouverneur général de toute la Russie Méridionale et Nouvelle, a-t-elle mérité une vengeance quelconque?... Avait-il ce gouverneur des raisons pour haïr cette ville? Eh'! Eh! La Russie manque d’un talent aussi fort qu’Eugène Sue. pour écrire les Mystères de la Cour de Moscou et de Saint-Pétersbourg!!!....
paravant: ces abus sont de ceux, que l’on ne peut détruire qu’à coups de hache du peuple! C’est un unique remède; tous les antres velléités, partent-elles du trône du tzar ou des ses sujets, — employés, seront toujours de pures utopies...
Je ne méprise aucune source, pour y puiser le renforcement pour mes thèses, et c’est pour cela que je^n’intéresse des moyens de mes adversaires pour connaître les armes, dont le choix m’est nécessaire , afin de les combattre avec profit. Outre cela , en donnant la place dans mon livre aux paroles que je viens à citer, les prenant du Sorë du 19 décembre de l'année passée, je prouve mon impartialité.
Ces paroles émanent des plusieurs abonnés russes à ce journal qui a -été créé pour défendre les intérêts du gouvernement russe. N’importe! Même dans cet organe on peut trouver des vérités pour le compte de tous, à l’exception des Polonais, dont les droits à l’autonomie politique , à l’indépendence , à recouvrir la liberté de leur patrie, ne peuvent pas être contestés par la justice impartiale.
Tout le contenu de la lettre des MM. les abonnés du Nord ne peut intéresser mes lecteurs ; mais les extraits suivants sont dignes de leur attention :
«...Trop longtemps sevrée du contact civilisateur des peuples de l’Occident, la société russe à enGn compris (?) ce qu’elle se devait à elle-même et à son pays; elle a courageusement secoué, du jour au lendemain pour ainsi dire (sic.!) sa létargie plusieurs fois séculaire, pour entrer résolument (?!?) dans la voie que lui indiquaient ses aînées en civilisation.
•L’ère nouvelle s’est ouverte en Russie par une réforme sociale, profonde, radicale — l’émancipation des serfs (?) C’était attaqucrl’ancien édifice par sa base. Mais cette première réforme était trop foncière pour qu’il fût permis de s’arrêter-là. La pierre angulaire ébranlée, tout l’édifice menaçait ruine (1). De là l’urgente néces-
(1) Pour ne dire qu’il croule déjà, et où en sont-elles les causes?... Pour capter la classe de Divorianiè (hommes de la Cour, mais non la noblesse: ce nom n’existe dans le dictionnaire russe; la noblesse répond dans la vieille hiérarchie russe aux boyarès). Roris
site d’inaugurer un système des réformes larges et continues.... Les mesures successivement prises en Russie depuis la libération des serfs (?!), considérées dans leur ensemble, n’ont pas entièrement justifié l’attente générale. Le juge impartial, pour peu qu’il aille au fond des choses; découvre aisemént une certaine dépression des ésprits, un découragement dont le moindre inconvénient sera % de rendre pénible et embarassée la marche du progrès. Déjà des germes de mécontentement se trahissent par-ci par-là, et pour peu que cet état de choses dure, on verra naître la désaffection d’un côté et la méfiance de l’autre. Si les choses en viennent là, qui peut prévoir les conséquences fuucsles auxquelles seront entraînés gouvernants et gouvernés? Tout réclame donc un prompt rémède, et le plus efficace est certainement la voie des concessions. . . •
Bon, d’accord! mais ces concessions doivent être bien grandes, pareeque l’-empire russe est un pays où l'esclavage représente la base de l’éducation, et se trouve sur tous les degrés de l’echelle sociale.
Là, il n’y a point et if ne saurait y avoir de grands seigneurs et 4e grands hommes moraux ; là nous voyons des esclaves, ornés de broderies, de crachats, de privilèges, qui sont égaux devant l’arbitraire et le pouvoir du bureaucratisme, devant les caprices du tzar , mais non devant la loi , comme cela devrait être dans
Godounoff, après l’avènement au trône, montant sur le cadavre du dernier rejeton de Rurick, üymitri Joannovicz, — Boris a fait à l’égard des paysans russes, jusqu’à ce temps-là libres , le premier pas à les convertir en esclaves, en les internant pour toujours sur les biens des propriétaires pour lesquels ils travaillent aux conditions à l'amiable. Pierre 1 en ce qui concerne la Russie, proprement dite, Catherine II en cela qui regarde la petite Russie, c’est-à-dire les Cosaques de l’Ukraine, ont définitivement forgé les chaînes d’esclavage. Aujourd’hui l’eau d’un étang, pour ne pas ruiner le moulin, les digues et leur maître, a reçu par la propre main de ce maître une issue fausse dans les digues, mais préparée avec grande pompe : que deviendront le moulin et son maître si les digues sont ruinées?.... Alexandre II n’a autre chose meilleure à faire qu’abdiquer; une bonne renommée l’accompagnerait dans la vie privée; autrement.... eh! nous verrons ...
un pays, qui se nomme civilisé Là , point de liberté de con-
science, d’opinion publique, d'instruction; point de garantie pour la liberté personnelle.... Four améliorer les abus qui s’y rencontrent, il faudrait faire beaucoup des réformes radicales pour prévenir un bouleversement terrible, qui servira au détriment de beaucoup de victimes tout-à-fait innocentes, mais aussi à la régénération de ce pays.
Aujourd’hui nous sommes en 18fi0. Les historiographes officiels et officieux disent: la Russie a accompli son existence millénaire^ A la bonne heure ! Et quels sont les fruits de celte existence ? Des fruits on juge l’arbre... Si cela est vrai, qu’exprime la lettre d’Alexandre A '^ilus haut citée, ce que raconte M. de Cusline, ce qu’a écrit M. Hertien, qu’a fait imprimer M. le prince Pierre Dolgoroukoff, qu’ont-ils écrit des abonnés russes du fiord '! oh! alors la vie dans ce pays est abominable ! Et comment réfuter l'autorité d’Alexandre I? Les autres u’ofit pas fait autre chose, seulement ils ont dépeint à leur manière, mais avec les'mêmes couleurs des mêmes objets, or tous les tableaux se ressemblent parfaitement, et sont vrais.,.. # • • $
De cela dérive qu’après l’existence millénaire, la Russie est le théâtre des faits sociaux qui abreuvent d’amertume toute l’humanité... • •
Je n’errtre pas dans la dispute avec MM. les historiographes officieux; mais qui connaît l’histoire met en doute cette existence millénaire,' pour le bien des Russes memes : arriver à un tel point de dégradation après mille ans de vie politique, ça veut dire : dissolution ! putréfaction ! et celle-ci ne suit qu’après la mort...
Il y a coutume et coutume pour traiter des morts... Dans le cas actuel il faudrait ériger quelque monument .. Dans la pierre angulaire de ce monument posthume que je propose, il faudrait mettre quelques médailles et descriptions... Les meilleures dans ce cas seraient : la médaille frappée en souvenir de la repression de la Hongrie et de la Transilvanie en 1840. La légende, sur le revers de cette médaille raconte : S nanti Boghk Ilasoumteilé iasytzyi pokorïaïtessia! (Avec nous le Dieu! Entendez-vous, û payens, et soumetlez-vous-en ! ) Quoi de plus superbe qu’une telle sentence émise
avec une telle Conviction?... C'est un monument de l'orgueil terrestre...
Pour ce qui regarde les descriptions, ordinairement faites sur le parchemin, je .propose, au lieu de cela, mettre, — mais le lecteur ne doit pas me prendre pour un pédant qui recom mande partout son ours, — je propose donc de mettre dans quelque botte un exemplaire de cette appendice. ..
' A présent je me permets de faire le dessin du monument qui ^oit représenter un souvenir après la Russie, qui existait il y a mille ans précis.
Au milieu d'une des rues voisines du palais de Marbre à St-Pétersbourg se trouve un énorme bloc de granit ou porpM|re finlandais, je ne me rappelle bien. En rassemblant quelques blocs pareils, mais hétérogènes, il faudrait les conjoindre, autant que cela serait possible, en une masse difforme, mais richement ornée et mettre toute cette masse sur un piédestal, endhàssant, de ses deux côtés des tables de marbre, l’une blanche, l’autre noire. Sur la première mettre une inscription en lettres d'or : • Noire pays était vaste et fertile, mais la* désordre y •régnait (1), et at^-dessus de ces paroles « l’an 862. » Du côté opposé t sur la table de marbre noir, faire une autre inscription suivante: « l’an 1862 » Notre pays fut toujours vaste et fertile, mais le désordre, et après lui la vénalité y régnaient toujours... * Les lettres de celte dernière inscription pourraient être de différents métaux, où les métaux vils auraient le dessus : ce serait bien caractéristique. . .
Un monument pareil ne sera élevé en blocs de granit, mais il existe déjà depuis longtemps dans le fait, — c’est l’empire russe lui-même: ^histoire impartiale nous le présente, et comme nous le voyons de nos propres yeux — yeux de la raisoh.
Ces énormes blocs hétérogènes, de granit, de porphyre, 1 de quartz, de silex, etc., ce sont des peuplades hétérogènes con-
(1) Ce sont des paroles que, dix siècles auparavant, des Slaves, envoyant leurs députés pour inviter Rurick à monter sur leur trône, ont ordonné à eux de commencer leur harangue par une si recommandable description de la situation du pays...
jointes par la force des baïonnettes et du knout, couvertes par les riches ornements, dont le piédéstal est la bible avec tout son corollaire.
La table de marbre blanc, c’est la République slave riche et commerciale avec toutes les villes anséaliques, et avec les peuples de l’extrême Orient et le Sud ; la table noire, c’est l’empire russe actuel. . .
L’or des lettres dont se composerait l’inscription sur la première de ces tables, c’est l’or pur des vertus, autrefois cultivées dans la famille slave... Les différents métaux forgés en lettres de l’inscription $ur l’autre table : ce sont les vices, les crimes, les défauts, qui dépassent bien une minime partie des bons sentiments de la société qui compose la population de cet empire-monstre qui porte le nom de Russie...
Mais assez de métaphores ! Je vais droitement à mon but. Je ne veux pas écrire un pamphlet ; ma tâche consiste en recherches, puisées dans l’histoire , dans la statistique et dans l’éthnographie. Eu voici les prernes, représentées avec toute impartialité, et tout honnête homme, qui a étudié ces trois branches de science, me rendra pleine justice pour ce tableau que je place devant l’opinion publique. Je ne demande pour mon travail ni le prix Monthyon, ni celui d’Ouvaroff ; mais je serai fier, avec toute la modestie d’un humble ouvrier, si j’obtiens une mention honorable des gens de cœur : cela ... ça me récompensera suffisamment ....
A l’œuvre donc ! ! f ’
C’est un paradoxe que défendre les actuels représentants de la force, disant, qu’it sont par cela même, des représentants de l’ordre, si nécessaire pour propager l’amélioration de la situation actuelle, pour répandre le bien-être, pour maintenir en état florissant la spéculation industrielle, commerciale et peut-être même théologique. . . Bientôt les événements démontreront qui a raison ; mais de mon point de vue j’observe que les fameuses béquilles politiques, savoir les mesures constitutionnelles de l’Autriche , une des protégées de quelques publicistes, une des représentants de la force, de l’ordre et de bien-être, j’observe que ces béquilles ne servent au propriétaire à rien... De cela dérive seulement que celui qui *e
sert des bequiJIes, n’est pas fort sur ses jambes, or il ne peut pas être mis au rang parmi les forts.
Pour rassembler en un Etat constitutionnel et libéral toutes les nationalités, qui se trouvent sous la domination autrichienne, il fallait employer d’autres mesures, il fallait éviter lous les cataclysmes politiques avant et après 1849, avenus dans l’empire autriche; mais quand, après le rigorisme de dix dernières années, en 1859 se faisait la lumière, par la voie de la libre presse , non seulement sur la situation de chaque pays sous la domination autrichienne, mais en outre sur les tendances du constitutionnalisme autrichien, tout le monde a déjà vu, que les béquilles des Bach, d#s Rechberg, des Schmerling, ne peuvent servir lougtemps les jambes chancellantes des Habsbourg , par la raison, que leur force était une amalgame composée des races hétérogènes , qui pourrait être une monarchie militaire, mais jamais ne pourrait devenir un Etat constitutionnel, libéral... Mieux vaut donc aider une telle monarchie à crouler, qu'à continuer son existence...
La même comparaison peut nous servira l’égafd de l’empire russe, et les mêmes choses y auraient eu lieu, si par quelque iuouie velléité cet empire voulait suivre l’exemple de sa voisine — commère.
De loin il semble que le tzarat est toujours un géant, une masse compacte inébranlable; mais de près, il se voit que cette masse est une composition Active des différentes races , dont l’unique liaison: la baïonnette, le knout et (’ukase; et que le plus- léger contact-souffle des libellés constitutionnelles, en réveillant les désirs d’autonomie politique de chaque peuple conquis ou trompé par les tzars, inévitablement sera la .pause de la dissolution du tzarat.
Avant de démontrer — que les habitants des pays, gouvernés par les descendants de Catherine H ( pseudo-Romanoff)ne perdront rien d’une semblable dissolution, au contraire, proAteront d’une révolution qui produira un pareil évènement politico-social, — j’énumérerai ces différents peuples et races qui composent l’empire-lzarat, dont la population dépasse soixante onze millions, campés sur 1 septième île la surface de la terre ferme de notre globe.
* L’étendue que représente l'empire de l’héritier de Pierre 1er se
compose de la Grande Russie, de la Petite Russie (ou le pays des Cosaques autrefois pays de Khazars, des Pélchéniéghs,des Polovéts) ; de la Finlande; des provinces allemandes de Baltique , conquises sur la Suède et sur la Pologne ; de la majeure partie de la Pologne et de tout le Grand Duché de Lithuanie , avec la' Volhynie, la Podolie, le Pokutzé , le Polissié, l'Ukraine; de la Bessarabie et d’une partie de la Moldavie, conquises sur les Turcs; de la Crimée, conquise sur les Tartares de ce nom, qui sont aujourd’hui presque tous émigrés en Turquie; des deux anciens royaumes tartares de Kasau, et d’ Astrakan ; de l’isthme Caucasien avec une partie de l’Arménie et des provinces conquises sur les Turcs et’sur les Persans; de la Sibérie; de la Mantchourie du nord, savoir la province d’Amour; de la Kamtchatka; des Archipels, qui se trouvent près de littoral de l’Asie russe, et pour finir cette longue nomenclature de l’Amérique Nord-Ouest , qui appartient à cette puissance, dont le maître, à l’instar de Charles Y, pourra dire bientôt : «dans mes domaines le* soleil ne se couche point*...
A présent le lecteur voudra bien me suivre dans l’énumération des peuples et des races qui composent la population de l’empire russe, et qui.de plus en plus, sont dépossédés et assimilés par les Grands Russes, dont la même langue, favorisée par les circonstances, dépossédé graduellement non-seulement les idiomes slaves, mais même les idiomes finnois-ougriens , tartares, allemands, et en général tous ceux avec lesquels il est en contact par les relations administratives.
Je n’entre point dans les recherches ethnographiques antérieures à notre époque ; je mentionne seulement ces nuances ethnographiques qui existent aujourd’hui entre les familles des peuples , sujets actuels de l’empire russe.
Ainsi la première place occupe la famille Slave, (Slaves, Khrobates, Rhuthènes, Lakhis, Russes, etc.) qui en vertu de beaucoup des causes historiques, connues de tout le floride, a changé quelquefois son nom, selon les circonstances politiques, dont elle a encouru l’influence. A l’époque de la subdivision de cette contrée qui s(etend du Dnieper à l’Kst, parmi les descendants de Rurick, se sont formés tout à fait des nouveaux noms qu’ont reçu les peuples, gouvernés
par ces descendants, el ces noms pour la plupart dérivant des noms des villes nouvellement bâties, par exemple : Moscva (Moscou, Moscovie) (1) Yaroslavl, Vladimir, Riazan, etc., sur le territoire à celte époque-là propriété de' la famille finno-tatare, qu'on subdivise en deux grandes branches: la branche finnoise ou ougrienne, comprenant les Finnois, les Oupriens et les Samoyedes, et la branche tatare où on classe les Turcs, les Mongoles et les Toungonses.
La famille ougrienne, ou finnoise, porte aussi le nom de auratienne, parce qu’existent beaucpup de données légendaires, historiques et ethnographiques pour être convaincu que cette famille s’étqit originairement développée dans l’Oural.
Cette famille occupe tous les terrains à l’Est du golfe de Bothnie, limités par une ligne hypothétiquement tracée depuis le golfe de Riga jusqu’à la mer Caspienne, au point où la Volga se jette
(1) Nestor, pierre triangulaire de l’histoire de Russie parKaramzin, nous dit que « vers le lac Jilanc (Biélo-Ozero) se trouvaient les I esses... Les Mertens occupaient les bords du lac Kletchnine. Les Mouromiens, qui avaient leur langue particulière, restaient près du fleuve Oka, à l'endroit où il se joint avec la Volga. Les Tché rèmisses avaient aussi Leur langue comme aussi les Mordu iens, etc. . Karamzin, de sa part, dans son histoire, à la On du quatrième chapitre, confirmant tous ces renseignements de Neslpr, dit, que « tous ces peuples se changèrent en Slaves, en adoptant leur langue et leurs usages. • C’est André Bogolubski, de Suzdal, qui a transformé les Finnois en Slaves, mais avant lui ces pays finnois furent conquis par un autre descendant de Rurick, George Dolgorouki-f.enpue-matn, qui, en 1117, selon Karamzin, fonda la ville de Moscou (Moscva) de la manière suivante:* le prince George Rolgorouki, allant voir son fils André, qui régnait à Souzdal et à Vladimir sur la Klazma, s’arrêta dans un village sur les bords de la Moscva, et, charmé de la beauté du site, il voulut y établir sa demeure. Son propriétaire, Koutchko de Sudal , n’avait point de volonté de céder son bien au prince. .. et celui-ci le flt saisir et noyer dans un étang. Il Ot ensuite entourer de palissades un monticule sur lequel fut bâti le Kremlin (château-fort), et jeta les fondements d’une ville, qu’il appela Moscou, dans laquelle Ivan le Kalita établit définitivement, en 1328, la capitale de ses domainestzarat (Karamzin, hist. de Russie, t. Il, chap, XII). Des historiographes fusses, et entre autres M. Schnitzler, confirment, par leurs recherches, ces données : il est facile à comprendre pourquoi elles ont trouvé place dans mon ouvrage.
dans .le Caspien. Même encore plus au Sud , on retrouve les traces de cette famille (1). Les Slaves venant de l’Ouest peu à peu occupèrent ce vaste plateau. Sur ces terrains, dans cours de plusieurs siècles, se sont internés premièrement (du Vile, au XII e et même au XIH' siècle), spontanément attirés par les relations commerciales ou envoyés par la volonté des princes descendants de Rurick régnants sur les Slaves, et secondement (après la destruction de la domination mongolienne), par les ordres des tzars moscoviens, qui, commençant depuis Ivan III, envahisseur de la république Novgorodienue et Pskovienne, ouvertement et arbitrairement, colonisèrent l’Est et le Sud de ses domaines par les prisonniers de guerre en particulier, et par les autres Slaves sujets à ces tzars en général. A la fin du XVe siècle, Y van IV Yassilievitcli (Groznyï, le'féroce, terrible) a définitivement accompli la destruction de Novgorod et de Pskow, rayant même les "noms de ces républiques des actes ultérieurs qui regardaient ces deux villes conquises. C’est de ces deux époques, dont la première est assez reculée, que commence la couche slave à se mettre au-dessus de la couche d’aborigènes, pour lesquels les Slaves étaient des étrangers venus du Sud-Ouest.
Les peuplades finno-tatures actuelles sont considérées comme les restes des peuples plus nombreux, qui tint été conquis, resserrés, entraînés par d’autres peuples, ■■peuplades finnoises des plaines ne furent jamais guerrières, ils étaient plutôt cultivateurs et pour la plupart chasseurs.
Les modernes recherches historico-éthnographiques démontrent que les hordes de la race ougrienne ont laissé, dans les légendes des races yoisîues, des souvenirs de haine et de frayeur qui attestent des luttes très longues et terribles. Refoulés par les peuples indo-germains (Visigoths, Ostrogolhs, etc , arrivés par te
(1) Non loin d’un grand village Vorontzovka, situé sur le fleuve Kourna, dans la goubernie de Stavvropol (isthme du Caucase) on voit des ruines qui, dispersées en déserts-steppes, démontrent toutefois l’existence d’une grande ville. Les ruines, portent le nom de Madgyary.
Caltegat et Sund en Scandinavie), ces Ougriens occidentaux se retirèrent dans les montagnes, d’où ils inquiétèrent longtemps encore, par leurs incursions et leurs brigandages, les habitants de la Scandinavie, et les colonies slaves (1). Aujourd’hui ces fameux Titans septentrionaux décrits dans les Sagas du Nord, plus particulièrement que chez Nestor, qui racontait des légendes, se réduisent aux Finnois, dont les ancêtres, sous le nom de Finns, ont laissé leur nom attaché à beaucoup de localités, et composent le fond de la population en Finlande, où ils portent le nom de Tsoumis, de Tschoudes, de Tschoukhons, de Y mes (Yames), de Finlandais, de Quaines ou Cayaniens, au nord de la Finlande; des Esthes ou Esthoniens, dans l’Eslbonie et dans la partie septentrionale de la Livonie; des Ishores, dans l’Ingrie; des Kareliens ou Kyrales, habitants de la partie Sud-Est de la Finlande) s’étendant à l'Est jusqu’aux Vftliaks (gouvernement de Vjatka) ; des Lises et des Koures, dont les premiers étaient la peuplade la plus nom-
(1) Ici je me permets une très-grave remarque qui regarde ces Ougriens, Ougoriens, Boulgariens, Wolgariens, Wareglùens, Wareughes, Wariaghes? ...
L’origine du nom I Yariago rousse en langue slave et russe veut ilire voleur, brigand roux , c'est-à-dire aux cheveux roux. Avec le cours des temps, e pk a djectif démonstratif est devenu substanttf Russes, savoir habil|Hde Russie, qui, dès siècles les plus reculés, étaient toujours des miquérants, ou en langue vulgaire brigands... Le nom poétique légendaire Wareughes est bon pour les historiographes russes officiels et officieux ; pour moi est meilleur le rapprochement des sons et de la signification, approuvés par des recherches ethnographiques et étymologiques, et par le naturel des Russes-gouvernants , inoculé même à la plupart de leurs gouvernés, lesquels dans leur langue (langue des Grands-Russes) ont retenu le substantif: oukligr, (ravageur — breteur — enlève-coeur), l’adjectif: oukhorski, oukhorskaia p. e. oukorschaia lochadi — uu cheval plein de feu, propre à faire une razzia, un envahissement...
Le célèbre Szaffarzik , dans ses « Antiquités Slaves ■ , a prouvé que les Slaves de Kiow, de Smolensk, de Nowogrod, et les autres, tirent leur origine de la nationalité des Lekbites , habitants du pays situé entre l’Oder et la Vistule : dans leur langue on ne trouve point des mots avec la signification semblable; dont même chez Nestor, annaliste rulhène, moine de Kiow (Xll siècle), on ne peut rencontrer nulle part... .'
breuse de la Livonie avant l'arrivée des Allemands (dqs chevaliers de l’épée ou de Livonie).
Les Finnois occidentaux, après avoir subi l’influence européenne, ne ressemblent point aux Ougriens d'autrefois, comme on peut le voir chez les Esthonieus, Lives et Koures. •
LeS Finnois de F Oural forment trois branches : l u U branche murtienne ou ougro-russe, qui comprend des peuples ougriens mêlés au sang slave, p. ex., les Zyrianét (bassin de la Duna du Nord, chasseurs, pariant russe) les Permiens ou hiar miens (formant une partie de la population du gouvernement de Perm, commerçants, chasseurs); et les Yoliaks (population en partie commerçants- voyageurs et chasseurs, mais aussi en plupart agriculteurs, du gouvernement de Yialka, et d'autres).
2" La branche ougro-lurque ou les Finnois bulgares (bassin du Volga), doit contenir les restes des habitants primitifs des contrées qui appartiennent au bassin de ce fleuve depuis Kas3n jus- -qu’à ses embouchures. Ils ont conservé leur langue et coutume.
Les restes de ce groupe sont les Mordouines ou Mordra, la plus méridionale des tribus ougriennes, sur les bords de l’Oka et et de la Sura; les Tcheremisses ou Mûri , et les Tchoueaches. dont l’idiôme est à moitié turc. Et
3» La branche ougrienne pure, dans l’Oural septentrional, appelée aussi hongroise, du nom du peuple principal. Elle comprend : les Vogoules ou Mansi, répandus dans l’Oural septentrional de la Kama et de la Sosva: et les Ostiaks de l’Obi ou As-jach, qui habitent le bassin du fleuve Obi. A celte famille appartiennent aussi les peuplades des Samoyèdes, ainsi que des Ostiaks du Ienisseï, qui se rattachent par la langue à la famille ougrienne. Les Samoyèdes se divisent en deux branches : occidentale : Soyotes et Khossova, et orientale : Youkhagires avec les Tchouvanzes; Koriakh, avec les Tchouktchis, Kamtchadales (presque disparus) et les Ainos, qui habitent l’extrémité de la presqu’île de Kamtscbalka, les lies Kouriles, et autres, situées sur les côtes orientales de la Mandchourie, où ils s’appellent Ghiliaki, et sont les derniers rejetons de cette famille.
One autre branche de la famille finno-tatare, sujette au tzar
russe est une branche tatare ou mongole , dont la patrie primitive est le plateau de l’Asie central.Ces peuplades ont peu d’etablissements fixes , et plusieurs parmi elles sont descendues dans les 'plaines du Nord et de l’Ouest.
Çe sont les Turcs de Tomsk, de Yenisseïsk et d’autres localités de Sibérie; les Yakouls, qui se nomment eux-mêmes Socholar ; les Kirghiz ; les Tarlare* du Caucase, savoir: les Koumyhs dans le Nord du Caucase à l’embouchure du Sonlakh ou Koïssou et les Karathca ï au Nord de la chaîne caucasienne; les Tatares du Volga (de Kasan et d’Astrakhan, restes d’anciens peuples puissants, les plus civilisés des Turcs qui dépendent de la Russie); les Sogaïs ou Afankat, à l’Ouest du Caspien et au Nord de la mer Noire, les Baschkires, dans la partie Sud de l'Oural, et les Mechtchériakes, daus les goubernies de Perm et d’Orenbourg. En outre, en Sibérie, il y a une infinité de petites tribus tatares, savoir : les Alatys, les Téldoules, Koiibales , Malores et autres, qui ont perdu déjà leur langue et parlent un dialecte corrompu du turc, mêlé au russe, ad samoyède, etc.
Des Mongols, une partie de la tribu Khalka (Mongols noirs) vit au Sud du lac Baïkal.et quelques-unes dans la province de l’Amour, et ils sont de la branche mongolienne qui s'appellent les Mongols pur sang. Les deux autres subdivisions de cette branche sont : les Bourialhs et les Eleuths ou Kalmouks. Les Bouriates habitent les contrées au Nord et au Sud du Baïkal, et les Kalmouks (Durbets, Torgots et Kochots) sortis de la Dsoungarie, mènent une vie nomade près du Volga moyen et inférieur.
A la fin les Toungouses, qu’on rencontre dans toute la .Sibérie Orientale, depuis le Yennissei jusqu’à la mer d’Okhotsk; leur patrie est la Daourie, où la langue est spéciale, peu ressemblante aux idiomes des autres peuplades ci-dessus mentionnées. ♦
Voilà donc le tableau des tribus finno-talares. Le nombre des individus de toutes ces tribus est très difficile à évaluer; mais selon toutes les probabilités, il peut arriver jusqu’à huit millions dans tout l’empire russe, dont dans quelques années de la, propagande gouvernementale-religieuse , ne restera que le nom légendaire... Selon la statistique russe, la population totale de l’e'mpire,
avec toute$ les provinces absorbées, monte au-dessus de soixanteonze millions, déduction faite de huit, reste pour les autres races soixante-trois millions, dont presque la moitié est composée de Grands-Russes, qui, à dire la vérité, comme je l’ai mentionné plus haut, ne sont autre chose que les Finnois tatares d’autrefois, conquis par. les Slaves, dont les descendants ont mélé leur sang avec eux, après avoir été convertis à la religion orthodoxe grecorusse. Cette religion, portant le nom russe, et, par-dessus le marché, étant la religion de l’Etal depuis l'époque bien éloignée (X e siècle) est la plus grande cause que le nombre de la population des Grands-Russes s'accroît si rapidement, car même uu individu majeur baptisé par le pope russe, devient russe, c’est-à-dire, Grand-Russe!?!
Toutes ces peuplades de la famille finno-latare ne pourraient point être recomposées en un Etat autonome, homogène et indépendant. Les rejetons de la famille slave, se sont tellement mêlés avec ces peuplades, que, pour ainsi dire, les Grands-Russes suffoquent la race finnoise-ougrienne partout en Russie européenue, ayant, de leur part, dans tous les sens, le dessus sur elle; mais en Russie asiatique, ils sont au-dessous des aborigènes. Je fais cette remarque comme une bafce nécessaire à cette combinaison que j’émettrai „ plus loin.
A présent tournons nos regards au Sud-Est de la Russie européenne, c’est-à-dire vers le pays qui s’étend depuis la rive droite du Volga inférieur et la rive gauche du Don inferieur, occupe tout l’isthme caucasien et conflue avec la Perse et la Turquie asiatique.
Là nous voyons une infinité de tribus entremêlées parmi elles, dont quelques-unes appartiennent à la famille déjà mentionnée et les autres à la famille indo-européenne, à la race blanche; elles composent la population de toutes ces contrées, immensément riches, mais aussi extrêmement barbares.
La première place parmi celles-ci occupent les Arméniens, agriculteurs en campagne, commerçants dans les villes, habitants de tout le pays transcaucasien, limitrophes avëc la Perse et la Turquie, qui possèdent aussi pour leurs parts des portions de l’ancienne Arménie. Le nombre de tous les Arméniens, répandus dans les
-villes de tout l'empire russe ou agriculteurs , dépasse, un million d’individus sobres, économes et assez riches. Tout le commerce caucasien et transcaucasien est dans la main d’Armuniens. Depuis quelque temps, cette tribu-là se ressouvient qu’autrefois elle a été , une nation libre’ et indépendante. . . Ils sont très attachés à leur religion, divisée en deux cultes, arméno-grégorien et arméno- catholique. Le nombre de tous les Arméniens sur la surface du globe arrive à dix millions. -v
2° Les Caucasiens, quoique un peu plus nombreux et plus compacts sur le territoire de l'isthme du Caucase que les, Arméniens, mais pauvres, divisés entre eux par des questions territoriales, outre cela ignorants, confessant des religions qui ne sont qu’un mélange de superstitions payennes, de christianisme et d’islamisme {à l’exception des habitants de quelques villes, où le gouvernement russe entretient des évêques avec tous leurs subalternes), les Caucasiens se subdivisent eu quatre parties, savoir : A. les Caucasiens méridionaux, qui se composent : des Pchavo-Khevsoures, des Géorgiens i Kart’uhlis , Gourdjis) ; des Iméréliens, des Mingrèliens, des Souané- • liens, des Gouriens (Gouriels) , et des Laziens ou Lazes. B. Les Caucasiens occidentaux, gui occupent les payé très montueux du littoral de l’Est de la mer Notre et toutes les vallées comprises entre la rive gauche du Kouhan et la frontière de Mingrélie et de. Souanetie. Parmi toutes les tribus des Caucasiens occidentaux sont les plus remarquables :■ Abkhazes, Abadzekhes, Chapsoughes, Ternirgoti, fiatouga'is, etc. C. Les Caucasiens centraux sont les Cabardinètzis (Adige), les Kistes ou Misdjeghis, les Osselhes, et beaucoup d’autres petites tribus. Et D. Les Caucasiens orientaux ou les Lesghis , habitants du pays très-monlueux qu’on nomme Daghestan, divisé en trois parties: Daghestan du Nord, moyen et du Sud. Les Lesghis se divisent en une énorme quantité de tribus, dont les Avares sont les plus nombreux et les plus vaillants.
Toutes les tribus des Caucasiens peuvent arriver au-dessus de deux millions d'individus. Ils sont guerriers, et la moitié d’eux reconnaît la domination de la Russie; l’autre est indépendante. Là, sur l'isthme du Caucase, se trouvent les éléments d’une république à la manière de la Suisse, ou d’nne monarchie conslitulionnelle-
confédérée, qui serait très-forte par su situation géographique, si les éléments desquels elle serait composée comprendront l’utilité de l' instruction pour se constituer en dehors du joug du tzar russe, et former un pays indépendant, placé sous la protection de l'alliance anglo-française, avec un .prince anglais sur son trône... La liberté rationnelle, le commerce libre, l’instruction et lqs chemins ferrés sont les uniques moyens qui permettraient de profiter de toutes les richesses qui abondent sur l’isthme caucasien.
En ce qui concerne la population d’origine slave dans l’empire russe, elle se compose, à- l’exception des Grands-Russes, dont j’ai déjà parlé, des Rimes-Blancs (au nombre de quatre millions) habitants des goubernies de Yilepsk, de Mohileff, de Minsk et de Grodno; des Roussines (près de six millions) dans les goubernies de Volhynie, de Podolie, de Khieff, de Kherson, et en partie de l’Ouest de CathérynoslafF; et des Petits-Russes (à peu près dix millions), dans les goubernies : TchernigofT, Poltava, Kharkoff, partie de l’Est de Cathérynoslaff, Tauride, et dans les parties méridionale; des goubernies de Koursk, de Voronèje et de Tamboff. Ici on peut ftire mention que, parmi les Cosaques du Don, il y a une quantité de Petits-Russes, autrefois Cosaques Zaporoghes. Aussi parmi les Cosaques du Caucase la plupart sont des Petits- Russes, et les Cosaques de Tchernomorié les descendants des Cosaques Zaporoghes. En somme, c’est une population à peu près de vingt millions d’habitans, tout à fait différents des Grands-Russes, dont les dénominations, Russes-Blancs, Roussines, Petits-Russes, etc., se retrouvent sur les pages de l'histoire; le gouvernement des tzars les appelle aujourd’hui Petits-Russes; le gouvernement polonais d’autrefois les nommait Roussines.
Il est digne de remarque que, parmi les Grands et Petits-Russes orthodoxes, il y a un grand nombre de schismatiques, savoir : les vieux-croyants de plusieurs sectes; les Molokany, les Doukhobortzis, les Sobotniks, etc., qui, avec une rage sourde, supportent le gouvernement des tzars. On évalue le nombre de tous les individus appartenant à ces sectes qui, secrètement, confessent le schisme dans le schisme, et en public sont des indifférents, à seize millions, dispersés sur la surface de tout l’empire, mais dont la
plupart habite le Nord et le Nord-Est de la Russie européenne. Tous les schismatiques se rangeront du pôté de ee gouvernement qui proclamera la liberté de conscience et qui octroiera d'autres libertés rationnelles.
A cette même famille slave appartiennent les Polonais disséminés aujourd'hui dans quélques goubernies de la Russie centrale, méridionale et même orientale, en Sibérie, au Caucase et dans l'extrême Orient, à Kamtchatka, où, privés des relations avec la mère-patrie, ils augmentent peu à peu le nombre de la population des Grands Russes. Aucune statistique ne peut donper un nombre exact de ces malheureux exilés, déportés, ou par l’arbitraire colonisés loin de leur pays, pour déraciner peu à peu la population polonaise pur sang. ‘ .
Dans les goubernies de Courlande, de Kovno, de Vilna, de Grodno, de Minsk, de Vilepsk, de Moghilelf, de Volhynie, de Podolie, de Kiow et même de Bessarabie et de Kherson, il y a encore trois miljions à peu près de Polonais, qui, ensemble avec les Polonais du royaume et les Lithuaniens \Jimaiis ), , arrivent au nombre qni .dépasse neuf millions de Polonais pur sang soumis à la domination du tzar.
De ces chiffres résulte que les contrées comprises entre le cours du Duna d’Ouest, du Dnieper, du Dniester, les frontières de la Prusse, de la Silésie et de la Gallicie, contiennent de la population au-dessus de dix-neuf millions d'habitants, et ces contrées autrefois appartenaient à la République-royaume de Pologne, unie avec le grand duché de Lithuanie.
Parmi les sujets du tzar se trouvent aussi des Allemands pur sang, dont la plupart habitent les provinces baltiques, et les autres sont disséminés sur la surface de l’empire presque dans toutes les villes et dans plusieurs colonies. Le nombre de ces Allemands dépasse un million deux cents individus. '
Outre cela, la tribu des Israélites, dont le nombre est au-dessus de deux millions, habite dans toutes les villes de Pologne, dç Lithuanie, de Volhynie, de Podolie, de Bessarabie, quelques .villes en Petite Russie, dans la Russie méridionale, et même dans quelques-unes des villes du Caucase.
Reste encore à dire quelques paroles des Roumains et des Bulgares qui habitent la Bessarabie, doul la frontière méridionale, confinant avec les principautés Danubiennes, ne peut pas diviser les peuples de ces contrées entre eux, et laisse à supposer que, si les droits des nationalités avaient pu prévaloir sur les droits des conquêtes, les Bcssarabiens devraient former un Etat avec les Moldo-Y'alaques et les Bulgares du Danube ... La population de la Bessarabie , à l’exception des Petits et Grands Russes , des Israélites et d’autres, arrive au-dessus d’un demi-million d'habitants, parmi lesquels se rencontrent des Zingares.
En conclusion je répète encore une fois que c’est par l’influence de la religion de l’Etat, du culte de l’église orthodoxe greco-russe, que le nombre des Grands Russes s’est accru .si énormément, et que, si -la liberté de conscience et d’enseignement pouvait s’établir dans tout l’empire russe, on pourra voir qu’il y a bien nombre d’éléments à diminuer la prépondérance des Grands Russes parmi les autres populations, dont les chiffres donnés plus haut démontrent le véritable nombre et la valeur de la population des Grands Russes en partie pur sang, en partie sang mêlé.
Qui pourra, hormis des esclaves du tzarisme, objecter que le Scandinave, le Péiersbourgeois, le Ballicien, le Bussien, le Li‘ thuanien, le Costique ou tihazar, le Polonais, le Caucasien, le Sibérien, ne peut pas désigner le nom de l’habitant des Etats qui porteraient les mêmes noms, et que chacun de cei noms est également juste et raisonnable, même plus qu’on n’en penserait, que le nom — le Russe ? L’avenir y décidera, et cet avenir, c'est demain I Demain, si les patriotes libres-penseurs en Russie, dont il faut chercher parmi les bourgeois et le peuple, et uon parmi les hommes de Cour ou les employés, qui voyagent en Europe pour espionner, or demain les vœux des libres penseurs russes doivent être appuyés par toute l’Europe libérale qui, voulant éviter le communisme à la cosaque, doit se ressouvenir des paroles de Napoléon 1er, H a dit : «... ce tzar qui aura la barbe au menton, celui-ci dominera tout le monde ...» Les forces du Izarat de Russie sont très-grandes ; les subdivisant on évitera la réalisation des paroles de Napoléon : l'avenir y décidera !
Les chiffres suivaols servent comme une sorte d’épilogue ' pour cette partie de l’appendice actuelle et pour préparer le lecteur à la seconde,’ oii je conseille les habitants gouvernés par le sceptre du tzar à devenir des citoyens régis par la Constitution.
Ainsi toute la population du tzarat, contenant au-dessus de soixante-onze millions, se compose de :
20 millions de Slaves pur-sang (Russes Blancs, Roussines, Petits Russes, Cosaques)
9 • de Polonais, Lithuaniens (Jimaiis)
8 * » Finnois-Tatares de différents noms.
5, 2 > > peuplades sur l’Isthme caucase.
2 • • Israélites.
Ij 2 • > Allemands.
0, 6 • » Roumains, ZiAgares, et
27 • • Grands Russes, dont la moitié sont des schisma-
’ tiques dans le schisme même.
Ces chiffres parlent beaucoup : 71 millions d’habitants qui, grâce aux manèges de la politique du tzarisme, peuvent devenir tous Grands-Russes, dont le nombre, selon la statistique gouvernementale, dépasse quarante-trois millions ! 11 y a une différence entre ce chiffre et le reste des Grands Russes pur sang et orthodoxes, c’est à dire entre 16 et 43; mais en Russie byti ro semoo (qu’il en toit ainsi), est très fortement enraciné. L’Europe libérale, par tous lés moyens, devrait tâcher de déraciner ce terrestre byti po semou et aider l’empire russe à se diviser et à se civiliser.