GLASSE DEUXIEME
Les Poitrinaires.
SOMM.URE : La piscine meurtriere. Lcs stalistiques du docleur Boissarie en faillite. Plitisiques de Villepinte. Phlisiques d'ailleurs. M 1U Gai'etto ct 1'inlervcrsion de sa jilitLsie. PhLisics simulccs. Phlisics hysleriques. La (.Trivotle. Soeur Julienne de Brivcs. La phlisiquc de Moule-Oaiio. -- Hyslcro-phlisie au Iroisieme degrc. Les Aboycurs. Conclusion do cc chap i Ire.
Dans ce chapitrc concernantles poitrinaires amenesa Lourdes, nous aliens cherchor s'il ya eu unseul miracle verilablc, puis prouver quo Ics veritablcs phtisiques, c'est a-dire ceux dont les pouinons renferment les bacilles dc la tuberculose ne guerissenl pas a Lourdes, enfin demontrer que les cas rares d'amelioration ou de guerison ont ele observes chez des hystero-phtisiques, c'est-adire chez des faux phlisiques, ayant 1'apparence mais non la realite de la terrible maladie.
La piscine meurtriere. Avant de commencer celte etude de verification des guerisons miraculeuses, nous devons parler des cas de pneumonic et de pleuresie ex-
cessivemeiit nombreux et excessivement graves qui se
produisentprecisement chez des personnes indemnes de nervosisme qui, par piete, se trempent dans la piscine glacee, et commettent une imprudence des plus graves. En effet, tandis que des nevroses supportent 1'eau froide impunement et meme utilementpour leursante, des non nevroses peuvent devenir gravement malades par F effet de ce bain glace. On me cite, parmi beaucoup d'autres, le fait du comte de X..., amenant son fils malade a Lourdes, et qui voulant prendre, apres lui, un bain dans la piscine mourut d'une pneumonic en quelques jours.
Statistiques non confirmees. Dans les statistiques de Lourdes, nous dit le D r Boissarie, le premier rang, dans les proces-verbaux de guerison est occupe par les poitrinaires dont un tiers et merne la moitie laisse ses tubercules dans la piscine.
Or, nous aliens donner la preuve quo ccs soi-disant miracles nes'imposent nullement, aveclalogique inexorable des fails sclcnlifiquement elablis, et qu'au contraire, en les analysant de pres on decouvre, ou bien que la phtisie n'etait pas reelle, ou bien quela guerison n'a pas eu lieu.
Les phtisies sont dc diverses sortes : les uncs sont vraics, c'est-a-dire avec tubercules ; les autres fausses, c'cst-a-dirc sans lubercules.
Parmi les phtisies vraies, les unes, au premier degre sont susceptiblcs de guerison ; les autres, au dernier degre, soul incurables, tels sonl les fails.
Villepinte. Situe a 18 kilometres de Paris, etabli dans un ancieri chateau, ^ 7 illepinte est un sanatorium au
milieu d'unvaste pare. II a ete fonde par la charite privee pour recueillir les jeunes filles poitrinaires peu fortunees. II est certain que 1'asile de Villepinte, comme dureste, tous les sanatoriums de tuberculeux procurent moins de guerisons qu'ailleurs, car si le service medical, le grand air, la verdure des grands arbres peuvent influer favorablement sur revolution de la maladie, d'autre part la contagion qui nait de la promiscuite, fait de ces agglomerations, quoi qu'on fasse, des licux dont 1' hygiene est deplorable, et des endroits malsains par excellence. Parcontrc, il est vrat, c'est leur bon cote, ils prolegent ies families des germes maladifs que ccs pauvres maladcs semeutautour d'eux.
DC Villepinte, les socurs de Marie- Auxiliatrice conduiscnt chaquc annee a Lourdcs un groupe do plitisiques meie au pelerinage national.
En trois ans, nous affirme le docteur Boissaric, 1'hospice a envoy e 58 pensionnaires, pour la plupart au dernier degre ; or, sur ce n ombre, 24 ont ete gucris ou ameliores, et depuis lors, la guerison s'est maintenue a deux ou trois exceptions pres.
Verilions cette assertion. D'abord ce ne sont quo des tuberculeux du premier degre, c'est-a-dire les moins malades, qui sont conduits aLourdes ; aucunpoitrinaire du dernier degre n'y va. Ensuite, il n'est nullement prouve qu'uu seul malade do Villepinte, notoirement pbtisique, ait ete gueri : prenons par exemple les 24 malades de 1898, nous trouvons 1 que 10 jeunes filles sont reparties de Lourdes dans le meme etat et sont rnortes depuis ; 2 que parmi les 14 autres soi-disant gueries au ameliorees, 10 ont rechule. Je cite leurs iioms, pour qu'il n'y ait aucune contradiction possible :
Louise Perier, sceur Marie Maltricis, Eveline Grandiour, Tberese Maltricis, Augustine Bar'on, Suzanne Cbopinet, Anielie Goathier, Marie Abrial, Marie Jourboul, Amelie Baurnann.
II en reste done quatre gueries : Genftvievc Rohmer, Jeanne Bertram.!, Anne-Marie Becquet, Glarissc Godeau.
Quatre seulernent!
On admettra bien la possibilile qu'il y ait cu, parmi ces qualre dcrnieres, des cas dc i'ausse phlisic, par exemplc des broncbilcs cbroniques, ou desphtisies bysteriques ; sans compler qu'il n'est pas rare de voir des pbtisiques au premier degregueris sans pelerinage. Alors nous nous demandons ce qui resle comme vrai miracle de cette statistique de 1898.
Nous sommes alle visitor I'liospiee de Villepintc pour constatcr par nous-meme les soi-disant miracles obtcnus en 1902. Apres avoir rendu justice a 1'admirable devouement des soeurs de cet asile, qui s'exposerit chaquc jour a la terrible contagion, sans songer seulemeiit au danger qu'elles courcnt, remcrcions-les de la parfaite courtoisie avcc laquelle elles nous re<;urent, et nous inontrerent les difl'ercntcs parties dc 1'etablissement.
En passant dans un couloir, comme la mere snperieiice qui me servait de guide m'arretait dovn.nl. urie vierge de Lonrdes, je profitai de la circonstance pour lui demandei 1 le rcsuilat du dernier pelerinage.
Elle mo deela.ru simplemenl qu'aucun miracle n'avait eulieii. el quo les 30 malades qui s'claient rendus a la grolle etaicul revenus a Villepinle dans le meme etat: unc scnle jeune fille etait guoric au rcloui\ mais la nature de son alVeclion etoit douleu.se, et il me sembla
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compreiulre quo, pour la sceur, il n'y avait pas cu miracle.
Nous entrames dans uu dortoir oil, navrant spectacle, toussaient a fcndre la poitrine, et crachaient le pus a pleine bouchc, do pauvres jeunes filles, arrivees au dernier degre du inal : CM sent celles-ei, rnasccur, dis-je, que vous devricz conduire a Lourdes ; si clles guerissaient, ce seraicntalorsde vrais miracles ! Elies sont Lrop malades me reponditdoucement la soeur. Ce mot i'ut pour moi, la conclusion dc mon cnqucle.
Dans lo numero du Journal du 2 septembre 11)01, nous Ironvcuis un article de Ludovic Naudeau, intitule L envers du miracle , qui raconle une visile, faite antcrieuremcnt a la inicnnc, a 1'hospice de Villepinte, cette annee-la egalement, assure le nouvclliste, le pelerinage de Lourdes n' avait donne aucun resultat.
Le journaliste poussant plus loin son cnquelo avait ele au chateau de Livry interwiever le D' Lefevre, medecin de Villepinte, et lui avait demande s'il avait constate des guerisons durables, chez les malades revenues de Lourdes. Des guerisons completes, jamais, repon- <i dit categoriquement le medecin ; mais chez des matt lades atteintes de laryngite ou de peritonite tuberculeuses, des ameliorations tres reelles ; une fois, une phtisique de Yillepinte est revenue de Lourdes tres amelioree; mais anterieurement, sans quitter Villepinte, elle avait paru en voie de guerison ; puis pos- (( terieurement au pelerinage, elle avait subi une nouvelle poussee.
Done les poitrinaires de Villepinte qui vont a Lourdes ne guerissent pas ; tel est le resultat de notre enquele, de celle de Ludovic Naudeau, et aussi des statistiques du D r Boissarie, lorsqu'elles sont verifiees.
Quator-ze cas dans le Journal de la Grotle. Depuis I'annec 1900, epoquc oil parut le livre des Grands Miracles do Lourdes , j'ai collationne dans le Journal de la Grotte , les eas de phtisies gueris a Lourdes pendant les annees 1900, 1901, 1902, 1903. Nous allons faire une rapide etude de la plupart d'cntre eux, en nous arretant plus longtcmps a quelques cas sensationnels.
1" MIRACLE : Blanche-Aimee Mille, de Villepinte, atteinte de phtisie pulmonaire, est guerie a la piscine le 22 aout 1901, mais 1'etatdu poumon a 1'auscultation est a pen pres le mme qu'd I'arriuee.
2 e MIRACLE : Helene Roos, de Villepinte, apres un bain de piscine, ressent une amelioration rniraculeuse. Mais, on trou^ 7 e, au moment du depart, que 1'etat du poumon est a pen pres stationnaire.
3 e MIRACLE : Marie Wiard, de Villepinte, entre dans la piscine le 24 septembre 1900, pour une affection pulmonaire de nature tuberculeuse ; elle ne gu6rit pas de sa phtisie. mais seulement d'un ballonnement douloureux de 1' abdomen.
4 e MIRACLE : Marie Duret, de Villepinte, agee de 20 ans, atteinte de tuberculose pulmonaire, setrouve beaucoup mieux apres son premier bain dans la piscine, mais elle n'est pas guerie.
5 e MIRACLE : Madame veuve Gallois, de Poitiers, agee de 40 ans, est atteinte de tuberculose pulmonaire, les lotions d'eau de la piscine ne donnerent pas de resultat, mais a la procession du Saint-Sacrement, le bien-etre general est tel qu'elle se met a chanter, depuis lors,
1' amelioration s'affirme de plus en plus ; la toux a PRESQUE disparu.
6" MIRACLE : Elisa Gorillot , de Vermelles (Pas-de- Galais), atteinte dc phtisie pulmonaire, a etc guerie a Lourdes, en 1901, mais guerie aussi peu que possible, car on nous dit que la lesion conslatee au sommet du poumon gauche est restec slationnaire clepuis un an.
7 MIRACLE : Pierre Weber, de Paris, 24 ans, montre a son arriveea Lourdes, an ccrtiiical de tuberculose pulmonaire ; bien qu'on le classe parmi les miracules, ce n'est qu'un pauvre miracule, car 1'examen des poumons rcvele des signes suspects, avoue la sainte gazette.
8" MIRACLE : Mile Stephanie Crepin, 20 ans, demeurant a Esquermes, souffrait d'une bronchite specifique depuis trois ans, avec pleuresie a gauche ; il y avait fievre, hemoptysie et expectoration abondante. Apres un bain de piscine, il y a eu amelioration notable, si bien que la jeune fille a pu manger des haricots. Oh ! c'est le seul resultat miraculeux, car Mile Crespin est retournee a Lille avec son mauvais poumon.
9" MIRACLE : Mme Kriegel, de Montigny-sur-Gohelle (Pas-de-Calais) etait atteinte de tuberculose avec de multiples abces froids. Des 1'arrivee a Lourdes, un abces d'aine s'est ouvert spontanement ; ailleurs qu'a Lourdes les abces s'ouvrent spontanement ; mais a la grotte, tout est miracle.
10 e MIRACLE : Mile Fouesnel de Poitiers est atteinte de tuberculose pulmonaire aun degre avance. La vierge de Lourdes a fait un miracle pour I'amelioration de 1'etat general, mais a laisse, nous dit-on, des expectorations purulentes.
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11" MmACLE : Soeur Genevieve, atteiute an sommet droifc dc lubereulose, cst venue a Lourdes en 1902. Son medecin declare que la raaiadie de la soeur s'est amelioree, metis non guerie ; miracle a recommencer.
12 e MIRACLE : Marie Cromer, de Stotzheim (Basse- Alsace), agee do 19 ans, a etc yudric, metis pas a Lourdes. Elle etait tres raaladc ehcz son pere depuis Irois scmaines, quand celui-ci alarme des progres du mal, fit voeu si elle guerissait, de la conduire a Lourdes. A partir de ce moment, nous dit-on, la maladic diminua et la convalescence s'etablit. Cela s'appelle coincidence, non miracle. Commc du reste les gens pieux font des V03UX dans tontes les maladies graves, il arrive ceci : si le malade mcurt, on n'cn parle ]ias ; s'il recouvre la sanie, on crie an miracle.
13 e MIRACLE : Blanche Samson, de Falaise, agee de 31 ans, esl atteinte, nous assure-t-ori, d'une peritonite luberculeuse, d'unc bronchile el d'une laryngite specifiques ; mais comme des symptomes hysteriques tres marques compliquent son etat, et qu'en plus 6 hysterie, voila de tes coups ! les fonetions vesicales sont souvent interrompues, nousportons le diagnostic d'hysterie pure, avec notre conclusion habiluelle : pas de miracle.
14 e MIRACLE : Angelique-Alix de Louvigne du Desert, guerie en 1902, est accablee depuis sa naissance par une avalanche de maladies qui ont fondu stir elle : une meningite, une maladie de la moelle, des crachements de sang, une osteomyelite, enfin, des abcesinterminables dans les os de la jambe. Tout cela etait gueri quand elle vint a Lourdes; pourtant il fallait encore la morphiniser pour calmer ses souffranccs. Des le premier bain,
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transformation complete : mais de quoi? impossible dc rien savoir.
Tels sont, d'apres le Journal de la Grotte les quatorze observations de phtisies gueries a Lourdes, dans une periode de quatre anne'es. Je pense que mes lecleurs, s'ils sont de bonne foi, declareront avec moi, qu'aucune de ces qualorze cures n'est admissible cnmme miracle.
Le Journal de laGrotle avoue lui-meme la chose. II n'y a done pas lieu a discussion. Alors, pourquoi nous dire que les poitrinaires guerissent a Lourdes? Pourquoi nous donner comme preuve 14 observations qui se lerminent par dcs aveux de non guerison?
CONCLUSION: Lourdes n'a jamais gueri de vrais poitrinaires venus soit de Villepinte, soil d'ailleurs.
Faux physiques. Comment a-t-on pu f;dre croire que Lourdes pouvait guerir des poilrinaires ?
C'est qu'ii C( A )te de vrais pbitrinaires, on rencontre parfois clefaux luberculeux, c'est-a-dire des phtisiques sans tubercule.
Nous allons les etudier en prenant des exemples dans le livre meme du D r Boissarie.
Juliette Foret est une malade de Villepinte dont on nous raconte le petit roman ! Un jeune homme et son frere, ingenieur et protestant, viennent lui rendre visite; prise d'un beau zele de propagande, elle fait a 1'Immaculee-Conc option le sacrifice de sa sante en vue de la
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conversion du protestant ; ellc va a Lourdes en 1899 dans ce but : la vierge ermie les guerit tous les deux, elle de son mal, et le beau jeune homme de son protestantisme.
Qu'etait cette maladie dont on ne decrit ni les symptomes ni les lesions anatomiques?Le medecin de Yillepinle, le D 1 Lefevre dit n'avoir jamais constate" de guerisons durables parmi ses malades. Or, Juliette fait partie de 1'asile ; attendons d'etre mieux renseigne pour accepter ce miracle.
Madeleine Jullian, de Meynes (Gard), presente, d'apres le certificat du D' Romant, tous les caracteres de la cachexie tuberculeuse : emaciation et figure cadaverique. Cachexie, soit, mais tuberculose, ce n'est pas certain; on le suppose, mais on ne nous en donne pas la preuve scientifique.
Lorsque Madeleine Jullian fut plongeedans lapiscine, sa guerison, nous assure-t-on, cut la soudainete de 1'eclair : c je suis guerie ! s'ecria-t-elle, et elle se leva bien portante. Ainsi guerit 1'hysterose ; ainsi ne guerit pas la phtisie, meme a Lourdes.
Nous aurions place le cas parmi les vraies phtisies, si le D r Romant nous eut affirme que la cachexie s'accompagnait de cavernes constatees a 1'auscultation, et de crachats dont les bacilles avaient ete vus au microscope, mais rien de semblable dans le certificat.
Aussi pla<jons-nous Mile Jullian parmi les fausses phtisiques, en nous appuyant sur la soudainete de la gue"rison, qui nous fait croire a plus d'hysterose que de tuberculose chez elle.
En tout cas, un miracle avec tantde points d'interrogations, n'est plus un miracle.
Louise Goffette, de Liege, est classee parmi les poitrinaires ; poitririaire d'etrangc sorte, car c'est dans uue region assez loin de la poitrine qu'est logo son mal. Chez elle, un abces pclvicn comprimait 1'inteslin, arretait le cours des matieres et faisait une forte saillie dans ie rectum. Celui-ci, r6duit par la tumeur au volume d'une plume d'oie, ne laissait ecouler les matieres feeales qu'avec la plus extreme difficulte : de la, tous les maux de poitrine de Louise Goffette. Ses deux medecins, les D" Marique et Gohenr, nous raconte-t-on, ne voulurent pas tenter une operation qui pouvait 6tre mortelle et devail laisser la malade a jamais mutilee. Le D r Boissarie semoquedu public en ecrivant de telles heresies chirurgicales ; c'est mal de sa part d'accuser sos confreres liegeois d'etre dans leur diagnostic si ignorantsdes choses dela medecine, carle pus, au contraire, pouvait, si 1'operation etait retardee, occasionner une peritonite, en s'ouvrant dans la cavite .abdominale, au lieu de se faire jour dans le rectum. Heureusement, cet abces de 1'anus s'enfla si bien qu'il creva. II creva dans la piscine, par faveur speciale de la Sainte Vierge.
G'est ainsi que Louise Goffette fut gueYie de sa malaclie de poitrine.
Phtisie simutte. Parmi les fausses phtisies, il ea est de simulees ; elles sont plus fre"quentes qu'on ne 1'imagine, dans les pays a miracles surtout : grace k
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elles, Ic coefficient des guerisons peut s'elever autant qa on vent, pour peu quc le medecin des statistiques s'y prete.
.Fai cu a trailer, autrefois, la Poulette , une fausse tuberculeu.se qui me inoiitrait chaque jour du sang dans ses crachats, et me faisait entendre dcs quintes de loux a empecher I'auscultation. Un matin, que j'elais venu la voir beaucoup plus lot que d'ordinaire, je ne trouvai ni cracbat ni sang. Je m'etonnai et cherchai la clef du mystere, quand je vis entrcr la voisine rcvenant du marche et apportant sur une assielle unc rondelle de sang de poulet; c'est avec quoi la malade petrissait les crachats tuberculeux a I'usage dcs medecins naifs et non munis de microscope. Cetlememe malade parlit plus tard a Lourdes, et revint tres bien miracutiv. Gombien d'autres out fait comme elle?
Phtisies hysteriques. II y a des phtisies hysteriques qui forment une autre classe de faux poitrinaires : nous en trouvons quelques cas cites comme miraculeux, dans le livre du D r Boissarie ; mais, ailleurs, d'autres non miraculeux pourront nous servir de termes de comparaison.
G'est une classe des plus interessantes que ces poitrinaires hysteriques qui presentent tous les symplomes 'de la veritable affection, mais sans bacilles tuberculeux, et qui ont celte faculte extraordinaire d'etre gueris subitement et completement, sous 1'influence de diverses
causes suggeslives, comme les autres manifestations do 1'hysterose, clu reste.
Aurclic de Beauvais, ccrit le D r Boissarie avail des poumonsdebois ; mais, d'apresnous,sespoumons etaient non tuberculeux. Depuis 1889, bronchites repetecs, expectorations fetides, respiration penible, essoufflement. Avait-elle des cavernes dans les poumons? Le D r Hardivillers dc Beauvais, qui semble lui aussi ignorer Ic microscope, est tres sobre de details sur sa malade, ct les medecins de Lourdes n'ausculterent pas celle-ci a son arrivee ; mais peu importe, car la facon dont a lieu la guerison prouve 1'existence de 1'hysterose chez cette malade. En effet, elle est a 1'agonie; deja dans le coma; dans quelques minutes elle va mourir. On 1'apporte, presque cadavre, couchee sur un matelas, devant la grotto. Aussitot Amelic rcprend connaissance, ses yeux s'ouvrent, ellereconnaitla Vicrgc, sa respiration devient plus libre, le coma cesse, 1'agonie s'eloigne ct elle peut tres gaillardement recevoir la Sainte Communion.
Puis, quand soulevec sur un drap pour etre plongce dans la piscine elle regoit rimpression de 1'eau glacec, en quelques secondes elle est gucric. Plus ricn dans la poitrine a ra'uscultation.
Les phlisiqucs du 3 e degre ne peuvent fairc le voyage de Lourdes, mais les liyslero-phtisiques moribonds peuvent i'aire le tour du monde impunement pour arriver a Lourdes.
Miracle, sans objection possible, proclainc le D 1 Boissarie ; miracle hysterique, repliquons-nous, par consequent, absence de miracle.
Irma Monlrcuil, 33 ans, de Lens (Pas-de-Calais), esl
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atteinte d'une phtisie grave avec vomissements de sang, toux tres penible, crachats purulents, fievre continue, sueurs abondantes et appetit perdu.
Descavernes on n'en parlepas ; d'examen de crachats pas davantage, en sorte qu'on est en droit de nier les bacilles de Koch.
Un muguet confluent remplit la bouche ; est-ce une preuve de tuberculose? Non, mais plutot d'un manque de soins hygieniques. II n'y a pas a en tenir compte du reste, car ce mal sera gueri non par 1'eau de Lourdes, mais par un pinceau Irempe dans un collutoire, que tient une religieuse inilrmiere, au moment oil la maladc est dans la piscine ; Iraitement qui, entre parenthese, nous indique que d'autres remedcs que 1'eau sainte sont en usage a Lourdes : medecins ct infirmieres n'auraient-ils done pas une contiance entiere dans 1'eau de la source. Apeine trempee, Irraa Montreuil est guerie, et n'offre nulle trace de ses lesions pulmonaires.
Mais ce n'est pas tout : la ^ 7 ierge de la Grotte fermc d'un doigt guerisseur une fistule a I'anusqu'avaitlrma; cctte iistule verifiee ou non par le bureau des consultations est encore rccevable. Mais que dire de certains avaries qui se figurent que Lourdes est situee a Gy there, ct vicnnentmonlrer a la Vierge immaculeedesblessures qui relevent d'une autre divinite !
Ges miracles, de crainte de scandale, je les voilerai, sans les discuter avec la sainte Gazette de la Grotte qui elle, les elalc sans vcrgogne dans ses colonnes, sous pretexte que 1'eau de Lourdes 'purifie tout.
La Grwotte. Marie Lebranchu est connue, c'est la Grivotte de Zola. Le celebreromancier dans ses livres se croit parfois docleur. Mais il faut reconnailre qu'il n'est pas toujoui's infaillible, et que ses explications da miracle embarrassent plutot lo medecin qu'elles ne 1'aident a de~couvrir la verite.
Quel etait 1'etat reel de la Grivolle, lorsqu'elle vint a Lourdes en 1898? Bien que M. le D r Boissarie nous assure que le professeur Germain See a trouve dans ses crachats le bacille de la tuberculose, et que le D r Mar-" quezy, medecin de I'hopit.al Franco-Neerlandais a constate la phtisie pulmonaire avcc ramollissemcnt et cavernes ma confiancc n'est pas entiere ; pourquoi n'avoir pas public les certiticats de cesdeux docteurs, certificats indispensables dans la circonstancc pour appuyer le miracle ? Yoila deux preuves qu'il fallait nous montrer et devant lesquelles il aurait fallu baisser pavilion. Si on ne 1'a pas fait c'est qu'onne les avaitpas. Les assertions du medecin attitre de Lourdes, reproduces par Georges Bertrin ne les remplacent nullement et ces appreciations n'ont a nos yeux aucunc valeur. Gombien il en cut ete autrement si on avait public lesdits certificats! Nous n'avons done nullc certitude de la presence dans les poumons dc la Grivottc de bacilles tuberculeux ; jusqu'a prcuve du contraire, nous ne croirons pas a un miracle.
En attendant cellc preuve, nous souleiions quo Marie Lebranchu ctait atteintc d'unc phlisic hysteriquc, c'csta-dire sans bacilles.
Pour dcmontrcr 1'hysterosede Marie Lcbranchu, nous avons les prcuves suivanies :
Depuis de nombreuses annees, cinq ou six ans au moins. La Grivotte faisait le tour des hopitaux de Paris, remplissant les crachoirs de pus, rendant du sang a pleine bouche, toujours suante et toujours toussanie a s'arracher la poilrine. Or, des symptomes pulmonaires d'une telle gravite ne laisscnt pas vivrc longtemps les vrais poitrinaires, tandisqu'au contraire, les hysteriques prolongent leur vie indefmiment avec les symptomes les plus graves en apparence.
Symptome d'hysterose egalement, cet estomac qui fonclionnait si mal ct qui nc pouvait conscrvcr aucune iiou rri lure.
Hyslerosc aussi eel nmuigrisscmcnt extreme, celte pertc de poids de 48 livrcs avec des forces conservccs pourtant.
Hysterose encore ccs yeux de flamme compares aux yeux eteints des poitrinaires arrives a la derniere periode.
Hysterose entiii cette guerison subite par 1'eau glacce dc la piscine. Grand coup do fouet, ccrit Zola qui, lui cinglanl tout le corps produisit rhystero-chpc, lanlot cause dc la nevrosc, tantot cause de la guerison.
Dans cetle classe d'hystero-phtisiques, on pourrait classcr avec Irma Montreuil ct la Grivotte de Zola, Madeleine Jullian dont nous avons plus haut raconte 1'histoire.
Dans cetle classe aussi.les cas suivurils, dontl'unesl cite par le Journal de la Grotte el les deux autres par le D 1 Boissarie.
M m Radegonde Bellefond, deMontmorillonqui, atteinte d'hemoptisies et d'amaigrissement, etait regardee comme une poitrinaire averee, se rendit a Lourdes le 31 aout 1900. Apres avoir prie a la Grotte, comme elle avait ete dans le petit bois, pres de la, faire son repas, et qu'elle mangeait un peu vite son pain, ses oeufs et ses legumes, le tout arrose d'un verre d'eau, elle se trouva guerie spontanement, sans savoir comment.
La jeune fille de Brooklyn dont 1'observation est si vague qu'on ne peut rien en dire de certain, et la maladc derhopitaldeBesanQon, ClemenceDordon, soignee pendant 25 ans par le D r Lebon, semblent encore etre deux cas a classer parmi les hystero-phtisiqucs.
Sceur Julienne de Brives. C'est parmi les phtisies hysteriques que nous plac,ons le miracle si retentissant et si souvent reproduit de soeur Julienne des Ursulines do Brives. II suffit de debarrasser son histoire de tous les saints enjolivemcntsdont elle estentouree, pour que lajustesse de notre diagnostic soit rcconnue.
Gomme heredite une ligne du livre nous en dit long : soeur Julienne tenait I'hyste'rose de sa mere, boiteuse depuis 1'enfance par Teffet d'une coxalgie hysteriquc.
Soeur Julienne etait concierge du couvent, lorsqu'au mois de mai 1886, a 1'age de 22 ans, elle eut pendant cinq mois une bronchile que Ton qualifia de tubcrculeuse. Elle guerit et reprit son poste le l er Janvier 1887. An mois d'octobre de la meme annee, pendant un mois elle eut d'abondants crachements de sang ; elle se guerit en conservant une petite toux seche. Au mois de mai
1888, nouvelle crise d'hemoptysie, puis sante parfaite jusqu'en Janvier 1889.
Dans cet intervalle, enjuillet 1888, elle avail fait sa profession, ce qui indique qu'elle etait en parfaite sante, car la prieure du couvent n'aurait pas admis une tuherculeuse comme sosur professe.
An. mois de fevrier 1889, nouvelle crise; mais alors des symptomesnerveuxse font jour; elledevient aphone elle eprouve des etouffements incessants avec fievre continue et temperature elevee. Le medecin prononce le nom de phtisie galopante ; c'est la mort a bref delai, mais sosur Julienne ne meurt jamais.
Les crachats sanglants deviennent purulents au mois de juillet 1889, mais soulignons le fait : le poumon gauche, lieu de predilection de la tuberculose n'est pas atteint ; seulle droitpresentc dessignesstethoscopiqucs, rales et matite, mais sans les bruits symptomatiqucs des cavernes.
Pendant ces trois mois, sceur Julienne est en proie a 1'anorexie et a une fievre intense, symptomes quo les hysteriques supportent gaillardementetdont une malade, celle de Monte-Carlo dont nous allons parler, va nous donner un remarquable exempie.
On nous dit que six medecins ont vu la malade, et ont diagnostique la phtisie, et Fauteur ajoute que leur diagnostic ne pouvait etre faux. Ont-ils fait seulement Tcxamen des crachats au microscope? nullement. Alors le diagnostic est doutcux. 11 est meme tellement douteux ce diagnostic, que tous ceux qui nous liront, dirorit comme nous.
Sceur Julienne cst-ellc vraiment tres faiblc? non,
car avant d'aller a Lourdes, elle a etc en voiture au pelerinage Saint-Antoinc ct a tres bien supporte la promenade. Lc voyage do Lourdes n'a pas etc Ires penible pour elle non plus. Pendant la nuit de 1'arrivee, elle est assaillie par des etouffemenls douloureux; or, cese~touffements nerveux, nous les connaissons et nous les retrouverons chez elle apres ie miracle : ce sontles vapours des dames nerveuses, dont la boule hysterique parfois fait partie ; ces etouffements, c'est 1'hysterose. Hysterose aussi les contractions douloureuses ressenties dans la poitrinc, pendant la journee qui suit.
On la plonge dans la piscine, 1'impression du froid dans I'cau est si forte qu'elle s'elancc hors de la baignoire : cllc est guerie! Ainsi, dans un incendie, la terreur fait lever les paralytiques hysteroses. So3ur Julienne refuse de s'asseoir, elle s'habille seule et sans aide, elle sort pour aller a la Grotte faire son action de grace. N'est-ce pas la fa<jon dont les hysteriques guerissent subitement et completement?
Le D r Pomarel qui donnait des soins a sceur Julienne au convent des Ursulines de Brivcs-la-Gaillarde, ignorait 1'existence desfausses phtisies. Au lieu de chercber une explication naturelle a cettc cure pour lui si etonnante, il 1'attribua comme d'autres a une intervention divine. Or, il avait a ce moment le chagrin d'avoir a ses cotes une sceur malade de la poitrine ; il part immedialement avec elle pour Lourdes, croyant obtenir de la Yicrgeune guerison semblablo u cellede socur Julienne. Mais notre cher confrere, ecrit le D r Boissaric, n'a pas eu la consolation de ramener sa sosur guerie .
G'est ainsi quo le D r Pomarel fit la triste experience quo si les poitrines hysteriques peuvent etre gueries a
Lourdes, les poitrines tuberculeuses ne peuvent 1'etre ct ne le sont jamais.
Laphtisique de Monte- Carlo. En dehorsde Lourdes on rencontre parfois soitdans les hopitaux, soit dans la clientele particuliere, Thysterose du poumon. En voici trois observations fort interessantes qui vont faire comprendre combien cessymptomes ressemblent aux formes les plus graves de la phtisie, et comment leur disparition subite peuvent faire croire facilementa un miracle.
Les professeurs Petit, Debove, Huchard, Voisin, Tostevin et Laurent out cite dans leurs ouvrages, des exemplcs do cctte hysterose du poumon. Le D r Louis Renou, profcsscur agregc de la Faculle do Paris et le D 1 Paul Sollier en rapportent un nouvel exemple que nous allons relater. Gette observation tire son interet des circonstances extraordinaires qui Font fait nailre, des erreurs rendues possibles par les signes stethoscopiques et enfin par les phenomenes d'auto-suggestion qui les accompagnaient.
En 1899, M lle X..., agee do 22 ans, perdit pcu a pcu ses forces, maigrit, eut des syncopes et des battements de cceur; mais a ce moment, ni elle ne toussait, ni elle ne crachnit, ni el!c n'oltrait un signe quelconquc dc lesion du poumon.
Croyant a la possibilite d'une luberculose latentc, le D r Renou prescrivit de 1'arsenic, de la valeriane et une nourriture plus abondante.
Un mois plus tard, M lle X... fut prise d'une syncope avec balleinents de cceur. Une auscultation miuutieuso
de la poitrine et des interrogations repetees au sujet d'une phtisie possible, aliirerent rallcnlioii de la jeune illle et frapperent son imagination.
Lc 25 dcccmbre 1899, elle se mil a tousser un peu et on constatait au sommet gauche, dans la fosse sus-epineuse, un frottement manifcste ct une respiration soufflante, mais sans rale et sanscrachats. A laradioscopie, une difference de transparence da sommet gauche.
La tuberculose s'imposait, M lle X... fut conduite a Monte-Carlo et confiee aux soins du D r Vivant.
A ce moment des acces syncopaux, une nevralgie intercostale gauche, deshattcments de coaur ct 1'insomnie rendaient 1'etat plus grave.
Le 22 Janvier 1900, dans la nuil, la malade fut prise de malaises, d'etouffements et de faiblesse : elle avail 375 de temperature.
Le 30 Janvier, la temperature s'eleve a 39 sans modification des symptomes pulmonaires. Du l cr fevrier au 1"' mars, la temperature se maintient a 38 avec des hausses a 39 et des baisses a 37, fluctuations que ni les mouvements de la malade ni 1'etat atmospherique n'expliquaient.
II y cut une consultation des D" Henou de Paris, Vivant de Monte-Carlo et D r X... de Berlin; ce dernier, qui voyait la malade pour la premiere fois, diagnostiqua une tuberculose aigue.
Le 29 mars 1900, violente crise de tachy cardie : regards anxieux, etouffement intense ; les mains crispees et contracturees sur le cceur sont secouees par les saccades de 1'impulsion cardiaque; jambes et cuisses contracturees en adduction; le pouls battait 150 pulsa-
lions, la maladc IranspiraiLeL sa temperature sous I'aissolic elait do 40. (lelte crise nevropathique dura 20 minutes; seoondo crise idenlique une heure plus lard; mais malgre ces symptomcs paraissanl si graves, la langue elail rosec, les urines da ires el 1'air plulol irrile qu'ahattu ; du reste ricn'de plus grave au sommet gauche. An mois d'avril I hysteric se dessine sous forme de trois grandes crises uvec coitlracttire generalisee, dont une avec arc de cerdc ; sous I'iniluence de la moindre emotion, la malade est prise d'une toux seche et repetee sans expectoration. Les caracleres de la toux, de la respiration, 1'etal de 1'appareil respiratoire permetlent de condure auneioux hysterique, nullement luberculeuse. L'emaciation extreme du corps avail pour cause, non la luberculose, mais 1'anorexie hysterique.
Apres quelques mois de sejour dans une maison de sante ou elle avail etc placcc pour subir un traitement contre la nevrosequis'etait exasperee, M"' X...setrouva guerie. II n'exislait alors aucun signe anormal du cole de la poilrine, el ellc put recommencer sa vie habituelle en famillc.
Ce cas lypique nous prouve qu'on est expose a se tromper quclquefois, en presence d'un elal hyslerique, qui fail croire a la luberculose.
Par lasuile, si Ton nous dit quedesmaladespresenlanl de 1'amaigi-issement, de la loux, des froltements pleuraux avcc acces de fievre, sucurs nocturnes et autres symplomes caracterisliques, onl ete gueris a Lourdes, nous nc croirons pas pour cela a un miracle, si les erachats ne renferment pas les bacilles de la luberculose, car Texistence possible d'une phlisie hyslerique est loujours a prevoir.
SiM" e X... s'etait trouvee a Lourdes au moment oil des medecins celebres croyaient a la tuberculose et ne lui auraientpas refuse des certiflcats 1'attestant, quel beau miracle aurait cu a enregistrer Ic journal dc la Grotte ! quel retenlisserneiit ! quels coups de grosse caisse! et surtout quelle preuve inaltaquable a opposer aux incredules ! Le miracle fut realise, mais par la therapeutique rationnelle des medecins, sans qu'il yait eubesoin de la piscine.
Phtisie au troisieme degre hysterique. Dans la malade de Monte-Carlo, il n'y a pas de crachats purulents. Mais voici un autre cas ou 1'expectoratiori, semble-t-il, estd'un tuberculeux au dernier degre, et qui, pourtant, chaque annee, guerit avec facilite et subitement ou presque, parce que la malade est hysterique.
M me B..., une vieille dame, atteinted'hysteriedelongue date, depuis . six annees est prise periodiquement d'une crise de folie necessitant son internement pendant quelques mois.
Or, les acces d'alienation se terminent d'ordinairepar une expectoration de crachats purulents aussi abondants que chez les phtisiques a grandes cavernes.
Gomme a la premiere crise je m'inquietais, croyant a une phtisie avancee, la famille me rassura, et m'avertit de ce qui allait se passer.
Au l er Janvier 1909, quelques personnes voulaient lui faire administrer 1'extreme-onction, tellement 1'etat de phtisie paraissait avance. Aujourd'hui 15 juillet, cette personne, bien que d'une maigreur qui rappelle la ca-
chcxie, n'a plus ni toux, ni crachats, ni rales dans la poitrine; ellc est d'une vivacile extreme, et parle du matin au soir, sans jamais s'aireter que lorsque un peu d'etouffement la prond. En sorte que, si M" e B... etait conduite a Lourdes, elle pourrait chaque annee faire chanter un magnificat en son honneur. Les medecins dc la Grotte sans tcnir compte des antecedents seraient trop Jicureux d'cxhibcr despoumons qui remplissaient jadis les cuvettes de pus tuberculeux, taris subitenient, grace a la piscine, et d'avoir ainsi a 1'actif de Lourdes un beau miracle de plus.
L'eau froidc, cause d'une fluxion de poitrine mortelle pour d'autres serait, pour cette liysterosce, le meilleur des remedes; car la saintete de 1'eau ne lui fait pas perdre ses qualites hydro therapiques.
G'est ainsi que des faits nnturels pen vent etre transformes en miracles.
Toux hysterique. Enfin, nous avons la loux hysterique ! G'est un phenomfcne bien connu : les aboyeurs et les aboyeuses se rencontrent assez frequemment. Le D r Variot, medecin de 1'Hopital des Enfants malades, cite dans sa clinique le cas suivant :
Un collegien de 14 ans, anemie par une fievre typho'ide, le jour de la rentree des etudes estatteint d'une toux persistante qui ne cesse que pendant la nuit. G'est une toux seche, saccade"e et surtout incessante. Aucune lesion ni au larynx ni au sommet des poumons intacts ; mais par centre, h^r^dite nerveuse tres chargee.
Get enfant fut gueri par la psychotherapie toutepuis-
sante dans ce cas et par 1'hypnolisme. On mit le jeune malade en demi-sorameil et on lui suggera de faire des aspirations de plus en plus longues entre chaque quinte de toux ; puis on finit par 1'endormir avec 1' affirmation formelle et reiteree de la guerison definitive.
Lorsqu'il se reVeilla, 1'enfant etait gueri, et depuis il n'a plus tousse.
Conclusion. Comme conclusion de ce chapitre de la phtisie a Lourdes, nous etablirens trois classes de poitrinaires qui vont en pelerinage :
1 Les vrais phtisiques en nombre incalculable, qui apportent a Lourdes des bacilles tuberculeux et les remportent tels quels, helas ! dans leurs villes ou leurs villages. Ils sont trop malades ! dirait la sceur de Villepinte, pour qu'il y ait miracle ;
2 Les faux phtisiques qui n'ont aucun tubercule et qui viennent demander a Lourdes, non une guerison dont ils n'ont quo faire, mais un certificat de miracle qu'ils exploiteront plus tard de mille manieres ;
3 Enfin les hystero-phtisiques qui, non tuberculeux, peuvent guerir a Lourdes sous Finfluence de la suggestion. Ce sont eux qui fournissent les grandes guerisons dont on fait tant de bruit.
Je pense avoir fait comprendre ce que valent ces miracles d'hyste'rose's.