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CHAPITRE CINQUIEME

Troubles du sein. Cancers.

SOMMAIRE. Prelim inaires, Les miracles clu Reverend Dowie. Catherine Lapeyre. Les seins hysteriques. Marie Moreau. Constance Piquet.

Preliminaires . Nousavonscompte les casde cancer gueris a la piscine ; ils ne sont pasnombreux, bien que cette terrible maladie soit frequente.

En 1900, M. le D r Boissarieen complait trois cas dont il nous donne les observations : il parle bien de dix autres guerisons, mais sans les decrire, probablement parce qu'elles etaient douteuses. L'ouvrage de Bertrin, edite en 1909, ne cite qu'un fait nouveau, celui de M me Dressing, mais qui datede 1885 ; aucun de 1900 a 1909.

De plus c'est a noter, sur les trois cas cite"s par le D r Boissarie, deux ont ete gueris, non a Lourdes, mais a Beziers et a Toulouse : il fallait etre bien a court de cancers pour aller en chercher si loin de la Grotte. Reste done un cancer gue"ri a la piscine pour une periode de cinquante ans, un seul !

Mais apres verification, on verra qu'il ne reste rien de cet unique miracle appuye" sur une affirmation sans

preuve a 1'appui ; par consequent qu'aucun cancer n'a gueri a Lourdes jusqu'a present. Pourquoi?

Les seins elant le lieu de predilection du terrible mal, c'est a leur sujetque nous allons traiter des cures miraculeuses du cancer; mais pour ne pas en separer 1'etude, nous y avons joint deux cas ou la lesion se trouvait dans la langue.

Parce qu'on a besoin de miracles non hysleriques, il ne suffit pas de mettre Fetiquelte de cancer sur des fibromes ou autres lumeurs guerissables ; il faut encore prouver que les tissus et les secretions des soi-disant cancers ont etc examines au microscope, et que la nature du mal etait certaine. Or cela ne s'est jamais fait.

Avant la narration et la critique de ces quatre miracles, il nous faut raconter 1'histoire d'un cancer miraculeusement gueri par le pape de Zion-Gity aux ^tals-Unis, le reverend Dowie, lequel, sans tre loge dans une niche, fait des miracles analogues a ceux de la vierge des Pyrenees.

II y a un rapprochement piquant a faire entre la fabrique tie miracles de Lourdes et celle de Chicago, et aussi entre la genese desdits miracles par une intervention, divine dans un cas, humaine dansl'autre, pourvu que la suggestion agisse.

Les miracles du Reverend Dowie. Aux Etats-Unis d'Amerique, fut fondee il y a quelques annees une eglise nouvelle par le Rev. Dowie et sa femme. A cote de 1'e*glise, a Chicago et a Zion-City, ils batirentune maisonfabrique de miracles, ou home a miracles .

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La, le Rev. Dowie, sa femme ou son delegue fontdes guerisons miraculeuses parmi les nombreux pelerins qui vont en grand nombrc lour dcmandcr un miracle. En notre vieille Europe, nous avons des cliniqucs de chirurgie, en la jeune Amerique, on trouve des cliniques a miracles. Dans ces pays neufs, rien ne doit etonner.

Des journaux speciaux, intitules feuilles de miracles, paraissent regulieremenl, rediges en anglais, en frangais et en allemand.

Dans le numero du 15 novembre 1904, nous lisons 1'observation de M" e Ingeborg Johnson, atteinte d'un cancer gueri par miracle.

Au mois d'octobre 1898, ecrit cette malade, je quittai Stockholm et la Suede pour me rendre aux Etats-Unis et me fixer a Chicago. Avant mon depart, j'avais remarque une sorte d'excroissance dans ma bouche. A Chicago, les medecins que je consultai deft clarerent que c'6tait un commencement de cancer, et qu'une operation devait avoir lieu. Je subis cette operation; au bout d'un mois, une seconde operation devint necessaire. Le resultat fut terrible : j'etais dans un grand etat de prostration, avec des maux de tete, des troubles cardiaques et pulmonaires. C'est alors que je rencontrai un zioniste qui me parla de la religion nouvelle et me conseilla de me remeltre entre les mains du Seigneur.

Une troisieme operation etant necessaire, je resolus de la demander a 1'homme de Dieu qui prie pour les malades au tabernacle central de Zion. Ce jour-la, le re"v. Dowie n'etait pas dans la reunion, mais sa fidele epouse, M me Jeanne Dowie, m'imposa les mains au nom du Seigneur Jesus dans la force du Saint-Esprit

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et selon la volonte dc Dieu le Pere. Instantanement je fus guerie de cette excroissance cancereuse, et en quelques jours les plaies qui avaient etc ouvertes jusque-la se fermercnt, tandis que tous mes aulres maux disparaissaient. Depuis ce moment, mes forces ont augments chaque jour. Je suis convertie et bap- <c tisee par immersion et je rends grace a Dieu de ce qu'il a suscite un homme qui est puissant par la priere.

A tant de pauvres malades qui ne sont pas gueris a Lourdes, reste la ressource d'aller demander un miracle a Zion-City, & moins que le Re>. Dowien'imagine d'etablir a Lourdes meme nne succursale de son home a miracles .

En regard de ce miracle d'un cancer de la langue gueri a Zion-Gity, nous placerons le miracle du cancer de la langue de Catherine Lapeyre : apres les avoir etudies 1'un et 1'autre, peut-etre sera-t-on d'avis de les mettre dans le meme sac et de les jeter dans lememe puits; non dans celui ou, dit-on, se loge la Verite et d'oii elle en sort parfois.

Catherine Lapeyre. Catherine Lapeyre vint a Lourdes en 1887 pour obtenir la cure d'un cancer de la langue ; mais vainement elle avail lave sa bouche dans 1'eau de la fontaine, vainement elle s'etait plongee dans 1'eau de la piscine, vainement, enfin, elle avail suivi la procession du Saint-Sacrement, la vierge de Lourdes ne 1'avait ni guerie ni amelioree.

Au mois de Janvier 1889, c'est-a-dire deux annees plus tard, Catherine Lapeyre n'etait pas morle commc

ellc aurait du 1'etre si la tumeur eut etemaligne, car on salt combien vite tout 1'organisme est empoisonne par les secretions cancereuses de la bouche; si elle vivait encore, c'est que dans la langue etait loge un simple fibrome.

Le D r Boutet, chirurgien del'hopital de Toulouse, qui soigna la malade, declare en toutes lettres dans un certificat date du 13 juin 1887, que la tumeur de Catherine etait un fibrome, et le D r Boissarie cite ce diagnostic, confirmant ainsi la nature non canccreuse dc la tumeur (page 149).

Mais un fibrome ne fait pas 1'affairc de Lourdes, un fibrome est curable, un cancer nc Test pas ; la guerison d'un cancer est un miracle, la guerison d'un fibrome ne Test pas.

Aussi le D r Boissarie que rien n'embarrasse, baptise ce fibrome cancer, et ecrit en grosses lettres, en tete du chapitre Guerison du cancer de Catherine Lapeyre, cancer a la langue , sans s'inquieter du mot fibrome qu'il ecrit a la page 149. Dans le reste du recit, il ajoute que le cancer dc la langue n'etaitpas douteux, etque cette affection incurable derail etrc mortelle abrefdelai (page 149). Puis plus loin (page 151) il se contredit : Du reste, cancer ou non, on ne peut mettre en doute 1'existence d'une tumeur de la langue. Qu'on lui domic < le nom que Ton voudra, unc tumeur ancienne, rebelle a tous les traitements, ne peutdisparaitre en quelques heures. Meme avec une tumeur fibreuse, le problemc est aussi difficile a resoudre .

Les tergiversations du D r Boissarie constatees, remettons les choses au point.

Galherinc Lapeyre a etc gucrie de son fibrome par

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I'operation que pratiqua le D r Boutet, et non par 1'intervention de la Vierge de Lourdes, qui du reste une premiere fois avait refuse de faire ce miracle.

Ce n'est que dix ans apres I'operation et la guerison, en 1897, que Catherine vint a Lourdes et que le bureau., ayant besoin d'un tel miracle, eut l'ide"e de transformer cette guerison d'un fibrome en guerison miraculeuse d'un cancer, cela sans tenir compte de I'operation du D r Boutet.

On fit dire a Catherine que son cancer avait recidive trois mois apres reparation, mais qu'ayant lave sa bouche avec de 1'eau de Lourdes, elle avait ete guerie instantanement et de sa tumeur et de ses glandes du cou.

Or ce mensonge pieux de Catherine Lapeyre qui a cru agir pour le bien de 1'Eglisc se trouve contredit par les faits. En 1893, en cffet, cinq ans apres la premiere operation, le D r Boutet en fit une scconde pour enlever une glande sous la machoirc ; cctte glandc n' avait done pas disparu en 1887, sous 1'influence de 1'eau de la Grotte !

Comme on le voit, le D r Boissarie aurait bien fait de demander a 1'operateur du fibrome son desistement, avant de faire benef icier de cette habile operation, la Vierge de Lourdes.

Les seins hysleriques. Avant de parler de la guerison de Marie Moreau, de Beziers, et de celle de Constance Piquet, nous devons dire un mot des seins hysteriques qui peuvent expliquer ces soi-disant miracles.

Au ll c Congres dcs alienistes de France, leD r Lannois,

de Lyon presenta 1'observation d'un sein hyste*rique chez une femme. Tandis que le sein gauche est petit et flasque, en rapport avec 1'age et 1'habitus exte"rieur de lamalade, le droitestvolumineux, pyriforme, tendu avec aureole tres developpe"e. La malade 6prouve dans 1'organe des sensations de pesanteur et des elancements parfois si violents qu'on pense a une operation d'extirpation. Or, c'etait un sein hysterique, et, parce qu'hysterique, ce sein que la moitie des me'decins auraient regarde comme cance'reux, put se guerir soudainement p'.r 1'efFet d'une suggestion.

II se peut que les deux observations suivantcs soicnt des cas analogues.

Marie Moreau. Marie Moreau, religieuse aBeziers, a comme medecin le D l Martel, lequel u constate chez clle une tumeur du sein bosselee et inegale qui avait fini par s'ulcerer.

Or il arriva que les so3urs firent uneneuvaine, et que le dernier jour elles appliquerent sur la tumeur un linge imbibe d'eau de Lourdes qui en deux heures, la fit disparaitre. On ne trouva par la suite qu'une cicatrice lineaire et de fraiche date.

Plusieurs objections :

Cette cicatrice lineaire indique uric intervention humaine, car on ne suppose pas que la Vierge de Lourdes se soit servi d'un scalpel pour dissequer la tumeur et 1'escamoter.

Les bonnes soeurs du convent out fort bien pu fairc pratiquer 1'operation par un autre chirurgien que le D r Martel qui, 1'ignorant, a signe sans sourcillerun cerlilicat concluant au miracle.

Pourquoi le D r Martel ne proposa-t-il pas 1'operation lorsque la turaeur etait operable ?

Pourquoi, puisqu'elle etait ulceree, n'examina-t-on pas les secretions et les bourgeons de la plaie au microscope, pour savoir si la nature de la tumeur etait reellement cancereuse ?

Enfin, ce pretendu cancer, s'il a reellement disparu si vite, ne peut-il pas elre classe parmi les seins hysteriques gueris par suggestion ?

Trop de points d'interrogation pour conclure a un miracle.

Constance Piquet. Le cancer de Constance Piquet, celebre dans les Annales de Lourdes, n'estpeut-etre qu'un sein hysterique, lui aussi.

D'apres le certificat du D r Martin, cette dame etait atteinte d'un squirre au sein, qu'il n'avait pas juge bon d'operer, le cancer etant incurable et sujeta recidiver . Ce medecin qui prive un cancereux de ses chances de guerison sans songer meme a protonger quelque peu la vie de sa cliente, est au moins etrange pour ne pas dire plus. G'est pourtant sur cet unique temoignage qu'on a bati le miracle.

Le D r Regnault, professeur a 1'Ecole de Rennes, se trouvant a Lourdes, avail assiste a 1'enquete et disait a ce sujet : Savez-vous si cette femme avail un cancer? Vos preuves sont insuffisantes, puisqu'elles ne sont <t appuyees que sur le certificat du D r Martin.

En 1891, la tumeur avail deja le volume d'une noix, or ce n'est qu'aumois d'aout!894, que Constance Piquet

vicnt a Lourdes ! N'est-ce pas un temps bien long pour un cancer qui, d'habitude, evolue plus rapidement.

A Lourdes, pendant le bain, nous dit-on, la grosseur disparait sans commotion ni douleur d'aucune sorte; or n'est-ce pas ainsi qu'agissent les maladies derivant de Thysterose dont le sein hysterique faitpartie? Peuton opposer une preuve quelconque a notre affirmation de sein hysterique ?

Le D r Boissarie declare quo 1'examen le plus minutieux par les douze ou quinze medecins qui rentouraient ne permit pas de trouver la plus legere trace de cette tumeur qui venait de disparaitre dans la piscine .

Mais, un peu plus loin il ajoute qu'on sentait encore quelques glandes sous 1'aisselle et quelques cordons qui avaient du relier ces glandes a la tumeur du sein.

Or, glandes et cordons dans la tumeur du sein sont toujours cancereux. 11 restait done quelques traces tres serieuses du inal.

II est meme difficile de comprendre comment le miracle, s'il a eu lieu, n'a pas tout emporte, glande et sein.

Le ]y Boissarie avait ce jour-la une belle occasion dc faire examiner a fond cette cure extraordinaire et de la faire approuver par les nombreux medecins presents. 11' n'en a rien fait. Un seul temoignage nous est donne a ce sujet, celui du professeur de Rennes, le D r Regnault, et ce temoignage infirme le miracle : Vous nous tionnez dcs preuves tn^uffisantes do la realite de ce cancer , disait-il.

Manque dc preuves serieuses, affirmations contradictoircs, non approbation des medecins etrangers, ce sont

des faits suffisants pour quo la guerison de Constance Piquet ne soit pas classee comme miraculeuse.

Conclusion de ce chapitre : Pour le seul cancer soitdisant gueri a Lourdes dans une periode de cinquante ans, aucune preuve du miracle n'est apportee. Done, la Vierge do Lourdes cst iinpuissante centre le cancer.

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