CHAPITRE SIX1EME
Troubles de la vue
SOMMAIKK : Amaurose hysterique. Augustine Pitois. Charles Keersbilck. Marie Marclii. Marie Mayet. L'abbc de Musy. Nina Kara. Albert Moreau. Augusta Carton. Marie-Louise Delarue. Vion Dury. Alfred Aubert. M me Penot. M. Lasserre. Daltonisme.
Amaurose hysterique. Parmi les troubles de la vision de nature hysterique, on trouve souvent des amblyopies, des amauroses, des troubles de la perception des couleurs, des modifications du champ visuel.
Les amauroses portent tantot sur les deux yeux, tantot sur un seul. L'amaurose totale de nature hysterique est d'une extreme rarete : elle debute, le plus souvent, d'une maniere soudaine, el apres quelques jours, quelques semaines ou quelques mois de duree, clle disparait subitement, comme elle etait venue, a la suite d'une emotion vive ou d'une suggestion intense.
Done, comme dans les autrcs maladies hysteriqucs,
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1'amaurose peut etre guerie a Lourdes instantanement, sans quo pour cela il y ait miracle.
Colmet cite le fait d'un malade venu chez un oculistc qui se trouva gueri subitement sous 1'influence d'unc peur intense d'etre opere.
Une autre malade amaurotiquo, prise d'une crise convulsive d'hysterose, re trouva la vision complete de ses yeux lorsqu'elle fut reveillee.
Augustine Pitois. Dans lendu Journal de la Grotte a la date du 7 septembre 1901, nous trouvons le cas de guerison d' Augustine Pitois de Mortagne, atteinle do troubles dc la vision. Elle etait surtout amblyopique, c'est-a-dire faible des yeux, au point qu'il fallait la conduire par la main. Son desir de voir etait si intense, ct sa volonte si tendue vers ce but, qu'au passage de la procession elle fut guerie, et recouvra la vision, nous dit-on.
Pourtant, ce miracle n'est pas tres certain, puisque le londemain dc la guerison, a 1'cxamen des yeux, on trouva quelqucs traces d'inflammation chronique des deux yeux.
De plus, ce miracle doit etre rejete, parceque sa nature hysterique est prouvee par ce fait qu'a 1'age de 13 ans, Augustine Pitois avait gueri subitement et recouvre la vue pendant plusieurs mois.
Charles Keersbi'lck. Charles Keersbilck (n 37, Journal de la Grotte, 7 novembre 1901) etait depuistrois ans completement aveugle, par suite, dit-on, d'atro[)hic
du nerf optique. Pas de certificat de cet etat. A Lourdes, a son quatrieme bain, la vue lui fut rendue.
Mais ce n'est pas unc cure bien nctte, car si le miracule peut lire les gros caracteres d'un journal, il ne peut decbiffrer ni les moyens ni les plus fins. De plus, a la clinique ophtalmologique de la Faculte de Lille, on constate que 1'atrophie de la papille existe encore.
Dans de telles conditions, peut-on dire qu'il y ait miracle ?
Marie Marchi. Dans len 36 de septembre 1902, se trouve relate le cas de Marie Marchi, de Romans-les- Melles (Deux-Sevres). Depuis plusieurs mois, la malade ne voyait plus clair. A Lourdes, elleprenait inutilement chaque jour son bain a la piscine, lorsque rencontrant son eveque elle se precipita a ses genoux. Au moment oil elle recevait sa benediction, elle eut comme 1'impression d'un eclair et la vue lui fut rendue. Hysterose.
Marie Mayet. (N 23, 8 juin 1902). Marie Mayet etait atteinte d'une perte complete de la vue d'un cote, et d'une diminution de 1'autre. A Lourdes plongee dans la piscine, elle n'obtint aucun resultat; mais au retour, dans le train elle recouvra subitement la vue, sous I' influence d'une vive emotion. Pourtant le miracle n'etait pas complet, car a 1'examen, trois semaines apres, les yeux etaient encore troubles. Guerison par hysterose qu'on ne peut meme pas attribuer a Lourdes.
L'abbe de Musy. Dans le volume des episodes miraculeuses de Lourdes de M. Lasserre, on nous raconte
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1'histoiro de 1'abbe de Musy qui, outre une paraplegic, avail dc 1'amblyopie. Dans sa jeanesse, tantotles reins, tantot les yenx, tantot les jambes le faisaient souffrir. Plus tard, an seminairc de Saint-Sulpice, sa vue s'affaiblit tellement que lorsqu'il fut ordonne pretre, il ne pouvait lire ni son breviaire ni son missel.
A Lourdes, lorsque le jour de I'Assomption, il guerit de sa paralysie, la vue en memo temps lui fnt rendue: mais, 6 merveille, le lendemain a la messe, au moment de 1'Oraison, subitement 1'abbe deMusy redevintaveugle; cela dura pendant 1'Epilre, le Graduel et 1'Evangile ; apres Ic Credo, lorsqu'il sc rctourna vers 1'assistance pour dire leDominus vobiscum, la vue iui etait revenue. L'hysterose est coutumiere de ces tours de gobelet.
Nina Kara. Nina Kara, de Metz (n 37, 14 septembre 1902) avait perdu la vue, el deplus souffrait de douleurs tres violentes dans les regions lemporale et orbitaire du cote droit. Elle eprouva un bonheur si vif de partir pour Lourdes, qu'a peine montee dans le train, elle commenQa a percevoir quelques lueurs : en sorte que 1'immersion dans la piscine ne fit qu'achever la guerison.
Albert Moreau. Albert Moreau, de Bordeaux, age de 35 ans, est depuis dix mois possede par 1'bysterose, sous forme d'hemiplegie gauche incomplete, paralysie dc la face du cote droit, et enfm affection des yeux. Cette combinaison de trois maladies sur le meme sujet nous indique clairement la nature du mal, et il n'est pas
etonnanl qu'Albert Morcau, a Lourdes, se soit Irouve gueri.
Augusta Carton. Augusta Carton, de Gabourg, (Calvados), (n 37 septembre 1901) ctailuntel musee de symplomes hysleriques que le doute n'ost pas possible sur la nature de sonmal. Ellc avail eu des vomisseraents opiniatrcs, des troubles de Festomac, des syncopes frequentes et prolongees, une paralysiedu cote gauche, de 1'aphonie, de 1'incapacite d'avaler necessilant 1'usage d'une sonde ; enfin, des troubles de la vue. For tee dans la piscine, la jambe s'est allongee et quelques minutes plus tard, M Iie Augusta voyait disparaitre tout son musee de maux hysteriques.
Marie-Louise Delarue. Dansle Journal de la Grotte ourdes (n 34, annee'1901), on nous cite encorelecas do Marie-Louise Delarue, atteinted'imc inflammation de 1'interieur de Fceil qui avail occasionne une diminution considerable de Faciiite visuelle. Son cas etait lellement hysterique et tellement presse de guerir, qu'il n'allendit pas d'etre traite dans la piscine. Elle recouvril la vue dans le Irain qui la conduisaitau peierinage, etlaVierge de Lourdes ne ful pour rien dans le miracle.
Vion-Dury. Dans le livre des Grandes Guerisons duD'Boissarie, nouslrouvons quelques maladies d'yeux que nous allons analyser, pour monlrer combien leur cure esl peu miraculeuse.
Vion-Dury ila ete gueri a Lourdes qu'approximativement, car c'est dans le departement de 1'Ain, al'hospice de Gonfort qu'il a retrouve la vue.
Pour attribuer ce miracle a Lourdes, il a fallu dire qu'il s'etait servi d'eau de la Grotte.
Ge malade avait un double decollement de la retine qui le rendait aveugle depuis sept ans. En 1883, pris dans un incendie et une grande flamme lui arrivant en pleine figure, il se crut perdu et eprouva une indicible frayeur. Depuis ce moment, affaiblissement progressif de la vue, et au bout de trois mois, cecite complete.
En 1884, le D 1 Dor, medecin oculisteaLyon, constata que Vion-Dury avait ete affecte d'un double decollement de la retine, mais que la gauche s'etait reappliquee, tandis que du cote droit il y avait un decollement persistant mais seulement partiel, car le malade pouvait encore compterses doigtsaO m 30 centimetres de distance.
A 1'hopital, la so3ur lui persuada que s'il avait la foi, et se frottait les yeux avec de 1'eau de Lourdes, la vue lui serait rendue. Apres une neuvaine de prieres, Vion- Dury, dans un etat d'exaltation vrai ou simule, se frotta les yeux avec son doigt trempe dans 1'eau de Lourdes. II ressentit une telle douleur qu'il crut s'etre servi d'ammoniaque. Pour s'en assurer il porta a ses levres le flacon ; a peine avait-il goute du contenu que la vue lui fut rendue. Bizarre ! Mais n'est-ce pas ainsi que 1'hysterose se guerit ?
M. le D r Dor constata cette guerison : la vue, ecrivait-il, est revenue apeupres normale; 1'ceil droit a une vision parfaite et 1'oeil gauche une acuite d'un tiers, au lieu d'un deux centieme.
Le D r Dor croyait avoir rencontre chez Vion-Dury
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1'unique casde decollement gueri apresun temps si long; mais depuis on a cite d'autres cas de guerison spontanec dans les memes circonstances.
Apres cela, dirons-nous que la guerison de Vion- Dury fut un miracle ? Nullement.
La guerison n'est pas complete : un ceil n'a qu'un tiers de vision. Pourquoi la Vierge de Lourdes auraitelle fait cette economic des deux autres tiers ? Quand on est place" sur un trone, on fait les choses royalement, et on ne retire pas d'unemaince qu'on donnedel'autre.
Chez Vion-Dury, depuis un certain temps, bien avant 1'emploi de 1'eau de Lourdes, le Iravail de guerison se faisait peu a peu. Deja le decollement d'un cote etait gueri, et de 1'autre cote il ne restait qu'un decollement parti el. Le jour ou les deux retines furent completement reparees, la vision fut rendue.
En 1883, on ne parlait pas encore d'hystero-choc, et les chirurgiens, meme le D r Dor, ne souleverent pas a ce moment, la question de savoir si on avait affaire a une cecite hysterique.
Pourtant la cause du mal, ce feu qui s'elance sur lui, qui ne le brule pas, mais qui lui fait une peur atroce, etait bien 1'hystero-choc. Aulieu d'une paralysie comme d'ordinaire, il a produit la cecite liysterique.
La guerison aussi est de nature liysterique, sa bizarrerie le prouve. Ce sont les yeux qui sont malades, or, lorsque Vion-Dury les frotte avec 1'eau de Lourdes, rien ne se produit, mais il porte la fiole a sa bouche et la guerison a lieu.
Enfin, etant donne le degre d'exaltation et la dose de foi qui guerit, chez Vion-Dury, la nature du mal ne peut faiie aucun doute.
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Nous savons que d'innombrables pelerins atteints de decollement de la retine sont alles a Lourdes. Pourquoi aucun miracle on leur faveur? Parce qne leur lesion etait veritable et non hysterique.
Alfred Aubert. La guerison d' Alfred Aubert, mendiant el chanteur ambulant devraitetremise enmusique sur Fair du Juif-Errant.
Ouvrier corroyeur dans la Nievrc, il fut eclabousse il y a vingt ans d'acide nitrique qui atteignit sa figure et ses yeux. L'oeildroit, plus grievement atteinl, suppura et fondit, le gauche qui n'avait que de legeres brulures aux paupieres fut conserve. II pouvait au debut se guider lui-meme par les chemins, mais il arriva par le fait des cicatrices que le bord des paupieres se deforma, et qu'il y eut blepharite celiaire ; certains cils, au lieu de pousser en dehors pousserent en dedans etproduisirentparleurs piqures une inflammation chronique ; en sorte que les rayons lumineux arrivaient au fond de 1'ceil comme a travers un voile opalin. Alfred Aubert, lorsqu'il disait qu'en regardant le soleil il eprouvait a peine la sensation d'une ludtre, exprimait parfaitement 1'etat de sa vision,
Le D r Boissarie conclut que la vue etait perdue : cette assertion est fausse : derriere la cornee malade, 1'oeil restait parfaitement sain. De plus, ce que le D r Boissarie doit savoir, c'est qu'on peut facilement rendre la vue a ces malheureux. II suffit, avec une pince a mors plat, d'enlever tous les cils recourbes dans Toeil; lorsque 1' operation est terminee, rinflammation diminue, la keratite se guerit et 1'oeil recouvre de vue toujours assez
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pour se conduire, et meme pour lire et ecrire d'une fa<jon convenable. II nc se passe pas de semaine qu'aux cliniques des maladies d'yeux, on ne rende ainsi la vuc a quelque aveugle, sans qu'il soit besoin de 1'envoyer a Lourdes.
Dans le cas d' Alfred Aubert, la Vierge de la Grotte ne voulant pas elle-meme prendre des pinces et enlever les cils tournes en dedans, chargea quelque bonne soaur infirmiere d'epiler les paupieresa sa place, et c'est ainsi que le miracle se produisit.
Alfred Aubert apu, la petite pince aidant, rester gueri, mais, peut-etre trouvant le metier d' aveugle ambulant avantageux, a-t-il continue ses tournees a travers la France !
M Penot. Le cas de M me Penot, de Tours, qu'on nous cite comme un miracle Test a si faible dose qu'il fait peu d'honneur a Lourdes. II y a vraiment trop de difference entre le ditbyrambe dc son cure, et le resultat constate par le D r Morruau, trois mois apres la guerison.
M me Penot avail perdu la vue par exces de myopic. Elle vint a Lourdes, nous dit-on, se laver avec les eaux de la Grotte et fut guerie.
Avait-elle completement perdu la vue, ou la vision etait-elle seulement diminuee? Les certificats cites sont dates de quatre annees avant la guerison ; ils auraient du etre renouveles, car bien des choses ont pu se passer pendant ce long intervalle de temps. Le D r Galezowski a ete consulte et a fait suivre a M me Penot un traitement severe; qui nous dit qu'il n'a pas amene une amelioration notable dans la vision?
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En second lieu, ilest frequent quevers la cinquantaine, certains myopes aientune tendance a devenirpresbytes, etque, par ce fait, la myopic diminue et cesse. G'est ce qui semble etre arrive a M me Penot, car on nous dit qu'elle s'apercut qu'elle voyait de loin, ce qui ne lui etait jamais arrive ; le fait tendrait a annihiler le miracle.
D'autre part, le certificat du D r Morruau redige, lui aussi, quatre ans avant le pelerinage, ne parlait pas de cecile complete, mais seulement d'une tres forte myopie; il signalait des lesions siegeant au fond de 1'oeil, d'ou une diminution considerable de la vision, mais constatait d'autrepartqueles nerfs optiques etaient absolument sains.
Mais a quoi sert de discuter s'il y a miracle ou rion, car voila bien une autre affaire : quatre ans plus tard, le docleur Morruau affirme dans un certificat qu'il a examine la malade, sans pouvoir constate?' d' ameliorations e'videntes des lesions proprement dites ; que la malade peut lire le titre en gros caracteres d'une brochure, mais que c'est a peu pres tout.
Alors ou est le miracle? M me Emilie Penot affirmait bien a son cure qu'elle se sentait non guerie, et qu'il n'y avait aucun miracle chez elle. Mais celui-ci en voulait un, coute que coute ; la faisant taire, il enflait tout d'une facon demesuree, et d'un pauvre petit miracle, gros comme une petite grenouille, il voulait faire un miraclebceuf. On ne fait pas des miracles avec rien, et la sainte ardeur du cure n'a pas rendu la vue a la pauvre myope.
M.Lasserre. Le cas deM. Lasserre eut un immense retentissement ; il terminera cette etude et appuiera
mieux que tout autre notre these des rapports de Thysterose et des miracles de la vue.
M. Lasserre est 1'auteurdes Episodes miraculeux. II a relate dans son livre sa guerison, qui fit grand bruit autrefois, et ddnt on parle encore comme d'un miracle indeniable. Mais M. Lasserre, tres prolixe dans ses descriptions, nous amuse aux bagatelles de laporte, comme s'il voulait faire oublier son miracle douteux, par une foule de details amusants ou interessants.
Aussi glisserons-nous sur ces a-cotes : nous n'aurons garde de le suivre chez la princesse Odeschalchi qui appartenait a 1'illustre famille des Branicki de Bialepstab, et qui avait aupres d'elle un neveu a qui lesmedecins avaient choisi le climat de Rome, parmi tous Ics climats du monde, afm dc fortifier ses os si mal unis aux jointures, qu'ils se seraient deboites a chaque pas, sans 1'aided'articulations d'acicr.
En rentrant a Paris, Lasserre fut atteint d'amblyopie : sa Vue s'affaiblit et finit graduellement par refuser tout service, au point qu'il dut cesser de lire et d'ecrire.
Comme il arrive chez les hysteroses, une partie de la vision etait conservee. Lasserre nous 1'explique : si j'essayais d'ouvrir un livre, voila qu'aa bout de trois ou quatre lignes, quelquefois des le premier reft gard, j'eprouvais danslapartie superieuredesyeuxune telle lassitude qu'il m'etait impossible de continuer. Pitts loin, Lasserre declare que Desmaret et Giraud- Teulon constaterent une hyperemie du nerf optique. Citons les faits suivants caracteristiques de 1'hysterose : apres un regime ferrugineux et un repos assez suivi, jc pus, un jour dans 1'apres-midi, lire et ecrire pen-
dant une heure ou deux, mais le lendemain j'etais reft tombe. D'autres fois encore, do loin en loin, la vue lid etait rendue en partie, mais cela ne durait que peu d'instants. G'est alors quel'ange gardiende M. Lasserre alia trouver M. Charles de Freycinet, notre ancien ministre de la guerre, aujourd'hui senateur, et lui inspira d'ecrirc au malade son compatriote d'user dc 1'cau de Lourdes, ce qui etait d'autant plus meritoirc que la petite souris blanche est protestante.
On fit done venir une caisse de bouleilles d'eau dc Lourdes. J'enlcvai le bouchon dc 1'unc d'elles, je vcrsui 1'cau dans une tasse ct jepris dans ma commode une serviette. Cos vulgaires preparalifs quo j'accomplissais avcc uu soin metieulcux etaicnt cmpreinls, je m'cn souviens bien encore, d'une secrete solennite qui me frappait moi-meme, tandis que j'allais et venais ainsi en ma chambre. Dans cette chambre, je n'etais pas seul ; il etait manifesto qu'il y avait Dieu. La sainte \ 7 ierge quej'invoquais y etait aussi sans doute. La foi, une foi ardente etait descendue en moi et embrasait ft mon dme. Quand tout fut acheve, je m'agenouillai de nouveau. sainte Vierge! ayez pitie de moi, et guerissez mon aveuglement physique et moral.
En prononcant ccs paroles le coeur plein dc contiance jc me frottai successivement les deux ycux et le front < avec une serviette que j'avais trempee dans 1'eau de Lourdes. Ce geste que je decris ne dura pas trente secondes.
Qu'on juge de mon saisisscment, je dirais presque de mon epouvante ! a peine avais-je touche de cette eau miraculcusc mcs yeux et mon front, que jc me
sentis gueri tout a coup, brusquement, sans transilion, avec une soudainete que, dans mon langage imparfait, je ne puis comparer qu'a celle de la foudre.
J'ai tenu a copier la narration de M. Lasserre pour bien montrer que le premier facteur du miracle, 1'hysterose s'y trouvait. Le deuxieme facteur, comme on le voit, la suggestion, la foi qui guerit de Gharcot s'y rencontrait aussi. J'ai souligne ces mots qui indiquent si bien la suggestion : la foi, une foi ardente etchaude etait descendue en moi et embrasait mon dme.
Une guerison par miracle dcvrait tenir, mais avcc ccs diables d'hysteriques, on n'est jamais sur de rien. Cinq jours apres, voila que Lasserre commit un peclie ! Pendant vingt heures, ce peche fut pour lui une obsession; il se croyait ingrat envers son bienfaiteur, et 1'idee lui vint que Dieu devait lui donner un avertissement.
Cetle auto-suggestion fit qu'il sentit brusquement 1' arcade sourciliere et Taxe des paupieres cnvahis par une pesanteur, symptome premonitoire de la maladie dont Notre-Dame de Lourdes 1'avait gueri six jours auparavant; puis, le peche etant, gros voila qu'il fut de nouveau aveugle !
Nous n'en avons pas fini avec les rechutes etles guerisons de M. Lasserre; ecoutez ce joli episode a insdrer dans 1'histoire des miracles. II va a Tours trouver M. Dupont qui avail invente un true a miracles peu banal* ce pieux sorcier persuadait aux gens, avec une parole indetinissable qui n'appartenait qu'a lui, quel'huile d'unc veilleuse qui brulait devant nne image de sainte Veroniquc et de la sainte Face avait des vertus curatives.
M. Dupont trempa son doigt dans cette huile, et lit a
M. Lasserre des onctions sur les paupieres, sur le front et au-dessous des sourcils. Mais la guerison ne se produisit pas. Lasserre, sans doute a ce moment, avail sur la conscience un de ces mauvais peches dont il etait coutumier. Toutefois, comme il avait emporte un flacon de 1'huile de sainte Veronique et continue chez lui les frictions, voila que le lendemain ses yeux furent completement gueris.
Gette observation ne demontre-t-elle pas admirablemcnt ce qu'est le role de i'hysterose dans la production des miracles ? Car on fera difficilement croire a d'honnetes gens qae de 1'huile a quinquet ait tant de vertus, meme avec 1'aide de sainte Veronique.
Ce M. Dupont, s'il cut vecu, cut fait a Lourdes uiic sericuse concurrence, en opposant sainte Veronique a la Vierge-Marie, et 1'huile desa lampe a 1'eau de la Grotte. Aucune observation ne niontre mieux le role de la suggestion, mecanisme des miracles. Ce M. Lasserre qui tantot guerit, tantot ne guerit pas, suivant la gravite de ses peches, ou bien suivant la hauteur barometrique de sa foi, est le plus bel exemple que nous connaissions de cette foi qui guerit, dite suggestion.
" 'Autres maux de la vision. Nous venous d'etudier les maladies des yeux que Ton rencontre leplus souvent a Lourdes, mais d'autres maux, comme les troubles de la perception des couleurs ou daltonisine peuvent etre egalementdu domairie de 1'hysterose; dememe aussi les modifications dans I'etcndue du champ vis u el, et c'cst
meme le caractere principal que Ton cherche, lorsquc Ton veut savoir si un malade est hysterique ou non. Lors meme que ces symptomes ne sont le fait que d'une suggestion et apparaissent et disparaissent sous cette seule influence, du moment oil il y a suggestion il y a hysterose.
N'ayant trouve aucun de ces troubles de la vision gueris a Lourdes, nous n'en parlerons que pour repeter notre phrase habituelle : s'ils sont de nature hysterique, ils peuvent guerir instantanement et faire croire a un miracle, dans le cas contraire, non.
GHAPITRE SEPT1EME
Troubles des sens de Podorat, du gout et de 1'ou'ie.
SOMMAIBE : Hyslerose du gout et de 1'odorat. Surdi-mutite hyste>ique. La bonne sosur Saint-Lazarc. Sept cas d'hystero-surdi-mutite. Maladies chirurgicales de i'oreille. Des surdi-mutites chez les idiots.
GLASSE I Troubles de 1'odorat et du gout.
Odor at et yoiit. De meme quc la pcau peut subir 1'anesthesie et 1'analgesie, de memo les muqueuses de la bouclie, du pharynx et du ncz pcuvcnt subir des troubles analogues.
II peuty avoir en plus, peiicdc lasensibilitc guslative complete on particllc, ct de memo trouble on perte dc la scnsibilite olfactivc, tout cela sous 1'influence dc 1'hysterose.
J'ai connu une personne qui sc plaignait de n'avoir dans la bouche qu'un gout de cendre. Les aliments les plus varies pcrdaient leur gout naturcl pour prendre ce gout de cendre, si bicn qu'elle se faisait mettre la sonde ojsopliagiennc pour se nourrir, sans subir cet affreux supplicc qu'etait pour elle Tingestion des aliments cendres.
Quclqucs personncs, sous I'influcncc dc la nevrosc .sont insensible^ aux vapcurs ammoniac-ales, bienqu'cllcs
conservent 1'odorat pour les sels d'acide acetique et autres. Nous n'indiquons ces troubles que pour en donner une idee, en en laissant de cote une infinite d'autres aussi curieux, qui peuvent etre une occasion de miracle.
CLASSE II Troubles de 1'ouie.