LES .MIRACLES DE M. LASSERHE
Le miracle de VAssomption. M. Lasscrre en nous decrivant ce miracle est fort prolixe dans sa narration ; c'est a peine si 130 pages lui suffisent pour raconter cc qui liendrait en une seule. Aussi faul-il un certain travail pour extraire les symptomes de la maladie, perdus dans un falras dc details oiseux, mais pleins d'onclion pieuse.
Victor dc Musy est uu p re Ire, au physique haul de laillc el un pcu gros, au moral intelligent ct bon.
Bicn porlant jusqu'a Tagc de 17 ans, il vil a cctle e'poque sa sanle s'alterer ; tout en conscrvant sa forte apparence, il elait devenu languissant: tanlot les reins, tatilnt les yeux, tantot les jambcs le faisaient souffrir. Ces doulcuL's vaguos el non stables, on lesaltribua a des rhumatismcs quancl elles etaienl les symptomes de debut dc 1'hyslcrosc. A 19 ans, il vouliii enlrer au serninairc, mais sa maladie etait un obstacle a recevoir les ordres de prelrise, el ce no fut qu'en 1851, par faveur, qu'il fut accepl/;.
Apj-es (juekjUL-s moi.s de si'-jour au .-t'liiiiiuiiX 1 , iJ i'nl pri.s d'lui accident hyslcrique Ires net : il dcvint subitement aphone, ct cc mutisme le forca dc relonrner dans sa I'amille.
LA VliRITE SUR LOURDES 229
A Tours, vivait un M. Dnpont nous en avons deja parle qui avail imagine de bruler jour et nuit unc grosse veilleuse devant une image do sainte Veroniquc et de la sainte Face. L'huiie dc cette lampe, disait-il, avait la vertu de guerir. 11 savait si bien en persuader lesmalades quo parfois, quelques-uns atteints d'hysfcerose guerissaient subitement. Victor de Musy vint chez M. Dupont, se frotta avec 1'huilede la veilleuse, et subitement recouvra la voix.
Quel exemple de suggestion pour la cure des nevroses ! car on nous accord era bien que si M. Dupont avait frotte le patient avcc n'importe quoi, le resultat cut ete le mfeme !
M. de Musy enlra alors au suminaire de Sainl-Sulpice. La, sa vue s'affaiblit de nouveaua tel point que lorsqu'il lut ordonne pretrc il ne pouvait lire, il lui reslait juste asscz de vue pour so conduire. Ainsi apres 1'aphonie hysterique, survenait 1'amblyopie de meme nature.
On sait que cet accident hysterique, 1'amblyopie, n' arrive jamais a la cecite complete, mais seulement a une diminution plus ou moins considerable de la vision.
M. deMusy rentra dans safamille.Quelque temps apres, en 1862, ce fut le tour de ses jambesa devenir inertes et immobiles; elles resterent ainsi durant de longues annees. En meme temps, se produisait dans les epaules, les genoux etles reins, des elancements douloureux, nouveaux stigmates hysteriques, qui lui arrachaientdescris.
M. de Musy vint a Paray-le-Monial passer un mois, pour demander sa guerison au Sacre-Co3ur ; mais pour 1'obtenir il fallait, parait-il, une foi plus vive que celle qu'avait 1'abbe. A ce sujet, M. Lasserre n'est pas tendre pour le sanctuaire de Marie Alacoque: commis voyageur
en miracles de Lourdes, il n'admct pas la concurrence ; aussi lance-t-il ce joli pave de Tours au Sacre-Cceur : ce lieu de pelerinage ne semble point avoir ete etabli par Dieu pour la diffusion de cette sorte de grace .
Defense a Dieu de faire des miracles en ce lieu.
De plus, une tante de 1'abbe, la chanoinesse de Poncey, par ses discours detruisait le peu de foi qu'il avait en la vertu miraculeuse du Sacre-Coeur : voulez-vous bien vous en aller, lui disait-elle, votre place n'est pas ici. La sarnie Yierge ne veut pas vous guevir a Paray, clle veut vous guerir a Lourdes .
Pauvre Marie Alacoque, voila quo memo des cbanoinesses refusent d'introduire leurs corps tres chastes dans volre vieille cliemise, si miraculeuse pourtant naguere. Les discours de sa tante avaient fmi par ebranler 1'abbe, et sous cette influence, la croyance en'sa guerison a Lourdes s'accroit dans son esprit. II fit le voyage, et deux jours apres son arrivee, un prelre reussit a lui inspirer une entiere confiance dans la vertu de la source. Puis c'est une femme qu'il voit guerir a la Grotte ; alors sa foi au miracle devient tres vite de 1'auto-suggestion.
Le jour de 1'Assomption, la grande fete de la sainte Vierge est arrivee; 1'abbe de Musy est intimement persuade qu'il va guerir ce jour-la. Comme il assiste a une messe basse dans la crypte, lorsqu'il entend ces mots : sursum corda prononces tout haut, subitement il se leve, se tient debout et marche : la paralysie n'existe plus. En meme temps sa vue atteinte rappelons-le d'amblyopie, redevient ce qu'elle etait autrefois : 1'aveugle de tout a 1'heure peut lire maintenant les caracteres les plus fins de son breviaire. Toutefois, le lendemain 1'hysterie excelle en ces tours comme
1'abbe de Musy disait la messe, a la premiere oraison il redevient subitement aveugle. Gela cluraainsi pendant 1'Epitre, le Graduel et FEvangile, mais apres le Credo, lorsqu'il se retourna vers 1'assistance pour lancer le Dominus vobiscum, la vue lui fut rendue.
L'abbe retourna dans son diocese d'Aulun, ou il fut nomme cure de Chagny, c'est la que M. Lasserre le laisse, sans nous dire ce qu'il devint plus tard.
Resumons cette observation ; si Ton veut bien se reporter a notre tableau des caracteres de 1'hysterose, on verra que M. de Musy, sans aucun doute possible, etait atteint de cette affection : les douleurs des reins, des yeux, des jambes, au moment de la puberte ; 1'aphonie sans lesion du larynx, guerie subitement par 1'huile d'une lampe merveilleuse ; la concomitance de plusieurs symptomes, paralysie et cecite, mutisme et hyperalgie; la conservation des fonctions des sphincters anal et vesical ; 1'amblyopie sans 1'amaurose complete, 1'instantaneite des guerisonset des rechutes ; enfin le miracle qui se produisit lorsque la foi fut assez forte pour obtenir ce resultat, tout concourt a prouver que 1'abbe de Musy etait atteint d'hysterose. Or, nous 1'avons dit et redit, les hysteriques sont les sujets a miracles par excellence.
Comptons les miracles chez notre sujet :
l er accident hysterique : mutisme. l er miracle, di A i a sainte Veronique;
2 e accident hysterique : amblyopie. 2 e miracle, du a Lourdes ;
3 9 accident hysterique : amblyopie du lendemain. 3 e miracle, du a Lourdes ;
232 L\ VlhUTK SUR LOU.RDES
4 C accident hyslcriquc : demi-paraplegie. 4" miracle, du a Lourdes.
Qua Ire miracles pour un seul homme !
il/ 11 ' Jeanne de F... Dans cet autre episode miraculeux, 1'hysterose cclate a chaque pas, signalee qu'elle est par de nombreux medeclns.
Jusqu'a 18 ans, M" e Jeanne esl une jeune lille alerte et vaillante, sans trace de maladie. Grace a des muscles d'acier, elle peut se depenser sans fatigue ; sa tete belle et gracieuse est eouronnee d'une longue el soyeuse chevelure. Ses parents, ses freres et ses scours prouvent, par lour bonne sante qu'il n'y a rien d'heredilaire dans son cas.
L~ n jour, M"deF... subit un Iraumatisme : un choc violent renverse sur elle la voiture qu'elle conduit ; couvertc de contusions, elle se releve bonleversee de peur : elle a subi 1'hystero-choc donl nous parlerons plus loin. Autour d'elle, on parle del'accident, on eslime qu'ecrasee sous le poids du vebicule elle peut avoir a 1'interieur quelque organe lese ; sa i'amille empressee s'inquiete de quel cote elle souffre ; les medecins la palpent, 1'interrogent, fixent sa pensee sur ce fait d'une lesion interne possible. On seme de la graine de suggestion, laquelle peu a peu va eclore, pousser et grandir. Elle fait un voyage en Italie. Les distractions nombreusesFempechent d'abord de penser a son mal; mais a son retour en France, Jeanne voit sa sante s'alterer gravement; elle est prise de vives douleurs d'entrailles et ressent en sa constitution intime des dislocations anormales (m-).
C'est bien ainsi que se passentleschoses dansle traumalisme hysterique.
On etait en 1870, les Prussians envahissaient la Lorraine, lieu de residence de la i'amille. Ce fut pour la malade de nouveau un terrible choc moral, que les solclats remplissant la maison de tumulte, de cris et de vociferations, et lui faisant craindre a chaquc instant quelque envahissement de la chambre ouelle etait alitee.
Dans cet iniervalle, les jambes de Jeanne s'etaient peu apeu affaiblies, lamoindre promenade etait une lassitude, pour laquelle elle etait co ntraintedes'arreter, et de s'etendre accablee, n'importeou. Finalementellenefaisait plus de promenades et restail etendue sur son lit ou sur une chaise longue.
Notons le fait suivant bien caracteristique de 1'hysterose : sa mere preoccupee des propos deses amis etconnaissances, ne cessait d'exborter sa fille a reagir en public, coute que coute. Alors, au moment d'une visite, la paralytique recouvrait ses jambes, venait au salon, en faisait les honneurs, causait avec les elrangers avec une grace charmante, oubliait enfin sa maladie pendant une heure. Puis le dernier visiteur sorti, elle allait se jeter sur son lit, et c'etaient alors des plaintes larmoyantes pour exprimer les souffrances aigues qu'elle ressentait dans tout le corps. Les traitements employes furent varies, le nombre des medecins consultes considerable ; ils furent tantot allopathes, tantot homeopathes. On fit, 1'ete, des saisons dans loutes les stations d'eau, 1'hiver, dans toutes les villes du midi; meconnaissant la nature hysterique des maux dont elle se plaignait, on lui fit d'innombrables pointes de feu ; il se trouva meme un specialise pour lui faire des cauterisations internes !
234 LA VlfolTE SUR LOURDES
Vers la fin de Janvier 1873, loin de s'ameliorer, la paralysie etait presque complete, et les dechiremenls interieurs d'une grande acuite.
L'entourage, loin d'aider a la guerison, aggravait le mal, en s'apitoyant sans cesse sur la malade; sa mere et tout le monde s'appliquaient a eviter tout ce qui pouvait 1'affliger ou la contrarier et s'efforc.aient de satisfaire ses moindres desirs. Elle ne supportait plus aucune resistance a ses caprices; un jour qu'elle avait eprouve un retard a une demande. elle eut une crise convulsive, celle pendant laquelle la malade renversee se tord dans des convulsions, en essayant d'arracher la boule qui monte de 1'epigastre au cou, tout en poussant des cris rauques effrayants.
Cette crise aurait du ouvrir les yeux a ceux qui la soignaient, caril n'y avait plus de doute possible sur la nature du mal : on etait en presence de 1'hysterose a laquelle on pouvait ratlacher tous les symptomes constates avant et depuis cet accident.
Cette crise convulsive etait la signature mise au has du diagnostic de la maladie, mais on ne sut pas la voir. G'est alors que, sur sa demande, M Ue Jeanne fut conduite a Lourdes, qui cette annee battait son plein.
Durant le cours d'une neuvaine, les forces de Jeanne revinrent graduellement, elle hasarda cinq ou six pas, le lendemain, dix fois plus; enfin, la neuvaine ecoulee, elle alia a pied avec tout le monde, a la chapelle et a la Grotte : elle etait done guerie.
Au lieu d'etre au comble delajoie, son orgueil n'etait pas satisfait, le miracle, aulieu de se produire d'une facon soudaine et eclatante, ne s'etait fait qu'insensiblement : je n'ai compris a aucun moment, disait-elle,
que tout en moi avait ete remis en place, je ne puis me persuader que je suis guerie .
Elle se persuada tant et si bien qu'elle n'etait pas guerie ; elle declara si souvent a sa mere que la cure ne se maintiendrait pas, qu'il arriva, le lendemain matin, que les pieds et les jambes de M" Jeanne se refuserent a tout service et se trouverent dans 1'impuissance de faire un pas : le miracle n'avait pas tenu.
Maudissant Lourdes et sa moitie de miracle, fuyant le bruit dcs cloches, le mouvement des processions qui defilaient sous ses fenetres, le chant des cantiques qui irritait ses douleurs, elle repritavec sa mere ses stations dans les villes d'eaux, puis elle revint habiter sa ville de province, paralytique comme devant.
On la voyaitchaque matin assise surune chaise basse, avancer par petits bonds de cote et traverser ainsi les rues et les places de la ville pour allerassister a la messe de la cathedrale, a travers les passants ebahis a la vue d'une belle demoiselle cul-de-jatte. C'est, vers cette epoque, qu'elle entra en relations avec 1'abbe de Musy, le miracule de 1'Assomption, comme on 1'appelait, dont la guerison faisait un bruit enorme dans le diocese.
Grace a lui, une suggestion quotidienne se fit dans 1'esprit de la paralytique. Elle voyait devant elle un pretre, malade naguere comme elle, gueri par la vierge de Massabielle, et dont les discours n'avaient qu'un but, celui de donner la foi a la jeune fille. Plus tard, 1'abbe de Musy se trouvant a Lourdes, lui ecrivait qu'il eprouvait a son sujet une obsession divine dont il n'etait pas le maitre.
Une nuit, M 11 ' Jeanne vit dans un reve Bernadette lui .upparaitre gracieuseet souriante; elle 1'entendit lui dire:
23G LA VKUITK sun LOURDES
N'ayez peur de rien, vous serez gue"rie a Lourdes, si vous priez avec confiance. Reveillee en sursaut, la malade ne vit que les rideaux de son lit vaguement eclaires par la lueur de la veilleuse ; mais elle so sentit remplied'tme veritable emotion, pleinement assure'e desormais qu'elle etait de sa guerison.
Gommc 1'abbe de Musy avail ete miracule le jour de 1'Assomption, Jeanne voulut elre a Lourdes le meme jour, et comme 1'abbe de Musy lui avail promis de 1'accompagner, sa religieuse ivresse grand issait, au point d'annoncer d'avance le miracle et d'en preciser la date.
A Lourdes, elle alia se logcr dans Tappartement qu'avail habite 1'abbe. Le lendemain, jour de 1'Assomption devait (3 Ire sa journee de miracle ; elle avail interesse a sa guerison tous ses amis et connaissances ; un grand nombre de pretres, de religieux et religieuses, cloitres ou non priaient pour elles. Le lendemain elle etait dans un etat d'exaltation extraordinaire : je crois, je crois, <( je suis pleine d'espoir et de confiance , s'ecriait-elle. Enfin, comme elle entendait la messe dans la chapelle de la crypte ou 1'abbe de Musy avail obtenu sa guerison, Jeanne fut persuadee que le regard de la sainte Vierge etait sur elle, et qu'elle lui repetait avec une imperieuse douceur : leve-toi ! leve-toi ! elle se leva et fut guerie.
Chose curieuse, maisbien comprehensible dans uncas d'hyste"rose, comme Jeanne se levait, elle fut prise d'un mutisme absolu pendant quelques minutes.
M" e de F..., apres avoir joue pendant quelques jours au milieu des ceremonies pompeuses, son role de miraculee avec cette sorte d'exaltation orgueilleuse si chere aux nevroses, rentra chez elle ou elle vecut desormais
plus tranquille. Mais si le symptome paraplegique avait disparu, la maladie principale, 1'hysterose existait toujours, sous forme de stigmates : M 1Ie Jeanne a souvent de violentes clouleurs de tete, ecrit son historien, des migraines et des nevralgies contre losquelles les medecins restent impuissants .
Reportons-nous a notre tableau des caracteres de la nevrose : M lle Jeanne n' avait certainement aucune lesion ni du cerveau ni de la moelle, car dans ce cas, les jours de visile, chez sa mere, elle n'aurait pu ni se lever ni marcher, et le jour du premier miracle, elle aurait etc incapable de se promener pendant vingl-quatre heurcs pour redevenir impotente le lendcmain. C'est par contre, la maniere d'etre de 1'hyslerose.
Notons ehez elle, la sirnultancite des symptomes, paralysie et nevralgie, paralysic et mutismc, el suiiout, paralysie et crises convulsivcs.
La cause cclte voiturc renversee sur elle grave traumatismc, hystero-choc, cxplique la nature de la maladie dont elle fut alteinle.
Enfin, ces deux guerisons si caracteristiqucs, la premiere qui ne marchc qu'a pctits pas, parce que la foi cst tiede, et dont la rechute cst si amusante, la seconde subitc, parce quo la foi qui guerit cst exaltee, nous sont unc certitude que les cures de M" c Jeanne ne I'urcnt pas des miracles.
Le D' Boissarie s'cst bien garde de juiblier dans son livrecelle observation d'hysterosetrop acccntuee. M. Lasserre, ignorant dc la maladie, acceptc tout avcc unc foi avcuglc.
La neuvaine du cure d'Alyer. Un troisieme episode miraculeux de Lourdes est egalement un cas cle paraplegie liysterique.
Pourquoi ce titre fantaisiste : La neuvaine du cure d'Alger ? \ 7 oici : le chanoine Martignon, ancien cure d'Alger, atteint de phtisie, fut attire a Lourdes par le bruit des miracles. Gomme sa maladie etait reellement bacillaire, le pauvre cure ne guerit jamais, malgre tout 1' arsenal de moyens a sa disposition, malgre force neuvaines qui se succedaient de mois enmois et d'annec cu annee. Alors pour utiliser ces neuvaines inutiles pour son propre mal, il en attribua le meiite, par bonte de cocur a d'autres malades, notamment a M mc Guerpicr qui fait le sujet de 1'observation suivantc :
Proiitons de la circonstance pour poser une question peut-etre indiscrete, et demander pourquoi la vierge de Lourdes ne guerit point certains malades comme le cure d'Alger, et reserve toutes ses favours aux hysteriques.
En 1874, M" IC Guerpier, apres onze annees de manage, ct apres avoir donnele jour a trois enfants, vitsasante s'altcrer gravement.Maux de tete, affaiblissement general, paralysie des jambes, vue troublee et obscurcic,cnfin ancsthesie complete dela partie inferieure du corps ; piquee, briilee, pincee, la malade ne sentait rien. Enfin, survinrent des syncopes frequentes dont la duree augmentait de plus en plus. Pendant ces longs evanouissements, il semblait que la vie etait prete a s'echapper . Gela dura ainsi deux annees. On peut coller, sans risque cle se tromper, le mot hysterosc sur chacun de ces symplomes, m is
sur le dernier surtout, Faeces cle sommeil si pathognomonique de 1'affection.
Un jour, comme une de ses petites filles avail fait sa premiere communion le matin, et qu'un repas cordial reunissait les parents etles amis dela famille, M me Guerpier, laissee seule dans sa chambre, fouettee par le desir de participer a la fete, retrouva, tout a coup ses jambes, elle s'habilla et vint s'asseoir au milieu des convives surpris ; sa vue etait claire et nette, repine dorsale avait recouvre sa force, les jambes portaient te corps comme autrefois. L'histoire ne dit pas s'il y eut bal le soir, et si M me Guerpier dansa : elle eut pu le faire.
J'ai omis de dire, fait important pourtant, que depuis Imit jours, M me Guerpier declarait qu'elle marcherait le jour de la premiere communion de sa fille. II y avait done eu auto-suggestion tres marquee. Mais le lendemain, les jambes de M' ae Guerpier etaient redevenues paralysees.
Elle alia habiter chez son pere a Saint-Gobain, et la, survinrent de nouveaux symptomcs, des sortes de vertiges, des crises convulsives, et enfin un commencement de paralysie du bras gauche.
M me Guerpier, par ses lectures et par son entourage pieux, fut pcrsuadec qu'elle scrait gueric a Lourdes. Elle partit. Le lendemain de son arrivee, ecrit M. Lasserrc, comme elle assistait a la messe et qu'elle reccvait la communion, elle enteridit au fond de son etre, cornmo une voix souverainc qui lui ordonnait de se lever et dese mettre a genoux : elle le fit et fut gueiie.
Tous les symptomes de la maladie dc M' n " Guerpier sont si nettement hysteriques qu'il n'est pas necessaire d'insister davantage sur ce cas. On peut done conclure
immediatement ct dire que chez elle, comme chez les precedentes, s'il y cut guerison, elle no fut nullement miraculeuse.
Le quatrieme miracle. Le quatrieme episode cite par M. Lasserre est son propre miracle, la guerison de son amblyopie. 11 a deja trouve place dans le chapitre des maladies des yeux,ounous avonspvouve que la guerison survint parce qu'il y avail hysteric notoiredans soncas.
Resume. Les qualre guerisons du gros volume des Episodes miracuhux qui iircnt jadis un bruit tcl que rimmaculee-Couceplion de Lourdes devinL par lour Tail la vierge guerisseuse par excellence, cos qualre guerisons, disons-nous, etudiees de pres, se resolvent en quatrc cas d'hystdrosc, sans qu'un seui doute concernant ce diagnostic soit possible a Icur sujet.
Si on eut su dobrouiller lour nature, on nurait compris qu'ils etaient susceplibles deguerir, soit par hypnotisme, soit par auto-suggestion ailleurs qu'a Lourdes, comme il arriva du reste ckez M. de Musv ct chez
tj
M. Lasserre lui-meme, gueris tons deux par I'lm'tlc de sainte Veronique, comme aussi chez M ik de F... et chez M" 1C Guerpier, la premiere retrouvanfc ses jambes, lorsqu'une visite la lbrca.it a descendre au salon, la seconde A r enant gaillardement presider une fete de famille, sauf a sc paralyser do nouveau le lendemain.
Les paralysies du D r Boissarie.
Nous avons sept cas a etudier clans 1'ouvrage ties Grandes Guerisons. Observons tout d'abord que si M. Lasserre peut faire valoir la circonstance attenuante de son ignorance medicate, au sujet des guerisons dont il ecrit 1'histoire, il n'en est pas de meme du D r Boissarie, a qui il n'est pas perm is d'ignorer 1'hysterose et ses manifestations. Or, il ressort de la lecture de ces guerisons que, medecin attitre de Lourdes, il veut des miracles a tout prix, et en public certains, meme lorsque dans son for intericur, il sait a quoi s'en tenir sur leur valeur; c'est ce que nous allons essayer de prouver.
Lucie et Charlotte. Lucie et Charlotte R..., ces deux soeurs etaient atteintes 1'une et 1'autre non d'unc paralysie des jambes, mais bien d'une coxalgic : nous avons traite leur cas dans un chapitre precedent.
A leur sujet, on nous parle de paralysie, mais les jeunes filles pouvaient marcher avcc un talon sureleve, ce qui demontre peremptoirement que la paralysie n'existait pas. Sous 1 'influence de contractures musculaircs, leur bassin avail bascule et entraine la tetc du femur en arriere, soulevant la jambe de trois centimetres.
Si 1'on cut endormi ces jeunes filles, la contracture aurait cesse immediaternent, et Ton se seraitapercu que les deux membres etaient reellement d'egale longueur passons.
Benoite Crozct la Bleice. Un jour, a Nancy, je suivais la cliniquc du professeur Bernhcim. Au milieu de la sallc, assisc dans un grand fauteuil, etait une vieille femme, depuis longtemps paralyses : elle etait reputee incurable, ct depuis vingtans les medecins nes'en occupaient plus. Je dis a mon confrere si expert en hypnotisme : voila un beau sujet a suggestionner et a faire marcher.
Essayez vous-meme, rcpondit le D r Bcrnheim.
Jem'approchaidc la malade ct lui parlai : Pourquoi reslez-vous dans ce fauteuil, vous eles gueric depuis longtemps, jc le vois : si vous voulez marcher, vous le pouvcz .
Lc croycz-vous, monsieur le doctcur ? questionna la bonne fcmme; j'appuyai sur la guerisou et la possibilite do marcher.
La bonne maman riait, hesitait, me regardait ; fina- Icmcnt, ellc cut foi ea rues paroles ; jc jugcai le moment opporlun, ct Sui proposal d'essaycr de marcher avec moi.
Oui, monsieur, avec plaisir. Je ia soulevai, lui mis son bras droit sur le mien, tandis qu'une infirmiere la soulcvait de 1'aatrc cote : et la pauvre- vieille se mit a marcher, d'abord, d'unc facon hesitanlc et trebuchanle, puis avec plus d assurance ; eniin, cabin caha, nous firnes Ic lour do la salle. Miracle !
Pourtant. inodestc, nous irallribuames nullement cette mervc'illeu.se gucrison a un pouvoir surnaturel, ne voulant pas concurrenccr les true'risons sernblables (|ui out lieu a Lourdes.
Nous cherchames une explication plausible a ce fait ; ou bien cette femme atteinte d'une vieille apoplexie s'e"tait guerie lentement sans qu'on n'y prit garde, et, par habitude elle avait continue a vivre dans son grand fauteuil, sans se douter elle-meme de son etat, et alors, mon intervention ne fut qu'un moyen de constater la guerison.
Ou bien on se trouvait en presence d'une paralysie hysterique meconnue, qui fut guerie par suggestion.
Benoite Crozet est un cas identiquement pareil. Elle etait paralysee depuis 35 ans, a la suite d'une fievre typho'ide. On sait que la nevrose hysterique a frequemment pour cause 1'intoxication causee par des fievres. Tres pieuse, et ayant la plus entiere conllance dans le pouvoir de la sainte Vierge, elle alia a Lourdes, et fut plongeedans la piscine; la, elle ressentitun grand bien-etre ; il lui sembla que les forces revenaient a ses pauvres jambes ; puis, quelques minutes plus tard, a la procession, elle criait avec la foule : Jesus, guerissezmoi ! elle se leva de sa petite voiture en y laissant sa paralysie. Benoite Crozet est la bleue du roman de Zola.
Nous joindrons a ce fait le suivant, celui de Marie Etchor, de 1'asile de Bayonne, agec de 80 ans, paralysee depuis vingt ans des deux jambes et du bras droit. Le 21 avril 1901, elle fut plongec dans la piscine, et aussitot apres 1'immersion elle marcha, ce qu'elle continua de faire d'une fagon normale.
Le pretre d'Haiti. Quel beau cas d'hysterose, et en meme temps quelle etrange histoire nous raconte 1'abbe Dumas !
Cejeune pretre parait avoir subi, dans I'iic d'Ha'iti, un ebranlement psychique considerable, a la suite d'une peur que lui causa un sorcier. Ces manvais genies de 1'enfcr, nous racontc le D r Boissarie sous sa dictee, cxercent ouvertement leurs malefices, en melangeant dans letirs abominablcs laboratories, le virus des maladies eontagieuses, lo veniu des reptiles, le sue des plantes malfaisanles, et les matieres decomposecs des cadavres humains; avcc ce magma, ils nourrissent des animaux domestiques, ponies, canards, pigeons, dindons, et ils donnent ces vokulles comme aliments a leurs cnnemis jc suis du uombrc do fagon a causer leur inort, sans laisser de (races.
Personne ne savait qu'a Hai'li il v eut do si mediants
sorciers ; niais if est juste d'ajouter .que ces sorciers sont moins malins qu'on vcut biea le dire, car voulant cmpoisonner I'nbbe Dumas an moyeu d'une poulc dans laquelle ils avaien! conccnlre tons les virus susdils. ils ne I'eussirenl qu'a lui dormer la colique.
Lorsquc 1'abbo Dumas, du fait de I'livslerose. dcvint paralysi- des qualrc membres, son imagination apeuree atlriluia <a la [!iile du soirier la cause de son ma I.
De plus, la memoirc de 1'abbe Durnas elait en mauvais etnt, clsose fVequontc cliez les hysleroses : sur ce fait, Briquet, Charco! eld'aulres autcurs sont d'accord ; elle sc pen! enlierement on ;\ moiiio: certains fails sont conserves, dVaiires ne le sont pas. La parole lenle el i'aible de i'abbe etail un autrc symplomo d'hysterose.
II vini n Lourdes, se vend it <> in (iroile. et de la aux piscines. An premier bain, il se sentit un nesi mieux. et put fairequelques pas. Au deuxiema bain, il marchait plus fai'ilemfnt : les jours suivants, la guerison se completa, niais ia canne ctait encore neccssaire.
Pendant un mois [''amelioration se continua ; au bout cle ce temps, il avait encore des gestes irreguliers, il se hatait avec tics attitudes gaudies; son intelligence et sa memoire ne revenaient que par eclaircies.
Le D 1 ' Boissarie n'est pas tres rassure sur ce miracle. G'est a ce sujet qu'il annonce asa clientele, unnouveau genre de miracle le miracle a calcul de probabilites . Nous n'invenlons rien : cetle guerison, nous dit-il, ne s'imposc pas avec 1'cvidence que nous rencontrons quelquefois dans les grands fails de Lourdes, ct reclame un calcul de probabilites pour conduire a la certitude.
S'il n'y a pas eu miracle complet, c'est-il que dans les calculs de probabilites. on n'a pas su tenir compte de la poule du sorcier?
II est inconcevable que lapartie intelligentedu clerge qui preside aux destinees de Lourdes. perinette de publier des histoires aussi saugrenues quo celle de ce pretre exotique, car de tels racontars preteront a rire aux habitants d'Haiiti eux-memes, si jamais 1'ouvrage du D r Boissarie leur tombe sous la main.
M u * Amelie Gimar. G'est un cas de paralysie liysterique, analogue aux precedents, et datant de dix-sept ans.
Gette demoiselle en 1884 etait venue une premiere fois a Lourdes, sans etre miraculee, faute d'une foi suggestive ; son esprit, au lieu d'etre fixe entitlement du cote de la grace divine, avait ete distrait par des pensees mondaines. N' ay ant pu revetir sa plus belle robe, ni s'orner de quelques atours, elle s'etait irritee d'etre
melee et confondue au milieu de la procession, avec la tourbe des pauvres gens mal vetus.
Elle etait retournee avec sa paralysie a Bordeaux, sa ville natale. Pendant trois annees, des troubles varies et penibles du cole des voies digestives vinrent compliquer la paralysie. Nous savons que les accidents hysteriques marchent par paires.
En 1890, six ans apres, elle revint a Lourdes, mais accompagnee parunde ses compatriotes, ami energique qui influa sur elle et la persuada de la possibility de sa guerison ; il la lit porter sur le parvis de 1'Eglise, et lui imposa sa volonte, en sorte qu'au passage du Saint- Sacrcment, exaltee par la foi qui yuerit, elle se redressa sur son brancard, se leva, marcha et suivit la procession ; au meme moment, 1'estomac reprenait ses fonctions, et digerait un repas complet.
Le miracle ne lui a^ pas rendu subitement la chair de ses muscles emacies par dix-sept ans de repos, et il a fallu plusieurs mois pour que, par la nutrition et 1'exercice, les jambes aient assez de volume et de force pour reprendre leurs fonctions norm ales.
Ce miracle si long a se completer, peut etre classe, commele precedent, parmi ceux a calculs deprobabilite d'apres lesquels quatre mauvais miracles en font un bon.
L'abbe Sonnois. L'abbe Sonnois, des 1'age de 21 ans, etant eleve de philosophic au seminaire, avait subi les premiers stigmates de 1'hysterose, des douleurs un peu partout qui brusquement avaient disparu. La liste des maux par lesquels passa son hysterose est d'une longueur demesuree.
De 1877 a 1884, ces douleurs revinrenfc a plusieurs reprises : elles s'accompagnerentde troubles del'cstomac.
En 1884, il y cut Je:ni-para[ysic des iambcs et incontinence d'urinc; la marche elait penible, vaciilante, incoordonnce. Lorsque le malade fermait les yeux, il tombait; en menie temps sa main dirigeait mal sa plume pour ecrire.
Puis il y cut aphasie ; il metlait un nom pour un autre, et ne trouvait pas le mot propre.
La memoire etait abolie, comme il arrive parfois ; des symptomes varies du cote de la vision se manifestaient : les objets paraissaient doubles, etalalumiere artilicielle, la perte de la vue etait absolue.
11 avait quelques idees de lypemanie, avec des impulsions au suicide. L'abbe Sonnois fut traite pendant deux mois et demi a Paris par le D l Potain. Le D 1 ' Potain donna-t-il un certificat d'incurabilite ? nullement; il declare categoriquement au contraire qu'il n'y avait du cote de lamoelle, aucune affection org unique, et que la guerison etait possible, et meme probable. Nous voila loin du tabes et de 1'ataxie admis par le D r Boissarie qui, sacbant que cette maladie etait incurable et que sa guerison a Lourdes serait un vrai miracle ne tint aucun compte du certificat du D r Potain. Or, 1'abbe Sonnois n'avait aucun symptome du tabes, ni les douleurs fulgurantes qui ne manquent jamais, ni 1'hemiplegie habituelle, ni le pied-bot tabetique, ni les paralysies du muscle moteur de 1'oeil, ni les troubles de 1'appareil larynge.
Au contraire, si nous nous reportons aux symptomes de 1'hysterose, symptomes que nous avons decrits dans
248 LA VEP.ITK SUR I.OUP.nF.S
le premier chapitre do noire ouvrage, nous trouvons que 1'abbe Sonuois avait la nuvrosc classiquc.
Nous en avons la confirmation du rcste, dans la fagon dont il fut miracule, lorsqu'il revint a Lourdes au mois de septembre 1890. Comme il avait la foi qui guerit , apres avoir lu le miracle de 1'abbe de Musy, il fut persuade qu'il pourrait comme lui, retrouver 1'usage de ses jambes.
Au surplus, au moment de son passage a Lourdes, son miracle etait a moitie obtenu : il marchait, nous raconte-t-on, en donnant le bras a deux aides. Ge n'etait done plus la paralysie complete, peut-etre meme marchait-il rnieux qu'il ncle laissait paraitre, et vinl-il simplement a Lourdes, dans le but de faire beneficier la Grotte d'un retentissant miracle ! menlir et blufler sont choses communes cbez les liysteroscs.
Mais il se pent nussi que la bonne foi ait preside au miracle, et que 1'abbc Sonnois ait fait de 1'auto-suggestion. II sait que 1'abbe de Musy avait eu son miracle pendant la messe ; lui aussi guerira pendant 1'office divin. Comme autour de lui, on demande qui doit celebrer le lendemaiu matin la messe d'actions de grace des pelerins de son diocese :
. G'est moi , repond-il carrement. Ge mot, une fois prononce, fut une auto-suggestion, ilfallait quela chose fut faite. Et depuis ce moment jusqu'a 1'heure de 1'office, la volonte du prStre se lendit vers ce seul but : demain, me tenir dcbout, sans aide, etdire la messe.
L'aboulie fut vaincue; une fois de plus, 1'auto-suggestion etait victorieuse ; le lendemain, ce qui devait arriver arriva. L'abbe Sonnois marcha et se tint, sans
aucun aide, devant 1'autel : la prediction de son miracle etait la prcuvo de sa nevrose, on bien... passons.
Resume. Resumons les six miracles racontes par le D r Boissarie dans son livre. Ceux de Lucie et Charlotte R..., celui de Benoite Croizet la Bleue, celui du pretre d'Ha'iti, celui de M" e Amelie Gimar, enfm, celui de 1'abbe Sonnois, et disons que nous avons ete etonnes profondement en les etudiant et en les etalant aux yeux des lecteurs. Nous esperions qu'un medecin aurait choisi quelques fails miraculeux difficiles a expliquer scientifiquement, et pouvant amener quelques doutes dans 1'esprit des lecteurs. II n'en est rien. Ge sont de pauvres miracles qu'il suffit de lire pour ne pas y croire. Plusieurs personnes nous avaient conseille de lire les Grandes Guerisons de Lourdes vous y trou-, verez des fails que la science n'expliquepas . Ges faits, la science les a expliques, ils n'ont rien de miraculeux ; ce sont des guerisons d'hysteriques, ce ne sont pas des miracles.
Uu miracle Russe.
Un miracle non orthodoxe. Voici un cas de paraplegie gueri par la suggestion simple. Si nous 1'intitulons miracle russe , c'est parce que le fait est analogue aux miracles de Lourdes, et qu'il s'est passe en Russie.
Dans la revue d'hypnottsme (annee 1903) a paru 1'observation d'une paraplegie consecutive a une atrophie musculaire d'origine articulaire traitee par divers
moyens, et finalement guerie. a 1'aide de la suggestion par le D r Stembo, de Vilua.
G'est 1'histoire d'une jeune fllie alteinte de paralysie des membres inferieurs, qu'on croyait de nature rhumatismale, parce qu'elle avait eu autrefois un rhumatisme aux genoux.et dans diverses articulations. On avait tout employe pour la guerir, salicylate, massage, electricite, bains, pointes de feu, saison dans les villes d'eau; mais rien n'y avait fait; sa paralysie s'accompagnait de pied-bot.
II faut dire que le pere etait tabetique, et que la vue du pere pouvait avoir influe sur 1'etat physique de la malade-
Finalement, on employ a la suggestion qui amena la guerison. Catiiolique venue a Lourdes, elle eut ete guerie de meme, avec un brin de foi.
Hystero-choc.
Definition. L'hystero-choc, c'est le traumatisme produisant une maladie hysterique, principalement la paralysie. Les nombreux accidents de chemin de fer ont multiplie cette maladie a ce point que ies medecins anglais et americains ont voulu en faire une maladie speciale sous le nom de railway-spine et de railway-brain, et les allemands sous le nom de nevrose traumatique. Pour nous, c'est 1'hystero-choc.
Ges paralysies peuvent apparaitre immediatement apres le choc ; mais souvent elles ne surviennent qu'apres un temps, durant lequel, Tidee d'impuissance du mem-
LA VfilUTfi SUR LOURDES 251
bre traumatise se cristallise dans 1'esprit du malade, et Ic suggestionne peu a peu.
Une chute d'un ou deux metres, et meme moindre, peut produire le meme effet que le plus epouvantable accident : ii suffit que le blesse soit persuade par luimeme ou par son entourage qu'il ne recouvrera pas 1'usage de ses jambes, pour que laparalysie se produise.
Mais par centre, les chocs materiels et les chocs moraux, c'est-a-dire les emotions fortes, peuvent par un mecanisme analogue, mais inverse, produire la guerison.
Apres avoir raconte deux miracles de paraplegic par hystero-choc dont Tun, celui de Gargam, 1'employe des postes est celebre, nous raconterons en vue d'une comparaison a faire, celui de John Easton qui guerit miraculeusement aussi, mais d'une fac.cn bien contraire a Lourdes.
Adele Goffette. Le 8 decembre 1893, Adele Goffette allait de Paris en Belgique, lorsqu'un choc epouvantable se produisit : le wagon dans lequel elle se trouvait avec.son enfant nouveau-ne, fut brise en morceaux. La pauvre dame fut trouvee ensevelie au milieu des decombres avec des plaies contuses alatete, des fractures de cotes et des lesions graves de Tepaule. Gomme consequence, atteinte d'hystero-traumatisme, il y eut paralysie de la jambe droite. La compagnie des chemins de fer du Nord, a la suite d'un proces, lui alloua 4,000 fr. de pension. Au bout de deux annees, les douleurs dans les jambes diminuerent, et la malade qui avait garde le lit jusqu'a ce moment put se lever et marcher a 1'aide de bequilles. Insistons sur ce fait. G'est la guerison qui
commence et ne va pas discontinue!"; la malade marche ct deja on peut la considerer comme guerie. Plus elle marchera, plus 1'amelioration sera sensible. G'est alors qu'elle va a Lourdes, dont elle n'avait nul besoin, et qu'elle se plonge dans la piscine; sur cette hysterosee,le bain froid fait son effet, et Adele GoiTette est guerie completement.
Le D l Boissarie n'eut pas pense aun miracle, s'il n'eut eu, pour 1'appuyer, le certificat ci-dessous redige par les trois medecins charges d'examincr la malade avant le pelerinage. Les lesions du membre inferieur out ete produites par un traumalisme violent de la hanche et du bassin. L'anciennete de 1'accident et 1'etat actuel de la malade ne nous permettent pas de formuler un diagnostic cbirurgical precis ; mais quelleque soit la lesion, nous la considerons comme definitive et incurable .
Gette premiere partie du certificat est absolument slupefiante : elle demontre 1'ignorance complete de ces medecins au sujet du traumatisme hysterique qu'ils auraient du connaitre, et dont ils ne font aucune mention.
Us affirment une 16sion sans aucune espece de preuves, puiequ'ils declarent n'avoir pu la decouvrir, a cause de son anciennete.
De plus, ils ajoutent cette phrase abracadabrante : quelle que soit cette lesion mconnue, nous la considerons comme definitive et incurable , cola au moment ou M me Adele commengait a marcher !
Enfin ils concluent : quant aux troubles fonctionnels, raccourcissement du membre, paresie musculaire, diminution de la sensibilite, ils sontles resultats eloignes de la lesion . G'est en presence de tels cer-
tificats que Ton peut dire que 1'ignorance des medecins a fait la fortune de Loui'des.
Gabriel Gary am. Le io decembre 1899, un wagon des postes, dans lequel se trouvait un employe du nom de Gargam, fut telescope daus la rencontre des deux rapides do Paris etdc Bordeaux. Gargam fut projetea dixhuit metres de la voie, sur un epais tapis de neige ou il resla evanoui pendant quelque temps. II ne retrouve sa connaissance que le lendemain a 1'hopilal d'Angouleme.
Le choc avait ete si violent que le pauvre employe se Irouva dans les conditions requises pour elre atteint de cctte rnaladie nerveuse que nous avons nommeehystcrochoc ou railway-spine, qui n'est autre qu'une paralysie ordinaire produitc par un violent choc physique. 11 etait convert de contusions, ct on ne pouvait ni le toucher ni le remuer sans lui faire poasser des cris. L'examen du corps cependant ne lit decouvrir ni fracture ni lesion grave.
Pourtant, il etait paralyse des deux membres inferieurs, avec une perte complete de la sensibilite ! plusieurs opinions furentemises : un medecin parlait d'une compression de la rnoelle e{)iniere, mais sans pouvoir trouver la fracture de la vertebre qui aurait explique cette compression ; un chirurgien de i'hopital avait concln a uu tabes a marche progressive. Ce diagnostic n'etait egalement qu'une hypothese, car il n'etalt base suraucuu des symptomes de celte alTection, autre que la paralysie: enfin, certains doctears prelcndaient, avec raison, que la cause de la paralysie devaitetrc cherchee dans le choc nerveux subit lors dc 1'accident. Au bout
d'un an et huit mois, Gargam etait dans le meme etat d'immobilite.
II y eut proces en dommages-interets, et Gargam finit par obtenir ime indemnite de 60.000 fr., et une pension viagerc de 6,000 fr. Quelques jours apres, notre employe des postes partait pour Lourdes demander sa guerison a la Vierge.
II fut plonge une premiere fois dans la piscine sans grand resultat; mais le lendemain, comme il etait sur Fcsplanade avec d'autres pelerins, il se trouva mele a 1'exaltalion generale ; lorsquc au milieu de la procession le Saint-Sacrernent passa devant lui et que le pretrc, aux vetements somptueux lui toucha le front avec 1'ostcnsoir d'or qui etincelait aux rayons du soleil, alors Gargam, melant ses acclamations aux chants ct aux cris ' dcs prieres, saisit les cotes dela civiere ouil etait etendu d'un mouvcinent convulsif, et se redressa jusqu'a cc qu'il futassis. Aidez-moi, jepuis marcher ! s'ecria-t-il. Des mains empressees 1'aiderent a se mettre sur ses pieds, et il se dressa comme un hommc ressuscite d'entre les morts. II fit quelques pas en chancelant, et retomba dans les bras prets a le recevoir. Le lendemain, il alia se plonger dans les eaux 1'roides de la piscine, ct en sortant il put marcher aussi bien que peut le faire un homme dont une longue immobilite a depouille les jambes de lours muscles.
II est fiicheux pour la cause du miracle que celui-ci prete flanc a des critiques telles, qu'elles le reduisent a neant.
En premier lieu, on a pudirc ct on adit que Gargam, tres malade apres le choc, s'etaitgueri peu apeu a I'hopilal d'Angoulemc, mais que voulant benellcier d uric
indemnite aussi forte que possible, il avait cele, meme a son medecin, son amelioration progressive, en laissant croire que la paralysie restait la meme ; cela lui etait d'autant plus facile que le D 1 ' Tessier qui avait eu Gargarn dans son service avait diagnostique Fincurabilite.
11 arriva en second lieu que, lorsque le medecin apres avoir diagnostique la compression de la moelle, proposa la trepanation des vertebres, Gargam repoussa energiquement cette operation. Or, aurait-il refuse si categoriquement, malade et soiiffrant commo il affirmait 1'etre, une operation qui pouvaitlui rendre la sante, s'il no s'etait rendu comptc qu'elle etait inutile et qu'il pouvait s'en passer? Le jngcment de la Cour d'Appel. jugement irrevocable, avait etc reudu le 2 juillet 1901, et le 12 aout suivant, la Cornpagnic avait declare acquicsccr a I'arret. Rapprochement suggcstif: ce fut le 10 aout, c'est-a-dire sept jours apres, que Gargam pavtit pour Lourdes.
Supposons Gargam deja gueri, mais sans Favouer encore, le jour ou il regut la nouvelle que les 60,000 fr. d'indemnite ct les G.OOO francs de rente luietaient definitivcment acquis ; il ne pouvait, sans scandale et sans elre traite de fourbc ct de voleur, se lever de son lit et aller se prorncner dans les rues d'Angoulemc. Les juges qui lui avaient octroye cette fortune, parce qu'ils le croyaient incurable ct voue a une mort prochaine, les medecins qui avaient signe les certificats surlesquels le jngemenl etait appuye, tous se seraient revoltes devant une lelie impudence. Et qui sait si la Compagnie ne 1'aurait pas attaque en restitution pour fausse manceuvre en VLIC d'un gain illicite? En tout cas, il cut etc hoiini
de tellc facon par tous les honnetes gens, qu'il eat ete chasse moralement d'Angouleme et oblige (Taller se caclier ailleurs. 11 lui aurait done fallu passer au moms un an ou deux immobile dans son lit et dans ses appareils, sapplice intolerable lorsqu'on n'y est pas force, mais scul moyen pour sauver sa reputation d'honnetc liomme.
Le voyage de Lourdes, avec sou miracle etaitun Irait dc genie : c'etait le droit de reprendre de suite sa vie habituelle, entoure de sympathie et de consideration; c'etait avoir avec soi, centre les medisances et les calomnies tout le parti religieux interesse a celte guerison eclatante et profitable a Lourdes. Quo pourrait la Compagniedu chemin de fer centre la vierge dc Massabicllc? rien, sinon payer et passer chapeau has dcvant (iargam; tout cola a etc dit, mais tout cela, vrai ou faux, met un doutc stir la sincerite du miracle.
La fcmmc tie Cesar nc doit pas etre soupQonnec : Gargam ne le sail pas ; car s'il le savait il rendrait 1'argciil. Cet honnetc conseil de haute morale, la vierge dc Lourdes a du le donner, s'il y avait fratide.
Pour nous qui ne croyons pas a taut de ruse chez cet employe des postes qui. en somme, a ete rudement secoae le jour del'accident, nous pcnsons simplement quo (iargam ayant ete atteint subitement d'hyslero-choc par le fait d'un fort traumalisme, a pa guerir, subitement aussi, sous 1'inlluencc d'unc forte emotion rcligieusc. Sur 1'esplanade dc Massabielle il rccut un hystero-choc psychique ngissant dans le sens contraire a Fliysterochoc materiel du chemin de for d'Angoulemc.
Ce fameux miracle de Gargam trouve ainsi deux explications naturelles : fausse guerison ou guerison par suggestion; cc miracle done n'en est pas un, et doit
etre rejete dans le tas cles guerisons non miraculeuses. Pas plus chez Gargam que chez d'autrcs disons-lc encore eL toujours la guerison d'une paralysie hysterique n'est un miracle.
Zion-City.
Les maisons a miracles. Nous avons deja parle a propos d'un cancer de la langue, du Rev. Dowie et de la nouvclle Eglise, dite Eglise chretienne de Sion qu'il a fondee pres de Chicago, a Zion-City, avec trois homes maisons de guerison divine ou se font cles miracles. Des miracles? oui, des miracles aussi beaux, aussi reussis et aussi nombreux que ceux de Lourdes.
Dieu ayant fait reposer sa benediction sur cctte maison a miracles, a garde pour lui le privilege do guerir ; il n'admet ni vierge ni saints comme aides, il opere tout seul. Avoir dans chaque ville une maison destinee a la fabrication des miracles; localiser dans un home les suggestions qui font les guerisons, est 1'idee d'un profond genie dont il ne faut pas rire.
La preuve que 1'idee est juste, c'est que les platres de la maison a peine seches, les miracles ont surgi en grand nombre. Du reste, la grotte de Lourdes n'est-elle pas, elle aussi, un home a miracles? Qui parle de detruire Lourdes? Des sots, retardataires d'un siecle, qui feraient beaucoup mieux dc s'occuper a batir dans les villes d'Europe, des boites a miracles comme a Zion- City. Toutes les- villes d'Amerique auront deja la leur,
quand les villes du vieux continent feront encore faire le penible voyage des Pyrenees a leurs malades miraculables.
C'est ainsi que Toronto, ville imporfcante du Canada, a deja son home a guerisons, oil le Rev. Dowie trop oceupe a subroge une dame, demoiselle peut-etre, qui opere a sa place. Or, un miracle analogue a celui de Gargam s'estproduit a Toronto, par la grace du Dieu de 1'Eglise de Zion.
Dans les feuilles de guerison de Zion-City (n du 15 oct. 1904) nous trouvons relate ce miracle extraordinaire dans lequel la vierge de Lourdes reconnaitrait sa maniere d'operer.
John Boston. Le 18 juillet 1895, John Easton se trouvait sur un tramway marchant a la vitesse de 15 kilometres a 1'heure, lorsque la voiture sortit des rails et alia se jeter centre un poteau. Le choc fut si violent que John fut projete de 1'autrecote de la route, et perdit connaissance. Lorsqu'il revinta lui, ses membres inferieurs etaient froids et paralyses, Us resterent ainsi de longues annees.
Comme toujours, les medecins soutinrent les uns qu'il y avait lesion de la moelle epiniere, d'autres fractures ou luxalion de la colonne veiiebrale; aucun ne supposa une paralysie [tar clioc, c'est-a-dire de nature hysterique. Nous savons qu'en France, il en est dc meme. Comme Irailement on laisse Easton couche sur son dos, le corps enveioppe dans des appareils platres, sept fois le moulc fut renouvele !
Apres sept ans, comnie faute de grand air sa sanle
s'alterait, John se fit coucher dans une voiture sur des matelas et des oreillers. Promene ainsi en ville, il vendait des bonbons, des facets de souliers, des crayons et autres menus objets. Pendant la dorniere annee il rie quitta son vchicule ni le jour ni la nuit, passant 1'ete a la belle etoile, 1'hiver dans un hangar oil la voilure etait remisee.
C'est alors qu'an membre de Zion le rcncontra, et entrcprit sa conversion et ccllc.de sa famillc, avec complet succes.
Le 17 Janvier 1902, un fidele de la nouvelle Eglise, precha a son sujet, et fit entendre que John ii'etait qu'un pauvre presbyterien jouet du demon. G'est undogme de cette Eglise que le diable clnon le boa Dieu est 1'auteur des maladies et des souffrances Immaincs. Alors dans la nuit suivantc, raconte Easton, je me mis a reflechir : je priai le seigneur de me pardonncr et de fairc de moi un autrc homme. L' Esprit divin immcdiatement remplit . mon cceur. Je reveillai ma fern me et lui dis : Elecla, Dieu soit loue, je suis ne de nouveau ; j'accepte Dieu comme mon medecin, mon redempteur et mon gardien. Oh! quellejoie inonda mon ame celte nuit-la! Nous reveillames les enfants et tous ensemble, nous chantames des cantiques, priant eL louant Dieu jusqu'au matin.
Notons cct ctat d'enthousiasmo rcligicux el d'autosuggestion dans lequel il se trouve en ce moment, et qui durera jusqu'a 1'heure de la guerison : c'est 1'explication du miracle. Dans la journoe, John se mit a lire la Bible, et lorsqu'il arriva a lalutte de Jacob avec 1'angc, cc fut pour lui 1'ordre du ciel de hitter centre le demon qui le tcnait couche dans son lit. II prit la resolution de
se lever et de marcher. Le soir-meme, il alia avec sa famille a la reunion sainte, et demanda que Ton sciat le moule de platre dont il etait entoure. Le diable lui suggerait bien qu'il tomberait mortlorsqu'il mettrait lepied a terre; mais il s'adressaa Dieu dans une fervente priere : si je meurs, s'ecriat-il, que ce soit pour ta gloire . Lorsque le moule de platre tomba, la diaconesse Mrs Burgess lui imposa les mains, et lui ordonna, au nom de Jesus de se lever et de marcher. Alors, poursuit-il, j'eprouvai tout au travers du corps, un fremissement indescriptible ; m' aidant de mes mains, je me soulevai tant que je pus. Je descendis peu a peu du marchepied de la voiture en has, et je me mis a marcher ; j'etais gueri! Maintenant depuis quatre mois jetravaille ferme, sans plus rien ressentir de ma maladie.
Ma guerison eut un grand retentissement, non seulement a Toronto, mais au Canada et aux Etats-Unis. Presque tous mes concitoyens rcconnurent que soul un miracle de Dieu avait etc capable dc me delivrer de mon infirmite ; mais quelques-uns pourtant pretendirent qu'il n'y avait pas miracle et que je me serais renais tout seul petit a petit si j'avais voulu.
Pour nous, la paralysie de John Easton et celle dc Gargam ont ete produites par la memo cause : le choc traumatique; dans les deux cas, il y a eu paralysie hysterique.
Dans les deux cas, peut-etre, la guerison a ete acquisc avant Lourdes ct avaut Zion-City, les deux malades ayant interet a paraitre paralyses pour toucher la forte indemdite de la Compagnie d'une part, et de continuer un lucratif commerce, d'autrc part.
Si celte supposition de superchcrie cst repoussce, il
LA VKIUTE SUR LOURRES 261
reste pour expliquer la guerison Fhypothese tres plausible que ces paralysies furent toutes deux produites par suggestion, au milieu de ceremonies tres suggestives.
Mais dans les deux cas, le phenomene de la guerison eut lieu par des causes naturelles et non par miracle.
Gombien curieux ce rapprochement de Gargam et d'Easton ! Combien aussi curieux la maison a miracles de Zion-City oil pontifie le Rev. Dowie, en face de la grotte a miracles de Lourdes ou pontifie 1'evoque catholique de Tarbes !
Le miracle de Liege.
M. Hauquet. La guerison de M. Hauquet, de Liege survenue le 17 novembre 1869, est a signaler, si comme on nous 1'assure, ce fait a entraine la conversion de la Belgique au culte de Lourdes.
Cette personne agee de 49 ans, etait depuis sept annees immobilisee dans son lit par une paralysie des membres inferieurs provenant de la moelle epiniere, paralysie reconnue incurable par trois medecins beiges peu verses, nous semble-t-il, dans l'e"tude des symptomes de 1'hysterose. Comme a ce moment on commencait a parler en Belgique de 1'eau de Lourdes et de ses mirifiques effets, le frere du malade s'en procura une bouteille, et avec un linge pieusement imbibe du contenu, il en frictionna pendant cinq minutes le dos de M. Hauquet, depuis la nuque jusqu'aux pieds, pendant qu'on
262 JA YKP.ITK SUR LOURDES
1'exaltait. en lui parlant tics cures merveilleuses de la Grotte et de la certitude de la guerison.
Suggestionne au degre voulu, saisi par la i'oi qui guerit, le malade so leva, marcha et put sepromener comme autrefois.
Or ce miracle avail ete precede de sigries manifestos d'hysterose, car on nous raconte que M. Hauquet avail perdu la parole pendant quelques instants, etqu'il avail, en meme temps senli une douloureuse oppression de la poitrine, mutisme et boule liysterique confirmant la nature nerveusede Fhysterie dontil etait portcur. Aussi, est-ce une certitude pour nous que la guerison eut lieu non par miracle, mais par suggestion.
La carafe miraculeuse.
Le joyeux lieutenant. Un fait bien curieux et en meme temps bien amusant m'a ete conte naguere par M. X..., officier superieur aujourd'hui, lieutenant a Lourdes, il y a quelque vingt ans.
Sa mere, personne fort devote, habitait Paris ; son fils ayant obtenu quelques jours de conge pour serendre aupres d'elle, celle-ci le pria de passer a la source avant son depart, et de lui apporter de 1'eau de la Grotte pour une dame paralysee. Une heure avant 1'heure du train, le lieutenant se souvint tout a coup de la commission. Mais n' ayant plus le temps materiel d'aller a la Grotte, il prit une bouteille quelconque, la remplit d'eau de sa carafe, et la mit dans sa malle.
A peine arrivee, la bouteille ardemment desiree est remise a M ra * X... qui, la tenant pieusement dans ses mains, court chez son amie paralysee.
Celle-ci avail la foi qui sauve, et attendait avec une impatience febrile, le miracle inclus dans la bouteille !
II arriva que cette eau avail une telle puissance qu'une cuilleree suffit pour mettre sur pied la bonne dame.
Le lieutenant etait tout a la fois un peu etonne, un peu honteux et un brin gouailleur. Mais bast ! Pourquoi dire la verite et troubler la joie generate et le bonbeur de sa mere? II se tut et retourna, son conge fini, a sa sainte garnison, comblede benedictions et d'une bourse mieux garnie que d'ordinaire.
Quelques semaines plus tard, il recevait de Paris un journal religieux qui relatait le miracle obtenu grace a 1'eau de Lourdes rapportee par unbrillant lieutenant catholique; puis ce fut une revue qui raconta les bauts faits de la bouteille et du porteur d'eau ; enfin tous les journaux de la chretiente se mirent a lever 1'encensoir en son honneur. Meme des preches dans les eglises, ou son nom etait prononce ne lui furent pas epargnes.
Malgre le chagrin qu'il allait faire a sa mere, le lieutenant crut de sa dignite de ne plus laisser son nom mele a une telle aventure, et il ecrivit la verite a ses parents ; sa mere en eprouva un terrible chagrin. Gomme elle etait d'une piete sincere, elle denonc.a le faux miracle, mais elle en garda a son fils une rancune qui fut longue a s'effacer. Nous tenons cette histoire du brillant officier lui-meme.
Un tas de miracules.
Antoine Cesco. C'csl encore un cas do traumatisme hysterique que nous lirons du Journal de la Grotte.
Cesco, le 30 de'cembre 1899, fit une chute de plusieurs metres dans un escalier; il etait militaire et fut reforme avec une pension de 750 francs. II s'etait releve avec une paralysie des deux jambes, qu'on attribua a une lesion de la colonne verlebrale; mais cette attribution n'elait qu'une simple hypolhese. II gardale lit, pendant six mois, puis commenc.a a se lever et a marcher avec des bequilles; il quitta I'hopital quinze mois apres 1'accident. Le 10 septembre 1901, il vintaLourdes. Apres le premier bain, il commenga a faire quelques pas sans bequille; apres le quatriemc, la marche etait devenue facile. II continua ainsi ; la demarche accusait un peu de faiblesse qui disparut de jour en jour tout cela est une guerison aussi peu miraculeuse que possible. L'hystero-choc avail produit la fausse paralysie. La guerison avail commence avant Lourdes, et aurait pu continuer sans la piscine.
Lucie Remercier. Cette maladie (n 36-1 901, Journal de la Grotte), a la suite d'un coup violent, eulune arlhrile au poignet gauche, que Ton traita et que Ton guerit; mais persista une paralysie complete de 1'avanlbras et de la main.
Le medecin avail declare le mal curable, mais long
a guerir. 11 ne s'etait malheureusement pas occupe cle Ic trailer. A Lourdes, en se rendant a la piscine, Lucie, sous le coup d'une forte emotion, eprouva une douleur assez vive dans le membre paralyse; puis aussitot apres 1'immersion, la douleur cessa brusquement, et elle s'aperc.ut que les mouvements dela main et du bras etaient revenus.
Marie Le Carpentier. Hystero-choc encore (n 41, 1902, Journal de la Grotte). Gette dame agee de 43 ans, tombe d'une hauteur de deux metres. Aucune fracture ni aucune lesion ne furent constatees ; cependant, la malade ressentit depuis ce moment de vives douleurs dans tout le corps ; puis tout mouvement des jambes fut impossible pendant huit mois. A partir de cette epoque, son etat s'ameliora ; elle marchait, mais avec peine. Au premier bain dans la piscine, elle quitta ses bequilles.
M we Le Carpentier etait a moitie guerie, lorsqu'elle alia a Lourdes, et termina sa cure par auto-suggestion.
Joseph Gallion. Ge malade est lui aussi victime de rhystero-traumatisme. Magon, il est tombe d'une hauteur de sept metres surdes tas de pierres.
A la suite de cet accident, sont survenus une paralysie complete du bras droit et une impotence partielle de la jambe droite; il pouvait marcher, mais appuye sur une canne.
Sonmedecinpretendaitque la maladie etait incurable, mais a tort, et la guerison le lui fit bien voir.
Au mois de septembre 1901, Gallion partit pour Lourdes, se plongea dans la piscine et suivit les processions; mais il iveprouva qu'une legere amelioration. Revenu dans son pays, ii vit chaque jour ses forces revenir dans ses raembres paralyses, et apres quelques mois put reprendre son metier. C'est lamarche ordinaire de la >uerison chez les hystero-paralytiques.
Si Gallion ne guerit pas a Lourdes subitement comme il aurait du le faire, c'est qu'il n'avait pas la foi qui emporte tout. Les macons sont de fortes teles, et les bressans sont peu devots.
Bolvinsky Eugene. Ge cas de paralysie hysterique chezun enfant (n 34, 1901, Journal de la Grolte) est un grand miracle comme on est convenu de les appeler, lorsqu'ils occupent plusieurs colonnes du Journal de la Grotte.
L'here'dile nous expliquerait peut-etre la precocite de la maladie.
A la suite de maux de tete et d'aeces de fievre, le petit Eugene sentit ses deux jambes s'affaiblir peu a peu, jusqu'a la paralysie. Pourtant celle-ci n'etait pas complete et permettait a 1'enfantde marcher a quatre paltes, en se trainant sur les mains et les genoux.
Le D r Jacobs, de Hayange, qui probablement ignore 1'hysterose, attribua le mal a une maladie de la moelle epiniere, et condamna 1'enfant a etre cul-de-jatte toute sa vie.
Plus tard, pourtant, il declare que le mal etait moins grave qu'il ne 1'avait suppose tout d'abord, et que la
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maladie tendait a la resolution, c'est-a-dire que la para- Ivsie diminuait et que 1'enfant marchait mieux.
A ce moment, la mere I'emmena a Lourdes. On a dit qu'il n' avail que 8 ans, et que sijeune, il n'a pu se suggestionner, ni subir une influence quelconque. La chose est disputable, car 1'enfant etait tres heureux d'aller en pelerinage avec la confiance d'etre gueri. II priait avec une grande ferveur, et sa mere ne cessait un seul instant de lui meltre dans la tete qu'il allait marcher a Lourdes.
Lorsque au quatrieme bain, M me Botvinsky, tres emue, lui dit : Eugene, ne sens-tu pas que tu vas marcher, et que 1'enfant lui repond : Si, va, maman, je crois que je peux. On sent que ce furent les suggestions de la mere sur 1'enfant qui opererent la guerison. Le petit Eugene avail certainement la foi qui guerit, bien que tres jeune.
L'eau de Lourdes a ete pour cet enfant un remede curalif, oui. Mais un remede miraculeux, non. En le frictionnanl avec une pommade qu'on lui aurait fait croire miraculeuse, on pouvait le guerir aussi bien qu'en le frictionnant avec 1'eau de la piscine. J'ai cite des cas analogues dans mon travail sur Marie Alacoque.
De plus 1'enfant, depuis quelques annees allait mieux, nous dil son medecin, en sorte que Lourdes beneficia de cette guerison plus qu'elle ne contribua a 1'obtenir.
La sceur Victor. Cette religieuse de Saint-Charles de Nancy etail alteinle d'une affection de la moelle epiniere ; on le disait, mais en realile, I'hyst^rose seule etait en jeu, comme nous aliens le voir.
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Depuis dix ans, sans cause apparente, elle s'etait paralysee des deux jambes.
A Lourdes, amelioration dans 'la piscine; puis 1'apresmidi au passage de la procession, elle ressent le trouble general qui precede la guerison chez les hysteriques. Rentree a 1'hopital, elle peut se mettre debout et faire quelques pas. Depuis ce moment, elle marche chaque jour un peu mieux, mais les jambes sont d'une extreme maigreur.
La vierge de Lourdes n'a fait les choses qu'a moitie : les mollets de la sreur sont restes en dehors du miracle.
Vincent Lardy. Ce lorrain qui, affirme-t-on, est atteint d'une sclerose multiple, n'est en realite qu'un hysterose. Sa paraplegic de la jambe droite est si peu de cbose qu'il marche avec une simple canne, au lieu de se porter sur des bequilles.
A Lourdes, en sortant de la piscine, il pend sa canne a la voute de la Grotte. Peut-etre avant de quitter son village, aurait-il pu la pendre aux murs de son eglise? Pauvre miracle ! pauvre preuve du miracle !
Honorine Demullier. Affection incurable de la moelle, diagnostique-t-on : hysterose en realite, tel est ce cas. La paralysie avait ete precedee et s'accompagnait des symplomes nerveux ordinaires ; douleurs variees, fatigue, faiblesse.
Apres cinq bains a lapiscineet pendant la procession du Saint-Sacrement, la malade ressentit comme un aura
de guerison, une secousse dans les reins qui la souleva. Peu apres, elle so leva et marcha.
Emilie Grin. On nous explique que cette paraplegique dc la jambe droite etait atteinte, en memo temps, et depuis quatre ans, dc troubles nevropathiques, ce qui prouve, sans discussion possible, 1'hysterose dc cette jeune fille comme cause de sa paralysie.
Son miracle a Lourdes, du reste n'est pas certain, meme pour elle, car avant le pelerinagc elle avail eprouve de 1'amelioration, et avait commence a marcher avec des bequilles. A Lourdes, raconte-t-elle, au passage de la procession, le mieux s'etaitaccentue. Mais ce n'est que rentree chez elle, avec du temps et de la patience qu'clle avait pu quitter ses bequilles. Dc cc miracle, la Vicrge dc Lourdes n'cst guerc responsablc !
M mt RucasLcL Cc cas (n 33-1901, Journal de la Grotte) est fort interessant, car il cst rcmpli par 1'hysterose : 1 douleurs aigucs contmuclles dans tout le corps; 2 paralysie du cote gauche ; 3 mutisme caracteristique. Ce mutisme survenu sans savoir pourquoi, avait dure quinze jours et avait disparu un beau jour sans dire pourquoi non plus. La paralysie restadans les caux de la piscine, mais les douleurs aigues flrcnt le voyage de retour.