Voir Mi Soiolè-BeaTe, Port-RéyaU 1 1, p. fil
S On saie «vee ^iielte babilcié Saint-Cyrao avait mis de son Gâté la nM« jQril^ dn clef^é de, France, en dëfendanf k outrance les roatimes gallicaaei dans son Petrus Àurelius; (foir M. Sainte-Beuve, Port^Roffol^ t*.x, p, M9| voir aussi plus haut, p.- A» n. 3.)
GHAi^. fi^ ÉBot. I, Ait» m^ $ m. SI
è FètAcutton dé M) demièfes lrotoiitei« «t rêiiâtt défi»^ # ftitaire dé ê&» plitt plirtiCàliAfM et plus itnpôrtàntfed ff intentions, je puia vous aasétirefi Mètselgn^urs , ff gu^ainsi qu'il A eu une aflëction générale et une cba- <i rite catholique pour sa mère commune et générale^ « qui est l'Eglise catholique, c'est à dire l'Eglise roa maine et universelle ; de mesme 11 a en un amour M « une charité particulière pour l'Eglise gallicane^ qtd eêi H comme sa seconde mère, et une parfaite soumission « pour ceux qui en sont les illustifes pères, -^ Je ne puis R jamais oublier ce que j'ay appris de ce grand homme, a que l'un des principaux exercices de l'adoration quUl « taschoit de rendre à Dieu, estoit de regu-der avee une « obéissance respectueuse sa Tolotité dans le ciel^ et son « Eglise sur la terre ; et que les deux premiers objets de a sa révérence dans cette Eglise, esteient TEgUse de « Rome, comme le chef du corps immortel de Jéaus^ a Christ, et l'Elise de France, éomme l'une des plus a saintes et des plus nobles parties de ce divin corps. ~ a De sorte, Hesseigneurs.... que j'accomplis en vous pré»
« sentant ses lettres comme son testament eccléslas-^
a tique et spirituel, en rendant l'honneur qui est deu R à vostre puissance sacrée. — Mais si d'une part les u sentimens de vénération qu'il a eus pour l'autorité a ëpiscopale m'engagent à vous oiTrir cette partie de ses ft œuvres^ de l'autre, les tesmoignages d'estime et de « bienveillance que ceux d'entre vous, Messeigneurs^ « dont il âvoit l'honneur d'estfe connu, ont rendu à sa 0 haute piété et à sa suffisance extraordinaire, m'y o]i>iiu gent encore davantage ; puisque, si M. de Saint-Cyraa « a esté très sensible aux mouvemens de respect envers « vostre royale prestrise et vos personnes sacrées, il n'a
32 ROBERT ARNAULD D'Alfl»LLY«
« pas moins ressenti ceux de gratitude dans les faveurs tt qu'il a receues tant de fois de tant de princes de « l'Eglise. Et ainsi, ce que je vous présente comme un « tribut de sa soumission et de son respect, est encore 0 un devoir de sa piété et de sa reconnaissance* ^ »
Une semblable dédicace, où Téloge entraînait doucement à la complicité, où Ton sentait vaguement que le panégyrique pourrait, en cas d'échec, se transformer en réquisitoire, était sans contredit un coup de maître. ^ Il fallait bien que Robert en attendit l'effet.
Et d'ailleurs le pendant obligé de la correspondance de Saint-Cyran n'était-il pas la coirespondance de Robert lui-même ? Il venait de prouver que son ami avait conservé dans l'Eglise les meilleures relations, en piété les meilleurs sentiments. Ne devait-il pas prouver ^'il avait Idi-jnème les meilleures relations dans l'état, et les meilleurs sentiments en politique ? 11 ne s's^^issait plus que d'en trouver le prétexte. Alors Robert songea, c'est lui qui nous l'apprend dans ses Mémoires, que les lettres à M. de Montrave contre le président de Gramond, se trouvant imprimées « sur des feuilles volantes, qui se per- « dent aisément, ne suffisoient pas pour détruire ce qui 0 se trouve escrit dans un gros livre. » Robert éprouvait donc le besoin de donner à son tour au public un gros livre \ (( Aussi, dit-il, je résolus de rassembler plusieurs
^ Cette dédicace aurak déplu sans doate à Tauteiir des lettres qtt'eUe précède. — (Voir plus bas, chap. m, »eeU i, art» u, m.)
^ Aussi Lancelot l*a-t-il fait réimprimer dans les pièces justificatives de ses Mémoire» apologétiques sur Cyran, 1. 1, p. 443.
' Mhn» d^Am. tPÀnmUif, part ii, p. 183. H Aillait d'ailleurs qu'il eût un paissant intérêt à faire cette publication, car il y trouvait lui-même de grands inconvénients, et il empêcha de réimprimer ses lettres après qu'il Ait sorti des conjonctures à propos desquellà il les avait données au public. (IM,, p. €34.}'
CHAP. n, sect; i^ âm. m, S m. %i
u de mes.Jettrës qui puasent faircN corps avec celles-là, « aûn de former un juste volume d'une grosseur assez tt raisonnable. »
La nécessité d'atteindre ces dimensions valut au pu* blic, entre autres pièces curieuses, une lettre de Robert à un Jésuite, le P. Lejeune : « Mon révérend père, lui
0 écrit-il, Dieu seul a esté l'auteur de nostre amitié,
« puisqu'il n'y a que luy qui soit capable de former df a si puissantes impressions dans les esprits^ entre des tt persbnùes qui ne se sont veues qu'une seule fois.««i. tt II m'avoit [déjà] donné dans vostre compagnie, ea la a. personne du P. d'Hàraucourt, un bonime admirable, tt et qui ne m'aymoit pas moins que .sa vie t ç( me l'ayant tt osté pour le tirer à luy, je crois fermement'que, par ses tt prières, il me le redonne maintenant en vous. » .
Si ces paroles prouvant qu'il n'entrait pas dans leâ destinées providentielles de^ Robert, d'aimer plus d'un Jésuite à la fois» ni dans ses projets de publier plus d'une lettre à leur ^dresse, eUea attestent également que Fancieii ami du -secrét^aiire d*état des Noyers, fondateur du noviciat deia célèbre Compagnie,, n' avait point contre les membres de celle-ci la répugnance -systématique dont on accusait Port-Royal ^ il est Vrai que dès deux Jésuites dont il avouait l'amitié, l'un était mort, et Tautre résidait au Canada,. Aussi c'est à la faveur de leur souvenir
i Cf. GmUkert, àiém, ckron. amr U P* IL, t. ii, p. S3. Itobm- t);ai d^aiUeon toajoun-à n diipotitioii la puvntlièae mbe par son p^re âi Tun à» fioteaU CicUuBS que celui-ci dirlgea'cmitrê les Jésuites : « Car je les ay • ahneic, et par adventure plus qye je ne derois...*» ( Le frawe et véritayte éiacaurê smr ie reêtakHêMement det Jémiit», p. 58.) C*est tanfi dmite par un icHe on par un retour d*affection'pour U célèbre Comp^nié qn« le ^hiilent avocat sVfiîDrça, lors4|ue celle-ci eut é|é iapp^éepac HeAri IV, de ftdre ioparaîtr^ les écrits qu*il avait rédi|és contre elle. iBaylc, DieL hist,, vcrbo Artumld AnimHe, t» i, p» 75.)
Vi KOBERT ARNADtD D'àNDILLT,
si peu gf^nant qu'il espère glisser jusqu'au sôiil de leur corporation un peu de bienveillance, qui le croirait ? pour Tabbé de Saint-Cyran. Après avoir constitué ce dernier Tundes appuis du Saint-Siège et l'un des Pères de l'Eglise gallicane, il ne restait plus qu'à* en faire l'ami des Jésuites.
« Par une admirable rencontre, continue le correst( pondant du P. Lejeune, M. l'abbé de Saint-Cyran, (( mon întune amy,' que je puis dire sans crainte estre <( Fun des plus .vertueux et des plus grands personnages « -de nostre siècle, est entré en voyant vostre lettre dans (( lés mesmes gentîmens pour vous qu'il avoif pour ce « grand î^eligieùx [le P. d*Harauco\irt], lequel l'aymoît 0 de telle sorte, que je ne sçaurbis recevoir une plus « grande joye que de cdnnoistre que vous îuy succédiez c( en cette affection. Et si.vousf aviez, pu Voit* avec quelle (I instance M. de Saînt-Cyrari m'a dit de le récommander « à vos prières,' vous jugeriez, je m'âsseure, qu'il faut « que Dieu ait puissamment agy en celaC;' dont j'aurois «tort de m'estonner, sçachant le plaisir qu'il -prend c( d'estre îuy-mesme le lien- de sea plus particuliers sef- « viteurs*, et n'çstîmant pas qu'il y en ait aujourd'hui « qui soient plus parfaitement à lui que vous deux '. »
. i Uttrts-d'Am. tLÂndUly, p. 8^$, lett« SSS« d« SS janvier i^lS, «« P. Le Jeune^ Jésnite et supérieur des missions de Canada. -— H est à. remarquer inie^'d*ABdUiy imprUnait cette lettre a« moment ntfème où, d'après ses Mémmrtt (part u, p. ISA), les Jésuites perrtontaieiit le iieveu «de Saint-Cyran : « Madame de Gaeméné [qui alon- iiésitait entre • Port-Royal -et le •Coadjutear; Atài». -de^Rètt, p. Si] demanda et obs tint de Ja reine rabèaye le M. de Saint «Cyrân' pour M* deBaroos..., digne « neveu d'un tel oncle.*. Gomme Îqb iésuiln n'ont jamaiaplos haï penonne s que feu M. de Sàim-Pyran, il q'y eut point d'eflbrt que cette jCompagnIe t ne fît pour obliger la reine à révoquer cette. gtAca...; parceque diaeun « sçait que leur, haine Vie meurt point avec ceui qui oient combattre les c erreurs et les dan^çereuses maximes de cette Compagnie.... »
CHAP. Ilf SECT. l, ART. m, S ^^* 37
pension ! D' AndiUy se retira définitivement à Port-Royal. Sa • principale récréation (nous verrons tout à F heure quelles y étaient ses occupations) y fut l'horticulture '. Mais jusque dans l'horticulteur on reconnaissait le Janséniste : il ne cultivait pas de fleurs K On reconnaissait aussi l'ancien courtisan : il ne cultivait que des arbres productifs, et il s'appliquait à en obtenir des fruits extraordinaires '• Discernant avec une rare habileté les rejetons qui promettaient, il les écussonnait avec un savoir accompli. Aussi, à Port-Royal, on lui avait remis sans hésiter la direction des vergers, et lui-même y prit
1 Mém, de Fontaine, 1 1, p. 290 ; Méwu de pu Foêêé, p. Ikji Tallemant, Higtorieites, 1. n, p. 8è8. « M. d^Andilly se retira ù Port-Royal, ma^s avec
• son éqvipage ordinaire, et 11 y fit un fruitier et quel^^e peUt logement ft séparé des rdigieuses. H a toujours été jardinier..., etc. »
3 M. Sainte-Beuve avance cependant (Por#-lioya/,'t. ii, p. 258) que d*Andniy cultira à Port-Royal non seulement des fhiits, maie atusi des feure. Le savant académicien ne s*appuie, quant ù ce dernier Aiir, d*aucune autorité; et il est à notre connaissance le seul auteur qui l'avance. Les eontempoiaias de d^AndiUy ne perlent que du- premier^ et tout concourt à (aire penser que ràml dé Saint«Cyran avait les f^ùts que M. Sainte-^Beuve constate ches celui-ci : « Saint-Cyran; écrit rhistorien de PorURtnftd •r ("l i« p. S99), à la fin d*une de ses lettres, dit des fleurs du printemps « qu*elles lui déplaisent, et parcequ'eUes passent trop* tôt, et parceqmeta
• pimë grande part $e perdent sam» porter de fruité, tk
s « Il se complaisoft merveilleusement à forcer la nature, comme il
• disoit, pour la rendre fertile en des fruits à qui on doimoit le nom de
• monstres, à cause de leur grosseur prodigieuse. »(Besbigne« Hist, de Port' Btnfal^ t. nr, p. 81 •] « l\ avoit& Andilly jusqu'à trois cents sortes de poires-
• dont on ne mangeoit point. » (Tallemant, Hiatoriettes, t. ii> p. 818.
• Il a donné en 165S, sous le nom de Legendre, curé d'Hénouville, un
• livre intitulé : La manière de bien cultiver tes arbris fruitière. li a
• perfectionné les espaliers; il a inventé les conli^espaliers^ — Voirl7lrsf. m de ta Vie privée dee François, parL^and d'Aussy, t. i, p. 169. j> (Les éditeuTt de Tallemant, ibid.) -r C'est le célèbre La Qaintînic qui consigne ce dernier fait dans la préfoee'de w» Instructitfn pour les jardins. — fCf . Baibier, Diet, des anonpnes, t.ii, n* 10794î et M.' P. Levot, Hio^r. unio., sopplém., L Lxxni/ p. 410$ te Recueil in-iS, p. '318j etc.)
S8 KOBBET AMAULp D*AM0ILLY.
le titre de suiintendant des jardins ', seule surintendance, hélas I que lui eût laissée Mazarin I ^
On nous pardonnera d'avoir autant insisté sur un seul des épisodes auxquels se rapporte la correspondance d' Amauld d' Andilly ; mais cet épisode, on le voit, jette un nouveau jour sur l'histoire de Port-Royal.^- On savait bien jusqu'à cette heure que le Jansénisme n'avait été ni moins ardent ni moins heureux que ses ennemis à s'empaï^r de Téducation de la jeunesse en dehors de l'Université '• — On savait que l'autorité avait été mise plus
1 Besoigne, HlfU de PorURûyal, U xr» p. 81 ; Menu de Fsmtainêf L i, ^ S89, etc.
I Voir li aoie G dam VAppèÊUtiêe. •
> V^ entré a«treft'doouwirts s c BalsQM de llDUltation in pttlM
k éeoict de PorMIojEal perM. deSeint^Cyreib .éoritMfper IL de Saiale»
« AtarUie. • f 5«9iprf. auNëcroLdeP. lL,p. iiJ6\Mém, dt Du Foêêé^p. ÏS,)
— P'AndllIy liii-ttêmè était loin d'être fevonble à l*édiicelioii unifeni-
taire. «Mon père, dH-ii dans set Jlnnoîmi (p^rt.i, p»f i),ae veuliit pat ae
c iiietti« aa cottése^ paroequ'il içaYiiit tropcooiblen «n y apprend de choeetf
c que i*eM aeroit kemni de n'avoir pu içoes.» I»e père de Robert en agie-
lant aiaii« et Robert en t'eifprinuuit de la^rte, te aMUtniient peu MMâbies
à cMte honorable dédiiiMi'^'avalt prise PUnivenilé, en faveur de la fiuniUe
Amanld, à la tuile du plaidoyer fratoit [1594] qu'avait Ikit pour elle, contre
kl Jéinites le père même de Mterii «Tout iei dUftrents ordres de rUni*
■ veniké dnrant s^oUlBer par smnent àicndre àlf. AmaHld« à ses aifbnts
• et à tous ses descendants tons les devoirs et aerrloes (|ne de bons cliente
c doivent à un iuèlp défienseur, et à être toi^onrs prêts à défisodre leur
« fconneur» leurs biens et leur répyiatian.... 18 mars 1595. • (Guilbert,
JCtfM. e^ron. êur P. A., t* i, p. 255. j Un des iprands arguaients qu'avait em»
ployés.l'ayoeat de l'Université contre les Jésuites, c'est tine oeu:fr«i, en lui
enlevant l'éducation ^ la jeunesse, l'avaient ruinée, ai bien que, réduite
de 50,000 à 5,000 élèves {Le franc ei véritable diecaure, p. 55;, elle était
tombée c en un àbyase de pauvreté, de misère et d'indigenocb.. prèle k
« rendre les esprits. » {Mi^ de la Liguer t vi, p. 178.) Le OMyen de relever
rOniversIlé était-il donc de lui.aoustraire les enfants ? ou cela n'était»il
un crime que pour les Jésuites^ Uoe semblable mesure prise par le père
de Robert pour rédocaiien de ton file, et préoonleéB' par k fils dans ses ifa.
motrss, est d'antant phls étaaqie, que l'avoc^ de J'Univenilé se TTKnil
dans son plaidoyer d*ètre réièvedutoM<gadeyaiveire»étqqeson51a,kcé-
CHAP. II, 5JECT. I, ART. m, JJ iU. 39
d'une fois, par ses soins, à même de sévir contre les adversaires auxquels il reprochait des révélations peu charitables ^ — On a prétendu que sur les doctrines fondamentales, sujets de leurs querelles, Jansénistes et Molinistes avaient lutté d'inconséquence ; les uns émancipant la liberté humaine pour mieux la confisquer, les autres la confisquant pour mieux l'affranchir *.— On n'ignorait pas qu'au moment où les Previnciales lacé-
IMyre docteur, aidsi que son petit-fils, le non moins célèbre Sacy, avaient été âerés au collège de Beauvais (Mém. deDUFosMé, p. 103 ; f6iU, p. 175); et qn^enfin Robert loi-m^me, après avoir essayé de l*èducatlon particnlière pour ses deoz aînés (Mém, de Lanceht, tl i, p^ 564-868), les avait mis an eallége [ de Lisieuz], ùt V<m apprenait tant de choses qu'il serott heureux den'itvoir point sçues. (Mém, de (Tabbé Amauld, part i, p. 5). — 1\ est vraf que Tarocal ne se vantait de son éducation «niversitaire que pour démon-* Irer qn^il n*étaU pas huguenot, comme l*avait été son père ; et que le courtisan confiait ses fils à l'Université, dans le temps où )i*était refroidi h son égard le cardinal d<e Richelieu [1681-1634]» qui, hii aussi, ayant été élève Su collège de Navare,'(Launoi, Bi$t» cotL Pfavar,, p. 1052), donnait ft )a savante corporation des marques de son aiTeotlon et *de sa munlfloenoe, ehftiisant reconstruire à ses Irais les édlficeTde Sorbonoe [163 9].
A « n parut des vèn latins Imprimés...,^ par les({uels les Jésuites repré- »sentoient Poft-Royal cofnme un enfer... j^envoyai ces vers à M. le car' dlnal [Ifazaiin qui a^sût défendu aux deux paKls de s*attaqtter] .... l\ me manda qu'il s*en étoit mis en grande colère, et que si je pouvois en découvrir Tanleur, il le feroit'cbfttier sévèrement. Je n*y eus paS grande peine, parcrqu^ib se distribuoient publiquement par les jésuites, datis leur oollége de Glermopt, où \\i a voient été faits ; et II se rencontra que celui qui en étolt l*auteur avoH, durant les guerres dviles, fait aussi des vers les plus sanglans du mondé contre Son Eminenee. Je le lui fis sçavoir, hii dis son nom.... • (Menu d^Arn, d^Àndilly^ part n, p. 117.) r- Pour Robert d^aîlleurs, ced était une tradition conseryé^ de stf vie de' courtisan : Lorsque M. le colonel Omano sortit de prison, f allai au tievant de lui, pour rinformer si exactement de i*état de toutes les choses 'dé la cour..., qa*il sçut qui étoient ceux qui avoTent fait voir durau:t 'va disgrftce qu'ils
éiolent vérîtableaientdeses amls^'ou n'en étoient pas li fàt rççu à
la 'cour comme en triomphe... On conddérolt qu*il «rentrqlt glorieusement., auprès d*Un prince, que chacun regardolt 'alors comme rhériticr présomptif de la courodnè. » {Ibî4» p. 1(^.) > c L*oflidal dePails a condamné la rersiou du Bréviaire romain... [par
&0 KOBERT ARNAULD D'ANDILLY:
raient si impitoyablement les complaisances du Molinisme, Port-Royal avait eu une amitié facile pour l'abbé de Gondi ' ; que ses retraites s'étaient ouvertes pour une
« Tabbé Le Tourneur, Janséniste]. Le sujet de cette condamnation est que « Pon y fiiit Yoir la force de la grikce, au préjudice du fttinc ariritre; ce «r qui détruit la doctrine de Rome, et particulièrement des jésuites. » (Gautte de Hollande du 36 avril 1688, etc.)
i Port-Royal a nié ses Tdations avec Gond! et avec Ja Fronde ; mais Toir» entre autres autorités. Menu de Joly, 1 1, p. 451» W ; OEuv. dm doct. Ar. nauld^ U ii, p. 58, etc. — Tallemant, HisiorietteMt t n, p. 317, prétend toutefois que la participation de Port-Royal à la Fronde est une invenUon des Jésuites. ^- Nous rcYiendrons plus tard sur ce sujet. .-^ Ajoutons seulement ici que si Port-Hoyal ne 'prit.point aux troubles civils de la Fronde une part aussi considérable que Pavaient lait plusieurs Jésuites au temps de la Ligue, il n*en vit pas moins j[uelqnes-nns des siens défendre, mène sous Louis XIV, les doctrines que l*avocat Arnauld reprochait à ses adversaires d*avoir défend^es au seizième siècle* Voici ce que le grand Arnauld, fils de cet avocat, se voyait forcé d'écrire à M* ï)u VauceL son agent à Rome : « Il n*y a qà*un endroit^ de vos femarqoes sur le Tractatu* de n libertatibus Ecctesiœ galRcanœ ] qui m*i^ blessé^, c'est ce que vous dites « à Toccanon d'Henri IV; que- s'il ne se lïït pbint converti, on aurait pu « dire un autre roi, par un pouvoir que-^vouê supposez qui réside radica^ « lement dans le corps de Vétat, et qu'il n'emprunte point d'ailleurs. C'est K le fondement des cromwdlistés et des pariementaires, qui ont détrôné « Jacques II... Et, le supposant bien établi, c'est faire perdre le procès au « rai lég^lime, et donner gain de cause à l'usurpateur. C'est pourquoi je « serais bicn/ûché que ces remarques parussent jamais avee cet article.., • Et ailleurs ': « Je suis assuré que l'eodcoit dès remarques... que je vous al a marqué, n'est pas bien. Il faudrait trop de discours pour vous en dire la « raison, et pour répondre à l'objection que vous faites du changemen t « arrivé quand la couronne a pa^ dans les deux dernières races; ce n'est a point par des exemples que ces questions se doivent décider, ce sont des a coups extraordinaires de la providence de Dieu, dont on ne doit point « tirer de comeéquences. Cependant on est content de passer .cet article, « sans rieu joéitxe de contraire. Je voudrais bien néanmoins qu'il pût être « effacé dans la copie de M. de Saint4}uenlin [Casoni, plus tard cardinal^ n et alors tout puissant sur son parent le cardinal Favoritij.» (Œuv, du doct,' Arnauld^ t. m, p. 338 et. 249, let. 731' et 738* du |5 août et dû 6 octiSbre 1689.)— Nous nods bornons-à cette citation, car notre but fsX de prouver jeulemént combien il serait injuste de juger tout un corps, foule, une réunion d'hommes éclairés et pieux, sur les doctrines de quelquef esprits emportés.— En cela nous croyons^ètre plusjuste que l'auteur des Provinciales.
CHAP. n^ SECT. I, ART. m, S Qi- &1
autre amitié non moins facile du célèbre coadjuteur ' ; que ses plus austères cénobites, les sœurs de d' Andilly, avaient accueilli avec empressement d'autres amitiés dévouées tour à tour à Gaston, à l'infortuné Cinq-Mars, mais qui devaient un jour monter sur le trône de Pologne ^ — Une curieuse découverte faite dans les papiers de Quesnel [1703] avait appris qu'à défaut des républi* ques du Paraguay le grand Amauld avait songé à créer au Jansénisme une petite principauté européenne dans rfle de Nordstrand, au sein de la Baltique ^. — D'autres révélations enfin avaient protivé qu'en fait dé richesses recueillies au chevet des mourants les propriétaires de la célèbre boite àPereiie ^ étaient aussi bien inspirés que pas un de leurs rivaur. — Mais ce qu'on ignorsût encore, c'est que les.solitaires de Port-Royal n'accusaient si amè« rement leurs ennemis d'avoir escamoté le confessionnal
1 t Le diable aroU apparn.». ft 'madame la 4)rince89e de Gueméné, et lui « apparaisaoîl loaveiit, évoqué parles conjurations de M. dlAndilly, qui le c foiiçoît, je crois, de MtiÊ peter jk sa dévote ; de Taquelle il étoit encore plus
• amooreax que mol, nais en Dieu,, purement et spirituellement (Talle* BHuit, Historieiteê, t. ii, p. 9îki eite deônfulicrs exemples de cette propension à Fqmour platonique. ) « J*évoquai de mon côté un démon qui ■ loi apparat sous une fonne plus bénigne et plus agréable^ Je la retirai t au bout de six semaines de Port-Rojal, où elle l^isoit de temps à autre « des escapades pintâtque des retraites. » (Mém^ du eardin» de Reti, p. Il,)
> Lettrée de la ML AngéUpu, passim.
* Vollaire, SiétU de Louis XF, art. Janténhme; Racine, HUt. tccU$., L n, p. 549; Lanière, VU d^ Amauld, t. ii, p. 885 i*Lef fret' éTEuêébe PkUmtétke [dom Clémencet] à Morenoêt p. 320,. etc. «— Nous, reviendrons hienidC »vr cet épisode trop peu connn de rhistoire du JansénisoM*.
4 « Ce serait un curieux chapitre économique que celui des finances .de « Port-Royal et dv Jansénisme, depuis la donation du grand Amauld, jns-
• qu*à b boîte à Perette. » (M. Sainte-Beuve, Port^noyal, L ih p. 16. — ce OEuv. du doct, Amauld, L it, p. 27$,'let. 427 du 24 juin, 1888: mfa» aussi iMrf., L iv,'p. 150, lu lettre du 23 aoftt 4890,. où le docteur rédame si-aSgremcDt ua legs de son amf Tabbé'de Pontchâteau.)
Ui ROBERT AR$«ALXD P*^NmtLY.
de Louis XIV ^ qu'après avoir eux-mêmes inutilement tenté d'en escalader le berceau. ^
Mais les accusations que se renvoient ainsi les deux partis sont au fond basées sur un même grief, et aboutis^ §eot au reproche de chercher à se saisir de tout ce qui jçtte de r éclat, et conduit à la faveur. Chacun allègue à Tappui de ce reproche des noms propres dont la nomen^^ çlature dressée des deux côtés n'offre guère que des récriminations banales. L^mportant serait de connaître, outre la liste des personnages enrôlés sous chaque banpière, les moyens par lesquels on les y a enrôlés. La correspondance.de d'Andilly retiré dans le désert fournit à ce sujet des indications aussi piquantes et plus nom* breuses <|ue celles dont nojiis sommes redevables à la période mondaine de son existence.
SECTION n.
d'andilly dans usoutude.
Vers la fin de sa vie mondaine, d'Andilly, associé par Saint-Cyfan à la propagation du Jansénisme, semblait plus spécialement chargé d'en ménager ràyénement dans les hautes régions dont il, approchait, le célèbre abbé paraissant s'être réservé le prosélytisme du clergé
1 L'on avait ienté ie confessionnal da roi pour Saiirt-Cjran Itti-tnéfiiç. Arp. 4*Addiily, ÈUm, rar Samt^C^ran ; Vit édif. deP.B.,i.h p. li.) S«r los confesseurs jésuites de nos rois, consulter ta liste nul se trouve OEuvreê de LotU» XIV, t. vi, p. 34S.
3 Aussi avec quelle amertume le grand Arnauld n*écrit-U p«s 4iu pope Iiinooeal XI, à qui il yeut expliquer la répugnance de Louis XIV pour le Janséntsiae : « Mifari desioet tufi sanctitas, djiim apud se reputaveril rcgem a puerilia Jesuilis assuetactum, eadem seoiper ab ea faciioae ea de ro eUam atque eliam apud- cum incdlcala, eos quos ascivit sibi conscientias arbilros hoc conviciumt quasi per manus tradlUim, acerrime urgerc mo idestitisse, etc. {Ctîuiu du docU ÀrnauMf U ii, p. 33, Jet* 336, écrite vers 166Ô. •
GKA?. H, «BGT. IL 4}
qu'il avait ébauché par sou P^tru$ Aurelm S et qu*il poursuivait par la dir^tioo des conscieuces \ Dans cette association du courtisan et du théologien, le rôle secondaire était pour celui-là. Aiurès la mort de Saint-Cyran, le rôle de celui*ci ne pouvait être dignement çonUnué que par le grand Amauld. Mais, frère puîné de d* Andilly à une distance de vingt-trois ans [1580-1612], et tout entier à la violente polémique que soulevaient ses débuts en Sorbonne, le jeune théologien laissa d* abord son aîné affecter la direction des efibrts communs; la direction des consciences échut obscurément à M. Singlin ; et pour quelque temps la suprématie dans Port-Royal sembla déférée au courtisan Revenu solitaire. — Celui-ci en usa avec une telle habileté qu*!! put se flatter un instant d'avoir procuré à son parti, entre autres conquêtes, celles du guerrier le plus pur 'et du pénitent le plus célèbre de cette époque, d'un maréchal de France, l'honneur du peuple dont il sortait ^, et d'un réformateur, la gloire du cloître où il entra '. nous voulons parler de Fabert et de Rancé. — Les tentatives dont ils furent l'objet de la
1 Pétri ÂurêUi tkêologi opéra, — CC Besoigne, Hist, de PoN-Rayal, t. m, p. 561.
> ÈÊénu dêtameelotjX,!, p. 281-86S, etc.;. le/fret ^ SainN^yron, pa»» ém 8 âÊém mtr Stànuq^rw^, p«r dTAndU^, Ledàrc. VU édif. dûP.vu p. 15 ; rinterrof. de Saka-Cyran, Bocueil in-i2^ p; 17* etc..
* Noos parlons ici selon les idées du monde; car au point de me religîeai, noua sommes complètement de l*avis du P. Bâfre,, qui dit di^ns son Bùtoire et Atian, t. s, p. $27 : « La nligioB fut aoiifeiit la règle q«l « conduisait le maréchal Fobert. Nous souhaiterions qu^elle eût toujours « été le' motif de ses actions. Mais en ne |>eut dissjmulqr qu'il n*ait aussi c agi par ambition. >.— Le chapitre que nousâllops ajouter à son histoire eottfinnera, jû nous ne nous tromponst le jugement du sage géiiovéfain.
4 ^Le pwricr aanbtî de sa /aariite^itac» grand-père.* (LeP.^arrc, Vit M Fahert^^ t. i, p. I.) Vok pl«a hi».fiiie note du. 4d^p. iv, sect. n, art n, Si* * .' •
4& KOBERT AKlfACUD I^AIIDIUY.
part de d' Andilly sont jusqu'à cette heure complètement
ignorées. Nous gagnerons plus d'un enseignement à les
constater.
ARTICLE I"
Correspondance de dAndiliy avec le maréchal Faberu
Fabert et d' Andilly s'étsdent entrevus pour la première fois durant cette campagne de 163i à 1635, qui avait servi de prétexte à Richelieu pour éloigner de Paris l'ami de Saint-Cyran. « Ce fut alors, écrit Robert, que je fis une amitié si étroite avec M. de Fabert, et dont il m'a donné des preuves si particulières, conune plusde deux cens lettres que j'ai de lui le témoignent.... ' » Ces lettres font encore partie des archives de d' Andilly ; mais si elles témoignent de l'étroite amitié qui l'unissait à Fabert, elles prouvent en même temps que cette amitié ne se montra point d'abord très exigeante. Pendant vingt ans [1635-1655] elle n'a doté notiie collection que d'une seule lettre. Pendant sept ans [1655-1662] elle y en a déposé cent soixante-de.ux. ^
S I*'. Ciroonstaiioés dans lesquelles s^oarre ceUe oorrespondancc.
La lettre unique que fournit une période de vingt années est d'm^e époque où Fabert végétait encore dans les rangs secondaires de l'armée ; et l'on ne saurait dire si elle procède d'une étroite amitié ou du principe que &' était posé Robert, « de faire des amis de toutes sortes de conditions '. » Les cent soixante-
1 Mim, de â^ Andilly ^-^rU ih p* IM*
^ CeUe partie de la correspondance de d*Andilly renrerme cent Tîngtdeux lettres autographes et les copies de deux lettres* de Fnbert; plus tren|e-neur lettres de d^AndiUy, du marquis Isaac de Feoquières-et de quelques parents ou hommes dWaires du maréchal.
s Mim. de d' Andilly, parU% Ik. 156.
CHAP. D, âSCT. Jd, AKT. l, $ h &5
deux lettres subséquentes appartiennent à l'époque où Fabert s'élevait au faite des honneurs militaires. — Ainsi depuis 1635, date des premières relations, jusqu'au 27 octobre 1642, date de la première lettre qu'échangent Fabert et d'Andilly, le ftitur maréchal de France avait été investi de missions importantes, sans cesser toutefois à' être simple capitsdne aux gardes-françaises ^ — liais le 21 septembre 1642 Richelieu l'avait créé gouverneur de Sedan ^, souveraineté naguère indépendante dont l'artificieux cardinal venait de spolier la famille princière de Bouillon '« A l'occasion de cette marque significative d'une confiance toute puissante, d'Andilly avait félicité Fabert, qui lui répond [27 octobre 16A2] : tt Monsieur, je ne m'estimois pas.assé heureux pour « croire d'estre encor dans Thonneur de vostre souvenir, n Ha bonne fortune m'a bien obligé de. me conserver ce « bonheur, que j'estime plus que chose du monde. » Le ' reste de la lettre est sur ce ton, d'après lequel on peut juger de l'étroite amitié qui, selon. d'Andilly, existait depuis sept ans déjà entre lui et Fabert.
Un mois après cette lettre écrite^ ce dernier perdait le cardinal de Richelieu [3 décembre 16A2]. Sa correspondance avec Robert demeura interrompue pendant treize années. — D'Andilly la rouvre par une lettré du 18 no-, vembre 1655, et voici les premières lignes de la réponse que lui adresse Fabert [5 décembre 1655] : « Monsieur, « je ne croyois plus que mon nom fust dans vostre paé-
1 n n^avait même obtenu ce dernier grade que le i8 octobre 1639. U P. Baire, VU de fabert^ t. i, p. 3M ; PinaM, Chron. hisK milit.f Lu, p. 647).
1 U P. Barre, VUde Fabert, ù h P* AUJ ^ "«i^ ^^^*
» Mém, de Vabbi ÀrnaMf part, n, p. ii5.
A6 mOBEKT ARNAtJtD D'ÀNttlLLY.
<t moire, quoy que le$ granded^ ch(>des qu'on racompte <t continuellement de vous, ayenttellement^accren l'estime « qu'il y a sy longtemps que j'ay pour les dons que Dieu « a mîs'en vous, que je puis vous jurer n'y avoir homme « en France, avoir pour vous la vénération que j'ay. De « là. Monsieur, jugez quelle joye ce m'a esté de recevoir « une marque que vous ne m'avet pas mis en oubly. » Cette fois la liaison s'engage véritablement, et la correspondance de d'Andilly et de Fabert ne doit plus discon- Unuer. — Celui-ci était désormais un personnage important dans l'état. Le h février 16AA, il avait été créé maréchal-de-camp, quelques jours avant celui où Sedan fut défmitlvement incorporé à la France '. En mai 1650, le roi avait érigé ses terres de la Ré et de Cérilly en marquisat K Le 20 septembre de la même année, il l'avait créé lieutenant -général *. En W52 il lui avait confié
l'inspection de toutes les places de la frontière, sur la Meuse *. Le 4 janvier 1654, ilTavait choisi pour commander un corps d'armée dans le pays de Liège ^ et le 15 juin il l'avait désigné pour en commander un autre sur les frontières de Champagne^. A la tête de ces troupes, Fabert avait pris Stenay çt recouvré Mézîères '• Il tenait dans ses mains tes clefs de la France vers les Pays-Bas ; et le 80 octobre 1655 il s'était cru en mesure de demander à Mazarin le b&ton de maréchal, que ce ministre lui promit, mais pour ne le hiî accorder qu'un peu plus
^ Le p. Barre, Vie de Fabert , 1 1, p. 45S.
3 IbiJ.^ t II, p. 44 et 339; Pinard, Chron, hi$t, milita U n,lCdi9.
S Ibi(L, t. II, p. A4; Pinard, ibid.
^ Ibid,^ t. II, p. 60 ; Pinard, ibid, '
* Ibid,^ U ii« p. 88, iOO, etc. ; Pinard, ibid.
* ÏImL^ t. n, p. ISflS ; Pinard, iMd*
7 /frtVf., t. Il, p. lis et 132 { Plnava^lM., p. ^f »«
chaK n, SKCT, n, art. i, § i. hi
tard *. C'était huit jours après cette démarche que d*AiidîUy avait adressé à Fabert la seconde lettre dont tious venons de parler. Nous ne voulons cependant ni de là coïncidence des dates arguer à la relation des faîts^ nî de Tempressement de Robert conclure à une sympathie trop prononcée de sa part pour les maréchaux de France. Le solitaire de Port-Royal était, à notre avis, guidé par d'autres motifs.
Fabert n'aspirait pas seulement aux succès de l'épée; a ambitionnait ceux de la parole. A Tardeur du guerrier il joignait le ïèle d'un apôtre, et réussissait d'autant mieux dans ce second rôle, qu'il y employait, à ce qu'il paraît, les ressources du premier. « Je vous enverrai, a écrivait-il à sa femme en 1669, un dénombrement du « peuple de Sedan ; vous le présentjgrèz à la reine. Sa « Majesté verra que depuis que Sedan est au roi quatre «( cens Huguenots sont sortis de cette vilte^ et que seize tt cens ont embrassé la foi catholique. Cela fera voir à la a reine que j'ai' plus soin de la religion dans le fond que «je n'en fais paraître extérieurement, et qu'il y a de « meUfenrs moyens que l'aigreur et la dispute, pour raii mener les hérétiques à l'Eglise ^. u.De ce passage ne semble-t-il pas résulter que Fabert, comme voie de per»suasion, remplaçait l'aigreur et la dispute.par l'exil? — Sur detix mille Huguenots, les quatre cinquièmes avaient accepté une première moitié de son.tiileiiime^ la conversion ; mais un cinquième avait subi l'auH^, et S'était expatrié. On ne pouvait exiger mieux avai^t la révocation de l'édit de Nantes, qui^ eut, <m le sait, tmites les
^LeP.Bam, VU éê Fabert» Uïi^i^.^k».] 2 lH<<.,Ln,p.l8S/ÛéQèrdeiiieiitd*aUi<«^Fid)frtienoiiti^ nnl que ne le ferait supposer cette lettre.-— Voir ibid,^ !• n, p. 9M% 240* etc.
48 KOBBRT AKNAULD D'ANMUT.
sympathies de la famille Arnauld ^ — La principauté hérétique des anciens ducs de Bouillon rentrait donc ainsi peu à peu au sein de l'Église catholique; mais d'Andilly devait savoir, par l'expérience de sa propre famille, qu'il restait toujours aux Calvinistes convertis un peu de peine à se soumettre entièrement à la direction de Rome : et il pouvait espérer de leur voir accueillir ces restrictions mises à l'autorité des papes que Port-Royal s'efforçait de constituer en corps de doctrines. '
Un obstacle cependant aurait pu s'opposer aux vues de d'Andilly, et faire échouer ses espérances. Fabert sembkdt avou* une haute estime pour les Jésuites; car U leur avait confié à Reims TéducaticHi de ses fils ', dont l'ainé, après être sorti de leurs mûns, venait, précisément en 1655, le 18 octobre, c'est à dke un mois avant que se renouât la correspondance de d'Andilly et de son père, d'être nommé à la survivance de celui-ci comme gouverneur de Sedan. *
Mais les premières impressions de Fabert n'avaient rien d'opiniâtre, surtout quand elles étaient contradres à ses intérêts ^. Toute son existence le prouve. — A son début il s'était attaché au duc d'Epemon ; mais il s'était r^ndu hostile le fils de ce seigneur, le duc de La Vallette, dont il avait tué un favori, et qui était venu l'assiéger jusque dans le château de sa famille ^. Deux ans
*1 Œu9, du doeK Âi'nauld, t. ii, p. 574, 622, etc.
3 Geii'eùt pas .été Ja première fob d*aUleun que Port-RojiJ se fftèmis en rapport avec les religionnaires convertis de Sedan. Voir le hecueil in-i3, p. 221, etD. Gerbcron, Hist, du Jansén,, t. ii, p. 184.
. 'S Le P. Barrei t>ii., t. a, p. 193.'
4 /frtU, L II, p. 1S7 et 165.
s Dans tout autre cas, Fabert i>araissa»t fort enclin à Topiolftlrelé. — tbid, , t. II, p. 291, ehap. intitulé v^De l'opiniâtreté aîiribfie à Jtf. de t^abert. • Le P. Barre, ihii., 1. 1, p. 27*90.
CHAP. n, 8ICT. n, ABT. I, S L &9
à peine écoulés, Fabert avait recouvré les bonnes grâces de La Valletie ^ — Le cardinal, frère de celui-ci, refusa pendant quelque temps sa confiance à Fabert, qui était parvenu à se mettre trop avant dans les bonnes grâces de Louis XIII ; mais il la lui donna bientôt à un tel point ^ que l'objet de ses affections en devint suspect à Richelieu, et que le favori commun de Louis XIII et des frères La Vallette voulut perdre auprès du roi le terrible cardinal, leur ennani commun \ — L'un des deux frères exilé, et l'autre mort, Fabert était devenu le favori de Richelieu ^. — Après la mort de Richelieu, il avait paru s'attacher au cardinal de Retz, et en était resté odieux à Mazarin^. — Mais au moment où l'Eininence italienne vit son pouvoir ébranlé par ]a Fronde, Fabert méritait déjà qu'elle lui remit entre l^s mains sa famille et s^ trésors ^. — Le dépositsdre de tant de confiance l'était en même temps, il est vrad,4e L'amitié def ouquet, qui cojmptait sur loi pour armer en sa faveur,, dans le cas prévu de sa rupture avec Mazarin. 7. • . . ■ * .•
Cet ecclectisme politique de Fabert autorisait^ on le voit, d'AndiUy, qui l'avait lui-même pratiqué, à présumer que les sympathies de son ancien ami^ pour les Jésuites n'étaient point exclusives, et qu'elles ne l'avaient pas irrévocablement aliéné de Port-Royal. Le prétexte qu'il prit pour tenter de le conquérir, assez bien imaginé en apparence afin de donner le change i^ur-son
1 Le p. Barre, ibidf U i, p. SJ.
> Ikid.^ 1. 1, p. 126.
» /lU., 1. 1,^. Sa4-25S.
* ÈkU., U h '9, 339, S5i et t ii,. p. Si). » Ali., U n, p. f &7, Cf. p. 430.
• Ifrid., i. II, p. i98, ce p. 314, HS. ^ i6U., L 11, p. 207. .
50 ROBEBT AINÀULD tf ANDHXY.
intention, aurait pu cependant, à notre aivis, év^er les soupçons de Fabert, s'il, avait plu h celui-ci d'en concevoir.'
S II. Fabert cooTerti au Jaoateiflme.
D'Andilly, après cette amitié de vingt années qui s'était entretenue par une lettre, venait remettre aux soins du prochain maréchal la fortune militaire de son plus jeune fils, Jules de Villeneuve '• L'aîné, Antoine d'Andilly, avait été précédemment cpnfié dans le même but à la famille de Feuquières *, que les liens d'une étroite parenté et d'une amitié plus étroite encore unit pendant tout le dix-septiènâp siècle à la famille Arnauld *. Cet aîné, assez promptement- retiré du service, n'avait pu épuiser la bienveillance des Feuquières, et il eût été naturel que son puîné vînt en réclamer l'héritage. Verdun, viUe frontière et ville forte, dont Isaac de Feuquières étant gouverneur ^, offrait à l'avancement autant de chances que Sedan ; et d'ailleurs Robert ne voulait pas l'avancement de son fils. Son unique désir était de ramener à la solitude de Port-Royal cet enfant prodigue qui, après le^s avoir goûtés, n'en avait pas compris tous les charmes ^. Pour cela les Feuquières, récemment convertis ^ et de tout temps voués aux intérêts de Robert, devaient lui parâttre de meilleurs auxiliaires qu'un ami négligé depuis si longtemps, et qui avait fait élever son propre fils par les Jé-
^ Voir plus bas chap, ir, seet, i?«
3 MéiH* de Cahb4 Arnauld^ part. ii p. 33, 58, 9S, i96, #36^ etc.
^ Voir M. £; Gallois, Le/frM initL des Feuquiêrtê^ passiili.;- et t. n, introd., p. vn ; t m; introd.,.p. uni, e^ t iv, introd., p. ixir.
4 Jbid^y t. 7, p. 265 ; Mém. de Vabbé Afnauidf part, i, p. 194* ^ Voir plus bas ekaji, iv, secU iT.
fi Voir C Appendice, note B.
CH4lP. n^ SEGT. 1I> ART. 1^ § U. 51
suites. Ce fut cependant à cet ami que Robert s'adressa. — Aussi Fabert tout surpris lui écrit ^ : « Je me sens, « Monsieur, sy glorieux de ce que vous me choisissiez « pour me mettre un de MM. vos enfans en main, que je ft crains d'en devenir trop vain ; et je crain encor que
« quand vous saurez que je vis autrement qu'on ne
« doit, pour estre maintenant tiop content, je me veoye tt afligé de là perlte d'un bien que je croy recouvert [rea couvre] avec plus d'honneur pour moy qu'on n'en « ressoit dés roys. Oui, Monsieur, je metz vostre estime u plus haut que l'esclat des hautes dignitez ; et pour me « la conserver, je veux à 1* advenir m' efforcer à bien vivre, « et à faire veoîr au monde que Dieu vous y rend sy util, a que tout ce quevous faittes fructifie pour luy et pour sa « gloire. »
Cette fois, il faut bien le reconnaître, Fabert va au-delà des assertions et sans -doute au-delà des prévisions de d* Andilly. Le passage que nous venons de citer témoigne plus que de Tamitié, et semble mettre la conscience du guerrier à la dis(H*étîoi) du JahBéniste. L'habileFabert connaissait-il le faible de son correspondant pour les louanges ? àvait'-îl deviné les intentions de son prosélytisipe t . ou bien n'obéissait-il qu'à ces habitudes de prévenance élogieuse, dernier vestige d'une condition longtemps subalterne, dernière et doucereuse enveloppe à travers laquelle les contemporains du soldat parvenu savaient parfaitement distinguer à fleur de peau une volonté de fer^. Nous né saurions encore décider. Maïs d'Andilly, étonqé
« Uémt lettre qinephKhaott sons la date du 5 étouàbn i65f« 3 L^envdoppe même était lOttveDt pfcrçée ft joar. Fabei t avait des aocN assez fréquents de brusquerie^ oommç la plupart des ^rsonnes qui se montrent d*ODe excessire p^ltesse, (Le P. Baire, Vie <U Fabert, Ut,p* Si8, 449, U n, |i. 298, 300, etc.)
52 ROBERT ARNACLD D'ANDOXY.
à son tour, répond [11 décemjîre 1655] : « Je vous avoue, a Monsieur, que je n'ay pu voir sans une incroyable joye (( que lorsque l'on est si heureux que d'avoir rencontré un u amy tel que vous estes, on le retrouve au bout de vingt « ans dans les mesmes dispositions qu'on l'avoit laissé, (( sans que ny le temps ny l'absence ayent pu y appor-»- « ter du changement. Ce qui me confirme dans la créance n que j'ay eue toute ma vie, qu'il n'y a point de bien si tt asseuré et si véritable que l'amitié des personnes qui « vous ressemblent. »
C'est sous l'empire de cette conviction sans doute que d' Andilly ajoute bientôt [9 janvier 1656] : « Je puis (( dire avec vérité [vous] avoir toujours regardé comme a une personne qui fait grand honneur à un siècle tel « qu'est le nostre. Cette parole comprend tant de choses, u qu'elle pourroit fournir du sujet â un long entretien de « y\\e voix, et j'ose vous dire,- Monsieur, que je n'en dé- « sespère pas. Car comment pourriez-vous désormais, « quand vous viendrez à Paris, ne point adjouster à ((tant d'autres, faveurs que vous me faites, celle de (( vouloir bien faire six lieues pour venir dans nostre dir (( zert : oii quelque . esldgné que l'on soit du désir de « recevoir des visites, on ne se contentera pas de vous (( ouvrir toutes les portes, mais on ira mesme au devant ' (( da vous, comme au devant d'un homme de l'autre (( monde, qui vit dans la guerre avec plus d'ordre que les (( autres ne font dans la paix, qui reçoit autant de bénéu diction des peuples que les autres en reçoivent de ma- (( lédictions, et qui, pour dire tout en un mot, montre que (( Ton peut faire son salut dans une profession quf n'est (( aujourd'huy qu'une source trop féconde de toutes aortes « de crimes. » ' ' •
CHAP. II, SECT. n, XRT. I, § II. 53
A cette lettre était joint un envoi de livres jansénistes, et Fabert y répond [ 10 février 1656 ] : « j'aui'é l'honneur, a Monsieur, de vous aller remercier de bouche, puisque a vous me le permettez, et la joye de veoir la compagnie 0 sy sainte dont j'admire les œuvres il y a bien long- 0 temps', n y a peu de libvres où elle ait travaillé, que je et n'aye fait venir ; et hormis le petit, ceux dont vous m'a- ' « yez honoré estoyent desjà céans : car. Monsieur, j'ay une 6 trop haute opinion de vous,. pour ne chercher pas, par « vos belles lumières, à me conduire pour faire mon sa- 0 lut. » — « Je ne croyois pas, réplique d'Andilly [29 fé- « vrier 1656], que les ouvrages de ce dézert fussent si a heureux que d'avoir desjà trouvé place dans une place « de guerre. Mais puisque cela estt je vous énvoyeray tout « ce que mon frère [ 1^'docteur ] a fait, pour sa défense « contre cette injuste et insoustenable censure^, quiatrop « esclaté pour croire que le bruit n'en soit pas allé justt ques à vous. J'attens pour cela que j'aye pu ramas- « ser toutes ces pièces, ausquelles il s'en ajouste tous les a jours. »
Fabert, de plus en plus surpris de cet empressement, se récrie de plus en plus siu* son. indignité ; mais sa mo-
1 Ealiert promU longtemps et soureot à d^Andilly de faire ce voyage, troQTa presque toujours des prétextes lorsquHl était à Parts pour éluder sa promesse, et ne la réalisa qu*une fois. {Lettre xnéd. du S avril 1659.>
2 II s'^agit id de eette censure par laquelle la Sorbonné déclara -[31 Jqn- TÎer 1656] téméraire, impie, blasphématoire/ frappée tfanatjiirfie et hérétiifme une des. propositions ayancées par le docteur Amauld dans sa Seehfide Lettre à un due^et p^ir [M. de Liancourt] à qui M^ OHi(rr, curé de Saint- Sufpice, avait fait refuser les sacrements jusqu'à ce qn*ll eût rompu avec Port-Royal.— On sait que tout gradué, pouréîre reçu efi Sorbonné, fut ténu, depn» Ion de signer cette censure. ( OEuvre$ d* Amauld, t xu et x\ ; Larrièrv, Vied^Arnauld^Ui] p. i3dT)73; Quesne), Vie d" Amauld, p. 98 ; Dopin, HUt^icclat, du dix^uptième $iide, t. u, p» S61-400) etc.)
su ROBEET A^NALLD D'âNDILLT.
destie lui sert en même temps de préservatif contre des tentatives dont il ne connaît pas encore toute la portée. Il consent à admirer les vertus de Port-Royal du sein de la vie mondaine ; il consentirait difficilement à les pratiquer dans la solitude, où il soupçonne peut-être, mais bien à tort, qu'on désire l'entraîner. Il s'abrite donc derrière son humilité, pour tracer avec autant d'adresse que de franchise la ligne de conduite qu'il prétend suivre dans ses relations avec le parti dont Robert est l'interprète. [12 mars 1656] : « Je n^ sens. Monsieur, sy : indigne non seulement de la bonne opinion que vous : avez de moy, mais des grâces dont vous m'honorez, que je ne puis qu'à Dieu attribuer cella ;• et cella mesme faict que je cognois les mériter d'autant moins, que ma vie n'est pas telle qu'elle doit estre. Le monde néantmoins a' est pas se quim'empesche; je le cognois à fond, et en ay un ex,trême mesprîs. Mais la vie dans laquelle i'ay esté engagé de jeunesse, m'emporte à la mort, sans que mon esprit puisse en changer le chemin '. Je sçay bien que Dieu veut des hommes de toutes
sortes Je sui^ un pauvre soldat dans l' ignorance,
privé des lumièrea^de l'estude, maia qui avec celle que Dieu donne, cognoist fort bien que la règle du salut est ce qui part de voslnains, puisé dans l'Evangille, et dans les Pères qui n on cherchez en escrivant que d'esclairer les bonuhes par les lumières qu'ils avoy eut etlees de •Dieu... Après cette déclaration, jugé. Monsieur, sy je ne mé tiepdré pas fort honoré d'avoir les libvres que
^ Le 26 octobre 1659 FabefC écrit encore : k Diea n'a 'pas mis en noj le8 crâces qu^ii a lenaéçs sr abondaromept en tous... Ma vie a estei teoîpestoenzeet agitée par les choses du monde aiuquelles j'ay de jeunesae estei abandopaefc LVméei^ù JV passé mon aafe jiijMnie^à moa êsîl en ce lieu, n'en est pas un ft former un-hoame an deroir jl'un Clirtitieiu...
CHIP, n, flficT. n, AKT.- 1, g n. 55
« vous m'ayez envoyez, et sy je ne rechercheré pas avec « soiog tons cenx qui se feront à l'advenîr. Je Aiande « àceluy qui faîct mes affaires à Paris, de m' envoyer ce « qui c'est faict depuis peu contre le jugement de la Sor- « bonne. Aînsy, Monsieur, s'il n'y a quelque chose qui fi ne se vende pas chez vostre imprimeur ordinaire, il ne « sera pas nécessaire quQ vous preniez la peine de me a rien envoyer, si ce n'est un mémoire de tous les Hbvres « f»ct dans votre saintte et illustre compagnie ; car je et s^rois marry, sy je ne les avois tous. » '
Ce que pooposait Fabeil; était précisément ce que désirait d'Andilly. Un prosélyte qui Rêvait être bientdt maréchal de France, un partisan dont l'apostolat s'était exercé déjà sur seize- cents néophytes, devensdt bien pins utile dans le monde que dans la solitude. Aussi Robert lui envoie-f-îl exactethent non seulement le catalogue qu'il demande [21 janvier 1657], mais les livres qu'il refuse ^ — Du nombre se trouvaient, avec des copies de lettres qui faisaient partie d'une correspondance entre d'Andilly et Mazarin relative à Port-Royal, quelques fragments des premières Provinciales \ Fabert écrit [ 8 mai 1656] : « Je vous rends, Monsieur, très ir humbles grâces des copies de lettres que vous m'avez «c renvoyées. J'useré des unes discrettement, et des autres « selon (intention avec lesquelles (isic) elle$ sont f ailles. « J*ay eu une extrême satisfaction de les lire, et je vous
* c Qooy que Ton tons «OToye, monsieur, tous les escrifs qui se font < i«f 1^ «rtièm préNitei, je Tons supplie dé troorer Im qo^je fous c les eof ojre aussi, si Ton continue d'en faire, c'est à dire si la liberté que «•ron s*ellioice par tous moyens d'en ester le peut pennettre. » fLtf<fr« inéà. éerAfldPy, dttl8ActtBte«i«5^) .
« On srit que la psfitf e Pfwtwdn^ ést^aKs du M janvier 165^$ Itf deulième du 39 janvier, la troisième do 9 février, élc
56 ROBERT ARNAULD d'ANNLLT.
(( comfesse n'avoir jamais rien veu de sy beau, de sy fort, « ny de sy convainquant que cella. J^admire que les « hommes résistent si opiniastrément à la lumière, et 0 ay pitié de ce que la plus grande partie ayment mieux c( suivre les*opinions impertinentes de gens qui s'insi- « nuent par quelque complûsance, que la règle donnée « par Jésus-Christ, et la raison que Dieu donne à tout « homme. Il faut, conune vous dites, que la malice soit « venue à un bien haut point, de veoir les choses en « celuy où elles sont réduittes. » Et aiUeurs [2S |M)ût 1656] : «Je ressus, vendredy dernier, la lettre que vous t\ m'avez fait l'honneur de m'ëscrire le 13, et les trois c( de la suitte de celles au Provincial; -en mesme temps « que celuy qui fait mes afiaires à Paris m'en envoyoit « aussy que je luy avois demandée. Je vous suis, Mon- « sieur, bien obligé de l'honneur de vostre souvenir, et c( du soing qu'il vous plaict avoir, d'empescher que je « ne me laisse aller dans la fosse où tumbent ceux qui ft se laissent conduire par des aveugles. Mais, Monsieur, « peut-on dire aveugles ceux qui ont des yeux comme Il les autres, et ne s'en servent que pour fuyr la lumière. « Il y a en cella je «ne sçay quoy, qu'on ne sauroit c( ny nommer, ny assez détester. J'ay honte mesme, que n parmy les Ghrestiens, ce que ces lettres font veoir n avec tant d'horreur ait peu s'espandre durant un sy (( long temps, sans esmouvoir les magistrats des lieux « contre une coruption de mœurs aussy grande que n celle de la religion ^ Dieu a voulu réserver cette gloire « à vostre compagnie, et ces lettres que j'ay vouées font
l'Fabert, principal magistrat de Sedap, ft*était pas .d^bameur, on le voitj à y laliser corrompre la religion. Vois plushaatp. 47 la lettre qv*il écrit ft sa fenmie en i6$6«
CHAP. n, SBèT. », AKT. I, $ U. SI
« veoir sy nettement, que rien que le démon ne peut « avoir estably ceste faulce et maudite doctrine, qu'il ne « faut pas doubter que ceux qui les liront ne l'ayent toute a leur vie en détestation ; et de la sorte que l'on les a <t conceuêes, il est certain que fort peu de personnes « voudront s'empescher de les veoii*. J'en ay véu une « escritte par ceux qui sont lAaltraittez par celles-là '. « Mais outre les injures, je n'y ay remarqué qu'une jk-é- « somption esloignée, se rné semble, de cette humilité « que Dieu demande à un Ghrestien. »
Dans sa joie de se voir si bien compris, d' Andilly avait sans doute laissé échapper à travers une dé ses lettres, qui manque à notre collection, quelque homélie sur les dangers du monde, où ceux tlont parle si vaguement Fabert avaient trouvé tanf de partisans de leiCrs doctrines, et sur le mérite des travaux par lesquels on les combattait dans la solitude de Port-Royal; car il s'attire cette réponse : [26 août 1656] « Quand à ce que vous ft me faittes l'honneur de me dire du monde, j'en suis « absolument persuadé... et vbus avez raison. Monsieur, « de songer à travaHler pour Dieu ; c'est le seul ouvrage « qui trouvera son prix dans l'éternité. Mais il n'est pas fc comun d'avoir des sentiments eslevez à tous ceux qui « hayssent le monde. S'il dépendoit de moy, j'en serois « desjà hors. Les chaisnes qui m'i tiennent ne peuvent
* n s*agK sans doatéici des Réponses [encore maDUScrites] auX' Lettres Prmnneiales par te secrétaire de Port-Boy al, etc., par les PP. Nooêt (f AnMt, Liéfe 1658, 1059. — Aax reoseignemenls donnés par If: Barifief, ^ Did, des amony,^ t. m, p. 222, n* 16507, joindre eenx que donné Dupin, Takie ée9 ont. if» dùe-sepiiémesiéetej p. 2410, et Ribaderi^ira, ou plutôt Solvêll» BiàUoiL serffk sockt, Jetu^ p, 680: Ces deux derniers auteurs se traaipept tovtefob sur ta date d^ ta.publicatioo de Nouet, quMIs font paraître ea lè47, dix ans avanf In-PratlndklA. -- Cf. D. Gerberon, HisU d^ /Mféntfme, t. n, p. 444*
« estre rompues par moy. Une main plus forte le fera « quelque jour, a'il luy plaict ; mais en quel estât que « je puisse estre, je serez tousjours mille fois plus à « vous qu'à moy mesme....^» Cela était positif; Fabert voulait rester dans le monde, et ne voulait pas que son correspondant pût s'y méprendre.
Mais, nous l'avons déjà dit, lui seul s'était mépris. D voyait une intention oùil n'y avait qu'une maladresse. En ae montrant jaloux de ^ liberté, il remplissait l'attente de d'Andilly non moins qu'en se montrant scrupuleux à tenir ses promesses. Sur ce 'dernier point, il dépassait les espérances de Port-Royal. Non seulement il lisait scrupuleusement tout ce qu'on lui adressait, mais il le fusait lire à ses fils, et goûter de ceux qui l'environnaient ; du moins ses lettres le disent : « [2h sep-
tt tembre 1656] J'ay receu les deux exemplaires de
« la douziesme lettre [à un Provincial] de quoy je vous « suis infmiement obligé. Je l'avois fait venir de Paris. « Elle est comme les autres, capable de désiller les yeux (( à tout le monde.... — J'ay bien de l'impatience que a la quinziesme lettre paroisse. Mais quoy que je ne (t mette point en doubte ce que vous ditte, je ne laisse « pas de ne pouvoir comprendre comment elle peut estre « plus belle que Ja quatorze. Celle icy m'a charmé et « tellement r^mply l'esprit d'admiration pour elle, que « je ne pence pas pouvoir jamais rien veoir de sy beau « [7 décembre 1666.] » — Et dix jours après [17 dé- 'cembre]' « J'avois leu YÉxtraict des censures ^ et-ccmi-
i Exîrùii de ]Hfui«mrâ mauwmse^ prapoMitkmê tf'nfi nouvetm ctuMMiê, rtetimUiu par te$ Curie de ParU^ et pr49en(é à noweeignemrM de l^a^emHée dm eiêrgédftFnuuê, 24 novanbrâ OS^ (fiiÊfimf JKif. wee(éê, da 'déic-eefd^f^ siérle, t. it, p. 064.)
a mençez à lire XAdvU de MM. les Curez de Paris ^ a qu'on m'avoit envoyé de Paps avec la quinziesme a lettre que je leus au mesme temps de sa réception ; tt lorsqu'hier je ressus le bîUet que vous in*avez fait « rhonneur de m'escrire le 7, et que je trouvay dans tt le pacquet où estoyent VAdvU des Curez et la suitte
«^de YJSxtraict que je n'avois pas encor reçeu..%
« A vostre loisir. Monsieur, je vous supliré de comantt der mesme à quelqu'un de. inettre dans un de yos « billetz la'liste de tout-cç qui c'est imprimé depuis le a libvre de la Fréquente communion. Je serois le plus tt iasché du moiule sy je n'avois pas tout ; et je m'imagine (( qu'il y en a des mémoires imprimez ou escrits. Les « choses qui se glissent dans la religion par les pations 0 de ceux qui l'administre sont sy dangereuse, et c'est « un x>oison sy doux à recevoir, que non seulement je « suis bien ayse de cognoistre ce mal pour l'éviter, mais tt je le désire autant pour mes enfans, qui ayant à pas- « ser par des aages qui les rradront susceptible de temps tt en temps de toutte cette corruption, je veux s'il m'es « possible leur fortifier l'esprit contre cette contagion ; et « à mon advis rien ne peilt estre esgal aux lettres et aux « choses dont, àr mon oinnion, j'ay le tout à peu près. « C'est un ouvn^e exeUent pour le lemps présent ; mais a à Fadvenir il sera tousjours ben ; car tousjours les « hommes meslangeroni les intérests humains et tempor « lels avec les choses saintes ; et quoy que le criflie qu'il
1 Adm$de9 Curez (Wt^artê aux Curez deg autres diocèses de France, tur Um wkosmtê de quelque» nouveaux coMuiêteê, 13 septembre 1656. (Dapiu, nUL^UM.^dix-êepHànesiéeUtt u, p. 430 et L iv, p. 6640 On soit Vicie docleiir Annald prtlait sàpliune aux Cur^ de Paris. (Larrlère, VU fÀmautd^ t. I, p. 199), ^ *
60 ROBERT ARlfAULD D'ANDILLY.
c( y a en cella soit aussy évident que le chastiement en « est à craindref je ne pois assé admirer que non seu- (( lement il se trouve des gens capable de cette faulte, «mais qu'il y en adt tant, et qu'ils ayent quasy tous a assez de liardiesse pour soustenir cest horible dé- « voyement. Mais , Monsieur, ^e ne sçay cornent un « soldat oze entreprendre de vous dire une parolle seu- (( 'lement sur une chose sy esloignée de son métier. Il « est pourtant du debvoir d'un Cbrestien de quelque « profession qu'il soit, de crter contre cella, et je l'ay « pratiqué depuis plusieurs année tout' le mieux que « j'ay peu, avec desseing deschauffer les autres à crier « comme* mpy, et par ce scandale, oster celuy que l'É- « glise ressoit de ces <;hoses mauvaises qui corrompent (( les mœurs, j'espère que la quinziesme lettre sera de « tqut le monde placée au rang de la quatorze. Elle est (( de mesme force ; mais elle a frapé en un lieu plus (( sensible à mon opinion. » ^
A coup sûr d'Andilly, quand il entamait sa correspondance avec Fabert par des voies détournées, ne savait point que Pascal eût sur les frontières un si fougueux précurseur, ni Port-Royal Un si vaillant interprête ; et ce n'est pas à nous d'expliquer comment Fabert, depuis plusieurs années, tonnait à Sedan contre la corruption de la morale jésuitique, lorsqu'à vingt lieues de là, dans Reims, les Jésuites élevaient ses fils, pour lesquels il . demandait un peu tardivement le contrepoisou des Provinciales. — A moins cependant que l'ami de Robert n'çût prévenu celui-ci dans sa stratégie paternelle, et qu'il
^ On sait que, dans la qainiième Provînclufe, Pascal veut prouver (|ue la morale des Jésuites leur permet 4e c^domnier ceux par lesquels Hs se croient injustement attaqués.
aup. n, UCT, n, akt. i, $ m 61
n*eût confié ses fils aux Jésuites comme une ainorce, en vue d'une propagande.
Il faut reconnaître, en effet, que Fabert espérait la conversion de la célèbre Société, et mémo qu'il y travaillait ; car nous ne saurions attribuer à un simple ûprit de contradiction le fait qu'atteste la lettre sui*
vante : [28 janvier 1657] « J'admire, Monsieui:,
u la bonté avec laquelle vous voulez me soutenir contre a la corruption qui gagne tant de gens» Vous avez tant tt de force pour ce que .vous entreprenez, que je m'.en « trouve souvent assez jKmrm'engager. contre vos parties; a et ce qui sepasse en cella ine.cpnfinne absolument qne « la vérité ne se peut accabler. Mais qu'il est malaisé « de gtiirir des esprits-une foy perverty par de faulces « maxiines. J'ay fait veoir aujourd'huy avec plaisir fat « lettre escritte au P. Annat/, à un de la Société. Elle a fi faict ce qu'elle devoit faire sur l'accusation de l'hérésie, tt Mais je vous comfesse que je ne suis pas tout à fait per- « suadé qu'on fust bien ayse de l'estre, que vous fussiez tt dans la voye du salut. Au contraire, je croy qu'on auroit « plus de plaisir de pouvoir vous faire des reproches de a manquements essentiel es choses de la religion, que de 0 vous croire asseuré de la béatitude à laquelle avec tant « de scdng et de charité vous conduisez les autres. »
Fabert étSMt parfois plus complètement heureux dans ses tentatives. Deux mois après [2 avril -1657], il écrivait :
« Je vous avois desjà mandé, Monsieur, que je ne
« pençois pas que rien pût estre comparé ny aux senti- « ments , ny aux œuvres de. M. Arnault. Mais j'ay au- « jourd'huy plus que cellà à vous dire, Un Jésuite à qui
62 HoUBItT'AlttfACrLD D'ANlALEt.
a je donnay avant fcifer sa lettre à lire ^ me la relidant « hier, m'en parla comme d'une très belle chose, qfu'îl
« avoit leuëe, dit41, avec beaucoup de satisfaction....))
Il faut avouer cependant que les confrères de ce traitable Jh&suite goûtaient moins en général les productions du grand Arnauld. Aussi, dès le S6 avril, nous lisons dans Fabert : «L'on m*avt)it asseurez que les Jésuites soutien- « droyent les maxiroeîi contre lesquelles av^c tant de ijti- « sons l'on [vostre frère] avoit escrit'; mais je voua cornet fiesse que je ne Tavois pas creu, et qu'encor j'ay peine « à croire qu'il y ait des gens capables de les soutenir n après- Tesclat qu'on à fait pour cella. Néantmoins je {( vemd bien qu'il y a une hardiesse extrême sur cette (( matière-là, «t sa estes avec'bien de la joye que j'^y leu « ce que vous m'avez fait l'honneur de m* envoyer, et « que j'y ay apris que cèste estrange opiniastreté à sou- « tenir le mal, ne lasse point ceux qui par un esprit cha- «ritable se sont engagez à Fabatre. J'espère, Mon- « sieur, que Dieu leur fera la grâce d'en venir bientost <( à bout , puisque la religion semble despendre de « cella. » •
Ce que Ton ne gagnait pas du côté des Jésuites^ il eût
été bon de le gagner sur les masses : « Je réssus avant
« hier, écrit Fab^ à d'Andilly [12 juin 1658], le quat-
^ Nooft prénunew q«*il s*agit îeî 4e it qvatrièÉM Vttfre apoUgéHque im« primét pouv la pitmi^ ^^ JBD avvU i69# (iarridre^ Vu ^ÀrnauUL 1 1» ordre cfaronol., p. xvj ; ou plutôt» à cause 4^ la date, la Réponse à un écrit fmbtié [par teP, Aniiat, confesseur du roi* sons le tifre de : Rabat Joie des JanêénUtes l swle s^fet des tniractes quHt a plu à IHbu de faire à'P^rt~ Roffni; fia de nofembre litôé- (Larrièrç, t6î<(., p. 179.).
' Fabert fait sans dodte iiHusion à C Apologie des caiuistes contre les calomnies des Jansénistes [par le P. Pirot, Jésuite du diocèse de BeniMB], publiée en 1657. Cette apologie fut réprouvée, con&me die. le m^itait, par les gens sensés, et les Jéstittes 9e gardèrent dé la défendh*.
GHA^ n^ 8BCT. n, AftT. 1^ % D. tS
« uîesnie eecrit < que tous m'avez, Monsieur, Mi Thcm» «neiir de m' envoyer. Je ne puis assez vous remercier c des grâces eontinuelles que -je ressois de vous. Je k$ « respand autant qu'il m'est passible sur tes autres, ikia saut veoir à tout le monde icy , avec quelle charité vous tvous oposea aux maui qui mesnacent de ruyne la « chose par laquelle 4es hommes peuvent monter dedans
• le ciel. Ce peuple se sent extrêmement vostre obitfé f « et les principauk jn'admlrent pas moins que moy les « dons dont Dieu vous a douez par desaud les autres hom-^ «mes.» Et un peu plus tard [9 octobre 1M8] i « Jerés- « sus avant hier, avec vostre billet du Af les deux copies « de Fescrit de la cmsure àe-Y Apologie pour les casui^ « ies '• Je vay, achevant ce billet, commencer à le lire.
• 11 ne me donnera pas plus d'advértion que j'en ay pour «cette belle doctrine. Mus, Monsieur, j'ay tousjours a une grande joye de la veoir combatue avec tant de « force et de zèUe... Je vous rend cependant grâces très t humbles de ce que vous me faittespart de ses clioses* « là, et par là me donnez moyen de servir ce pauvre « peuple, à l'empescher de tumb^ dans la corruption. »
Dans son pauvre peuple, Fabert^ bien entendu, n'oubliait pas les Huguenots- : u J'ay, Monsieur, écrit-il le « 26 juin 1658, à vous remerèier au double, puisqu'il 0 vous a pieu m'envoyer deuxexemplaures du Cinguiesme
1 £a frYenr des Cai^ deParit, par io docteur Amfiild. (Larri&re» Vk fAnumld, 1 1, ordre cfaroool.^ p/xvi. » Cf. Dupin» HUU teelés* d» dh>> stptftt^ «Mdf^ I. iT, p.* 665).
S Cnijnr» de la faculté de théologie de Parié contre I^Apotoffie de$ mmti$teê [46 juillet 1658]. Cette ceoMire était en latin, lan^e qu^fgnocatt Pabert (Le.P. Barre, Vie de Fahert, 1 1, p^ 8, 14, et t ii, p. M8j ; oo dut là en eiiT07«r la traduction, éi c^est pént-ètre ce qnH Yeot dire en accusanl r6e^oa de deui tofieu (Dnpîir,' J7lff . tceUe.^ d» dia>-^eptUme sUds^ t. n, p. 442). •
6& ROBERT ARNAUID D'ANDIUY.
n escrii des Curez de Paris ^ Je le leuz hier en présence n des principaulx ministre» et Vuguenotz diq/^^ aus- « quelz j*ea ay donnez un exemplaire. Ce qu'il porte « est sy raisonnable, qu'il est aisé, ce me semble, à le « persuader, et j'ay depuis plusieurs années affectez en « toutes compagnies, et principalement où il y avoit des « hérétiques, debUsmer cette e&énée licence et ce hon- « teux relaschement qui donne tant de subjet de scai^ale « aux bons, et tant d!horreur de l'Églize à ceux qui s'en « sont edoingnez. »
Cette horreur, il faut bien le dire, âemblendt par instants avoir été quelque peu contagieuse pour Fabert; car c'est au contact des Huguenots,* plutôt sans doute qu'aux écrits jansénistes, qu'il faut attribuer dans. ses lettres certaines boutaides comme celles-ci, dont, à coup sûr, il n'avait pas puisé l'inspiration chez les Jésuites : « C'est, Monsieur, une chose sy ordinaire en France, <( qu'on néglige celles du devoir de sa profession pour dis- « courir et se. mesler mal à propos du faict d'autruy, que « vous ne devez pas vous estonner que je me sois laissez « aller à vous tesmoigner quelque desplaisir du peu de « seing que je veois aux prélatz de faire ce qu'ils doiv^it, « Je n'ay, par respect pour vous^ ozé passer jusques à « leur chef ^ qui nous avoit d'abord promis des choses que « j'avois peine à me promettre d'une âme que je voyois « sy fort esmeuêe de son eslévation^ Je suis mary extrê- « memént de ne m'estre pas trompé, et de veoir l'Églize (( pour longtemps sans les remèdes dont eHe auroit be-
1 Voir plus haut p. 59 et 69.
^ « Je n'ay PAS creu, moDsieur, debvoir profiter seul da libvre que TOtiis « m'avei eofoyei. Je Tay len devant des gens àiQcles desqueb il a esl^ « admirei..... » (Lettre inétL de Fabert| du 8 octobre i65d.)
s Aleiandre VII, élu le 13 février 1655.
CfiAP. n^ SECT. Jïf AIT. î, $ n. 65
a soing. Je vous demande pardon de vous parler avec tt cette liberté. » [25 décembre 165$.]
Fabert obtint son pardon, ou bien il perdit un peu de son respect pour d' Andilly , car le 6 octobre suivant [1659] il lui écrit encore : « Je ressus avant-hier la censure de tt Rome ' que Y Apologie des casuistes avoit sy bien méri- « tée. Je prie Dieu que cella soit le comencement de la « corection que ceux qu'il a esleve% aux dignitez suprême tt de rÉglise doivent faire en tant de choses qui se font « contre l'honneur de la religion. Je ne âçay comment tt Rome a pu s'esbranlér pour faire ce pas. Sy ce pesant « fardeau, sy mal aisé & e^mouvoir, fait comme les choses « lourdes après avoir avec biende la-force sorty du lieu « d*un sy long séjour, ou endormissement^ avant que s'a- 0 rester, il fracassera bien des obstacles qu'on oposera à ft son cours. Je ne doubte pas que tant de censures faittes « par les esvesques les plus estimez de la France ^ n'ait 0 fait ouvrir les yeux à celuy qui est le chef de tous. »
Et le 26 du même mois : <( Quand à ce qui est de
tt la censure faitte à Rome, je ne doubte nullement que ce « ne soit une chose attirée par celles de tant d'eves- 0 ques. Mais je prie Dieu de tout mon cœur que cette « suitte soit le commencement d'une réformation de « beaucoup d'abus que les pasions des esclésiastiques « ont mis dedans l'Églize. » — Enfin, dix mois plus tard [26 jujllet 1661] : « je veoid bien qu'il faudroit estre un « sainct pour vivre comme, il faudroit dans cette cor-
«ruption; qu'avec raison l'on craint qu'elle ne ruine
1 Décret de VinqmUiiion de Borné- contre TApologie pour les casuistes [ 2t aoat 4659 ]. — Dapin, Hi$U eccU». du dix-9eptiéme êiécle, t. ii, p. 507.
> La pinpart de cet censàret se U^Ufeni indiquées par Dupin, Hht, tetUê. du dix-eeptUme $UcU, X, ii, p, 490-505.
« r Église et la religion dont tisiblettient le fitodetnetil^ (( humilité et c&aritéi est attaqué et destralt patmy eux (( [les Jésuites]. Mais^ Monsieur, quel remède à cella? (( Qu*i fait Rome? Les evesques quel esgard y ont-Us f (( Qui» en- terre, avec authorité s'opose à cette pourituref u Chascun cherche à profiter des^ biens dont regorge l'É- ({ glize, et en imitant Rome, Ton veut eslever ses nepa veux.^ Dieu lui mësme le soufre, ce qui est plus es- « trangCi et qui souvent n^e mest dans un estonnement (( duquel j'ay peine à revenir. »
Des évëques au jpape, du pape à Dieu, la gradation semble naturelle. Elle n'était dépendant ni juste ni complète. Entre le pape «t Dieu^ un élève de Port-Royal n'aurait pas dû l'oublier^ se trouve l'Église. Aussi F»bert se le rappelle, et bientôt il amnistie' Dieu pour ne plus s' en prendre qu'à ceux qui professent la religion ^. d Quand nous conciderons le Levant et l'Afrique perdu, « l'Allemagne en partie hérétique, la Suède, le Danea mark et l'Angleterre entièrement, que nous voyons le a Turc nous taster sy longtemps sans oposition et depuis « peu avoir adjouxté la guerre de Transilvanie^ à celle « des Vénitiens; que l'on le laisse faire; qu'en France,
f « Quand à ce qui est des charges et dignitei, je les crois establies pour ft servir le publlcque, et que ceux qui les ont doivent se conddérer comme a valetz de ceui quMIscroyent devoir leur ôbèir en«tout Cette pences. •• .« est tousjours dedans ma teste, et je ne puis comprendre pourquoj elle n^est c pas aussy tousjours dans celles de tous les autres. Sy Dieu Vy avoit mises, a les nepveux des papes y perdroyent : mais iout le monde 9*en troureroyt « bien mieux. ( Lettre inéd, de Fabert du 20 aoftt iMl.)
2 Même Lettre du 26 juillet 166 !•
S On sait que George II Racoczi, obligé de se démettre de la principauté de Transilvanie le 12 octobre 165S^ par suite de l^opposition que faisait à son autorité Mahomet IV, dirigé par son célèbre, visir Meheme.t Kuprogli, voulut ressaisir le pouvoir, se mit sous la protection de TEmpeneur d'AUemagne I^opold i«% et fit renaître les hostilités entre.la Porte %t TEmplrei
ff au liéii de i6fiftê)r à Himmfîf éeux qui ^nt esloihgnâ^ ff âè reliée, Foii ikit des edbrts merveilleux pour défi Bunir 6e qui èdt uny et Joint, je vous comresèe que Je « ne puis m*empescher de croire sur lu religion des «( eboses ^tjii me font une bien grande, peine. Dieu veuille n que ce que f àpréhende d'arrivé pa^ Je ne veoid rien « que tMeû qui le puisse etnpeseher. d
Fabert oublie que Port-Royal a la prétention d'aWer en cela la Providence * ou s]il s*erf souvient, c*est pour se déclarer peu satisrait.de la manière dont 1) 1& réalise : « Je ne doubte pas, poursuit^il, qu'il n'y ait des gens ttm- « ply de telle pârm'y le grand nonf^re d'évesques tjui « sont en France, et celuy duquel tous m'avez envoyé la « copie de la lettre ' est un homme d'une réputation sy « grande que les ciècles passé n'ont rien veu de tâieux « kitentionné. Mais ne fautril pas crier avec une voix forte <i quand la Simple parolle demeure inutile? L'on veoid H bien qu'il n'est pas d'un mauvais sentimens ; mais Ton « ne veoid pas assei pour faire revenir les autres dedans « le sien. Il confirme seulement ceux qui en sont déjà : « et en ce rencontre, sa modestie nuit. Néantmoins C'est « un homme duquel l'on doibt croire que tout ce qu'il « luy plaît de faire est bien. »
K Fdiïert jette ce denii-blftme sur les amis de son correspondant ^ ce n'est pas pour épargner leurs ennemis : t Je croy que c'est avec raison, dit-il à Robert dans la « même lettre^ que vous vous persuadez que les Jésuistes « pousseront aussy loing qu'ils pouront ce qu'ils ont sy
1 n s^agit tr^ probablement de la lettre adressée au roi par N. Pavillon, érèque d^Alet, au sujet dû formo luire. Celte démarche était la première par laquelle Tévèque d*Âlet s» «léatarak en- Hireur du Janaénlniie. t\ TaVait IRMK MerètCi «t M imxt 1i*av4U pa être expédiée qu>n copie, f Vie de Panliam, par La GlMinaitiie, t. ■, p. î^ et S8.)
68 ROBERT ARNAULD D'ANDULT.
« fort advancez. Leur manière de ce gouverner qui ne « donne pas rhautorité aux plus sages, les empk>rte dans (( une vie tumultueuze et violente bien contraire à celle (( de celuy duquel ils ont le non. Je n'ay jamais pu pen- « cer sur quoy ils croyent pouvoir se maintenir dans ces « emportemens qu*on ne soufriroit pas aiix gens du <c monde les plus descriez ; sy ce n'est, qu'ayant résolu « de 'permettre toutes choses aux hommes, ils croyent « les avoir obligé à ne les contredire jamais. » . . y explication de sorties aussi chagrines nous semble
résulter du dernier paragraphe, de cette philippique :
4( La solitude dans laquelle je suis [à éa maison de cam-
c( pagne de Baricôurt, où il se retire assez. fréquemment
« depuis le 13 février 1661; époque de la lûort de sa
(( femme '] me fait cognorstre la misère dans laquelle
«.sont ceux qui vivent dans^ les affaires, et me comfirme
« fort que la vie la plus briefve est la meilleure. Sur
« cella jugez ce que je croy de la mienne à soixante et
« deux ans ! » Evidemment toute cette lettre est écrite
dans un accès de misanthropie d'après lequel il serait
injuste de juger absolument le pieux Fabert 2, mais qui
révèle d'une manière fort curieuse les angoisses où se
plongeait parfois son esprit sous T effet combiné des doctri-
nés de Genève et de Port-Royal. Aussi l'on, ne s'étonnera
pas qu'après cinq jours écoulés [26-31 juillet] l'accès
dure encore. Fabert est toujours dans sa solitude de
Baricôurt, et il écrit : « Je sçay bien que de tous les
« hommes.lesthéologienssont les plus violens dans leure
« passions, soit qu'ils croyent que prétextant leur em-
* Le P. Barre, Vie de Fabert^ l. ii, p.'315. . .
1 Voir dans le P. Barre, Jlist, de Fabert; le chapitre iutUulé : De» vertm chrétiennes pratiquées par M. de Fabert^ t. ii, {^.337.