‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 11 sur 88 · CHAP. II, SECT. II, ART. I, S · texte numérisé non relu

CHAP. II, SECT. II, ART. I, S

« portements'd'un saint zèlle, ils puissent en* tirer autant (( d'honneur que les autres craignent de honte ne se nio- « dérant pas, ou que des gens qui penssent continuelle- « ment ettravaiHent à prescher pour persuader ce qu'ils tt se sont persuadez, ne soyent pas capables de suporter a qu'ils ne soyent pas suivis avec aplaudissement ; ou soit a qu'avec la science, l'orgueil se glise dans l'esprit de a beaucoup de gens ; tant y aquéj'ay remarqué aux gens a d'Ësglise savans et aux mijdistres parmy les Hugueanotz, beaucoup plus dç penchant au sang et à la a cruauté que parmy les gens de guerre qui sont nouris « dans le cai*nage, et dan& Topinion* que' non ^seulement « ils sont obligé par debvoir à tuer, qu'il y a cle l'hoii- « neur pour eux à le £airé> et souyent nécessité pour tt conserver leur vie. Je vous advoue que concidérant « cella j'ay estez estonné... Mais il y a encor tant d'aua très choses à s'estonner dans la religion ', qu'à njoii c; advis il faut plustost admirer que Dieu les soufre, tt que d'en parler. Lorsque la charité qui en est bannie « y sera revenue, tout ira bien ; car avec elle reviendra tt l'humilité qui en a este? chassée par ceux qui devoyent « l'y retenir. Un soldat a tord de parler de cette sorte ; « mais la profession deshomnies ne leur oste pas les sentiû niens que la nature leur donne pour la gloire de Dieu. » Le lien logique qui unit entre elles toutes ces citations nous a entraîné aux dernières limites de la correspondance de Fabert, sans nous permettre d'indiquer bien des épisode^ cwieux-qui s'y rattachent et qui eh font riudispeiisable commentAire. Pour exposer les doc*trines nous avons délaissé les faits, n'évitant la con-

^ Par la religion Fabért eutend évidemment ici cenx qui la pratiquent.

70 HUBERT ARNAljtD D'ANQILLT.

fusion qu'aux dépens de la chronplogi^t Revenons i^ h chronologie et aux faits.

S m. Fabert plaideur.

Une année environ après que se fut renouëe la corres* pondance de d'Andilly et de Fabert [18 novembre 165$ — p 8 décembre 1666], un grâve incident faillit en coropromei.tre Veificacité. -^ Fabert était originaire de Mets ' , où il avait encore une partie de sa famille. Le père d'Isaao de Feuquiëres, Manaasès, y avait été lieutenant du roi ^ , et y avait également fixé une partie de sa famille ^. Le fils )i*Isaac, Antoiife comte de Pas ^, durant un séjour à Metz, avait été choisi comme légataire par une dame de Saint-Léger qui, pour hii, avait déshérité ses propres neveux, dont l'un était beau-frère de Fabert. Les parents de celài-.ci prétendirent que la dame était folle. La dame, de son vivant, avait prétendu que ses neveux « luy tfvoient enlevé tous ses meubles et effets « plus précieux, après avoir corrompu ses domestiques apour leur donner entrée nuitammeiit dans sa mai- « son. ^ » Feuquières plaidait pour son fils ; Fabert sou-

\ he P, Barre, FtV de Fabert, U i, p. 8.

2 àiém. de Cabbé Àmauld^ part, i, p. 33. Lettre inéd. des Feuqniéres, L ifinlrod. p. ivi.

' Le» branches de Pré etd*Orlbe; ArnauM, oonseUler au parlemeat de Mctx. Afém. de Vabbé Amauld, part i, p. 35, 58, etc. ; Lettrée inéd. des Feuquières, 1. 1, p. 278, t ui, p. 54 et paKUro. — Cf. Y Appendice^ note B.

i Le Ulre de comle de Pat apparUnt succesiifement & trois rrèrei do narquis Isaac, qai ravait porté lui-même aunt ia D)orl dç son père. Ces frères sont C^rus mort jeune, Cliarles, mort en 4653, et Henri, ù qui demeura ce titre. — Antoine, fils dlsaac, est prèM|ue toujours surnommé le marqua» de Pœ; mais notre correspondante et une table géoéalofique du cabinet des titres (bibl, du rpt, dossier Fenquières^ prouvent qu'il porta aussi le titre de comte de Pas.

> L0$irê ùM. d*|s«ae 4t Fmi^iàni du S déeeml^ leM.

CHAf». % fiECT« P, AUT. If g IIL 7i

tepdil ses piu*eqts, (.^ restions inUipes que tous deux eoireteuaient avec d'Ap4iUy ne penuettmeut pas qu'il restai étranger. & cett^ affaire. Fabert le premier la lui cQjmnuqiqua, et Feuquières le prit pour arbitre. La négocîï^tion était périltepse, et, disons-le de suite^ Robert y déploya une rare habileté. Interceptant les paroles injurieuses, transmettant les phraseji bienveillantes, calmant les impatiences r excusant les lenteurs et eom-r pensant les intérêts, jamais sa diplomatie ne . Vavaii mieox servi-

Onen jugera par ce qu'était. au début la correspoi^- 4ance des parties. En voici quelques échantillons ei|ipruntés à deux billets que, par uiv singulier hasard, Fabert et Feuquiëres écrivaient en même temps, le h fé- \Tier 1657 : a Je vous jure, Monsieur, sur mon salut, f( disait Fabert, que je n'ay agy pour les intérests de « M. de Feuquières es choses dont je me suis mesles, que « de la mesme sorte que j'aurois faict s'il n'y eust ea rien a à desmesler entre mes proches et luy ; j'entend pour tt Taction ; car pour le cœur, il n'en est*pas de mesme, « et j'ay quelquefois estes resvant sur la manière d'agir «de^ luy à moy toute telle qu'il auroit pu l'avoir s*il « n eust pas fait tout ce qu'il, faloit faire pour me périt suader qu'il vouloit injustement avoir le bien de mon t beau-frère... » — u Monsieur mon très cher cousin, « écrivait Feuquières, je vous envoyé un billet séparé, et 0 une lettre pour monstrer, aflin que vous choisissiez. Je «.me suis réduit le* plus que j'ai peu dans les termes obli- H geaqs quç vous m'avez ordonné, et si vous trouvez que « je n'y aye pas eT)cores esté assez exact selon [vous?], je tt ne laisse pas d'estrë bien satisfait de 1^ victoire que j'ai '• obtenue sur moy mesme, en dissimulant les picottafies

72 BOBERT ABllAbU) D'AMDULY.

c( que M. de Fabert me fait dans sa lettre, et tant d*au- « très pièces malicieuses. J'obéirai à tous vos commence démens, et de plus je me suis fortement résolu à le c( regagner s'il se peut. Hais il a deux parties fort cdn- « traires à mon dessein ; l'une que quand il a avant^e, c( il insulte aux malheureux ; et l'autre, qu'il hait tous u ceux qui en ont sur lui. Vous le. conoistrez à l'user ; « pour'moy il me suffit que vôu» ne me blasmiez pas, « et que vous m'aimiez. » Il est inutile d'ajouter <[ue d'Andilly usa de la ' permission que lui donnait Feuquiëres de ne pas transmettre à Fabert ces tendi'esses. Aussi lé *•' janvier suivant; [J1068] son cousin lui écrit : « Dieu soit loué ! 11 y à longtemps que je liiy re- (( demandois H. de Fabert, et j'çdme encore mieux le «recevoir de vostre main que* d'aucun aulxe; comme « j'aime mieux que vous' me donniez à luy que de m'y a donner tout seul; et cela pour faire connoistre que « je ne veux rien faire ici à demy. Car je voy bien que « vous n'estes pas homme *à qui luy ny moy nous vou- « lussions jouer.... » Pour obtenir ce bUlet, d'Andilly avait sans doute^ promis pluà que Fabert n'avait tenu ; car c'est six mois après seulement, le 15 juin 1668, que celui-ci écrit à son tour : «Je vous .renvoyé, Monsieur, « la lettre que H. le marquis de Feuquièfes vous a « escritte, de laquelle je me tiens sy obligé, que quand il « n'y auroit que cette seuUe concidération, je sefois.son «serviteur. Mais, Monsieur, sa condition, ses calitez, « l'honneur qu'il m'a tousjours fait de dire qu'il estoit « mon amy, la paroUe que je vous ay donnée d'estre son « serviteur, sont choses , ce me*, semble , ^ per^adér « que je ne saurois m'empescher de l'estre par la propre « concidération de ma réputation ; j'y serois outre cella

CHAP. n, 8EGT. n, ART. I, S Q<. 75

A forcé par mon inclination. Toutes ces choses. Montt sieur, sont sufisantes pour me lier estroittement dans « ses intérests et vous pouvez l'asseurer que je tiendrez « fermement la paroUe que vous luy en donnerez. Vous « estes rhomme du monde duquel je me cacberois le « plus sy je voulois tromper quelqu'un. J'ay creu que ce « n'estoit point assé de vous dire cecy, j'ay voulu y ada jouxter un billet pour H. de Feuquiëres. Après les obli- « gations.quaje vous ay, vous en uzez envers moy avec « trop de cbrconspection. II faut que vous ordonniez avec 0 autborité tout ce qu'il vous pUira que je face. Pleut à a Dieu, Monsieur, de ne faire plus rien le reste de ma vie a que de vous obéb:. La fortunne que cella in'établiroit « au ciel, vaudroit bien mieux que celle que j'ay faitte « avec le mousquet qui m' a baillé mon bien. ».

Ces offres de service arrivaient à point pour l'heureux d'Andilly. Treize jours après les avoir . faites, Fabert était enfin maréchal de France. [28 juin 1658] Il en reçut le bâton le 3 août suivant ' ; et avant le 1" septembre d'Andilly lui avait demandé son amitié pour le second de ses fils» Simon, plus tard marquis de Pomponne. Fabert lui répond obligeamment qu'en cela son propre dessein avait été de le prévenir : « Mais , a ajoute-t-il [1" septembre 1658], Dieu en a disposé au- « tournent, et je.veoid bien qu'il veut qu'après tant d'auft très obligations , je vous aye encor celle-là, d'adjoux- « ter pour moy l'amitié d'un fils incomparable, à celle a d'un pëi^esans pareil. Uzez-en, Monsieur, tout comme il « vous plaira. Donnez-moy à M. vosti-e fils ; j'y suis desjà « puisque vous n'êtes qu'un. Desclarez seulement vostre .

1 Le p. Barre, Viedc^abert^ Un, p. 166.

74 ItOHERT ARNAUID D'Àlinm^Y.

(( volonté )à>-dessus et f^seuré-le, a'U \om pl^t, ^^ la « wi6nQe ^p toutes choses despend sy absolument de la H vostre, qu'il p'e^t plus en mon pouvoir do m'empesd cher do la suivre, » D'Andilly, comme nous le verrons plus tard ^ se le tint pour dit; aprèaa'Être servi de l'un -de ses Als pour s'acquérir un puissent prosélyte, il essaya d'employer la bonne volonté de ç§ prosélyte à la fortuncf de Vautre, et en fit pour celui-ci un intercesseur auprès dQ Mazarin. — Puis voyant Ma^arin rebelle

à ses désirs, 4o Tintercesseur il essaya de faire un ministre. C'eût 0té assurer du même coiip la fortune de sa faroille et celle de Port-Royal

I ly, Fabert pandidat au qiinhtère*

Ce projet d'ailleurs n'était pas une chimère, L'opinion publique secondait les efforts de Robert. A la mort de Mazarin [9 mars 1661], la cour désignait .Fabert comme premier ministre ^. Louis XIV voulut le ÎFaire surintendant après la disgrâce de Fouquet [5 septembre 1661] \ D'Andilly avait beau jeu;. mais il ne l'avait pas seul. Sans' qu'il le sût, les Jésuites, nous le verrons bientôt, étaient dé sa partie, sauf ^ en partager le gain. Tous voulaient de Fabert pour juipistre. Lui seul refusait de l'être ♦. Ce n'était point l'éclat que ce véritable soldat recherchait, c'était la gloire. Il n'en voulait pas d'autre que celle du champ de bataille. L'épée seule, dans sa main et à ses yeux, dépassait le

^ Cbap. IV, secL ii, art i, g 3.

2 Le P. Barre, Vie de Fabert, t. ii, p. 199.

8 IbitL, U n, p. 909.

4 Jbid,, t. II, p. 206, 844.

GHÀF. il, 0PQT. P, AUT. 1, g IV. 7S

bâton de marécbal. L^ bftton oonqui^t nm umbition élait

satisfaite ; son épée, jamais.

Il repoussa doQC de bien loin le9 ouvertures de d'AndiUyt qui d'aiUeuni n*avait point perdu de temps pour lui en faire ; car la lettre où il les repousse une première fois est datée du 15 septembre iô58. Alors depuis qua* raote jours seulement le bftton était entre les mains de Fabert; la direction des affaires était encore pqur près de trois années entre celléade Maiarin, et très probablem*ent d'AndîUy prenait d'autant l'initiative sur la cour et sur Louis XIV, — Fabert lui répond ; u Je vous direz, Mon-

a sieur, que je ne puis espérer rien d'e«gal> ce que « vous dites attendre de' moy, -Il faut dans le monde tt adjuster tant de choses ensemble pour en faire quel- « qu'une qui ne soit pas despendante du grand courant a qui entraîne les actions des bommes, et j'ay en-moy si « peu de ce qui est absolument nécessaire pour cella, « que je ne songe pas ik faire 'que ce que pourroit faire le « moindre de tous les hommes. Quand j'aurois dans « quelques ailfaires l'hautorlté sans laquelle Ton est tous- (1 jours forcé de céder h la manière corrompue d'agir, «laquelle est en pratique, je n'ay pasassé d'esprit « pour me bien desmelle/ des diQcultez que Ton m'y « feroit naistre. Gella est une chose esprouvée par moy tt depuis plusieurs années en tant de rencontres difféa rends, qu'il ne me reste aucun lieu d*en doubter; et « mille fois j'ay admiré de veqir les opositions que j'ay « rencontrées en agissant ( et après l'action, le blasme tt publique-que j'ay receu pour des choses bien faittes et u uUUes à ceux qui me blasmoyent, autant qu'indiférente « à moy et k tn^P intére^ts, H voua aaseure, Monsieur, ï' que la peine que j'ay eue de me justifier de ce que j'ay

76 ROBERT ARNAULD D'AlfDILLY.

« faict de bon en ceste frontière, m'a sy fortdesgousté d'enu treprendre plus rien, que je crains les affaires plus que « je ne saurois vous dire. Je cognois bien que cella pro- (( vient de ce qu'en agissant pour le bien de* quelque « uns, l'on s'atire les autres [pour ennemis?], et que (( c'est aller contre un furieux torend, que d'aller con> « tre ce que font tousle^ autres : et je ne me sent pas « assé fort pour n'estre pas renverssé par de -sy rudes « choques que ceux qu'il me faudroit soufrir. Vous « savez mieux que moy que la cour ne veoid pas de ses « yeux, et que c'est par ses oteilles qu'elle cognoist les a gens. Ainssy quand cbascun parle d'acord contre un « homme, il faut qu'il ^combe, m^sme en réussissant « quand. aux affaires qu' il .auroit entrepris. Et j'ay desjà « couru tant de fois ce péril, que vous en seriez estonné « sy vous le saviez avec les circonstances qui l'ont ac- « compagnez. Mais, Monsieur, il n'est pas icy question « de ma volonté, quand elle seroit d'entreprendre quel- « que chose,. y^ n'y suis pas destiné; je iie veoid pas « qiion ait de pencée^ que de se servir de moy en de « petites choses ausqueUes* cette frontière a besoing d'un « homme d'esprit commun, et d'un peu d'expérience es « choses de ce pays. Voillà, Monsieur, l'estendùe dans (( laquelle je puis mouvoir. »

Robert ne se tient pas pour battu. Il redouble d'efforts dans une visite qu'après quatre années de promesses et de délais Fabert rend enfin à Port-Royal ^ Celui-ci demeure inébranlable, et, pressé, harcelé par Tardent entremetteur de sa fortune, il lui adresse cet argument tout personnel [20 avril 1659] : « Certainement,

« Monsieur, il s'en manque J)ien que j'aye de moy l'opi-

1 Lciirt inéd, du 9 aTril 1659.

CHAP. n, 8KCT. n, AET. I, S IV. 77

a nion que vous en avez. Je me cognois d'humeur à ne tf pouvoir a^ avec le monde qui hait la liberté de dire « ce que Ton penée, et veut en toutes choses estre (f trompez. Un homme sans liaison d'intérest, sans ca- « balle, sans intrigues doit fuir tout employ, sy ton vounloit luy en donner; et à plus forte raison, doit ^. il « sempeschér den rechercher. Vostre modération est im « sy bel exemple,' que. j'àurois honte de vous paroistre « présomptueux, quand'j'aurois le cœur portez à cella. a L'on vous a veu réussir partout dans les employs que « le feu roy vous a donnez, et attirer sur vous l'estime tt et l'amitié de tout le itronde. Les finances vous ont « donnez plus de gloire- et d'esclat ' que de richesses à « ceux qui vous ont succédez : et sq^rës tant de choses « faittes pour vostre patrie, après une réputation sy (( establie, vous voulez achever vostre vie dans un désert ! « Vous voulez que Dieu veoye qu'il y a des hommes c( tout à luy, et que par ceux-^là,' il s'empeschent de (i hayr ceux qu'il a fait et qui le traittent avec ingraa titude. Vous faites veoir que vous craignez le monde ; K vous laissez les affaires couler 'es mains de ceux qui « en mandient les employs ; vous qui pôuriez parmy eux (t arrester le cours de ce qui a gauchy, avez l'humilité de c( ne croire pas cella. Et vous jugez d'un homme comme « moy, noury dedans l'imfanterie [cette expression, pour tt le dire en passant, est chez Fabert celle dé l'humilité « portée. à son -copablej^ qu'il pouroit plus que vous! « Vous, ne pouvez ^voir cette pencée qu'en vous faisant

1 a M. de Schomberg aToit les mains nettes, et d*Andi]]y aussi, m Tallem., Hi$forieiîe», t. iT, p. 913.

> « Un hofilliiie noury dans rîmfanterie ne peut se persuader estre capa- • ble d'autre chose que d^admiratlon pour ies choses qui partent de monc sieur fostrè frère [ le docteur Âmalild}.i {Lettrt inéiL du 15 aTril 1657}.

78 iOftIRT àM&DLD D'AMDUMk

« beatt^u^ de tordw » «^ Beaucoup ^US| mus «uirtmeni que ne le ci^^fait Fabeit ; cAr ddui-^ n'était pas dans le secret des convoitises déçues de son ami. Il ignorait que Fambition de d*Andillf était plus sincère dans ses conseils qu'elle ne 'l'avait été dans sa retraite, et qu'invoquer l'exemple du solitaire' c'était moins le mettre en contradiction ave^ lui-même qu'avec sa conduite apparente» Mais d'Andilly le savait i et toiit ce que Fabert lui adressait eu éloge)i^ âa^crnscience le lui traduis sait en satire. U s' eu prenait à la modestie djfû ihisait sa condamnation secrète t « Ne cn^y^s pas, Mdnsieui*, lui rétr pondait Fabert [li mai 1659 ]« que ce soU modestie « qui m*êi'Ùk Vous parrer et vous escf ire comme j'ay a fait* Eh vérité sa estez la eognotssance que f ay de « moy et des diflculteii queje ne sàurois vaincre, man- « que de forcé et de vertu» »

Ce n'était certes nt la vertu ni moins encore la force qui manquaient à Paberu Seulement ^ comme nous l'avons dit, il entendait les déployer non pas à la cour, mais dans les campsv Malheureusement pour ses projets, les camps allaieift se dissoudre devant le traité dés Pyrénées. La ^aix allait venger d'Andiriy des refus de Fabert, et l'en faire triompher peut-être. Mais Fabert se flattait d'échapper à la paix ; et pour cela l'opiniâtre et habile maréchal conçut un ptx)jet qui^ en paraissant satisfaire à ses sympathies religieuses, satisfaisait surtout à son ambition. Il ne s'agi$^ait de rien moins que de renouveler les Croisades. Devant un semblable projet, d'Andilly persisterait-il dans ses efforts pour l'amener au pouvoir? Port-Royal voudrait-il donner un successeur à Masarîn plutôt qu'à Gode(Vt>i de Bouillon? et*, de préférence aux Turcs, ^^oursulvre lés Jésuites?

CHAK ti> SËCT. U) AKT. {> S IV. f ft

b'édteiHaliVë «tiUt piquante, et persikim à ôeu^ iiAr n*eii aaui^U pt^Voik* le âënouèment. Maiâ dèë maitttô- Dant fioUd croyons pouvoir faire pressentii^ que ce projet, à tort ou à raisM, était pour Fabert la pierre de touche dd Jànsënisitie. « Avant que mourir, poursuk-il a dans sa'Iëttre du 11 mai à d'Andilly, J*ay fort dans la « teste de faire un Voyage centre le Turc. La paix que «Toilla esfahlie entre France et Espagne tAe doit per- « suadef que ceux de iUon métier sont dès k prëàent « inulils au roy. Jle suli) tout à fsKt résolu, sy sa Majesté «veut envoyer unearniée'à Venizé, de démander d*y tt aller. De là l'on peut tout le long de Ift coste de la « mer et de la Dalmaiîe entrer dans l'empire Ottoman ; « et l'on auroit ded vivres d'Italie n'y ayant que le golfe <» iL passer. En France l'on seroitlibre de ceux qui vien- B droyent avec moy avec joye pour conserver les em- « ploys où ils sont. Et s'ils estolent feasses, ih pouroyent < dans led ptt)vinces^ près dés princes et des grands sei- « gnours^ soufler une révolte qui seroit peut*estre d'au- « tant plus dangereuze à craindre, qu'elle seroit sousd tenue par des gens aguerris s'il y en a au monde. Je « vous demande pardon de vous importuner de mes res- « veries/ Il me semble que je vous doibs un compté de c mes seules poncées. En cecy je croy estre obligé par « les grâces que j*ay receu de Dieu ; je n'ay plus que « peu de temps & vivre : Je voudrois te passer servant « contre ks ennemis de Jèsits-Christ. »

A cela d'Andilly ne répond rien ; et le 18 mai suivant Fal^ert ajoute : « J'escris présentement à Son « Eminence [le cardinal Mazarin], sur quelque chose de « la paix ; et ensuitte je luy fait cognoistre que peut estre « elle trouvera bon de ne laisser pas dans le royaume

80 ROBERT ARNAULD D'ANDIIXT.

« tant de gens qu'il y a dans les années qoi mouroyent u de faim, faute de guerre, qui est leur seul mestier.; et u que sy elle juge à propos d'en envoyer au secours des (( Vénitiens, que je me tiendrez obligez qu'elle m*en face « donner la conduitte par le Roy. Je vous advoue. Monte sieur, que de bon cœur j'yray contre le Tt[rc,*et que « le désir de faire ce voyage m'a tellement gagné Tes- « prit que je ne puis pencerqu'à cellà. Ceux qui vouc( dront continuer la guerre trouveront' là & la fûre pour « Dieu. J'ay tant vescu et sy heureusement, que j'ay à « espérer que ^ je pourôis mourir, travaillant pour sa « gloire. » . • • •

A cela point de réponse encore ni de d'AndiUy ni Ae Mazarin ; et le 8 juin 1669, Fabert poursuit : « Je n'ay « encor eu nulle response de Son Eminence sur la'pro- (( position que je luy ay faitte pour le secours des Véni- « tiens. Je vous <comfesse, Monsieur, que je ne sçay d'où (( peut veQir le désir violent que j'ay pour cella, n*en f( ayant jamais eu le moindre pour quelque employs que (( ce fust, et m'estant tousjours laissez aller aux ordres (( qu'ion me donnoit d'aller plustost à un costez qu'àrl' autre. c( Jusques àcecy de ma vie, je ne m'estois proposé pour « aucune chose. Je ne. sçay sy Ton acceptera^ m'a proposi- (( tiôn ; mais sy l'on ne veut envoyer du secours en Portu- (( gai ^ à quoy je veoid peu d'aparance ; et la paix [devant « se conclure?] entre les roys du Nort-, ayallt estez signée (( entre la France, l' Angletterre et la Hollande, qui mest

1 La pali ne fut signée entre la maison d^Autriche et celle de Bragfance que le iS Tévrier 4668. La France s^étak engagée par le traité des Pyrénées à ne pas secourir le Portugal, engagement qui ne fut pas respecté.

3 Frédéric m, roi cfe Danemarck, et' Charles X, successeur de Christine en Suède.

CHAP. n, 8EGT. n, AKT. h $ lY. 81

u ces deux princes, se semble, dans la nécessité d'en « passer par là ^ je ne veois pas de lieu à ne pas croire fi qu'on ne soit bien ayse de conserver une armée de « gens aguerris, en l'employant contre les ennemis de « la refigipn, et en soilant de France des gens qui y « restant cassez et < sand moyen de vivre, pourroyorit y K faire beaucoup de mal «t point du tout de bieln. »

Enfin d'Andilly témoigne non qu'il s^pprouve Fabert, mais qu'il désire d'être tenuau courant de ses démarches : <i Je Vous ay mandez, lui répond ce dernier [28^juin 1659] , « que la reôponse que j'avois euëe sur nia proposition^., cf estoit c.iville, sans accorder ou refuser aucune chose, a et que depuis j'ay sceu que Son Eminenc& a parlé de tt eella à l'ambassadeur' de Yenize» qui ë» a escrit au « sénat. Pat" mes lettres d'hier l'on ad jouxte qu'il les t< convie de me demander au- roy. Voillà; Monsieur, ce « que jesçay de ce dont vous voulez avoir la bonté. destre « instruict. L'on me fait sentir que* beaucoup de gens « suivans la cour., et d ailleurs, bksmént md^ fantaisie, c( disant rifn riestre plus contre mes intérests. J'ay tant €c ée biens au dessus de ce que moiî père m'en a-laissé ; « j'ay de la fortune sy fort 'au dessus de ma naissance; « et l'on me persécute que je ne veux pas considérer ma tf famille. Ne diriez -vous pas, Monsieur, que châscun a es€ d'accord que c'est perdre son temps de l'employer «pour Dieu?. Je pence combien de fois j'ay hazardé ce visiblement ma vie estant soldat et simple officier, u pour m'eslever un peu au dessus de ce que j'estois u lors, sans pencer à ce que Dieu a fait, pour moy. J'ay Cf tant fait dans une longue vie pour monter au desgrez

^ En effet la ^ix. entre ces' detit monarques suWit de près le traité d^Oliva [23 mai iÔ60]. Elle fut' conclue le 7. juin de la même année. I. 6

ft2 lOBERT AI^AI?LD ^'ANBUXY.

u pasez sur celuy auquel j'-çstois ; pouroiskja matAteuant u m* efforcer d'esloingner un âésUr dans toquel je veoid « quelque recognoi38anoe ^vers. Dieu pour lea biens « qu'il m'a fait, outre la vie et les n^iembrea ^ .qu'il « m'a conservez en tant d'occasioBs où je po^viMs ealre u tuez ou estiropiez avec tant d'auti^ea qui l'ont estez } Et « quand la caUsede Dieu ne seroit pas eeUe ioy, pou^? « rois-je mieux employer ma vie sy.JnutiHe icy que de « l'ofrir à ^ployer dés jgens qu'il faut casser après tant (cde services, ou leiiçc donner de. la besongae bors du « rçyaume. H seroit, à mon advis,. dangereux de les rèstt pandre mescobtents par la France, et sans moyen de tt vivre : et )'aurois peu de zeUe pour l'estat, sy, crû- « gnaut cella, commç^ je le crains,, je ne m'ofrois k foire ^ ce qui despend de moy pour l'éviter. >»

A cela que répondre r Rien assurément, d'autant que jusqu'à cette heure le pppjetdu maréchal nesortaitpasdes limites de là, fantaisie. Aussi Robert n'y répond pas \ et Fabert continue le monologue de son rêve. Mais ce rêve peu i^ peu, de plus en plus, semble revêtir les apiMurenees de

i On sait avec quelle énei^e Fabert avait secondé la Proridenee ponf la conienratioa de les iMmbies, en fépit des dédstopa de la Faculté. {Le P. Barre, Vie de Fabert, 1. 1, p.* 824.) '

> II est vrai que vers cette époque, un peu avant le 37 juillet 1659 [lettre inéd. de Fabert sous cette'date), d'ÂndiUy se plaint d*an retard dana les lettres que son^mi lui adresse, retard qui semblerait d*abord pouvoiir expliquer le silence du solitaire. Mais les plaintes de celui-ci sont surtout relatives à des lettres qui concernent la fortune de son fils Simon, leUres qu*il avait fini par .recevoir, bors une qui ne lui était pas encore parvenue -à It date ci* dessus indiquée. — • D*ailleurs )a correspondance où il s*agit de Texpédition projetée par Fabert contre les Turcs s^était ouverte le i i mai i 659« c*est à dire depuis plua de deux mois. Plusieurs lettres*avaient été échangées de Sedan & Port-Royal, dont six écrites par Fabert et subsistant dans notre dépôt, mentionnent les diverses aflaires dont Tenlretient d^Andilly pendant ces de»x mois, sans que rien y indfque, sinon le fragment du 28 juin cité par nous, la pari que prehd ce dernier aux communications qu^ilre^it-du maréchal.

laiéaKlA: « B» k naûère 91e 1^ Emineace a partoià «luidemesaaiîSfUiMiuoîlUeBpr^^ àDùmLottys « d'Haro k guerra cooKlre laTuro ; Fempereor y entrant ^aY«c^9adB^»cdttTOnMg,i^adklq^'^avahdea^Hifty^ « de fiûrft de ^nmâa pv^grw coBtoe ks mfi^ttea, Sy k c maifloi^ tfAutnciia ae va^l pfu» a'^n mfa}er.i oaal amy • m'a dkl' qu'il cf«îl ^m k Evaaoe .^x'-any^yara pabit «d^aripto, mais sokEoaiit qn^aik dûBâora aux Véni- « tieoa éeft rtgîmaaa jparticulkca qui lacagaapatetet « toutf kurs kraia oficia^a Bout mqy,.)e'erôy que Sob « EraistttDca. b'« pat enoor. diet aa pei)^ k-desaus. 1^ «a'apuacc^rtermapropaahioiitpaFkatdekpatx avac « autaûi de retenue qu'eUe a fiât jtt$q«e»à.maiat«ttaat « Mak sy tUe n^eastpw geusley k elM»^, ceik se pi^u- «voh être k guerve eu.k paix s^ Caisani [A7 ji;^ ttletiea»}.»

Déddémeni k rêve pienaît uti.^oiqps } û étah temps de le combattre avant qu'il sortk tout à kit du pays des chimères. l^'AndiUy tout^ok u^ese l'attaquer en fece. B oppose projet à projet. Il prCk^ède pâur inainuarâofis. Et quel projet ! et quelles ^idHiuatiôns 1 « Je n'ay « oaei, répbnd Fabert [ftaott i65ft], rienfroposer contre « l'Angleterre qui est en alKaDce >yecla France, et le « roy [Cbaerles H, qui ne fût rétabli que k 8 mai 1660] «gOQvemea.par des gens fort suspecta, ^ peu capa- « blés, à ce que l'on m'a dict. De plus je ne veoid pas « grand advantage pour k religion qu'on calme un estât « diviséen une îiifinité d'opinions unies contre ka €ato- «bques. Sy. k roy [Charles II] estoit personne à se « convertir, s' il avoit un party qui se -put apuyer, et a qu'il ftist de manière qu'il ft^ut estre pour changer la « reKgioQ en^ère du royaume, peut^estre pouroit-on à

8/i ! ROBERT ARNACLD D'AIIDIUT.

(( la cour avoir quelque pencée pour son establissement. « Mais en l'estat auquelsont le3 choses, en vérité,Honsieur, «c'est la conqueste d'Angleterre qu'il faudroit pro- « poser, pour ensuitte en faire un présent à celuy qui ne « se peut ayder en rien. Mais quand ces choses ne se- (( royent pas, je n'eusse paspréférez ce desseing' à celuy a de la Turqme. Ue sont des ennemis de Jésus-Christ. » C'était doac'à l'hérésie qu'en voulait d'Andilly. Pour échapper aux Croisses, il proposait une guerre entre Chrétiens/ Ce sang, racheté par le Christ, versé *par le seizième siècle, et dont Port-Royal voulait signer le front des Jésuites,. comme du. sceau de Cû'n, c'était par les mains de Fabert que Pori-Royal l'eût. VM*sé au dixseptième t Ce qu'avait fait la Ligue, d'Andilly voulait le recommencer. Il s^issait de convertir tout un peuple et son roi. N'avions -nous pas raison de le demander ? Qui se fût attendu à ce dénouement ? — Mais continuons : ^ . • «Ce sont des ennemis d& Jésus-Christ. Us nous ont « estez tout l'Orient et. le Mydy. Ils nous viennent chères cher dans l'Occident. Leur laisser faire progrez en (( Dalmatie, est les appellen'dans l'Italie par Testât de (( Venize. Us sont forts. Le hazard leur peut donner pour « chef un homme de vertu , qui , tournant ses armes « contre. -nous, ne trouvera de résis'tancje aucune sy. nous « sommes en guerre comme nous e3tions l'année passée. (( Ceux qui sont esloingnez d'eux ne font aucun effort «pour soutenir ceux qui leur sont voysins. Us sont venus « de loîng. Us nous ont ostez tous lés saints lieux, la « coste d'Afrique, la Grèce et la Hongrie,, qui .sont à (( présent leurs limites contre nous. S'ils les passent, (( jugez où ils seront, et ce qui restera de Chrestiens pour (( leur faire barrière. Enfin , Monsieur, je croy qu'on

CHAP. n, SEGT. n^ ART. I, g iv. S5

« ne sauroit trop mesnager les temps qu'on peut les re- « culer, ou du moins leur faire veoir de sy grandes opo- « sitions à des progrez contre nous, qu'ils jettent ailleurs « leur pencée. Les hérézies ne sont pas à craindre comme « cella. \l y en a eu'-ên tous temps. Elles reviennent enfin « au giron de l'Eglize l »

Ce magnifique plaidoyer, où le vieux soldat se .transfigure en prophète, et voit flamboyer dans TavenirMe cimeterre des Kuprogll et des Mustapha, Sobieski l'eût compris sous les murs de -Vienne assiégée, lui qui de monarque se fsdsait soldat pour le salut de l'Europe, lui qui trouvait assez de gloires dans sa Pologne pour en racheter les hontes de la £hr4tienté, laissaiit la Chrétienté libre d'immoler k Pologne, et son peuple rédempteur^ Il l'eût compris aussi ce transfuge du règne de Louis XIV, ce prince Eugène qui n'avait pas encore forgé les chaînes dont il vienaçait sa patrie ^ lorsque sur le champ de bataille^de Zeuta il contemplait les entraves et les menotes que Gonstàntinople lui avait destinées à liïi-mème. -^ Mais Portjloyal n'avâit-il pas à délivrer Louis XIV assiégé dans Bon confessionnal ? N'av^it-il pas à rompre les chaîne^ dont la bulle In eminenti ^ menaçait la tombe de Jansenius? -^ Aussi Robert insista ; il se fit infliger lès lignes suivantes : [20 août 1069] .... « Je ne vous repondrez rien sur l'An- « gletterre, je crôy rostre pencée fort juste; mais sy Ton y « faisoit la guerre, jôn'y auroisnul part : et je ne crains « pasrhérésiecommal'iûfidélité. Sy les Turcs poussoyent

^ A celle époque, il esUvrai, Eugèbe avait déjà incendié le Daupliiiié ; nais il D*aTaît pas fait faire àXouis XIV les honteuses propositions devant lesquelles telui-ci dut recaler à La Haye, en 1709.

' Coadretle, MéwL, hUt. êur te formuLf L 1, p. 12 ; Dupin, Uist. ccdcs.

in diX'Hptiéme iUcle^ t. ihp^^k»-

m ROBERT IkRNAiJU) D'ARDILLY.

« leurs conquestes en Dalmatie et de là en ItoMe, janaais fj'on ne les en chàsseroit, et ils pouroyent ensuitte, a eonduitz par un brave honune ruyner ce qu'ils ont « laissé de Cfarestî^ftsç ayant jdeatruit ceux qui estoyent % en Orient, et mesfne aux saints Reux. Les hérétiques « ne sont pas tant à craindre ; et je rie doubte paè qu'ils « ne revinssent à TEaglisiev sy Vtra lA conduisit ^ved un « JE^fi pltà de ^oing îfiie f^n m'a eu sfittituêtie^ et moins "a ft attachement aû^pr^ùfit ifue >fûn tire 'â'estre aux ^pre- « miers ïieuT. » • . • • .

Cette dernière j^hrasle pourrait éi)re, ub^ épigrafnuie à deux tranchaûtd'; et mAme, cotataie conclusion des tffùris tentés {^rès de Faberl fonr ilarraM^her à «a CrOisadcLét le raj^yrcH^faer du pouvoii^ elle s'impliquait ^lus directement i Port-Ito'yai qu'à ses ennemis; Quoi qu'il en soit, d' Andilly ne revint plus à la malencontreuse propositioD qui lui avait attiré cette réponse. Mais il déchargea sur fe monde et^sur la vie mmdainele ^ôiécontentement qu'il en ï-essentait et que lui faisait éprouver en même temps un échec essuyé par sùii fils Simô6 près de Mlftarin ^ Fabert reprit tout à icoup les méfiances qu'il avait coliçues au début de lenr liaison: il emt que, définitivement in^le à Port-Royal parle déuble élôigneiAent qu'il témoignait du pouvoir et de TeifusiMi du sartg thi%tirà, on Voulait l'entraîner à être utile du moins par Féclat,d'ttîïe retraite qui Teâtamené dans le saint désert ; etce ppbit, on lésait^ était encore l'un de ceux sur lesquels le^îeux soldat était fermiement décidé à laMâiBtaiice. H écrit à Robert t [tS septembre 1659] « Je ne doubte pas> Monsieur, qu'estant

<( entièrement destaché de la terre comme vous Testes,

(( vous ne souhaittiez que cew^ que vous aymez se rais-

^ Voir plas bas chap, ly, sect, u, att^ 4, { m.

CHAP. II| SBCT. n, AIT. fl, {( lY. B7

c fleat en estai de jouyr du rejpoe étàti^ lequel vous estes.

< lia» sy Dieu n'eust fait les hommes de diflérentes in-

< diaaiifmSy s'aurmt eBtee un grand maifaeur pour eux, d estant aussy néeessaire qu'il Test que les uns soyent n tililB aux aatres par les eboses différentes auxqn^

ils s'adomeat. De ji^us le repos dans lequel voug croyez t$tre^ aérait pour tout autre que pour vous lin travail aceabkult Youb coflq>tee pouriieu dés veilles conù- Duelles, et <i88 joun ennployez sans relasches pour le imn du praeiMtii. Un autre iqoi n'tt pas bu de Dieu le fldle et :1a capscité* que vous avez, deroit 4^rt empésgM de passer Uan&è aniaées auprès de vous. Je ne parle pas pourmey en vous disaM oella, car bien loing d'aimer la vie du monde, je la hait à un point que je n'osérois dire, /e croy me«iie que dans une retraitte j'ay mille badineries dans re&prjt qui pourroyent m'ooeuper. Mats ma famille mè retient, parceque je ne croy pas qu'elle put ce consoler de la cheutte qu'elleièroit sy je ne laeoutenoît plus, Xoilla la seule chose qui me retient dans la vie que je meine sans y prôodre aucufi goust. U y .arsovxante atos ^ue je auis dans le monde. J'y ay monté de d^fi^z en degrez jusques où me VoHl^. Dieu m'adonne du Jbien, et je ne sçay. comment. Je n'en ay qua^ pgint de naissaiice ; pwnt de p«rens de .cbncidératiom J'ay fait seul ma f(Mi«De. Je n'ay nulle incoiQodité de Uessures ny de maladies t .point d'eûnemis, pmnt de mauvaize affaire ; ny .dedans ma maison rien qui me donne subjet de « desplaiâr ^ C^^mbien d'hommes en Frsince s'estime-

1 Fabert oublie le» chagrjiis cfue lui doiinâit parfoîsja propenûoo f|u'u%uil b iBBTtehale Yabàt kn^asieoir âevaal un tapis verU (Le P. Barre, Vie de Fabtri, t u, p. 198.) . «

88 ROBERT ARNÂULO D'ANDIIXT.

« royent heureux d'estre comme je me trouve 1 Et cornet bien de fois songë-je chasque jour au bonheur que « j*aurois sy je pouvois achever le peu que j'ay encor à « vivre esloingné des affaires que j'ay pour auiruy ^ ou (( pour moy ! . . . Mais cette pation c[ue j - ay pour la retraitte « est combaUie par ce que JQ vous dis de ma famille. Le reti.gret de vous estre inutil m'augmente infiniemeiû le desa goust OÙ je suis des choses que tant d'autres éatiment • . » L'explication cette fois était* non seulement, directe, mais elle prenMt un caractère de personnali^. D'Andilly, las de voir ses intentions interprétées d'une façpn si contraire à* la réalité^ veut lui-même en finir avec les soupçons et les susceptibilités du maréchal : «Je viens « de recevoir, lui dit-il [Z octobre 1659}, la lettre îjue ({ vous m'avez fait l'honneur de m'escrire : et je pense « que vous n'aurez p&s- peine à croire que ce que je vous (( ay dit to.uchant la retraite ne regardoit que mon fds (( [Simon] et moy, et nullement vous, lorsqu'il vous plaira m de vous souvenir de la passion avec laquelle Je me « suis donné C honneur de vous écrire tant de fois corn-' c( bien je spuhaiteroi^ de vous voir dans les grands em- « ploys dont voèlre mérite vous rend si-digne^ J'ayme « trop Testât et le public, et sçay trop l'extrême besoin (( qu'ils opt des personnes qui vous ressemblent, pour (( n' estre pas dan^ ce sentiment. Il faut des hommes (( extraordinaires pour faire -des choses aussi extraordi- « naires qu'est celle de remédier auX maux que la cor- «ruption du siècle, jointe à la vieillesse d'une monar- «chie, ne scaqroit pas ne point avoir contractez. Et où

1 C'était Fabcrt qui tout récemment, à la prière 4e d'Andilly, sVlait entremis pics de Blazorin en ftiTeur de Simon, Tun des lilsdasolitAirc de Port-Ko}al.^Voir plus bas chap,, iv, secU ii, (ff^. «, %Mu)

GHAP. n, 8ECT. n, AIT. I, $ I^- 89

Il trouve-tr-on des personnes qui aient tout ensemble, « connue vous, la capacité, la générosité, le désintéres- « sèment, et Tamour pour leur pays, qui sont néces- «saires pour cela?- Voilà avec vérité, et sans nulle «flatterie, ce qui me fait si fort désirer de vous voir «remplir Tune de oes principales places qui donnent « moyen de tant contribuer, après Dieu, à la félicité des « empires; et vous sçaVez combien de fois j'ay combattu «sur cela vostre excessive modestie, et les raisons « qu'elle vous iaisoit alléguer ppur vous en deifendre. » La réponse de Fabert proave pon^lM'ea ces dernières assertions étaient véridique^. . a Je né sçay, Monsieur, «écrit-il [12 octobre 1659]. un peu honteux d'avoir tt trahi ses secrètes appréhensions ; je ne sçay comment « je me suis voulu expliquer sur le desseing que j'aurois « de sortir de l'embarras du monde. Je ne me souviens « plus des termes de ma lettre ; mais je suis bien marry « de les avoii' faits tels qu-'ils vous ayent donnez opinion « que j'eusse celle que vous eussiez voulu me porter à « ceUa. Je sçay et j'-ay souvent en la pepcée ce que vous « m'avez dict ' et escrit 4à dessus pour me porter à faire « tout le contraire-. Et comme la haute opinio'n que j'ay « des grâce^ que Dieu a mises en vouii Aie .persuade que « sans faillir l'on ne peut s'empes^her de suivre vos « conseilz, j'ay quelquefois de la douleur que le mespris « dans lequel je suisiles affaires .du monde m'empesche « de pQursuivre qu'on me mette en estât d'agir comme « vous voudriez que je pusse faire. Lar faison qui sert c( à ma consolation est que dans les employs il y a sy peu

) C^èlait, on se le rap|)elle, vers le mois d^avril de Tannée même où cflte leltre fDl écrite [1659] que F^fiert sV'lait enfin rendu aux vœux de l^oit-Royal et arait visité le désert* (Voir plus haut, p. 70, n. )

M AÔBKET HANAVtD D'àNMLLV.

tt de liberté xi'agîr, et que pwc y «servir à eà luode^ il « AMidroîl rèmpre tout ce qoi est estably et se mettre « contre eoy tant de gens qu'on ne pouroit y résister, « que cottcidérant cella, il me paroîst que c'csst plustost « par une cognoissance de l'imposibilité qu'il y auroit ii de réussir, que je cuis eslomgnédu désir de cella^ que tt par répugnance au ^ayail.que l'homme de bien et le t( bon citoyen doit *prendn& pour le publique. » «

Dans l'embarras de ses excMes, Fabert ne calculait pas mieux la poitée -de sça expressions qu'il ne l'avait fait dans les promj^itudes de sa suâceptibflité*; -et cette fois d'Andilly put croire qu'il' venait à résipisoence. U lui écrivit [18 novembre 1659] : a Dejs deux choses que vous a me faites l'honneur de m'escrire Je demewe aln

« solument d'accocd de l'une^ et ose prendre la liberté c< de continuer à contester l'autre autant que jam^s ; « parceque, comme il est vray qu'il ne se peut rien ajou- « ter à ma passion pour vostre service, ny à ma joye « d'avoir le bonheur d'estre aimé de vous^ il est*way « aussi. que plus je considère les sentimens qu'il a pieu m k Bien de vous donner et que luy seul vous pouvoit « donner* plus je m'affermis dans la créance que le pute bltc auroit besoin d'une vwtu, d'.une activité, d'une <( fermeté et d'un désintéressement tds que sont les vosc( très pour restablir cetordre qui fait les bons siècles et « la félicité des empires. Ainsi quelque peine que vostre u extrême Aiodestie vous fs^se prendre pour me faire <( changer d'opinion ; pardonnez-moy si je vous dis qu'au n lieu d'en venir à bout,- vous l'avez encore augmentée, « parceque cette créance que vous avez que pour réussir « il faudroit, au milieu de JuîUe difficuUez, aller chercher « toutes choses dans leur source [et que ' le temps ne

a penBBX pM d'en «ser ainsi] ^ est aekm mon sens la « seule CKwduite capàMe de. produire ces merveilleux ef- « fets qui (oat cbauj^ de face à tout un royaume. J'a- « voue qu^ pour cela jl faut rekB{riir uM grande place et 0 la remplir ayec une grande autorité, C'jest aussi ce que « je ^ous souliaite, non pas poui* vostre particulier, qui « y anrok fort pettd'întèrest^^maîs^^Mr le bonheur delà A France^ ipjàA tant de siqet de le dôsîrer ; let vous ae osçtoriez avee justice m'empescher de le souhaitter « too^urs, puisqu'aprèa avrâ: jette Uà yeux de tMs ccoateZf et coimoisâuit absez ce me «emble le mérite des « hommes» je puis dire sans flatterie n'avoir trouvé en (1 nul autre tant de capacité et de désintéressement joints « ens^oiUe, qui sont deux qliaEte£.a9iis lesquelles il est

impossible de faire rien d'utile et de florîeux pom* un tt estât' Que vostre faumilité jie vous t^an^ xjonc point, «s'il vous plaist^ vous trop abaissa* daa^ la-connoissance u de vous-mesme, ûnsi que la vanité fait que les autres « s eslèvent au dessus de oe qu'ils sont^ puisque vous ne « sçauriez mieux pratiquer cette vertu qu'en reconnoisa sant que vous n'avez rien que vous ne teniez d.e la « bonté de Dieu, et qu'il vous oMige de remfdoyer pour « le bien des anties. Il y a si longtemps ^ue je désirois a de vous dire ce que j'avois en cela sur le cœur, que je « me trouve fort deschargé de vous l'avoir dit. »

Probablement Fabèrt trouvait que le solitaire s'était sufiBsamment soulagé la conscience ; car il lui répond assez sèchement ^Ô- novembre 1660] : « Je nerveux plus, « Monsieur, contester contre vous. Je vous ay dict selon « que je te sçay tout ce qui 6st de moy. J'ay peine que « ^-ous soyez trompé dans l'opinion que vous en prenez

« les mois plaoés.kl eatte [ ] 80iA fiMés dans fori^uàl.

92 ROBKET AINAULD D*ANDIUY.

« meilleure que vous ne la devez avoir. Hais ThcHineur « devostre amitié que vous n'accordez qu'à l'estime m* est « cy chère, que pour me la conserver je donnerez les mains « que vous m'estimiez plus que je ne vaux. » '

S V. Fabert reconquis par les Jésuites. «

A la suite de cette réponse polie,'mais brève et péremptoire, et de quatre autfes lettres; à travers lesquelles se traîne encore la correspondance de Fabert.avec d'Andilly, leurs relations cessent tout à coup pendant treize mois [11 janvier 1660-27 février 1661]^ ou du moins les seules traces qui cfn restent ne subsistent que dans un billet de félicitation [9 juin 1660] sur le mariage de Simon, le futur marquis dé Pomponne. Elles se renouent par des compliments de condoléance sur la mort de la maréchale Fabert. — Cette lac^e est-elle le résultat d'une perte, d'une suppression ou d'un ralentissement dans la correspondance des deux amis ? Peut-ôtre toutes ces causes à la fois n'y sont-elles pas étrangères. Nous l'admettons volontiers pour les deux premièreai; et pour la troisième, cela ne nous semble point improbable.

A l'époque où les épanchements de Fabert deviennent plus rares dans notre dépôt, le- maréchal, avait de nouveaux correspondants. Ces correspondants n'étaient rien autres que les Jésuites. Bien plus, au moment où. il refusait de s'associer à Port-Royal comme ministre, il s'était associé des Jésuites comme apôtre. C'était sur eux qu'il s' étaif déchargé du soin de ramener à Sedan, par la persuasion, les hérétiques que d'Andilly voulait ramener par le glaive en Angleterre. —Avait-il trouvé le Jansénisme trop véhément où trop ambitieux? Nous inclinerions pour la première supposition; car, nous l'avons

CBAP. n, ascT. n, akt. i, S v. 93

déjà dit, ses nouveaux associés ne s'entremettaient guère moins que ses anciens conseillers pour l'amener au ministère. Et d'ailleurs le maréchal écrivait en 1659 à Tévëque de Vence, ce même Godeau qui traduisit en vers latins les Stances chregîiennes de d'Andilly ', sans doute pour expier le souVenir d'âme scène bouffonne dont jadis l'hôtel Rambouillet avait été témoin, et qui, de l'auteur au traducteur, -»'était dénouée par des soufflets '; le maréchal écrivait, disqBS^ousflOôOJ : «Ce a'est pas assez « d'avoir raison, il faut la^faire* goûter ; et ne la pas prott. poser d'une manière choquante, qui en éloigne ceux n que vous entreprenez.de convaincre. '»

C'est vers la -fin de l'année. où*il avait écrit ceà lignes que Fabert semble en avoir tracé de moins - fréquentes à l'adresse de d'Andilly; et vers la même époque il appelait à Sedan un Jésuite prédicateur, le P. Adam ^. Le P. Adam, il faut l'avouer, n'apportait pas dans la chaire le bon goût littérairç de Port-Royal, encore moins k mâle éloquence de son confrère le P. Bourdaloue ^; mais il en

1 Voir plus haut; p. 4.

2 Uém* de Vabbi Armauld, part t, p. 14»

3 Le P. Barre, Vie de Fabert, t <i, p. 183.

^ Selon' le P. Barre (L«n, p. 204] je P> Adam fit trois iqissions à Sedan pendant la vie de Fabert It nous semble quMl en fit quatre. Dans ses IctlK du ii aTril {ibid^ t n, p, CBS), 'du sî^ avril {ibid.^ p. 18^, du 19 mai 1660 (i^ii., p. 184), Fabert, entretenant le P. Adam des succès de sa première mission, lui en parle comme d^une cbose récente et rengage à en commences, une seconde* Gda nous ftiit croire que la première mission a dft avoir lien durant TAvent de 1659, ou durant le carême de 1660, au plostard. La seconde eut lieu pendant TAvent de 1660. (Le P. Barre, ibid,, p. 191.) La troisième aurait eu lieu durant le cartae de 1661, d'apiès la leUre'du S7.mars de cett^ année qoe nous citerons un- peu plus loto. Enfin la quatrième parak avoir eu lieu vers VAvent de 1661. (LeUre de M. Le Tellier du 30 novembre 1661 ; dans le P. Barre, t ii, p. 204.)

( On sait que le léfulut des prédications du P; Adam était parfois de rendre «es andUeurs préadamitU! car« disait Tan d'eux (Benserade ou le

ËûaaU defloendredeaparoh» KkiI éfaagéMqweft, d» moins à en juger par les kl|re» 91e Faberi kii adresse [21 avril et Ift mai I6M}^ quelque temps après une preimère mission, pour Vragager à en ouvrir une seconde : «En rè- « venant ici, ^li di^U, vous pouri^es trayaîHer aveo suc- « ces. Votre «anitee c^'agir y!a donné une forte' opîdion tt de votre ardent désir peur le sakit de ceux que vous « croyez en danger. Les Quguraots sont convaincus que a vous n'avez d'autre tntrafion queije leur fidre du bien; « et la connoissance qu'ils ont de votre capacité et de « votre modération est un pf éjugé favorable que voMs ne « travaillerez pas en yaip à leur converslbn. Le3 minis- « très de Sedan parlent 4e vous avec une grande estime (c et amitié. Vous aves la clef de leur cœur ^.» C'était dans une généreuse tolérance que le Jésuite l'avait trouvée.

Mazarin avait cru devoir supprimer les gages des ministres et des professeurs calvinistes de Tacadémie de Sedan ^. Cet argument était un peu moins meurtrier que ne l'eût été l'épée de Fabert à Londres,]un peu moins despotique que ne l'eût été leur exil de Sedan, dont jadis le maréchal se vantait comme d'im succès. Mais c'était trop encore pour la charité d'un Jésuite. D'accord avec Fabert, le p. Adam se rendit à la cour, et y réclama en faveur de la liberté de conscience. Le 18 juillet 1660, le maréchal lui écrivit : « Je vous dois en cette rencontre la « meilleure partie de l'obligation que j'ai au roi et à la « reme. J'ai fait voh* aux religionnaires et aux princî-

prince de Guemené) «près ravoir entendu, on ne me perstiadera jamais que le P. Adam soit te prêter kçmme*du monde, Ménagianot p. 39, édH. de HoUande.— Bakac et Ba^te proclament cependant ce Jésahe grand prédicateur. Bayle, Dict. Hht, terbô Adam (Jean).

* Le P. Barre, Vie de Fabert^ t. u, p. 184 et 190.

2 /MA, p. 187.

a paux de SecUn la rQcçâQooisaa^ace qu'ik vous 4Qii;Y6iil (( pour avoir ai ûtilemenl porté leurs iutérêls auprès d^ aSaimesté; Us ressentent ce l)ieQfailcoEQine ils le doV- Q vent resaratir , et je leur eu ai téspiojgaé ina satiaf^tifw «quand j'ai s^ q[u*i]s w épient- aussi- reconi^issws a que moi.. Ils m'opi dit des. choses làrdessus* qui ip'çnt « touçbé,.et qui me font de fxlus ea phui eoniMiItre fue tt â vous ne faites pas ayec eux ce que vous swha^te^ tt pour leur réunion à FEglise, c'est qi^ Dieu voudri^ p^- » nir pies pécbés en n'accordant p^ à votre zèle le K succès qu'il se propose ^ » Ainsi Fajbert, pour qui, ^ iôâS, l'exii desJElqguenots était un triipmphevet qui après trois ans de correspondance ayec Port-Royal se trouvait entraîné de l'exil au massacre, après la mission d'un Jésuite réclamait en faveur des pirmcq>ea' consacrés par l'édh de Nantes ^ ; et c'était par les mains d'une Société

« Le P. Barre, Vie de Fabertj t y, p. 188. , .

1 n ne finit pas aublier non plos )a manière pleine de tolérance dont Fabert se conduisit, apr^ ses rdatîons avec les Jésuites, dans ralTaice du Présidial de Sedan, lorsqu^il insisla, en dépit du Parlement de Meti, pour eoDsenrâr ce tribunal mlparti de Calviniste^ : car le parlement messin s*opposalt de tantes ses.forces aux intentions tolérantes dePaberL (LeP« Barre» t n, p. 236.) L'e^ril parlementaire, dont .on- connaît leè propensions au Jansénisme, avait pu être influencé à Metz par les faipiUes'Acpauld etFeuqaJères, dont plusieurs membres j aVaient ta\t partie de la magistrature. {Leif. inéd, de$ Feûguidrêt^ U i, p# S76 ; Biblioth. roy,^ cabinet des titres, dossier des. Feuquières ; Mém. d'Am, tfAndilly, part, i, p. 35, où Ton voit qu'un Amauld, conseiller au parlement de Metz, était fréfe d'une roliiçiense de Port-Royal.) Les magistrats de Metr députèrent à Sedan quelquç^-uus des . leurs pour entrafêr la tolérance de Fabert. Celui-ci fut obligé de renvoyer les émissaires messins une première fois, et de les expulser une seconde. Leurs commettants eurenrrecours aiiroi. FabeK dressa un mémoire [iO.mai 1663] où il disait.: « Je ne demande pas qu'on m'en croye sur ma parole. On peut

• sWcra»- au P. Adam, Jésuite, si la religion catholique recevra quelque

• Pr^udice dcTbohneur qu'on leur fera en leur dondant des charges du ' Ilrésidial. Je consens même qu'on s'en rapporte au P. Annat, confesseur du « loi, après qu'il aura sur ce point entendu, le P. Bacio ; et sur ce qu'il rap«

96 KOBEKT AKNAULD d!ANDILLT.

si intolérante dans les Provinciales qu'il relevait la chaire de philosophie où quinze ans pins tard devait' monter le scepticisme relaps de Bayle^ Les Jésuites n'ont donc pas toujours cherché à renverser les cliaires de philosophie, même celles qui pouvaient devenir les plus formidables, même dans le lieu où ils' établissaient pour* euxmêmes .des collèges; car^en maintenant les chaires calvinistes à Sedan le P. Adam savait que sa Société voulait y fonder un collège. ^

Cette Société, &i avide d'inffuence et de Buccès, tout en se ménageant une si terrible cojfKîurrence, ie refusait d'ailleurs à* recueillir le fruit dé sa générosité. Tandis

« portera au roi de bien ou de. mal, Sa Majesté pourra me reUrer ou me « laisser le poUyotr ^e nommer aux charges du Présidial. » ( Le P. Barre« t II, p. SAi*) Kabert TemporU sur Tesprit parlementaire. On rassailUl de calomnies. C*est au P. Adam qu*il confie le dégoût que lui inspirent ces menées odieuses : « Je consens à. passer pour hypocrite et pour un enchan- « teur, comme mes ennemis osent le dire, le veux bien qu*on y ajoute que « je suis d*accordavecBeelzebuth et Salai)^ que je me suis donné à eux, que « j'ai le diable au corps [Cf. chap, iv, ûci, ivj arh ti, $ i, notes] et que je « suis pis qu'un sorcier, pourvu que ma conduite envers ceux de la rcliff gion puisse contribuer à les fahra rentrer dans relise. • (Le P. Barre, t II, p. 343.) — Le Christlanisihë, qui dictait ces paroles, et Celti^ qui les ' applaudissait valaient bien Tesprit parlçmcotaire.

1 Chaufepié, Diet. Hist^ xerhoBayle, 1. 1, p.- 133, Rem. D. . 3 Bayle, vpr^o Adam (leap). — Il faut avouer todtefois que la reconnaissance n'était pas le fq^rde Bayle : a Ceux de la religion, dit-il Ci6iV/.j, se « trouvoient tort à leur aise sous le gouvernement du maréchal Fabert. Les f choses changèrent après sa mort. 11^ furent inquiétés en mille manières «t par le P. Adam, etx>b)igez de pa jrcr des soipmes qui lui donnèrent mo}en K d'établir le collège qu'il méditoll.... » On peut Comparer ce passage avec ceux où Fabert remercie le P. Adam avec taut d'eflniision des services qu'il a rendus aux Cahinistes. La violence de l'esprjt 'de parUT|j(-elle donc assez l^raude pour anéantir la justice d'un phiJo^phe ?^0u bÂenles^^réeautions que prenaient les Jansénistes pour ménager les su^cptihiilt^ de Ba}lc fGoujel, ViedfiMopte,psiTL 11, p. 274r) avaiehl-ellcs p^us d'inauei|ce sur son esprit que le bienfait d'un Jésuite n'en avait sur son cœur? —Dans ce dernier cas, on comprendrait mieux que jamais l'habileté de la conduite de Port-Royal envers les gens de lettres. (Voir plus haut,;^^. 5, n.]

CHAP. 11, SEGT. n, ART. 1, S V. 97

que Port-Royal expédiait à Seflan, sous le couvert de d'Andilly, ses productions et son prosélytisme, les supérieurs du P. Adam se refusaient à la secondé mission de celui-ci. Ils l'avaient caché au fond du Poitou, et il fallut que Fabert fit intervenir la reine-mère pour obtenir les prédications du Jésuite ^

11 est vrai que Je Jésuite intervint à son touf prés de la reine-mère et du roi lorsqu'il s'agit d'appeler le maréchal au ministère.: « Vous devez être assuré, écrivait « à Fabert le P.- Adam, que lé roi et la reine-mère vous « honorent et vous estiment. d'une manière qu'on ne peut tt exprimer. Dans une audience- que leurs Majestés m'ont « fait l'honneur de m' accorder, la reine fit devant le roi « votre éloge en peu de paroles, mais à portantes que (( j'en fus réellement touché ; et le roi confirma tout ce tt que la reine avoit dit. Presque toute la. cour m'a dett man^é l'état de votre santé ; presque tous vous'desti- Q nent à un autre emploi que celui que vous remplissez « à Sedan. Pour vous dire la vérité, on» souhàiteroit vous Q voir à la tète des affaires. 'C'est la voix des grands et 0 du peuple^ ^. » Cette intervention,- quoique moins pressante et plus détournée que celle* de d'Andilly, ne nous parait guère plus excusable. Le P. Adam, selon nous, avait à s'occuper des âmes, nullement des portefeuilles ; et il nous semble beaucoup mieux dans son rôle lorsque, le 13 mai 1601,11 écrit à Fabert: «J'ai assuré leurs Matt lestés que les religionHaire§ de- Sedan sont très dispott ses à rentrer dans^l'Eglise ; que les Ministres eh usent c parfaitement bien 4ans leurs prêches et dans leurs

< U p. Barre, Vie deFabertf t. u, p. t9i. > iKtf., p. 499.'

98 ROBERT ARNArLD D*ANDILLT.

« converscations ; qu'ils sont presque d'accord avec nous; « que dans la dernière guerre ils ne se sont jamais écartés (1 du respect ni de la fidélité qu'ils doivent à sa Bfajesté ; « qu'en continuant à payer leurs gages, on avancera « leur réunion; et que cet. acte de bonté et de justice (( fera connoltre que sa Majesté n*est pas capable d'où- (( blier les sujets qui lui ont été fidèles ^ » Le roi, sur ces assurances, combla de faveurs les Sedanais, et en congédiant le Jésuite missionnaire il lui témoigna le désir de le voir retourner parmi eux ^ Fabert le lui témoignait de son cAté en lui écrivant le 12 juin 1661, « que par « ses [trois premières] missions ayant eu le bonbeur « d'avancer la conversion des Calvinistes, tout autre que « lui ne pouvoit l'achever ; qu'il devoit penser que dans (( cette œuvre on n'a presque rien fait tant qu'il reste « quelque chose à faire '. » Le P. Adam se rendit à cet avis, et rapporta aux Sedanais, avec les faveurs du roi, la parole de Dieu. En moins de deux ans c'était sia quatrième mission K Le temps qu'avait mis Fabert à solliciterai à seconder

le Jésuite, il n'avait pu le donner à d'Ajidilly, avec qui cependant sa correspondance reprenait imè certaine activité dès l'époque où le P.. Adam ouvrait son troisième apostolat. Il est curieux d'y voir comment le maréchal, après ses violentes sorties dontre les Jésiaites, parle de ses nouvelles relations à celui qu'il avait rendu le dépositaire de ses anciens anathèçies f ' « Je ressus avant-hier « au soir, lui écrit-il [27 mars' 1661],-voslre bîUet du 18

* Le P. Baire, Vie de Fabert^ U n, p.îOO.

2 Ibid., p. 203.

^Ibid. . •

^ Ibid., p. 204. — Voir plus haut là nqte 4 delà p. 93^

CHAP. 11^ 8BGT. Uf ART. I, $ V. 99

tt avec les trois escrits ' que vous m'avez envoyez. Je suis « mary de n'avoir pu les lire encor. Je fus hier sy occupé « que je n'us pas un moment de loisir. Je les verrez « comme j'ay accoustumez de veoir ce qui part de « vous ou qui en est ïtprouvé, c'est à dire avec une en- « Hère estime. Mais, Monsieur^ pour ce qui me conseme, u je suis sy bien persuadé de tous vo^ sentimens qiiilest 0 fbrt superflu que Je veoye ses sortes de choses, sinon « pour pouvoir jen parler à ceux qui sont moins instruit a que je ne le suis de vos intentions. Il y a iey le P. Adam a qui y presehe le caresme; et qui sçait F amitié que vous a avez pour moj^ Je veux lire les escrits avec luy. Il est a homme sincère. Il Ta montré en escrivant contre le (1 R. Daillé, ministre, comme il a fUt,^souténant M. Aronauld [le docteur], qu'il avoit attaqué'; dont, dans 0 l'ordre des Jésuiste peut-estre n'a-t 11 pas eu une approa bation générale. Je vous manderécequ*ilm1iuradi€t.n Quelle froideur maintenant pour les productions de Port-Royal l F&bert en est saturé lîl est fort superflu qu'il voie ces sortes de choses, sinon pour en parler. Il les estime; ilcotmoit'tes intentions de ceux qui les écrivent ; Tm.is voilà tout. — Et.quel embarras en parlant du P. Adam! embarras à travers lequel on devine facilen^ent qu'il en parle pour la première fois. S^ il en eût déjà entretenu d'Audilly, eût-il maqq\ié de lui âj^ve que ce tiers cgunais-

1 Pent-étre les* Mémoiru du docteur Arnauld sur -le renouvellement de la querelle du FâiTmilaire, M^olfes- BiamiscriU qui paraissent perdu& CLarrière, Vie iP Arnauld^ t i, p. 20i).—c Arnauld CQiQposa en 16iSi troi» • écrits sur le Formalaice, matsll ne les publia qu'an mois de juin. • [Ibid.^ ord. cbron., p. tsu.) Étaient-ce ces iroiê éçritM doul Fabert avait reçu la copie, dès le 27 mars? " •

2 Bayle,' verbo Adfun (Jean), p« ilA. «^Qf. Bajrle, verto Dailié, et Nicéron, âUm^f U m, p. a6«

sait leur amitié ? — Quelle crainte aussi d'être accusé de trahison I Gomme il met sous la protection du nom d' Arnauld ses relations avec un Jésuite ! Comme il cherche à isoler celui-ci de son corps, pour que d'une défection partielle on ne puisse conclure ^ une défection complète ! — Et quel rôle enfin que celui d'un maréchal de France qui, pour n'être pas accusé de perfidie,, se fait .espion ! car il s'engage à proyoquer. le Jésuite et à livrer sa réponse sans savoir ce qu'elle s^ra. 11 doit même présumer qu'elle sera hostile à Port-Royal. Le P. Adam en effet était l'un des adversaires les plus aràents du Jansénisme ^ ; et Fabert, si bien instruit des livres du Jésuite qui. pouvaient être agréabl^s^ à la famille Arnauld, n'ignorait pas sans doute que ce même Jésuite avait publié des Heures catholiques pour les opposer aux Heures de Port-Royal^y production de cette même famiHe. — . Mais, hâtons-nous de le dire, la promesse qu'avait faite Fahert n'était que l'effet d'une surprise ; il ne la renouvelle plus, et, nous allons le voir, il en a honte. 11- fait tout ce -qu'il peut pour l'éluder. Elle ne trahit que 3on embarras, nullement son caractère-; et la seule impression qui noue en soit restée^ c'est que Fabert, mis en méfiance comme beaucoup d'autres contre la Société, plus judicieux que beaucoup d'autres, voulait étu-

i R Jamais bomme ne fut pla»- propre que le P. Adam a être détaché tt contre le (»arti [janséniste]. H était* hardi et boaillanl.... » (Bayle, DicU Jlistf verbo Adam (Jean), « Le P. Ad^m prÊcha dansl^église de Saint-Paul « contre S. «Augustin quMl appela ^Africain échauffé et le docteur bouHn tant. » (Guy Patin, Letf, ix^vn, p. 86, 1. 1.) « H s^éleva un conflit entre <( les Jansénistes et le P. Adam. » (Bayle, ibid, — Cf. D. Gerberon, Hiêt, du Jansén.^ t^ in,.p. 835, 356 et 378.) * • '

2 ïïeuchot, Btogr. univ. yerho* Adam (Jean), — Cf.* Racine. Hist', de /'./L, p. il3 ; Cerveau, Nécrol.f t. iv, p. 25,8, etc. — Baylê, verbo Adam (Jean), n. F. '— Lcl\ Adam avait aussi publié en i654'i<: Tombeau du ^n^nisme. { Joly, Remarques àur Bayie, p. 57. ) *

CHAP. II, SECT. Il, AHT. I, S V. 101

dîer par lui-même quelques-uns de ses membres ; et que, le P. Adam devenant d'une manière plus spéciale l'objet de son étude, il avait oublié dans sa préoccupation que des ennemis trouveraient des griefs où lui-même ne voulait faire que des observations psychologiques.

C'est en eflet cette dernière disposition seulement que nous semble indiquer un billet postérieur de trois jours [27-SO mars 1661] à celui qui précède : « Je viens « de lire le Mémoire ^ et les deux lettres ^ que vous na'a- « vez envoyées. Je ne suis pas théologien ; mais d'un « mettier sy eisloingné de cette science et de toutes autre, « que vous rie vdu3 estonnerez pas sy je ne vous .dis sur « cella, sinon que ce que j'ay leu me paroist sy clair et « si nest, que je ne sçay comment contre cella l'on peut « trouver de la résistence. Je m'en vay les bailler au « P. Adam pour veoir comment il prendra cella. Je serez « bien ayse de veoir sy la passion poura sur luy, ce qxielle « \H:ut sur tant d'autres ! » Mais' d' Andilly n'oublie pas la promesse imprudente du billet précédent. Lui aussi il est curieux de savoir comment le P. Adam a pris cela. Il le demande deux fois coup sur 'coup à Fabert, qui est obligé de lui répondre [8 mai 1661] : « J'ay receu vos « deux billetz des 2? et 28* du passé. Je masseure que « vous aurez jugez que quejque raison m'empescboitd'y « faire responce^ puisque je n'y en faisois pas. La perce sonne de laquelle vous; me parlez est tellement dans « le sens que je vous ay mandé, qu'à une autre de sa « Compagnie, qu'il ne cognoist' pas trop, je luy ay ouy

^ Sans doute le Mémoire iur tes moyens ttapaiser ies disputes^ publié par le docteur Amauld en février 1661. (àE^vrcs tVArnauld, t. n, ii" xiii.)

^ L^une des deui lettres devait'étrc la leUre d*un théologien à Casscmblée générale du clergé, (Œuvres d'Ârnautd, U x, n* xii.)

102 ROBERT ABNAULD D'ANDILLY.

({ dire de fort belles choses sur celait et l'autre les aprou- « ver, et convenir qu'il faudroit que tout le corps aban- (( donnast sa manière d'agir. »

Décidément Fabert revient, peu à peu vers ses premières sympathies, et voici déjà deux Jésuites amnistiés. Jusqu'à un certain point d'Andilly pouvait s'en accommoder, car lui-même, nous le savons, avait eu ses deux Jésuites d'exception ^ Mais que dut-il penser quand, au lieu des violentes diatribes dont toute la Compagnie était jadis l'objet dans leur correspondance, il reçut cette lettre de Fabert le '22 juin lô6i : « L'on me mande que « la congrégaticm des Jésuistes à Rome y a résolu qu'on a repurgera leurs autheurs dés propositions qui ont fait (( tant de bruit, et qui pouroyent blesser la pureté de la « morale chrestienne; et qu'à l' advenir il ne sufira pas, (( pour soustenir une opinion, d'alléguer qu'elle a esté « enseignée par d^autres, mais qu'on pèzera les raisons (( plus que l'hautorité, la laissant toute entière dans les <( mistère de la foy. Le P. Duneau^, de mes amis, est l'un a de ceux qm doit travs^iller à cella, et la personne dont (ije vous ay escrit depuis quelque ^temps en a fait l' ouïe verture par des lettres. Les Jansinistes ont opéré cella. « Il seroit à souhaiter que les Jésuistes leur en seussent « gré,'6t que cèlla les portast envers eux à plus de mo- « dération. Il y en a de ceux que Je cognois qui sont de u cette opinion. »

Mais d'Andilly t;*ouvait sans doute 'que les Jansénistes avaient trop bien opéré, et il était tout disposé à diminuer pour les Jésuites le fardeau de Ja reconnaissance. Il cherche donc à rallumer dans l'esprit de Fabert des

l Voir plus haut p. 3d. - ' '

^ Voir Dupin, TabU %n\v* des aut, uelét.^ U nit coït S7S.

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