‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 9 sur 88 · CHAP. U, SECT. I, AUT. UI, S · texte numérisé non relu

CHAP. U, SECT. I, AUT. UI, S

tempérer à cette volonté suprême. Avatit Saint-Cyran toutefois, leli mai 16i3, était mort Louis XIII, et c'était au moment où elle allait se trouver veuve et régente qu'Anne d'Autriche avait parlé à d' Andilly de lui confier le dauphin. Cela demandait* bien quelque retard, ne fât-^^e que pour laisser à la reine les instructions écrites du futur solitaire^ à la place des enseignements pratiques dont sa retraita allait priver le nouveau roi. C'est alors, en effet, que les lettres et les mémôires\âe multiplient; et si Ton pouvait douter de l'intention qui les dicte, un petit billet de six lignes en donnerait la clef. *Ce précieux billet (qui n'est pas de lui), d' Andilly l'a soigneusement fixé sur une feuille de dimension plus grande, afin qu'il ne.seperdlt pas, et que son frêle parpier fût- préservé au mi\}eu de tant. d'autres. 11 Ta anqoté sur le revers, à côté sur la feuille, qui l'accompagnew Toutes les passions en agissent ainsi. Une dernière -ambition dictait à l'austère Janséniste ces mille précautions qu'inspire A. de plus mondains un preAiier amour.. — Voici ce hilleiifiiùu premier Juin 1644, du chàtenut J'ay u receu la vostre par le pourvoyeur. Je suis bleu aize « que voua ayéi maiidé à {ici un -chiffre] ' qu'il envoyast

punoTcnt qii*aTant le B juin de cette m^me année les pcnsiom de Robert étaieiit transférées à Simon, ce qui* araît eu lieu d'apr^ des 4elti«s .patentes vérifiées à la chambre des comptes {Mém. <i*Àr>h,'d*AndiUyt^r\* n, p. 1^8), de sorte qu'à cette époque, ctméme d^s les premiers jours cle 1644i moment où ataient commencé les démarches de Robert pellre inécHte dn 5 mars i644]« la retraite dk celui-ci n'élail plus uu secret à la cour, ni di la èhambre des comptes. * *

^ Cette manie des chiffres et cette maaièré d*écrlre à une personne en lof parlant d'elle-même comipe s'il s'agissait d*unr tiers étaient daps^ les habi Iodes de l'époque (voir entre autres pi^oes celle qui lors du procès de Fonquet serrit contre lui de charge principale), et plus particulièrement dans les traditioDS de Port-Royal même dès rorigine. Ainsi le 15 seplem-

12 ROBBftT AENADLD B'ANMIXY«.

« du petit Museac à sa maistresse, et je sçaîs que depuis « douze jours elle a dict qu'un des plus grands regrets fc qu'elle eût, estoit qu'il eût de certaines oppinions; et « que sans cela il n'y eût eu personne ea France entre les « mains duquel elle eût voulu mettre le roy qu'entre les f( siennes. » — €e billet fut écrit trois jours après que la Gazette de France ' eut annoncé que la régente venait de nommer précepteur du roi l'abbé de Beaumont [Hardouin de Péréfijce], auparavant mattre de la chambre du cardinal de Richelieu. Les notes dont d'Andilly accompagne Tofficiéux billet apprennent qu'il lui est adressé, et qu'il est écrit par M. de .Saint-Ange ^. C'est donc bien à Robert et de Robert que le mattre-d'hôtel parle, soit directendent, soit en le désignant pî^r un chiffre. La mattrei^se, c'est la reine. Le petit Museac c'était le secréture de- d'Andilly 9 comme le prouve une lettre de l'un de ses fils, que nous aurons plus tard occasion de citer ^. Envoyer à ia reine du petit Museacs c'est lui écrire des lettres ou des mémoires.

Malheureusement la reine vient de prendre une première iQesure fort inquiétante, mais qui peut n'être pas définitive. La-maison'du prince est loin d'être composée. 11 ne sortira des mains des femmes que le 5 septembre

bre 164i le grapd Irnauld' écrit à Saint-Cyran {OEuv. du docteur Âr-nauld, 1 1, p.; 18. ) : « Pour tout ce que vous me proposez dans* votre seconde lettre, et dans celfe de M. H...., etc. » — M. R., dfsekit les éditeurs, c'est M. Tabbé de Satnt-Cyran lui-même.*» Voir aussi ibid,^ p. 600 ; et tout If volume des Lettres de Janséniusy mais plus particulièrement p. 99. . \ Gazette du 28 mai i«44i p. ^80.

2 Au dos du billet : « Ml de Sainl-Aiige touchant la Reyne. » Sur la l^iUe oà lel>tHet est fixé, et dans laquelle il a. été primitif ement eavdoppè : «•iU«i de. feu M. de Stint-Ange à M« d'Andilly, touchant le dessein qu*avoil It r«yii0 de ÉMllre !• nqr eôtfe lei mains. »

^ Lettre du 3 Wwhre itkh I «Ao^ ■▼» uet.'Uf wt. \^ % |.

saivant. Le gonveroeor et les lotu^geuyenicurs ne sont pas encore désignés, et quant au {Récepteur, il peut changer. Une fois déjàitichelieu lui-même avait nommé 1 ces fonctions une de ses créatures, Lamothe-le-Vayer. < Celui-ci écarté par le maître de chambre du cardinal, le maître de chambre ne pouvait-il l'être par un plus méri* tant? Donner du petit Museac à la reine, était le moyen d'amener cette solution. Aussi les amis de d'Andilly l'engagent à user du petit Mttêeac emwr^ sa mattreue. Si le petit Museac avût réussi, d'Andilly serait41 entré i Port-Royal 7 Le Jansénisme, dont^ le développement en France était dy é, son alliance avec Saint^Cyran ^ et dont les destinées reposaient alors principalement SOT son appui .^, devenu maître des abords du trdne,

t « Le âirdinal de Richelieu afoit dèstipé cette chaire à M. La Motheie-Vayer, [surtout] â eamtè du beau, livre qii'il avait fait sur Véduca' Ham é€ M» U Dauphin» La reyne* ayant pris résolution de ne donner cet em^oy k aucun homme qui fast mariée il fallut par nécessité songo* à un autre, qui fut M. Âubert, abbé de Saînt-Remy...; mais ny lû)^ ny M. GassendL..; ny M. Rigaud... après afoir esté mu à la coupelle du ealniiet, sans qn^eu-owsnies eu ftiMent ad?ertls, n*y résistèrent pas si bien que M. Tabbé de Beauiqont.. qui Aist aussy préférée un autre. •• ^u dergé. » (Naudet^ Mascurat, p. 375.) a Lamothe<le->Vayer ayant manqué en 1644 la première place qui puisse ètr^ confiée à un bomne de lettres» il eut en 10471a seconde, celle de précq^teur de Philippe.», depuis «^uc d*0r1éans. H ne laissa pas, à*dater ifi may 16^2, de fiiire aussi la /onction de précepteur auprès du roy, comme le dit M. Pelisson..., par le propre dMsis delà relne-mèiss. (Nieeroo, MténUf zn, p. 131») < 3 Voir VAppendiee, note G bis,

a « !<• aleur Amauld [d*AndUly j qae tout le monde tient .pour le chef • ë*UBe noufelle secte, a ( Lettre du cardinal Masarin, ÈUmoires de Caw lamgeêt p. •S74*)-^-Oh poBlialt éette thèse soutenue ches les Oraloriens dfàn* gers» où II est dit dana la prébce, que le père général de Tordie ne souffrait pas que ses enfants apprissent une autre doctrine que celle de d'Andiily, et du docteur son plus jeune frère. « Aon. Mio ifuasi^ ÀndiUi et Âruàléi n dacirUm Ui€te,ênutriri /Uif$ piu$m est gemraUs imila^ fn^^pHiii^ » ( Die 4e$ Hv» Jansim.; U nr, p..l090 «^Çll cen^t égakipépi la g4BdeIogie rapportée par Tàllenant: « Pautus^genuit Augustinum, Augustinus Cal*

2& ROBERT ARBIAULD D'ANIULLY.

y eût- il monté dans la personne de Louis XIV*, au lieu de se jeter dans l'opposition qui devait ébranler la monarchie et préparer le dix-buitiëme siècle ? — Voilà de bien graves questions à propos d'un billet de six lignes; mais ce billet^ nous le croyons, les soulève, et leur gravité même nous engage à transcrire encore une lettre de d'Andilly qui semble la réponse faite à Saint- Ange : a Ce dernier juillet 16Ai. Le res-' (( pect m'empeschant d'escrire à la reyne [le respect n'ait vait pas empèobé d'Andilly d'écrire, en date du même (c jour, une lettre s^u duc d'Orléans] ^ je vous supplie (( très huipblement de luy tesmoigaer . . • . que pour mon (( particulier il ne manqueroit rien à mon bonheur,, dans (( la grâce que Dieu m'a faite de me destacher de tous « les intherests du monde., sy Sa Majesté connoissoit le « fonds de mon çoéur, puisqu'elle n'y verroit rien qui luy (( peust donner la inpindre peine,, et. gu!elle y remar- « queroit une sy violente passioû pour son service, et « un tel respect pour sa personne, qu'elle se trouvecoit ic sans doute obligée par justice d'adjouter plus de foy « à des paroles aussy sincères que seront tousjours les a miennes, qu'aux impressions que des personnes très (( intberess'ées ou très mal informées s'eiTorcent de luy (( donAer pour -lui faire croire des choses sur mon sujet, « ou qui ne sont point du tout, ' ou qui sont très inno-

0vinum, Catvinus Jansènium, Jansênhu Sanc^anwn, Sancffranus ff Arnaldùm etfratres^jus, {Hiêlojrietttêf tt xi, p. 817.) — On sait ù -Tond Il maintenant sar quels points Saint^Cyran était presque calrîniste, et sur cr queh autres il ne Tétait pas du tout. » (M. Sainte-Beure, Port-Royal t. 1, p.' 518. — Cf. M. Cousin^ Du Scepticisme de Pascal, Kevue de» Deux Uondei, t. », p. 334*) — Voir* aussi filus bas, même ehap,, ieetiùn ii; chap, m, êtet. j, arf, ii ; et ekap, m, Hct, n, ^r^. ii, S 2, è la fln, etc.

* LeUte^ itAm, iPAoïdUly., p. 507« -^ Au^^crs de la n^tre, d*ADdilly a écrit X A la Rm

a centes. n n'est pas besoin que je m'explique davan- « tage, puisque vous sçavez assès quelle est la tendresse u de mes sentimens pour cette personne sacrée, et qu'il ft ne me reste rien à souhaiter en quitant le monde, que « d'estre aussi bien dans son esprit que j'ay eu le bon* ft heur d*y estre par un effet de sa bonté que j'avoue « n'avoir jamais mérité ; mais dont j'ose dire aussy ne 0 m'estre jamais rendu indigne. » ' '

Malgré des protestations si chaleureuses, la reine semblait persister dans ses préventions. Malgré l'air détaché dont il parlait de sa retraite, Robert persistait à ne pas l'effectuer : « Avec une si grande famille, dit-il dans ses 0 Mémoires^je ne devois rien faire inconsidérément, et je « voulus pourvoir à toutes choses '. » Mais il y avsdt pourvu à l'époque où il répondait au billet 4o Saint- Ange. Ainsi son bien était dénaturé, et sa fortune capitalisée, dés le 21 février i6A3, comme l'atteste un compte-rendu de sa gestion à seà enfants, qui se trouve dans nos papiers. De cette nombreuse famille, deux de ses fils ' et ses six^fiUes pétaient dès lors à Port-RoyaL L'atné des fils venait de renoncer au monde ' ; le second seul y restait ♦, et les dernières mesures qu'eut à pren-r dre son père pour y assurer sa fortune étaient couronnées d'un plein succès dès le 8 juin i6iA ^. .Onze jours après, 1er 19 juin, R<^Ft écrivait au premier président

i Part, n, p. ISS.

> Lmaney comme Militaire, ei VilléneuTe comme élè?e. (Voir Lancelot, Mhiu, t. Uj p. S58; Fontaine, 1. 1, p. 195; et plusbas, tkap. nr, «e«f.4n et irO

< Anloioe Armiald, plos tord^alilié de* Cbaqmet. «^ Cf. Minu dt Vabbé Amamid, port i et ii, p. SHO, S68; et une (pUre du grand Armii*d,- datée da IS wptOBkre 1649f iaiBêwu OEuwre^X i* p. 35. '

^ SîDMm de Brioltes^ p|as tard monpiis dcPomponne* .

* Lettre inédite de cette date.

16 MBVÊlff ABMAVLD 9^*â3mUX.

4a Toulouse la dernière lettre ' qu'il lui adressa pour repousser les accusations du président de Gramond ; et la presse avait eu même temps rendu publique la défense de l'inculpé K Les intérêts de sa famille ne le retenaient donc plus dans le monde, mais seulement les siens.

f III. TenlatîTes iodîrectes par la presse.

Le billet de Saint- Ange était en quelque sorte la révélation oilicielle des obstacles qu' apportait depuis quelque temps à là fortune de d'Andilly l'excessive amitié dont son âme ardente s'était prise pour Saint-Cyran. — Jusqu'alors en effet cette amitié ^vait pu s'afficher sans péril. Longtemps l'austère Sâînt-Cyran avait été, comme d'Andllly, fort avant dans les bonnes grâces de Richelieu ^ ; et lorsque celui-ci par suite du revirement qui avait entraîné du Vergier à seconder la résistance du duc d'Orléans * eut faut mettre à Vincennes l'ami de Robert, non seulement aucun obstacle ne fut. apporté aux lelations du courtisan et du prisonnier, biais la nièce et la confidente du cardinal lui-même, la duchesse d'Ai- ^Uon ^, prit soin de les faciliter. Sans doute l'habile politique ne manquait pas de raisons pour en agir ainsi.

ft La ppemière est da 13 décembre 1648 ; et le 5 ftnier 16M U annourjU ^11 alkît les bife impriaer. ( LdfTM, p. é64k ) . > Lettre» iCArn. iCAndiUy, p. 468 en date da 16lèTrier 1644 ; p. 4*71- 497 en date du 49 juin 1644-

S Voir V4ppendice, note C, vers la fin*

4 MÊém. é^Am. éfànâiUf mt Smint-Cfram; VUêééif.éê P. A, Tpar Lrdnc], 1 1, p. J8 et 34*

s Cétail par ce Bémc imeraiédîaire ipe Robert, f^Mlfnnseia êMin l'ureslatîoB de Saint-Cymn, ^vait fkil iMHniDee.à rérècbé d'Alet, PaviUim, qui fut depuis l*un des quatre éfèqucs jaméiiistei |et plu termt» dana ii ur oppoMUoD. (jMcfN. iCi f «4é« ifMBld, pari, iiî,p,M; fpirphubas, même •hapiirt, net» if, mrt, ii,'S S et a)

CHA». n, flBGT« If AMï. m, 9 UL 11

D étah {NTobablemeût de Tavis de Schmnberg, surintendant des finances <, qui, à propos de d'Andilly, son principal employé, murmurait entre ses dents : « Mon t Dieu I cet homme parle beaucoup I * » Pendant la vie du cardinal, d' AndiUy avait donc pu parler sans danger, pour soi du moins. Mais le cardinal mort, son amitié pour Saint-Cyran avait eu des éclats eoiiipromettants. ^ Non seulement Robert avait ardemment sollicité la liberté du captif; mais il l'avait lui-mèitae ramené triomphant de'*Vincennes. La reine*mère, qui n'était pas encore régente, -l'en avait félicité. Régente, elle avait accordé à Barcos, neveu de du Vergier, Tabbàye de Saint-Cyran, qui vaquait par la mort de son oncle, en répondant à ceux qui Fen dissuadàieiit :.<( Quediroit « M. d'Andilly si je reflisms cette 'grâce au neveu d'un « homme qu'il.a tant wné? — Je revins aussitôt de Pom- ■ ponne< écrit Robert, pour aller rendre mes remercie- «mens à Sa Majesté, et j»ur ce -qu^elle me dit : Vous « aimiez donc bien M. de Saint-Cyran, 7 — et que je lui tt repartis : *Je lui avois. Madame, dd si grandes obliga- « tions que Je l'aimois plus que ma vie. Il .y a même « ajouté celle de-me donner son eœur piur soç testameift, « et j'estime plus cela... Sur ce mot de cela. Sa Majesté, S par une présence d'esprit admirable me, répondit en

1 JU^m. ^ilm. (rifi(<i%, part, i, p. 148*

2 C'est ce qu^insîDue assez clairement Lancerot, {Mém., L i, p. 66 ; Cf. Talfomant, Hiitoriette$., i, ii, {>• SIS.)

s Les ennemis dn Jansénisme li*aVaient point manqué de s'en prévaloir, et le P. Pinlhereau» Jésuite, publia un pamphlet intitulé: Les BetiifueM de wutsirt Jean Duvergiar de Haûranne, abbé de Saînt-Cyrati, qui fommen* fait 9iBM : « Après les [mages que le sieur d'Andilly a publiquement érigées « à ta «énoire de Tabbé Hé Saint-Cyran, après les magnifiques épitaphes ^ q«e SM cher iicvfea a gratet Mr am teiabeav.. » vous ne pouvies, laeteur, « plus riea âttendfe, «teen que fod^'us tosipiéseflttM aes refiquei.... »

28 ROBERT ARR AULD D*AlfDIlXY.

(( serrant le bras du roi qu'elle menoit par la main : « Que (têtre cela ^ » Fine ironie qui sous le voile du badinage annonçait à Rob^ qu'il avsit choisi entre l'amitié de Saint-Gyran et la royauté ! En effet une lettre de sa correspondance, que nous citerons plus tard, ^ apprend qu'au moment même où Anne d'Autriche rail-* lait avec tant d'esprit le futur solitaire, elle cessait de s'opposer à sa. retraite.

Cette condescendance, sur laquelle très probablement Robert ne comptait pas, avait dû lui ouvrir les yeux, et le billet -de Saint-Ange achevait de les lui dessiller. Mais que faire pour rendre à la régente ses premières dispositions 7— ^Robert avait publié, le 18 mars 163A, un Poème sur la vie de Jiésûs^Christ, qui depuis lors avait -eu cinq éditions. Tout récemfnent,. le 18 avril 16&2, i! avait dodné au public des Séances sùrniiverses vérités chréstiennes. Sa modestie y avait gardé C incognito sur le frontispice, en permettant toutefois aux docteurs qui avaient approuvé le livre de louerl' auteur dans la dernière page 3. L'un de* ees docteurs était l,e Maistre, neveu de Robert. Mais Tajorprobation de son neveu, qui lui avait suffi daps le monde, ne lui eût pas suffi sans doute dans. la solitude. Avant de s'y ensevelir, en *6àâ, il donna, done une somptueuse édition de ses deux poèmes, sous ce titre : Œuvres chrestiennes de M, Arnauld'dAndilly, sixiesme édition. Avant de quitter le monde, n*était41 pas bon de lui apprendre le nom du

1 Mém.(CAm, 2fiindt/(y, part* ii, p. 135', léim. de^Lanceloi^ t. r, p. 267.

2 Lettre inédite 4a 5 noYembre 1943. Voir chîap: it, $ecU ii, art, i, g 3.

3 11 est juste de remarquer toutefois que cette approbalioif lou^geuse ne fut.pa$ mise à rédiûon anonyme pour laquelle elle était faite; mafo seuletucut à la seconde édition, à celle qui portait le nom de Ro)«rt«

CHAF. Dp StCr. l, AIT. m, S HL M

futur solitaire qui le dotait pieusement, pour la sixième fois, d'un volume dont les deux tiers n'en étaient qu'à la seconde édition? Cela venait d'autant plus à propos que l'abbé de Beaumont n'avait encore rien écrit ' ; et que l'année m4me où» Robert avait maladroitement étouflé sous l'anonyme la sensation qu'auraient dû produire ses Stances cftresiiennes [16A2], Lamotbe^le-Vayer produisait avec éclat ce livre de la YerHi des payens que réfuta depuis le grand AmauM dans son traité de' la IVécessiii de la foi \ et qui en attendant constituait k son auteur une réputation d'impiété.

Hais ce n'étidt pas de capacité seulenlent et de foi que Robert faisait preuve dans ses poésies orthodoxes. Ne raccusait^n pas lui-oi^ de Jansénisidé ? c'est * dire, sinon d'opposition • en matière de doctrine, du moins d'insubordination en fait- de^discipline à l'égard de Rome. Or, dans la préface des Œuvres cftresiiennes, on lit : « Cent qui se plaisent à faire.des vers>dévroient a cbobir principalement des sujets de piété ; et il y a de « quoy s'estonner que plus de personnes n'y «travaillent « en un temps où nous kvoni» pour exemple celuy qui « possède si dignement la qualité de chef de l'Eglise. Qui a ne scait que oe pasteuf souv^ain des ftmes joint aux a sacrées occupations de la premièire charge du monde a le soin de nous faire vob: les miracles de la -divinité a dans ses illustres ouvrages, où. • • . I^ome se voit encore « triomphante par ta magnificence de ses vers 7 » Com-

t Ce fat en 1647 sealement que Péréfoe publia son I^tihniô Prineipis ad LudovicuM XIV, qui, avejD VHiâtoire de Henri IV, dont nédltion jn^n- «pi est de iMO, compose toute la collecUon de se^œuTTCS ; ù laquelle dn peut ajouter eependabt des statuts manuscrits pouf U cdiporaàon des cor» devers. (Voir Le I^ong, BibL hUt, 1 1, n« 5900*7

> CÊuVf du doct. Amaukt, t«'x, D* m*

noMfc Après ^1» amutir Mberl d« nier U suprtewlis liii pape» lui qui la plrOolimiât jùflqtt*6Q poésie t

Mais quelque importea^e que Port-Rbyal âltaAh&t à sa littérature, la préface des Œuvres ehreiîiennes ne pouvait passer pour un acte de foi» Aussi n'était-oe que l'adroit prélude d'ude mtotfestàtioa beaucoup plus importante, danâ laquelle Robert voulait enfin aborder d^ front le grief capital que suscitait contre loi son amitié pour Saint-CyraOi En homme de cœur, il ne voulait pas i^nier cette amitié; en tacCieien profond, il fit tout ce qui était humainement possible pour Finnocenter. L'année qui suivit la pubUoation des Œuvres chrestiennes^ il se fit l'éditeur de la correspondance de Saint-Cyran,. dont il* ne doniia toutefois^ qu'una,plurtie ^ La. préface des Œuvres chrestiennes était un* appsl à la bienveillance de Rome; la dédicace -des Lclirts de Saini-Cyran, offerte aux évêques de France [-10 mars 16&6], s'adressait en mênie temps à Rome et à l'Église gallicane. Il faudrait pouvoir citer. en entier ce chef^'œuvre d'habileté, où l'accusé, après avoir protesté à mots oouverts contre Tesprit de presbytérianisme ^ que l'on soupçonnait dies son ami, associe ses jttges à sa cause, en leur prouvant que le jcorps même de l'épiscopat français a témoigné pour l'abbé de Swnt-Cyran une déf^ence et une affection égale à la sienne ^. On nous permettra d'en reproduire quelques passages : . - • ;

« Comme feu M. l'abbé de 6aint-Gyran m'a confié

^ Mim. de bancdot, L u p. 49; Of. Lettre» âe la M. iln^/tf ., t« f, |i« ISS.

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