V. Gonod, leit. cxLvili, p
CHAP. n, SECT. n, ART., Il,' § IV. i(|9
«que j'aurois de me plaindre de vous et de la dureté tt avec laquelle vous me traitez danà. votre lettre. Vous « m'avez attaqué d'une manièrési iiijuriense et si vive, « avant que de m'avoirdemandé un mot d'éclaircisse- « ment, que si vous y faites réflexioi) , il est impossible « que vous fte vou& apperceviez que vous êtes allé trop « vite ; et c'est à quoi je ne me serôîs jamais attendu «d'un prêtre de Jésus-Christ, qui «st en possession «depuis si-'longtems de bous donner des leçons d'une « morale exacte. ...' » " ' •
L'épigramm.e était^acéréë,. et LaiToque,.on le voit, n'a pas tout à fait tort lorsqli'll fivancé que 4' abbé dç Rancé avait de beaux dons pour la satyre > ^ Ce njétaît pas ainsi que Fénelon répondait aux ^agressions violentes; Chose étrîuigeî ce fut en cette occurrence Qijesnel -qui joua le rôle de Fénelon. « Assurénjent, dit-il dansia pre- « mièriB' des deux lettres où il désavoua publiquement ^ « celle qu'en lur attribuait contre l'abbé de Rancé^;as- « sûrement -je suis incapabl^r de faire courir des lettres « qui puissent* donner atteinte à .la réputation de ce «saint et pieux abbé. Ce n'eât pas seulement parce- « qu'il y a plus de^ trente ans. que je /ais' profession de « l'honnorer et que je me'flatte d'avoir quelque part dans « son amitié,' mais plus encore parcequ'on doit ce res- « pèctà résprif dé Dieu qui réside en ses serviteurs, de « ne lé contrister en eux, etdene pas nuire en ses œuvres ««n diminuant* la Réputation des ouvriers qu'il daigne y « employer. Je puis bien ne pas convenir de tous leurs « seirtîmens, ni approuver toutes leurs démarches; mais « je ne me dois jamais dispenser de les traitter avec res-
1 Uiire de Le Pfain de Tll/tfm., p. 127. ' . •
^ Leê Véritables motifs etoi, p. 19. . . '
150 ROBERT ÂRNAULD b'ATftaLLÎ.
« pect [on a VU, par la lettre dfe Rancé à l'abbê NîcaiSe sur « Questiel, slle réfordiateur de la Trappe se trdtivâît tes- « pèctueusemeiït traiter par celui-ci]. Lés salrits saii^ Jé- « faut ne sont pas de ce monçle; les prophètes ont etlles « leurs, 9- Pierre, étitrfe les àpôtrès, k eu sesaffaiblisse- « ttlen^. [L'épole janaéuistfc reVieilt volontiers feilrlësaf- « faibli'ssériièrlts de S. Pierre. 1^.. Telle est là conduite de « Dieu sur les sdints. rtus " leur vertu est •éminfefatfe et « etposée au vent de ràpplatldissenietlt et des Iduatiges, « plus il est nécessaire que Dieu lés laisse quelquefois à c( eux-tnèmes; . ; Les paroles qui soiit échappées au pieux ((•abbé sur la mort de M: Arnauld... Ue m*emflêçhei*dilt tt |)ôiilt de i-évérer la grâce si sifaguliète de sa vocation, le (( choix que DJeu *â -fait cle lulpôurlftie des plus saiiités i( ÔBUtïes de son esprit^ le coucage avec lequel' il s*y est « consacré, les miracles, les dons extraordinaires et les rà- « res exemples de' vertus et de piété dont tiotre Seigneur '( a voulu qu'il ait été rinâtrument et le dispensateur. Et « pôUr ihoy je m!estimera^ très heureux s'il daigne con- « tinuer â mé donner quelque part à ses bonnes prières et (( daiis sa bienveillance '. . . » Et dans sa seconde lettre : « Vous pouvez vous asseurer, cohtinue Quesnel, que la « lettre qu'on m'attribue n'est pas du tout dé moy, et si « vous tl'ouvés occasion d'en dèsabuset» ceux qui Vous « en parleront, vous me ferei? uiî singulier plaisir de le 0 faire, pârceqUe je serdisfasché qu'on me crût capable de « faire courir des lettres et des écrits contre les révéçends pères de la Trappe ; j'ay toujours eu un profond rest)ect
1 C*est en pM-Ue ce qui iTaitélè catMe de la oetisure prononcée en Sôrbonne contre le docteur Arnauld. (Racine, hist. de P,4i., p: 135 ; Goujet, Vie'de NicaU^ parti i, p. 10 ; Hi$i. âeà periédut (feP.-A.,i]»-4*, p. 259, èlc)
3 Recwil de piéciê concernant dt. àrkéilA^ ^, i26.
CHAP. 11^ $BtT. Ui AHT. Uj S ^V. 151
0 pour leurs perBbnnes et leur tiiérlte. Je regarde cet « ordre comme une des plus grandes merveilles de nos tt jours et comme un chef tl' œuvre de Itt grâce', un des plus a beaux omemens de l'Eglise, une preuve éclatante de sa « vérité et de sa sainteté, un puissant secours que la Provl- II dence a susoité à ses élus pour se retirer de la corruption « du mande, et se mettre en état d'assurer lehr voeaUon
0 et leur élection par de dignes œuvres de pénitence. Il est « vray que je p*ay jamais pu approuver les parolesde la « lettre qui a tant fait de btniti jçt je voudrois qû'ilm'eust « coûté beaucopp et (ju'eUe n'^ust jamais esté écrite.
1 Je me suis cru obligé de lui écrire ma pensée/par l'hon- « oeuir-qu'il m'a toujours .fait d'avoir de la bonté podr tt moy« et par tes intérêts que je dois prendre à }a réa pùtation de celuy qu'il a ^i peu ménagé. .Msds je l'ày « fait en lui demandant idstamment que* cela se passât « entre nous; èi s'il n'^avoit pasluy-méme donné lieu au « bruit qui s'en est répandu, en ftti3ant confidence. . . . de I cette aJOfaire, le monde ne s'en entretiéndroit pas au- I jourdliw. J'en suis bien fasché, msds ce n'est pas ma .0 faute. .. Si jamais ma lettre venoit à paroltre, il faute droit qu'on l'eût eujB de M. de la Trape... Car, pour « lii Tabé mêmei il est trop sage et trop prudent pour H en^dpnner luy-méme communication [au public], 'n
Après trente années de*péniténce aUstèi^, la réputation de Rancé était trop t^pectée pour qu'il fût prudent d'entrer en lutte avéo lui. Mais plus était grande l'estime dont il jpuissâit, plus son jugement sur Amauld pesait au parti janséniste. Gelûi-cii après la réparation faite à Rancé par ses membres les plus ardents, revint à là charge par
^ lUcuttl de pièces concernant M. Àmédd^ p. ilV.
152 ROBBET ARNAULD D*ANDILLT.
ses interprètes les plus modérés. Tillemont, dans le voyage dont nous- avons parlé, avait obtenu de Tabbé de la Trappe à la fois des éclaii*cissements sur sa conduite envers Maupas et Wallon ^ et la promesse d'une rétractation en ce qui concernait le grand Amauld^. Mais TUlemont de retour avait eu quelque raison de soupçonner une double fiction dans les éclaircissements de l'abbé, et de craindce qu'il ne manquât à' sa promesse^. Il lui communiqua ses soupçons et ses. craintes d^ns .une lettre pleine de mesure et n)ème de louage *. Rancé sentit qu'il ne'pojava^it se' refuser à d^ nouvelles explications; mais au lieu de lès donner catégoriques et satisfaisantes^ il se jeta dans une série d'accusations assez incomplètement établies, mais foit vidlemment articiilées contre les Jansénistes. ..
n Entre beaucoup de raisons^ dit-il, qui m'ont empê- (( ché de prendre aucunes liaisons av6c }es Jansénistes, «outre mes propres lumières .qui in''en ont «toujours <c éloigné, je vous cUrai que, demandant un jour à un «.ecclésiastique de mes amis, considérable par l'emploi « qu'il avoit.d^ins l'JEglise, et qui avoit été des plus atta- « chés à ïeJUFs intérêts, pourquoi il s'en étoit séparé ? Il « me répondit que* ceux, qiûvouloîent être la règle dés « autres dévoient être constants et invariables ; et que si « on examinoit d'où ils jétoient partis et où ils étoient « alors, on verroit une. distance infinie. Que dans les « commencemens ils. avoient été. remplis de. desseins « et de pensées de réformer le monde et d'en changer la « face ; et qu'aiant rencontré des oppositions auxquelles
1 Lett, de Le Nain de TilUm.] p. 49 et 51. *
3 md.s p. 19, 8S, 54. '
3 Ibid.^ p. 50, 51 , 54.
^ Jbidtf 55-55* •
GHAP. 11^ aSCTi n, ART. D, S IV. 153
« ils ne s'atteûdoient pas, ils avoient pris des voies toutes (( Bouvelles et toutes différentes : et qu*un homme sage f< et désintéressé n'avoit garde d'épouser leurs caprices « et de s'attacher à leurs imaginations ^ — ^Une autrefois, n m'étant informé par lettres d'un homme fort distingué «dans l'Eglise par la .sainteté de sa vie, par 3a grande « condition et par la place et le; rang ^u il y occûpoit, et « lui aiant demandé ce qu'il pensoit de Janséhiu?? Il me « répondit qu'il n'avoit jamais eu de peine* sur-la con- «dannation de Jansénius; qu'il étoit peirsuadé qu'il « avoit excédé^dans s^d opinions, et qu'enfm les questions « qui naissoient entre les chrétiens, pour les choses de la 8 religion dévoient finir par les. décisions de T Eglise. — « Un autre ecclésiastique, docteur de la faculté de Paris, « qui méritoit qu'on l'^stimast par sa, doctrine, par les CI emplois qu'il avoil* eus dans J'ïlglise, célèbre dans te a parti des Jansénistes, exilé pour leurs intérêts, vint un «jour à la Trapipe, longteois après la. fin de son exil, et, « y étant, fut attaqué d'un mal considérable. Dan? la pen- « sée qu'il eut que Dieu l'appelloit^ et qu'il étoit près de sa « dernière heure, il. voulut se confesser à moi et me faire « une déckiration de toute sa vie. Et sur ce que. je lui « demandai quels étoient ses* sentimens touchant le « Jansénisme? Il éleva la voix et me dit qu'il louoit Dieu « de ce qu'il l'en àvoit séparé. Il ajoutai Appariienh-il à « des 'docteurs particuliers- de s'opposer au souverain « Pontife et dç rendre inutile la cohdannation d'un ti homme qu'il cr^oit -coupable des erreurs qu'on lui « avoit imputées, par des distinctions frivoles, au lieu de « respectef ses décisions et dé sy soumettre ? Il étoit pé-
^ Cti le ooaÙDentilrpy ibid»f p. 79, ui* remarque. ^ .
15& ' ROBERT ARNAtLri ^'âNDIIIT.
a hêtre de la bôûté de Dieu sur lui etî ouvrant lés yeux « sur cet article. — Veus savez sans doute que M. le prince « de Contl '^ étant près des. disrniers nriomens de sa vie, « pressa M. d'Alet, qui l'assistoit dans sa maladie, de le ({ quitter et de s'en retourner datis soti diocèse. Aussitôt « qu'il fut j^açti, il déclara devant tout le monde qu'il « mouroit soumis à l'autorité du Saint Slëge apostolique, .-!( et qu'il se soUmçttoit à la côndaniiation de Janséit nius, pour le fait comme pour le (koit. Ce li'étoit pas (r la crainte des puissances humaines qui le faisoit parler « dç Ta sorte'; mais celle du jugement de- Dieu devant « lequel il étoit sur le point de par01tre.-=- Je demandai « un jour à un autre docteur de la faculté de Paris, qui « avôif eu'Une.ûilion trèsétroite avec les Jansénistes et (t qui s' étoit toujours, trouvé dans Jieurs assemblées, ce « qui ravoit obligé de s'en retirer? 11 the hépondit : // « n'y a point d'homme de bien et d'honneur ^wi puisse « entretenir une telle sociétèl &'il artihe 4^'un homme « prudent ttise quelque^ chose pour môtUrer le sentiment « d*tin autre qui fiait une proposition excessive, on s'é- (( 1ère contre lui arec violence, 9n le traite avec emporte- {{ment, on pn tient aux injures et on le considère comme « unpHtaricateur. Enfin on negardç plus avec lui- au- « cune meèure ni de charité, ni d'honnêteté^ ni de bien- « séance. — Il iie sepeut, Monsieur, que vous ne sachiez « que M. [Barcos] de Saiûl-Cyran [neveu du célèbre « abbé Du Vergier], fut une fois pottss^ d'une itianiëre « si vive et si dure, qu'il s'en retira avec indignation,- et « qu'il protesta qu'il ne s'y retrouveîroit jamais. *« .
« Cf. Lett, de Le NaintU TUlem,, p. ^U n*^ remartfwe. * Ibid., p. 62. — Cf. p. »1, ▼• remarque, ^ Cf. JJfem. de LanceloU U i » p. 2ih \ Vie de M, Si^^Um^ ea tèle te imirwcthffê $kfiéii0mmUi p, 8i.
chAp. ïi/sËct, Û, AkT; rf, § iv. 155
Après de semblables acclisatlons, urie rtipttlre devenait inévitable. Aussi Rancé n'fetivdyâ passa lettre. Il la retint par devers lui, et U remplaça par quelques lignes assez vagues, mais pleines de modération >. Sa véritable réponse ne partit qu'après sA mort *; ' •
Ainsi, pbui* ntftis réstlinëi* eM ^uèlqàés itiots aiî terme de notre digt-ëssion : 0ltis là Vie de ilkilc6 il se trouve Jusqu'à cette béUre urie làeuiiè'de theis années eritre l'instant de sa conversion [1687] et celui où Ton le volt en contact avec le Jailsedisnië [1660}. -r A dater de ce derftîer itistaiit-jû*ltl^n 1668, Hanfcé l^eChet-che ëh dehors dfe Pdrt^loyal les Jansénistes les moins prononcés ou les moins, comjiroitiis, et se nlet sous leur direction. — Bii 160e il éôbappe à t^tte dil*ection, et jusqu'à la fin de sa vïé [1700] il èhveloj^çe toiU Ife parti dans utie méfiance .assez mal dégtlisée, et le traite avec une contrainte trop voisine de la fictibni — L'épisode qiil manqùeà cette trilogie, le premier de tous, est précisénâent cèjui que nous fournit la correapondanoe ^'Amauld d'Atidrlly. D'après cette cottesporidâncë , il va. devenir évident qu'immédiatemeqt à la suite. de; sa conversion Rancé 9'était jeté dans Te sein de Pbrt-R6yal$ et qu'H avait cm y puiser & forcé, liri plâii'dè réforme et des consolations. De sorte que ce fait, mis en lumière4 nous révélera une curieiïse décrolssarice dans^les sympathies du réformateur de la Trappe, qui recherche d'abord pour directeurs les partisans lés pbis fougùeuk, puis les fauteurs les plus modérés du Jansénisme, et qui s'éloigne ensuite de ce parti Bvee des- ménagements d.e moins en moins
> UtL et U âfuffi, p4 50i et dans l'êdil^n ^e 1704. à ia^pké^e, p. tO.
> /MLi éHa» ëe 1704» p> !•» Ot dant l'MUIon de ITOS^ f. 57-00.
156 ROBERT ARNADLD- O'ANDILLY.
observés, jusqu'à ce qu'enfin ses répugnances éclatent en une rupture posthume.
f Y. Rancé en présence de d^Andilly.
Dans cette assemblée du clergé où il s'étût montré partisan si chaleureux du cardinal de Retz, Rancé avait pris» en m^in la cause du P. Bagot, Jésuite, à qui vers 16A8 Ton avait attribué la première dispersion des petites 'écoles de Port-Royalf, et que poursuivaient alors [1666] les Curéa de-jParisr^. Le jeune abbé s'était trouvé assez habile ou assez convaincu pour faire partager à l'jéminente assemblée ses sympathies pour. te Jésuite dont il avait .gagné la cause ^. A cette époque cependant le* défenseur du P. Baget semblait déjà s'être •dépouillé des. préventions* que tout réceriimcnt encore* lui e Jansénisme. Rancé était alors doué, comme il le fot depuis sa coàvèrsion, de sympathies éclecti-
l'Goujet, Vie de NicoUr^rL h'p* tffetdOt
2 D., Malachie, Vita dr Z>. Armando ée RanU, 1. 1, p. 3S ; Proeée^verbal de Vaasemblée du clergé ienpe es annéeéi^bf I<fô6 et 1657» p. 4.24f 428, 903, 905, 908, 915, 9SS, 9dD,i9'/6, 983, 1016|.1041, 1049, 1116. Le livre à Toccasion duquel le P. Ëagot était poursuivi a pour Utre « Défense dû droit épiseopal^t des libériez dont les fidèles Jouissent pour les messes et pour les confessions ; Dupint 'Tab(e des auU ecfilésm du- dix-siptiime siècle, col. 2256 ; Sotwel, p. 407.
.S D. Malachie, iSid.^ p. 35.
4 Voir plus haut, p. iS^flji lettre au duc de BrancidU Celte lettre est du 13 août 1676. Les répugnaïices ((a*ellè'constate-chei Rajiçé pour le Jaosénbme sont antérieures non seulement & la conTersion de celui-ci^ mais éridemment encore aux relations qu*il entretint d^une manière ostensible, sinon sfncère, avec les Jan^nistes depuis qu'il se Ait donné à eux. Or il leur appartenait, comme nous airons le dire, dès 1656. Son éloignement pour eux- est donc antérieur à cette date. Cendant Rancé n'avait Tait sa premlère^tentatlve Vn Soitonne, et par conséquent ne s'était occupé de théologie qu'à vingt-un ans (Dnpin, Bihliotlw^ecclès, du dix-septième siècle, t. IV, .p. 159)9 c'est à dire en 1647. C'est donc de 164^ à 1655 environ qu'il faut placer sa preoiiftre antipathie pour le Janséninne>
CHAP. n^ SECT. n, ART. H, S Y* ^^^
ques; et les Janséûistes, même avant sa conversion, le traitaient en adepte ^ Les sectateurs de la morale rigide se montraient trop indulgents envers le cardinal de Retz ^ pour ne l'être pas epvers ses amis. Cette indulgence, il est vrai, avait besoin d'être soutenue par Tespoîr d'un résultat^ or le résultat qu'ambitionnait Port-Royal n'était pas le triomphe d'un Jésuite. Tout autre que d' Andilty eût déçespéré de Rancé. Mais des antécédents analogues, ^inon mêtee plus Inquiétants, n'avaient point arrêté le solitaire entreprenant lorsqu'il s'était agi de tenter la conquête de f abert. Pouvait-jl reculer lorsqu'il s'agissait non-pas tant de conquérir que de fixer un homme dont la conversion commençait à faire autant d'^éclat que celle du jeune -et 'brillant abbé? Il fallait cependant qu'il, se. iMrésentât une ouverture. — La cour avait nqué d'anciennes rçT^^ions entre d'ÀndilIy et la famille' de Ranc^.': comme l'armée en avait noiaé
S Dans le second Tplume manascrit deBèaubniq {Biblioth. du rot, sufyU françaUt 2673) se Ut>UTént deux fra|pneDtf précieux des mémoires de Saint- Gllles et de l^abbé de l'oDtchateati. (Sar Beaobrun voir' Je. Pfécrotoge ((es Appelant, et sur Polircliateaa et Saint-Gilles les antres Néerologeê.y^^oni'^ chatditf dit à hi date du 30 mars 1656 que d^Aridiflyv exilé de Port-Royal par Jlaxarin et passant ^ingit-quatre heures à Paris, rapport» différents faits devant plusieurs personnes sur qui Ton pouvait compter, .parmi lesquelles il dte Tabbé de Rancé.-^ £^t-Çilles dit, souaja date du 19 août de la même année, que Ton commença de distribuer à ceux dont la discrétion était assurée des écrits jansénistes qu*on n^tfVait d'abord osé produire dans la crainte do soulever quelque orage au* sein de Passenri)lée du* c\ergé, L*abbé de Rancé fur un de ceux à qui l'ô^ communiqua les élûcubrations de Port-> Royal. — On sait que la conversion de Tabbé est postérieure au mois d'avril 1657. .
> VoM- plus haut; p. AO et 4i. * ^
^ D'AndilIy, dans ses Mémoires, part i, p. 147, part u, p. S6, AO, 47, etc., et dans ses Lettres, p. 35, 58, 386, paraît lié intimèm^t ayec deux onoles de Rancé, Claude Le Ëouthiltler, surintendant des4inanees, et €ébastien*Le BoutUIlier, évèque d'A&« i c'était même à c^ dernier qn;i] avaitdù la connaissance de daint-Cyran* n était juste que d'Andilly eâsayfttde rendre au
entre celu}-!^ pt fabfirt. Ces Uaisops 4p f^wllP ' avaient amené pntre le yiei^x cpi^lijsan Qt le jeunp abbé 4^8 relations trop tardives ppfir ^tre fort eippresséps. Cependant, dejw mois après )^ mor|; 4e piadaioe dg lWon!^J)aïon (c'est notre cprrespopdl^^ftpe fjui le prouve)'-, Rancé s'était rencju^à poj|-Roy*r ppur-aQnoncpr à. (i'Apdilly le djBssein pu il était de quit-ter Ip mpflde. Mais.^Jprs le solitaire ^vait dû prêter pp» 4*^t^nUw ^ cette l)outede d*un jeune, homme çpnnu jiisfïu'^lprs pw de scandaleuses jiis^ifjafipfls ; car, ffième aprè^ ]h déport de celuici pour y^fet?, gon, confident ayait négligé. dp lui écfire. Upe QGcasipn s'plïril de Je faire. ' • . •
J^dis d*4udilly jvait rouvert sa corresppndance avec Fabert en lui confiant la fortuné d'pu 4b sps 61s.^-ïl r^' nouajses relation j avec J}.aopié en m faisant; part de i^ î»crt de pe même f4s> 'tiré à Tarmép. §ps splliGitw4^ ^^ avaient réussi ;• il en fut de ipÊme 4e sa dpuleur. La cprresppndaricè s'engagea: «AVuerest, ce à janvier 1658.— « OuoiqJie je sois persuadé, écrit le nouveau- converti, « que vpusavés asspf .bpppe opitjipfl de ^pi pour cr^ir^
neveu ce'qû'il tcnall de Toncle. (Cf, Mem, de tPÂndiUy $ur Saint-Cyran; Leclerc, Vies édifiante^, t, i, p. ai.— Subies relalîons de Chavigiiy, cousingermain de Rancô; avec Port-Royal, voir le ifémoire^de ik Maxti'e en têie de l'édition de Fontafne de 1783, p. 422, et Mém.de Lancetot, t. i, p« ^ii 132, 15,9, 160, 183, 188, 2CG, 282, 368, etc.
1 C'était par sa tante, veuve dé CJaiide Le Bôutbillier et Ibère de Châvign.Tf si dévoué' lui-même au JalisénismefAf^m. Je Lancetot, îWd.>, q"e Rancé avait été rapproché de d^'An Ally, comm&ll ie appelle à celui-ci dans ses Mt. in^(f., du 3 mars, du 24 août, du '26 septembre, du f4 octobre et du 9 novembre 1658, ainsi que dans la lettre du 19 juin 1673, où il annonce !« mort de cette dame. Or Claude hl Cbavigny, son fils, ^nt morts le premi^ en 1651, le second en 1652. C'était donc'depuls cette époque qOc s'étalent nouées jes relation^ 4e ^'Ândilly et de (laàcé.
^'Lettre de klai^eé en èBii in | janvier. 1658.
( Voir plus haut» p» 50*
GHAP. V, SECT. n, ART. n, $ V. 159
a que j*ai pour vous les sentiments aussi vifs et aussi tt tendres que je les lioibs avoir, je ne laisserai pas de tt vous dire que Ton ne peut estre plus 8ensi|)le que je « Tai esté à la perte que vous avés faite de M. vostre r4s, a et de vous suplier de ne point douter que je n*«ie « toiasJQurs le n^esme cœur pour touttes les pbozes qu^ <i voiB toucheront, outre ce que fait sûr moi le respect que a j'ai pour vqus» que je a^-ai pour personne de la mesipe « sorte. Je sçai de quelle manière je dqlbs recQnestre la a grâce que vpus me faites de ipe donn({^ d^tns vostre a amitié la place* qu* y avait Fhomrne du inonde quf! vou$ tt aimiez (tavafiiage ' [ceci, doit être la reproduction d*i^ne a pbrâse de d' Andilly \ c'est son style habituel]» Jfs me tt conois et je me* sents Infiniment loing des qualités qpi tt lui faisôient mériter vostre estimei Mais je pe puis pas tt m'enipeschei; de vous dire qu& vpus ne mescpiiesU'êz u pas tQ)it à fait l'oncle dans le neve^^ que peut-estre 0 vous.remarquerés ep lui qUelques-uns de ses traits ; tt et que quand* vous lui verres la mesme vénération pour «voos, et la inesme'passion.pour touts vos intérests, tt vous Ae youç repentirés pas* de fhonneur que vous lui tt faites.' Au mpips je puis vou3 asseurer qu'il n'y a rien tt que Je ne face pour y respdndre, par- toutes les mar- « ques d'un vjèritable respept, et touts les services que «je serai jam^sx^pable de vous reAdre. Je vous die- « mande la Uber^é de vous, en asseui*er [ de tep^p^ en tt temps ^ et de me semestre quelquefois dans l'honneur < de tostre souvenic [ ceci pe témoigne pas de relations « bien actives]; ri'çspérant pîis avoir sî tôst celui de vous
1 n s*8gU sans doute ici de l'{¥ê(|ûe d*Air^ mort eji 16i5.' ' ' Ces mots sont eDa/Dés dans IVriglnal. -^
160 ROBEKT ARN^ULD D'ANDILLY.
« veoir, dans le dessein où je suis d'estre à la campagne « tout le plus lontemps que je pouray, n'aïant point <r changé de sentiments- sur ce que.j'eu l'honneur de « vous dire quand je passé à Port-Royal il y a six mois l « En quelque Keu que je* sois, faites estât de moy cornme « d'une .créature qui vous est acquise sans aucune réce serve. » •■ *•-•..•
Dansl'^aa dé sa première ferveur, le nouveau converti regardé comme ûir bienfait providentiel l'occasion (fortuite sans doute) qui s' offre. pouf lui de .consulter des hommes- dont ler- rapprochent maintenant* non plus seulemait ses relations defannlle avec d'Andilly, mais surtout T austérité de, ses- nouvelles dispositions. Au3si, dès le 3 mars 1658, il écrit : « il faut 'que je vous an- «. nonce 'Tiné'joie-qupse prépare pou£-moy, la plus sen- « sible qui puisse m' arriver. C'est celle. d'avoir l'honneur « de vous veoîl; plu? tost que je* ne l'avois espéré, estant « contrairict de quitt^ ma maizouç par le* rencontre de «quelques affaires qui m^oblîg^t -de m'en aHef à une «aBaïé que j'ai k Beauvais^. Vous ^eVés croire qu'A se- « roitbien difficile, en quelque lieu que j'allassç, que « celui où vous jserés ne se rencontrast pas sur niôn che- « min. Poufveu que je vous y trouvé avec plus de santé « que vous n'en aviés quand j'y passé* iV y a six moisy et « que je puisse, vous entretenir deux ou trois heures, )e
« suis le plus heureux* et le plus content des hommes.; Ti'y
^ Celte lettre, étant datée du 4 janvier 1658, pipuvd^ait que Ranoé s*était rendu à Port-Royar vcis 1q mois de juillet 1657. C'était le 28 avril quemadame de Monlbazon était mor}e. — Mais on* verra que Raucé,Miins une autre lettre, datée du 3. mars 1G58, rappelle encore ce «voyage à 4^ort*Royal, toujours cqnime ayant eu lieu six mois auparavant. - ^
3 L'2^)bayeieSaint-S:^phorien,où ilavaitéténominéverslQSe. {Gallia chriêtiana^ U ix, col. 812 ;MarsoHi^r, Viede Hanté, 1. 1, p.'s.)
CHAP. n, SECT. II, ART. 11, § V. 161
(i pouvant avoir pour moy de douceur dans )a vie pa- « reille à celle de vous ouvrir le fond de mon cœur, et (I vous parler de touttes cbozes avec une confiance entière tt et qui ne reçoive aucune réserve. Ce que j'ai pour vous « est de ceste sorte ; et je vous dirai franchement que Je etnets au nombre des obligatiom qm f ai à Dieu celle n d'estre connu de vous, et d'en estre aimé au point que a je le suis^ et je ne sçaurois croire que cela soit ainsi « que par un effect particulier de la Providence de Dieu ^ sur ma personne. J'easaierai d'en profiter et d'en tirer (( touts les avantages que je doibs ; et je puis voui^ dire « par avance que ce que vous m'avés fait l'honneur de « m'escrire m'a tellement confirpaé dans des sentiments a où/e n'estois pas encor tout à fait establi, que rien ne u seroit capable de me les faire changer. J'espère dans iilàsuitte vous devoir beaucoup d autres chozesy c'est à a dire les plus importantes de ma vie. Jugés après cela, n Monsieur, de ma reconnessance ! »
Rancé semblait trop disposé à la reconnaissance pour qu'on n^ligeât de la lui inspirer, et le A avril 1658 * il put écrire : « Les seings que vous avés de moy sont si tt obligeants et si tendres que je ne, puis vous dire la « moindre partie de ce que je sents, et de ce que je « vous doibs. Ce qui me console est que j'ai à faire à « une personne q\ii jugera assez bien de moy pour me « croire aussi reconnessant que je suis obligé de l'estre. « Je vous avoue que quaod j'ai veu que le mémoire que «vous m'avés fait l'honneur de m'envoier [pour me « servir de règlement de vie] estoit tout escrit de vostre « main, et que j'ai pancé que l'on ne se donne pas ces « sortes de pênes pour touttes sortes de personnes, j'ai ft loué Dieu de ce que la mienne vous est assez chère u U
162 ROBERT ARNAULD D'ANDIUT.
a pour prendre autant de part que vous faites aux chozes « qui la regardent, et lui donner des témoignages aussi « pressants de l'amitié que vous avés pour elle. J'ai teu i( avec respect la conduiite que tan me prescrit. Le lieu « d*oii elle vient me la fait considérer comme une choze « extrordinaire* Je m'y attacherai avec exactitude, et « ce me sera une très grande satisfactioUf dans Fraiploi « de ma vie, de suivre une Voie seure qui m'a esté marie quée par des gens gui ne se trempent jamaiss et pour « qui j'ai eu tout te ma vie une extresme vénération. » Ceci n'est pas tout à fait conforme à l'aveu que contient la lettre au djac de Brancas ^ ; mais ce qui suit s'accorde mieux^ avec l'autre passage tant soit peu pharisaïque que nous avons emprunté à la même lettre^. « Je suis infini- « ment obligé i l'IuHmeur que H. le duc de Luines m'a '« fait de se souvenir de moy, et surtout de ce qu'il ne « m'a pas pris sur le pkd d'un abbé de cour. Il n'y en « a point qui ne valle beaucoup mieux que moy ; néan- « moins je ferai en aorte que tna vie sdt fort différente f< de la leur : et je suis bien trompé ai nous nous rencon- « trcms dans le mesme chemin et dans les mesmes oc- « cupations. »
Il parait que Port^Royal, dans les réglementa qu'il donnait à ses adeptes, n'insistait suffisamment ni sur la charité ni sur la modestie. Il serait même pos^le qu'à cette école Rancé n'eût pasapprisàménager les évéques : « Je suis de vostre advis, écrit-il à son guide [iO juil- «let 1658], sur ce qu'a fait M. l'evesque d'Orléans^.
1 Voit fàm^hëmU^iSkiJémeiuh expliqué eonfreetus en tôuiêreneûmirt, S Voirplofthaat, p.!!».
* Pierre du Cambout de Coislki, qui, le 4 juin i658j défendit som peine d^exeornmnnrcation de lire VApotogie des eaiuUttê du P. Plrdt Les ê? êqnes
CHAF. Il> SECT. n, ART, n^ § V. 163
K SoD Êê\6 a esté tel qo*il devoit estre, et je suis persuadé « que quoique Meneurs ses confrères soient dans de n très estroHes obligations d'en faire autant que liiy, ils « se garderont bien de suivre soli exemple. Cependant «dans des occasions aussi importantes, le silence est « m grand crtmê. » Et le 20 août 1658 : « it n'ay rien « veu de plus admirable que l*arrest qiie te parlenleitt a « rendu contre lés êtesques ' ; et c'est nue cho^e cstoiï- « naille ^é leur nîàttiraise conduitte ait Aoûté ceste pHze « 1& dut* eiii. Les gens qui Ête fimi point leui* devoir, dans « qudqtte dignilê qui se rencontrent, se commestettt « tousjows ; et asseurement Facrls est si peu le lieu oix « les evesqnes doivent éstre, et tout le monde est telle- « ment lassé de les f veoir, que je ne conots personne qui « n'ait kptvê aveô filai^i' la manier e dont on les traite. » A eotip isMr leë érèques nori résidents étaient blâmâbleSi IfsMd âû s^n de sa charmante solitude de Veret^, lUdeê se (^oyait^il dotic rédidaiit daiis ses tr(ns abbayes ^ Certains i^i^e» cépendaùt troihrent grâce devant le prosélyte de Port-Royal: «Je ne puis finir, écrit-îlle « 9 Octobre idftS, sans vous db« que M. d'Angers «[Bemi Amatild] témoigne des bontés pour moi si « extmrdittaires à touts ceux à qui il en parle, qtle
de Lisîeux et dé Tulle aTaient censuré cette apologie arant rèrèque d'Orléaos. (Dupin, HUU eceUs, du dix-^epHéme nécle, t« n, p. 496, 498.)
1 II t^agil kl A'm de on MHtoetii «rrètt renddi par le parfenent de Hik sar 1» téàémwt Umtmmimtm à l'édM de BMtf d^flTf^ atMif que celte matière eût été réglée de noÉfean par Fart, ixiti de Tédll d*aiTll 1695. {GL Dutand de MtéttasKt Diaiom âm praii etman. Verbo, Béiidenee.)
2 k Pépoftae oè H écrfrafC «tte lettre, Rancé était encore abbé de Salnt- S/Mpiiuileu 4é la Trappe, et de Hofre-Dame du Val. î\ était prieur de fio«logne, proehé Ghainbord, et de Salnt-Clémentln en Poitou. (D. Le Nain, l« i«p. Si IfaftMéf, t. t,p. 5.)
i6k ROBERT ARNAULD D'ANDOLY.
(( je ne doute point que vous ne lui aies mandé par « quel estime et quel respect je vous suis attaché. Obli- «gés-moi, je vous en conjure, de m' aider à lui té- « moigner ma reconnessance, et jugés ce que ce m*est « d'estre aimé d'un homme que je ne regarde qu a- « vea vénération. Il m'a envoie un livre de XAuthù- (( rite episcopale ^ fait depuis peu, que je pance qu'il « faut lire avec beaucoup d'exactitude. » Et ensuite [li décembre 1658] : a Je relêu pour la quatriesme fois « la censure que vous m'envoïastes ^\ avec plus de plaisir « que je n'avois pas encor fait les premières ; et je vous « avoue que plus je la regarde, plus elle me paroist di- « gne d'estre admirée. J'y vois, ce me semble, revivre « cette ancienne vigueur episcopale que nostre siècle (( ne conoist plus. Je commence à croire que la vigilance « des pasteurs se va reschaufer, et (jue l'exemple de « M. vostre frère [l'évêque d'Angers] et de M. d'Alet^ « fera quelque impression sur ceux que nous avons veu « jusques ici dans le silence. J'en conois qui ne le rom- « pront point. »
Il est certains curés aussi pour qui alors Rancé se sentait quelque sympathie. « Si vous me voulés faire, (( dit-il le 26 juin 1658, un grand plaisir, vous m'envoi- «rés tout ce qui a esté fait par les Curés de Paris « contre les Jésuites, n'en aïant rien que ce que vous
1 n B^agit sans doute ici du livre întitalé : f L'autorité épiMcopale dé' « fendue contre Uê entrepriseê de quelques régulier» mendiants du dioeése « d'Angers [par François Bonichon, prêtre.] Angers, 1658. »
2 Sans doute la .censure de l'évêque d'Angers, publiée le li novembre 1658. (Dupin, Hisf, ecclés. du dix^septiéme sUcle* t. n, p. 499i)
s La censure publiée à Alet le 24 octobre 1658 était non seulement de Tévêque de celte ville ; mais celui-ci l'avait composée en commun avec les évêques de Pamiers, de Coraniinges, de Bazas et de Conserans» (Dupin, ibid»)
CHAP. n, SECT. Il, ART. H, $ \. 165
« me donnastes quand j'eu l'honneur de vous veoir. ' » Dix-huit mois auparavant Rancé, on se le rappelle, défendait les Jésuites contre les Curés de Paris.
Hais son cœur, détaché du passé, goûtait bien mieux alors les charmes d'une liaison nouvelle ^ que lui valait Port-Royal ; celle de Tabbé Leroi, son futur antagoniste. «J'ai dans mon désert,écrit-il le 17 septembre 1659, un « homme de vos amis ^, qui en partage avec moy les doù- « ceurs avec une sensibilité extrordinaire à ceux qui ne les « ont point encor goustées. C'est un abbé des frontières de « Champagne, par lequel vous me fistes l'honneur de « m'envoïer l'office du saint Sacrement, et qui fit ce prina temps dernier un voïage avec vous, dans une maison à «huit lieues de Paris, d'où vous revinstes ensemble « toutte la nuit. Je le crois assés bien désigné pour que 6 vous ne le mesconessiez pas. Je vous avoue que ses « sentiments me ravissent, et pleust à Dieu que celuy « qui fait des cœurs ce qui lui plaist, voulust faire du « sien quelque choze de bon et de grand. Vous en con- « Dessez le génie et les talents. Cependant il est avec « moy pour un temps assez considérable, et qui ne s'em- « ploira, s'il plaist à Dieu, qu'à des chozes utiles... » Et
^Noas avons déjà dit (p. 59, d. ) que la plupart des écrits qui pantasaient sous le nom des Curés de Paris étaient rédigés par le docteur Amattld.— Cf. Goujet, Vie de Nicole, part, i^ p. 63.
' L^abbé Leroi avait été collègue de Rancé comme chanoine de Paris josqu^en 1653 ; mais on ne croit pas quMl ait eu alors avec lui des relations intimes. (Racine, Hi$U eccUs., t. xu, p. 4i7 ; Cerveau, iVi^^of^ t.iu, p. 307.) H Le Nain, {Vie de Rancéf 1. 1, p. i03) dit cependant que Leroi et Rancé se connaissaient presque dès Tenfanoe. En effet Rancé lorsquUl fut nommé chaïKMne était encore en bas âge. (Marsollier, Vie de Rancé^ U i, p. 5.)
' Leroi s^était fixé depuis 1653 dans sa maison de campagne de la Mercntaîi, âtuèe prts de Port-Aoyal-des^Gliaikips* (Radne et Céhreau, ibid.)
166 ROBERT AENALXD O'ATiDUXY.
le 26 octobre suivant : a L'bermite que j'^ receu daus (( ma solitude depuis deux mois fait tout à fait bien son « devoir. En un mot » il me fait t^nt de bpnte que je a connois mieux que jamais que je n'ai pas eneor corntt mencé. On pe peut avoir de meilleurs sentiments que « ceux qu'il a» ni aimer le biep plus qu'il fait* Je suis 0 persuadé que son ex^mp^e me peut estre d'un très « graiid avantage. «^
L'avantage que Rauc^ pouvait retirer des exemples de Leroi| il pouv^t aussi le recueilli^ ep méditant les œuvres de Floriot» dont'on Jul avait sans doute communiqué U, Morale du Pater encore inaniiscrite; car le 9 avril 1659 il dit : a {^'explication du Pater ^t mera veilleusement instructive. Touts les sentiments en sont a toucbantS) et il est malaisé que l'on les lize sans qu'Us « facent de fortes impressions sur les âmes les plus « dures.».. »
AipsI se nouaient, peu à peu autour de Rancé tous les liens qui plus tard» nous l'avons vu, embarrassèrent ses allures et fireqt parfois trébucher sa sainteté. Mais, reconnaissons-le, ces liens il les chérissait alors, et c'é* tait par ses mains qu'on en serrait les nœuds. Jamais néophyte ne se montra plus désireux de conseils, plus avide de direction, plus insistant dans ses demandes. Le règlement qu'il a reçu de Port-Royal, il le suit pas à à pas, et note jour par jour la manière dont il l'exécute. A chaque difficulté 11 consulte ; à chaque avis il se soumet $ et parfois cependant la soumission doit lui être pénible, non quand elle exige l'isolement, les privations, une surveillance de tous les instants, la pénitence dans toutes ses austérités; caf tout cela n'est que la mortification volotttâirt du tlM^ftii d» Tesprît oa dii cmur. Mais il
CHAP. H» «ECT. u, AIT. n» s V. 167
est une épreuve plus cruelle qu'on ne lui épargne pas ; la mortification toeJ^Hirs inattendue pour un auteur qui, surpris dans sa confiaoee en lui*inénie« smt à Timproviste souffleter son amoui^propre.
Pour occuper pieusement les loisirs de son disciple, d'Andilly lui ayait ooûseillé de traduire du grec quelque opuscule de 8. Basile. Rancé s'y évertue de son mieux. Il s une réputatioU de traducteur à soutenir ; car jadis, à peine âgé de douae ans, il a mis en fort beau français tout Anacréon ^ Il tremble de n'être pas si heureux pour uo père de l'Eglise» Ses lettres sont pleines de sollicitude : « Si je croioiSt écrit-il à son guide le 10 juillet 1666, n que la cboze valust la pêne de vous estre montrée, je 0 vous l'envoirois. Il est vrai que je ne doibs point avoir a de honte que V9us cobeames mon ignorance [il paiie à « un autre traducteur], et quand je l'aurai fait escrire, « je vous l'envoirai. U y a cinq ou six endroits que j'ai « cru mal tournés par l'interprët» [latin] ; je les aurai « peut-estre moins entendue que luy» Vous m'en man^ « derés voetre sentiment..-^ [80 jiûllet ie&8.] Je vous « eovoirai au premier jour la traduction que vous me « demandés. On me fera le plus grand plaisir du monde «de l'examiner dans l'extresme ngneur; car je suis « homme qui aime que l'on me die les-vérités, et je ne « suis nullement incorrigible...— [20 août 1068.] U n'y tt a pas apparence de vous faire attendre la traduction « que Je vous ai promise ; comme si elle en valloit fiirt « la pêne 1 Je vous l'envoie telle qu'elle est, et je vous « supplie qn'ella ne soit point espargnée, afin que j'en « puisse fiûré mon profit* J*ai fait la chose sur le grec,
t MimMkrt Hi i«i «iiiWj 1. 1, Pi 7«
16H RC^ERT ARNAULD D'AIVDIEXY.
( qui m'a paru très mal entendu par l'interprète en quel- ( ques endroits. Il y en a de très difficils à expliquer; et j'avoue que dans la comparaison que S. Basile prend d'un jeune cheval qui n'a point encor esté monté, le mot ènnydXkeTo^ me paroist d'une extresme difficulté ( pour estre bien rendu dans sa force. Il y en a quelu ques autres que j'ay marqués à la marge. J'attends sur cela vostre sentiment, avec la sincérité que vous
( devés. Vous voulés bien que je parle ainsi »— Et
quatre jours après [24 août 1658] : « J'attends avec impatience ce que l'on aura pancé de ma traduction, et ma joie est que l'on ne me flastra point, et que vous ( me l'avés promis. »
Voilà bien de l'impatience pour un homme qui se mortifiç. Aussi d'Andilly la lui fait cruellement expier dans la réponse suivante : « Ce 10 septembre 1658. — « Voicy la plus grande paitie de la traduction reveue, « et plus qu'il n'en faut pour vous faire connoistre ce « que c'est que d'e^faminer une chose avec toute la n- « gueur imaginable ; à quoy l'on ne sçaurroit pas ne « point employer six fois plus de temps qu'à traduire. c( Tant c'est une chose presqu' incroyable que rextrême « difiiculté qu'il y a à faire des traductions aussi fidelles « qu'élégantes, et aussi élégantes que fidelles ; et qu'il « est incomparablement plus aisé de bien écrire de soy- « mesme, dans la liberté toute entière que l'on a de s'ex- « primer, que de traduire dans la contrainte où l'on se a trouve pour rendre fidellement et éloquemment tout « ensemble les pensées d'autruy. On se seroit bien gardé c( pour tout autre que vous d'en user de la sorte qu'on a il fait. Mais vous avez voulu qu'on vous traîtast conune <( nous nous traiterions nous*mesmes, et on vous a obéy»
CHAP. n, SECT. n, ART. U, § V. 169
aparcequ'on ne sçauroit vous rien refuser. Je suis « trompé si cela ne vous confirme dans la créance que la « belle traduction est une chose beaucoup plus belle que « r'on ne se l'imagine. »
Rancé prend une digne revanche dans sa réponse. Autant d'Andilly s'était pavané avec jactance dans son mérite de correcteur ^ autant Rancé s'humilie de bonne foi devant ses imperfections de traducteur : « 20 sepa tembre 1658. Je comprends aizément qu'il est d'une « extresme difiiculté de bien traduire, non point par- « ceque ma traduction n'a pas fort réussi, mais par la «manière dont est faite celle qup vous m'avez envolée. « J'y vois de grandes beautés dans les expressions, et « dans la fidélité de rendre les chozes. Touttes les "re- « marques sur l'explication de certains mots grecs sont « les plus justes du monde. J'ai bien de l'obligation & « ceux qui ont voulu se donner la pêne de jetter les yeux « sur ce que je vous avois envoie, et d'y mettre la main a avec tant d'exactitude. Il me semble déjà que je me a suis corrigé de beaucoup de chozes, et que si on me (f donne quelque nouvelle matière de ni occuper, j'y réus- « sirai moins mal que je n'ai pas fait dans la première.»
Tant d'humilité n'eut pour récompense qu'ime nouveUe et plus grande humiliation. D'Andilly dans sa correspondance dut laisser entrevoir qu'à son avis Rancé ne ferait jamais un bon traducteur , car ce dernier lui répond [ 6 octobre 1658 ] : « Je suis de • vostre advis u pour les traductions, et je pance que je n'ai pas trop « de loisir pour l'ouvrage que j'ai entrepris.... » Depuis
1 Hérit» il*aiUeiin fort contetléi car on a été jusqu'à préteodre que d'AndiUy ne savait pas le grec. Voir plus-bas, chap^ nr, jmI. n« arU u% % 5, les Mrrioci qœ I>a Foiaé rcD^t «o loUiaire pour ses traductions.
170 HOIERT ABHAUU) D'AWDHXY.
ce temps, en eflet, il n'est plus parlé de traduction dans les. lettres de Rancé. — La même soumission aveugle et dévouée aux conseils de Port-Royal s*y révèle toujours. Il avait écrit le 26 juin 1658 : « J'ai esté obligé par rai- « son de devoir de faire un voiage à Blois^ [près du duc ((d'Orléans, dont il était aumônier?] [voyage qui a a esté J de deux jours seulement Gela ne peut pas m'ar- (( river plus de deux ou trois fois Tannée ; et je vous (( avoue que je l'ai fait par la déférence que j'ai eue aux (( sentiments de la^ personne que vous me mandés, qui (( a passé chez vous les festes de la Pentecoste, qui m'a (( dit que je devois y aller. Handez-moy, je vous en con- (( jure, si j'ai mal fait, car je ne suis pas incorrigible.,» » Le 10 juillet suivant : (( Je Us Ëusèbe, et ensuite j'irai tt pas à pas par le chemin qui m'a esté marqué.. .... »
Le 18 du même mois : a Je suis ravi que vous n'aîés pas (( désaprouvé le voiage que je vous ai mandé que j'avoîs (( fait...». » Enfm, le 10 septembre même, pendant que d'Andllly le gourmandait si magistralement sur sa version grecque, il lui rendait compte de ses distractions en ces termes ; o La personne que je vous ai mandé que (( j'attendois chez moi n'est point encor arrivée. M. de (( BariUon y doit venir ce soir, et je pance M» de Cau- (( martin au premier jour. Ce sont gens d'honneur et de « mérite, que l'on ne voit pas tous les jours de la vie, et 0 qui ne m'inspireront rien de contraire à ma conduitte a présente. » Après avoir senti la férule du maître, il lui écrit le 26 novembre 1658 : (( Vous ne sçauriés croire le u chagrin que j'ai de ce que le monde qui m'est venu « veoir cet automne m'a interrompu dans ma solitude. (c Je me prépare pour cet hyver à un travaille fort as- (c sidu. Je vous en rejuj^ai c<^pt(f ^ t^p^ en te^^ips. n
CHAR 9, «Rcf. «, 41T* »f S r. 171
Vingt joaF« après» I^ 14 4é|{0O))M^ 1Ô59 ; « Vous i^viéa «beaucoup de r^aop # r^ âlfe que l'i)fver »e iwiet- « tFoit eo boopo immeur» «t r^t^imien) je su» daos
« l6 plusgTAQd f^pp» du ii^q4^» Je ne »um poiat vUiUé, « ei je s'aî pae m#8m§ Y^^^rdbsmw de rostre; et j« v<^9 « nvec plai^ einq ou m mois où j'ai seureté toutte eoi tià», sasw qu'il y ait rien' qui puis» m'interrompre « dans ma aolitnde. Je aérai oUigé d'en sortir au mois « de juin qui vient, pour aller veoir Testât' de quelques a bénéfices que j'ai , et je n'ai garde de manquer de c prendre mou cbeasin où je açaurai que jrous serés. Je a m'asseure que vous ne sépés pas fasché que je vous a rende un peu compte de ma vie, et que je vous parle « de touttes cliozes avec une ouverture que l'on ne peut < pas avoîir dans les lettres. »
n eût été un moy»i fort simple pour Bancé de se pro* curer plus faetleuientr ces ouvertures* C'eût été de se retirer à Port*Roya} i et U seio^ que Top n'eut pas été fort éloigné de l'y aeeu^î^i cer dnw cette même lettre du li octobre le diaefpld éerit W maître s « J'ai « une extrasme joie de ce que voue )x}b mandés que M. le I duc de Luioes ne serolt pas leeelié que ma solitude rne fust pas si eeloigo^. [Le dOft de liuynes a toujours I des ù propos qui ne dépleismt pas ù Port-Aoyalt jus- I qu'au moment où il rebendonne pour les beaux yeux i d'Anne de Rohan ; et, dans ce moment même, il a en- « core l'beureux ù^prop<» de légusr ù l'abbaye janséniste « 8on cbftteau de Yaumurier,] ^ C'est une marque qu'il « n'a pas tout à fût mauvaise opinion de moy. Jugés ce
1 Mém. de Vabbé Arnauld, part, u, p. 155 ; Mém. de la H. An/féliq., t*Ui,|^5S9.
172 ROBERT ARNAULD D'ANDULY.
« que cela m'est, à moy, qui ai pour sa personne toutte a sorte de respect et de vénération. Je vous asseure que (( j'ai souhaitté bien des fois d'estre un peu plus proche « de vous que je ne suis pas, et qu'outre ma satisfaction « particulière, il me seroit d'une extresme utUité dans (des sentiments où je suis de vous veoir plus souvent a qu'une fois dans une année. Mais il faut se résoudre (( aux chozes quand elles ne peuvent estre comme nous (( voudrions qu'elles fussent. »
C'était, à dire vrai, accueillir avec assez de tiédeur des ouvertures que Port-Royal avait mises sous le patronage du duc de Luynes ; et peut-être en résulta*t^il quelque refroidissement, car un mois après, le 16 janvier 1659, Rancé écrivait à d'Andilly: «J'ai receu vosU'e lettre du (( troisiesme janvier. Vous me faites bien l'honneur de « me mander vostre sentiment sur le suget du livre duce quel je vous avois esçrit; mais vous ne me dites point (( si on trouve que j'avance assez dans mon voiage parmi « l^es distractions que je n'ai pu éviter.' » Rancé d'ailleurs parait avoir compris le motif de cette froideur ; car, dans une lettré, du 2 mars 1659, il semble redoubler de confiance envers Port-Royal, d'empressement à s'y rendre, et il fait habilement remarquer que lui-même a fait de sa solitude comme une annexe de cette sainte maison : « Je n'oze vous escrire tout' ce que j'ai apris (( sur [le peu de cas que l'on a fait de la censure dont <( cinq évêques jansénistes ' ont frappé Y Apologie des a Jésuites] ; je le réserve au temps auquel j'espère avoir « l'honneur de vous veoir, si Dieu m'en fait la grâce. Je <( fais un amas espouventable de cl^ozes pour vous dire,
1 Voir plus haut, p, 64i n* S*
GHAP. n^ SECT. n^ ART. H, S ^* ^^^
({ y Aiant quelque apparence, qu'estant de retour dans « mon déserts je ne le quitterai pas de si tost. Je ne sçai « pas si vous remarqués que je me fais honneur tant que (( je peux du nom que je donne au lieu que j'habite préusentement...» »
Port-Royal se repaissait peu de cajoleries. Il parait qu'il ne répondit à celles de Rancé que par de nouvelle rigueurs. D' Andilly dut faire entrevoir à son correspondant que leurs relations, dont rien n'eût gêné le cours au même désert, devenaient, par la distance, une charge à laquelle il désirait se soustraire. Rancé lui réplique le 9 avril 1659 : a Si dans la nécessité où vous me mandés* a que vous estes de vous retrancher d'une grande partie (i de vos anciennes habitudes, vous ne laissés pas de « trouver bon que je vous importune quelquefois, je vous « serai infiniment redevable. Vous m'y avez accous- « tumé, et je vous déclare que je ne sçaurois plus vivre H sans cela. Et puis la manière dont je suis à vous, et la « profession sincère que j'en fais, me doibt un peu dis- « tinguer des autres gens. Je joins à cela les avantages « que j'en tire, desquels vous ne voudriés pas me priver, n estant très vrai que je ne reçois jamais de vos lettres <t que je n'en devienne meilleur. Quoiqu'en cela je vous « paroisse un peu intéressé, je m'asseure que vous ne « m'en sdmerés pas moins. »
La montagne ne venant paâ, il fallait bien aller à la montagne; et ce fut alors que l'abbé Leroi, s' arrachant à sa solitude de la Merentais, vint partager celle de Veretz avec son condisciple jusque là si soumis, et pour la première fois récalcitrant. Malheureusement la santé de Leroi ne put s'accommoder de ce nouveau séjour, et le 25 décembre 1659 Rancé écrivait à d' Andilly : « Enfin
ilk BOBBRT AKNAtLD WàMHïlIté
« nostre ami a esté contraiitt, par ded lii}d<)its de M santé « qu'il ne pouvoit recooTter dans ma m^sdti, de retour- « ner à Paris. Il a &}lu cfue Itd et moy akms donné cela K aux advis des médecins ; car, outre te îùbX de sa poi- (( trine, qui estoit tout à fait considérable, il âVoit ft son H œil une incommodité si graiMle qu'il ne p<mvoit pas a s'en servir pour rien regarder^ mesme ttii seul me- K ment. Ce mal consistoit en une douleiir qui ne le quitr « toit guères, et rim fel^esée si ë^tràHgë de ^tte partie « qu'il n'en voioit point. Et tout ceU lu^est anivé^pmir « une dent qui luy avoit esté mal arrachée depuis qaatre n moié. »
11 serait possible que cette dent malencontreuse eût été plus funeste encore à Port-Hoyal qu'à son émissaire; car le départ de Leroî eut lieu vers la fin de 16&9; les lettres où il en est question sont les dernières dans notre dépôt où Rancé s'épanche avec d'AndîIIy; et c'est au printemps de 1660, on se le rappelle, que le disciple de eeluî-d devint l'adepte d'un Jansénisme plus modéré.
Récemment t<tutefoîs,.M. Gemod a publié quatre lettres postérieures aux nôtres, toutes quatre datées de 1660', toutes quatre adressées à ffAndllIy, et qui nécessairement dans le principe ont dû faire partie des archivés du solitaire. Ces lettres se lient entre dles de manière à prouver qu'une cinquième seulement manque dans leur ensemble ^. L'année précédente [165»] en compte quinze dans liolré colleétiôn, et la première année des
* Letlre cxcix, du 8 février 1660, p. 337; leUre cc,du 5 avril 1660, p. 359; ïettre cet, du I7octol>re I6«e, p. a4(>, et lettre ccn, 8 décembre I6(W, p. »4 j, M. éetaMiemkrànt «raltpMiéhipMiiliei VlÊéeBn€é,p,9^
s Laleure ttantctiinûi ité eorile eotit la pranière et 1i irr^ilt. ji toutefois elle a jamais existé.
CHAP. n, SEGT. n, ART. Il, S V. itS
relations de Rancé avec d' Andilly [ 1658] y en a déposé dix-buit. — Les quatre lettres d'ailleurs qui appartiennent seules à cette année de transition ott leur auteur ta chercher, aux extrémités de la France, des conseils dont récemment encore il demandait l'assistance à Port-Royal, témoignent que Rancé sarait alors mettre autant de mesareà ménager une transition qu'il en mit plus tard à déguiser une rupture. — Hais la transition ménagée, à la fin de 1660, Rancé, qui cependant vécut près de trois années encore dans le monde, rompit tout à coup sa corre^xmdftoee avec d* Andilly. C'est ce que prouve la réponse suivante provoquée par une. lettre de celui-ci, qui, dans l'espoir sans doute de renouer avec son ancien disciple, lui avait écrit à Focca^n de la paix obtenue jmr les iansénistes > t « 24 octobre 1608. — Après la conso- N lation que j'ai receue de la paix que la divine Pro- « vidence vient de donner à TEglize, je ne pouvois en « avoir une plus vive que de veoir dans la lettre que « vous m'avés fait Thonneur dem'escrii^^ que non seu- « lement je ne suis pas effacé de vostre mémoire, mais « que je peus crdre par les asseurances que vous m'en « donnés, que vous estes à mon esgard ce que vous es- « tiés il y a six (m sept afis. Si je ne sçaurois vous « exprimer sur cela les sentiments de mon cœur comme « je le voudrois, je me console en ce jque je ne doute « point que la disposition du vostre pour moy ne vous « dise tout ce que je sens. Je vous conjure, Monsieur, « de croire que quoique vous en panciés, vous ne pauvés « aUer trop loing, puisque ma joie ne'sçauroit estre plus « grande, non plus que là passion avec laquelle je suis
*0Bieriippdlela9eiililMnl8dêRaiieépiNirlegraiidAni8ifld ft Tocca^OD de œUe paii. Vdr fti» fcauti p. f 80.
476 ROBERT ARNAULD D^ANDHXY.
« vostre très humble et très obéissant sénateur. » Après cette lettre, la correspondance s'interrompt de nouveau. — D' Andilly la renoue en annonçant au solitaire que le roi vient de confier le ministère au marquis de Pomponne ; et cette fois le solitaire échange jusqu'à cinq lettres ' avec le père du nouveau ministre, à qui il recommande les intérêts de la Trappe. — Enfin une dernière lettre de Rancé, postérieure à la mort de d' Andilly [167ik] et à la disgrâce de son fils [1679], félicite, en 1691, Pomponne de retour aux affaires. On ne voit pas que précédemment Rancé eût témoigné à celui-ci prendre part à ses revers.
De cet inventaire ' exact des dernières relations de l'abbé de la Trappe avec d' Andilly il résiilte. une chose certaine; c'est que l'année 1659 est bien celle où ce dernier s'est vu enlever la seconde capture qu'il destinait à signaler son importance au profit de Port-Royal. Mais ce qui reste inconnu, c'est la cause déterminante de cette perte. Dans la correspofndance 'de Fabert nous avons m agir les influences qui devaient amener un résultat semblable. Nous avons pris sur le fait, pour ainsi dire, les auteurs du mécompte de d' Andilly. Ici, au contraire, tout semble obscurité. On peut soupçonner, il est vrai, par la conduite ultérieure de Rancé, que des doctrines par trop excessives s' étaient révélées peu à peu dans leurs dangers à son esprit, à mesiu^e qu'il les pénétrait davantage. On peut supposer encore que les insinuations faites en 1659 pour attirer à Port-Roya le jeune pénitent, et l'arrivée d'un condisciple, symptôme de surveillance sur s^ personne, ou essai de colonisation sur ses terres, l'avaient amené aux
1 En date du 27 déceihbre 1671, du 25 janvier 1672, du, 7 et d» 19 juin 1678, enfin du S juUlet de la même année.
CHAP. U, SECT. n, ART. H, § V. 177
démarches foraines de 1660. Ces expUcations sans cloute seraient assez plausibles ; mais elles ne sont p^s complètes.
En elTet, si le jeune pénitent a reconnu comme pernicieuses les doctrine» du Jansénisme, pourquoi ne Jes rejette-t-il pas bautenient» comme il a rejeté celles des Jésuites ? Jansénius T avait çauvé de Molina. Pour se sauver de Jansénius n' avait-il* pas T Evangile? Ne pouvait-il dès lors recueillir la pure manne dii Christ entre tous les camps, dans le vrai désert qui devait ètreténiioin de ses jeûnes ? Et lorsqu'il l'y recueillit plus tard, pourquoisa démarche devint-elle embarrassée t — Qjie si au contraire ces. doctrines sont purgs [lui-même écrit en* 1670, nous rayons vu : Je &ui8 persuad/é que les Jansénùtes n'ont point de mauvaises doctrine^]^ pourquoi répudier ceux que lui-même a choisis pour en è^e les interprètes ? I^ surveillance plus active qu'-ils veulent exercer sur lui en 1659 n'est-elle pas dans ses ^ésirs tant de fois manifestés? La colonie qu'ils* tenteraient à Veretz. ne ferait qiie consacrer à Dieu une .propriété que, d'après l'avis des leurs, il donnera plus tar^ aux- pauvres? Il ne se refuserait à rien de ce qui peut le rehâre plus parfait et plus déjaché, lui qui. bientôt s'ejisevelira tout vivant dans son sépulcre de la Trappe. — ^Evidemment deux choses restent toujours inexpliquées : les hésitations de Rancé en présence du Jansénisme ; sa rupture avec celui qui l'y av^ait initié. — Pom* donner une solution à ce double problème, il faut donc non seuleipent indiquer comment Rancé a perdu sa confiance en d'Andilly, mais démontrer qu'envers Port-J\oyal il a engagé sa liberté.
Or, après bien- des recherches, nous ne sommes point parvenu à une démonstration complète. Le second de I. 12
178 ROBERT ARNAtLD D*ANDILLY.
ces faits seulement nous parait hors de doute. Nous n'avons acquit sur le premier que de fortes présomptions; et ces présomptions même, ce n'est pas dans nos archives que pous en avons trouvé les éléments. Vom cela il nous a fallUf contre nos habitudes, sortir de notre Ârsenal, et faire des emprunta à Un dépôt plus riche, à la bibliothèque do roi.
Daiis un des^ cartons non catalogués de cette biblioihè(f\xeuf la sdlicitude de MM. lés conservateurs a déposé une acquisition assez récente, 'celle de la correspondance de madaihe de Sablé. — Tallemant des Réaux rappellera beaucoup mieux que nous ne le ferions ce qu'était la marquise de Sablé : « Depuis tette* perte [celle d'Armen- « tières, l'un de ses amants], la marquise ne fit plus. Ta- <c mouf . Elle trouva qu'il étbit fenaps de faire la dévote; « mais quelle dévote; bon Dieu I II n'y a point eu d'in- « trigue à la cour dont elle ne se sôit mêlée, et elle n'a- « voit garde de manquer & être Jansjéniste, quand ce ne « seroît que, cette secte a' grand besofn de cabale pour (t se maintenir ; et c'est à quoi la marquise se délecte sur « toutes chpses; depuis qu'elle est au monde... Elle alla « loger tout contre Port^Royal. -Depuis qu'elle y est, elle «.a plus d'intrigues que jamais; elle se mêle de tout.. « Ajoutez que depuis qu'elle est dévote* c'est la plus « grande friande qui soit au moiide. Elle prétend qu'il « n'y a persoiine qui ait le goût si fin qu'elle, et ne fait « nul cas des gens qui ne goâtent point les bonnes choses. c( Elle invente- toujours quelque nouvelle friandise ^ » Tallemant décrit ensidte les terreurs ridicules que les maladies inspiraient à madame de' Sablé, et ses prétentions au bel esprit sérieux.
* Jlisforieifes, l ii, p, 32î. -
CHAP. n^ SE€T. Il, ART. II, S Y. 179
Les Mémoires de la famille Ârnauld confirment de tout point ceux du satirique, moins le chapitre des intrigaes. (( Le marquisr de Pisany^ fils de madame de Ramu bouilleti écrit Tabbé Arnauld, avoit un tour plaisant n dans l'esprit qui* le rendoit fort agréable. . • Il dit un (I jour sur là marquise de Sablé, qui avoit toujours aimé « la bonne chère et quLs'étoit mise depuis peu dans la (( dévotion, qu^'elle avoit beau faire, qu'elle ne chasseroit (( point le diable de cbes elle, et qu'il s'étoit retranché « dans la cuisine ^ » Cette épicurienne janséniste était en correspondance nôh seulement avec' la mère Angélique^, qui témoigne, comme Jallemant, .de l'horrible frayeur qae les maladies et la mort causaient à sa correspondante ; non seulement avec le gràn(} Amauld ^, qui l'entretient de logique; car, dit Tallemant, it lui faut toujours raisonnef^f elle écrfvaît aussi à d'Andilly, leur frère, et dans le carton qui.rehferme .sa coiTespondance il y a quatre-vingt-cinq lettres de ce dernier. Ces lettres
^ Menu de Vabbé Amauld, part/, i,' p.* 79. . -
2 LetU de la M. Angélique, t. it, p. 3S6 ; t m, p. iO, 98, 94, 158, 170, 345, 862, 489, 529. ^ Cl dbid., t i, p. 201, 243, 271 \ t. ir^.if. 278, 276, 284,292,301,306,501. * • ^ **
S OEuv, d* Amauld, 1. 1, p. 206, IcU. xctif du 30 août 1660*. lY lui defflaDdesoD atls sur un discouFS-à mettre en t6te de la Logique de PorURogal; p. 874, lett. cuu, dp 27 mars 1663, etc. Voir aussi p. 207, lelt ccxii, lelU xcvni-c du 20, 21 et 24 août 1660, à M"« ***; ces *** remplacent le nom de M"* de l^blë, car les bri^inaux des lettres publiées se trouvent dans les layettes de celle-ci ; seulement ils^ son) plus courts. Est-ce iM>nr faire perdre la trace de quelques l^lsificaUons que le nom de M"« de Sablé a été omis par les éditeurs ? Nous prenons la liberté de recommander cette question à Messieurs de4*AcadCmie rrmçaise, car la lettre icxcir, p. 125 du L I?, sans date, écrite à M"* •** au sujet de la réponse de Messieurs de l'Académie française à cinq questions que M. Amauld leur avait fait proposer sur la grammaire générale, etc., se frouTC dans la correspondance de M"« de Sablé, datée du 21 novembfe 1659; mais elle y est plus courte au moins des quatre cinquièmes que dan» l^imprimé.
< ttUiorîeiteij t. «, p. 328;
180 nOBERT ARNAULD D*ANDILLY.
appartiennent à T époque où Rancé retire à d'Andilly la direction de sa conscience. — Y aurait-il entre ce fait et celle de nos deux énigmes qui parait le plus impénétrable quelque secrète analogie ? Nous le supposons.
Une hypothèse (des présomptions ne peuvent aboutir qu'à une hypothèse) est, nous le savons,* inadmissible en histoire. Mais elle suffit du moins à la vraisemblance littéraire ;. et pour un instant Ton nous .permettra sans doute de substituer, à propos des relations de d'AndUIy avec madamç de Sablée une étude littéraire à nos recherches historiques; En cela d'ailleurs nous ne ferons que suivre l'exemple de l'écrivain^ dont le talent vient de faire -asseoir Port-Royal au fauteuil académique.. Et puisque nous sommes en veine d'imitation, pourquoi n'èmprùnterions-nous pas à M. Sainte-Beuve jusqu'à la forme? JN'a-t-il pas soumis les plus célèbres épisodes de la biographie des Arnauld à des combinaisons dramatiques 2? N'a-t-il pas groupé. toute cette fa^iille, etd'Andilly lui-même, dans, deg scènes habilement rapprochées de celles d'Esther.et de Polyeucte ? La voie se trouve donc, heureusement pour nous, frayée par un maUre..Nous J'y suivrons. Seulement pour ne pas nous traîner trop servilement sur ses pas, nous laisserons les siens chausser le jcothurne tragique;, nous glisserons les nôtres derrièûre. les talons rouges de Molière. L'ombre
de Rancé en frémira saifi doute ^; mai$, à bien prendre
1 L'amiliédontM. Sainte-Beuve nous honore nous, laisse moins de liberté qu'aux indi(rérent5,.et nous interdit les épithètes dont tout autre userait en parlant de ses travaux.
2 Port-Royal, 1. 1., p. lOS-lSSk "
s L'ombre de M"* de Sablé nous apparaîtrait peut-être aussi^ armée de celle leUre de d^Andilly que contient ^a cerrespondance : — «9 février i661, « Si le plaisir que l'on prend d'entendre parler admirablement contre une
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cependant, n'est-ce* paa lui ménager une flatteuse réminiscence que de la mettre au régime des fictions?
t chose qui est blasmable n'estoit le plus innocent du monde, je 'devrois I estre dans^le scrupule d^avoir ?eu ce qde tous avez écrit sur'Io sujet de I la comédie ; puisque je doute fort que ceux qui l'aiment le mieux y pren- « nent plus de plaisir que je n*en ajr en à entendre traiter (% sujet d*unc f manière si délicate, si judicieuse et si forte toute ensemble, que les plus « opinîastres ne sçauroient n'estre pas persuadez de la vérité de ce que vous c dîtiea. Aussi faut-il avouer que ce langage ne s'apprend que dansie graqd c monde, et qu'il ne peut^mesme s'y apprendre que par des personnes qui c ont Tesprit fait comme vous l'avez ; ce que je n'ose spécifier plus partlcui lièrement, de crainte que vous ne m'atcusassiez dé vous flatter, lorsque je i ne ferois que vous dire très sincèr^ent ce que je pense. Mais je ne puis • « vous dissimuler que je croy'que vous ne pourriez mieux emplpycr quclc ques heures de vos journées, qu'ù écrire des choses semblab1es,«puisqu'il f seroit presqu'impQssible qu'elles ne fissent impression sur les personnes
■ raisonnables ; et qu'ainsi Dieu n'eust très agréable le bonheur que vous c leur procureriez en les détrompant des. fausses opinio'ns que le relasche- « ment a introduitse,'que la coutume a autorisées,' et <quc l'exemple des « personnes les plus considérablles fait que l'on n'ose contredire, à* moins c que d'y estre porté par cet amour de la Véfité si rare* dans un siècle c aussi corrompu qu'est Iç nestre. •
Contre les anathèmes de Râncé, de d'AndUIy ef de M"" de Sablé, nous nous armerons d'un heureux àrpropos que nous fournit, sur TartuiTc niôme. Racine dans sa seconde Lettre à Nicole,
c C'étoit chez une persoqne qui, en ce temps-là, étoit fort de vos amis ; c elle avoit eu beaucoup d'envie d'<sntendre lire le Tartuffe ; et Von ne
■ M'ojtposa point à ta curiosité : on vous avoit dit que les Jésuites éloient
■ joués dans celte comédie ; les Jésuites au contraire se flattoient qu'on en c vofiloit aux Jansénistes. Mais il ^'importe : la compagnie étoit assemblée ; c Molière alloit commencer, lorsqu'on vit arriver un homme fort échauffé,
■ qui dit tout* bas -à cette personne : QuoU Madame^ vous entendrez une c comédie le Jour que le mystère de Viniquité s'aeeomplU^ ce jour qu'on « nous Me nos Mères! Cette raison parut convaincante: la compagnie fut c congédiée^ Molière s'en retourna bien étonné de l'empressement qu'on c avoit eu pour le faire venir, et de celui qu'on avoit pour le renvoyer....
Comme depuis lors le Jansénisme a fini par triompher^ et que depuis longtemps il ne court plus aucun danger, nous pourrons donc continuer avec Racine : « En effet. Messieurs, quand vous raisonnerez de la sorte, nous « n'aurons rien à répondre, il faudra se rendre : car de me demander, • comme vous faites, si je crois la comédie une chose sainte? si je la crois « propre à faire mourir le vieil homme? je dirai que non. Mais je vous
■ dirai en même temps qu'il y a des choses qui ne sont pas saintes, et qui
182 ROBERT ARNAULD D'ANOILLY.
S yi. Etude sur le Tartuflé.
M. Sainte-Beuve a clioisi pour ses parallèles, comme cela se devait, les chef-d'œuvres de Racine et de Cor-
c soot pourtant iunooeules. Je vous demanderai si la chasse, la musique, c le plaisir de faire des sabots, et quelques autres plaisirs que tous ne tous c refusez .pas ù vous-même, sont fort propre à faire mourir le Tieil homme; c s*il faut renoncer à tout ce qui divertit, s'il fkut pleurer à toute heure ? t Hélas, oui, dira le mélancolique! Mais que dira le plaisant? H Toudra « qu*il lui soit permis de rire quefquefoiSj quand ce ne seroit que d'un « Jésuite ; 11 vous prouvera, comme ont fait tos amis, ijue la raillerie est a permise, que les Pères ont ri, que Dieu même a raillé. Et vous serablc-t-il c que les lettres Provinciale» soient autre chose que des qpmédies ? Dites- « mo^ Messieurs^ qu'est-ce qui s» passe dans les comédies ? On y joqe un c valet fourbe, un bourgeois av^re, un marquis extravagant, et tout oc c qu'il y a dans le monde de plus'digne de xisée. J'avoue que le Provincial « a mieux choisi ses personnages : il les a' cherchés dans les couvents et « dans la Sorbonne; il introduit sur la scène, tantôt des Jacobins, tantôt c des docteurs et toujours des Jésuil^ Combien lie rôles leur fait-il jouer ! ff Tantôt il amène un Jésuite bonhomme,' tantôt un Jésuite méchant, et touft jours un Jésuite ridicule. Le monde en a ri pendant quelque temps, et le « plus austère Janséniste auroit cru trahir la vérité que de n'en pas rire.
« Reconnaissez donc. Messieurs, que puisque] nos comédies ressemblent <i si fort aux 'vôtres; il faut bien qu'elles ne soient pas si criminelles que « vous le dites. Pour les Pères, c'est ù vous de nous les citer, c'est à vous, « ou à vos ami^, de nous convaincre par une foule de passages que l'Ëglise » nous interdit- absolument la comédie, en l'état qu'elle est*: alors nous « cesserons d'y aller, et nous attendrons patiemment que le temps vienne « de mettre les Jésuites sur le théâtre. » (Deuxième lettre à Nicole, Œuvres, U VI, p. 90.)
n .... Et vous autres, qui avez succédé à ces Pères, de quoi, vous êtes- « vous avisés de metirc en fran^ois les comédies de Térence> FaHoit-il « interrompre vos saintes occupations pour devenir des traducteurs de « comédies ? Encore, si vous nous les aviez données avec leurs grùces, le « public vous seroit obligé de la pçine que vous avez prise. Vous direz (i peut-être que vous en avez retranché quelques libertés. Mais vous dites « aussi que le soin qu'on pren4 de couvrir les passions d'un voile d'hon- « nétcté, ne sert qu'il les rendre plus dangereuses. Ainsi, vous voilà vous- « mêmes au rang des empoisonneurs. ■ (Première lettre à Nicole, OËuvres, U VI, p. 19J* ,
Que si Racine, quoique précédemment élève et depuis apologisie de Port- Royal, était suspect de partialité dipi une cauçe qui était autant la sienne
neîUe. Nous choisirons celui de Molière : le Tartuffe. Qu'on ne se récrie pas d'avance. Qu'on n'en appelle paa avec surprise aux grands poms de 1^ Trappe et de Port- Royal. Il i)e s'agit ici que de d'Andilly et de Raiicé. Nous n'attribuerons à celui-ci que le rôle de l'honnête Orgon. Rancé avait bien choisi pour le remplacer à la tête de son samt bercail cet épouvantable I)om Gervaise que Saint-Simon a démasqué ^ Si le saint ^formateur, vers
que celle de Molière, nous nous retrancfaerloiift derrière Nicole lui-même, à qui Radae s'adrenait, et derrière Goujet, le plo» janséniste des blographes de Taostère Inoraliste, qui écrit : « On assure que M. Nicole hit plu^ t slears fois Térence avant que de s*appl]querii la traduction [latine] des • Frowintiafgê, où Ton trouTC en eflèt le. style et les'délioatesses de ce « comique. » (Vie de Nicolp, part. i,.p. 80. ) Ce que l'^le janséniste se permettait pour mieux ridiculiser ses ennemis, nous croyons ppuvoir le faire pour Tins tfttctiQii de nos lecteurs. . .
1 Noos nous gfUderops de souiller ces pages des infamies que rapporte Saint-âimon» t* vf, p. ii-9Jl, sur D. Genrai^ Mais pour faire comprendre toot ee que Ranoé apportait de méDagements dans ses ruptures les mieux agtoriaéea, nous trtnscriraps le certificat qu'il crut devoir délivrer à ioq sucoeaiettr, qui avait été son peivécuteur, après savoir acquis la cerUtude que cdui-ct s*ét«it couvert de crimes dqnt plusieurs devaient alors le fiiire vooter sur te bùeher*
Certi/Uat de àL Pabbé de Ut Trappe en faveur de DofmFran^oU Armand*
F. Armand Jean, ancien abbé de la Trappe, reconnols et me crois obligé de déclarer dans les conjonctures présentes, que le R« P. Armand, mon suc* cesseur, s^est conduit avec tant de bénédiction dans le gouvernement de cette communauté, que jamais la piété et la discipline b*y a été plus exacte ; que tontes les pratiques de péâitence et de régularité y ont été consenées avec tant de zèle et d*ardeur, que tous ceux qui sont venue visiter la maison sur le bruit qui 8*en étoit répandu de tous cétés, en ont reçu toute Tédificatîon qu*ils en avoient espéré : ce qui n*a pu être, que Teiret non seu* lement de l'instruction et de la parole^ nniis de la prière, de Taction et de fexemple* Je ne puis aussi me dispenser de témoigner que presque aussitôt qn*U s^est vu en place, on a attaqué sa réputation et sa personne, qu'on a débité contre lui quantité de choses fausses, et qui ne sont jamais tombées sous ma connaissanée, quoique je itisse toujours présent dans le monastère. (Test ce que je certifie être véritable. •
rajoute au témoignage ci-dcssu$ que je ne saurais ne point parler d'une malignité outrée avec laquelle on Ta traité. On dit de tous c6lez qu'il ne
18& ROBERT ARNACLD D'AHDILLY.
la fin de sa carrière, s'était rendu FOrgon de cet odieux Tartuffe, n'avait-il pu être celui de quelque Tartuffe moins odieux, à son début? D'ailleurs ce n'est plus de l'histoire que nous faisons; c'est une hypothèse que nous avons demandé la permission de construire en drame. Le drame construit, s'il est absurde, il sera temps de le siffler. Et pour hâter cette justice, dans le cas où elle deviendrait nécessaire, nous nous garderons de calquer longuement, scène ^ scène « l'immortelle comédie de Molière. Nous nous contenterons, imitant encore en cela M. Sainte-Beuve, de comparer entre elles les situations principales par où *notre sujet semble toucher à ce chefd'œuvre. • . * .
m'aborde jamais qile d*4iiie manière offeiisante/qo*U se sert de termes e( d'eipressions dares, comme si son dessein étoit de me tkirt de la peine et de me diagriner, et que dêpuî&peu, dans une conversation de cette natorp, je lut a¥ols déclaré que je ne ppuvob plus le souffrir, et que je in-*en allois dans un autre monastère pour y trouver Is- paix. J*aiBmie, devant Dieu, comme devant Jes faommi», qu'il n'y a rien dans tout ce 'reproche qui ne soit faux, et la vérité est que touies les foift qu'il m'est venu voir, il /est mis à genoux devant moi çfnnme un novice devant son supérieur, et presque ioujours, i^kielque insifince que je lui aie pu faire, U ne m'a pas été possible de le foire relever, et qu'en aucun de ses entretiens il ne Inl est pas sorti une. parole de la bouche qui n'ait .été accompagnée d'une charité, d'une honnêteté, d'une modécatlon, ce n'est pas asseï dire, il faut ajouter d'un respect qui ne cohvenoit ni à lui ni à moi. Mon intention est que l'on prenne tout ce que je dis au pied de la lettre, n'y ayant rkn. qui ne aoit véritable [la ficUon est un peu forte] dans toutes les circonstances. Fait à la Trappe, c6 17 octobre 1698.
F. Armand Jean, ancien abbé de la Trappe.
Nous souscrivons à ce témoignage pour avoir été témoins oculaires de toutes ces choses, F. Jean B., prieur ; F. Gabriel ;' F. Pierre ; F. Benoit (Marsollier, Vie de Rancé, U ii, p. 193, et Lettre de Le Nain de TiUem., p. 156. )
Que si Rancé crut devoir de tels méofigements à un misérable qui par surprise s'était introduit dans sa communauté et dans sa confiance, peutron s'étonner encore de tous ceux qu'il conserva jusqu'à la fin avec les Jansénistes, entre les bras de qui il s'était, d'abord jeté de lui-même avec tant d'abandon ?
CHAP. n^ SECT. n, ART. Il, $ \h 185